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Full text of "Histoire générale des drogues, traitant des plantes, des animaux, & des mineraux ; ouvrage enrichy de plus de quatre cent figures en taille-douce tirées d'aprés nature ; avec un discours qui explique leurs differens noms, les pays d'où elles viennent, la maniere de connoître les veritables d'avec les falsifiées, & leurs proprietez, où l'on découvre l'erreur des anciens & des modernes..."

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HISTOIRE 

generale 

DES 

DROGUES 


'7  ao lui,  dal  cjuœsUxi  dut,  pcuicLsqus  r&p&. 
H'ota^acit,  miuidus  citiÆ  rruige  rara  capi 
liorû ,  £cctor ,  siunmoj  perpa^e  Lob  or  es  ^ 
utriptibus  et  quanUs  pfrarule  peregit  opiis 


«is  61 

HISTOIRE 

GENERALE 

DES 

DROGUES 

r  R  A  I  T  A  NT 

DES  PLANTES.  DES  ANIMAUX. 
&  des  Minéraux  ;  Ouvrage  enrichy  de  plus  de 
«quatre  cent  Figures  en  Taille-douce  tirées  d  après 
Nature  *,  avec  un  difcours  qui  explique  leurs 
differens  Noms  .  les  Pays  d'où  elles  viennent  i  la 
maniéré  de  connoître  les  Véritables  d’avec  les 
Falfifiées  i  &  leurs  proprietez  .  où  l'on  découvre 
l’erreur  des  Anciens  &  des  Modernes  ;  Le  tout  très 
utile  au  Public. 

Par  le  Sieur  PIERRE  POMET,  Marchand  Epicier  ^  Droguifie. 

PARIS- 

Chez  jEAN-BAPTisTE-LoYsoitj&ÀuGusTiN  PiLLON,  fur  IcPont  au  Change, 
à  la  Prudence. 

ET  AU  PALAIS. 

Chez  ESTIENNE  DUC  ASTIN,  dans  la  Gallerie  des  Prifonniers,  au  boh  Pilleur. 


Avec  Apfrokations  Ptivile^e  du  Roy. 
M.  DC.  XCIV. 


A  PARIS 

Chez  l’Auteur  ,  rue  des  Lombards,  à  la  Barbe  d'or. 


M  D  C  X  C 

%AVEC  APPROBATIONS  ET  PPUVILEGE  DV  ROI 


MARCHAND  SINCERE 

OU  TRAITE  GENERAL 

DES  DROGUES 


SIMPLES  ET  COMPOSEES. 


RENFER  MANT  DANS  LES  TROIS  CLASSES  DES  VEGETAUX^ 

des  Animaux  ,  &  des  Minéraux  5  tout  te  qui  eft  l’objet  de  la  Pbyfique ,  de  la  Chimie ,  dé 
la  Pharmacie ,  &  des  Arts  les  plus  utiles  à  la  focieté  des  Hommes  :  Ouvrage  enrichi  de 
plus  de  quatre  cens  Figures  en  Taille-douce  ,  tirées  d’après  nature  j  avec  un  Dilcours  qui 
explique  leurs  diiferens  Noms  ,  les  Pays  d’où  elles  viennent,  la  manière  de  connoître  les 
véritables  d’avec  les  falhficcs ,  &  leurs  proprictez ,  où  l’on  découvre  l’erreur  des  Ancien^ 
&  des  Modernes,  le  tout  tres-utile  au  publié. 

IL  EST  A  remarier  ^E  TOVTES  LES  D  RO  GV  ES  T>ONT 

il  eft  parlé  dans  ce  nouveau  Tiaité  ,  ont  été  démontre^  publiquement  tannée  derntere  aie 
Jardin  T{pjal  d  Paris  j  par  M.  Po  M  E  T ,  Marchand  Drogutfte  ,  par  ordre  de  {Monfieuf 
Fagon ,  ConfetUer  d*Etat  Cÿ  premier  Médecin  de  Sa  Majefté» 


A  MONSIEUR 

MONSIEUR  FAGON. 


CONSEILLER  DU  ROY  EN  SES  CONSEILS . 

E  T 

PREMIER  MEDECIN  DE  S  AMAJESTE' 


ONSIEVR, 


£lmi  quil  foit  certain  que  la  connoijfance  &  le  choix  des 
Drogues  foient  une  des  parties  de  la  Medecine  la  plus  utile  & 
la  plus  importante  y  on  peut  cependant  dire  ^  que  cejl  celle  qui  a 
etè peut-être  la  plus  négligée  jufquici.  On  ne  fçauroit  comprendre 
combien  le  public  fouffre  du  débit  qui  fe  fait  dans  le  monde  de  je 
ne  fçai  combien  de  Drogues  fophijliquèes  ^  qui  ne  fçauroient  nul¬ 
lement  produire  î effet  que  Ion  en  attend  y  foit  pour  le  retabliffe- 
ment  y  foit  pour  la  confervation  de  la  famé.  On  fera  peut-être 
encore  bien  plus  furpris  d apprendre  que  ce  mal  fi  terrible  ejl  la 
chofe  du  monde  la  plus  ordinaire  y  &  que  rien  nefi  plus  commun 
dans  les  Boutiques  des  Droguijles  &  des  Apoticaires  que  ces 

a  ij 


E  P  I  s  T  R  E. 

ï)rogues  falfifiees  y  qui  ne  mentent  point  du  tout  les  noms  pom¬ 
peux  dont  on  en  rehaujfe  le  prix.  J  ai  eu  deffein  Mons  ieur^ 
développer  dans  cet  Ouvrage  cette  mauvaife  foy  qui  fait  un  (î 
grand  préjudice  d  la  famé  des  hommes.  Et  comme  on  ne  revele 
point  ces  myfleres  de  tenehres  y  fans  s  attirer  la  malignité  de  ceux 
qui  profitent  fi  indignement  de  la  crédulité  des  hommes  y  j'ai  he- 
foin  dun  EroteEteur  qui  ait  des  lumières  &  du  crédit  y  Je  ne 
pouvois  mieux  le  trouver  M  o  n  s  i  e  u  r  ^  qü en  votre  Ferfonney 
puifque  chacun  fçait  que  vous  êtes  univerfeUementyfçavant  dans 
tout  ce  que  la  nature  enferme  de  pim  curieux  &  de  plus  utile 
dans  les  trois  familles  des  Végétaux  y  des  Animaux  y  &  des  Miné¬ 
raux  y  dont  je parle  avec  affefjj  étendue  dans  ce  Livre.  D'ailleurs  y 
Monsieur^  vous  vous  êtes  fait  parmi  les  f gavant  s  une  réputa¬ 
tion  fi  belle  que perfonne  n  hefîte  à  fe  rendre  à  vos  décifions.  Ainfî 
après  t oblige  ante  Approbation  dont  vom  honnoreXjnon  Ouvra¬ 
ge  yj'ofe  me  promettre  que  quelque  hardie  que  foit  l envie  y  il  aura 
peu  de  contradiEleurs ,  Le  Roy  qui  dans  le  choix  qüil  fait  des  per- 
fonnes  quil  defiine  à  l honneur  de  lui  rendre  fervicey  nagit  jamais 
que  par  un  difcernement  toùjourg  merveilleux ,  ne  vom  a pai  eu 
plutôt  fait  fon  Premier  medecinyque  toute  la  France  a  retenti  des 
acclamations  que  les  perfonne  s  de  Lettres  &  de  mérité  ont  donné 
à  cette  difiinflion  dont  vom  veneljd  être  honnoré,  Mîais  enfin  yen 
vous  pre fient ant  cet  Ouvrage  ^je  ne  fais  que  vom  rendre  une  par¬ 
tie  de  ce  que  vom  m'aver^  donné  y  Car  enfin  ce  que  je  dis  fur  les 
Plantes  & fur  beaucoup  d  autre  s  matières  y  nejl  que  ce  que  fai  eu 
î  honneur  d  apprendre  dans  les  Leçons  publiques  que  vom  avelf 
fait  autrefois  dans  le  Jardin  Royal. Je  vous  fupplie  sieu  r^ 

d'agréer  ce  témoignage  public  de  ma  reconnoiffance  &  dhonnorer 
de  votre  proteElion  celui  qui  ejl  avec  un  tresprofond  refpefl  y 

moltsievr. 


Vôtre  très  -  humble  &  très  -  ob^ïflàor 
Serviteur  P.  P  omet. 


P  R  E  F  A  CE. 

A  Providence  divine  mayaiu  appelle  à 
une  profelTion  ^ui  m’engage  à  avoir  une  particulière 
connoiiïancc  des  Drogues  qui  fervent  à  lufage  de  la 
Medecine  ,  je  m’y  fuis  appliqué  avec  tout  le  foin 
la  bonne  foy  que  l’on  doit  attendre  d’un  homme 
d’honneur.  Il  faut  avouer  que  je  his  d’abord  tou¬ 
che  du  peu  de  finccrité  qui  règne  dans  un  commerce  qui  eft 
non  fulcmcnt  le  plus  grand  du  Royaume  ,  mais  encore  le  plus 
utile  le  plus  important  à  la  vie  des  hommes.  Les  abus  que  j’y 
remaqué  d’abord  ,  êc  qui  inc  firent  d’autant  plus  d’horreur  qu’ils 
alloi'Ut  à  priver  les  hommes  des  juftes  fccours  qu’ils  doivent  atten¬ 
dre  la  Médecine  foit  pour  la-  confervation  ,  foit  pour  le  rc- 
tablÆment  de  leur  faute  ,  me  firent  prendre  delfein  d’employer 
tout  temps  à  déveloper  ce  que  la  cupidité  criminelle  a  in- 
trodiit  de  fophiftiqueries  dans  une  profeflTion  où  la  bonne  foy  efi: 
fan.^  doute  plus  precieufe  que  dans  aucune  autre  *,  voilà  ce  qui  a 
do.iné  la  nailfance  à  l’Ouvrage  que  je  rends  public.  J’ofe  dire 
^uc  fl  le  delfein  que  je  me  fuis  formé  étoit  bien  exécuté  ,  il  y  en 
iuroit  peu  dont  le  public  pût  recevoir  plus  d’utilité.  Rien  n’eft 
plus  capable  de  décrier  la  Medecine  ,  &  d’attirer  à  ceux  qui  la 
profelfent ,  des  reproches  fanglans  ,  que  les  abus  qui  fe  commet¬ 
tent  chaque  jour  dans  le  débit  des  Drogues.  Cela  va  meme  au 
delà  de  tout  ce  que  l’on  peut  s’imaginer.  On  remarquera  dans  la 
fuite  de  cet  Ouvrage ,  que  ce  feroit  icy  un  lieu  bien  propre  à  décla¬ 
mer  contre  un  fi  mauvais  ufagc,qui  eft  capable  défaire  tant  de  pré¬ 
judice  à  lafanté  des  particuliers  ,&tant  de  ravage  dans  la  focieté  hu¬ 
maine  :  mais  comme  j’ayplus  en  vûc  de  corriger  les  abus,  que  de  dé¬ 
crier  les  profcfsions  ,  je  me  fuis  borné  fouvent  à  donner  les  moyens 
de  difeerner  les  bonnes  Drogues  d’avec  celles  qui  font  falfifiécs  , 
ou  meme  fuppofees  en  tout ,  qui  ne  font  rien  moins  que  ce  que 
l’on  les  appelle.  Ainfi  s’il  m’etoit  arrivé  quelquefois  que  mon  zélé 
eût  employé  quelque  exprefsion ,  peut-être  trop  dure  (  s’il  y  en  peut 
avoir  dans  une  matière  où  il  ne  s’agit  rien  moins  que  de  la  vie  des 


PREFACE. 

hommes ,  )  on  me  pardonnera  bien  ces  petits  mouvemenspi  ne  ten¬ 
dent  apres  tout  qu’à  faire  fentir  mieux  des  defordres  outre  quoy 
tout  le  monde  a  intereft  de  fe  foulever. 

Mon  Ouvrage  n’efl:  donc  pas  feulement  utile  à  ceux  qui  profef- 
fent  la  Médecine,  ô^qui  ont  autant  de  droit  que  perfonne,  que  l’on 
n’employe  dans  la  compolîtion  des  remèdes  qu’ils  ordonnent ,  que  des 
drogues  finçeres  6l  de  bon  aloy  j  mais  encore  auxEtudiaas  en  Phar¬ 
macie,  aux  Droguiftes,  ScauxApoticaires,  qui  pourront  dorénavant  par 
les  lumières  qui  font  répandues  dans  cet  Ouvrage, faire  ledifcernc- 
ment  du  vray  d’avec  le  faux  dans  l’ufage,  ou  dans  le  commerce  des  Dro¬ 
gues.  Mais  quelle  profefsion  peut  fe  palTcr  d’un  travail  qui  regarde  ce 
qui  doit  être  employé  pour  conferver  ou  pour  rétablir  la  hnté  de 
tous  les  hommes.  Combien  de  gens  qui  compofent  chez  eu;  leur^ 
Remedes ,  ont  intereft  de  connoître  fi  ce  qu’ils  achètent  cft  td  qu’il 
le  doit  eflre  pour  parvenir  aux  fins  qu’ils  fe  propolcnt.  Je  neparle 
point  icy  de  je  ne  fçay  combien  d’Arts  &dc  métiers,  comme  foit  les 
Orfèvres,  les  Chirurgiens  ,  les  Peintres,  les  Teinturiers,  les  Maré¬ 
chaux  ,  &  généralement  tons  ceux  qui  fe  fervent  de  Drogues  ^auf- 
quels  il  cft  important  de  n’cftre  pas  trompez. 

J’ay  donc  eu  raifon  de  dire  que  fi  mon  deffein  étoit  aufi  bien 
éxccLué  ,  que  l’importance  de  la  matière  le  demande  ,  je  coirois 
avoir  rendu  au  public  un  fervice  qui  ne  feroit  pas  medioec  en 
publiant  cet  Ouvrage  :  mais  quelque  foin  que  j’ayc  apporté,  ÔC 
quelque  dépenfe  que  j’aye  faite  pour  acquérir  la  connoifl^nct 
exade  des  Drogues  ,  il  cft  certain  qu* il  s’en  faut  beaucoup  que 
je  ne  fois  arrivé  ,  où  j’aurois  fouhaitté  de  parvenir  :  car  quo/  :jue 
j’aye  employé  prés  de  vingt  ans  à  me  compofer  un  Droguier  qii  cft 
peuc-eftre  le  plus  complet  le  plus  curieux  qui  foit  en  Eurepe  , 
&  que  j’aye  entretenu  commerce  de  lettres  dans  les  Indes  d’Orent 
d’Occident  pour  avoir  des  relations  fidèles  des  Drogues  qui  m 
font  pas  alfez  connues  en  Europe  ,  il  faudroit  avoir  le  fccours  d’ui. 
grand  Prince  afin  de  fournir  à  toutes  les  dépenfes  qu’il  convient  de 
faire  pour  ces  fortes  de  recherches.  Il  y  a  meme  dequoy  s’étonner, 
qu’un  particulier  fe  foit  engagé  à  une  dépenfe  excelsive  qu’il  a  falu 
faire  tant  pour  la  découverte  des  foftilcs  ,  des  plantes  &  des  ani¬ 
maux  ,  ôc  pour  en  faire  graver  les  Figures  ,  dont  la  plupart  ont 
été  faites  d’après  nature  ,  que  pour  l’imprefsion  de  cet  Ouvrage  5 
aufsi  faut -il  que  je  dilc  que  quelque  ardeur  que  j’euffe  pour  donner 
mes  vues  fur  le  choix  des  Drogues  ,  je  ne  me  ferois  pas  déterminé 
à  rendre  fi-tôt  cet  Ouvrage  public  ,  fi  je  n’avois  pas  été  pouf¬ 
fé  par  unç  çonjonéfurc  qui  m’a  mis  dans  une  fituation  ,  où  il  n’y 
avoir  pas  moyen  de  reculer.  La  plûpart  de  mes  papiers  ôc  originaux 
m’ayant  été  volez  de  plus  ayant  appris  que  l’on  prenoit  des  mefu- 
rcs  pour  les  imprimer  ,  6C  au  refte  n’ayant  pu  obtenir  jufticc  au 
Châtelet  où  l’affaire  a  clé  craittéc  de  bagatelle  ,  j’ay  etc  obligé  de 


P  RE  FA  C  E. 

précipiter  la  publication  de  cet  Ouvrage  ,  pour  empêcher  qu’un 
particulier  { de  l’humeur  de  la  Corneille  de  la  Fable  ,  qui  fe  paroic 
des  plumes  étrangères  )  ne  profitât  de  mes  veilles  ^  ne  donnât 
au  public  un  travail  encore  imparfait. 

]’efpcre  que  ceux  qui  liront  cet  Ouvrage  ,  remarqueront  que 
l’on  n’a  jamais  vu  un  Traité  de  Drogues  fi  complet  ,  &  que 
j’y  ay  ramaffé  non'  feulement  ce  qui  fe  trouve  répandu  dans 
un  grand  nombre  d’Autcurs  que  fon  ne  trouveroit  pas  facile¬ 
ment  ,  mais  encore  quantité  de  matières,  dont  on  ne  voit  rien, 
ou  du  moins  tres-peu  de  chofe  dans  les  Auteurs  qui  nous  ont 
précédé.  On  y  trouvera  encore  quantité  de  nouvelles  découvertes 
que  je  dois  à  la  generofité  de  mes  amis ,  &  dontle  public  n’au- 
roit  pas  eu  fi-tôt  connoifTancc.  Je  n’ay  point  oublié  de  leur  rendre 
la  jullice  qui  leur  efl:  duc  ,  &  de  citer  dans  les  occafîons  les  noms 
des  Sçavans  qui  m’ont  communiqué  leurs  lumières,  comme  il  fe  ver¬ 
ra  en  beaucoup  d’endroits.  Et  je  déclaré  même  que  comme  j’ay  pro¬ 
fité  avec  plaifir  du  fecours  de  quelques  perfonnes  d’érudition  ,  qui 
m’ont  fait  part  de  leurs  études  fur  les  matières  que  j’ay  traitées ,  je 
profiteray  pareillement  des  avis  de  toutes  les  perfonnes  bien  inten¬ 
tionnées  ,  lors  qu’on  aura  remarqué  quelques  endroits  dans  mon  Li¬ 
vre,  qui  auront  befoin  d’eftre  retouchez  ou  augmentez  ,  ôC  qu’oil 
me  fera  la  grâce  de  m’en  avertir. 

Quant  à  Tordre  de  ce  Livre  j’ay  fuivi  ccluy  que  les  Phyfîciens  nous 
ont  marqué  il  y  a  long-temps,  en  renfermant  dans  les  trois  Claffes  des 
végétaux  ,  des  animaux ,  &  des  minéraux ,  tout  cc  qui  efl  Tobjet  de  la 
Phyfiquc  ,  de  la  Pharmacie  ,  &  des  Arts  les  plus  utiles  à  la  focietc 
des  hommes. 

Comme  je  me  fuis  plus  attaché  à  l’utile  qu’à  l’agrcable  ,  que 
j'ay  eu  en  vûê  particulièrement  de  former  dans  le  choix  des  Drogues 
quantité  de  perfonnes  comme  font  les  Droguifles,  les  Epiciers  &les 
Apoticaires ,  tous  ceux  qui  en  employent ,  je  nVy  pas  fait  difficulté 
de  préférer  les  noms  des  Drogues  qui  font  en  ufage  dans  les  boutiques 
à  ceux  qui  font  peut-être  connus  d’un  petit  nombre  de  Sçavans  j 
ainfi  je  n’ay  point,  hefîté  dans  cet  Ouvrage  de  parler  comme  ils  par¬ 
lent  eux-mêmes  fans  tour  &  fans  façon  ,  parce  que  c’efl  d’eux  dont 
j’ay  eu  particulièrement  deffein  de  me  faire  entendre  :  car  pour  ce 
qui  eft  des  Sçavans ,  la  politcfTe  qu’ils  acquièrent  par  l’étude  des  bel¬ 
les  Lettres  me  fait  cfperer  qu’ils  ne  m’examineront  pas  à  la  rigueur 
fur  les  mots ,  ôc  qu’ils  fe  contenteront  des  bonnes  chofes  qui  font 
icy  ramaffées. 

J’ay  été  obligé,  pour  ne  pas  grofsir  trop  cet  Ouvrage  ,  pour 
n’en  augmenter  pas  le  prix ,  de  renfermer  dans  une  feule  Planche 
pluficurs  Figures  differentes  j  mais  cependant  j’ay  gardé  un  ordre 
que  pluficurs  perfonnes  verront  peuD-cflrc  avec  plaifîr  ;  c’efl  que 
dans  une  feule  Planche  je  renferme  les  efpcces  qui  ont  un  nom 
commun. 


W  t5!{8t«§§:  m 


^APPROBATION  DE  TM.  PAGON  CONSEILLER  DV  ROT 
en  fis  Confieils  ,  premier  Médecin  de  Sa,  Ma,jefié. 

IL  eft  fi  important  pour  le  bien  public  qu’on  découvre  allurément  la  nature  &  l’origine  des  choies  in¬ 
connues ,  qui  font  partie  de  la  matière  medecinale ,  &  que  l’on  foie  fidclèment  inftiuit  des  fraudes  quiic 
commettent  ordinairement  dans  le  commerce  des  Drogues ,  qu’on  ne  fçauroit  alFcz  louer  le  de  ifein  de  ceux 
qui  entreprennent  cette  recherche  avec  application.  C’eft  ce  que  l’Auteur  de  ce  Livre  a  fait  depuis  pluficurs 
années  avec  tant  de  foins ,  de  dépenfes ,  d'intelligence  &  de  probité  ,  qu’il  mérirc  que  ce  fruit  de  Ibn  tra¬ 
vail  iôit  reçu  avec  une  approbation  generale.  Il  n  eft  pas  poiîible  que  le  vafte/ujet  dont  il  traitte  ibit  égale¬ 
ment  éclaircy  par  tout ,  &  qu’il  ne  s’y  ibit  rencontré  des  difiicultez  infurmontables  aux  cftbrts  d’un  particu¬ 
lier.  Mais  il  faut  auffi  convenir  qu’il  y  a  un  très-grand  nombre  d’articles  jufqu’a  prefent  incertains  ,  fort 
curieuièment  décidez  dans  cet  Ouvrage  ,  &  que  les  moyens  qu’on  y  trouve  de  découvrir  les  Drogues  fal- 
fifiées  le  doivent  faire  regarder  comme  le  plus  utile  qui  ait  paru  iûr  fa  matière ,  &  l’Auteur  comme  un  trés- 
honnête  homme ,  dont  le  defintereftement  &  la  bonne  foy  n’avoicnr  point  encore  eu  d’çxcmplc.  C’eft  ce  qui 
Nous  oblige  à  luy  donner  nôtre  approbation  avec  un  entier  applaudiilèment.  Fait  à  Verfailles  ce  14.  No¬ 
vembre  mil  fix  cens  quatre-vingts-treize. 

FAÇON. 


Approbation  de  SM.  de  Ca  'én  DoSieur  en  Médecine  de  la  faculté  de  Paris. 

IL  n’y  a  rien  de  plus  naturel  à  l’homme  que  le  defir  de  fçavoir  ,  &  la  connoiftlincc  des  choies  naturelles  eft 
la  plus  louable.  Nous  avons  dans  cet  Ouvrage  dequoy  nous  iâtisfaire ,  en  apprenant  à  connoître  ce  que  la 
terre  nous  produit  pour  la  vie  &  l'utilité  de  l'homme ,  tant  par  les  choies  qui  viennent  des  Pais  étrangers , 
que  par  celles  qui  nailfcnt  chez  nous.  Les  Marchands  qui  font  profeilion  de  vendre  les  Drogues  &  Eipice- 
rics  qu’ils  ont  reçû  d' ailleurs  &  de  mains  en  mains ,  ic  contentent  de  les  connoître  par  la  cherté  &  le  prix 
fans  qu’ils  leur  donnent  leur  valeur  &  leur  mérite.  Mais  on  peut  dire  que  le  public  doit  avoir  obligation 
au  fleur  Fomet ,  .qui  ne  s’étant  pas  contenté  de  içavoir  ce  que  fes  autres  Confrères  fçavcnt  ordinairement , 
a  employé  tous  fts  foins ,  &  fait  une  dépenic  extraordinaire  dans  ce  ramas  Sc  ce  Recueil ,  pour  nous  donner 
tout  ce  qui  a  pû  venir  à  la  connoiflliiicc ,  ïbit  par  luy  ,  Ibit  par  lès  amis  >  en  nous  marquant  les  diffèrens 
lieux  d’où  font  tirées  Icfdites  Dr^ues,  leur  choix  &  leurs  bontez ,  ce  qui  n’eft  pas  d’un  petit  avantage  pour 
tous  ceux  qui  exercent  là  profeluon ,  mais  pour  tous  ceux  qui  ont  quelque  amour  pour  les  chofes  naturel¬ 
les  ;  c’eft  le  témoignage  que  je  dois  rendre  au  mérite  de  fon  Ouvrage.  Fait  à  Paris  ce  quinziéme  Novembre 
mil  fix  cens  quatre-vingts-treize. 

DE  CAEN  D.  M.  P. 


oApprcbcition  de  Monfieur  Morin  DoSleur  en  Medecine  de  la  paatlté  de  Paris  , 
Médecin  de  feu  fin  Altejfe  Mademoifielle  de  Guifi. 

T E  foufiîgné  Doéteur  Regent  en  Médecine  dans  l’Uni verfité  de  Paris ,  certifie  avoir  parcouru  &  lu  en  nlu- 
j  fieurs  Chapitres  un  Livre  qui  décrit  les  Drogues  qui  lèrvcnt  à  l’ulàgc  de  la  Idédecine ,  compofé  par  le  neur 
l’omet  Marchand  Epicier-Droguifte  à  Paris  ,  &  y  avoir  remarqué  beaucoup  de  chofes  dont  h  connoif 
fanccn’étoit  point  encore  venue  jufq'u’à  nôtre  temps  ,  en  Ibrte  que  j’en  croy  l’impreffion  fort  utile  au  pu¬ 
blic.  Fait  à  Paris  le  vingt-fixiéme  jour  de  Novembre  mil  fix  cens  quaire-vingts-douze. 

MORIN. 


Approbation  de  M.  The'var  DoEieur  en  Mcdecim. 

JE  fouITigné  Dodeur  Regent  en  la  Faculté  de  Medecine  de  Paris ,  certifie  à  tous  qu’il  appartiendra  ,  que 
lé  Livre  cy-dellu.s  nommé  ,  fait  par  M.  Pierre  Pomet  eft  d’une  tres-grande  utilité  pour  le  public.  Fait  ce 
vin'^t-fepticme  jour  de  Novembre  mil  fix  cens  e|uatrc-vingts-douze. 

^  THE  VA  R. 


AT?]?  ROB  AT  ION  DE  MON  SI  EV  R 
CharM ,  Docteur  en  Medecine. 


JE  fouflîgnc  Doftcur  en  Médecine  ,  certifie  avoir  parcouru  avec  beaucoup  de 
fatisfa(5lion  un  Livre  intitulé.  H tfioire  generale  des  Drogues ,  composé  avec  leurs  Fi¬ 
gures,  tirées  autant  qu’il  a  été  polfible  au  naturel,  par  le  Sieur  Pierre  Pomet,  Mar¬ 
chand  Epicier  &  Droguifte  à  Paris  i  &  que  l’aianc  trouvé  beaucoup  plus  accompli 
que  tous  les  Livres  fur  ces  matières  ,  qui  ont  paru  jufqu’à  ce  jour  ,  &  très -utile 
non  feulement  à  ceux  de  fa  Profeflîon  :  mais  à  toutes  les  perfonnes  qui  défirent  con- 
noitre  à  fond  la  matière  Medicale  j  Je  l’ai  exhorté  de  demander  incelfamment  un 
Privilège  pour  l’imprimer ,  dans  la  perfuafîon  où  je  fuis  que  ce  Livre  fera  bientôt 
reconnu  fort  neceflairc  au  public  fie  très  -  recherché.  Fait  à  Paris  le  z6.  Novembre 
1691. 

Signé,  C  Fi  A  R  AS. 


JP  PROBATION  DE  ^0  N  S I EVT^  ^  0  R  1  N  DOCTEVR 
en  Medecine  de  U  Faculté  de  Montpelier. 

N  Ou  s  foullîgné  Efeuyer  Dodeur  en  Medecine  de  la  faculté  de  Montpelier, 
certifions  que  le  Sieur  Pomet  Marchand  Droguifte ,  a  écrit  avec  la  dernie- 
je  exactitude  un  Livre  intitulé,  Hiftotre  generale  aes  Drogues  ,  qu’il  a  pris  un  foin 
très- particulier  de  s’informer  des  Marchandifes  qui  viennent  des  Pays  fort  éloi¬ 
gnez  j  qu’il  a  fait  venir  à  très -grands  frais,  pour  les  pouvoir  examiner  &  ne  rien 
avancer  ,  autant  qu’il  lui  a  été  polfible  qui  ne  lui  fut  bien  connu  &  qui  ne  foit 
dans  fon  Droguier,  que  j’ai  eu  le  plaifîr  de  voir  très  -  fouvent ,  &  comme  c’eft  fans 
contredit  le  Cabinet  le  plus  accompli  du  Royaume  ,  par  les  foins  qu’il  a  pris  &  les 
dépenfes  qu’il  a  faites  depuis  long-temps  :  On  peut  dire  que  ce  Livre  qui  fait  la 
delcription  de  toutes  les  Drogues  qui  y  font  enfermées  ,  qui  en  dit  les  differens 
noms  ,  le  lieu  d’où  elles  font  apportées  ,  la  maniéré  de  les  diftinguer  &  feparer  les 
bonnes  d’avec  les  mauvaifes ,  leur  ufage  ,  &  la  préparation  de  la  plupart,  ne  peut 
être  cjue  tres-iitilc  &  avantageufe  au  public  ;  En  foi  de  quoi  avons  figné  ce  prefent 
certificat.  Fait  à  Paris,  ce  zo.  Novembre  1691. 

Signé,  MORIN. 


approbation  de  éMONSIEVR  DE  BEAV  LIEV 
Premitr  Apoticaire  du  Corps  du  Roi. 

"1  ’Ai  lû  un  Livre  intitule  H'tfioire  geneule  des  Drogues  ,  fait  par  Monfieur  Pomet, 
1  Marchand  Epicier.  On  ne  peut  alTez  lôüer  fon  zele  pour  l’utilité  publique;  car 
outre  la  curieulc  &  exafte  recherche  qu  il  a  fait  de  toutes  les  Drogues  pour  en  fai. 
rc  la  defcriptioiij  ils’eft  particulièrement  appliqué  à  remarquer  les  choies  qui  con¬ 
cernent  l’éleclion  des  Drogues  5  &  comme  ce  bon  choix  elt  la  plus  neceffaire  par¬ 
tie  du  Pharmacien.  Il  faut  convenir  qu’outre  l’obligation  generale  que  lui  a  tout  le 
monde  9  les  Apoticaires  lui  en  ont  une  en  particulier,  c’elt  pour  cet  effet  que  j’ai 
donné  à  fon  Livre  mon  Approbation.  Fait  à  Verfailles  ce  Mars  16^3, 


Signé ,  DE  BEAULIEU,  premier  Apoticairc 
du  Corps  du  Roi. 


APPROBATION  DE  M  0  N  S  J  EV  R  3V  I  S  S  J  ERE, 
Apoticaire  de  fon  Aitejfe  Serenijfime  gonfleur  le  Prince. 

T’Ai  lû  avec  une  grande  fatisfadion,  l' Ht  flaire  generale  des  Drogues  ,  composé  par  le 
J  Sieur  Pomet ,  laquelle  contient  une  defeription  trcs-précifes  de  chaques  efpeces, 
enrichie  des  véritables  Figures  tirées  fur  tous  les  Originaux  qu’il  a  chez  lui  dans 
fon  Droguier,  qu’on  peut  dire  être  l’ouvrage  le  plus  nombreux  ,1e  plus  laborieux  &: 
le  plus  curieux  par  la  pureté  des  efpcces  qui  ait  encore  parû  dans  ce  genre,  l’aïant 
vu  travailler  depuis  vingt-ans  à  faire  venir  de  toutesles  parties  du  Monde,  toutes 
les  Drogues  tant  vraies  que  faulfes ,  pour  éclaircir  tout  ce  que  les  Auteurs  en  ont 
écrit  julqu’à  prefent  de  douteux  ou  de  faux  }  en  forte  que  cet  Ouvrage  ne  peut 
être  que  trcs-utile  à  tous  ceux  qui  veulent  fe  rendre  habile  à  la  connoilfance  des 
Drogues ,  comme  la  partie  la  plus  elfentielle  delà  Pharmacie  •,  c’eft  le  témoignage 
que  je  fuis  obligé  de  rendre  au  public  de  cet  Ouvrage.  Fait  à  Paris  ce  13.  Aouft 
*>3. 

Signé ,  BUISSIER.E,  Apoticaire  de  fon  AltelTe 
Sereniffime  Monfieur  le  Prince. 


APPROBATION  DE  ^ESSIEVRS  LES  GARDES  EN 

(^harge  ^  Anciens  Confuls  des  SMarchandi/ès  d' Epicerie  T)roguerie. 

N  Ou  s  fouflignez  Gardes  en  Charge  &  Anciens  Confuls  de  la  Marchandife  d’E- 
picerie&  Droguerie  de  cette  ville  de  Paris,  ccrtitîons  à  tous  qu’il  appartiendra, 
avoir  veu  &  leu  un  Livre  intitulé,  Hifloire  generale  des  Drogues  ^  composé  par  le  Sieur 
Pierre  Pomet,  Marchand  Epicier  &  Droguiftes  à  Paris,  dans  lequel  nous  n’avons  rien 
trouvé  que  de  trcs-utile  au  public  ,  &  notament  à  tous  lcs,Marchands  qui  exercent 
ledit  Négoce,  puifqu’il  leur  (ervira  de  guide  pour  les  inftruire  ,ou  foulagcr  leur  mé¬ 
moire  dans  le  commerce,  vente  &:  débit  des  Drogues  ôc  Marchand! fes  contenues  en 
icelui ,  fuivant  les  marques  &  l’explication  de  leurs  bonnes  &  mauvaifes  qualitez,  pour 
en  faire  le  jufte  dicernement,  &  le  choix  necelfaire  aux  difFerens  emplois  &  ufages, 
foit  pour  la  Pharmacie,  la  Tinture,  &  autres  Arts  &  Profeïïîons:  En  foi  de  quoi,  nous 
avons  ligne  le  prefent  certificat.  Fait  à  Paris  ce  25.  Novembre 

H  A  R  L  A  N ,  Garde  en  Charge.  N.  Drouet,  ancien  Garde  &  Conful. 
C.  LA  R  ü  Z  £,  Ancien  Garde  &  Conful.  A.  F  R  E  M  i  N,  ancien  Garde. 


approbation  IM  O  N  s  I  E  V  R  T^OVf^IERE, 

Apoticaire  ordinaire  dte  R.oy  ,  ^  premier  Apoticaire  Major  des  Camps , 
üdpitaus ,  Armées  de  Sa  Majefté, 

J’Ai  lû  &  examiné  avec  beaucoup  de  foin  le  Livre  intitulé,  Hifloire  generale  des 
Drogues  ^  compose  par  le  Sieur  Pierre  Pomet,  Marchand  Epicier  Droguifte  à  Pa¬ 
ris,  &  je  n’y  ai  rien  trouvé  que  de  trcs-utile  &  très- avantageux  pour  Pufage  de  la 
Médecine  5  les  jeunes  Etudians  en  Pharmacie,  pourront  acquérir  dans  la  leclurcde 
cet  Ouvrage  la  connoillàncc  de  toutes  les  Drogues  les  plus  rares  qui  viennent  des 
Pays  Etrangers.  L’Auteur  en  a  fait  une  recherche  également  exaéle  &  curieufe,  & 
toute  la  polterité  lui  fera  obligée  des  foins  qu’il  a  pris  &  des  dcpences  qu’il  a  faites, 
pour  faire  venir  des  Pays  les  plus  éloignez  ce  grand  nombre  de  Plantes  rares,  dont 
il  nous  a  donné  les  Figures  &  les  Deferiptions  cfans  la  derniere  exactitude  j  c’eft  le 
fentiment  que  j’ai  de  ce  Livre  ,  Sc  dont  j  ai  crû  devoir  rendre  témoignage  au  public. 
Fait  à  Paris  ce  27.  Novembre  1  6  pz. 

Signé,  H.  ROUVIERE, 


I 


HISTOIRE 


GENERALE 

•  DES  DROGUES, 

TRAITANT  DES  PLANTES, 

des  Animaux,  des  Minéraux,  OU  de  leurs  parties,  &: 
généralement  de  toutes  les  Marchandifes  Amples, 
ou  compofées  ,  que  les  Marchands  Droguiftes  & 
Elpiciers  doivent  ordinairement  avoir  &  peuvent 
vendre  dans  leurs  Boutiques  8c  Magazins. 


LIVRE  PREMIER 

Des  Semences. 

PREFACE. 

£  o^m  nous  appelions  Graine^  ou  Semence ,  eji  la  partie  de  la  Plante  qui  naifi 
après  la  fleur;  mais  comme  la  Jcmence  en  efl  ordinairement  la  plus  noble  partie^ 
^  que  ç  efl  par  elle  quelle  renaifl^  l’on  ne  Jçauroit  trop  s’étudier  à  la  bien  con- 
noiflre ,  ce  qui  nefl  pas  facile ,  tant  à  caufe  de  la  diverjîté  des  efleces^  que  parce 
qti  ilj  en  a  qui  approchent  beaucoup  en  figure  (ÿ*  en  autres  marques  les  unes  des  autres. 

f’ofe  bien  dire  qu'à  moins  de  les  pajjer  fouvent  par  les  mains  ,  la  connoijfance  que  l’on 
en  peur  avoir  d'ailleurs  efl  bien,  tofl  perdue ,  ceél  pourquoj  je  confcille  à  ceux  qui  ont  befoin 
d’acheter  des  Graines  ^  de  s’adrejfer  aux  plfts  habiles  &  honnefles  Marchands  qui  en  font 
coYfimerce  ^  (ÿ*  non  pas  à  ceux  qui  les  vendent  ordinairement ^  &  qui  n'ajans  ny  étude  ny 
expérience,  vendent  le  plus  fouvent  ce  qu’ils  ne  connoijfent  pas  ^  (y  une  graine  pour  l'autre^ 
donnant  des  vieilles  pour  des  nouvelles ,  ^  des  froides  pour  deS  chaudes  ^  çyc.  pourveu  que 
leur  figure  en  approche. 

Mais  comme  il  feroit  impojflble  d’entrer  dans  le  détail  de  toutes  les  Graines  ou  Semences, 
je  me  contenteray  de  celles  qui  font  une  partie  de  mon  négoce,  que  je  vais  décrire  avec  le  plus 
de  (oin  cjsr  d’exaÛitude  qu'il  me  fera  pojflble. 


Hifloire  generale 

CHAPITRE  PREMIER. 
Du  Semen  contra  Vermes. 


*  Caravanneeft 
une  alTemblée 
d’hommes,  con¬ 
duiras  pluficnrs 
chevaux  ,  cha¬ 
meaux,  &  autres 
animaux  char¬ 
ges  de  diverfes 
Marchandifes , 
qui  partent  de 
Perfe  ,  une  ou 
deux  fois  l’an¬ 
née  ,  pour  dif- 
fetens  endroits 
du  Levant. 


s> 


E  Semen  Contra  Vermes  a  pris  fon  nom  de  fa  principale  vertu ^ 

qui  eftde  faire  mourir  les  vers  qui  s’engendrenc  dans  le  corps  humaifjj 
&  fur  tout  dans  celuy  des  petits  enfans  (  nous  l’appelions  auffi  Santo-  ’ 
line,  ou Xantoline ,  Semenjanàîum  J  Semen  fkntonicum,  Semencine,  Bar- 
botine,  ou  poudre  à  vers.  )  Ç’eft  une  petite  graine  que  les  Perfàns  envoyent 
annuellement  dans  leurs  *Caravannes  à  Alep  ,à  Alexandrerce,  &  à  Smlrne,  d’oii 
nous  la  tirons  par  les  voyes  d’Holandc,  d’Angleterre  &  de  Marfeille. 

La  plante  qui  porte  le  Semen  contra  ,  a  fes  feiiilles  fi  petites  ,  4u’il  eit  affez 
difficile  de  les  feparer  d’avec  fa  graine,  c’eft  pourquoy  ceux  du  Royaume  de  Boutan 
y  employeur  des  paniers  propres  a  la  vaner,  pour  en  feparer  les  feiiilles  qui  vo¬ 
lent  en  poufficre.  Quelques  Auteurs  difène  que  le  Semen  contra  eft  la  graine 
d’une  elpece  d’Abiintlie  que  quelques-uns  ont  appelle  Santonique,  parce  qu’il 
en  croît  en  Xaintonge  ,  ce  que  je  ne  veux  contefter ,  n’en  ayant  pû  apprendre 
autre  chofe  quelque  diligence  que  j’aye  fait,  fînon  que  celuy  que  nous  vendons 
croît  en  Perfe,  &aux  confins  de  la  Mofeovie,  comme  des  lettres  que  j’ay  rcceu 
de  divers  endroits  me  l’ont  affiuré,àquoy  j’ay  bien  voulu  ajouter  ce  qu’en  a  e'cric 
M’Tavcrnier  dans  le  fécond  Tome  de  fes  Voyages,  à  la  page  384.  en  ces  termes. 

Pour  ce  qui  eft  de  la  Semencine ,  ou  poudre  à  vers ,  on  ne  peur  pas  la  recueillir 
comme  on  fait  les  autres  graines  -,  c’eft  une  herbe  qui  croît  dans  les  prez  ,  j&z 
qu’il  faut  laiffer  mûrir  ,  &  le  mal  eft  que  lors  qu’elle  approche  de  fa  maturité, 
le  vent  en  fait  tomber  urie  grande  partie  entre  les  herbes,  où  elle  fe  perd  ;  c’eft 
ce  qui  la  rend  chere.  Comme  on  n’ofe  la  toucher  de  la  main,  parce  quelle  en 
feroit  plûtoft  gaftee  ,  &  que  mefme  ,  quand  on  en  fait  la  montre  ,  on  la  prend 
dans  une  écuelle  j  lors  qu’on  veut  recueillir  ce  qui  eft  demeuré  de  refte  dans  l’épy, 
voicy  de  quelle  adreffie  on  fe  fert  j  ils  ont  deux  paniers  à  ances  &  en  marchant 


des  Drogues  J  Livre  Premier.  3 

dans  ces  prez,  ils  font  aller  un  des  paniers  de  là  droite  à  la  gauche,  &  l’autre  de  « 
la  gauche  à  la  droite ,  comme  s’ils  fauchoient  l’herbe  ,  laquelle  toutefois  ils  ne  <c 
prennent  que  par  le  haut ,  c’eft  à  dire  par  l’e'py ,  &  toute  la  graine  tombe  ainfi  « 
dans  ces  paniers.  Il  croît  aulfi  de  la  Semencine  dans  la  Province  de  Kerman,  cc 
mais  elle  neft  pas  ü  bonne  que  celle  deBoutan,où  on  n’en  recueille  guère  que  « 
ce  qu’il  en  faut  pour  le  païs.  Cette  Graine  n’eft  pas  feulement  pour  chaffer  les  vers  rc 
du  corps  des  enfans,  mais  les  Perfans  &  tous  les  peuples  qui  font  vers  le  Nord ,  <c 
êc  mefme  les  Anglois  &  les  Holandois  s’en  fervent  comme  d’anis  pour  mettre  ce 
dans  les  dragées. 

Qjmy  qu’il  en  foit,  on  choilîra  le  Semen  contra  bien  nourry,  verdâtre,  d’une 
bonne  odeur,  &  le  plus  net  que  l’on  pourra,  car  il  eft  fort  fujet  à  eftre  augmenté 
de  petits  corps  étrangers  qui  luy  caufent  un  gros  déchet,  &  en  augmentent  de  qL  icsï«int 
beaucoup  le  prix.  Il  faut  prendre  garde  qu’il  n’ait  point  efté  verdi ,  &  que  cc 
ne  (bit  de  la  femencc  *  d’Auronne  laquelle  on  luy  fubftituë  affez  fouvent,  ce 
qui  fera  facile  à  connoiftre ,  en  ce  que  le  Semen  contra  eft  palTablement  gros  ,  y  aya« 
longuet ,  &  verdâtre ,  &  que  la  femence  d’Auronne  eft  legere  ,  jaunâtre ,  reC-  ne  la  tiouvcioa 
femblant  plûtoft  à  de  la  petite  paille  coupée  bien  menue  qua  de  la  graine,  &  de 
plus  c’eft  que  le  Semen  contra  cil  plus  amer  &  plus  aromatique  que  n’eft  cette 
femencc.  aufll  à  la  graine 

Le  Semen  contra  eft  fi  familier,  qu’il  n’eft  pas  necelTaire  d’en  marquer  l’ufage,  nom  de  Batbo- 
fon  amertume  eft  caufe  ,  que  l’on  le  couvre  de  fucre ,  &  qu’on  en  fait  ce  que 
nous  appelions  Barbotine,  ou  Semen  contra ,  en  dragées. 

CHAPITRE  IL 
JD^  chouan. 


4  Hiftoire  generale 

La  planî€  qui  le  porte  cft  balTe  &  a  fa  graine  par  petits  bouquets,  à  peu  près 
comme  le  Semen  contra. 

Il  ma  efte  du  tout  impoflible  de  fçavoir  pofitivement  l’endroit  où  croît  la 
plante  qui  porte  le  Choüan  ,  tout  ce  que  j*en  ay  pû  fçavoir,  ç’a  cfté  par  quel¬ 
ques  perfonnes  de  la  fuite  de  M'  deGuillcrague  Ambaffadeuren  Turquie  pour  le 
Roy  de  France,  qui  en  firent  venir  à  Paris  avec  eux,  uneaffez  bonne  quantité. 

Quoy  qu’il  en  foit ,  il  faut  choifir  le  Chouan  verdâtre,  gros,  bien  net ,  Ôc  le 
moins  rempli  de  bûchettes  qu’on  pourra  le  trouver. 

Il  n’a  point  d’autre  ufage  enFrance,que  jefçachc,que  pour  faire  le  Carmin, 
&  pour  les  Plumaciers,  quoy  que  prefentement  on  s’en  ferve  tres-peu. 

CHAPITRE  III. 

Du  ^srjîl  de 


4- 


Le  Persil  de  Maccdoine  eft  une  plante,  qui  reffcmble  en  quelque  forte 
au  Perfil  de  nos  jardins,  mais  dont  la  graine  ell  de  beaucoup  plus  petite, 
plus  longuette  &  pointue,  &  vient  par  ombelles,  comme  le  Fcnoüil.  Cette  plante 
a  pris  fon  furnom  du  Royaume  de  Macédoine  ,  où  elle  croift  naturellement ,  & 
d’où  l’on  nous  en  apporte  la  fcihence ,  qui  eft  la  principale  partie  de  la  plante, 
feule  en  ufage  en  Médecine. 

On  la  doit  choifir  nouvelle,  nette,  bien  nourrie,  longuette,  d’un  verd  tirant  fur 
le  brun,  d’une  bonne  odeur  &  fort  aromatique,  qui  font  les  principales  marques 
du  véritable  Perfil  de  Maccdoine  ,  pour  lequel  quelques-uns  employent  mal  à 
propos  la  graine  de  nôtre  Perfil ,  &  d’autres  la  graine  noire  d’une  forte  de  gros 
Ache  que  les  Jardiniers  nômmcnt  improprement  Perfil  de  Maccdoine.  Androma- 
che  Médecin  de  Néron  General  des  Légions  Romaines ,  au  temps  de  la  guerre  des 
Romains  contre  Annibal,  ayant  invente  la  Thériaque,  y  fit  entrer  cette  fcmencc 
iousic  nom  <\c  Petrofelimm  Macedonicum y  comnne  eftant  fort  âlexiterc. 

On  la  prend  feule  le  matin  à  jeun,  en  poudre,  au  poids  d’un  demi  gros,  dans 
du  vin,  ou  dans  quclqu'autre  liqueur  convenable  à  la  maladie. 


des  Drogues,  Livre  Premier, 


ESesel^ou  Sifelcos a  tiré  ion  fiimom  de Marfçille, qui  çft  fon  païs  natal, 
I  ,  quoy  qu’il  y  en  aie  encore  beaucoup  eh  divers  autres  endroits  de  la  Provence 
&  du  Languedoc  ;  Ç’cft  une  plante  qui  paiTe  pour  une  efpece  deFenoüil,  d’où 
vient  que  quelques  Auteurs  l’ont  nommée  F «nicnlum  tortHofiim^  ouFenoiiil  tortu, 
mais  il  a  moins  de  feüilles  que'le  Fenoüil  ordinaire,  &  elles  ne  font  pas  fi  lon¬ 
gues,  ny  fa  tige  fi  droite,  ny  fi  hautes  outre  qu’elle  a  pluficurs  noeuds,  &  des 
branches  peu  régulières ,  étendues  en  largeur  vers  fes  codez.  On  n’eraploye 
que  (a  femence  qui  vient  par  ombelles  ,  de  mefme  que  celle  de  l’Aneth  ;  la, 
quelle  cftant  en  fa  maturité,  rcflemble  beaucoup  en  figure  à  celle  du  Fenoüil 
fauvage  j  clic  doit  dire  de  moyenne  grofleur,  longuette,  pefantc,  bien  nette, 
verdâtre,  dune  bonne  odeur,  &  d’un  gouft  acre  &  aromatique. 

Il  y  a  plufieurs  .autres  fortes  de  Sefeli,  comme  celuy  de  Candie.,  du  Pelopon, 
nefe  ,  de  la  Morée,  d’Ethiopie,  &  celuy  des  prez  j  mais  comme  il  n’y  a  que  la 
graine  de  celuy  de  Marfeille  qui  foit  en  ulàgc,  je  ne  parlcray  point  des  autres, 
y  ayant  affez  d’Auteurs  qui  en  font  mention. 

On  attribué  à  la  graine  de  Sefeli  de  Marfeille,  des  qualitcz  qui  approchent 
de  celles  du  Perfil  de  Macedoine. 

Q^lques  Botaniftes  ont  donné  le  nom  de  Siler  montAmm  ,  ou  Scrmontain 
au  Scleli.  Autrefois  lesR^oulliers  qui  nous  amenoient  de  la  Franche-Comté, des 
Fromages  de  Berne, ou  de  Vachelin,&  des  Boettes  à  mettre  des  confitures,  nous 
apportoient  aulTi  en  des  petits  balocs ,  une  femence  qu’ils  nommoient  Sefeli , 
plus  grolTe,  &  d’une  plus  forte  odeur  que  celle  de  Marfeille  ,  qu’ils  donnoient 
aux  jumens  qui  amenoient  leurs  marchandifes  ,  pour  les  engrailfcr ,  afin  de  les 
mieux  vendre  à  Paris. 


6 


Hiftoire  generale 

CHAPITRE;  y.^ 

.  De  lAmmi.\\:S^ 


L*A  M  M I  à  qui  quelques-uns  ont  donné  le  nom  d’Ameos ,  cft  une  plante 
qui  a  fes  feüillcs  femolables  à  l’Ancth ,  &  qui  porte  une  tige  aflez  haute  , 
avec  phifîeurs  rameaux, qui  fc  terminent  en  des  mouchets  garnis  de  fleurs  blan¬ 
ches  ,  apres  Icfquelles  vient  une  petite  graine  rondelette  aflez  menue  &  pref^ 
que  fémblable  a  des  grains  de  fable ,  d’où  la  plante  a  pris  fon  nom. 

Cette  graine  eft  la  leulc  partie  de  la  plante  dont  on  fe  (erc  -,  on  la  doit  choi- 
fîr  nouvelle,  verdâtre,  bien  nourrie,  d’un  gouft  un  peu  amer,  &  d’une  odeur  aro¬ 
matique,  &preferer  celle  d’Alexandrie,  ou  deCrcte,àcelleque  l’on  cultive  dans 
les  jardins  en  quelques  endroits  de  la  France,  qui  n’a  pas  un  goufl:  entre  l’Ori¬ 
gan  &  le  Thym ,  que  l’on  peut  remarquer  en  celle  d’Alexandrie  &  de  Crète ,  qui 
en  toutes  chofes  eft  beaucoup  meilleure. 

On  attribue  à  cette  femcnce  ,  les  mcfmes  proprietez  qu’aux  deux  prece¬ 
dentes. 


des  Drogues,  Livre  Premier. 


7 


CHAPITRE  VI. 

Du  Thlafpi. 


Le  ThlÀspi  efl:  une  plante  de  la  hauteur  d’un  pied  ou  environ  ,  qui  a 
fcs  feiiilles  d’un  verd  affez  enfoncé  dans  fa  couleur ,  de  la  longueur  du 
petit  doigt ,  larges  dans  leur  baze  ,  &  finiflant  peu  à  peu  en  pointe  ;  fà  fige 
jette  quantité  de  rameaux  chargez  de  fleurs  blanches,  apres  lefquelles  naifl'ent 
des  goufles  plates,  ayans  la  figure  des  lentilles ,  qui  contiennent  chacune  deux 
graines  de  couleur  jaune  tirant  lur  le  rouge  ,  qui  par  lucceflion  de  temps  fe 
change  en  rouge  obfcur ,  &  plus  çlle  vieillit  plus  elle  noircit.  Elle  cft  ronde, 
longuette,  &  tant  foit  peu  pointue. 

On  la  doit  choifir  nouvelle,  nette  ,  rougeâtre,  acre  &  mordicante,  &  avoir 
de  celle  qui  croifl  dans  les  pays  chauds,  tels  que  font  le  Languedoc  &  la  Pro¬ 
vence.  Il  ne  la  faut  pas  chercher  chez  les  Grenetiers,  non  plus  que  toute  au-* 
tre  graine  étrangère,  parce  qu’ils  donnent  aflez  fouvent  de  la  graine  de  Naflîtorr, 
ou  Creflbn  Alenois,  pour  du  Thlafpi  à  ceux  qui  ne  les  connoiflent  pas. 

Il  y  a  une  autre  forte  de  Thlafpi ,  qui  a  fa  tige ,  fes  feiiilles  &  fcs  gouffes 
beaucoup  plus  petites,  de  mefme  que  fa  graine  ,  laquelle  efl:  tout- à-fait  jaune 
&  beaucoup  plus  petite,  quoy  qu’elle  ait  un  goull  approchant  ,  mais  eftant  de 
beaucoup  inferieure  en  vertu,  on  la  doit  rejetter.  Je  laifle  à  part  les  autres  ef- 
peces  de  Thlafpi,  qui  font  hors  d’ufage. 

On  fellime  propre  pour  la  guerifon  des  gouttes  feiatiques ,  &  pour  diflTou- 
dre  les  calculs  &  les  grumeaux  de  fang  ,  pris  en  poudre  ,  au  poids  d’un  demy 
gros,  le  matin  à  jeun. 


8 


.  Hiftoire  generale 


CHAPITRE  VII. 

Du  Daucus. 


Le  Daucus  de  Crete  ou  Candie  ,  efl  une  plante  affez  femblable  aux  Pa¬ 
nais  J  d’où  vient  que  quelques-uns  ont  crû  que  c'en  eftoit  une  cfpece  j 
C’elt  une  plante  d’un  pied  &  demi  de  haut,  qui  produit  en  Tes  fommicez  plu- 
fîcurs  mouchées  garnis  de  fleurs  blanches  ,  d’où  fortent  quantité  de  graines 
d’un  verd  pâle,  qui  (ont  velues,  blanchâtres,  longues  &  approchantes  de  celles 
du  Cumin ,  mais  elles  ne  font  pas  (î  longues  ny  (î  grofTcs ,  ny  d’une  odeur  aufli 
forte  ;  Au  contraire  leur  odeur  &  leur  gouft  font  agréables  &  aromatiques,  (ut* 
tout  lors  qu’on  les  tient  quelque  temps  dans  la  bouche. 

Cèttc  graine  eftant  velue  retient  ordinairement  avec  elle  des  petits  feftus  & 
de  la  poufliere  ,  qui  augmente  lors  qu’elle  vieillit ,  par  des  particules  qui  s’en 
ffeparent.  Il  faut  la  choiflr  nouvelle,  bien  nourrit,  &  la  plus  nette  qu’on  pourra 
trouver. 

On  nous  apporte  du  Daucus  d’Allemagne,  &  des  montagnes  qui  dépen^dent 
des  Alpes,  mais  il  n’a  pas  les  marques,  ny  les  bonnes  qualitez  de  celuy  de  Crète, 
qu’on  doit  feul  rechercher. 

Il  ell  (îngulier  pour  guérir  ceux  qui  font  attaquez  de  la  pierre,  &  ceux  qui 
font  fujets  aux  coliques  venteufes ,  citant  du  rang  des  rcmedes  qu’on  nomme 
lithontriptiques  ou  calTc- pierres  ,  &  palTant.pour  un  puiflant  carminatif.  On  le 
prend  en  poudre  au  poids  d’un  demi  gros,  dans  de  l’eau  de  raves ,  ou  dans  du 
vin  blanc,  contre  la  pierre  ou  la  gravellc,  le  matin  à  jeun,  &:  dans  de  l’eau  d’a- 
nis,  de  fenouil,  de  rhuc,  ou  de  noix,  contre  les  coliques  venteufes  ;  quelques- 
uns  y  ajoutent  un  femblable  poids  de  (cl  d’Abfînthe. 


CH  AP. 


des  Drogues,  Livre  Premier. 


9 


CHAPITRE  VIII. 

Du  Carui. 


Le  Carui  que  les  Latins  appellent  Carttm^  &  les  Grecs  Caron,  eft  une 
plante  qui  approche  beaucoup  de  celle  des  Panais  fauvagesjfes  feuilles 
(ont  grandes,  dentelées  &  divife'es  en  plufieurs  petites  parties,  de  l’entre-deux 
dcfquelles  forcent  plufieurs  tiges  quarrées,  noüeufcs  éc  hautes  d’un  pied,  ou 
environ,  pouffant  à  leurs  fommitez  des  ombelles  couvertes  au  commence¬ 
ment  de  fleurs  blanches,  qui  fe  convcrtilfenc  bien  toft  apre's  en  des  graines 
qui  ont  affez  de  rapport  à  la  fcmence  de  Perfil  de  jardin,  à  la  referve  quelle 
cil  tant  foie  peu  plus  obfcure  ôc  plus  platte,  &  d’un  goût  plus  acre  &  piquant. 

Cette  plante  croît  en  plufieurs  endroits  de  nos  jardins,  &  generalemenc 
par  tout,  mais  comme  les  pays  chauds  font  toujours  plus  convenables  pour 
les  plantes  aromatiques,  c’ell  le  fujet  pour  lequel  la  fcmence  de  Carvi  que 
nous  débitons  à  Paris  dans  nos  Boutiques  nous  cil  envoyée  de  Provence  &  du 
Languedoc. 

Ün  doit  choifîr  cette  graine  bien  nourrie,  nouvelle,  verdâtre,  d’un  goût 
chaud,  acre  &  piquant,  d’une  odeur  aromatique,  laquelle  ellant  tenue  dans  la 
bouche  a  un  affez  bon  goût,  c’efl  pourquoy  on  l’eflimc  propre  pour  rendre 
l’haleine  agréable,  &  fort  convenable  pour  aider  à  la  digefîion,  pour  appaifer 
les  vents ,  pour  forti.^er  f eflomac  &  pour  faire  uriner.  Les  Allemands  ont 
tant  d’eflime  pour  cette  graine  qu’ils  la  mettent  coure  entière  dans  la  pâte 
dont  ils  font  leur  pain, &  même  dans  la  plûpart  de  leurs  fàuffes,&  s’en  fer¬ 
vent  comme  nous  faifbns  icy  de  l’Anis.  Quelques-uns  fe  fervent  aufîi  des  feuilles 
comme  d’une  herbe  potagère. 


B 


lo  Hiftoire  generale 

CHAPITRE  IX. 

De  la  Saxifrage. 


La  Saxifrage  efl:  une  plante  f!  femblable  au  Thym  qu’il  eft  diffi- 
cile  d’en  faire  la  différence.  Cette  plante  croît  en  quantité  en  Dauphi¬ 
né,  Provence  &  Languedoc,  tant  entre  les  pierres  que  fur  les  rochers,  ce 
qui  luy  a  fait  donner  le  nom  de  Saxifrage  comme  à  beaucoup  d’autres,  qui 
fignifîe  Brife-pierre. 

Il  en  faut  choifir  la  femence  aufli  nouvelle  que  Ion  pourra.  Elle  doit  eftre 
d’un  goût  chaud  &  piquant  &  d  une  odeur  agréable. 

On  luy  attribue  la  vertu  de  brifer  la  pierre;  la  donnant  en  poudre  le  ma¬ 
tin  à  jeun,  dans  un  verre  deau  diftillee  de  la  plante, ou  dans  quelque  autre 
eau  diurétique.  La  doze  elt  d  un  demy  gros. 

Il  y  a  quantité  d’autres  efpeces  de  Saxifrage,  dont  plufieurs  Auteurs  font 
mention;  mais  comme  il  n’y  a  que  la  femence  de  celle  cy-deflus  dépinte  qui 
foit  en  ufage  parmy  nous,  &  que  nous  ayons  ordinairement  dans  nos  Bouti¬ 
ques,  c’eft  le  fjjet  pour  lequel  je  n’en  parle  point, &  de  plus  ceft  que  quan¬ 
tité  de  Livres  en  font  mention  ,  &  entr’autres  Dodon  &  d’Alechamp  qui  d  e- 
crivent  les  Saxifrages  affez  au  long.  Quelques-uns  veulent  que  toutes  les  plan¬ 
tes  qui  croificnt  entre  les  pierres  &  rochers  foient  appellées  Saxifrages. 


des  Drogues,  Livre  Premier, 


II 


CHAPITRE  X. 

Du  Cumin. 


Le  C  u  m  I  n  ou  Anis  aigre  cft  Ja  graine  d’une  plante  qui  a  aflez  de  rap¬ 
port  au  Fenoiii!  qui  croît  en  quantité  dans  Tlfle  de  Malte,  ou  l’on  le  feme 
comme  l’on  fait  icy  le  bled. 

On  choifira  le  Cumin  nouveau,  bien  nourry ,  verdâtre,  d’une  odeur  forte 
&  aifez  defagreablej  il  faut  prendre  garde  qu’il  ne  foit  piqué  ou  vermoulu  ,  à 
quoy  il  eft  affez  fujer,  ce  qui  fe  pourra  voir  facilement  à  l’œil,  &  en  ce  qu’il  eft 
fort  chargé  de  pouffiere,  &  que  le  prenant  à  poignée  &  le  relevant,  les  grains 
s’accrochent  &  pendent  les  uns  aux  autres,  comme  par  des  fîlamens  qui  font 
les  fibres  de  la  graine. 

On  employé  quelquefois  cette  graine  pour  l’hydropifie  timpanite,  parce 
quelle  cft  carminative j on  s’en  fert  beaucoup  pour  rechauffer  les  chevaux,  les 
bœufs, &  quelques  animaux  domeftiques;  on  peut  en  tirer  une  huille  par  ex- 
preflion  comme  del‘Anis,qui  eft  tres-bonne  pour  lesrhumatifmes,  mais  en  très 
petite  quantité. 

Q^lques  uns  fc  fervent  du  Cumin  pour  peupler  les  Colombiers,  en  ce  que 
les  Pigeons  en  font^  fort  frians,  non  pas  de  la  manière  que  nous  le  vendons, 
mais  après  avoir  efté  incorporé  avec  une  terre  falée  que  les  Pigeons  découvrent 
eux-memes  à  la  campagne,  ou  d’une  autre  terre  imbibée  d’urine, ou  de  fau- 
mure  de  Moluës,ou  autres  femblablcs  j  c’eft  ce  qui  fait  qu’il  y  a  des  endroits 
où  il  eft  deffendu  aux  Marchands  d’en  vendre. 


12  Hiftoire  generale 

CHAPITRE  XI. 

Du  Fenouil. 


Le  F  e no üil  cft  la  graine  dune  plante  fi  connue  de  tout  le  monde  qu*il 
cft  comme  inutile  d’en  faire  la  defeription,  ainfi  je  me  contenteray  de 
dire  que  le  Fenoüil  que  nous  vendons,  nous  elt  apporte  du  Languedoc,  fur 
tout  d’auprès  de  Nllmcs  où  cette  plante  elt  cultivée  avec  grand  foin,  à  caufe 
de  la  grande  quantité  de  Fenoüil  qui  fe  tranfporte  en  France,  principalement 
à  Paris. 

On  doit  choifîr  le  Fenoüil  nouveau,  bien  nourry,  longuet ,  verdâtre,  d’un 
goull:  doux,  fucrc  &  afTcz  agréable,  &  le  moins  rempli  de  bûchettes  ou  autres 
corps  étrangers, à  quoy  il  eft  fort  fujet. 

Le  Fenoüil  eft  quelque  peu  utile  en  Médecine,  tant  pour  chafTer  les  vents 
que  pour  employer  au  lieu  d’anis,  mais  beaucoup  pour  les  ConfifTeurs  qui  le 
couvrent  de  fucre,  &  qui  le  diftingucnt  enfuite  par  numéro  fuivanc  la  quantité 
de  fucrc  dont  il  cft  couvert.  Du  Fenoüil  verd  ,  ils  en  prennent  les  ombelles 
qu’ils  chargent  de  fucre  &  qu’ils  vendent,  tant  pour  rendre  l’halcine  agréable, 
que  pour  cftre  plus  rempli  de  vertu,  ayant  cfté  confit  tout  verd.  De  la  plante 
de  Fenouil  nouvelle  &  verte  les  Apotiquaires  en  peuvent  tirer  par  la  diftilla- 
tion  une  eau  qui  eft  eftimée  fort  propre  pour  ofter  les  inflammations  des  yeux, 
ils  en  peuvent  tirer  aufli  par  la  meme  voyc  une  huille  blanche,  d’une  odeur 
forte  &  aromatique,  mais  en  fi  petite  quantité  que  cela  ne  mérite  pas  la  peine 
d’en  tirer.  La  fecherefte  du  Fenoüil  fait  que  l’on  auroit  bien  de  la  peine  d’en 
pouvoir  tirer  une  huille  verte  par  cxprcflion  ,  comme  de  l’anis.  Outre  les  em¬ 
plois  cy-deffus,  on  s’en  fert  aufli  pour  mettre  dans  les  Olives  lorfque  l’on  les 
leflive,  pour  leur  donner  bon  gouft. 

11  y  a  encore  une  autre  forte  de  Fenouil  que  l’on  peut  nommer  fauvage  , 


^rzù 


14  Hiftoire  generale 

Gn  doit  choifir  l’Anis  de  l’année,  gros,  bien  net,  d’une  bonne  odeur,  d’un 
goufl:  piquant  &z  aromatique,  &  prendre  garde  qu’il  ne  Toit  point  amer,  en  ce 
qu’il  s’en  rencontre  qui  l’ell  en  telle  forte,  qu’on  ne  fçauroic  prefque  legourter, 
principalement  ccluy  de  Chinon. 

L’ufage  de  l’Anis  verd  cil:  trop  familier  pour  en  faire  un  long  difeours,  & 
de  plus ,  il  y  a  fore  peu  de  perfonnes  qui  ne  Içache  qiul  eit  convenable 
pour  appaifer  les  vents ,  &:  qu’il  eft  le  corredtif  du  Séné,  Les  Confifleurs 
aiilTi  en  emploient  une  alfez  grande  quantité, qu’ils  font  fccher,  &  le  couvrant 
de  fiicre,  en  font  ce  qu’ils  appellent  Anis  couvert,  ou  Anis  Reyne  &  petit  Ver¬ 
dun;  à  l’égard  des  autres  Anis,  furnommez  de  Verdun  ,  ils  ne  font  point  faits 
d  Anis,  mais  deFenoüil. 

On  tire  de  l’Anis  par  diftillation ,  une  eau  &  une  huille  blanche  qui  au 
moindre  froid  fc  congele  &  le  liquifie  à  la  moindre  chaleur,  qui  eft  d’une  • 
odeur  forte  &  pénétrante,  doüée  de  très  bonnes  qualitez,  mais  fa  forte  odeur 
fait  que  l’on  ne  s’en  fert  que  très  peu,  ou  fi  l’on  s’en  fert ,  il  faut  que  ce  loit 
avec  bien  de  la  modération.  Les  Apoticaires  &  Parfumeurs  en  ufent  quel¬ 
quefois  dans  leurs  Pomades  au  lieu  d’Anis ,  tant  pour  en  conlervcr  la  blan¬ 
cheur,  que  parce  que  demi-once  de  cette  huille  fait  plus  d’effet  &  donne  plus 
d'odeur  que  deux  livres  d’Anis. 

Les  Parfumeurs  s’en  fervent  encore  pour  aromatifer  leurs  Pâtes  &  pour  met¬ 
tre  dans  des  mélanges  d’aromats  qu’ils  appellent  Pots-pourris  ;  quelques-uns  fe 
fervent  de  cette  huille  affez  mal  à  propos  au  lieu  d’Anis,  pour  faire  l’eau  qu’ils 
furnomment  eaud’anis  ouanifé.  Cette  huille  a  de  tres-grandes  proprietez,eftanc 
un  excellent  remede  pour  appaifer  les  tranchées,  fur  tout  des  petits  enfans,cn 
leur  en  frottant  le  nombril  ,  ou  en  mettant  une  petite  goûte  dans  leurs  ali- 
mens;  en  un  mot  elle  a  les  mêmes  qualitez  &  peut  eftre  employée  aux  mêmes 
ufages  que  l’Anis.  On  peut  tirer  aufti  par  expreffion  de  l’Anis,  une  huille  ver¬ 
te,  d’une  forte  odeur,  qui  a  les  mêmes  proprietez  que  la  blanche,  avec  cette 
différence  neanmoins  qu’elle  n’agit  pas  avec  tant  de  force,  parcp  qu’on  en  tire 
beaucoup  plus ,  &  quelle  n’eft  pas  fi  purifiée  ,  ainfi  que  le  marque  Monfieur 
Charas  dans  fa  Pharmacopée  Royale,  à  qui  nous  avons  cette  obligation  comme 
ayant  efté  celuy  qui  l’a  inventée.  A  l’égard  de  la  blanche,  nous  la  tirons  de  Hol¬ 
lande,  tant  parce  qu’elle  revient  à  beaucoup  moins, que  parce  que  celle  que  les 
Hollandois  nous  envoyeur,  eft  plus  blanche,  plus  claire  &  plus  odorante  que 
celle  que  nous  faifons  en  France,  foit  que  cela  vienne  de  l’Anis,  ou  qu’ils  y  ajou¬ 
tent  quelque  menftrui*  que  nous  ne  connoiffôns  pas;  je  ne  veux  pas  neanmoins 
affurer  qu’il  ne  fe  trouve  quelques  perfonnes  à  Paris  qui  la  puiffent  faire  de  mê¬ 
me  qu’en  Hollande,  mais  je  luis  perfuadé  qu’elle  revient  à  bien  plus;  à  l’égard 
de  fon  choix,  elle  doit  eftre  comme  j’ay  déjà  dit,  blanche,  claire  &  tranfpa- 
ranre ,  d’une  forte  odeur,  aufti  facile  à  fe  congeler  au  moindre  froid  comme  à 
fe  liquifier  à  la  moindre  chaleur,  &  qu’en  en  mettant  quelque  peu  fur  de  l’eau 
elle  nage  comme  de  l’huillc.  On  appelle  cette  huille Eftence  ou  quinte-Eftcncc 
d’Anis. 

A  l’égard  de  l’eau  d’Anis  que  l’on  fait  en  tirant  l’huille,  on  s’en  peut  fervir 
aux  mêmes  ufages,  la  différence  qu’il  y  a  c’eft  qu’il  en  faut  prendre  une  bien 
plus  grande  quantité. 


des  Drogues ,  Livres  Premier. 


15 


CHAPITRE  XIII. 

Du  Coriandre. 


Le  Coriandre  eft  la  graine  d’une  plante  qui  nous  eft  fort  familière 
&  qui  croît  en  grande  abondance  aux  environs  de  Paris ,  principalement 
à  Aubcrvilliers ,  d’ou  prefque  tout  le  Coriandre  que  nous  vendons,  nous  eft 
apporté. 

On  doit  choifir  la  graine  de  Coriandre  nouvelle,  blondcjfeche,  bien  nour¬ 
rie,  la  plus  grolTe  &  la  plus  nette  qu’on  pourra. 

Ceux  qui  achepteront  du  Coriandre  des  Payfans  qui  l’apportent,  auront  foin 
avant  que  de  l’enfermer  de  l’étendre  en  un  grenier  afin  de  le  faire  fecher,car 
fi  on  l’enfermoit  fans  eftre  bien  fec  ,  on  courroit  grand  rifque  de  tout  perdre; 
il  faut  eftre  foigneux  auflî  de  le  tenir  dans  un  lieu  bien  fermé,  de  crainte  que 
les  rats  ou  les  fouris  n’y  aillent,  en  eftant  fort  amateurs. 

On  employé  peu  de  Coriandre  en  Médecine,  mais  lesBrafteurs  en  employent 
beaucoup,  lur  tout  en  Hollande  &:  en  Angleterre  ,  pour  donner  bon  gouft  à 
leur  Bierre  double.  Les  Confifleurs  après  l’avoir  afpergé  de  vinaigre ,  le  couvrent 
de  fucre,  qui  eft  ce  que  nous  appelions  Coriandre  fucré,ou  en  dragée. 


}6  Hiftoire  generale 

CHAPITRE  XIV. 

Du  Bunias. 


Le  Bunias  cft  la  fcmencc  dune  des  cfpcccs  de  Navet  fauvage,  qui 
croît  ordinairement  dans  les  bleds.  Ces  Navets  fauvages  ont  prcfquc  tous 
quantité  de  branches  &  leurs  fleurs  jaunes,  à  la  referve  de  quclqucs-ups  qui 
les  ont  entre  niclces  de  blanc,  leurs  feuilles  font  prefque  toutes  femblablcs , 
tandis  que  la  maigreur  ou  la  bonté  du  terroir  où  elles  croiflent,  les  rend  plus 
ou  moins  grandes,  de  meme  que  toute  la  plante  j ils  produilent  aufll  également 
leur  fcmcncc  dans  des  gouffes  de  la  longueur  d’un  pouce,  ou  d’un  pouce  &: 
demi,  rondes  dans  leur  longueur,  &  plus  ou  moins  grolTes,  fuivant  la  diver- 
le  grofleur  des  fcmcnces  qu'elles  enferment.  Car  celles  du  Bunias,  dont  nous 
vendons  la  fcmenccjfont  au  double  plus  grofles  que  la  plufpart  des  autres, 

f)arcc  que  cette  fcmcnce  cft  plus  grolTe.  Cette  fcmcncc  cft  ronde ,  de  cou- 
cur  purpurine,  acre  &  mordicantc  au  gouft ,  &  en  toutes  chofes  fort  appro¬ 
chante  du  Naveau  domeftique,  fi  on  en  excepte  la  vertu  alcxitcrc  qui  luy  cft 
particulière  i  rdpccc  de  Bunias  qui  croît  prelquc  dans  toutes  les  terres  ôc  le 
plus  abondamment,  a  fa  fcmcncc  de  couleur  jaune  &  du  moins  plus  petite 
d’une  moitié  que  celle  du  Bunias,  mais  on  la  méprife.  Le  plus  grand  ufâgc  de 
la  femcncc  de  Bunias  cft  pour  la  Thcriacjuc,  qui  ne  peut  pas  feule  engager  les 
Droguiftcsàcn  tenir  une  grande  quantité.  Il  faut  la  dcman^icràdcs  Marchands 
fidèles,  &  prendre  garde  qu’au  lieu  de  la  vraye  fcmcncc  de  Bunias,  ils  ne  don¬ 
nent  de  la  graine  de  Naveaux ,  dont  on  ne  fçauroit  bien  connoître  la  différen¬ 
ce  qu’au  gouft  de  Naveau  qu’on  y  peut  remarquer  plutôt  qu'en  celle  de  Bunias. 
Quelques  pcrlbnncs  m’ont  aftùré  que  les  véritables  Naveaux  làuvagcs  font  les 
Coulcvrécs  ou  Bryonne. 


CH  AP.  XV. 


des  Drogues, Livre  Premier.  17 

CHAPITRE  XV. 

De  la  Graine  des  Choux-Fleurs. 


La  Graine  deChoux-Fleurs  cft  une  petite  femence  ronde  alTez 
(emblable  à  celle  du  Naveau,à  la  referve  c|u’elle  cft  tant  Toit  peu  plus 
grofte.  Elle  nous  eft  envoyée  par  la  voye  de  Marfeille  de  l’ifle  de  Chypre,  qui 
cft  le  (cul  endroit  que  je  fçaehe  où  les  Choux  Fleurs  montent  en  graine  :  il 
en  vient  aufti  de  Genne,  mais  elle  eft  beaucoup  inferieure  à  celle  de  Chypre  , 
&  de  plus  c’eft  quelle  a  beaucoup  plus  de  peine  à  lever. 

On  doit  choifir  cette  femence  nouvelle,  vrayeChypre&  non  mélangée:  Etafin 
d’en  eftre  plus  fur,  il  faut  tirer  des  certificats  de  ceux  qui  l'envoyent,  comme  elle 
cft  véritable  &  de  Tannée,  car  autrement  on  court  grand  rilque  d'y  eftre  trom¬ 
pé,  ce  qui  n’cft  pas  d’une  petite  confequence,  tant  parce  que  les  Jardiniers  qui 
Tachetent  aftez  chere  vous  rendent  refponrable,tant  de  l’argent  qu’ils  vous  ont 
donné  &  des  frais  qu’ils  ont  fait,  que  du  temps  qu’ils  ont  perdu,  &  ce  qu’il  y  a 
encore  de  plus  fâcheux,  c’eft  que  vous  en  eftes  garant  julqu’à  ce  quelle  (bit  le¬ 
vée,  ce  qui  n’arrive  que  quatre  ou  cinq  mois  après  qu’on  Ta  vendue. 

A  Tégard  de  la  plante,  elle  nous  cft  trop  connue  pour  m’y  arrefter. 

Les  Choux-Fleurs  me  donnent  fujet  de  parler  d’une  autre  cTpeca.  de  Choux 
que  quelques  Auteurs  nomment  fàuvagcs ,  qui  eft  cultivée  avec  grand  loin  en  Hol¬ 
lande,  en  Flandre,  en  Normandie  &  dans  la  Bric,  tant  à  caulc  de  la  graine,  que 
de  Thuilic  que  Ton  en  tire  par  expreftioniqui  cft  ce  que  nous  appelions  Navet¬ 
te  &  huillc  de  Navette,  &  les  Flamans  Colfa  &  huitlc  de  Colla:  Cette  huillc 
eft  d’un  fl  grand  ufage  en  France,  tant  pour  les  Bonnetiers  que  pour  brûler  , 
qu’il  s’en  fait  un  négoce  fort  confîdcrablc,  fur  tout  quand  Thmlle  deBalainccft 
rare,  foit  par  les  guerres, ou  quand  lâpclchc  manque. 

Le  choix  de  cette  huillc  cft  connu  de  beaucoup  de  perfonnes  à  caufe  de  fon 

C 


Choux  fauva- 
pc»,  qui  pio- 
duifrm  la  na- 
xetic. 


ig  Hiftoire  generale 

grand  ufagc,  neanmoins  je  diray  quelle  doit  eftre  pure  &  non  mélangée  d au¬ 
tres. huilles,  ce  qui  fe  connoîtra  facilement  à  fa  couleur  dorée,  à  fa  bonne  odeur, 
en  ce  que  la  véritable  huillc  de  Navette  eft  douce, &  quau  contraire  l’huille 
de  Lin  eft  amere. 


CHAPITRE  XVI. 

Du  Riz.. 


O 

Le  Riz  eft  la  femence  d’une  plante  fort  commune  qui  croît  en  divers  en¬ 
droits  de  l’Europe,  mais  celuy  que  nous  vendons  à  Paris  nous  eft  appor¬ 
té  d’Efpagne  &  de  Piedmont.  Cette  Icmcncc  eft  d’un  fi  grand  ufage  &  utilité, 
que  l’on  peut  l’appcller  la  Manne  des  pauvres,  fur  tout  dans  de  certains  pays 
ou  il  n’y  a  prefque  autre  chofe  que  du  Riz  pour  toute  nourriture. 

Ondoie  choifir  le  Riz  nouveau  ,  bien  mondé,  gros,  c  eft  à  dire,  bien  nour- 
ry,  blanc, non  poudreux,  ne  fentant  le  rance, qui  font  les  marques  du  Riz  de 
Piedmont ,  lequel  eft  beaucoup  plus  eftirne  que  celuy  d’Efpagne  qui  eft  ordi¬ 
nairement  rougeâtre  &  d’un  gouft  falc. 

L’ufagc  du  Riz  en  grain  ,  principalement  à  Paris ,  eft  pour  le  Ca¬ 
rême,  en  le  faifant  cuire  dans  de  l’eau,  &enfuite  dans  du  lait;  Et  lorfqu’il  eft  mis 
en  poudre,  c’eft  à  dire  en  farine,  on  s’en  fert  au  lieu  de  farine  de  froment  pour 
faire  de  laboüillie  ,auffi  en  Carême. 

Pour  réduire  le  Riz  en  poudre,  il  le  faut  mettre  dans  de  l’eau  bouillante,  &  en- 
fuite  le  laver  dans  de  l’eau  froide,  jufqu’à  ce  que  l’eau  en  forte  claire  ,  &  après 
le  mettre  dans  un  Mortier  pour  le  pulverifcr,  &  lors  qu’il  fera  tout  à  fait  pul- 
verifé,  il  le  faut  laifter  recher,&  enfuitc  le  garder  pour  le  befoin:  il  faut  encore 
le  pafTer  par  un  tamis  de  crin  fin, car  qu^  que  le  Riz  réduit  en  poudre paroilTe 
fin  quand  il  eft  humide,  il  ne  laifte  pas  citant  fec  d’eftre  gros  &  hors  de  vente. 
Nous  vendons  encore  d’autres  Légumes  comme  l’Orge  monde,  dont  la 


des  Drogues,  Livre  Tremier.  19 

meilleure  eft  celle  de  Vicry  le  François. 

L’Orge  mondée  doit  cftre  nouvelle,  fechejgrofTe  &  bien  nourrie,  blanche  , 
de  non  blanchie,  qui  ne  fente  le  rance  ny  le  moifi.  Il  s’en  préparé  àCharanton 
prés  Paris,  mais  la  meilleure  eft  celle  de  Vitry ,  dont  j’ay  parlé  cy-defTus. 

Nous  vendons  encore  du  Seigle  de  la  BeaufTe  &  autres  lieux  ,  principalement 
du  depuis  que  le  cafFé  eft  en  party  &  que  l’on  a  reconnu  qu’il  avoif  le  même 
gouft  ,que  le  caffé  lors  qu’il  eftoit  brûlé. 

Nous  pouvons  vendre aufti  de  la  grofte  Avoine  préparée  au  moulin  fait  exprès 
où  elle  eft  coupée,  nettoyée  de  fa  peau  &  de  fes  extremitez,  laquelle  cftant  pré¬ 
parée  eft  appcllée  Gruau,  que  nous  faifons  venir  de  la  Touraine  &  de  la  Bre. 
tagné ,  dont  l’on  fe  fert  comme d’Orge  mondée, ou  de  Riz. 

Il  y  a  encore  le  Mil  ou  Millet  en  cocque  &  mondé,  que  nous  tirons  de  la 
Foreft  d’Orlcans  j  &  audi  d’autres  Légumes,  comme  les  Pois  verts  &  jaunes, que 
nous  faifons  venir  de  Normandie  &:  de  Galardon,&  les  Fèves  d’aricot  de  Picar¬ 
die  &  autres  endroits.  Je  n’aurois  pas  parlé  de  ces  Légumes  fi  ce  n’avoit  efté 
qu’il  eft  permis  aux  Marchands  Epiftiers  d’en  faire  venir  des  endroits  marquez 
cy-deffus ,  en  ce  que  ce  n’eft  pas  un  fait  de  drogues. 

Outre  ces  fortes  de  Légumes  nous  vendons  encore  quelques  marchandifes  que 
l’on  tire  du  Froment-,  fçavoir,  le  Vermichel  blanc  &  jaune  ,  &  l’Amidon. 

Le  Vermichel  que  les  Italiens  ont  inventé  &  qu’ils  appellent  Ta^liarini,  mille 
fanti  ou  y ermicelli  ^ei\  une  paftecompoféedela  plus  belle  farine  du  Froment,  que 
les  Italiens  nomment  Semoule  ^  de  d'eau  par  le  moyen  de  certaines  feringues  ayans 
plufieiirs  petits  troux,  ils  en  font  des  filets  de  telle  longueur  &  grofleur  qu’ils 
foûhaitent,  &  que  cette  figure  fait  appcller  Vermicelli  -^  ils  en  font  comme  du 
ruban  de  deux  doigts  de  large, qu’ils  appellent  la  Kagnc-,  celuy  de  la  longueur 
&  groffeur  d’une  plume  eft  appellé  Macarron ,  celuy  qui  eft  par  petits  grains 
comme  la  moutarde  eft  appellé  Semoule, du  nom  de  la  farine  dont  il  eft  com- 
poféj  finalement  le  dernier  eft  appellé  Patrez  a  caufe  qu’il  eft  de  la  figure  des 
grains  de  chapelets.  Ils  donnent  telle  couleur  qu’ils  veulent  à  cette  pafte,  foie 
avec  du  Safran  ou  autres  chofes  J  ils  y  ajoutent  auifi  quelquefois  des  jaunes  d’œufs, 
du  fucre  &  du  fromage.  Depuis  quelques  années  on  fait  du  Vermichel  a  Pa¬ 
ris  avec  de  la  plus  belle  Farine,  &  plufieurs  perfonnes  en  mangent  fur  le  pota¬ 
ge  comme  en  Italie,  Provence  &  Languedoc,  mais  la  mauvaife  grâce  que  cela 
a  fur  le  potage  eft  la  caufe  que  plufieurs  perfonnes  n’en  ufent  que  fort  peu ,  par¬ 
ce  qu’ils  s’imaginent  voir  remiier  des  vers. 

•Le  Vermichel  blanc  doiteftre  nouvellement  fait  de  le  plus  blanc  que  faire  fc 
pourra,  de  le  jaune  d’une  belle  couleur  dorée, le  plus  fec  de  aufti  le  plus  nou¬ 
veau  fait  qu’il  fera  poftiblc. 

L’Amidon, que  les  Latins  appellent  j^milum^ell  une  fcculc  ou  refidu  qui  fc 
trouve  au  fond  des  Tonneaux  des  Amidoniersj  cette  fécule  fe  fait  de  recou¬ 
ples  de  Froment  que  l’on  met  dans  de  l’eau,  &  lorsqu’elle  eft  feparée  du  fon,lcs 
Amidoniers  en  forment  des  pains  qu’ils  font  fechcr  au  four,  ou  au  Soleil,  &cn- 
fuite  les  mettent  par  morceaux,  de  la  manière  que  nous  le  voyons. 

L’Amidon  nous  eftoit  autrefois  apporté  de  Flandres,  mais  prefentement  ce¬ 
luy  de  Paris  furpaffe  tout  celuy  des  autres  endroits,  de  il  s’en  tranfporte  une  fi 
grande  quantité,  tant  dans  le  refte  de  la  France ,  qu’aux  pays  étrangers  j  que 
c’eft  une  chofe  prefque  incroyable. 

On  doit  choifir  l’Amidon  blanc,  tendre,  friable ,  en  gros  morceaux  (comme 
cftant  plus  net  de  plus  de  vente  )&  feché  au  Soleil  j  car  celuy  qui  eft  feché  au  four 
eft  d’un  blanc  grisâtre,  beaucoup  plus  dur. 

C  ij 


Gruau, 


Mi!  ou  Mil¬ 
let  &  autres  ic- 

gUtliCS. 


Vermichel. 


AmiJon. 


20  Hiftoire  generale 

L'ufage  de  l’Amidon  eft  pour  faire  de  la  colle,  &  de  l’empi 
y  ajoutant  de  bel  email ,  &  pour  luy  donner  un  bel  ccil,  t 
de  mouton  &c  d’Alun  d’Angleterre. 


D//  Fenu^rec. 


Le  Fenugrec  que  quelques-uns  nomment  improprement  Scncgrc,  &: 

d’autres  Buccra  ou  Jigoceras^  à  caufe  que  les  goufl'es  qui  renferment  la 
graine  reflcmblent  en  quelque  lortc  à  des  Cornes  de  Bœuf,  eft  une  plante 
qu’on  trouve  en  divers  endroits  de  la  France.  Elle  a  fes  tiges  rondes,  creu- 
Ics,  un  peu  obfcurcs  &  blanchâtres ,  fes  feuilles  petites,  à  demi  rondes,  den¬ 
telées  &  trois  à  trois,  à  peu  prés  comme  les  Trèfles, &  les  fleurs  petites  &  blan¬ 
ches,  d'où  naiflent  des  gouftes  aflez  groftes ,  longues  &  pointues.,  reprefentans 
comme  j’ay  dit,  des  Cornes  de  Bœuf  ou  de  Bouc  fauvage,  contenans  la  graine 
qui  porte  le  nom  de  toute  la  plante, &  qui  eft  la  Iculc  pariie  que  nous  vendons 
fous  le  nom  de  Fenugrec.  Cette  graine  cftant  nouvelle,  eft  de  couleur  jaune 
prcfquc  dore',  mais  elle  devient  rougeâtre  fie  meme  brune  fi  on  la  garde  long- 
tems,  elle  eft  de  la  grofTeur  d’un  demi  grain  de  Froment,  dure  fi<:  lolidci  faite 
en  quelque (brtc  en  triangle,  mais  un  peu  incilcc  prefoue  tout  autour  vers  fon 
milieu,  fie  d'une  odeur  forte  Ôcaftez  mauvaile.  Les  Laboureurs  d’Aobcrvillicrs 
fement  fie  recueillent  le  Fenugrec  de  uicmc  que  le  Coriandre  fie  nous  rappor¬ 
tent  tant  pour  confommer  à  Paris  que  pour  envoyer  en  Hollande  ou  autres  en¬ 
droits.  Les  Anciens  ôc  meme  les  Allcmans  modernes  veulent  qu’on  en  boive 
la  decodion,  ou  qu’on  le  mange  cuit  comme  les  légumes,  pour  ramolir  fie  l⬠
cher  le  ventre,  mais  je  ne  crois  pas  qu’aucun  François  voulût  les  imiter  en  cela, 
ny  s’accommoder  à  un  gouft  fie  à  une  odeur  fi  iWagrcablcs  j  c’eft  beaucoup 


des  Drogues  5  Livre  Premier,  21 

que  quelques-uns  le  donnent  aux  befliaux,  &  fur  tout  aux  chevaux  parmy 
leur  avoine  pour  les  engrailTer,  mais  ce  nelt  pas  une  bonne  nourriture ,  au 
raport  de  ceux  qui  l’ont  éprouvé. 

Son  plus  grand  ufage  eft  pour  l’extericur,  tant  en  décodions,  que  mis  en 
poudre  &c  mêlé  dans  les  cataplafmcs,  lors  qü  on  veut  ramolir  &  refoudre. 

Le  Fcnugrec  n’a  point  d'autre  choix  que  d’ellçe  nouveau  ,  le  mieux  nourry 
^  le  plus  doré  qu  il  fe  pourra. 

CHAPITRE  XVllI. 


De  la  Luzerne. 


La  Luzerne  eft  une  efpece  de  Trefleou  de  Sainfoin,  à  laquelle  quel¬ 
ques  uns  ont  donne  le  nom  de  Mcdica^  parce  que  les  Grecs,  après  leur 
guerre  contre  Darius,  en  apportèrent  la  femence  en  (jrcce,  &:  luy  donnèrent 
le  nom  de  fon  lieu  natal,  qui  eftoic  1»  Medie.  Cette  plante  ert  domcltique  6c 
j-ort  commune  en  Languedoc,  en  Prôvcricc  6c  en  Dauphiné,  fur  tout  le  long 
du  Rôncjôc  même  en  Normandie,  d’ôd  prcfque  tout#;  celle  que  nous  avons  à 
paris,  nouscîl  apportée^  ôcoù  on  la  femc ordinairement  dans  les  bonnes  terres  5c 
fur  tout  dans  celles  qu’on  peut  arrofer  j  parce  que  la  femant  dans  un  bon  fonds, 
bien  engraifle  6c  arrofé  de  tems  en  tems ,  on  peut  la  faucher  prcfque  tous  les 
mois  dans  la  belle  faifon,  6c  jufqua  cinq  ou  fix  fois  chaque  année  j  dont  on  ne 
doit  pas  dire  furpris,  parce  que  cette  plante  ayant  fa  racine  droite,  afTcz  grof 
Ic,  d’une  aune  de  long  ,  6c  quelquefois  plus,  6:  ne  mourant  pas  dans  l’hyver, 
elle  peut  tirer  fa  nourriture  plus  abondamment  que  ne  peuvent  la  plufpart  des 
autres  plantes, 6c fait  déplus  grandes  6c de  plus  frequentes  produélions,fur  tout 
dans  les  pays  chauds ,  d’où  vient ,  qu  citant  une  fois  femée  ,  elle  dure  plufieurs 
années i  pourveu  quon  la  fume  de  tems  en  tems,  6c  qu’on  ait  loin  de  l’arrofer 
dans  les  iàilons.  La  Luzerne  n’a  pas  fa  tige  panchée  prés  de  terre  comme  l’ont 

C  iij 


22 


Hiftoire  generale 

les  autres  Trefles ,  mais  elle  la  ronde,  raifonnablcment  grolTe,  ferme,  droite, 
alTez forte,  munie  de  plufîeurs  branches, fur  tout  vers'feslommicez,  &les  bran¬ 
ches  garnies  de  quantité  de  feuilles  rangées  trois  à  trois,  &elle  croît  jufqua  la 
hauteur  d’un  pied  &  demi,  &  quelquefois  jufqu’à  deux.  Elle  donne  parmy  fes  feiiil- 
Ics  une  fleur  violette  purpurine,  alfezfemblable  à  celle  des  Mauves,  &  après  elle 
fa  graine,  fi  on  luyen  donne  le  tcms,&fi  on  ne  préféré  à  la  graine  le  foin  qu’on 
en  peut  recueillir.  Cette  graine  cft  prefque  ronde,  un  peu  longue  &  un  peu 
pointue,  fa  couleur  eft  d*un  jaune  pâle,  lors  quelle  efl  nouvelle,  mais  elle  de¬ 
vient  rougeâtre  &  enfuite  alTcz  brune  en  vieilliflant,  elle  cft  un  peu  plus  peti- 
te  que  celle  du  Creftôn  Allenois,  &:  Ion  gouft  en  approche,  mais  il  n’a  pas  tant 
d’acrimonie. 

Les  Chevaux,  les  Mulets  &  les  Boeufs, &  plufieurs  autres  animaux  domefti- 
ques,  aiment  extraordinairement  la  Luzerne,  fur  tout  lors  qu’elle  cft  verte, & 
fi  on  le  leur  permettoit ,  ils  en  mangeroient  tant  qu’ils  en  creveroient ,  &  fur 
tout  les  Bœufs  -,  on  ne  doit  pas  aulli  leur  en  trop  donner  à  la  fois  :  car  encore 
que  la  Luzerne  leche  foit  propre  à  les  engrailTcr,  l’excez  leur  en  cft  toujours 
dommageable. 

Lors  qu’on  veut  en  recueillir  la  graine,  on laifle  fleurir  la  plante,  &  on  diffè¬ 
re  de  la  faucher  jufqu’â  ce  quelle  foit  fort  prés  de  fa  parfaite  maturité, refer- 
vant  pour  cela  la  première, ou  la  fécondé  herbe, &  perdant  deux  herbes  pour 
uhl  ,  parce  qu’en  donnant  le  tems  à  la  Luzerne  de  fleurir  &  d’avoir  fa  graine 
meure,  outre  la  perte  que  le  foin  fait  de  fon  meilleur  fuc  que  la  graine  a  tiré, 
il  devient  fi  dur  &  fi  dépouillé  de  feuilles,  que  les  bcftiauxrefufans  de  le  manger 
on  ne  peut  l’employer  qu’à  la  litière,  ou  à  faire  du  fumier.  Cette  perte  inévita¬ 
ble  de  foin  &  le  rifque  que  l’on  court,  que  quelque  vent  fccoüant  la  Luzerne 
n’en  faffe  perdre  une  bonne  partie  de  la  graine  ,  font  caufe  qu’on  ne  la  laiffc 
guerre  fouvent  mourir,  &  c’eft  ce  qui  fait  quelle  cft  plus  chcrc  que  fi  clic 
n’eftoit  fujetteà  cet  inconvcnicnr. 


des  Drogues,  Livre  Premier. 


23 


CHAPITRE  XIX. 

De  t ^gnus-Cafius. 


L*Agnus-C  AS  TUS  à  qui  quelques  uns  ont  donne'  le  nom  de  Vitex,  eft 
une  plante  qui  croît  en  forme  d’arbriffeau  le  long  des  rivières, &  meme 
dans  les  jardins,  &  qui  a  fes  fleurs  fcmblables  à  celles  de  TOlivicr,  à  la  referve 
quelles  font  plus  longues •,&  qui  a  fon  tronc  &  fes  branches  ligneufes,  quifi- 
niflent  en  plufieurs  rameaux  longs,  afTez  déliez  ,  ployans ,  cng*e.  mêlez  de 
feuilles,  de  fleurs,  ou  de  grains  en  leurs  icms,qui  paroifTent  blancs  à  l’abord, 
mais  qui  infcnfiblcment  deviennent  rougeâtres.  Quelques-uns  appellent  ces  pe¬ 
tits  grains  Petit  Poivre, ou  Poivre  fâuvage,tant  àcaufede  leur  figure  ronde,  qui 
approche  de  celle  du  Poivre,  que  parce  qu’ils  ont  un  gouft  un  peu  acre  &  aro¬ 
matique. 

Cette  plante  porte  le  nom  de  Vite»,  parce  que  ces  rameaux  font  au flî  ployans 
que  rOzier:  &  d’Agnus  Caftusj  parce  que  les  Dames  d’Aihenes  qui  vouloient 
conferver  leur  chaftetc  dans  les  Thcfmophores ,  qui  eftoient  des  lieux  confà. 
crez  â  la  Dccflc  Ceros,  cmplifToicnt  leurs  lits  de  feüilles  de  cet  arbriffeau,  fur 
Icfqucllcs  clics  couchoient-.mais  c’eft  par  dérifion  qu’on  a  donne  un  femblablc 
nom  à  CCS  grains  d’Agnus-Caftus ,  dont  on  fe  fert  ordinairement  dans  les  re¬ 
mèdes  que  Ton  préparé  pour  la  gucrifon  des  maux  vencriens  qui  arrivent  affez 
louvent  à  ceux  qui  violent  leur  chaftetc. 

Quoy  qu’il  en  foit,on  doit  choifir  la  fcmencc  d’Agnus  Caftus  nouvelle,  grof 
fcjbien  nourrie  &  des  pays  chauds,  cftant  beaucoup  meilleure  que  celle  des 
régions  froides. 


24 


Hiftoire  generale 

CHAPITRE  XX. 

Du  Magalep. 


Le  Magalep  que  quelques-uns  nomment  Mahalep  cft  l’amande  d’un  pe-' 
tit  fruit  tout  lemblable  à  un  Noyau  de  Ccrifc,  qui  croît  fur  une  efpece 
rifleau,  que  quelques  Auteurs  croient  eflre  un  Phylliarca,dont  les  fcüilles 
font  grandes,  pointues  &  un  peu  reployées  &  approchantes  de  celles  ces  orties  j 
de  l’encre- deyx  defquelles  fort  un  fruit  couvert  d’une  petite  peau  verte,  extrê¬ 
mement  mince, de  la  figure  cy-deffus. 

Le  Magalep  nous  eft  apporté  de  divers  endroits,  mais  le  plus  fouvent  d’An¬ 
gleterre,  &  pour  qu’il  foie  de  la  qualité  rcquife,  il  doit  eftre  nouveau,  le  plus 
gros  &  le  moins  rempli  de  fes  petites  coques  qu’il  fe  pourra. 

On  prendra  garde  auflî  qu’il  ne  fente  point  trop  mauvais,  en  ce  qu’il  y  en  » 
a  qui  fent  fi  fort  la  punaife ,  que  l’on  ne  peut  prefque  s’en  fervir. 

Sonufàge  eft  pour  les  Parfumeurs,  qui  après  l’avoir  concaflc,le  mettent  dans 
de  l’eau  commune,  ou  dans  de  rcau-roze,&  le  diftillcnt  pour  en  laver  le  favon 
de  quoy  ils  font  leurs  favonnettes. 


CHAP.  XXI. 


des  Drogues,  Livre  Premier. 


5 


CHAPITRE  XXI. 


De  la  Graine  d'Avignon. 


La  Graine  D*AviGNON,que  ceux  du  pays  nomment  Grainette,  & 
d’autres  Graine  jaune,  eft  la  graine  d’un  arbrilTeau  que  les  Auteurs  ont 
nommé  Z./cz«»î,  à  caufe  de  la  Lycie  où  il  en  croît  en  abondance,  de  mêmequ’cri 
Capadocej  &  quelquefois  P i;(^acanth a ,  nom  Grec  qui  fignific  Bouis  à  c'pines. 

L’arbrifleau  qui  porte  cette  graine ,  croît  en  quantité  aux  environs  d’AvignonJ 
&prefque  en  tous  les  lieux  âpres  &  pierreux  du  Comtat  Venaiflin  ,&  meme  en 
plufieurs  endroits  du  Dauphiné,  de  la  Provence  &  du  Languedoc.  C*eft  un  arbrif- 
feau  épineux ,  dont  les  branches  font  longues  de  deux  à  trois  pieds ,  ayant  leurs 
écorces  grifatres  j  les  racines  jaunes  &  ligneufes ^  les  fcüilles  petites,  cpaifTeSjdif- 
pofées  comme  celles  du  Myrte  &  de  la  grandeur  de  celles  du  Bouis  :  fa  graine 
eft  de  la  grofTeur  d’un  grain  de  froment,  tantôt  à  trois  &  tantôt  à  quatre  an¬ 
gles,  &  quelquefois  faite  en  cœur-,  elle  eft  d’une  couleur  verte  tirant  fur  le 
jaune,  d’un  gouft  aftringent  &  fort  amere. 

Son  ufage  eft  pour  les  Teinturiers, qui  s’en  fervent  pour  teindre  en  jaune. 
LesHollandois  font  boüillir  cette  graine  dans  de  l’eau,  avec  de  l’alun  de  Rome, 
ou  d’Angleterre  ;&  avec  le  blanc,  dont  ils  falcifientla  cerufc,ilscnfontunepaftc 
qu’ils  mettent  en  petits  pains  tortillez,  &  lors  qu’ils  font  fecs,ils  nous  les  en- 
voyent  fous  le  nom  de  ftil  de  grain, lequel  pour  eftre  de  la  qualité  eequife  doit 
eftrc  d’un  jaune  doré,  tendre,  friable,  le  moins  graveleux  &  falle  que  faire  fc 
pourra.  ^ 

Le  Stiji  de  grain  jaune ,  fert  pour  peindre  en  huille  &  en  mignature. 


D 


Hiftoire  generale 

CHAPITRE  XXII. 

Des  Myrtilles. 


LEs  Myrtilles  font  les  bayes  ou  femences  de  certains  arbrifTcaux  <ju*on 
nomme  Myrtes  ou  Mcurtcs,dont  les  Auteurs  décrivent  pluficurs  efpecesauf- 
fl  differentes ,  que  leurs  fentimens  le  font  fur  toutes.  Ne  pouvant  m’y  accorder, 
jemereftraint  à  deux  efpeces  que  l’on  connoît  &  cultive  à  Paris  ;  l’une  fous  le 
nom  de  mâle,  &  l’autre  fous  ccluy  de  fcmellej  dont  la  première  devenant  plus 
grande  &  plus  grofTejafes  feuilles  de  couleur  verte-pâle,  pointues,  lilTces,  odo¬ 
rantes,  &  trois  ou  quatre  fois  plus  grandes  que  celles  du  Myrte  fcmejle,  qui  font 
d’un  vert  obfcur,  de  figure  approchante  de  Celle  du  Buis,  mais  de  quelque cho- 
fc  plus  petites,  naifians  par  rangées ,  afi'cz  prés  les  unes  des  autres  j  d’odeur  en¬ 
core  plus  forte  que  celles -du  mâie,&  ayant  leurs  rameaux  plus  ployansj  les  fleurs 
de  l’un  &  de  l’autre  Myrte,  font  en  clochettes, de  couleur  blanche,  tirant  un 
peu  fur  le  rouge, &naiflent  également  dans  l’entre-deux  des  feuilles;  elles  don¬ 
nent  auffi  de  meme  leur  petit  fruit,  qu’on  met  au  rang  des  bayes,  verd  au  com¬ 
mencement ,  mais  qui  devient  infennblement  noir  ,lucculenr,  lifTé,  rempli  de 
graines  blanchâtres  ,  entaflecs,  faites  comme  des  croiflans,  dont  les  pointes 
iont  tournées  en  dedans ,  de  fubftancc  folide  &  fort  dure, de  gouft  artringent, 
de  même  que  celuy  de  toute  la  plante, &  enveloppées  d’une  tunique  prcfque 
ronde;  quoyque  le  fruit  foit  à  demi  ovale,  à  caufe  d’une  efpece  de  couronne 
qu’il  porte  naturellement, laquelle  on  voit  affez  diftiniffe , tandis  que  ces  bayes 
font  lur  l’arbre,  mais  qui  n’cft  guère  connoiffable  lorfquon  les  a  défichées  au 
Soleil,  &  que  de  lilfées  quelles  eftoient,  elles  font  devenues  ridées  &  telles 
qu'on  nous  les  apporte. 

Mais  defirant  d’en  parler  jufte,  ne  m’arrêtant  pas  tout  à  fait  â  ce  quej’cn  ay 
remarqué  dans  mesvoyagcs,jc  me  fuis  déplus  informé  à  quelques  pcrionnes  qui 


des  Drogues,  Livre  Premier.  2,7 

voyagent  fouvenc  en  Languedoc  &  en  Provence,  pour  le  commerce  qu’elles  y 
font,  qui  m  ont  unanimement  confirmé  la  plufparc  des  chqfes  que  je  viens  d’a¬ 
vancer,  &  de  plus  m’ont  affuré  que  les  Myrtilles  que  nous  recevons,  font  prefi 
que  tous  produits  par  desMeurtes  femelles,  qui  nailTent  d’cux-mêmcs  dans  cer¬ 
tains  bois  du  Languedoc  &  de  la  Provence,  parmi  le  Romarin  &.  lesarbriflfaux 
qui  portent  la  graine  d’efcarlatc ,  &  que  c  cft  de  là  que  nous  viennent  les  Myr¬ 
tilles  que  nous  avons  j  &  defirant  en  Içavoir  d’avantage ,  j’ay  confultépour  cela 
M.  Charas  Doâicur  en  Medecine ,  lequel  m’a  alTuré  que  dans  un  voyage 
qu’il  fit  en  Efpagne  il  y  a  quelques  années ,  eftant  parti  dans  le  mois  de  Décem¬ 
bre  de  Cadis  pour  Madrid,  fans  parler  de  plufieurs  plantes  curieufes  qu’il  vit 
dans  Ton  chemin  jufqu’à  Sevillej  après  avoir  pafic  delà  par  Cremone,  par  Efiî- 
ca  &  par  Cordouë,par  le  grand  &  unique  chemin  royal  qui  conduit  à  Tolcdo, 
êc  qui  traverfe  les  montagnes  qu’on  nomment  Sierra  Morena^  à  caule  de  leur 
couleur  brune  ,  qu’on  voit  de  loin,  que  des  arbrilTeaux  fort  épais,  fur  tout  de 
Ladanum ,  naifians  des  fentes  des  Roches, &  verdoyans  toute  l’année  leur  don¬ 
nent,  &  fui  van  t  le  grand  chemin  de  ces  montagnes,  il  palTapardcs  endroits  alTez 
applanis  &  couverts  de  terrin,  ou  pendant  plufieurs  lieues  on  ne  voyoit  guère 
autre  chofe  que  des  Myrtes  prefquc  tous  femelles ,  la  plulpart  de  grolTeur  & 
de  grandeur  fort  confiderablc,fort  verdoyans,  extraordinairement  couverts  de 
leurs  fleurs,  fortans  de  l’entrc-deux  de  leurs  feüillcs,  dont  il  commença  de  bien 
loin  de  fentir  l’odeur  forte  &merveillculcmcnt agréable,  quiembaumoit  le  che¬ 
min  &  toute  la  conrrée,  dont  il  continua  de  joiiir  pendant  plufieurs  lieues,  non- 
obltant  la  fin  de*  l’année  qui  eftoit  fort  prés:  ce  qui  luy  perlüada  que  ce  cli¬ 
mat  eftant  fuflîîlàmment  chaud ,  les  Myrtilles  ne  manqueroient  pas  de  fuivre 
ces  fleurs  &  que  fi  on  prenoit  le  foin  de  les  cueillir,  il  yen  auroit  plus  que  tou¬ 
te  la  France  n’en  fçauroit  employer.  Il  m’a  dit  aufli  qu'outre  quelques  Myrtes 
mâles  aflez  grands  qu’il  y  vit  parmi  ces  Myrtes  femelles,  paflànt  au  mois  d’Aouft 
aflez  prés  de  la  Mer  de  Galice  à  deux  lïeuës  d’une  petite  Ville  nommée  Rodo»- 
àella^  il  y  vit  quelques  Myrtes  mâles  dontlagrofleur  du  tronc  égaloit  celle  d’un 
gros  &  grand  homme,  &  les  branches  répondans  au  tronc  en  groflTeur  &  en 
étendue,  la  hauteur  des  arbres  eftoit  de  trois  à  quatre  toifes  &  leurs  branches 
hautes, aflez  fortes  &  fermes  pour  le  porter,  eftant  monté  deflfus  par  curiofité. 
Il  m’a  dit  encore  qu’il  ne  trouva  aucune  fleur  ny  aucun  fruit  fur  ces  arbres ,  ce  qui 
luy  fit  juger  qu’il  faîoic  attendre  le  tems  de  la  fleur  de  ceux  de  Sierra  Morena  , 
c ’eft  à  dire  ai  mois  de  Décembre. 

On  emplo/e  les  Myrtilles  pour  le  dedans  &  pour  le  dehors  dans  toutes  les 
maladies, où  iicft  neceflàire  dereflerrer.  Les  Appoticaires  en  compofent  un  firop 
&  une  huille  ,qui  font  fort  peu  en  ufage  en  France.  Les  Allcmans,employcnt  les 
Myrtilles  pourteindre  en  bleu, de  même  qu’on  employé  en  France  la  graine  d’Avi¬ 
gnon  pour  teindre  en  jaune,  &  celle  de  Nerprun  pour  teindre  en  vert  j  mais  les  An- 
glois  cmployeit  les  feüilles  &  les  branches  du  Myrte,  de  meme  que  celles  du 
Sumach ,  pour  tmner  leurs  cuirs. 

Les  Myrtillei  que  nous  recevons  ayans  efte  fechez  au  Soleil,  ne  peuvent 
cftre  que  ridez,  leur  enveloppe  noire  j  au  lieu  quelle  cft  non  feulement  lifTée, 
mais  encore  fucculente  lors  qu’on  la  cueille  dans  fà  maturité,  en  forte  qu’on 
en  pourroit  alors  exprimer  le  fuc  pour  divers  ufàgcs ,  &  en  fccher  &  referver  le 
marc.  Ce  qui  ne  le  pratique  pas, à  caufe  que  les  fruits  mêmes  nous  font  aflez 
communs. 


Dij 


On  nous  ap¬ 
porte  auiTî  quel¬ 
quefois  des 
Mirtillcs  d’Al¬ 
lemagne  &  au- 
ttcseiidroits. 


28  Hiftoire  generale 

CHAPITRE  XXII I. 


Du  Staphifa^e. 


Le  SxAPHisAGREeftla  graine  cl*une  plante  qui  croît  communément 
en  divers  endroits  de  la.  Provence  &  du  Languedoc. 

La  plante  qui  porte  le  Stapliifagre  a  fes  feüilles vertes,  grandes,  fort  décou¬ 
pées  &  affez  épailTcs, après  lerquelles naiflent  des  fleurs  d’un  bleu  celefl:e,&  en- 
fuite  des  gouflcs,ou  cfl:  contenue  lafemence.  Cette  graine  ellant  dans  fa  gouf- 
fe  cfl  G  étroitement  jointe  cnfcmble,  qu’à  peine  peut-on  voir  par  où  elle  cft  join¬ 
te  ,  &  lors  qu’elle  eft  feparée ,  clic  cft  de  la  grofleur  d’un  pois ,  d’une  .igurc  trian¬ 
gulaire,  d’une  couleur  noirâtre  par  deftus,  toute  chagrinée  au  deLors,  &  d’un 
blanc  jaunâtre  au  dedans,  d’un  gouft  mordicant,  amer  &  fort  deagrcable. 

On  choifîra  le  Staphifagrc  bien  riourry,  le  plus  nouveau  &  le  moins  rempli 
d’ordures  qu’il  fc  pourra. 

L’ulàge  de  cette  graine  cft  ufité  pour  faire  mourir  la  vermine,  fur  tout  des 
petits  enfans  ,&  pour  faire  des  vcflicatoircs ,  ou  pour  apaifer  les  maux  de  dents, 
ayant  cfté  auparavant  cuite  dans  du  vinaigre  j  mais  comme  c’eft  une  graine  per- 
nicieufè, je  ne  confcillc  à  perfonne  de  s’en  fervir  à  caufe  du  rifqie  qu’il  pouroic 
y  avoir,  &  de  plus  c’eft  qu’il  y  a  d’autres  remèdes  qui  pciiveni  faire  le  même 
cifet  ôc  où  il  n  y  a  pas  tant  de  danger. 


i 


des  Drogues,  Livre  Premier. 


29 


CHAPITRE  XXIV. 

De  l'Ambrette.- 


i 


L’A  M  B  R  EXT  E  OU  graine  de  Mufc ,  ou  fcmcncc  mufqucc  eft  une  petite  (ê- 
mcnce  de  la  groffcur  d’une  tête  d  epingle ,  d’un  gris  brun  &  comme  cha¬ 
grinée  ^  faite  en  forme  de  petits  rognons ,  d’une  odeur  de  mufc  &  d’ambre,  prin¬ 
cipalement  quand  elle  eft  nouvelle,  d’où  elle  a  tiré  fon  nom. 

La  plante  qui  la  porte  eft  droite ,  garnie  de  feüilles  verdâtres  &  veloutées , 
qui  approche  de  celles  de  la  Guymauve,  c’eft  pourquoy  clic  eft  appellée  AL 
CCA  InàicAV'tllofAQ^x  fignifie  Guymauve  des  Indes  veloutée^  Elle  porte  des  fleurs 
jaunes  en  forme  de  clochettes,  d’où  fortent  des  gonfles  triangulaires ,  brunes  au 
dehors  &  blanches  en  dedans,  &  de  la  longueur  du  doigt, ou  la  graine  eft 
renfermée. 

On  la  choifira  nouvelle,  bien  nourrie,  d’une  bonne  odeur, feche,  nette.  Celle 
de  la  Martinique  eft  beaucoup  plus  odorante  que  celle  qui  croît  dans  les  au¬ 
tres  Iflcs  des  Antilles.  Cette  plante  croît  aufli  en  Egypte,  où  elle  eft  appellée 
.Mofe,  &  la  graine  Abel  mofc. 

Les  Parfumeurs  fe  fervent  de  cette  graine,  fur  tout  en  Italie j  &  les  Pateno- 
tiers  en  font  des  Chapelets. 

On  ne  doit  jamais  employer  cette  graine  dans  une  chofe  à  laquelle  on 
veut  donner  de  l’odeur,  à  moins  que  de  la  fçavoir  employer  ,  car  au  lieu  de 
donner  une  bonne  odeur,  elle  gâteroit  tout. 

L’Ambrette  n’a  aucune  urage,quc  je  fçache,dans  la  Médecine,  foit  parce  que 
nous  n’en  connoiflbns  paslcs  facultC2,ou  quefes  proprictcznc  Ibicnt  pas  venues 
à  ma  connoiflance. 


JO  ■  Hiftoire  generale 

CHAPITRE  XXV. 

De  la  Cochenille. 


La  Cochen  iLLEjfurnommée  Mcftcquc,cft  la  graine  d’une  plante  de 
deux  à  trois  pieds  de  haut,  garnie  de  feuilles,  épaifles  de  deux  doigts, 
d’un  allez  beau  verd  &  fort  epineufes,  apres  Icfquellcs  nailTenc  des^oulTes  eg 
forme  de  coeur,  d’un  verd  tirant  fur  le  jaune,  dans  Icfquelles  font  renfermées 
quantité  de  petites  graines  de  la  grofleur  d’une  grofle  tête  d’épingle,  d  une  fi¬ 
gure  tantôt  à  demi  plattc,  tantôt  triangulaire,  &  toujours  chagrinées,  d’un  gris 
argenté  par  delTus  &  d’un  rouge  de  làng  de  bœuf  au  dedans,  ^  - 

Cette  graine  nous  ell  apportée  du  Pérou, ou  autres  endroits  de  la  nouvelle 
Efpagnc ,  comme  de  l’Eftang  falé ,  &  du  Mexique;  ti  de  Cadix  ville  de  Landalou- 
fie  fituée  fiir  le  bord  de  la  mer  Oceanne  Méridionale  ,  tant  par  les  Galions 
d'Efpagne  que  par  la  Flotte  qui  partent  tour  à  tour  annuellement  pour  porter 
en  Efpagne  l’or  &  l’argent  que  l’on  a  tiré  des  Mines  du  Pérou  ,  l'Ipecacuariha, 
le  Quinquina,  la  SalTeparcille  &  autres  marchandifes  du  pays,  où  citant  arrive 
à  Cadis  elle  ell  tranfportée  par  d’autres  Bâtimens  en  Hollande,  en  Angleterre. 
&  à  Marfeille ,  d’où  nous  la  faifons  venir. 

La  Cochenille  Mefteque  ell  d’une  fi  haute  confequcncc  auxEfpagnolsjque 
l’on  m’a  êlTuré  qu’ils  la  paflbient  par  le  feu  ou  par  la  chaux  ,  de  peur  que  Ton 
ne  la  fit  germer  en  France  :&  ce  qu’il  y  a  de  plus  particulier ,  c’cll  que  fi  quel¬ 
qu’un  fe  trouvoit  dans  les  endroits  ou  croilTent  les  plantes  de  Cochenilles,  qui 
ne  fut  pas  Efpagnol,  il  feroit  aulli-iôt  pendu. 

Il  y  a  très  peu  de  perfonnes  qui  ne  croyent  &  ne  foûtiennent  que  la  Coche¬ 
nille  Mcllcquc  ne  foit  un  petit  animal;  je  l’aurois  cru  de  même  fi  je  n’en  avois 
pas  appris  la  vérité  par  deux  lettres  du  ficur  François  ftoulTeau  natif  d’Auxer¬ 
re,  habitant  deLeoganne  côte  faint  Domingue, lequel  par  une  première  lettre 


des  Drogues^ Livre  Premier.  31 

du  quinzième  May  mil  fix  cens  quatre  -  vingt  -  douz'e  ,  m’écrit  ainfi. 

La  Cochenille^  Monfieitr,  que  vous  ave:(^envie  de  fç  Avoir  de  connoître  par  fa  plan¬ 

te^  vient  environ  de  deux  à  trois  pieds  de  haut,  tout  par  balets,  garnis  de  feüilles  de 
deux  doigts  à'ét>ais  ,  d'un  ajie‘:(^  beau  verd  &  remplies  d'épines  de  tous  cote:^,  fa  graine  fè 
ramajje  dans  des  petites  cof es  jattes  en  coeur  eéT  tirant  fur  le  jaune  dans  leurs  maturité^ 
laquelle  l'on  fait  jfecher^^  delà  on  la  met  dans  des  Canajjes  de  cuir  ou  toille,  qui  eft 
comme  vous  la  rcceve:^  en  France.  Celle  qui  vous  eéî  apportée  vient  de  l' Efpagnoffur 
tout  d'un  lieu  appelle  l  Ejlang-falé ,  car  te  peu  que  nous  en  avons  à  Lcoganne ,  ne  mérité 
pas  d'en  parler.  Voilà  qui  crt  bien  contraire  à  ce  que  rapporte  M.  de  Fu- 
retiere,qui  confond  la  graine  d’écarlatte  avec  la  Cochenille,  &  à  la  fin  de  fà 
phrafe  il  marque  que  c’efi:  un  ver  gris  qui  vient  des  Indes  &  qu’il  s’en  fait  un 
fi  grand  trafic  qu’il  en  entre  dans  Tlafcalaville  de  Mexique,  po‘ur  plus  de  deux 
cens  mil  écus  par  an-,  &  apres  luy,  le  Reverend  Pere  Plumier  Minime  m’a  die 
le  IJ.  Septembre  itîgî..  defa  propre  bouche,  Ôc  par  un  écrit  figné  de  fa  main, 
ma  certifié  ce  qui  fuit  ; 

La  Cochenille  furnomméeMefl:eque,eft  un  petit  animal  femblable  à  une  pu- 
naife  qui  fe  trouve  fur  differentes  fortes  de  plantes ,  tant  dans  la  nouvelle  Ef- 
pagne  qu’aux  Ifles  de  l’Amerique  ;  ces  petits  animaux  font  fi  frequents  dans  les 
pays  cy-deffus,  qu’il  s’en  fait  une  cfpece  de  récolté ,  après  les  avoir  fait  fe- 
chcr. 

Toutes  les  plantes  ne  font  pas  e'galement  propres  pour  donner  à  ces  petits 
animaux  une  nourriture  capable  de  Its  rendre  d’un  rouge  foncé,  c  eft pourquoy 
les  habitans  des  lieux  nourriffent  ces  petites  bêtes  fur  des  Opontium  dont  elles 
fucent  le  fuc  qui  en  eft  rouge,  ce  qui  contribue  beaucoup  à  leur  donner  cetre 
couleur  foncée,  que  les  Teinturiers  recherchent,  &  comme  les  fourmis  aiment 
beaucoup  ces  petits  infeétes,  les  Efpagnols  ont  foin  d’entourer  de  fofies  plei¬ 
nes  d’eau, les  lieux  ou  croiffent  les  plantes  dont  je  viens  de  parler,  pour  empê¬ 
cher  les  fourmis  d’y  aller. 

La  principale  plante, ou  fe  trouve  la  Cochenille , eft  celle  que  les  Ameri-* 
quains  appellent  Raquette  ou  Cardaffe,  &  les  Rotaniftes  Opontium  majus  fpino- 
fum  fruùlu  fanguineo^  qui  fignifie  un  grand  Figuier  d’Inde  épineux,  dont  le  fruit 
eft  rouge  comme  du  fang. 

Cette  plante  eft  admirable  dans  fa  nature,  en  ce  que  ce  n*eft  qu’une  quan¬ 
tité  de  grandes  feüilles  épaifles ,  comme  en  ovale,  d’un  très  beau  verd,  cou¬ 
vert  de  longues  épines,  fort  piquantes ,  d’une  couleur  jaune;  à  la  fin  des  feüil¬ 
les  naiffent  de  grandes  fleurs  de  couleur  de  roze  pâle,  enfuite  des  fruits  d’un 
très  beau  rouge,  au  haut  defqucls  il  y  a  une  efpece  d  ombelique  de  couleur  de 
terre.  Cette  plante  eft  de  differentes  hauteurs,  y  en  ayant  quelquefois  de  celle 
d’un  homme,  ce  qui  ne  provient  que  de  la  bonté  de  la  terre.  Lors  que  les  in- 
fulaires  veulent  faire  la  récolté  de  ces  infeétes,  ils  les  font  tomber  avec  des  pe¬ 
tits  ballets  faits  exprès  dans  des  vaifleaux  où  il  y  a  de  l'eau  &  de  la  cendre,  & 
lors  qu’ils  font  noyez,  ils  les  retirent  pour  les  faire  fecher. 

Ces  petits  infeéles  eftans  vivans,font  d’un  rouge  comme  couverts  de  fari¬ 
ne  ,  c’elt  ce  qui  fait  que  la  Cochenille  que  nous  voyons  eft  d’un  gris  argenté, 
mais  ce  qu’ils  ont  de  particulier  c’eft  qu’ils  multiplient  d’une  maniéré  fi  prodi- 
gieufe  qu’une  centaine  fuflit  pour  en  produire  des  millions. 

Et  le  50.  Janvier  1693»  le  même  R.  Perc  Charles  Plumier  Minime  m ’aporta 
un  billet  écrit  de  fa  main,  où  eftoit  contenu  ce  qui  fuir. 


Acarus  cf> 
proprement  cct 
te  petite  ver¬ 
mine  qni  four¬ 
mille  dam  les 
fromages. 


32  Hiflroire  generale 

DECLARATION  DE  LA  COCHENILLE, 

Par  le  Pere  Charles  Plumier  Minime. 

La  Cochenille  qn  on  apporte  de  U  nouvelle  Efpagne  ou  de  laTerre.ferme  de  l’Ameri^* 
que  efi  un  infeBe  de  la  groJ?eur  forme  prefque  d'une  punaife,  il  s'attache  contre  dL 
verfes  fortes  d arbres^  mais  plus  particulièrement  fur  les  Acacias  ^  ou  fur  certains  arbres 
quon  nomme  Cerijters  dans  nos  If  es  Françoifes,  G' efi  un  animal  fort  fécond^  il  porte 

entre  fes  jambes  ^  fur  fin  fin  une  infinité  des  oeufs  quafi  imperceptibles ,  qui  venant  d 
éclore  produifent  un  nombre  innombrable  d'infeéîes  très  menus  &  rouges,  dont  les  fourmis 
font  fort  avides,  ^and  on  écrafe  les  meres,  elles  donnent  un  fuc  rouge  tirant  fur  l'écar- 
latte  mêlé  pourtant  de  tant  fo'it  peu  de  jaune  ^  ainfi  celles-ci  qui  na’ifent  fur  ces  arbres^  ne 
produifent  pas  cette  belle  couleur  vive;  mais  pour  leur  faire  prendre  ce  beau  fuc  ^  les  In- 
diens  les  cultivent  fur  certaines  plantes  quon  nomme  en  latin  Opontîum  ,  &  que  nos 
François  nomment  jaquettes-  Ces  plantes  produifent  un  fruit  gros  comme  une  de  nos 
figues ,  plein  d’un  fuc  d’un  rouge  admirable ,  ce  qui  fait  aujfi  que  les  Cochenilles  qui  font 
cultivées  fur  ces  plantes ,  ont  leur  fuc  beaucoup  plus  éclatant  ^  plus  vif  que  celles  qui 
naifientfur  d'autres  plantes,  ^and  feus  découvert  ces  infeéîes  dans  U  fie  de  fa'int  Do^ 
mingo  au  petit  goive ,  je  les  montray  à  deux  Indiens  efclaves  gp*  natifs  du  pays  d  où  on 
la  cultive,  ils  m'afurerent  tous  deux  que  cefioit  de  la  Cochenille;  quelques  Philibujfiers 
qui  avaient  voyagé  en  ce  pays  m'afurerent  la  même  chofi  ^  me  dirent  que  les  Indiens 
la  cueilloient  fur  les  2{aquettes,  ce  qui  me  fit  juger  que  cefioit  la  feule  culture  ,  fur  cef- 
te  plante  qui  leur  communiquait  ce  beau  rouge, celuy  de  celles  que  je  cueillis  fur  les  Acatias 
ou  fur  les  Cerifiers  efi ant  fort  fade. 

Or  efiant  de  retour  de  mon  voyage  de  faint  Domingo  je  voulus  m'éclaircir  df  cet  in- 
feéle  par  les  Auteurs  qui  ont  parlé  de  l’ Amérique,  gy  voicy  ce  que  fay  trouvé  dans  les 
recueils  du  feur  de  Laet.  Delcription  des  Indes  Occidentales  ^  Liv.  V.  Cliap.  3. 

Le  grain  de  la  fochenille’vient  en plufieurs  Provinces  de  la  noH'vclle  Efpagne  ^fur 
l'arbre  quon  appelle  Tuna,  qui  des  feiUlles  fort  épaifes,  aufquelles  il  croît  aux  lieux 
expof'^  au  Soleil  &  couvert  du  vent  de  Nord-efl.  C’efi  un  petit  animal  vivant  ou  plu¬ 
tôt  un  infeéîe ,  prefque  femblable  aune  punaife ,  lors  quil  s’attache  premièrement  à  la 
plante  il  efi  un  peu  plus  petit  qu'une  puce ,  vient  d'une  fimence  de  la  grojfeur  d'une 
mitre,  en  latin  Acarus  ,  cÿ*  remplit  tout  l'arbre  &  même  tout  le  jardin;  on  l'amajfe  une 
fois  ou  deux  l'an;  ils  difpofent  les  arbres  en  certains  rangs  comme  on  plante  les  vignes, 
les  cultivent  fi'i^neufement  &  les  nettoyent  des  herbes;  plus  les  plantes  font  jeunes  &  plus 
elles  portent  abondamment  &  donnent  de  meilleure  graine ,  mais  il  faut  fur  tout  prendre 
garde  de  les  prefirver  de  l'injure  de  plufieurs  inféles,  ^7*  non  moins  des  poules  qui  man. 
gent  le  grain  :  ils  fe  fervent  de  queues  de  Renards  pour  nettoyer  les  plantes ,  de  peur  que 
la  fimence  nouvelle  de  fes  inféles  ne  foit  gâtée»  Fluand  ils  font  venus  afie^i  gros  on  les 
Ote  avec  un  grand  foin  fjr  on  les  tue  en  les  arrofant  d'eau  fraiche,  on  les  feche  à  l’ombre 
^  on  les  conferve  dans  des  vaiffeaux  de  terre,  on  les  tue  aujfi  avec  de  la  cendre  quon 
jette  dejfus ,  puis  on  les  lave. 

Nota.  Le  Tuna,  » fjî  autre  chofi  que  cette  Opontium  ou  Raquette,  dont  fay  par¬ 
lé  cy.  dejfus.  Il  y  en  a  de  plufieurs  efpeces,  gg*  il  faut  choifir  pour  la  culture  de  la  Coche- 
mile  celle  dont  le  fruit  a  ce  beau  fuc  rouge. 

Mais  ne  pouvant  foulcrire  à  ce  que  Monfieur  de  Furetiere  Je  R.  Pere  Plu¬ 
mier  &  Laet  en  ont  écrit ,  je  me  trouve  de  plus  en  plus  engagé  à  croire  que 
la  Cochenille  ell  la  graine  d’une  plante,  parce  que  le  heur  RoulTeau  me  mar¬ 
que  à  la  fin  de  fa  première  lettre,  qu’il  efl:  prêt,  pour  vérifier  fon  dire,  de 
m’en  envoyer  une  plante  j  ce  qu’il  cfpere  faire  avec  l’aide  de  Dieu:  &  de  plus 


des  Drogues ,  Livre  Premier. 


c’efl  que  par  fa  fécondé  lettre, dattee  du  zj.  May  de  la  meme  anneejil  m’écrit 
ainli, 

A  L’egard  de  U  Cochenille  j  Monfaur ,  dont  je  vous  avois  parlé  ^  il  faut  que  je  vous 
tn  fajje  une  hifloire  ajfe:^  pl<*ifante^  d  un  Pere  Minime  Provençal  en  apparence  ^fe 
difant  Herhorifle  ^  âgé  d  environ  quarante^cinq  à  cinquante  ans  ^  noirâtre  de  vifage  ^  lequel 
on  eut  cru  fort  expert  ^  s’il  n'eût  jamais  parlé ^  mais  malheureufement  pour  luy  comme  il  fe 
difoit  grand  dejjintur^  ilvit  quelques  ydcatias ,  qui  font  des  arbres  fort  épineux  des  Cor  ^ 
dajjeStqui  font  une  efpece  de  plante  qui  jette  des  feuilles  de  deux  doigts  d  épais  ^faites  à  peu 
prés  comme  les  raquettes  dont  on  joue  â  U  paume  en  France  y  ^  qui  rapportent  des  fruits  de  U 
façon  d’une  Figue,  d’un  goujî  un  peu  acre  ^  qui  fait  uriner  rouge;  ^  voyant  certains 
animaux  fur  ces  arbres ,  H  s'avifa  de  dire  que  cejioit  de  laCochenille  ,  ^  fit  rire  tout  ce 
qu’il  J  avoit  d  habitant  de  faint  Domingue  qui  connoijjoient  la  plante  ^  qui  enfçavoient 
la  fabrique;  cela  fit  que  l'on  diminua  en  tout  U  foj  quon  avoit  eu  en  ce  bon  Pere ,  prin. 
cipalement  Monfieur  de  Cufii^qui  prit  fa  part  comme  les  autres  en  ce  que  dijoit  le  bon 
Pere.  Il  partit  pour  France  quelque  tems  après,  ou  j’ay  fçeu  qu*il  ejioit  arrivé  avec  la 
tnéme  erreur  en  Ja  Cochenille,  comme  il  l’ avoit  eu  à  faint  Domingue. 


Le  fîeur  RoufTeau  me  marque  encore  qu’il  fe  trouve  fur  leurs  acatias  une 
efpece  de  petites  bêtes,  de  la  grandeur  d’une  punaile,que  l’on  nomme  Vermil¬ 
lon:  Elles  font  un  peu  plus  cpailTe,  mais  elles  ne  font  d’aucun  ufage,  parce 
qu’on  ne  peut  pas  les  faire  fecher  tc’eft  apparemment,  à  ce  que  je  puis  conjec¬ 
turer,  la  prétendue  Cochenille  du  Pere  Plumier. 

Au  furplus  les  lettres  du  fieur  RoufTeau  font  d’autant  plus  dignes  de  foy, 
qu’on  ne  fçauroic  découvrir  ny  pieds  ,ny ailes, ny  têtes, ny  aucunes  parties  d’ani, 
mal  dans  la  Cochenille  que  nous  avons,  &  qu  elle  a  en  elle  toutes  les  mar¬ 
ques  d’une  véritable  graine:  &  fi  ces  preuves  ne  fbffifent  pas,  Ton  n’a  qu’à  voir 
le  fentiment  de  Ximenes,&  Guillaume  Pifon  dans  fon  hifloire  des  plantes  du 
Brefil ,  ou  après  avoir  donne  une  longue  defeription  d’une  efpece  de  Figuier 
des  Indes,  qu’il  nomme  Jamacaru,  H  dit  que  c’eft  cetre  même  plante,  laquelle 
dans  la  nouvelle  Efpagnc  produit  &  porte  la  Cochenille. 

Et  de  pluSjlhilloire  de  la  Virginie  marque  que  leMetaquefunnaukçiï  un  fruit 
plaifant,quafi  de  la  forme  &  grandeur  de  nos  poires, mais  parfaitement  rouge 
dehors  &  dedans,  qui  croît  deffus  une  plante  dont  les  feüilles  font  fort  épaiffes ,  & 
pleines  d’épines  piquantes  comme  des  aiguilles.  Qj^lques-uns  qui  ont  elle  aux 
Indes,  &  qui  ont  veu  croître  cette  efpece  de  rouge  &  de  haut  prix  qui  efl  nom¬ 
me  Cochenille,  d’écrivent  la  plante  toute  femblable  à  celle  de  Metaquefunnauk. 

Quoy  qu’ilenfoit,  on  doit  choifir  la  Cochenille  Mefteque de  la  bonne  forte, 
c’eft  à  dire,  celle  qui  efl  pefante,  groffe,  bien  nourrie,  nette,  (cche,  d’une  cou¬ 
leur  argentée  &  brillante  par  deffus,  &  en  ayant  écrafé  un  grain  dans  la  bou¬ 
che,  il  donne  à  la  falivc  une  couleur  rouge  foncé  j  &  rejetter  celle  qui  cil  mai¬ 
gre,  falc,  legere,  &  prendre  garde  qu’il  n’y  ait  point  de  petites  pierrettes  de- 
dans,  comme  il  arrive  affez  fouvent,  fur  tout  lors  quelle  efl  chere. 

La  Cochenille  efl  une  graine  qui  n’a  aucun  ufage,  que  je  fçachc,  dans  la 
Medecine,  fî  ce  n’efl:  par  quantité  de  Médecins  ou  autres  perfonnes  qui  ont 
cru  &  croyent  encore  que  la  Cochenille  &  la  graine  d’écarlatte  font  la  même 
chofe  J  ce  qui  efl:  neanmoins  fort  éloigné  de  la  vérité ,  comme  il  fè  verra  au 
chapitre  fuivant  :  mais  elle  efl  fort  ufitée  par  les  Teinturiers  rîu  grand  Teint 
c^ant  la  bafe  &  la  principale  drogue  pour  teindre  en  ccarlatte.  Quelques 
perfonnes  s’en  fervent  pour  colorer  le  lucre  ,  en  y  ajoutant  quelque  peu  de 
crème  de  Tartre  en  poudre  fubtil,  ou  autres  acides. 

I.  Partie,  E 


34 


Hiftoire  generale 
Du  Carmin. 

Le  Carmin  eftla  plusprecieufe  &  riche  marchandife  que  l’on  tire  de  la  Co¬ 
chenille  Mefteque.  C’eft  une  fecule  ou  poudre  d’un  tres-beaii  rouge  fon¬ 
ce ,  isc  velouté ,  que  l’on  fait  par  le  moyen  d’une  eau  dans  laquelle  on  a  fait 
entrer  le  Choüan  &  l’Autour,  de  qui  elfant  bien  préparée  &  léchée,  eft  ce  que 
nous  appelions  Carmin,  lequel  pour  eftre  de  la  qualité  requife  ,  doit  eftre  en 
poudre  impalpable,  haut  en  couleur,  le  plus  proprement  &  fidellemcnt  fait  qu’il 
fera  poffible  :  Mais  comme  là  grande  cherté  eft  caufe  que  quelques  perlon- 
nesmal  intentionnées  le  fophilïiqucnt;  c’efl:  le  fùjet  pour  lequel  on  n’en  doit 
achepter  que  des  marchands,  incapables  de  le  frauder  ny  de  vendre  celuy  de 
la  fécondé  forte,  pour  la  première,  ellant  beaucoup  moins  beau. 

Quelques- uns  ajoutent  au  Carmin  du  Rocou,  mais  cela  luy  donne  une  cou¬ 
leur  trop  orangée. 

L’ufage  du  Carmin  eft  pour  la  mignaturc;ôc  pour  faire  ces  belles  Draperies 
rouges,  que  nous  voyons  aux  tableaux  de  confequence. 

•  De  la  Lacque  fine  ^  &  autres  fortes. 

La  Lacque  fine  eft  furnommée  de  Venife ,  à  caufe  que  celle  que  nous 
avions  autrefois  nous  en  cftoit  apportée  j  mais  depuis  que  quelques  per- 
s  de  Paris  fe  font  mêlées  d’en  faire,  &  qu’ils  y  ont  effectivement  reufti ,  &: 
que  tout  ce  qu’il  y  a  d’habiles  peintres  la  pref-erent  à  celle  de  Venife  j  c’eft  le 
lujec  pour  lequel  il  ne  nous  en  vient  que  très -peu. 

Quelques  uns  Ccttc  Lacquc  eft  une  pafte  dure,  faite  du  ventre  des  os  de  Seche,que  l’on 
Tcna*Mcrita!  a  coloré  d’une  teinture  faite  de  Cochenille  Mefteque  ,  de  Brefil ,  de  Fer- 
nambourg,  d’Alun  d’Angleterre  calciné,  d’Arcenic  ôc  d’une  leflive  de  Natrum 
d’Egypte,  ou  (bude  blanche,  ou  à  fon  défaut  de  foude  d’Alican,  &  par  le 
moyen  d’un  drap,  ou  d’une  chauffe  àhypocras,  en  y  procédant  de  la  même 
maniéré  que  l’on  fait  llndc  ou  l’Indigo  ,  on  la  réduit  en  pafte  de  laquelle  on 
forme  des  Trochifques  que  l’on  fait  fecher  &  que  l’on  garde  pour  le  befoin. 

Cette  Lacque  pour  eftre  delà  qualité  requife,  doit  eftre  en  petits  trochifques, 
ft’un  rouge  foncé,  tendre  &  friable. 

L’ufage  de  cette  Lacque  eft  pour  la  mignature,&  pour  peindre  en  huille. 

De  la  Lacque  Colombïne, 

La  Lacque  plate  ou  Colombine,  n’eft  faite  que  des  tondures  d’écarlattc 
bouillies  dans  une  pareille  leflive  que  cy-deffus,&  après  l’avoir  paffée  &jet- 
tée  fur  de  la  craye  blanche,  &  de  l’Alun  d’Angleterre  en  poudre  J  on  en  fait  une 
pâte  que  l’on  forme  en  carreaux,  de  l’épaiffcur  du  doigt,  &  de  telle  grandeur 
que  l’on  fouhaitte,  &  eftant  fechée,  fera  gardée  pour  le  befoin.  Celle  de  Ve¬ 
nde  eft  beaucoup  plus  belle  que  celle  d’Hollande  &  de  Paris,  en  ce  que  le  blanc 
dont  les  Vénitiens  fe  fervent, eft  plus  beau  &  plus  propre  à  recevoir  une  vive 
couleur  que  le  blanc  d’Hollande  &  le  nôtre.  Cette  Lacque  pour  eftre  de  la 
bonne  qualité, doit  eftre  vraye  Venife,  la  plus  haute  en  couleur  &  la  moins 
graveleufc  qu’fl  fera  poflible. 

L’ufage  de  cette  Lacque ,  eft  aufli  pour  la  peinture. 

Il  y  a  une  troifiéme  Lacquc  furnommée  Liquide,  dont  je  parleray  au  chapitft 
du  Brefil  dcFernambourg. 


des  Drogues,  Livre  Premier.  35 

T>u  Torne-fol  fin  en  drapeau. 

T  E  Tome -fol  fin  de  Confi:àntinople,efl:  de  la  Toile  d’Hollande,  ou  du 

Jj _ /  Crefpon  bien  fin,  qui  ont  efte'  cein  avec  de  la  Cochenille,  aidé  de 

quelques  acides. 

L’on  s’cn  fert  pour  colorer  les  liqueurs  aqueufes  ,  comme  l’eau  de  vie,  &: 
autres  femblables.  A  l’égard  de  Ton  choix,  il  n’importe  qu’il  Toit  fur  de  la  toile, 
ou  fur  du  crefpon,  pourveu  qu’il  foit  bien  fin,  haut  en  couleur  &  qu’il  tein- 
de  .  en  beau  rouge. 

Les  Turcs  &  Levantins,  appellent  ce  Torne-fol,  en  drapeau  ou  en  chif¬ 
fons  Bi'^^erere  ruhré. 

Du  Torne-fol  en  cûton,  de  Portugal. 

LEs  Portugais  nous  en  envoyent  en  coton ,  qui  eft  de  la  figure, épailTeur  &  ron-^: 

deur  d’un  écu,  dont  on  fe  fert  pour  teindre  les  gelées  de  fruits,mais  il  eft  biçn 
moins  en  ufage  que  le  Tome  fol  en  toile.  Il  doit  eftre  aufli  d’un  beau  rouge, 
le  plus  fec  &  le  plus  propre,  c’eft  à  dire, le  moins  falle,  qu’il  fe  pourra.  Voi¬ 
là  tout  ce  que  nous  tirons  de  la  Cochenille  Mefteque. 

Les  autres  fortes  de  Cochenille  font  la  Campefehane,  la  Tetrcchalle  &  la 
Silveftre. 

La  Cochenille  Campefehane,  n’eft  autre  chofeque  le  grabeau,  ouïes  criblures 
de  la  Mefteque,  dans  lelquelles  il  fe  rencontre  quantité  de  grains  fecs  &  ari¬ 
des,  de  petites  coques*, de  petites  bêtes  rouges  fur  le  dos,  que  nos  enfans  ap¬ 
pellent  Chevaux  à  Dieu,  &  autres  ordures  j  on  appelle  aufti  Cochenille  Cam¬ 
pefehane,  la  Cochenille  Mefteque  qui  a  déjà  fervi  à  la  teinture. 

La  Cochenille  Tetrechalle,  n’eft  que  de  la  terre  qui  fe  trouve  dans  la  Co¬ 
chenille  Campefehane.. 

Et  la  Silveftre,  ou  Cochenille  de  graine,  eft  celle  qui  fe  rencontre  fin¬ 
ies  racines  de  la  grande ’Pimpenelle,  que  les  Simplifies  appellent  Pir/îpi»c//^ty4»- 
guiforba^  comme  il  fe  verra  au  Livre  des  feuilles.  Ces  dernieres  Cochenilles 
n’ont  aucun  ufage, que  pour  la  teinture. 

*  Ce  font  apparemment  ces  coques  dans  lefquelles  il  s'y  trouvent  quelques  grains  de  Cochenille  qui  s’y  eft  mis  pat  Lazard, 
&  CCS  petites  bêtes  qui  oiu  donne  fujct  de  cioireàpluficurs  que  laCochcnilic  cftoit  un  animal. 


Cochenille 

Gampcfchanc- 


Cochenille 

Tctrechallc, 

Cochenille 

Silveftre, 


Hiftoire  çenerale 


De  la  Graine  d’Ecarlatte. 


La  Graine  d’E  carlatte  que  les  Latins  appellent  Crana  ùn^îorum  , 
les  Grecs  Coccus  infeûorÎM  &c  les  Arabes  Ktrmm  ou  Kermes ^  ejft  la  graine 
ou  plutôt  l’cxcrement  d  un  petit  arbrifleau,  dont  les  feüilles  font  piquantes  & 
afTcz  femblables  à  celles  du  Houx,  à  la  referve  qu’elles  font  beaucoup  plus 
petites,  qui  fe  trouvent  en  grande  abondance,  tant  en  Portugal,  qu'en  Efpagne, 
Provence  &  Languedoc. 

Je  ne  m’arrêteray  point  à  décrire  rarbrifTcau  qui  porte  cette  graine,  en  ce 
que  quantité  d'Auteurs  en  font  mention  -,  je  diray  feulement  que  ce  que  nous 
appelions  graine,  fc  trouve  attache'e  au  bas  &  deffus  les  feüilles  de  cet  arbrif 
feau,  ôc  lors  que  la  récolté  en  eft  bonne,  c’efl  une  des  principales  richefles  du 
pays ,  principalement  pour  les  pauvres  gens ,  flir  tout  en  Provence  &  Lan¬ 
guedoc,  à  qui  elle  ne  coûte  qua  cueillir  &  enfuite  la  vendent  à  la  livre  aux 
Apoticaircs-,  qui  en  tirent  la  Pulpe  pour  en. faire  le  Sirop  furaomme'  Alker- 
mes,  &  du  refidu  qui  refte  fur  le  tamis, apres  l’avoir  mondé,  les  Apoticaircs  le 
revendent  aux  Tinturiers  autant  que  la  graine  leur  a  coûté.  Ceux  qui  la  veu¬ 
lent  tran(portcr,ou  envoyer  en  differents  endroits,  la  font  fecher,tant  pourlu- 
fage  de  la  Médecine,  que  pour  la  teinture,  où  il  s’en  emploie  une  grande  quan¬ 
tité  i  laquelle  pour  cet  effet  fera  choifie  greffe ,  nouvelle ,  ceft  à  dire ,  dé  l’année, 
garnie  de  fon  paftel,la  plus  rouge  &la  plus  nette  que  faire  fè  pourra,  car  auf- 
u-tôt  que  cette  graine  commence  à  vieillir,  il s*y  engendre  un  infedtequi  man¬ 
ge  le  paftel  &  fait  un  trou  à  cette  graine  en  forte  quelle  eff:  toute  trouée,  fort 
legcrc,  n’y  reliant  que  la  fîmple  peau,  ce  qui  luy  diminue  de  beaucoup  fà  qua¬ 
lité.  Celle  du  Languedoc  paffe  pour  la  meilleure  ,  eflant  ordinairement  gref¬ 
fe  &  d’un  rouge  fort  vifj  qui  eft  le  contraire  de  celle  du  Portugal,  qui  eft  cfti- 


37 


des  Drogues, 


Livre  Premier. 


méc  la  moindre,  en  ce  quelle  eft  petite,  maigre  &  d’un  rouge  noirâtre. 

La  graine  d’Alkermcs,ou  d‘Ecarlatte,eft  cftimée  fort  cardiaque  &  fort  pro¬ 
pre  pour  foulagcr  les  femmes  grolTes  qui  font  tombées ,  en  leur  en  donnant 
un  demi-gros  en  poudre  dans  un  œuf,  &  non  pas  de  la  Cochenille,  comme 
quantité îe  perfonnes  l’ordonnent  j  en  ce  quils  croient  que  ces  deux  graines 
loicnt  la  même  chofe. 

Du  Pafiel  d’ Ecarlatte. 

Al  egard  du  paftel  d  ecarlatte,  qui  eft  cette  poudre  qui  fe  trouve  dans  la  grai¬ 
ne  lors  quelle  eft  nouvelle,  doit  eftre  d’un  tres-beaü  rouge ,  &  quelle 
n  aye  point  efté  afpergéc  de  vinaigre ,  comme  eft  ordinairement  ccluy  du  Por¬ 
tugal,  tant  pour  en  augmenter  le  poids,  que  pour  luy  donner  une  belle  cou- 
leur.  Cette  four|^érie  fera  facile  à  connoître,  en  ce  qu’il  eft  humide  &  d’une 
odeur  forte  &  aflez  defagreable.  Ce  paftel,  quoy  que  la  plus  noble  partie  de 
la  graine,  n’eft  aucunement  ufitée  en  Mcdecine,  faute  de  connoiflance,  mais 
beaucoup  par  les  Teinturiers  du  grand  Teint. 

Du  Sirop  d  A ikermes. 

X  E  Sirop  d’Alkermes  eft  la  pulpe  de  la  graine  d'Ecarlate  rccente,  &  de  la 
i  .caflbnadcdu  Breril,ou  du  fucrc  en  petit  pain  réduit  en  poudre  mêlé  enfem- 
ble  ,  &  après  avoir  efté  liquific  fur  un  peu  de  feu, eft  mis  dans  des  petits  barils 
de  bois  blanc,  de  la  maniéré  que  nous  le  recevonsitant  de  Nifmesque  de  Mont¬ 
pellier,  où  il  s’en  fabrique  de  groftes  quantitez ,  tant  pour  la  Foire  deBeaucaire^ 
que  pour  en  voyer  en  differents  endroits  de  l’Europe. 

Ce  Sirop  pour  eftre  de  la  qualité  rcquife ,  doit  eftre  d’un  rouge  foi^cé , 
nouveau,  d’une  confîftance  moyenne, le  plus  uni  &  le  moins  aigre  que  faire  ce 
pourra.  On  prendra  garde  qu’il  ne  foit  trop  chargé  de  fucre ,  ce  qui  fe  con- 
noîtra  facilement  en  la  couleur  d’un  rouge  pâle  &  à  Ton  goût  fucré ,  fans  pref- 
qu’aucune  amertume,  qui  eft  le  contraire  de  celuy  quieft  fidellement  fait,cftant 
d’un  rouge  foncé  &  d’une  amertume  allez  defagreable. 

De  la  ConfeBion  d’Alkermes. 

Le  Sirop  d’Alkermes  eft  fort  peu  employé  dans  la  Médecine  j  mais  lors  que 
l’on  y  a  incorporé  un  firop  compolé  de  fuc  de  pomrpe  de  rainette,  d.eau 
roze ,  de  foye  crue  &  de  fucre  blanc ,  ôc  les  poudres  de  perles  orientales  préparées, 
de  fantal  citrin ,  de  candie  fine,  de  la  pierre  d’azur  préparée,  des  feuilles  ou  bac- 
trioles  d’or  ,  on  en  fait  un  opiat  ou  éleduaire  liquide,  qui  eft  ce  que  nous  ap¬ 
pelions  Confetftion  d’Alkcrmes.  Cliques- uns  y  ajoutent  le  mufe  &  l’ambre  , 
ce  qui  ne  fe  doit  point  faire  que  par  l’avis  d’habiles  Médecins ,  ces  parfums 
eftans  fort  contraires  aux  femmes.  A*  l’égard  de  fa  préparation,  ceux  qui  l’adé- 
fîreront  faire,pourront  avoir  recours  aux  Pharmacopées  qui  en  traitent,  mais  nous 
en  feifons  venir  de  Montpellier, ou  elle  fe  fait  mieux  ,  à  caufe  de  la  nouveauté 
du  fîrop  qui  s’y  trouve,  que  dans  les  lieux  plus  éloignez  ou  il  eft  tranfportée. 
Et  il  ne  faut  pas  en  achepter  de  ces  gens  qui  ne  vendent  que  dts  drogues, 
qu'un  honnête  homme  auroit  peine  à  s’imaginer ,  &  qui  font  indignes  d’entrer 
dans  le  corps  humain, qui  eft  le  fujet  pour  lequel  nous  voyons  quantité  de 
brouillons  qui  l’établilfent  &  vendent  de  la  Confcdlion  d’Alkcrmes  à  un  prix 

E  iij 


Uni,  iignific 
non  -  gtoume- 
leux  &  non- 
candi. 


38  '  Hiftoire  generaie 

fl  modique  qu’ils  n’en  pourroient  pas  compofer  deux  onces  (ur  le  pied  qu’ils 
vendent  la  livre,  &  pour  couvrir  leur  friponnerie,  ils  mettent  dans  des  pots  de 
fayance  qu’ils  couvrent  de  papier  ,  avec  cette  infeription  :  Confeéîion  d'Jlker- 
mts  de  Montpellier  J  pour  faire  accroire  qu’elle  vient  de  Montpellier,  ce  qui  n'eft 
pas  d’une  petite  confequence,  car  ceux  qui  l’ordonnent  font  fruftrez  de  leurs 
attentes,  &les  malades  n’en  reçoivent  aucun  foulagement,  &  je  lé  puis  certi¬ 
fier  avec  vérité,  comme  l’ayant  veu  plufieurs  fois,  que  de  femblables  compofi- 
tions  &  généralement  toutes  les  autres  qui  fortent  des  mains  de  deux  ou  trois  par¬ 
ticuliers  de  Paris,  que  la  charité  &  la  prudence  m’empêchent  de  nommer,  qui 
féroient  plutôt  capables  d’eftre  jettées  au  feu,  que  d’eflre  employe'es  à  aucun 
ufage;  &  neanmoins  ils  en  vendent  une  prodigieufe  quantité  à  ces  Colporteurs 
de  la  Foreft  de  Lyons  en  Normandie  qui  prennent  le  nom  de  Droguiltes,  & 
qui  en  portent  par  la  Campagne,  ou  pour  mieux  dire  en  empoifonnent  la  moi¬ 
tié  de  la  France,  principalement  du  côté  de  la  Bourgogne^  du  Nivernois,  de 
la  Flandre, de  la  Touraine, &  autres  endroits,  &  ce  qui  eft  plus  furprenant  ils 
font  un  gros  débit  de  cette  prétendue  Confedion  d’Alkermes ,  de  celle  d’Hya¬ 
cinthe  ,de  la  Theriaque,&  autres  compofitions  galéniques,  falfifiées  &  fophi- 
ftiquées,  à  Paris,  dans  les  Convents,  aux  Apoticaires,  Chirurgiens  &  autres  j  ce 
que  j’ay  cru  eftre  obligé  de  publier,  pour  empêcher  les  Religieux  &  Rcligieu- 
fes ,  Apoticaires  &  Chirurgiens,  tant  de  Paris  que  de  la  Campagne  ,  d’achepter 
de  ces  ambulans  &  colporteurs  des  compofitions  &  mêmes  les  drogues  fim- 
ples,  comme  ne  valant  rien  du  tout,  &  n’eftant  que  le  rebut  de  nos  boutiques. 

M,  Charas,  dans  fa  Pharmacopée  à  la  page  514.  attribue  de  grandes  proprié- 
’  tez  à  la  véritable  Confedion  d’Alkermcs,&  dit  que  cette  Confedion  eft  fans 
contredit,  un  des  meilleurs  cordiaux  que  la  Médecine  galcnique  aye  jamais  in¬ 
venté;  car  elle  repare  &  recrée  les  efprits  vitaux  &  animaux,  elle  fait  ccfTcr  les 
palpitations  de  coeur  &:  les  fyncopes  ,  elle  fortifie  beaucoup  le  cerveau  &  les 
’’  parties  nobles,  clic  eft  ennemie  de  la  pourriture,  conlerve  la  chaleur  naturel- 
”  le,  rétablit  les  forces  languifiantes,  chafie  la  mélancolie  &  la  trifteffe,  &  rc- 
’’  met  &  entretient  le  corps  &  l’efprit  dans  un  fort  bon  état.  Cn  la  prend  fur  la 
pointe  d’un  couteau,  ou  dans  du  vin,  ou  dans  du  bouillon  ,  ou  dans  quel- 
”  ques  liqueurcs  cordiales  &  céphaliques  ;  on  la  mêle  aufli  parmy  les  opiates  & 
**  les  éleduaires  mois  &  folides;  la  doze  ordinaire  eft  depuis  une  fcrupule  jufqu’à 
”  une  dragme ,  on  la  mêle auffi  dans  les  Epithemes  deftinez  pour  le  cœur ,  ou  pour 
le  foye. 


des  Drogues,  Livre  Premier. 


39 


chapitre’  XXVI I. 
De  l’Âmomum  Racemofum. 


L’Amomum  RàcemosuMjOu  Amome  en  grappe ,  ou  en  raifîn,  eft 
une  efpece  de  fruit  que  nous  recevons  par  la  voyc  d  Hollande  ou  de 
Marieille  ,  naifTanc  en  plufieurs  endroits  des  grandes  Indes ,  rarement  •en  grap. 
pe,  mais  le  plus  fouvent  en  goufTe. 

Il  croît  fur  un  arbrifTeau  dont  les  feuilles  font  d  un  verd  pâle,  longuettes  & 
étroites i  il  eft  en  quelque  force,  femblable  au  raifm  mufeat ,  en  couleur ;grof. 
feur  &  figure,  mais  il  eft  plus  rempli  de  grains  &  moins  (ucculent  ;  il  a  auftî 
cela  de  particulier,  que  toutes  fes  goufles  cftant  fans  queue,  font  fort  entaftées 
&  comme  collées  contre  un  long  nerf,  quelles  encourent  jufqu’à  Ton  bout,&  qui 
leur  fert  de  baie  &  de  foûticn ,  à  l’imitation  clés  grains  de  poivre  ,  &  en  ce 
qu’ayant  un  petit  bouton  en  Ton  fommet^  ileft  ordinairement  divifé  en  cellules. 

Ouvrant  ces  goufles  ,on  les  trouve  remplies  de  grains  purpurins,  quarrez, 
joints  &  comme  collez  les  uns  aux  autres,  faifant  enfemble  une  figure  ronde, 
conforme  à  celle  de  la  goufle  ^  &  qui  font  couverts  d’une  membrane  blanche ,  fort 
déliée  &  feparez  en  gros  tas,  par  de  pareilles  membranes,  mais  en  force  qu'on 
peut  aifément  les  en  tirer  &  divilèr.  Leur  gouft  eft  acre  &  mordicanc,&leur 
odeur  extrêmement  perçante  &  aromatique. 

On  choifira  l’Amomum  le  plus  nouveau  qu’on  pourra  trouver,  ayant  fes 
goufles  rondes,  &  de  couleur  blanchâtre,  cirant  fur  le  blond,  pefantes  &  bien 
remplies  -,  il  faut  rejcccer  les  legeres  &  qui  eftant  ouvertes ,  contiennent  des 
grains  noirs  &  ridez-,  mais  cftimer  celles  qui  font  bien  remplies  de  grains, gros 
&  bien  nourris,  d’un  gouft  chaud,  piquant, fort  aromatique, &  approchant  de 
ceJuy  des  Cardamomes. 

Le  principal  ufage  de  l’Amomum  eft  dans  la  Thériaque,  pour  laquelle  on  fc 


40  Hiftoire  generale 

contente  d’employer  les  grains  bien  nets  &  bien  nourris. 

Plufïeurs  perfonnes  ne  connoifTent  cette  drogue  cjue  fous  le  nom  de  Grande 
Cardamome  ou  Cordumomum  majus ^  qui  neft  autre  chofe  que  la  Maniguette  j 
dont  je  parleray  dans  le  chapitre  fuivant. 

Il  y  a  d’autres  fruits  ou  graines  qui  portent  le  nom  d’Amome,  comme  l’Amom- 
ne  de  Pline,  qui  eft  un  fruit  rouge,  tout  femblable  à  celuy  qui  fc  trouve  dans 
les  bayes  d’Alkckange,qui  naît  lur  une  plante  ou  arbrilTeau,  qui  nous  cft  fort 
commun,  y  ayant  fort  peu  de  boutiques  d’Apoticaires  ou  de  jardins  où  il  ne 
ferve  de  parade. 

Il  y  en  a  un  autre  que  les  Hollandois  &lesAngîois  appellent  nous 

Poivre  de  la  Jamaïque,  qui  eft  le  fruit  du  Bois  d’Inde,  ainfi  que  l’on  le  verra 
à  fon  lieu. 

On  feraaverty  que  quand  on  trouve  dans  les  Auteurs  le  nom  Amomum  o\x 
diAmomi^  on  ne  doit  employer  autre  chofe  que  l’Amome  en  grappe. 

CHAPITRE  XXVIII. 

De  la  Grande  Cardamome. 


G^'Oiide^  Cardamorrve 


LAGrande  Cardamome,  que  nous  appelions  Maniguette  ou  graine 
de  paradis,  eft  une  graine  triangulaire,  d’une  couleur  rougeâtre  au  def- 
fuS  &  blanche  au  dedans,  d’un  gouft  acre éc piquant,  comme  celuy  du  poivre-, 
c’eft  ce  qui  a  donne  occafion  aux  Colporteurs  de  le  vendre  pour  du  poi- 

La  plante  qui  porte  cette  graine,  a  fes  feiiilles  vertes,  apres  quoy  elle  pro¬ 
duit  un  fruit  ou  plutôt  unegouirc,de  lagrofleur  &  figure  d’une  Figue,  d’un  af- 
fez  beau  rouge,  dans  laquelle  eft  renfermée  cette  graine  de  paradis,  que  l’on 
croit  avoir  efte  ainfi  nommée  ,  tant  à  caufe  de  la  beauté  de  fon  fruit  qu’à  cau- 
fc  de  fa  bonne  odeur,  lors  qu’elle  eft  nouvelle 5  nous  l’appelions  aufli  Mani- 

quette 


des  Drogues Livre  Premier.  41 

guette, OU Melaquetce, du  nom  d’une  ville  d’Afrique,  appcilcc  A/e/e^4,d’oûelle  ^ 
cftoic  autrefois  apportée  en  France,  mais  à  prefent  on  l’apporte  de  differents  S'î 
pays,  tant  par  la  voye  de  S.'Malo,  qu’autres  lieux.  mT* 

Cette  drogue  cft  fort  peu  en  ufage  dans  la  Médecine,  mais  beaucoup  par- 
mi  ceux  dont  j’ay  parlé  cy-deffus,  qui  la  vendent  mêlée  avec  le  poivre. 

M.  de  Flacourc  dit  que  dans  l’Iflc  de  Sainte -Marie  &  à  Galcmboule,  il  «r" 
vient  un  fi  grand  nombre  de  Maniguette ,  que  de  la  recolce  d’une  feule  année,  geni 
on  en  pourroic  charger  un  Vaiffeau.  ' 


CHAPITRE  XXI.X 

De  la  Moyenne  Cardamome. 


hrmenne 


’e^ine 


a>na7?ie 


LAMoyenne  Cardamome  efl:  renfermée  dans  une  gouffe  de  la  lon¬ 
gueur  du  petit  doigt  d  un  enfant,  fait  en  triangle,  naiffant  fur  une  plante 
que  quelques-uns  m’ont  affuré  cftrc  rampante,  &  qui  a  Tes  feiiilles  difpofécs  en 
trois  comme  le  trefle,finiffans  en  pointe  &  fort  dentellée,  naiffant  en  divers  en¬ 
droits  des  grandes  Indes.  Ces  gouffes  nous  {ont  fort  rarement  apportées  en 
France  ,  &  font  peu  en  ufage,  daurant  que  la  petite  Cardamome  eft  plus 
recherchée,  tant  des  Etrangers  que  de  nous ,  comme  ayant  beaucoup  plus  de 
vertu  que  la  moyenne.  Neanmoins  comme  il  s’en  rencontrera  quelquefois-  je 
diray  que  l’on  la  choifira  la  plus  approchante  j  qu’il  fe  pourra,  des  qualicez  de  la 
petite ,  dont  je  vay  parler. 

De  la  Petite  Cardamome. 

La  Petite  Cardamome  qui  cft  celle  que  nous  voyons  icy  fort  communé¬ 
ment,  &  que  nous  tirons  ordinairement  d'Hollande, eft  une  petite  gouffe 
gure  triangulaire,  qui  eft  par  deffus,  d’un  blanc  grisâtre,  rayée,  ôc  garnie 
dune  petite  queue  de  même  couleur,  laquelle  eftant  ouverte, il  s’y  trouve  une 
I.  Partie.  p 


42  Hiftoire  generale 

quantité  de  petits  grains  de  la  figure  &  du  goufi:  de  rAmome  en  grappe, donc 
j  ay  parlé  cy- devant. 

La  plante  qui  porte  la  petite  Cardamome  m’efl:  encore  inconnue , quelque  dili- 
ge  nce  que  j’ayc  fait ,  mais  félon  toutes  les  apparences  elle  efl:  femblable  à  la 
moyenne,  &ii  n’y  a  peut  eflre  que  la  diverfité  des  lieux  ou  elle  croît,  qui  en 
falTe  la  différence  J  je  diray  feulement  qu’elle  nous  eft  apportée  par  les  Hollan- 
dois  &  Anglois  du  Royaume  de  Vifapour  où  elle  eft  fort  rare,  c’eft  pourquoy 
on  ne  s’en  fert  que  fur  la  table  des  grands, cftant  la  meilleure  épice  du  pays. 

On  la  choifira  nouvelle,  bien  nourrie,  pelante,  pleine,  la  moins  remplie  de 
coques  vuides  &  de  gouftes  perfoirées,  petites,  ou  feches,  qu’il  fe  pourra. 

Cette  Cardamome  eft  la  feule  ufitée  dans  la  Médecine,  en  ce  quelle  eft  douce 
de  meilleures,  qualitez  que  les  deux  precedentes. 

Les  Hollandois  en  ulent  beaucoup,  parce  qu’ils  en  mâchent  affez  Ibuvenr. 

Nous  appelions  les  Cardamomes  bien  fouvent  en  François,  Cardamonum  ma- 
jus^m:djum  ^  minus  ^  qui  veut  autant  dire  que  Cardamome  Grande,  Moyenne, 
&  Petite. 


CHAPITRE  XXX. 

De  la  Nielle  Romaine. 


La  N  I  e  l  l  e  ,  ou  Nigclle  romaine  eft  la  fcmence  d’une  plante  d’environ 
deux  pieds  de  haut ,  ayant  fes  feuilles  vertes  ,  petites  ,  découpées  &  aftez 
minces  i  après  lefquelles  naiffenc  des  fleurs  d’un  blanc  bluâtres,  &  enfuite  des 
gouftes  dans  lefquelles  il  fé  rencontre  une  graine  longuette,  d’une  couleur 
grife,  d’un  goût  piquant,  d’une  odeur  forte  &  aftez  aromatique. 

On  choifira  cette  lemencc  nouvelle, bien  nourrie,  d’une  belle  couleur  jaune, 
la  plus  aromatique,  tant  au  gouftqu’à  1  odeur ,  qu’il  fera  poflible,&  qui  loitd’I- 
talic,  celle -cy  eftant  la  meilleure  &  plus  cftiraéc  que  celle  qui  croît  dans 
nos  bleds. 


I 


des  Drogues,  Livre  Premier.  43 

L’ufage  de  cette  graine  -cft  pdlir  faire  mourir  les  vers,  pour  appaifer  les  vents; 

&  quel<|ues  perfonnes  dirent  -qu’elle  eft  un  fort  bon  antidote:  On  l’cllime  auffi 
fort  convenable  ,  pour  faire  venir  le  lait  aux  nourrices. 

Il  y  a  encore  plufieurs  fortes  de  femenccs  dont  je  ne  puis  parler,  tant  pour 
n’en  avoir  rien  de  certain, que  parce  que  nous  n’en  voyons  que  très  peu:  com¬ 
me  le  Mens ,  Mçlîè  ou  Mungo ,  dont  parle  plufieurs  Auteurs.  Les  Indiens  fe  werie  ou 
fervent  de  laplante  pour  nourrir  les  Chevaux  ,&  de  la  graine  en  Médecine  pour 
guérir  les  fièvres  -,  ainfi  qu’il  le  pourra  voir  dans  l’iiifioire  des  Indes ,  faite  par 
Gercie  du  Jardin. 

Le  Bilnague ,  dont  on  ne  ftous  apporte  que  les  mouchets ,  encore  bien  Bifnague, 
rarement  ,&  duquel  les  Turcs  fc  fervent  aufïi  bien  que  plufieurs  perfonnes  de 
qualicez  en  France  pour  fe  nettoyer  les  dents. 

La  fcmencc  de  BAcHan,  ou  Anis  de  la  Chine,  ou  de  Sibery,  dont  fe  fervent 
les  Orientaux,  à  l’imitation  des  Chinois,  pour  préparer  leurThéé  &:  leurSorbec.  -*“*“*'= 

Cette  femence  eft  toute  femblable  à  celle  de  la  Coloquinte ,  à  la  referve  qu  el¬ 
le  eft  d’une  couleur  tannée,  luifante  &c  d'une  odeur  aflez  agréable  j elle  cft  ren¬ 
fermée  dans  une  petite  gouffe  épailTe  &  dure;  c’eft  avec  cette  graine  &  la  raci¬ 
ne  de  Ni/i^  que  les  Hollandois  rendent  la  boiffon  du  Théé  &  du  Sorbec,  plus 
agréable  qu’en  France. 

Ladoze  cft  de  deux  dragmes  de  racine  de  Nifî,  quatre  onces  d’eau  bouillante, 
demi-once  de  Théé  &  une  dragme  de  femence  de  Badian. 

J’en  obmets  d’autres  pour  nous  ettre  trop  connues, ou  parce  qu’elles  croifTent  &  fe 
trouvent  par  tout ,  comme  les  femences  de  Fumeterre,  de  Chicorée,  d’Ofcille,  de 
Laitue-,  de  Violette,  de  Pourpié,de  Jafquiamme  ,  de  Sophie,  ou  Talietrum,  de 
Mauves,  de  Milium  folis,  d’Hiebles,d’Achc,dc  Ravc,de  Bafilic,dc  Brufeus  ou 
petit  Houx, de  Pfilium,  ou  herbe  aux  Puces  ,  donc  les  Chapeliers  fe  fervent ,  ôc 
plufieurs  autres  que  nos  Grainiers  débitent  a  Paris ,  &  comme  il  y  a  très  peu 
de  Médecins,  Apoticaires  &  Chirurgiens  qui  ne  fçaehent  que  quantité  d’Au- 
teurs  en  traitent,  c’eft  le  fujet  pour  lequel  je  n’ay  pas  trouvé  à  propos  d’en 
parler. 

Outre  ces  femences  cy-defTus  nommées,  nous  vendons  quatre  fortes  de  grai¬ 
nes,  à  qui  on  a  donné  le  nom  des  quatre  femences  froides  ,  qui  font  les  grai-  men^  froides, 
nés  des  Citroüillc ,  de  Courge,  de  Melon,  &  de  Concombre,  tantôt  en  coc- 
ques,  c’eft  à  dire, comme  nous  les  faifons  venir  d’Italie, ou  de  la  Touraine,  & 
tantôt  aufti  toute  mondées  ;  lefquelles  pour  eftre  de  la  qualité  requife  en  coc- 
que  ou  mondées,  doivent  eftre  nouvelles  ,  c’eft  à  dire,  de  l’année,  pelantes,  feches 
ne  fentant  le  rance  ny  le  moifi  ,  prenant  garde  fur  tout  que  l’on  ne  fuppofe 
pas  le  Melon  pour  le  Concombre,  &  le  Concombre  pour  le  Melon, ce  qui  n’ar- 
rive  que  trop  fouvent ,  lorfquc  l’un  des  deux  eft  chcre,cc  qui  fera  neanmoins 
facile  à  connoître ,  en  ce  que  le  Melon  cft  plus  court  &  plus  étroit  que  le  Con¬ 
combre. 

L’ufage  des  c^uatre  femences  froides  cft  pour  faire  des  émultions,eftant  fort 
propres  pour  rafraichir  ,*&  pour  en  tirer  une  huillc  qui  a  les  facultez  d’adou¬ 
cir  le  teint  des  Dames  &  plufieurs  autres  chofès  fembîables.  L’huillc  des  qua¬ 
tre  femences  froides,  doit  eftre  fidèlement  &  proprement  faite, nouvelle  tirée, 
bien  blanche, &  de  nul  gouft  ny  odeur. 

Ce  qui  refte  dans  la  prefTe  qui  eft  le  marc,  eft  fort  propre  pour  laveries 
mains,  quoy  que  la  pâte  dont  l’huillc  n  a  pas  efté  tirée,  loit  beaucoup  meilleure 
en  ce  qu’elle  décrafte  plus. 

Autrefois  l’on  nous  apportoit  d’Italie  desCitrQÜilles  noires,  qui  eftoient  beau, 

/.  Partie»  F  ij 


44  Hiftoire  generale 

coup  plus  eftimées* que  celles  que  nous  voyonyprefentemenr. 

Comme  la  Confection  auffi  bien  que  la  vente  de  cette  huille  &dequantite's 
d’autres  tirées  lans  feu,  efl  permife  aux  Marchands  Efpiciers,  j’ay  trouvé  à  pro¬ 
pos  d’inferer  icy  la  maniéré  de  la  préparer  j  &  d’avoir  unehuille  des  quatre  fe- 
mences,  doiiée  de  toutes  les  bonnes  qualitcz. 

Prenez  des  quatre  femances  froides,  bien  mondées  &  feches,  une  livre,  ou 
plus  fi  vous  voulez  i  faites  les  battre  dans  un  mortier  de  fonte, ou  de  marbre 
bien  net,  &  lors  quelles  feront  à  demi  pulverifiécs, faites  les  paffer  par  un  gros 
tamis  de  crin ,  &  lorfque  le  tout  fera  pafTé,  on  le  mettra  dans  une  toille  de  crin 
double  toute  neuve,  ou  du  moins  qui  n’ait  jamais  fervi  à  tirer  d’autres  huilles, 
amoins  que  ce  ne  fût  de  l’huille  de  Ben,  &  lorfque  le  tout  fera  accommodé , 
on  le  mettrai  la  prefre,&  petit  à  petit  on  prefrera,mais  toujours  également , 
&  lorfqu’il  n’en  fortira  plus  rien,  on  retirera  fhuille  que  l’on  mettra  dans  une 
phiolle,  fimplement  bouchée  d’un  papier  troué,  de  peur  quelle  ne  fe  rancif. 
le,  que  l’on  gardera  pour  le  befoin,ôc  la  pâte,  comme  j’ay  déjà  dit,  fera  fort 
propre  pour  laver  les  mains. 

Quelques  perfonnes  feront  furpris  de  ce  que  je  dis,  qu’il  ne  faut  que  paffer 
les  femences  par  un  gros  tamis,  &  enfuite  les  mettre  à  la  prefl'e,  en  ce  qu’il  y 
en  a  qui  les  font  battre  jufques  à  ce  quelles  foient  réduites  en  pâte,  mais  je  fuis 
feur  que  quand  ils  en  auront  effayé  ,  ils  aimeront  mieux  ma  maniéré  que  la 
leur  ,  tant  parce  qu'il  y  a  moins  de  peine ,  que  parce  que  c’eft  plutôt  fait  , 
&  de  plus  c’eft  que  l’on  retire  plus  d’huille&  elle  ell  plus  claire  &  ne  fait  ças  tant 
de  faiffe.  On  fera  de  plus  encore  averti  de  ne  faire  de  cette  huille  qu’à  mefa- 
re  que  l’on  en  aura  befbin,  tant  parce  quelle  eft  bien*tôt  faite,  que  parce  qu’el¬ 
le  eft  fort  peu  de  demande,  &  que  plus  elle  eft  nouvelle  &  meilleure  elle  eft. 

De  cette  maniéré,  l’on  peut  tirer  les  huilles  de  Ben,  de  Pignon  blanc ,  de 
Noifettes,  de  Pavot  blanc,  d’Amandes  douces  &ameres,  de  Noix,  de  Piftaches, 
de  Pignove ,  de  Barbare ,  de  Palma  Chrifti ,  &  généralement  de  toutes  les  graines , 
bayes,  &  fruits  qui,  facilement  donnenc  de  l’huille,  ainfî  qu’il  fe  verra  chacun  en 
particulier. 

Les  Auteurs  ont  donné  le  nom  de  femence,  à  une  maniéré  de  plante  qui  n’a 
ny  feuilles  ny  racines ,  qui  eft  ce  que  nous  appelions  Cufcute,  dont  la  deferip- 
tion  fe  trouvera  au  chapitre  de  l’Lpithyme.  , 


Fin  des  Graines  ou  Semences. 


45 


des  Drogues,  Livre  Second. 

mmmwmmBmmmmmmmmmmmm 

HISTOIRE  GENERALE 

des  Drogues. 

LIVRE  SECOND 

Des  Racines. 

PREFACE. 

'ENT  E  N  S  parle  mot  de  Racines  ,  la  partie  de  U  plante  qui  ejl 
dans  terre  y  çy  qm  m  tire  y  communique  la  nourriture  aux  autres  par¬ 
ties  quelle  produit  ^  qui  font  la  tige  ,  les  feUdlcs,  la  femence  ^  yc.  Les 
Racines  que  nous  'vendons  ordinairement  jJ  ont  non  feulement  en  grand 
nombre ,  mais  fort  differentes  en  figure ^  y  en  h  urs  'vertus.  Nos  tlcrbo^ 
rifles  nous  fournifent  plttfieurs  Racines ,  qui  nom  autre  préparation  ,  que 
d'efire  nettojés  yfechés^  tantôt  bien  ^  tantôt  mal  y  fui'vant  la  capacités 
que  les  Herborifies  peu'vent  a'voir  ;  telles  que  font  les  Racines  d’Julnée  ou  Enule^de  Cam~ 
pane ,  de  Guymauve  ^  de  "Benoificy  de  Flambe  ou  d’iris  noflras  ,  y  autres.  Nous  en  fai. 
fins  venir  d'autres  des  Pays  Etrangers  ,  d’une  partie  defquelles  on  a  ôté  le  cœur  ^  qui  cji 
la  partie  nerveufiy  dure  y  inutilles ,  telles  que  font  le  Turbith ,  la  Tapfie ,  le  Diéiam  blanc ^ 
yCy  de  même  que  l’on  le  pratique  en  plujïeurs  Racines  de  France  ,  telles  que  font  celles  de 
Lefule^de  Pentaphjllum  ou  ^inte  feuille.  On  nous  en  envoyé d' autres  coupées  en  rouelles  , 
comme  le  falap,  Mechoacam  ;  en  petits  morceaux  y  comme  leGalanga  minonen  tronçons  y 
comme  la  Rhubarbe  y  le  2{hapontie;  en  leur  entière  ^  comme  ï  Angélique  î  d'autres  garnies 
de  leurs  feuilles  y  comme  la  Vipérine;  y  d'autres ,  dont  on  ne  nous  envoyé  que  les  longs  fi. 
lamens'  ou  fibres ,  comme  la  SafepareilUy  y  finalement  d’autres  qui  font  mondées  de  leur 
peau  extérieure  y  comme  U  Squine  ^  l'Iris  de  Floranco  y  y  autres  Jcmblables  :  comme  il  fi 
verra  cy  après. 

La  connoifance  des  Racines  ne  reçoit  pas  moins  de  difficulté  que  celle  des  graines  y  tant 
à  caufe  de  leurs  diverfes  efpeces  j  que  de  plufieurs  marques  qui  font  communes  entre  quel¬ 
ques  unes;  c  efi  pour  cela  qu’il  faut  efire  fort  circonfpeél  dans  leur  choiXy  y  fçavoir  les  prin- 
cipalles  marque  de  chacune  y  pour  en  pouvoir  faire  un  jufie  dicernementy  aufjique  l  on  acquiert 
par  lufage  y  y  quon  pert  bien -tôt  y  fi  on  n’en  fait  pas  un  négoce  continuel.  Ceux  qui 
ont  befoin  de  Racines ,  ne  doivent  pas  chercher  le  bon  marché  y  mais  s’addi  cfier  à  des  Mar¬ 
chands  y  fur  la  probité  defquels  ils  fi  puifent  repofer  y  fur  tout  lorsque  le  prix  en  efi  un  peu 
confiderable. 

Ceux  qui  n’ont  pas  grande  confiance  yne fi  mettent  pas  en  peine'  defuppofr  l’une  pour  l'autre, 
y  de  vendre  l’once  yde  cetteracinefuppoféeyplus  que  nen  vaut  la  livre ,  quand  ils  la  vendent 
par  fin  nomscarfayvü  de  certaines  perfonnes  vendre  pour  du  ComiSL-Y  ctwHy  de  laTormcn- 


46  Hiftoke  generale 

tille,  fur  le  fieà  de  plus  de  cinquante  francs  la  livre ,  ainf  des  autres.  Il  nef  ^as  aujffort 
avantageux  de  fe  charger  de  ces  fortes  de  marchandifes  , fur  tout  de  celles  e^ui  nom  pas  grand 
débit ,  tant  à  caufe  du  gros  dechet  qu  elle  i  font  en  les  gardant,  que  parce  que  la  plus  part  de 
ces  Racines  font  fujettes  kfe  vermoudre, . comme  l’ Jngeliepte  ,lj4carus  vertus;  ■^afegdter 
comme  la  Rhubarbe,  la  Reglijfe  autres.  Comme  ce  Chapitre  ferait  d’une  grande  étendue 
^  que  ce  ne  ferait  jamais  fait  de  vouloir  faine  la  àeferiptio»  de  toutes  les  Racines^  je  me 
renfermera)/ dans  celles  qui  dépendent  de  mon  négoce;  fur  tout  celles  que  nous  faifons  ve~ 
nir  de  plujieurs  endroits  du  monde,  fans  m'arrêter  à  cédés  qui  Croisent  dans  nos  jardins,  ou 
dans  nos  Campagnes ,  non  plus  qu'à  celles  cm  croijfent  dans  des p^^sf  éloigne:(^  ,que  la  con^ 
noiffance  n'en  efl  pas  encore  venue  jufques  a  nous. 


CHAPITRE  PREMIER. 

De  ïlpecacuanha. 


’IPECACUANHA  ijotomc  Beguquella ,  auffi  Specacuanha  ,  Cagofmga  , 
Beculo ,  Beloculo ,  ou  Mine  d' Or  ,c(i  une  petite  racine  quç  les  Hol- 
landois  &  les  Portugais  nous  apportent  d'un  endroit  du  Brefil ,  ap- 
...  .  .  pelle  Rio  de genecjro ,  &  qu’on  ne  trouve  qwe  fur  les  Mines  d’or,  qui 

rAmcHqïcmt  luy  cu  ont  donne  le  nom.  On  la  fait  ramalTer  par  ceux  qui  font  condamnez 
aux  Mines  j  &  ce  qui  en  fait  la  grande  cherté,  çeft  que  le  plus  fort  ouvrier 
n’en  peut  recueillir  qu’une  douzaine  de  livres  dans  un  an ,  &  fi  ce  n  croit  qu’on 
rechange  contre  d’autres  marchandifes  ^  elle  feroit  encore  beaucoup  plus chcre. 
Les  Hollandois ,  ou  autres,  nous  envoyent  trois  fortes d’Ipecacuanhaj-fçavoir, 
le  brun, qui  eftle  premier  &  le  meilleur;  &  par  confequent  le  plus  cher  ;  le  fe- 
condquieft  le  gris,  eft  moins  violent  que  le  brun;  le  troificme  e/l  le  blanc, 
dont  je  parlcray ,  cy-aprés. 

Les  plantes  de  Tlpccacuanha  ,  tant  du  brun  que  du  gris ,  font  de  moyenne 


des  Drogues^  Livre  Second.  47 

moyenne  hauteur,  en  partie  rampantes, en  partie  éleve'es  à  la  hauteur  dun  de- 
my  pied;  elles  ont  leurs  feüilles  aflez  approchantes  de  celles  de  la  Pariétaire, 
du  milieu  defquelles  naifTent  des  fleurs  blanches  à  cinq  feüilles,  foûtenués  par 
de  petites  têtes,  d’où  forcent  des  bayes  brunes,  qui  dans  leur  maturité  font 
dune  couleur  rouge  brune,  de  la  groffeur  d’une  ccrife  fauvage-,  ces  bayes  con¬ 
tiennent  une  pulpe  blanche  ,  fucculente ,  dans  laquelle  on  trouve  deux  grains 
durs,  &  jaunâtres,  approchans  de  la  figure  d’une  Lentille. 

On  doit  choifir  cette  racine  nouvelle,  bien  nourrie,  foncée,  difficile  à  rom¬ 
pre,  refineufe  dans  fa  fubflance,&  ayant  un  nerf  dans  fon  milieu;  &  prendre 
garde  qu’elle  ne  (bit  mélangée  de  fa  tige  &  de  fes  filamens ,  que  ceux  qui  lenvoycnc 
y  laiflent  quelquefois, &  qu’elle  foit  d’un  gouft  acre,  amer  &  defagreablc.  Quel¬ 
ques  amis  que  j’ay  à  Lifbonne,  en  Hollande  &  âMarfcillc,  m’ont  afiùré  que  le 
meilleur  Ipccacuanha  eft  le  brun,  qui  elt  celuy  principalement  qu’on  trouve 
fur  les  Mines  d’or,  &  que  les  deux  autres  fe  trouvent  au  bas  des  montagnes  dans 
les  prez  &  autres  lieux  humides. 

Lufàge  de  cette  racine  efl;  pour  la  guerifon  des  dyflenteries  ;  quelques  uns 
veulent  que  cette  racine  (bit  Alexiterre,  mais  nonobftant  cela,  je  ne  confeillc 
à  perfonne  de  s’en  fervir  qu’avec  de  grandes  précautions  &  par  lavis  d’habiles 
gens , à  caufe  quelle  agit  avec  beaucoup  de  violence ,  foit  qu’on  la  donne  en 
mfufion ,  ou  en  fubftance. 

La  doze  ordinaire  de  cette  racine  eft  depuis  demi  gros  ,  jufqu’à  un  gros;  on 
la  donne  en  poudre  dans  quelque  liqueur  convenable  ,  le  matin  à  jeun;  &  on 
donne  un  bouillon  gras,  ou  au  lait,  deux  heures  après. 

Cette  racine  fait  vomir ,  avant  que  d’arrefter,  qui  eft  le  contraire  des  autres 
aftringents. 

De  r lÿecacuanha  blanc, 

L’Ipecacuanha  blanc,  différé  des  deux  autres,  en  ce  que  la  racine  eft  blan¬ 
che  &  tout  à  fait  femblablc  au  Bchen  blanc,  ou  à  la  racine  de  Dicftam  blanc  ; 

&  a  fes  feüilles  femblables  à  lOzeille  ronde  :  d’autres  difent  qu’il  eft  fem- 
blable  au  Pouliot;  &  comme  il  m’a  efté  du  tout  impoftible  de  fçavoir  fa  vérita¬ 
ble  figure,  j’ay  mieux  aimé  m’abftenir  de  la  reprefenter,  que  de  dépeindre  ce 
que  je  n’ay  pas  vû. 

Les  Efpagnols  &  les  Portugais  preferent  l’Ipecacuanha  blanc ,  qu’ils  appel¬ 
lent  Ipccacuanha  blanca  aux  deux  precedens  ,  principalement  pour  les  femmes 
groffes,  &  pour  les  petits  enfans,  à  caufe  qu’il  agit  avec  moins  de  violence  ; 
ils  l’ordonnent  en  fubftance  au  poids  de  demi-gros,  &en  infuflon  jufqu’à  deux 
gros,  àc  ils  y  procèdent  de  la  même  maniéré  que  j'ay  marqué  cy-deft'us. 

Au  mois  de  Janvier  1690.  il  futfbûtenuëuneThefe,aîix  Ecolles  de  Médecine  de 
Paris, au  fujet  de  la  racine  du  Brefil,ou  Ipccacuanha-^  dans  laquelle  il  eft  marquée  que 
les  Ameriquains  en  font  beaucoup  d’eftime,  tant  à  caufe  qu’ils  prétendent  que  c  eft  oa^îpcMcuïï 
un  fort  bonantidore,que  parce  quelle  eft  fort  convenable  pour  la  guerifon  déplu- 
fieurs  longues  &  fâcheufes  maladies  ;  fur  tout  les  Dyffenteries  ou  Flux  de  vendre ,  & 
fe  donner  bien  de  garde  d’en  faireufer  à  ceux  qui  ont  un  flux  hépatique. 

QiKlques  uns  veulent  que  ce  foit  M  Helvetius  Médecin  Hollandois,’  qui  aie  mis 
1  Ipccacuanha  en  ufage  en  France ,  depuis  environ  4  ou  ^années ,  mais  je  pourrois  ccr- 
tiffier  le  contraire , parce  qu’il  y  a  plus  de  vingt  années  que  j’en  ay  vu  â  Paris  ;  pour 
preuve ,  c’eft  qu’il  s’en  eft  trouvé  une  affez  bonne  quantitee  dans  la  boutique  de  feu 
le  S' Claquenellc  Maître  Appoticaire ,  qui  tomba  entre  les  mains  du  Poulain  fon 
gendre, auffi  Appoticaire  qui  l’a  remis  en  ufage,  par  ordonnances  du  S'^Helveiius. 


Hiftoire  generale 


foutra- Ycr  va 
blanc. 


48 


CHAPITRE  II. 

Bu  Contra-Yerva. 


Ccmtr’i 


X  E  Contra-Yerva  cft  la  racine  d’une  plante  qui  a  fcs  feuilles  ram-<, 
1  ipantes a  vertes,  nerveufes,  de  la  figure  d'un  coeux,  du  milieu  defquelles 
fort  une  tige  toute  nuë,dc  la  grofleur  du  doigt.  On  nous  l’apporte  de  la  nou¬ 
velle  Efpagne. 

On  doit  choifir  cette  racine  nouvelle,  bien  nourrie,  garnie  de  longs  filamens, 
noüeufe,  pcrantc,d’un  rouge  tanné  au  dehors,  &  d’un  blanc  grisâtre  au  dedans, 
d’un  gourt  fuave  &  aromatique. 

C’eft  un  Alexiterc  fort  puiflanc  pour  refifter  à  plufieurs  fortes  de  venins;  c’eft 
pourquoy  les  Efpagnols  l’on  nomme  Contra-Ycr'va ^  qui  fignifîe  en  leur  langue 
contre  poifon. 

Il  croît  encore  au  Pérou,  une  racine  fort  (cmblable  à  celle  cy-delTus,  qui  eft 
appellée  Drak  ou  Drakena,  du  nom  de  François  Drak ,  qui  en  a  apporte  le  pre¬ 
mier  en  Angleterre. 

Quoyque  cette  racine  foit  un  contre-poifon,  fes  fcüilles  au  contraire  font 
un  poifon  mortel. 

Plufieurs  perfbnnnes  fe  fervent  prefentement  düContra^Ter'va  réduit  en  pou¬ 
dre,  &  mêlé  avec  fbn  double  poids  de  Quinquina, au fli  pulverifé ,  pour  guérir , 
ou  du  moins  fufpcndre  pour  un  temps  les  fievres  d’accez  ;  d’autres  s’en  fervent 
aufli  en  le  mêlant  de  meme  avec  de  l’Ipecacuanha,  pour  laguerifon  du  Flux  de 
ventre, ou  de  la  Dysenterie. 

Nous  vendons  la  racine  d’une  plante  qui  croît  en  quantité, par  route  la  Fran¬ 
ce,  &  meme  dans  nos  jardins,  qui  eft  connue  prcfque  de  tout  le  monde,  fous 
le  nom  d’Afclcpias  ,&  des  hmpliftes,  fous  celuy  d’Hirundinaria.  Cette  racine 
ert  fort  déliée,  blanchâtre, &  alfcz  (emblable  i\ a  efté  appellée  de 


des  Drogues  *  Livre  Second.  4  p 

quelques-un$  Contra.Yer<va  blanc,  parce  qu’ils  pretendrent  qu’elle  aies  mêmes 
proprietez.  On  la  doit  choifir  nouvelle,  bien  nourrie,  d’un  gouft  tant  foie  peu 
piquant  &  aromatique. 

CHAPITRE  III. 

De  la  Vipérine  ,0x1  Serpentaire  Virginienne. 


Il  y  aune  «om- 
pofition  de  plu- 
iieuts  drogues 
dans  laPharma. 
copàc  de  M. 
Charasàla  pa¬ 
ge  1041.  àqui 
on  a  donné  le 
nom  de  Pierre 
de  Contra- ycr- 
va,  à  caufe  que 
la  racine  de 
Contra  Yerva 
en  cft  la  balTc. 


La  VIPERINE,  que  quelques-  uns  ont  nommée  Serpentaire  ou  Serpentine 
de  la  Virginie;  &  d’autres  Diâame,  ou  Pouliot ,  ou  Contt a^Terva  delaVirgi. 
nie,  eft  une  plante  qui  croît  dans  la  Virginie,  l’une  des  parties  del’Amerique 
Septentrionale,  d’où  les  Anglois  là  tirent  &  s’en  fervent  beaucoup  contre  tou, 
ces  fortes  de  venins  j  en  ayant  éprouvé  les  bons  effets  dans  les  lieux  ou  elle  croît, 
&  fur  tout  contre  la  morfure  d*un  certain  Serpent  affez  gros  ,  long  de  cinq 
pieds,  de  couleur  brune  mêlée  de  jaune,  ayant  les  dents  longues  &  pointues, 
portant  certaines  fonnettes  fous  la  queue  ,  rampant  avec  une  extreme  vi- 
ceffe,  &  fort  redoutable  aux  voyageurs,  qui  feroient  beaucoup  plus  fujets  à  en 
eftre  attaquez  &  mordus, fi  le  bruit  des  fonnettes  qu’ils  entendent  de  loin,  ne 
les  obligeoit  à  fe  tenir  fur  leurs  gardes, &  à  fuivre  les  avis  de  ceux  du  pays,  qui 
leur  font  porter  un  long  bâton  fendu  par  un  bout,&  dont  la  fente  eff  remplie 
de  Vipérine  écrafée  &  débordant  hors  de  la  fente  du  bâton  ;  pour  s’en  fervir  à 
avancer  la  pointe  fendue  contre  la  gueulle  du  Serpent  s’il  vient  à  eux  &  l’en 
faire  mourir,  ou  l’obliger  à  s’éloigner  d’eux  j  &  d’autant  que  ceux  du  pays  pren¬ 
nent  ce  Serpent  pour  une  cfpcce  de  Vipere,  &  que  cette  racine  guérit  fes  mor- 
fures,  on  luy  a  donné  le  nom  de  Vipérine,  &  le  furnom  de  Virginienne,  àcau- 
fe  de  fon  lieu  natal.  Les  Efpagnols  ont  donné  à  ce  Serpent,  le  nom  de 
Cafeavel,  à  caufe  des  fonnettes  qu’il  a  fous  la  queue. 

On  peut  dire  que  l’odeur  &  le  gouft  aromatique  de  cette  petite  plante,  l’em¬ 
portent  de  beaucoup  >  fur  ce  qu’on  en  .peut  remarquer  en  toutes  les  autres  qu’on 
met  au  rang  des  aromats. 

/.  Partie.  G 


JO  Hiftoire ‘generale 

Cette  plante  eft  non  feulement  connoiflablc  en  cela  ,  mais  en  ce  quelle  cft 
•compofée  d'un  nombre  prefque  innombrable  de  filamens  fort  déliez, qui  font 
attachez  à  un  nerf,&  avec  lequel  ils  reprefententune  barbe  afe  grande.  Ou¬ 
tre  les  vertus fingulicres  de  cette  plante,  contre  les  morfüres de  Viperes&  de  tou¬ 
tes  autres  fortes  de  Serpents,  elle  eft  aufli  très  propre  contre  toutes  fortes  de 
poifons,  &  même  contre  les  maladies  Epidémiques,  &  l’on  en  doit  cftrefort  per- 
luadc,puis  que  Monfieur  d’Aquin, premier  Médecin  de  Sa  Majefté,!  a  choific  com¬ 
me  un  des  principaux  inerediens  de  fa  Thériaque  reformée  ,  décrite  dans  la 
pharmacopée  Royale,  Galenique  &  Chymique  de  M.  Charas  ,  d«ntl  inven¬ 
teur  de  la  Theriaque,  ny  aucun  Auteur  moderne  ,  ne  s’eftoient 'encore  avifez. 
On  peut  donner  cette  plante  depuis  le  poids  d’un  fcrupulc,  jufqua  une  drag- 
me,  la  reduilànten  poudre,  &  la  délayant  &  donnant  dans  du  vin,  ou  dans  quel¬ 
que  eau  cordiale  ,  loin  de  toute  nourriture. 

A  l’égard  de  fon  choix  ,  elle  doit  eftre  nouvelle  ,  fa  racine  grofle  &  bien 
nourrie,  d’odeur  forte ,  tout  à  fait  femblablc  a  lafpic,ou  lavande  male  ^  foie 
que  Ion  la  porte  au  nez,  ou  qu’on  en  mette  tant  foit  peu  dans  la  bouche.  Ccl* 
le  dont  les  fcüilles  font  vertes  &  bien  nettoyees ,  doit  eftre  la  plus  cftimée  ,  en 
ce  que  comme  cette  plante  eft  petite  en  toutes  fes  parties,  il  y  en  a  ou  il  fc 
trouve  la  moitié  de  perte  par  les  corps  étrangers  qui  s'y  rincontrent;  foit  que 
ceux  qui  la  cueille,  ne  l’épluchent  pas,  ou  que  Ton  les  y  mette  exprès  àcaufe 
•de  fa  cherté. 


CHAPITRE  IV. 

Des  Ruharbes, 


La  Rubarbe  du  Levant  cft  la  racine  d’une  plante  de  laquelle  jenay  pu  fça- 
voir  pofitivement  le  vray  lieu  nataj  non  plus  que  la  figure  de  fa  plante. 


des  Drogues,  Livre  Second.  51 

C’cft  pourquoy  j  ay  efté  oblige  de  prendre  l’Eftampc  qui  eft  reprefentee  dans 
Dodon,ne  m’ayant  pas  efte  poflible  de  fçavoir  aucrcmcnc  la  véritable  figu¬ 
res  de  fes  fcüilles  &  la  maniéré  donc  elles  (ont  dilpolees  eftant  fur  pied. 

Pour  fes  fleurs  ,  j’en  ay  une  afTez  bonne  quantité  donc  un  de  mes  amis  ma 
fait  prefenc, 

Dalefchamps,  en  la  page  538.  du  fécond  Tome  de  fon  Hiftoirc  des  Plantes, 
fait  un  grand  difeours  fur  la  Rubarbe,  &  fur  le  lieu  d’où  l’on  nous  l’apporte  j 
mais  luy  &c  les  autres  Auteurs,  en  ont  parlé  fi  diverfemenc ,  que  j’ay  jugé  à  pro¬ 
pos  de  dire  feulement  ce  que  j'en  ay  apris  depuis  peu  ,  fans  m’arrêter  à  ce  que 
les  autres  en  ont  dit.  Voicy  ce  que  l’on  m’en  a  écrit  de  Marfcille  le  25.  Juillet 
1691. 

,,  La  Rubarbe  vient  de  Perfe^  quelques-uns  difent  qu’elle  y  croît,  d’autres 
,,  veulent  qu’elle  vienne  des  confins  de  la  Mofeovie ,  mais  la  plus  commune  opi- 
„  nion  eft  qu’elle  naît  en  Perfc;  cela  a  affez  de  rapport  à  ce  qu’en  a  écrit  M. 

J,  Tavernier,  qui  affure  dans  fon  Livre  de  voyages, que  la  meilleure  Rubarbe 
„  croît  &  vient  du  Royaume  de  Boutan. 

Cette  racine  nouvellement  tirée  de  terre,  eft  greffe,  fibreufe  ,  noirâtre  par- 
deffus  &  d  un  rouge  marbré  au  dedans  ^  elle  pouffe  des  feiiillcs  larges  &  cot-' 
tonnées,  d’où  naiffenc  de  petites  fleurs  incarnates  en  forme  d’étoiles , après  lef 
quelles  vient  la  femence. 

On  choifira  la  Rubarbe  nouvelle,  &  autant  qu’on  le  pourra  en  petites  piè¬ 
ces  unies,  raifonnablemcnt  foliJes  &  pefantes,  d'un  gouft  aftringent  &  un  peu 
amer  ,  d’une  odeur  affez  agréable  &  un  peu  aromatique  ,  ôc  d’une  couleur  jau¬ 
ne  affez  belle  en  dehors  ,&  de  couleur  de  noix  mufeade  au  dedans  ,  laquelle 
eftant  trempée  dans  de  l’eau  luy  donne  une  teinture  approchante  de  celle  du 
fàfran;  ôc  cftanc.cafice  ,que  la  couleur  du  dedans  en  foie  vive  ôc  vermeille  j  ce 
que  le  vendeur  ne  permet  guere  volontiers,  parce  qu’il  y  peut  eftre  trompé  de 
même  que  l’acheteur  j  c’eft  pour  cela  qu’il  faut  fe  contenter  des  marques  cy- 
deffus,  ou  la  rompre  par  quelque  endroit  defeâ;ueux,fans  neanmoins  l’endom¬ 
mager,  comme  on  le  peut  faire  aifement  avec  la  pointe  d’un  couteau  ou  avec 
une  aiguille  à  emballer-,  il  faut  auffi  prendre  garde  que  ce  ne  foie  de  vieille  Ru¬ 
barbe  racommodée  avec  des  poudres  qu’il  n’cft  pas  befoinde  nommer,  ce  qui 
fc  pourra  voir  facilement  en  la  maniant ,  par  la  poudre  jaune  qui  s’attachera 
aux  doigts. 

On  attribué  de  grandes  proprietez  à  la  Rubarbe,  fur  tout  de  fortifier  l'efto- 
mach,  de  purger  doucement  la  bille ,  principalement  lors  qu’elle  eft  aidée  de 
quelque  purgatif.  On  l’eftime  aufli  fort  convenable  pour  arrefter  lesDyfl'entc- 
rics,  eftant  mâchée  ou  groflierement  pillée,  prife  dans  quelque  liqueur  con¬ 
venable.  On  s’en  fert  aufli  pour  tuer  les  vers  des  petits  enfans;  enfin  c’eft  un 
remede  doux  Ôc  bénin,  duquel  on  fepeuc  fervir  en  toutes  fortes  d’âges  ôc  pour 
toutes  fortes  de  perfonnes,  foit  femmes  greffes  ou  petits  enfans  ;  fes  bonnes 
qualitez  font  caufe  que  les  Médecins  l’ordonnent  fi  frequemmenr,  connoiffant 
qu’ils  ne  courent  aucun  rifquc,  5c  eftans  fort  perfuadez  que  c’eft  un  excellent 
remede  ,  ils  en  ont  fait  un  des  pilliers  de  la  mcdecine.  Je  diray  en  paffant  que 
l’endroit  par  ou  l’on  a  enfilé  la  Rubarbe,  pour  meprifé  qu’il  fbit,  eftant  donné  en 
poudre  au  poids  d’un  gros,  dans  un  verre  d’eau -roze  ou  de  plantain,  le  matin  à 
jeun,  eft  un  remede  affuré^pour  arrefter  les  cours  de  ventre. 


l.  Partie, 


Gij 


P  Hiftotre  generale 

De  l' Extrait  de  Rubarhe. 

L’On  peut  tirer  de  laRubarbCjpar  le  moyen  de  l’eau  commune,  une  tein¬ 
ture  jaune  ,  quieftant  évaporée  doucement  fur  le  feu  &  réduite  en  confif- 
tancc  de  miel ,  eft  ce  que  les  Appocicaires  appellent  Extraie  j  bc  pour  qu’il 
foir  de  la  qualité  requife ,  il  doit  eftre  fidèlement  fait  &avec  de  bonne  Rubar- 
be  &  bien  cuir,  ce  qui  fe  connoîtra  facilement  en  approchant  le  doigt  defliis: 
car  lors  qu’il  ell  bien  travaillé, il  ne  doit  ellre  aucunement  adhérant  aux  doigts 
&  eftant  délayé  dans  de  l’eau  il  doit  faire  une  belle  teinture  jaune  &  nepasfentir 
le  brûlé. 

On  attribue  de  grandes  proprietez  à  l’Extrait  de  Rubarbe  dont  plufieurs 
Auteurs  font  mention ,  principalement  pour  purger  doucement  &  pour 
fortifier  l’eftomac. 

Sel  five  de  Ceux  qui  feroient  une  grande  quantité  d’Extrait  de  Rubarbe,  du  marc  cllanc 
nkibe.  pourroient  faire  un  Sel  jîxe ,  à  qui  l’on  attribue  de  grandes  proprietez. 

Rubarbe  de  ï  Amérique. 

DEpuis  quelques  années  nous  voyons  quantité  déplantés  de  Rubarbe  dans 
nos  jardins, que  M.de  T oify  Viceroy  des  Ifles,fit  apporter  des  Indes  Occiden¬ 
tales  en  France.  Il  y  a  même  des  endroits  ou  cette  Rubarbe  vient  fi  groffe  bc 
fi  approchante  de  la  vraye  Rubarbe  de  Perfe,  que  l’on  auroit  afiez  de  peine  d’en 
faire  la  diffcrenccijc  puis  aulTi  aCTurcr  d’avoir  tiré  moy-même  de  terre, au  bouc 
du  Pont  du  Rhône  à  Lyon  le  long  de  la  Riviere,  plufieurs  racines  de  cette  Ru¬ 
barbe,  laquelle  ayant  cfté  ratifiée  &  fechée,  ne  differoit  prcfque  en  rien  de  la 
véritable  Rubarbe. 

Plufieurs  perfonnes  prennent  cette  Rubarbe  pour  le  Rhapontic,  à  caufe  de 
leur  grande  conformité.  Entr’autres  Profper  Alpin,  qui  a  efté  celuy  qui  la  ap¬ 
portée  des  Indes  àPadouë,quoy  qu’il  y  ait  beaucoup  de  différence;  fur  tout  en 
ce  que  la  Rubarbe  efi  ordinairement  en  morceaux  ,  prefque  ronds,  &  quelle 
a  fes  lignes  internes  de  travers;  &  qu’au  contraire  le  Rhapontic  eft  en  morceaux 
longs,  &  qu’il  a  fes  lignes  en  rayes  rougeâtres  &  en  long^ôc  comme  cette  diffé¬ 
rence  n’efi  connue  que  de  peu  de  perfonnes, ceux  qui  nousenvoyent  la  Rubar¬ 
be  y  mettent  affez  fouvent  du  Rhapontic.  C’cfl  le  fujet  pour  lequel  le  vray  Rha- 
poniic,  c’ell  à  dire, celuy  du  Levant,  efi:  fi  rare.  Et  delà  maniéré  que  je  viens 
de  dire  ,  ceux  qui  auront  befbin  de  Rhapontic,  en  trouveront  parmi  la  Rubar¬ 
be,  car  nous  ne  recevons  point  de  Rubarbe,  ou  il  n’y  ait  des  morceaux  de 
Rhapontic  mêlez.  Mais  outres  les  marques  cy-deffus exprimées,  pour  mieux 
connoître  la  différence  du  Rhapontic  d’avec  la  Rubarbe  ,  le  plus  fur  efi:  de  les 
goûter,  car  la  vraye  Rubarbe  ne  donne  aucune  vifeofité  dans  la  bouche,  au  lieu 
que  le  Rhapontic  ne  manque  pas  d’en  donner. 

Rubarhe  des  Moines  ^  ou  Rhapontic 
de  Montame, 

O 

La  rareté  du  Rhapontic  du  Levanr,a  donné  lieu  à  quelques  broüillonsdeluy 
fubfiituer  &  donner,  à  ceux  qui  n’en  ont  aucune  connoifiànce,  les  racines  de 
l’Hypolapathum  à  feuilles  rondes  de  l’obel,  que  plufieurs  cultivent  dans  leurs 
jardins-,  ou  une  autre  cfpccc  d’Hypolapathum,  qui  a  fes  feüilles  grandes, mais 


des  Drogues,  Livre  Second.  J3 

moins  rondes  ,&  qu  on  trouve  en  certaines  montagnes  j  quoy  que  la  différence 
en  foit  grande,  vu  que  le  Rhapontic  du  Levant  elt  jaune  au  dehors  &  rouge⬠
tre  marbre  au  dedans,  ôc  que  cet  Hypolapathumeft  noir  &  chagriné  pardefllis  & 
jaune  par  dedans,  fans  aucune  marbrure-,  c’eftpourquoy  lors  quils  rencontrent 
desperfonnes  entendues,  ne  pouvant  faire  pafTer  ces  racines  pour  vraye  Rha¬ 
pontic  du  Levant ,  ils  les  qualifient  Rhapontic  de  Montagne  ou  Rubarbe  des 
Moines. 


Le  Jalap  eft  la  racine  d’une  plante  de  quatre  à  cinq  pieds  de  haut ,  & 
qui  a  Tes  feuilles  aflez  approchantes  de  celles  du  grand  l’hyerre  ,  excepté 
qu  elles  ne  font  pas  fi  épaifles  -,  fuivant  ce  que  m’en  a  écrit  le  fieur  RoufTeau  , 
éc  fuivant  ce  que  m’en  a  dit  le  R.  P.  Plumier,  le  Jalap  que  nous  vendons  cfi:  la 
racine  de  cette  plante  qui  nous  eft  apportée  de  la  nouvelle  Efpagne  il  n’y  a  pas 
Ipng-temps,  à  qui  M.  de  Tornefort  a  donné  le  nom  de  SoUnum  Mexicanum , 
magno  Jîore,  femine  rugofo  ,  Jala^  exiflimatum  ,  qui  fignifie  Morelle  du  Mexic^ue  à 
grandes  fleurs ,  dont  la  graine  eft  ridée,  que  l’on  croît  cftre  une  elpecc  de  la-^ 
lap. 

Le  R.  P.  Plumier  veut  que  cette  Morelle  foit  une  belle  de  nuit,  en  ce  qu’elle 
eft  tout  à  fait  femblable  à  nos  belles  de  nuit,  que  nous  appelions  en  latin,  mi. 
rahilïs  ^eruuiana.  Cftte  plante  eft  fort  commune  dans  nos  jardins  ,  àcaufe  quelle 
ne  fleurit  que  la  nuit,  d’où  luy  eft  venu  le  nom  de  belle  de  nuit. 

Quelques-uns  auront  peut-eftre  peine  à  croire  que  le  Jalap  foit  les  tronçons 

G  iij 


Bcllcdenule, 


BîTcuits 

nii. 


54  Hiftoire  generale 

de  la  racine  de  cette  plante ,  mais  comme  le  R.  P.  Plumier  a  efté  fur  les  lieux, 
&  quW  de  mes  amis  m’a  donné  de  cette  racine  crue  en  France  dans  une  bon¬ 
ne  terre,  &  que  j’ay  vu  quelle  ne  différé  du  Jalap  qu'en  ce  qu  elle  cft  plus  le- 
gere^  plus  blanchâtre  &  qu’elle  ell  plus  figurée,  &  que  fes  différences  ne  provien¬ 
nent,  fans  doute,  que  des  differens  efimats ,  ainfi  je  laiffe  cet  article  à  déci¬ 
der,  n’ayant  pu  en  Içavoir  davantage,  pour  dire  que  l’on  doit  choifir  le  Jalap, 
en  greffes  rouelles ,  difficile  âcaffer  avecks  mains,  mais  tendre  fous  le  marteau, 
d’un  gris  noirâtre  au  defius  &  d’un  noir  iuilànc  au  dedans, refineux,  d’un  goufl 
acre  &  affez  deTagrcable,  j5renanc  gardé  qu’il  ne  (bit  pas  mélangé  de  Brionne 
ou  d’autres  racines  fcmblables,  à  quoy  il  elt  fort  iujec. 

On  nous  apporte  le  Jalap  que  nous  vendons  en  France  des  Indes  Occiden¬ 
tales,  mais  la  plus  grande  quantité  vient  de  l’ifle  de  Madcre ,  ou  il  croît  fore 
communément,  &  lans  culture. 

On  cfiime  le  Jalap  propre  pour  purger  les  ccroficcz  ,  mais  il  faut  en  con- 
tioîcre  la  portée,  parce  qu’il  opéré  vigoureufement,  (ur  tout  fi  on  le  donne  en 
fiibrtance,  &  fi  on  ne  modéré  la  doze,  laquelle  on  doit  proportionner  à  laconlli- 
tution ,  à  l’âge  &  aux  forces  des  perfonnes  j  a’eft  le  fiijcc  pour  lequel  on  n’en  doit 
ufer  qu’avec  de  grandes  précautions. 

La  doze  ordinaire  cft  depuis  un  ffirupulc  jufqua  une  dragme,  dans  du  vin 
blanc  ou  autre  liqueur  convenable. 

On  fera  averti  de  ne  point  achepter  dujalap  enpoudrc,fi  cen’eftde  Marchands 
donc  la  probité  foie  connue,  &  à  qui  l’on  puiffe  fc  fier,  en  ce  qu’il  y  en  a  qui 
ne  mettent  en  poudre  que  du  Jalap  chargé  de  Bryonne  ou  autres  racines ,  ou 
de  celuy  qui  eft  carie'  &  vermoulu  j  on  doit  eftre  foigneux  auffi  qu’il  aiteftépaf- 
fé  par  un  tamis  de  foye,  en  ce  que  plus  il  cil  fin ,  plus  il  a  de  qualité,  &  eft  moins 
malfaifanr. 

'  C’eft  avec  cette  poudre  qu’un  Paticier  de  Paris  fait  ces  Bifeuits  purgatifs,'' 
dont  l’on  fait  une  felle  à  cous  Chevaux  j  &  il  en  fait  un  débit  affez  confidc- 
rable,  foie  par  les  bons  effets  que  l’on  y  a  pu  remarquer ,  ou  par  le  bon  mar¬ 
ché  qu’il  en  fait  j  ce  que  je  n’ay  pas  jugé  a  propos  de  décider,  eftant  plutôt  l'af- 
fairc  des  Médecins  &  des  Appoticaires  que  la  mienne. 

De  la  Refine  ou  Magijlere  de  lalap. 

ON  tire  du  Jalap,  par  le  moyen  de  rcfprit  de  vin  &  de  l’cûu  commune  , 
une  Refine  liquide, blanche  &  gluante  ,  affez  approchante  de  la  Thcrc- 
beiuine;  &  qui  apre's  avoir  eftéfechéc  à  l’ombre,  approche  de  la  Refine  ordinaire; 
elle  doit  eftre  de  l’odeur  de  la  Refine  de  feamonée;  principalement  lors  qu’elle 
a  efté  bien  travaillée,  car  fi  par  une  mal  façon  ,il  y  a  de  l’extrait  de  Jalap  mê¬ 
lé  avec,  ou  qu’elle  ait  efté  fechee  fur  le  feu  ,  clic  fera  d’une  couleur  brune  , 
tout  à. fait  femblablc  à  celle  de  l’Arcanfon,  vulgairement  appellé  Colopbone. 
La  belle  Refinc  du  Jalap,  outre  la  couleur  &  l’odeur  cy-deffus,  doit  eftre  lé¬ 
ché,  tranfparantc ,  tendre  &  friable, &  eftant  écrafée entre  les  doigts ,  elle  doit 
eftre  une  cendre  ou  poudre  grife. 

Cette  Refine  eft  plus  cftimée  que  le  Jalap,  tant  à  caufe  qu’elle  a  beaucoup 
plus  d’effet,  que  parce  quelle  eft  bien  plus  facile  à  prendre. 

La  doze  ordinaire  de  cette  Refinc  eft  de  cinq  à  fix  grains, prife  dans  un  jau¬ 
ne  d’oeuf.  Quoy  que  cette  Refine  foit  doüéc  de  très  bonne  qualitcz  ,  on  ne 
doit  s’en  fervir  que  par  l’avis  d’habiles  Médecins. 

Apres  avoir  fait  la  Refîne  dejalap  en  avoir  tiré  l'efpricde  vin  ,  &  fait  évaporer 


des  Drogues  J  Livre  Second. 

rhumiditc,  on  retirera  un  Extrait  d’une  couleur  brune,  d’une  confiftancc  de  ExcMitdciaiap 
miel  ,  qui  a  à  peu  près  les  mêmes  qualitez  que  la  Refine ,  excepté  qu’elle 
n’agit  pas  avec  tant  de  force. 


Du  Mechoacam. 


Le  Mechoacam  ainfi  appellée  Kubarbe  blanche  ^  Scamome  ou  Brjonne  de 
l'Jmerique,  eft  une  racine  Icgere  &  blanche,  tant  de  hors  que  dedans  , 
que  Ion  nous  apporte  coupée  en  roüelles,  de  la  Province  de  Mechoacam  dans 
la  nouvelle  Efpagnc,  d’où  cette  racine  a  tiré  fon  nom. 

L’IflcdeS.Dominguc  ,felon  le  témoignage  du  S' F.  Roufieau,  eft  fi  abondante 
en  Mechoacam,  que  l’on  en  pourroit  charger  un  vaifteau  en  très  peu  de  temps. 

Cette  racine  eftantdans  terre,  poufle  des  tiges,  d’où  forcent  des  fcüilles  minces, 
faites  en  cœur,  d’un  verd  blanchâtre,  après  lefquellcs  naifTcnt  de  petites  bayes 
Vertes  au  commencement  &  qui  rougiftenc  à  mefure  qu’elle  meuriftenr.  La 
plante  du  Mechoacameft  rampante,  &  ne  diftere  de  laBryonne,  eftanr  fur  pitd, 
qu’en  la  figure  de  fes  feuilles, &  par  le  gouftj  &  la  racine  eftant  coupée  &  fe- 
che  ne  diffère  aufli  de  celle  de  la  Bryonne,  qu’en  ce  que  Je  Mechoacam  eft 
d’un  gouft  &  d’une  odeur  prefque  infipide,  &  la  Bryonne  eft  d’une  amertume 
infuportable. 

On  doit  choifir  k  Mechoacam  en  belles  rouelles ,  blanches  defTus  &:  dedans , 
fcc  &  pefanc,  d’un  gouft  prefque  infipide,  ainfi  que  je  l’ay  marqué  cy-deftus; 
&  rejetter  celuy  qui  eft  falle,  maigre,  mince  &  aride  ;&  prendre  garde  qu’il  n’y 
ait  de  la  Bryonne  mêlée  avec;  ce  qui  ne  fe  rencontre  que  trop  rouvcnc,lors  que 
le  Mechoacam  eft  cher,  ainfi  qu’il  eftoit  en  lôytî.  ce  qui  fera  facile  à  connoî- 
tre,  en  ce  que  le  Mechoacam  à  les  lignes  plus  ferrez,  &  eft  d’un  gouft  doux,  & 
la  Bryonne  eft  extrêmement  pierreufe  &  d’un  gouft  fort  amer. 


50  Hiftoire  generale 

Le  Mechoacam  réduit  en  poudre  &  pris  en  double  dozc  du  Jalap,cfl:  le  plus 
excellent  remede  pour  purger  les  cerofitez  ,  qui  ait  paru  jufqu  a  prefent-,  mais 
comme  ces  ciFcrs  ne  (ont  pas  extrêmement  prompts,  &  qu’il  n’agit  pas  avec 
une  aufTi  grande  violence  que  le  Jalap  j  la  mode  d’en  ufer  en  eft  prefqiie  paf- 
lée,  quoyque  alTez  mal  à  propos,  ce  qui  ne  vient  que  de  la  faute  des  mala¬ 
des,  en  ce  qu’ils  croyent  n’eftre  pas  bien  purgez  ,fî  un  remede  n’opere  prom- 
tement  &  avec  violence  j  neanmoins  quoyque  ce  foit  un  remede  très  doux  ,  il 
doit  ellre  préféré  au  Jalap, en  ce  qu’il  y  a  moins  de  rifque,  &  que  l’on  le  peut 
donner  à  toutes  fortes  de  perfonnes,  foit  jeunes  ou  vieux;  il  fe  prend  dans  du 
vin  ou  autre  liqueur,  le  matin  à  jeun  comme  le  precedent. 


Lait ,  OU  F e  eu  le  de  Mechoacam. 

S"*  I  nous  pouvmnsavoir  du  Mechoacam  recent,  on  en  pourroit  tirer  une  fe- 
Jciile  ,  qui  (efoit,ce  que  quelques  -  uns  appellent  lait  de  Mechoacam:  mais 
comme  il  eil  prefque  impoflible  d’en  pouvoir  faire,  faute  d’avoir  de  ces  raci¬ 
nes  recentes,  &  que  c’eft  un  remede  affez  inutile  j  c’ell  le  fujet  pour  lequel  on 
ne  s’en  doit  pas  mettre  en  peine. 


De  la  Bryonne ,  ou  Viyne  hlanclK. 


Naveaa  fau- 
vage. 


La  Bryonne  ,  à  qui  l’on  a  donné  le  nom  de  Coulevrée,  ou  de  Vigne- 
blanche,  eft  une  plante  fi  connue,  qu’il  eft  inutile  d’en  parler  j  &  déplus 
c’eft  que  tout  ce  qu’il  y  a  d’Auteurs  en  font  mention, &  il  y  a  très  peu  de  jar¬ 
dins  &  de  hayes  à  la  compagne  qui  n’en  foient  remplies.  La  racine  de  cette 
plante ,  lors  qu’elle  eft  nouvelle  eft  fi  violente  ,  que  les  Payfans  luy  ont  donné 
le  nom  deNaveau  enragé,  en  ce  que  dés  aufli-tôt  que  l’on  en  a  mangé,  on  de¬ 
vient  infenfé,  comme  fi  l’on  eftoit  enragé,  &  quelquefois  en  rifque  d’en  mou¬ 
rir.  Mais  eftant  feche,  elle  eft  de  quelque  ufage  dans  la  Médecine,  en  ce  qu’il 
y  a  quelques  compofitions,  là  ou  elle  entre. 

Le  fieur  Mathurin  Sebille  le  plus  fameux  Herborifte  que  nous  ayons  eu  à  Paris 
depuis  plufieurs  fiecles,  m’a  aflliré  que  le  véritable  Naveau  fauvage  eftoit  la 
Bryonne,  &  que  la  graine  qui  fe  trouve  dans  ces  petites  bayes  féches,  eftoit  la 
feute  qui  dévoie  entrer  dans  la  compofition  de  la  Theriaque.  Quelques  •  uns 
veulent  que  la  Bryonne  foit  un  très  bon  remede  pour  guérir  les  morlures  des 
Serpens ,  &  que  c’eft  de  la  que  luy  eft  venu  le  nom  de  Coulevrée,  de  même 
qu’elle  porte celuy  de  Vigne  blanche,  ou  noire  j  àcaufe  que  fes  feuilles  font  fcm. 
blables  à  celles  de  la  Vigne. 


Fecule  de  Bryonne. 

ON  peut  tirer  de  la  Bryonne  une  fecule,  qui  eftant  feche  eft  femblable  à 
l’Amidon;  mais  depuis  que  l’on  a  reconnu  qucc’eftoitun  remede  prefquc 
inutile,  c’eft  le  fujet  pour  lequel  l’on  n’en  tire  que  très  peu. 

De  la  Bryonne,  ouV igné  noire. 

IL  y  a  encore  une  autre  cfpccc  de  Bryonne,  ou  Coulevrée,  ou  Vigne  noire  , 
à  qui  quelques-uns  ont  donné  le  nom  deSceaude  Nôtre- Dame^mais  comme 
nous  ne  vendons  point  de  ces  deux  fortes  de  racines,  &  que  les  Auteurs  entrai. 

tent 


des  Drogues^  Livre  Second.  57 

tcnt;  c  cft  le  fùjet  pour  lequel  je  n’en  ay  pas  fait  graver  les  figures,  &  que  je 
n'cn  ay  pas  fait  un  plus  lorîg  difcours. 

Je  diray  que  la  racine  de  la  Bryonne  noire  recentc  appliquée  fur  lescontufîons 
empêche  lefang  de  fe  meurtrir  afin  qu’il  n’y  paroifle  pas,  &  c’eft  ce  qui  luy 
a  fait  donner  le  nom  de  racine  contre  les  meurcriflures.  Racine  contra 

les  mcuttiilTu-* 

■ — _ _ _ _ _ _ 

CHAPITRE  VII. 


Du  Turbith. 


Le  Turbith,  que  les  latins  zp^eWentTurpethum  la  racine  d'une  plan- 
te  rampante  le  long  des  autres  arbres,  qui  a  les  feuilles  &  (es  fleurs  aflez 
approchantes  de  celles  de  la  Guymauve,  ainfi  que  le  rapportent  plufieurs  Au¬ 
teurs,  entr’autres  Garcie  du  Jardin, qui  marque  dans  (on  Livre,  à  la  page  231. 
de  Ton  fécond  Volume, ce  qui  fljit  ; 

„  Le  Turbith  eft  une  plante  qtii  a  (à  racine  d'une  moyenne  groflfeur  &  lon- 
,*  gueur ,  ayant  le  pied  épars  fur  la  terre  ,  comme  le  lierre:  elle  produit  des 
„  feiiilles  &  des  fleurs  femblablesà  la  Guymauve  -,  la  meilleure  partie  de  la  plan- 
„  te,  eft  ce  qu’il  appelle  le  pied ,  &  dit  que  toute  cette  plante  n’a  aucun  gouft 
J,  lors  qu’elle  eft  recentc  j  &  qu’elle  fe  trouve  aux  environs  de  la  Mer, tant  en 
,,  Cambajette,  Suratte,  qu’en  d’autres  contrées  des  grandes  Indes.  Il  dit  en- 
»>  qu'il  s’en  trouve  à  Goa  ,  mais  que  les  Médecins  du  Pays  n’en  font  point 
„  détatj  &  ne  pouvant  tout  à  fait  m’arrêter  à  ce  qu’en  a  écrit  Garcie  du  Jardin, 
>»j^y  j^gc  à  propos  de  mettre  icy  ce  que  M.  Paul  Hcrmance  Dodeur  en 
3,  Médecine  &  Demonftrateur  au  jardin  des  Plantes  de  l  cyde  ,  rapporte  dans 
J,  fon  Livre  a  la  page78.ou  il  dit  qu  il  a  vii  en  plufieurs  endroits  des  Grandes  Indes , 

5,  principalement  dans  Tlfle  de  Zeilan  ,  du  véritable  Turbith.  Cette  Plante 
»,  cft  rampante  &  s’entrclafle  fort  facilement  d’elle  même,  ou  autour  des  autres 
„  arbres  qui  luy  (ont  voifinsi cette  racine  eftant  dans  terre, pouflfe  desSarmens 

/.  Partie.  H  \ 


58  Hiftoire  generale 

longs  de  cinq  à  {ix  pieds,  du  milieu  des  tiges  fortent  des  feuilles  qui  y 
J,  (ont  attachées  par  une  queuë  de  moyenne  grandeur-,  ces  feüilks  font  afîez 

ftmblables  à  celles  de  la  Guy  mauve,  à  la  relcrve  quelles,  font  tant  foit  peu 
,,  plus  blanches,  vtloutécs&épineufes, ou  plutôt  garnies  de  petites  pointes  après 
„  lefquelles  naifTent  des  fleurs  incarnattes,femblables  à  celles  du  Liferon;  c’eft 
„  le  Injet  pour  lequel  M.  Paul  Hermance  luy  a  donné  le  nom  de  Convohu- 
„  Im  Indiens  alUtus  maximns  folio  ihifco  nonnihil [mile  Tttrbith  offtemarum,  qui  figni- 
„  fie  Liferon  des  Indes  ^  d  grandes  feUilles  qui  approche  en  quelque  façon  de  la  Gujmau- 
„  nje  eÿ*  que  l'on  appelle  Turbith  dans  les  Boutiques i  lots  que  la  fleur  efl:  tombée 
„  il  refte  des  goufles,  dans  chacune  defquelles  il  y  a  quatre  femences  noirâtres 
,,  à  demi  rondes  ,  de  la  grofleur  du  poivre. 

Le  fleur  Hermance  dit  de  plus  que  la  plante  du  Turbith  aime  les  lieux  hu¬ 
mides  &  voiflns  de  la  mer  j  &  on  peut  s’affurer  fur  ce  qu’en  rapporte  cet  Auteur 
tant  parce  qu’il  a  efté  luy- même  fur  les  lieux,  que  parce  que  ckfl:  un  homme 
de  probité  &  digne  de  foy. 

On  doit  choifir  le  Turbith  bien  mondé,  c’efl:  à  dire  fendu  en  deux  &  que  le 
cœur  en  foit  ôté, difficile  à  rompre,  gris  au  dehors  &  grisâtre  en  dedans, pe- 
fant,  non  carié,  reflneux  aufli  bien  dans  le  milieu  que  par  les  bonis, &  rejetter 
celuy  qui  efl  blanc.,  léger,  facile  à  rompre  &  à  le  vermoudre, aufli  bien  que  ce« 
luy  qui  n’efl:  reflneux  que  par  les  extremitez,  cela  ne  provenant  que  de  ce  que 
les  Indiens  le  tordent  aufli- tôt  qu’il  efl:  tiré  de  terre  ,  pour  faire  aller  Ton  fuc 
à  fes  extremitez,  &  qui  venant  enfuite  à.fe  Iccher,  paroît  reflneux j  ou  cela 
provient  d’avoir  efle  trempé  dans  quelques  gommes  ou  reflnes  fondues. 
Qiielques-uns  préfèrent  les  moyens  morceaux  de  Turbith  au  gros,  ce  que  je 
ne  défaprouve  pas. 

Plufieurs  fuppofent  &  employenc  la  Thapfla  pour  le  Turbitli,  ce  qui  le 
-connoîtra  facilement,  comme  il  fe  vera  cy- après. 

On  eflime  le  Turbith  propre  pour  purger  les  feroflrez,&  fon  plus  grand  ufàgè 
efl  pour  les  Appoticaires,  parce  qu’il  entre  dans  beaucoup  de  compofltions 
galéniques. 

On  prétend  que  le  nom  de  Turbith  vient  du  mot  latin  Turbare^  en  ce  qui 
purge  en  troublant  les  humeurs,  de  même  que  le  Jalap. 

Rejîne  ou  Extrait  de  Turbith, 

O  N  peut  tirer  du  Turbith  une  Reflue  &jLjn  Extrait  ,  de  la  même  manière 
que  l’on  fait  du  Jalap, mais  le  peu  qu^l’on  en  retire,  fait  que  je  ne  con- 
Teillc  àperfonne  de  s’y  amuler. 

De  la  Thapfie  blanche. 

La  Thapsie  ou  Thapsia  Blanche  ou  Turbith  gris,  efl  la  racine  d’une 
planted  écrite  dans  tous  les  Auteurs,  qui  a  fes  fcüilles  comme  le  Fenoüil; 
apres  lefquelles  naiflent  des  ombelles  femblables  à  celles  de  l’Ancth ,  fes  fleurs 
font  jaunes  &  fa  graine  large,  approchantes  de  celles  de  la  Ferulc. 

Cette  plante  cft  fort  peu  en  ufage,  à  caufe  de  fa  grande  violence  ,  &  le  fuc 
ou  lait  qui  en  fort  efl  fl  acre,  que  la  feule  vapeur  fait  enlever  le  vifâge  ;  la  raci¬ 
ne  de  cette  plante  efl  aufli  très  peu  ufitée  en  mcdecine,  fl  ce  n’cft  par  quelques 
Appoticaires  qui  en  employent  (quoy  que  mal  à  propos)  pour  le  véritable  Tur- 
bich  loit  faute  deconnoiflance,ouà  caufe  qu|  cette  racine  de  Thapfie  efl  à  beau^ 


/ 


des  Drogues  J  Livre  Second;  59 

coup  meilleur  marché,  la  difFcence  qu’il  y  a  entre  cette  racine  &  celle  duTurbith 
cft  neanmoins  fort  confiderable,en  ce  que  leTurbith  elt  d'un  gris  rougeâtre  au 
deiTus,  d’un  blanc  grisâtre  au  dedans,  aflez  pefant  &  difficile  à  rompre  j  qui  eft 
le  contraire  de  la  Thapfie  qui  eftlegere,  froncie,  d’un  gris  argenté  au  deffus  , 

&  d’un  gouft  fi  acre  &  fi  chaud  quelle  enlcve  la  bouche, fur  tout  lors  quelle 
eil:  nouvelle.  • 

Il  y  a  encore  une  autre  forte  de  Thapfie,  à  qui  l’on  a  donné  le  nom  de  Tapfic»oir; 
Thapfie  noire ^  laquelle  n’cflant  d’aucun  ufàge  dans  la  'médecine  ,  c’eft  le  fujec 
pour  lequel  je  n’en  parleray  point  ,  me  contentant  feulement  de  dire  que 
ces  deux  racines  doivent  élire  mifes  ,  à  caufe  de  leurs  grande  acrimonie,  au 
rang  des  remedes  violcnsj  dont  l’cmploy  cflfort  dangereux,  ce  qui  fera  que 
les  Appoticaires  &  autres  perfonnes,  fe  donneront  bien  de  garde  d’employer 
ces  deux  racines  à  la  place  du  véritable  Turbith. 


CHAPITRE  VIII. 


Du  Coflus  Arabim. 


Le  Costus  Arabicus  ou  ArabiQi^e  ,  efl  la  racine  d’un  arbriffeau  fore 
femblableau  Sureau  qui  croît  en  quantité  dans  l’Arabie  heureufe,  d’où 
il  a  tiré  fon  furnom. 

On  le  choifira  en  belles  racines  pefantes,d’un  gris  cendré  au  delTuSj&d’un 
gris  rougeâtre  au  dedans,  mal  aifé  à  rompre ,  d’une  odeur  forte,  d’un  goufl: 
aromatique,  accompagné  de  quelque  peu  d’amertume. 

Le  plus  grand  ufage  de  la  racine  de  ce  Collus  ell  pour  la  Theriaque,  à  la 
quelle  il  na  befoin  d’aure  préparation  que  d’être  nouveau,  gros ,  bien  nourri, 
inondé  de  fbn  rofeau  qui  tient  le  plus  fouvent  à  la  racine, &:  de  la  terre  ou  au¬ 
tres  corps  étranger  qui  s’y  rencontre  affez  fouvent. 

/.  P4r/if.  •  H  ij 


6o 


Hiftoire  generale 
Du  Cofim  doux. 

Le  Coftus  dou;:  eft  une  petite  racine  fort  approchante  en  couleur  ,  groffeur 
&  hgure  au  Terra  Mérita-^  mais  comme  c^cte  racine  eft  prefentement  d'une 
fi  grande  rareté,  qu’il  eft  prefquc  impolïible  d’en  trouver,  &  que  la  plantç  mê¬ 
me  nous  en  eft  inconnue,  auffi  bien  que  celle  du  Coftus  amer  dont  je  parle- 
ray  ^y-aprés:  ceft  le  fujet  pour  quoy  les  figures  ne  font  point  icy  reprefentées. 

Du  Cojlm  amer. 

Le  Coftus  amer,  à  qui  quelques  uns  ont  donné  le  nom  de  Cojltis  Jndicm  , 
eft  une  grofte  racine  fort  dure,  unie,  luifante,  qui  reftcmble  plutôt  à  un 
inorceau  de  bois  de  chêne  qu’à  une  racine. 

Ce  Coftus  n’cft  pas  tout  à  fait  fi  rare  que  le  precedent, s’cn  trouvant  encore 
dans  plufieurs  anciennes  boutiques  ;  comme  la  rareté  d’une  marchandife  donne 
occafion  aux  uns  d’en  faire  une  plus  exaéte  recherche,  &  aux  autres  d’avoir  re¬ 
cours  à  des  fubftituts ,  il  eft  arrivé  que  quelques  montagnards  ont  apporté  d'I¬ 
talie  ,  fur  tout  du  Mont  faint  Ange,  des  racines  de  l’Agriocynera ,  qu’ils  font 
pafTcr  pour  du  Coftus  amer,  quoy  que  la  différence  en  loit  fort  grande  ,  parce 
que  l’Agriocynera  eft  prefque  infipide.,  &  le  Coftus  eft  anKr,  ainfi  qu’il  en 
porte  le  nom:  d’autres  fubftituént  à  la  place  de  ce  Coftus  amer,  tant  pour  éviter 
d’eftre  trompez ,  que  pour  épargner  leurs  bourfes,l‘écorce  de  Vvintherus ,  à  qui  ils 
ont  donné  le  nom  de  Coftus  blanc  j  &  d’autres  la  Zedoare,  ou  la  racine  du  coq  de 
jardin, que  les  Botaniftes  appellent  corjmbi-fera,  quifignified^fwfe 

de  jardin  portant  des  ombelles  ,  finalement  d’autres  l’Enule  de  campane ,  ainfî 
du  refte  ^  mais  pour  éviter  tous  ces  abus  &  empêcher  de  faire  des  fubftituts  , 
on  pourra  fe  fervir  du  Coftus  Arabique, comme  eftantle  meilleur  &  celuy  qui 
doit  porrer  feul  le  nom  de  Coftus,  puifque  l’on  doit  eftre  perfuacJé  que  tous 
ces  differens  Coftus  que  l’on  voyoit  le  temps  paffé,  ne  provenoient  que  de  la 
différence  des  lieux ,  d’où  ils  eftoient  apporté.'  ;  comme  l’a  fort  bien  remarqué  M. 
Cliaras  dans  fon  Traité  de  la  Theriaque  à  l'article  du  Coftus  à  la  page  izy.  ou 
il  dit  que  fon  fentiment  eft  que  tous  les  Coftus  ont  cfté  la  racine  d’une  même 
plante  naiffant  en  plufieurs  endroits  du  monde,  &  qu’il  fe  pouvoir  faire  que  le 
Coftus  croiffant  en  divers  endroits  des  mêmes  pays  ,  eut  receu  quelque  diver- 
ficé  de  forme, ou  de  figure, de  couleur,  ou  de  faveur,  fuivant  la  differente  terre 
de  laquelle  il  avoir  pris  fa  nourriture:  de  même  que  nous  le  remarquons  au  bled 
à  la  vigne  &  à  toutes  fortes  de  plantes,  defquelles  une  terre  plus  humide  ou  plus 
fcche,p1us  graffe  ou  plus  fabloneufe  &  plus  ou  moins  montueule  ,  change 
non  feulement  la  forme  ou  la  figure,  mais  même  le  gouft  &  la  vertu-,  ainfi  on 
doit  s’atacher  employer  uniquement  le  Coftus  Arabique,  pour  quelque  com. 
pofition  que  ce  foit. 


des  Drogues  J  Livre  Second, 


6i 


CHAPITRE  IX. 


Du  Gingembre. 


Le  Gingembre  eft  la  racine  d’une  plante  que  les  Botaniftes  appellent 
Arundo  humilis çUvata  radicc  acri,  c*cft  à  dire.  Petit  rofeauà  mafjuëdont  U  u- 
cine  ejj;  acre. 

Cette  racine  ne  s’éloigne  pas  beaucoup  de  la  fuperficie  de  la  terre,  mais  elle 
s’étend  en  longueur,  reprcfentant  une  elpcce  de  pâtes  au  bout  de  fes  produc¬ 
tions,  c’cft  aulli  pour  cette  raifon  que  les  habitans  de  Saint  Chriftophe  &  des 
autres  lilesdes  Antilles,  le  nomment  Pâte  ou  Gengimbre. 

Le  Gingembre  eftant  dans  terre  poulTe  des  rofeaux  chargé  de  feuilles  vertes, 
grandes,  longues  ,  &  apres  Icfquelles  naît  une  fleur  rougeâtre,  mêlée  d’un  peu 
de  verd,&il  fort  du  total  une  pointe  verte,  qui  reprelenteafl'ez  bien  unemalTuë, 
ce  qui  adonné  lieu  aux  Latins  de  le  nommer  Gingembre  à  fleur  de  majjue. 

On  nous  apportoit  autrefois  le  Gingembre  des  grandes  Indes,  mais  de¬ 
puis  que  l’on  en  cultive  aux  ifles  Antilles ,  il  ne  nous  en  vient  plus ,  ou  bien  peu. 
Lors  que  les  Ameriquains  ont  tiré  de  terre  le  Gingembre ,  ils  l’expofc  à  l’air 
pour  le  faire  fecber  au  Soleil ,  &  le  remuent  de  temps  en  temps,  ou  bien  pour 
avoir  plutôt  fait ,  ils  le  font  fechcr  au  four,  qui  ell  ccluy  que  nous  recevons 
quelque  fois,  qui  eft  extraordinairement  fec  &  aride. 

On  doit  choifir  le  Gingembre  nouveau,  fec,  bien  nourry,  difficile  à  rompre, 
d’un  gris  rougeâtre  au  deftus ,refineux  au  dedans, d  un gouft chaud  piquant  ; 
&  rejetter  ces  Gingembres  d’Angleterre,  qui  font  molaftes,  filandreux  blancs , 
par  deftlis  &  au  dedans,  &  le  plus  fouvent  vermoulu,  qualité'  qui  luy  convient 
fort  bien,  en  ce  que  quand  il  n’eft  pas  carié,  il  eft  fi  filandreux  qu’il  eft  prefi 
que  impoflible  de  le  réduire  en  poudre^ 


Ejicci  blanches 


Si  ’  HiftoiVe  generale 

LE  Gingembre  cft  fort  peu  ufité  dans  la  médecine ,  mais  en  rccompen- 
(e  il  i*elt  beaucoup  par  quantité  de  Colporteurs  &  Merciers  de  village 
qui  le  mclenc  dans  le  poivre.  Nous  le  reduilons  en  poudre,  &  enfuice  on  l’ap¬ 
pelle  Epice  blanche, dont  on  fc  ferc  à  pluheurs  uiages,  principalement  pour  la 
compofidon  des  quatre  Epices. 

Du  Gingembre  confit, 

LEs  Ameriquains  confifenc  au  fucre  le  Gingembre  ,  nouvellement  tiré  de 
terre:  après  l’avoir  fait  tremper,  tant  pour  luy  ofter  une  partie  de  fon 
acrimonie,  que  pour  luy  ofter  fa  première  peau-,  &eftant  bien  confit  ils  l’en- 
voyent  en  plufieurs  endroits  :  Il  en  font  aufli  de  la  marmelade  ,  des  pâtes  fc- 
•ches,  comme  nous  en  faifons  par  de  la  de  nos  fruits  ou  racines. 

Le  Gingembre  confit  doit  eftre  .molafte  ,  non  filandreux,  gros,  d’une  cou¬ 
leur  dorée,  d’un  gouft  agréable,  ny  trop  chaud  ny  trop  acre,  &  dont  le  firop 
foit  blanc  ôt  bien  cuit. 

L’ufàgc  de  cette  confiture  eft  pour  porter  fur  mer',  &  pour  recliaufcr  les 
viellards.  Les  Indiens,  les  Hollandois,  les  Anglois  &  généralement  tous  les 
Peuples  du  côté  du  Nord,  ufent  de  cette  confiture,  tant  pour  fe  réchauffer  que 
pour  aider  à  la  dige  ftion ,  &  pour  le  prelervcr  de  (corbut  ou  mal  de  bouche ,  qui 
n’eft  que  trop  ordinaire  furmer,  ôc  auquel  ils  font  fort  fujets. 

Du  Zerumbeth  &  de  la  Zedoaire. 

Le  Zerumbeth  et  la  Zedoaire  font  deux  racines  de  differentes  cou¬ 
leur  &  figure,  qui  proviennent  neanmoins  d’une  meme  plante,  laquelle 
aies  feuilles  femblables  à  celles  du  Gingembre,  c’eft  pour  quoy  quelques-uns 
les  nomment  Gingemyre  fau^a^e.  On  nous  apporte  ces  deux  racines  des  Gran¬ 
des  Indes,  &  de  fifle  S.  Laurens,  ou  elles  croiffent  en  abondance. 

Le  Zerumbeth  eft  la  partie  ronde  de  la  racine,  laquelle  nous  recevons  cou¬ 
pée  par  rouelles,  comme  le  Jalap;  il  doit  eftrc  gris  en  dehors  &  en  dedans, pe¬ 
lant,  difficiile  à  rompre,  non  carié,  d’un  gouft  chaud  &  aromatique. 

La  Zedoaire  eft  la  partie  longue  de  la  plante,  fervant  au  Zerumbeth  com. 
me  de  piedi  elle  doit  eftre  de  la  longueur  &:groffeur  du  petit  doigt,  d’un  blanc 
rougeâtre  au  dtffus  &  blancheâtrc  au  dedans,  bien  nourrie,  pelante  &  mal  ailé 
à  rompre, fans  vermoulure, à  quoy  il  eft  extrêmement  lujct,  d’un  gouft  chaud 
^  aromarique , approchant  de  celuy  du  Romarin. 

Le  Zerumbeth  eft  de  peu  d’ulage  dans  la  Medecine ,  au  contraire  de  la  Ze- 
do^irc  qui  paffe  pour  un  bon  cordial  &  que  l’on  eftime  de  grande  efficace  con¬ 
tre  toute  lorte  de  venins. 

On  fera  averti  de  ne  point  trop  fcchcrgcrde  ces  deux  fortes  de  racines,  tant 
parce  qu’ils  font  peu  de  demande ,  que  parce  qu’ils  font  de  très  peu  de  garde 
cilant  fort  fujettes  à  fc  vermoudre. 


des  Drogues,  Livre  Second. 


^3 


CHAPITRE  X. 

De  l' Iris  de  Florence, 


L’Ir  is  furnommée  de  Florence,  eft  la  racine  d’une  plante  qui  a  fes  feüil-’ 
les  longues,  étroites,  d’un  affez  beau  verd,  après  Icfqueües  naiflent  des 
fleurs  blanches,  ainfi  que  me  l’a  afluré  Monfieur  Morin,  Médecin  de  feu  Ma-’ 
dame  la  Duchefle  de  Guife,  homme  de  probité  &  fort  expert  dans  la  connoif- 
fance  des  hmples. 

L’Iris  de  Florence  eft  cette  plante fî  connue  en  France,  fous  le  nom  de  FUm- 
he,  de  Glajeul^  ou  à' Iris  noftrets ,  qui  croît  par  tout,  tant  furies  murailles, le  long 
des  eaux,  que  dans  les  jardins,  &  de  laquelle  il  y  a  plufieurs  efpeces,  ainlî 
que  plufieurs  Auteurs  font  mention;  &  à  l’égard  du  nom  d’iris  ,  on  prétend 
qu’il  vient  des  diverfes couleurs  de  fes  fleurs,  qui  refemble en  quelque  maniéré 
à  celle  de  f  Arc-en-ciel ,  que  quelques-uns  appellent  Iris, 

On  choifira  llris  de  Florence,  gros  &  bien  nourry,  uni,  blanc  deftus,  &  de¬ 
dans  fec,  difficile  à  cafter  ,  d’une  odeur  douce  tirant  à  celle  de  la  violette  j  & 
rejetter  celuy  qui  eft  maigre,  falc,  &  de  nul  odeur,  aufti  bien  que  celuy  qui  eft 
molefte ,  ou  qui  eft  vermoulu,  à  quoy  il  eft  fort  füjet. 

Il  eft  à  remarquer  que  l’Iris  nouveau,  outre  le  gros  déchet  qu’il  fait,cftd’un 
fi  méchant  gouft  dans  la  bouche  lors  qu  on  le  mâche  ,  qu’il  eft  impoflible  de 
luy  laifter  long-temps,  par  l’afpreté  qu’il  laifle  à  la  gorge, ce  qui  eft  bien  con¬ 
traire  de  celuy  qui  eft  fcc,  en  ce  qu’il  rend  l’halaine  agréable  &  luy  donne  l’o¬ 
deur  de  la  violette.  C’eft  le  fujet  pour  lequel  la  plulparc  des  jeunes  gens  en 
mâchent  &en  portent  fur  eux;  outre  ces  bonnes  qualitez,  il  eft  fort  en  ufage 
chez  les  Parfumeurs,  tant  pour  mètre  dans  la  poudre,  que  pour  plufieurs  au¬ 
tres  ouvrages  où  il  eft  requis.  LesTcinturicrs  &  autres  s’en  fervent  pour  donner 
de  l’odeur  auxEtofes,ou  Draps  qu’ils  teindent,  afin  de  leurs  ôter  l’odeur  de  la 


Nomparcillc 


Iris  noftras. 
recule  d'iris. 


Verd  d'iris. 


Pintures  fines. 


(54  Hiftoire  generale 

reinlure;  les  ConfifTeurs  s’en  fervent  tant  pour  donner  de  l’odeur  à  quelque 
conferve  qu’il  n’eftpas  befoin  de  nommer,  de  peur  d’abus,  que  pour  le  couvrir 
de  fucrc  lors  qu’il  eft  pafle  par  un  tamis  de  foyc,pour  faire  les  petites  dragées 
que  nous  appelions  nompareille. 

Outre  toutes  ces  belles  qualitez,  l’Iris  de  Florence  eft  quelque  peu  ufité 
dans  la  medecine  ,  en  ce  qu’il  entre  dans  plufieurs  compofitions  Galéniques. 

A  l’egard  de  celuy  qui  croît  dans  nos  jardins,  les  Appoticaires  s’en  fervent 
pour  en  tirer  le fuc,  pour  diverlès  compofitions, comme  l’emplacrede  Diachilon 
&  autres.  Nous  tirons  aulïî  de  ce  fuc  uneFecule  fcmblableàcelledc  laBryonne 
qui  a  à  peu  prés  les  mêmes  proprietez  des  fleurs  bleues  de  l’/m  noflras-ynous  en 
tirons  une  couleur  verte,  a  qui  on  a  donne  le  nom  de  Verd  d’iris,  dont  les 
Peintres  en  mignature  fe  fervent.  Ce  Verd,  fe  fait  en  plufieurs  manières  ,ainfi 
qu’il  eft  marqué  dans  un  petit  Traité  de  Mignature ,  ou  ceux  qui  defireront  le 
fçavoir  faire,  aufli  bien  que  le  Carmin,  pourront  y  avoir  recours. 


CHAPITRE  XL 

Du  oranâ  Qalanqa. 

Q  O 


Le  Grand  Galanga  ,  que  quelques-uns  nomment  mal  à  propos  ^  Accrus 
'verus^  eft  la  racine  d’une  plante  ou  rofeau  qui  a  fes  feuilles  approchantes 
de  celles  de  l’Iris,  qui  croît  en  abondance  dans  l’ifle  de  Java,  &c  dans  la  Chine. 

On  choifira  cette  racine  grofte,  pefante,  rougeâtre  au  deffus, blanchâtre  au 
dedans,  d’un  gouft  chaud  &  piquant,  fuivi  d’un  peu  d’amertume  ;  &  rejeiter 
celuy  qui  eft  prefque  infipide ,  ce  qui  ne  luy  arrive  que  par  une  extreme  vieil- 
leffe.  Cette  racine  na  point  d’autre  ufage,  que  je  fâche, que  pour  les  Vinai¬ 
griers ,  qui  s’en  fervent  au  lieu  du  Petit  Galanga,  pour  la  fabrication  du  Vi^ 
migre. 


des  D  rogues ,  Livre  Second.  6 j 

Du  Petit  Galama. 

O 

Le  Petit  Galanga,  cil:  une  racine  rougeâcre  au  delTus  &  au  dedans , 
d  un  goull  piquant  &  fort  aromatique  ,  laquelle  nous  recevons  coupe'c 
par  tranches,  des  grandes  Indes,  &  de  la  Chine.  Cette  racine  eftant  dans  terre 
poulTe  des  tiges  en  forme  d  arbrifleaux,  doù  fortcnc  des  feuilles  femblables  à 
celles  du  Mirihe. 

^On  doit  choifir  le  petit  Galanga  bien  nourri, haut  eu  couleur,  lequel  eftant 
mâché,  foit  d’un  gouft  piquant  &  aromatique,  &  prendre  garde  qu’il  n’y  ait  des 
tronçons  du  gros  entre  rriêlez,  ce  qui  fe  connoîtra  facilement  ,  en  ce  que  le 
petit  Galanga  n’cft  tout  au  plus  que  de  la  grofteur  du  petit  doigt,  d’une  cou¬ 
leur  plus  vive  ,  &  d’une  gouft  plus  chaud  que  le  Galanga  major. 

Le  petit  Galanga  eft  beaucoup  plus  uftté  cnMedecine  que  le  Galanga  major 
parce  quil  eft  plus  rempli  de  vertus.  Les  Vinaigriers  s'en  fervent  aufli  dans 
leur  vinaigre. 


CHAPITRE  XII. 


De  la  T ma  Mérita. 


La  Terra  Mérita,  que  quelques-uns  appellent  Curcumayôc  d’autres 
Safran  ,  ou  Souchet  des  Indes,  ou  de  Malabar,  ou  de  Babilone,  eft  une  raci* 
ne  jaunâtre  au  deftus  &  au  dedans,  qui  produit  des  feuilles  aflez  grandes  &  ver¬ 
tes  ^  cette  meme  racine  produit  des  fleurs  qui  viennent  en  maniéré  d’épic,ainfi 
qu  il  eft  reprefenté  par  cette  Eftampe  que  j’ay  fait  graver  après  la  figure  qui  eft 
dans  le  livre  de  M.  Hermance.  Cette  petite  racine  eft  prcfque  femblable  au 
Gingembre -,  on  nousl  apporte  de  plufieurs  endroits  des  grandes  Indes,  fur  tout 
par  Meflieurs  de  la  Compagnie.  Il  en  vient  aufli  quantité  dans  l’iflc  de  S.  Lau- 
rens. 

J.  Partie.  \ 


Terra  mérita 
rouge. 


66  Hiftoire  genei'ale 

On  doit  choifir  la  Terra  Mérita^  grofTe,  nouvelle,  refineufe, difficile  àcaffir, 
la  plus  pefante,  &  la  moins  vermoulue  &:  chargée  de  pouffiere  qu’il  le  pourra. 

Il  y  a  beaucoup  de  perfonnes  à  Paris  qui  demandent  delaTcrm  Mérita  rouge, 
c’eft  un  abus  bien  grand,  parce  qu’il  n’y  en  a  pas  de  deux  forces  j  il  elt  vray 
que  lors  que  la  Terra  Mérita  vieillit ,  elle  brunit  ^  cftanc  battuë  ,  la  poudre  elt 
plus  rouge  que  de  celle  qui  elt  nouvelle,  &:  même  il  s’en  trouve  d’entiere,  la- 
qu’elle  calTée  en  deux,  paroîc  plus  brune,  ce  qui  arrive  ,  fuivanc  quelle  elt  plus 
ou  moins  refineufe. 

Cette  racine  elt  en  ufage,  principalement  pour  les  Teinturiers,  les  Gantiers, 
&  les  Parfumeurs  J  les  Fondeurs  s’en  fervent  pour  donner  la  couleur  d’or  au  mé- 
tail  ;  &  Içs  Boutonniers  pour  frotter  le  bois  qu’ils  veulent  couvrir  d’argent  doré 
filé,  de  peur  que  la  couleur  du  bois  ne  paroilTe.  Les  Indiens  s’en  fervent  pour 
teindre  &  pour  donner  une  couleur  jaune  à  leur  ris,  ou  autres  denrées,  de  la 
même  maniéré  que  nous  nous  fervons  du  Safran. 

Du  Souchet  rond. 

Le  Souchet  ordinairement  appelle  Cyperus  rond,  ou  Souchet  d’Angle¬ 
terre,  ou  de  Flandre,  elt  une  racine  ddpofée  par  nœuds,  lemblablc  à  de 
gros  grains  de  chapelet,  laquelle  elt  de  couleur  brune  au  deffiis,  ôc  grile  au 
dedans,  d’un  goult  allringent  &  prefque  fans  odeur  lors  quelle  elt  nouvelle¬ 
ment  tirée  de  terre. 

Cette  racine  croît  dans  l’eau  ,  ou  le  long  des  ruilTeaux,  &  poulTe  des  tiges  trian¬ 
gulaires,  fühdcs,  lilTées,  ôc  fortans  du  milieu  des  feüilles  longues,  étroites-,  fes 
fleurs  font  petites,  rougeâtres,  &  viennent  par  mouchets,  au  haut  de  fes  tiges. 

Cn  nous  apporcoit  autrefois  cette  racine  de  Flandre  ôc  d’AngIccerrc,d’où luy 
elt  venu  Ion  lurnom;  mais  comme  elle  cil  peuufîtée  à  Paris, nous  nous  conten¬ 
tons  de  celle  qu’on  nous  apporte  du  voifînage ,  ôc  fur  tout  d’Eltampes. 

On  fait  boüillir  cette  racine  concalTée ,  dans  du  vin  blanc  ,  ôc  après  l’avoir 
paflee,  on  boit  le  vin  le  plus  chaud  qu’il  elt  pollible, comme  un  remede  alluré 
pour  guérir  la  colique. 

Du  Souchet  long. 

Le  Souchet,  ou  Cyperus  long,  nommé  de  quelques  uns Galanga fauvage, 
elt  une  petite  racine  noueulc  ,  entourée  de  filamens,  mal-aifée  à  rompre, 
de  couleur  brune  au  deflus,  ôc  grisâtre  au  dedans,  d’une  odeur  alTez  agréable, 
principalement  quand  elle  elt  nouvelle  &  qu’elle  a  cité  bien  feche'e. 

Cette  racine  naît  dans  les  ruifleaux  &  aux  autres  lieux  aquatiques  ôc  même  le 
long  des  folTcz ,  elle  poulfe  des  feuilles  vertes ,  qui  approchent  de  celles  du 
porreau,  fes  tiges,  ôc  lès  fleurs  font  fort  fcmblables  à  celles  du  Souchet  rond  , 
Ôc  allez  belles  à  voir. 

On  le  choifira  gros,  fcc  ,  ne  fentant  point  le  moifî,ny  l’enfermé,  &  qu’il  ne 
foit  point  vermoulu. 

Il  elt  de  quelque  ufage  en  Medecine,  mais  alTez  employé  des  Parfumeurs  ôc 
des  Gantiers. 

On  fera  averti  que  quand  on  achètera  le  Souchet  des  payfans  qui  l’appor¬ 
tent  à  Paris,  on  ne  fc  contentera  pas  de  voir  la  premierc  poignée  qui  elt  à  l’en¬ 
trée  du  lac,  &  qui  elt  ordinairement  feche,  mais  prendre  garde  fi  le  tout  elt  de 
même. 


des  Drogues,  Livre  Second.  6^ 


CHAPITRE  XIII. 
,  BeiEfule. 


L’Esule  cft  Tccorcc  d’une  petite  racine  rougeâtre,  qui  produit  des  feüilles 
fort  vertes,  étroites,  &  laiteufes.  Cette  plante  croît  en  plufieurs  endroits 
France  où  on  la  négligé;  d’où  vient  que  nous  Tommes  obligez  de  faire 
venjr  de  Provence,  ou  du  Languedoc  les  racines  que  nous  vendons. 

On  doit  choifir  TETuIc  nouvelle,  en  belle  écorce  rougeâtre  au  dclTus  &  au 
dedans,  laquelle  cftant  tenue  dans  la  bouche  Toit  d’un  gouft  aflTez  defagrcable, 
&  accompagnée  d’une  grande  acrimonie.  Cette  petite  racine,  ou  écorce  cft  fort 
peu  ufitée  en  médecine. 

Avant  que  d’employer  cette  racine  onl’infufe  dans  du  vinaigre  pour  la  corri¬ 
ger,  ainfi  que  le  marque  M.Charas  dans  fa  Pharmacopée,  au  (ujet  de  la  Benc- 
diétc  laxative. 

On  peut  tirer  de  cette  racine  un  extrait,  ainfi  que  l’enfeigne  le  même  Auteur 
a  la  page  738.  de  (a  Pharmacopée,  qui  cftant  bien  préparé  cft  un  remede  fort 
puiftant  pour  vuider  les  eaux  des  hydropiques. 

Il  y  a  quantité  d’autres  fortes  d’Efule,  mais  il  n’y  a  que  l’écorce  de  celle  cy. 
deflus  reprefentée ,  dont  nous  faifons  commerce. 

Du  Eentaphyllum, 

La  racine  cy-deftus  m’a  donné  occafion  de  parler  d’une  autre  racine  aftez 
fcmblable  en  figure  &  en  couleur  à  l’Efule  que  les  Grecs  appellent  Penta- 
^hjllum  ^  les  Latins  ^inque-folinm  ^  Sc  les  François  caufe  quecette 

petite  racine  produit  des  feuilles  qui  font  dilpofées  de  cinq  en  cinq-,  cette  raci¬ 
ne  eft  fort  commune,  s’en  trouvant  par  tout,  tant  dans  nos  jardins ,  que  le  long 
des  chemins. 

/.  Partie,  I  ij 


■58  Hiftoke  générale 

La  racine  de  Qinnte-foiille  a  fbn  peu  d’ufage  en  Médecine  J  &fî  neftoie 
quelle  eft  un  des  ingricdiens  de  la  Thewaque  je  n’en  aurois  pas  parlé.  Pour  em¬ 
ployer  cette  racine,  on  la  doit  ratilTer  &  luy  ôter  fon  cœur,  &  enliiitc  la  tortil¬ 
ler  autour  d  un  petit  bâton  pour  luy  donner  une  figure  tortillée  ,  &  la  faire 
fechçr. 


CHAPITRE  XIV. 


IA  Thymelee  que  nous  appelions  vulgairement  T^we/^e<i,  eft  une 
t  racine  legere ,  de  differente  groffeur  &  longueur ,  rougeâtre  au  deffus  , 
&  ETanche  au  dedans ,  ligneufe  &  nbreufe  -,  d’un  gouft  doux  au  commence¬ 
ment,  mais ,  après  l'avoir  tenue  un  peu  de  temps  dans  la  bouche, elle  eft  caufti- 
que  &  brûlante  comme  le  feu,  principalement  lors  quelle  eft  nouvelle. 

Cette  racine  produit  des  feüilles  vertes,  épaiffes  &  gluantes  ,  affez  fcmbla- 
Lks  à  celles  de  l’Olivier,  avec  des  fruits  de  la  groffeur  du  poivre,  verts  dans  leur 
commenceincnt  &  d’un  beau  rouge  dans  leur  maturité ,  aufquels  les  Latins  ont 
donné  le  nom  de  Qocqus  gnidius,  ou  Gramm  gnidium-^  toute  cette  plante  eft  fort 
peu  en  ufagc,à  la  referve  de  la  racine  qui  l’cft  bcaucoup,principalementâLion 
&  prefentenient  à  Paris,  pour  attirer  de  latctcpluficurs  humeurs  acres,  qui  tom¬ 
bent  fur  les  yeux,  en  mettant  un  petit  morceau  dans  le  bas  de  l’oreille,  qu’il 
faut  percer  exprès  ;  &  pour  ce  fujet,  on  préférera  celle  du  Languedoc  à  celle 
qui  nous  eft  apportée  de  Bourgogne. 


des  Drogues,  Livre  Second.  dp 

Du  Pareira  Brava. 

DEpuis  quelques  années  nous  voyons  à  Paris  une  racine  tout  à  fait  fem- 
blable  au  ThjmeUa^  à  la  referve  qu  elle  eft  plus  noirâtre  &  plus  dure. 

Le  premier  qui  a  apporté  cette  racine  a  Paris  à  efté-Monfieur  Amelot,  Am- 
bafTadeur  en  Portugal,  &  apres  luy  M.  deTornefort  qui  m’a  donné  le  morceau 
dont  la  figure  cft  reprefentée  cy  deflusi  quelques  perfonnes  m’ont  alTuré  que  cette 
racine  eftant  dans  terre  poûflbit  des  branchages  chargez  de  fciiilles  tout  à  fait 
femblablcs  à  la  vigne,  qui  rampent  le  long  des  murailles,  ou  des  arbres. 

C’eft  pour  jce  fujet  que  les  Portugais,  qui  ont  cfté  les  premiers  qui  l’ont  ap¬ 
portée  de  Mexique,  luy  ont  donné  le  nom  de  Pareira  /»ra'v<t,quifignifie  en  Fran¬ 
çois  Fi^ne  fauvage  ou  hâtarde;  &  depuis  que  Monfieur  Amelot  en  a  apporté 
à  Paris,  Monfieur  Thevard  Médecin  de  la  Faculté  &  quelques  autres,  l’ont 
mife  en  ufage ,  comme  un  remede  Ipecifique  pour  la  guerifon  de  la  pierre  ;  on 
la  prend  en  poudre  dans  du  vin  blanc,  le  matin  à  jeun  j  pour  ce  qui  cft  de  Ton 
choix ,  Monfieur  Thevard  ma  afluré  que  celle  de  Mexique  cftoit  beaucoup  meil¬ 
leure  que  celle  de  Portugal;  &  par  une  Lettre  que  j’ay  receu  de  Lilbonne  le  i6. 
Odobre  1691.  on  me  marque  Pareira  brava  qui  vient  des  Indes  &  duBrefiiefl 
une  racine  plus  commune  que  l' Ipecacuanha  ,on  en  trouve  prefque  cheT^tous  les  Jppoticaires 
de  cepajSj  mais  la  quantité  nen  ejl  pas  ^ande  ;  ils  la  vendent  dix  teftons  ,  qui  font  en¬ 
viron  cinqlivresde  notre  monnoye.  Voilà  tout  ce  qucj’ay  pû  apprendre  de  cette  ra¬ 
cine  nouvellement  connue  en  France. 


CHAPITRE  XV. 

De  t Ellébore  blanc. 


L*£llebore  Blanc,  nommé  de  quelques-uns  Vcrccre ,  &  des  Latins 
Feratrum  album ^  oüEUeboras  albas une  plante  qui  croît  fur  les  mon- 


liij 


70  Hiftoire  generale 

tagnes  du  Dauphiné  &  de  la  Bourgogne,  qui  a  (a  racine  blancheâcre,  remplie  de 
filamens  longs  de  h  même  couleur,  laquelle  produit  des  feuilles  larges,  vertes  au 
commencement,  &  d’un  rouge  jaunâtre  fur  la  fin ,  du  milieu  dcfquelles  fort  une 
tige  creule,  garnie  de  petites  fleurs  en  forme  d’étoiles. 

On  nous  en  apporte  feulement  la  racine  qu’il  faut  choifir  groffe ,  en  belles 
racines,  garnies  de  longs  filamens,  jaune  au  deflus  &  blanche  en  dedans,  d’un 
goufl  acre  &  defagreablej  quelques-uns  efliment  plus  celle  quieft  mondée  de 
les  filamens,  ce  que  je  ne  défaprouve  pas ,  principalement  quand  c’eft  pour  ré¬ 
duire  en  poudre. 

Cette  racine  fert  à  faire  éternuer,  mais  fon  principal  ufage  eft  pour  les  Che¬ 
vaux  ,  &  pour  la  galle  des  Brebis. 

De  l  Elkbore  noir. 

L’Ellebore  noir  aufli  appellée  Verêtre ,  &  des  latins  V ^ratrum  nigrum ,  ou  ElUhoms 
niger^tù.  une  racine  brune,  garnie  de  petits  filamens  ,  noire  au  deflus  & 
grife  au  dedans, de  laquelle  fortent  des  tiges  vertes,  accompagnées  de  fcüilles 
de  la  même  couleur,  &  dentelées,  avec  des  fleurs  de  couleur  incarnat ,  en  for¬ 
me  dc'rofe. 

On  choifira  TEllebore  noir  en  belles  racines  aufli  garnies  de  longs  filamens  , 
feches,  bien  nettes. 

Il  eft  fort  peu  uhté  en  medecine ,  fi  ce  n’eft  pour  en  tirer  un  extrait  j  mais 
les  Maréchaux  s’en  fervent  pour  guérir  le  hircin  des  Chevaux. 


Du  Doronic. 


E  Doronic  Romain  que  nous  appelions  communément  DoronicimRo- 
mantm^  eft  une  petite  racine  jaunâtre  au  deflus,  &  blanche  au  dedans,  d’un 


des  Drogues,  Livre  Second,  71 

goufl:  douceâtre  &  aflringcnt, accompagné  d’un  peu  de  vifcolicé;  On  nous  ap¬ 
porte  cette  racine  mondée  de  Tes  fîlamens,  des  montagnes  de  Suide, d’Allemagne, 
de  Provence,  &  du  Languedoc. 

Cette  racine  eftant  dans  terre  eft  de  la  figure  de  la  queue  d’un  Scorpion, de 
laquelle  Portent  des  feiiilles  larges,  affez fembla blés  au  concombre  fauvage,ou 
au  plantain-,  c’eft  pourquoy  il  ell  appelle  Aconitum  ^ardalianches  ^lanta^inis  folio. 


On  choifira  le  Doronic  gros,  non  plâtreux,  ny  vermoulu,  du  gouft  cy-def- 
fils,  lequel  eftant  cafte  foit  bien  blanc. 

On  croît  qu’eftant  pris  par  la  bouche ,  c’eft:  un  contre  -  poifon  pour  les 
hommes,  &  qu’au  contraire  c’eft  un  venin  mortel  pour  les  bêtes  à  quatre  pieds. 


CHAPITRE  XVI 
Di?  ï Angélique. 


L’Angelk^ue  appelléejpffqïï®y;^S!Bpi^,  0\xrAdneàeS.  Efprit y çÇc 
une  plante  qui  croît  en  quantité  en  Boeme,  d’oîi  elle  a  tiré  fon  lurnom  , 
en  Efpagne,  en  Angleterre  ,  en  Italie,  &  même  en  France  j  qui  a  fa  racine  de 
la  grofleur  d’une  noix ,  garnie  de  plufieurs  petites  racines  noirâtres  d’environ 
demy  pied  de  long  ,  aft’ez  femblable  à  l’Ellcbore  noir  ,  d’oii  fortent  plufieurs 
groffes  tiges,  creufes,  d’un  vert  rougeâtre, apres  lefquelles  naiftent  d’abord  des 
feüilles  d’un  vert  obfcur  &  découpée,  &  enfuite  des  ombelles  garnie  de  fleurs 
blanches  &  d’une  petite  graine  ronde  &  platte, laquelle  eft  ufttéc  en  Angleterre 
pour  mettre  en  dragées,  aufti  bien  que  (es  côtes  que  l’on  confît  au  fucre ,  & 
que  l’on  appelle  Angélique  cow/fCi  demême  que  fa  racine  quand  elle  eft  recente. 

On  choifira  l’Angelique  en  belles  racines  grofles,  longues,  blanches  au  de¬ 
dans,  d’une  couleur  obfcure  par  deftiis,  non  vermoulue, à quoy elle  eft  fort  fu- 
jette  pour  peu  qu’on  la  garde;  &  quelle  foit  d’un  gouft  ôc  d’une  odeur  fuave, 
^  aromatique,  accompagnée  d’un  peu  d’amertume.  On  doit  préférer  celle  de 


Angélique  con- 


qi.  Hifloire  generale 

Bohemeàtotice  autre, fi  l’on  en  peu  avoir  j  finon  Te  contenter  de  celle  que  nous 
tirons  d  Angleterre  &  d’Hollande. 

On  prendra  garde  aulTi  que  ce  ne  foit  des  racines  du  Meon ,  que  les  Bourgui¬ 
gnons  nous  apportent  à  Paris ,  &  qu’ils  vendent  aux  gens  qui  ne  s’y  connoiffenc 
pas ,  pour  de  l’Angelique-,  ce  qui  fera  facile  à  connoître  pour  le  peu  que  Tony 
prenne  garde,  tant  parce  que  la  véritable  Angélique  eft  allez  approchante  en 
figure  à  l’Ellebore  noir  ,&  le  Meon  eft  en  racine  comme  le  Perfih  grisâtre  au  delTus 
&  blanc  dedans,  prefque  fans  odeur;  ce  qui  eft  bien  contraire  à  l’Angelique  qui 
eft  noirâtre  &  d’une  aftez  agréable  odeur. 

Les  belles  qualitez  de  cette  plante,  principalement  de  fa  racine, luy  ont  fait 
donner  le  beau  nom  qu’elle  porte:  On  l’eftime  un  remede  afturc  pour  refifter 
aux  venins  &  à  la  pete;  eftant  prife  le  matin  à  jeun,  de  quelque  manière  que 
ce  foit;  elle  eft  aulTi  fort  ufirée  en  Medecine. 


CHAPITRE  XVIII. 


De  ïlwperatoire. 


L’Imperatoire  eft  la  racine  dune  plântequi  a  Tes  feuilles  vertes , rudes, 
&  dentelées, apres lefquelles  nailTcnt  des  ombelles  chargez  de  fleurs  blan¬ 
ches,  d’où  fort  une  petite  graine,  qui  a  beaucoup  de  raport  à  celle  du  Sefely 
de  Marfcille. 

On  choifira  l’Imperatoire  en  belles  racines  nouvelles ,  difficile  à  rompre  ,  de 
couleur  brune  au  deflùs  &  verdâtre  au  dedans,  d’une  odeur  forte  &:  d’un  gouft 
aromatique.  On  doit  préférer  celle  des  Monts  d'or, en  Auvergne, ou dcquel- 
qu’autres  grandes  Montagnes  à  celle  qui  croît  dans  nos  jardins. 

On  attribué  à  cette  racine  les  memes  propriétez  qu’à  l’Angélique  ;  ce  qui 
fait  que  quelques-uns  difent  que  le  nom  d’Imperatoire  luy  'a  cfté  donné;  tant 
à  caule  de  toutes  ces  belles  qualitez,  que  parce  que  c’eft  un  Empereur  qui  en  a 
fait  la  découverte. 


CHAP.  XIX. 


des  Drogues,  Livre  t’remier. 


Il 


CHAPITRE  Xlï. 


Delà  Cemiane. 


La  Gentiane  eft  une  plante  ainfi  appellée  à  caufe  que  le  Roy  Gentius  en  a  le 
premier  découvert  les  belles  qualitez.  Elle  croit  en  abondance  aux  environs 
de  Chabli  en  Bourgogne ,  &  aux  lieux  les  plus  humides  ,  tant  de  la  Bourgo¬ 
gne  que  des  autres  endroits  de  la  France,  &  même  furies  Pirenées  &  fur  les 
Alpes. 

La  racine  quieft  la  feule  partie  de  la  plante  que  nous  vendons;,  eft  quelquefois 
grolTe  comme  le  bras ,  divifez  en  quelques  racines  épaiffes  comme  le  pouce  ou 
comme  le  petit  doit ,  jaunâtres  &  d’un  amertume  infupportablc.  Les  fcüillcs  font 
en  quelque  fa(jon  femblables  à  celle  du  Plantin ,  &  nailfent  deux  â  deux  à  cha¬ 
que  nœud  des  tiges.  Elles  fontlifes  ,  vertes,  pâles,  &  traverfées  d’un  bout  à 
l’autre  par  des  nerfs  relevez  en  deflbus.  Les  tiges  font  droites ,  fermes ,  de  deux  â 
trois  pieds  de  hauteur,  garnies  de  fleurs  jaunes  dans  le  mois  de  Juin ,  qui  font  ran¬ 
gées  par  anneaux  &  par  étages  dans  les  aifelles  des  feüilles.  Chaque  fleur  eftd’unc 
feule  piece  coupée  en  cinq  parties  fort  étroites  &  fort  pointue.  Le  Piftilc  qui  cil 
au  milieu  produit  une  capfulc  qui  s’ouvre  en  deux  parties  dans  fa  couleur,  &  qui 
renferment  plufieurs  graines  alTez  rondes  ,  mais  fort  plattes ,  qui  font  dans  les 
mois  de  Juillet  en  leur  maturité. 

On  la  doit  choifir  de  moyenne  grolfeur ,  nouvelle ,  bien  fechc,  parce  qu’elle 
diminu’é  beaucoup  en  fechant ,  &  la  moins  garnie  de  petites  racines  &  de  terre 
qu’il  fc  pourra.  On  prendra  garde  auflî  qu’elle  h’aye  été  fcchée  au  four ,  ce  qui  fc 
pourra  connoître  facilement ,  en  ce  que  celle  qui  a  été  fechée  au  four  eft  noir⬠
tres  en  dedans ,  qui  eft  le  contraire  de  celle  qui  a  été  fechée  â  l’air ,  qui  eft  d’un 
jaune  doré. 

Cette  racine  eft  eftiméc  propre  pour  refifter  aux  venins ,  &  meme  â  la  pefte  j  & 
I.  Partie,  K 


74  Hiftoire  generale 

à  caufe  de  fâ  vcKtu  alcxitaire ,  eft  employé  fort  à  propos  dans  la  Thériaque ,  &:  au¬ 
tres  compofitions  de  pareille  nature.  Elle  elt  fudorifique  ,  &  l’on  s’en  fert  avec 
fuccés  dans  les  fièvres  intermittentes ,  ce  qui  luy  a  fait  donner  le  nom  de  Kin- 
quina  d’Europe. 


CHAPITRE  XX. 

De  /  Anthora  à"  du  Thora. 

L’Anthora,  fuivantM.  deTornefort,eftune  plante  un  peu  plus  rare  que  la 
Gentiane ,  c’ell:  une  efpece  daconit  qui  fert  decontrepoilon  à  ceux  qui  ont 
mangé  la  racine  Daconit,  c’ell  pourquoy  Charles  Bauhin  l’appelle  Aconitum  fa- 
Ititiferum  five  Anthora.  Sa  racine  ell  compofée  de  deux  navets  allez  courts ,  très 
amercs ,  blanches  en  dedans  charnues ,  mais  brunes  en  dehors ,  &  garnies  de 
quantité  de  fibres.  Sa  tige  monte  à  la  hauteur  d’environ  deux  pieds ,  accompa¬ 
gné  d’un  bout  à  l’autre  de  quantité  de  feüilles  de  la  figure  &  grandeur  à  peu  prés 
de  celles  du  pied  d’aloüctc.  Les  fleurs  nailTent  au  bout  des  tiges  en  manière 
d’épy.  Elles  font  jAunâtres ,  6c  rclfemblent  à  une  tête  couverte  d’un  cafque  j  les 
graines  font  noirâtres ,  ridées ,  ôc  nailfent  dans  des  gaines  ou  cornets  membra- 
nez ,  ramalfez  cinq  ou  fix  cnfemble. 

La  racine  de  cette  plante  ell  un  bon  contrepoifon.  Les  Païfans  qui  font  dans  les 
Alpes  &  dans  les  Pirenées  où  cette  plante  fe  trouve ,  s’en  Ervent  avec  fuccés  pour 
les  morfures  des  chiens  enragez ,  &c  pour  la  colique.  On  croit  que  c’cll  un  remede 
fouverain  pour  ceux  qui  ont  mangé  de  l’herbe  nommée  Thora. 

Le  Thora  cil  une  forte  de  plante  qui  ne  vient  que  dans  les  hautes  Montagnes. 
Cet  Auteur  \'tiŸ\fc\\ct^conithHm  ftardalienches  ,feuThora  major.  Elle  a  la  racine  gru- 
melée  comme  celle  du  Renoncule  de  Conftantinople.  Scs  feüilles  font  allez  ron¬ 
des ,  fermes ,  dentelées  autour,  ôc  foûtcnuës  par  des  queues  allez  déliées.  Les 
tiges  n’ont  quefept  ou  huit  pouces  de  hauteur ,  branchues  vers  le  haut,  &  gar¬ 
nies  de  quelques  fleurs  jaunes  compofées  de  quatre  feüilles  ,  parmy  lefquclles  fc 
forme  un  petit  bouton  femblable  à  ceux  des  renoncules  ,  &la  fleur  étant  paf- 
fée  produit  quelques  femenccs  plattcs  &  femblable  à  celle  des  renoncules  des 
prez. 

On  fe  fert  du  fuc  de  cette  herbe  pour  cmpoifonncr  les  flèches  dont  on  tue  les 
loups, les  renards, &  bêxcs  femb labiés.  Ces  deux  racines  font  peu  uficées  dans 
nos  boutiques ,  tant  parce  qu’elles  font  peu  connues  que  parce  qu’elles  n’ont  pas 
grande  demande ,  c’cll  pourquoy  il  n'en  faut  pas  faire  grande  provifion. 

Les  figures  de  l’Antorax  &  du  Thora ,  fc  trouveront  à  l’Eltampc  du  Doronic 
Romain ,  où  je  renuoye  le  Lcéleur. 


Dictam. 


des  Drogues ,  Livre  L  75 


CHAPITRE  XXI. 
Tiu  Dîctame  blanc. 


Le  Didame  blanc  ou  laEraxinelle  ,cftunc  plantt  dont  tes  racines  font  blan¬ 
ches  ,  plus  menues  c^\xt  le  petit  doigt ,  un  peu  amerc  ,  &  d’une  odeur  alTez 
forte.  Les  tiges  font  hautes  de  deux  pieds ,  rougeâtres ,  accompagnées  de  quel- 
ques  fcüilles  femblablc?  a  celle  du  frêne,  &  chargées  à  la  cime  en  manière  d’épy, 
de  grandes  fleurs  gris-de-lin  , mélangée  de  purpurin  ,  compofées  de  cinq  fciiil- 
Ics  alTez  pointues ,  &  de  quelques  filets  plus  longs  &  recourbez ,  au  milieu  dcfqucl- 
les  eft  place  un  piftile  qui  produit  une  tête  dillinguée  en  cinq  graines ,  dans  leT 
quelles  ou  trouve  des  femences  noires  ,  luifantes  ,  ovales  ,  pointues  par  un 
bout. 

On  doit  choifir  cette  racine  grolfe ,  blanche  deffus  &  dedans ,  &  la  moins  remplies 
de  petites  fibres ,  &  la  mieux  mondée  qu’il  fe  pourra. 

Cette  plante  fc  trouve  dans  les  Forefts  de  Provence  &  de  Languedoc.  Sa  raci¬ 
ne  eft  alexetaire,  &  propre  pour  les  morfures  des  bêtes  venimeufes  ,pour  les  vers , 
pour  les  tranchées,  &  pour  faire  uriner.  On  s'en  fert  aufli  pour  les  maladies  con- 
viilfivcs.  M”.Zuvelfer,  Charas ,  &  la  plufpart  de  Auteurs  modernes ,  fubftitucnt 
la  poudre  de  cette  racine  à  la  farine  d’orobe  pour  faire  les  trochifques  de  fcillcs. 


/.  Partie. 


Catline 

nsirc. 


Hiftoire  generale 


CHAPII^RE  XXII. 

D<?  la  Carline  hlaticbe. 


La  Carline  ou  Caroline  blanche  ,  &  de  quelqu’uns  Chanieleon  blanc  ou  char- 
doneretrcjcft  une  plante  qui  a  fa  racine  de  la  groffeur  du  pouce ,  brune  &:  ger- 
féc  au  dehors  &  blanche  en  dedans ,  longue  depuis  un  pied  jufqu  à  deux  ,  d’une 
odeur  forte  &  d'un  goût  allez  agréable.  Les  fcüilles  font  difpofées  en  rond 
&  couchées  fur  terre  ,  d’un  vert  pâle  ,  ondées.  &  fort  découpées  ,  de  cha¬ 
que  côté  garnie  de  piquants  ou  petites  épines.  La  fleur  ce  trouve  parmy  ces 
fcüilles  attachées  â  la  racine ,  fans  tiges,  larges  de  quatre  à  cinq  pouces  ,  plattcs 
&  femblables  à  un  petit  balTin ,  bordée  de  quelques  feuilles  étroites  &  pointues. 
Les  femcnces  viennent  après  les  fleurs ,  elles  font  aflez  longues  6^  fouticnnent  une 
aigrette  blanche. 

On  doit  choilir  cette  racine  nouvelle ,  bien  nourrie  &:  fcChc,  d’un  goût  doux 
&  d’une  odeur  aromatique  ,  &  prendre  garde  que  ce  ne  foit  d’autres  racines  que 
l’on  luy  fubftituc  bien  fouvent  à  fa  place ,  furtout  lorfqu’clle  eft  cherc. 

C’eftun  des  meilleurs  remèdes  que  nous  ayons  contre  la  pefte  ,  c’eft  pour- 
quoy  l’on  tient  communément  qu’elle  fût  montrée  par  un  Ange  à  l’Empereur 
Charlemagne  pour  guérir  les  Soldats  peftiferez  de  fon  Camp  ,  ce  qui  fut  caufe 
qui  luy  donna  fon  nom. 

Diofeoride  &  Bouhin  appellent  la  Carline  blanche ,  CarlinA  à  caulos  mdgno 
flore. 

La  Carline  noire  ou  Chamclcon  noir ,  eff  tout  â  fait  femblablc  â  ccluy  que 
nous  venons  de  décrire  ,  fi  ce  n’cfl  que  cette  efpecc  s’élève  en  tige  ,  &  fes 
fcüilles  font  d’un  verd  plus  obfcur  5  il  efl  vray  que  Mathiole  parle  d’une  autre 
cfpece  dont  les  fleurs  font  purpurines ,  mais  c’ell  une  plante  très  rare  &  n’cft 
d’aucun  ufage.  .  .  ' 


des  Drogues ,  Livre  Premier.  77 

Les  vertus  de  la  Carline  ordinaire ,  font  de  combattre  le  poifon  ,  d’exciter  les 
fucurs,  de  pouffer  par  les  urines,  &  d’emporter  les  obftrud:ions  ,  aufli  s’en  fert*- 
on  dans  la  pcfte,dans  l’hydropilîe,  dans  la  paffion  hypocondriaque  ,  &  dans 
des  (emblablcs  maladies.  Cette  plante  fe  trouve  dans  les  Alpes  &  dans  les  Pire>- 
nés,  ainli  que  dans  le  Mont  d’Or  en  Auvergne,  &  ces  deux  Carlines  y  font  fi 
communes  que  lesPayfans  mangent  les  racines  &lcs  artichaux,  lorfqu’elles  font 
encore  jeunes  &  tendres.  Q^lqn  uns  prétendent  que  les  artichaux  ou  fleurs  de 
ces  plantes  ,  s’ouvrent  &  fe  ferment  fuivant  que  le  temps  eft  plus  ou  moins 
beau. 

LaracinedelaCariine  noire  différé  de  la  blanche,  en  ce  qu’elle  eft  ordinairc- 
mcntxomme  à  demy  ouverte ,  &c  moins  pefante  que  la  racine  de  Carline  blanche. 


C  H  AP  I  T  RE  XXIII. 


De  la  grande  Valériane. 


La  grande  Valériane  que  Jean  Bauhin  appelle  Valerunit  major  odorata  radtee, 
eft  une  plante  dont  les  racines  font  greffes  comme  le  pouce,  brunes  au  de¬ 
hors  ,  ridées  comme  par  anneaux ,  garnies  de  fibres  fur  les  cotez ,  d’une  odeur 
fort  aromatique  &  fort  defagreable.  Elle  eft  de  la  hauteur  de  trois  pieds ,  creu- 
fes  ,  droites  ,  accompagnée  à  chaque  nœud  de  deux  feüilles  oppofées  vis  à 
vis.  Les  premières  font  quelquefois  entières ,  mais  les  autres  font  fort  découpées 
de  chaque  côté  jufques  proche  la  côte.  Les  fleurs  font  blanches  &  fen- 
tent  comme  le  jafmin  j  elles  naiffent  en  bouquet'.  Au  haut  des  branches  ce 
font  des  petits  tuyaux  recoupez  en  cinq  petites  parties  dans  le  haut ,  &  laiffent 
après  elles  des  femences  plattes  &  longuettes ,  chargée  d’une  houpe  velue  &  blan^ 
châtre. 

La  petite  Valériane  a  les  racines  menues  &  de  bonne  odeur.  Les  feuilles  qui  petite 
naiffent  des  jets  font  prefque  par  ovales,  mais  pointues  par  le  bout.  Les  tiges 

K  iij 


y  8  Hiftoire  generale 

n’ont  environ  qu'un  pied  &  quelques  pouces  de  hauteur,  accompagnez  à  cha¬ 
que  nœud  de  deux  feüilles  découpées  menu  jufqu  à  leurs  côte.  Les  fleurs  font 
purpurines ,  femblables  à  colle  delà  grande  Valériane ,  mais  très  menue  ;  leur 
lémence  eft  de  même.  A  l’égard  du  choix  de  ces  deux  racines  ,  elles  doivent 
être  nouvelles  &  bien  feches ,  le  moins  remplies  de  fibres  qu’il  fera  poflible.  On 
fe  fert  de  ces  racines ,  fur  tout  de  la  grande ,  contre  les  poifons  &  contre  la  pefte, 
&  pour  guérir  l’athfme,  la  vieille  toux ,  &  l’hydropifie.  Quelques  Auteurs  don- 
phu.pott-  nent  à  fes  racines  le  nom  dePhu-pontique. 

tique. 

C  H  A  P  I  T  RE  XXIV. 

Bu  Mehon. 


LEMehon.on  wf«w,ou  Mcu,que  les  anciens  ont  fiirnomé A thamantique,à  caufe 
d’une  Montagne  de  Grcce  nommée  Athamanthe,  eft  une  racine  de  la  grofleur 
du  pçtit  doigt,  noirâtre  en  dehors ,  blanchâtre  en  dedans,  longue ,  accompagnées 
de  quelques  racines  plus  menues, acre, un  peuamere,  &  d'une  odeur  auez  aro- 
matique.Les  feüilles  font  femblables  à  celles  du  fenoüil ,  mais  plus  petites,  plus  dé¬ 
coupées  &  beaucoup  plus  menues.  Les  tiges  ont  un  pied  de  hauteur,  chargées  de 
quelques  ombelles  de  fleurs  blanches ,  compofées  de  cinq  petites  feüilles  ,  apres 
lefqucllcs  riaiflcnt  deux  femenccs  brunes  ,  plus  grofles  que  celle  du  fenoüil ,  6c 
6c  plus  canelées  j  c’eft  ce  qui  a  donné  fujet  à  plufieurs  de  croire  que  le 
Aneth  ou  Mclioii  étoit  une  efpece  de  fenoüil  ou  d’aneth ,  &  de  l’appeller  aneth  ou  fc- 
lonu  ^  noüil  tortu.  Le  Mehon  eft  une  racine  fort  alexitaire ,  c’eft  pourquoy  elle  ^  été 
mifes  fort  à  propos  dans  la  Thériaque  i  elle  eft  aufli  fudorifique  &  divriti- 
que. 

Tout  le  Mehon  que  nous  vendons  nous  eft  apporté  dos  Montagne  d’Auver¬ 
gne  ,  de  la  Bourgogne,  des  Alpes  6c  des  Pirenées. 


Des  Drogues.  Livre  premier. 


79 


CHAPITRE  XXV. 

De  la  T arment ille  &Bifione. 


La  Tormcntillc  que  l’on  employé  dans  la  medecine,  que  C.  Bauhin  appelle 
TormentilU  filvejiris ,  eft  une  plante  dont  la  racine  eft  un  tubercule  gros  com¬ 
me  le  pouce ,  brun  en  dehors  ou  rougeâtre ,  ftiptique  &  accompagnée  de  quel¬ 
ques  fibres.  Les  feüillcs  font femblabls  à  celle  delà  quinte  feüilles,  lilTécSjlui- 
fantes,  foutenués  de  fix  ou  fept  fur  une  queue.  Ses  tiges  font  balTcs,  courtes , 
branchuës, chargées  de  quelques  fleurs  à  quatre  feüilles  jaunes,  après  lefquellcs 
on  trouve  un  bouton  oii  font  entalTées  quelques  femences  menues. 

Les  meilleurs  racines  de  Tormentille  viennent  dans  des  lieux  herbus  &c  humi¬ 
des  des  Alpes  &  des  Pirennées.  On  employé  ces  racines  dans  les  confed;ions  alc- 
xitaires  ;  elles  font  fudorifiques  &  reUiftent  aux  poifons  j  on  les  ordonne  aufli 
pour  la  dilfenterie. 

On  doit  choifirla  Tormentille  nouvelle  ,  fcche  ,  &  des  pais  chauds,  étant 
meilleur  que  celle  qui  croit  dans  nos  jardins. 

La  Biftortc  eft  une  plante  dont  la  racine  eft  grolfe  comme  le  pouce,  tortue  & 
roulée  fur  elle  même  ,  ridée  par  anneaux ,  brune  en  dehors ,  couleur  de  chair 
en  dedans ,  accompagnées  de  fibres  chevelues  &  d’un  goût  aftringcnt.  Ses  feüil- 
les  font  aifez  femblables  à  celles  de  la  patience  fauvage ,  vert  gay  en  delfus ,  vert 
de  mer  endeflbus.  La  tige  eft  en  fleur  à  la  fin  de  May  ,  garnies  de  quelques 
feüillcs  dans  fa  longueur ,  quij font  plus  petites  que  les  premières.  Les  fleurs  font 
couleur  de  chair  entalTées  en  épy ,  mais  fort  petites  &  fort  toufuës  i  clic  lailTe  cha¬ 
cune  après  elle  une  fcmcnce  à  trois  coins  aifez  aiguës.  Cette  efpece  eft  nommée 
par  C.  Bouhin ,  Bijîorta  major  radice  magts  intorta. 

La  Biftortc  vient  dans  les  Alpes  &  dans  les  Pirenées ,  dans  les  Montagnes  d’Au¬ 
vergne  &  autres.  On  employé  cette  racine  dans  les  occafions  ou  il  fautreferrer. 


Biftortc, 


8  O  Hiftoire  generale 

comvcK.  dans  tous  les  cours  de  ventre  &  dans  les  hernies ,  elle  fortifie  encore  & 
refifte  aux  poifons. 

On  la  doit  choifîr  bien  nourrie ,  nouvelle ,  brune  au  defTus  &  rougeâtre  au  de¬ 
dans,  &  des  pays  chauds. 


CHAPITRE  XXVI. 


N  Ous  vendons  ordinairement  de  trois  fortes  d’Ariftoloches.Sçavoir,  la  lon¬ 
gue,  la  ronde  &  la  legere.  Il  y  en  a  une  quatrième  qui  eft  la  Clématite  on 
Sermenteufe  i  mais  comme  nous  n'en  faifons  aucun  négoce ,  c’eft  pour  ce  fujec 
que  je  n  en  parlcray  point. 

L’ Ariftoloche  ronde  eft  une  plante  qui  a  fa  racine  tubereufe ,  charnue ,  de  dif¬ 
ferentes  grofleurs ,  y  en  ayant  qui  ont  jufqu’à  trois  pouces  de  diamètre  j  elles 
font  irregulieres  ,  c’eft  à  dire  qu’elles  font  ordinairement  plus  larges  par  le  bas  , 
&  comme  élevé  en  côte  femblable  à  une  trufe.  Cette  racine  eft  d’une  amertume 
infupportable ,  jaunâtre  en  dedans ,  brune  en  dehors ,  d’une  odeur  qui  n’eft  pas 
dcfagreablc  garnies  de  quelques  fibres  deliez.  Plufieurs  tiges  forcent  de  fâ 
partie  fuperieure,  elle  lèvent  à  la  hauteur  d’un  pied  ,  accompagnées  alternati¬ 
vement  de  fcüillcs  alfez  rondes ,  attachées  fans  pédicule  &  qui  embraflela  tige  par 
unebalfe  échanciéc  en  deux  oreilles  arondies.  Les  fleurs  naiflent  dans  les  aifcl- 
Ics  de  ces  feüillcs  ,  ce  font  des  tuyaux  jaunâtre  ôc  rayez  le  long  d’un  pouce 
demy ,  croifez  en  dc-là  de  leurs  moitié  ,  &  applatis  en  maniéré  de  langue  de 
bœufs ,  d’un  rouge  tres-foncé  ,  &  qui  approche  fouvent  delà  couleur  de  fuye  j 
elles  font  fans  odeur  j  lesfemences  font  noires,  très  minces  &  très  plattcs  ,  pref- 
que  triangulaire ,  &  font  renfermées  dans  des  petits  fruits  menbraneux ,  verts  dans 
le  commencement  ,  bruns  dans  leur  maturité,  divifez  dans  leurs  longueurs  en 
fix  cellules. 


L’Ariftolochc 


des  Drogues ,  Livre  fécond.  8  i 

L’Aiiftolochc  longue  cfl;  une  racine  feinblable  à  un  raifort  ,  mais  beaucoup  ^ 
plus  groïTcs  &  plus  longues ,  charnues ,  caffanccs ,  brunes  en  dehors ,  jaunâtre  chciongnc^ 
en  dedans ,  fort  amcrc ,  R  accompagnée  de  quclc^ues  fibres.  Ses  tiges  font  plus 
longues  que  celle  de  la  ronde  ,  couchées  à  terre  ,  garnies  âltcrnativemcnt  de 
feuilles  qui  ne  font  pas  tout  à  fait  fi  rondes  que  celle  de  la  precedente  ^  R  qui 
font  foutenuës  par  une  petite  queue.  Les  fleurs  font  à  peu  prés  comme  celle  de 
la  ronde,  mais  les  fruits  font  de  la  figure  d’une  petite  poire ,  R  renferment  aufîi 
dans  leurs  celui  es  des  fcmenccs  très  aplaties  R  noires. 

L’Ariftoloche  que  Jean  Bouhin  nomme  uÂrtfolochia  *TûIyrrhi:(^of.  Et  Charles 
Bouhin  t^riflolochta  Pi jio  ochudiéîa  J  cftla  plus  petite  toute  fes  racines  ,  font 
compofées  d  une  infinité  de  fibres  jaunâtres  fort  menues ,  attachées  à  la  meme 
tête  ,  accompagnée  de  chevelu  ,  fort  ameres  ,  R  de  fort  bonne  odeur.  Scs 
tiges  font  foiblcsj  minces,  couchées  a  terre ,  garnies  alternativement  de  feuilles 
plus  petites  R  plus  pâles  que  celle  des  autres ,  de  la  figure  d  un  cœur  renverfé ,  R 
foûtenus  par  des  pédicules  très  déliées  de  leurs  aifeiles  ^  naiflent  des  fleurs  fem- 
blables  â  celles  de  la  ronde ,  plus  petite  pourtant ,  jaunâtres ,  mélées  de  couleur 
de  fuye ,  fes  fruits  font  aufli  plus  petits.  Et  c'eft  cette  Ariftoloche  que  nous  ven¬ 
dons  fous  les  noms  d’ Ariftoloche  Tenuif ,  ou  fous  ccluy  d' Ariftoloche  léger,  Anïtoio. 
quoyquc  mal  â  propos ,  puifque  le  mot  Latin  Tennis  j  ne  fignific  pas  léger  ,  mais 
menu  ou  délié. 

L’Ariftolochc  Clématite  a  les  racines  fibreufes  qui  tracent  de  tous  côte^  ,amc-  AriHoio* 
rcs ,  R  d’une  odeur  alfez  agréables.  Les  tiges  font  hautes  de  deux  â  trois  pieds , 
droites ,  fermes ,  plus  fortes  que  celles  des  prâcedentes,  accompagnées  alterna¬ 
tivement  de  feuilles  plus  grandes  ,  taillées  pour  ainfi  dire  en  cœur  ,  renverfé  d’un 
vert  plus  pâle,  R  foutenuës  par  des  queues  aifez  longues.  Les  fleurs  naiflent  en 
foule  dans  les  aifeiles  de  ces  feuilles  jaunes,  pâles ,  de  même  figure  que  celle  des 
autres  efpeces ,  mais  plus  petite.  Leurs  fruits  au  contraire  eft  plus  gros ,  ovale  R 
divifé  en  fix  cellules ,  rempli  de  Icmcnccs  très  plattes ,  R  comme  triangulaire  j 
C.  Bouhin  appelle  cette  cfpcce  tyénjiolochia  clemattlis  reBa. 

Toutes  ces  efpeces  fc  trouvent  dans  les  prez  R  dans  les  vignes  de  Provence  R 
de  Languedoc ,  excepté  l’AriftolocheT^wwzj ,  qui  aime  les  bois  ,  les  olivetes,  R 
les  cohnes  fcches  R  pierreufes  des  memes  pais ,  aufli  cft-ellc  plus  aromatique  R 
plus  forte. 

Meflicurs  Rondelet  RCharasont  raifonde  préférer  l’Ariftoloche  Tfttuis  â  la 
clématite  pour  la  Thériaque.  Toutes  les  Ariftoloches  emportent  les  obftrudions 
R  font  purgatives.  On  s*en  fert  tous  les  jours  avec  fuccés  pour  les  décoctions, 
injections  ,  lotions ,  R  potions  deterfives  Rvulneraircs.  On  employé  fur  tout  la 
ronde  R  la  longue ,  pour  modifier  les  ulcères  R  dans  la  gangrené. 

Je  n’ay  pas  fait  graver  la  figure  de  l’Ariftoloche  Clématite,  en  ce  que  nous  n  en 
faifons  aucun  négoce ,  R  je  n’cnaurois  pas  mis  icyla  dcfcription  fi  ce  n’avoit  été 
pour  faire  connoitre  la  différence  qu’il  y  a  avec  la  Tennis. 

A  l’égard  du  choix  des  Ariftoloches ,  clics  doivent  être  fcches  R  bien  nourries 
principalement  la  ronde  R  la  longue,  en  ce  qu’il  s‘cn  troùvc  qui  eft  aride,  ridée 
R  fccnc  ,  qu’il  n’y  a  que  la  peau  j  au  lieu  que  la  belle  Ariftoloche  doit  être 
pefante ,  jaune  dedans ,  grife  deflus  R  uni  j  R  la  Tenuts  doit  être  en  belles  racines, 
fcmblablcs  â  lelleborre  noir ,  la  mieux  nourrie ,  la  plus  nouvelle ,  R  la  plus  fcche 
que  faire  fc  pourra.  L’Ariftolochc  Tennis  n’a  guère  d’autres  ufages  que  pour  la  The» 
riaque. 


/.  PnrtiCf 


t 


Piea  d'h- 
kxaiidic. 


8  Z  H  i  (loire  generale 


CHAPITRE  XXVII. 

De  la  Virethre. 


La  Pirethrc  eft  une  racine  de  moyenne  longueur  ,  de  la  groffeur  du  petit 
doigt ,  grifatrc  au  delTus ,  blanchâtre  en  dedans ,  garnie  de  quelques  petites 
fibres,  d’un  goût  acre  &  brûlante.  Elle  produit  des  feuilles  petites,  vertes,  &  des 
fleurs  de  couleur  incarnat  femblables  à  nos  marguerites. 

On  choilirala  Pirethre  nouvelle, bien  nourrie, fcche,  malaifée  à  rompre  ,  du 
goût  &c  de  la  couleur  cy-defTus. 

La  Pirethre  nous  cfl:  apportée  parMarfeillc  du  Royaume  de  Tunis,  où  elle  croit 
communément.  Elle  eft  fort  en  ufage  pour  appaifer  les  maux  de  dents,  étant 
tenue  dans  la  bouche,  &  elle  a  plufieurs  autres  ufages  en  médecine.  On  s’en 
fert  aufli  pour  faire  du  vinaigre.Le  nom  de  Pirethre  luy  vient  de  fa  qualité  brû¬ 
lante.  Quclqu’uns  veulent  que  Pyrus  Roy  d’Epire  5  en  ayant  le  premier  décou¬ 
vert  les  vertus  luy  a  fait  donner  fon  nom,&  d’autres  racines  falivaircs,  à  caufe 
qu’elle  fait  cracher. 

Il  y  a  encore  une  autre  cfpcce  de  Pirethre  que  nous  appelions  pied  d’Alexan¬ 
dre,  qui  eft:  une  petite  racine  de  la  longueur  d’un  demy  pied  ,  d’un  gris  brun 
au  defftis  ,  &  blanchâtre  dedans  ,  garnie  de  quelque  peu  de  fibres  ,  au  haut 
de  laquelle  eft  une  efpecc  de  barbe  comme  au  ,  d’un  goût  acre  mordi- 

cant ,  approchant  de  celuy  de  la  Pirethre  j  c’ eft  pour  ce  fujet  qu’on  la  nomme 
Pirethre  îauvage  ;  &  quclqu’uns  l’cmployent  &  la  vendent  pour  la  vraye  Pirethre, 
ce  qui  ne  fera  pas  difficile  a  connoître ,  en  ce  quelle  eft  plus  menue ,  plus  longues, 
&  eft  apportée  par  botte.  Cette  plante  a  fes  feuilles  fort  petites,  d’un  vert  jau¬ 
nâtre,  &:fes  fleurs  par  ombelles,  d’un  rouge  pâle.  Elle  nous  eft  apportée  d’Hol¬ 
lande  autres  endroits. 

II  la  faut  choifir  nouvelles ,  en  grofles  racines  comme  la  precedente  ,&  rejetter 


des  Drogues ,  Livre  Premier.  85 

L  cft  en  filets.  On  Ce  fert  dé  cette  racine  comme  de  l’autre  Pirethre  pour 
vinaigre. 


CHAPITRE  XXVIII. 

Behen  blanc  &  rouge. 


Le  Bchcn  blanc  elt  une  racine  lemblable  a  la  Pirethre ,  grilatre  au  deüus ,  Si 
un  peu  plus  blanche  par  dedans ,  d’un  goût  prefquc  incipide  ;  cependant 
étant  tenu  un  peu  dans  la  bouche  3  il  y  refte  une  amertume  aifez  defagreable. 

Cette  racine  nous  eft  apportée  des  mêmes  endroits  que  la  fuivante ,  &  a  fes 
feuilles  prefque  de  la  même  figure,  excepté  qu’elles  font  accompagnées  par  le 
bas  de  quatre  petites  feuilles ,  de  même  forme  &  couleur  à  l’oppofitc  l’un  de  l’au¬ 
tre  3  du  milieu  defqucls  fort  une  tige  haute  garnies  de  quelques  peu  de  feuil¬ 
les  3  &  d’une  fleur  par  boutons  remplie  d’écailles  ,  lefquellcs  étant  épanouies 
jettent  une  petite  fleur  jaune. 

Ôn  chodiralc  Behen  en  grolfes  racines ,  non  cariées ,  difficile  à  rompre ,  les  plus 
nouvelles  qu’il  fera  poffible  &  du  goût  cy-aprés.  Il  cft  propre  aux  mêmes  ufages 
que  le  Behen  rouge  ,  &  on  luy  fubftituë  les  mêmes  racines. 

Le  Behen  rouge  eft  une  racine  qui  nous  cft  apportée  ,  coupée  par  trontjons 
comme  lejalap  du  Mont-Liban,  &  autres  endroits  de  Syrie  ,  laquelle  étant  dans 
terre  eft  de  la  figure  de  nos  gros  naveaux  ,  garnies  de  fibres ,  de  couleur  brune  au 
deflus &  rougeâtre  dedans, d’où  fortentdes  feuilles  vertes ,  longues,  &c  fembla- 
bles  à  celle  du  Limonium  j  c’eft  pourquoy  quclqu’uns  veulent  que  ce  foit  la  fé¬ 
condé  efpecc ,  du  milieu  de  laquelle  fort  des  tiges  garnies  de  fleurs  rouges  ,  ran¬ 
gées  deux  à  deux,  de  la  figure  d’une  petite  grenade  ou  du  poivre  de  la  Jamaï¬ 
que. 

On  les  choifira  fcches ,  hautes  en  couleurs ,  d’un  goût  aftringent ,  aromatique  & 
iwûvcllcs,  étant  facile  à  fe  carier.  Elles  font  quelques  peu  ufitées  en  médecine,  maià 
/.  Partie^  L  ij 


84  Hiftoire  generale 

le  plus  fouvent  ceux  qui  en  ont  befoin  à  caufe  de  leurs  rareté ,  fe  fervent  des  raci¬ 
nes  d’ Angélique ,  de  Zedoare ,  de  Bourache  ou  de  Bugloze  ,  ce  qui  ne  fc  doit 
neanmoins  pas  faire  que  dans  une  extrême  neceflité.  On  eftime  que  c  eft  un 
cordiaque  pour  refifter  aux  venins. 


ÎOrcanette, 


Ürcafiette  de 
der>ant-T 


}a{re 


L*Orcancttc  cil  une  racine  de  moyenne  grolTeur  &  longueur,  d’un  rouge  foncé 
au  deflus ,  &  blanche  au  dedans ,  laquelle  produit  des  feuilles  vertes ,  rudes , 
femblables  à  la  buglofc  j  c’eft  pourquoy  quelqu’uns  l’appellent  Buglofc  fauvage, 
du  milieu  defquclles  fort  une  tige  droite  garnie  de  petite  feüilles  ,  &  de  fleurs 
par  boutons  en  forme  d’étoile,  d’un  bleu  mourant. 

On  choiflra  L’Orcanette  nouvelle ,  fouple ,  neanmoins  feche ,  d’un  rouge  fonce 
au  deflus  ,  blanche  au  dedans ,  avec  une  petite  tête  de  couleur  blûc  ,  &  qu’é¬ 
tant  frottée  tant  foit  peu  mouillée  ou  à  fcc ,  fur  l’ongle  ou  fur  la  main ,  fafle  un 
beau  vermeil. 

Comme  la  teinture  de  cette  racine  ne  confifte  que  dans  fa  fuptrficic,  ceux  qui 
en  auront  befoin  pour  donner  couleur  à  leurs  cires ,  'graifles  ou  huiles ,  préfére¬ 
ront  la  menuë  àlagroflc,  elle  cil  nette  ils  en  feront  un  trcs-bcau  rouge, 
pourveu  qu’il  n’y  aye  point  de  l’humidité  dans  ce  qu’ils  voudont  rougir.  Lorca- 
nette  croit  en  Provence,  c’efl:  pourquoy  nous  la  tirons  deMarfcille  &deNifmes 
en  Languedoc. 

Cette  racine  eft  fort  ufitée  enMcdecine,  &  n’a  guère  d’autre  propriété  que 
celle  cy^defliis.  Il  y  a  encore  l’Orcanette  du  Levant  ou  de  Conftantinoplc  ,  qui  eft 
une  racine  d’une  nature  aflez  furprenante,  tant  à  caufe  de  fa  grandeur  &grof- 
feur  qui  fe  trouve  aflTcz  fouvent  de  celle  du  bras ,  qu'à  caufe  de  fa  figure  qui  n’eft 
en  apparence  qu’un  amas  de  fcuïUcs ,  longues  &  larges ,  tortillées  cnfcmble  com- 


Orcanette 
au  Levaut, 


des  Drogues  ,  Livre  I.  S  S 

me  le  tabac  à  randoüille ,  que  parla  diverfité  de  fes  couleurs,  dont  la  princi¬ 
pale  eft  d’un  rouge  fort  obfcur  ,  qui  êft  fuivie  par  intervalle  d’un  tres-beau 
violet,  &  au  haut  de  laquelle  il  y  paroit  une  efpsce  de  moifilTure  blanche  & 
bluatre,  qui  eft  comme  fa  fleur  j  au  milieu  de  ladite  racine  il  s’y  trouve  un  cœur 
qui  eft  une  petite  écorce  mince ,  &  longues  comme  la  canelle ,  d’un  tres-beau  rou- 
gepar  deflu s,  &  blanche  dedàns.  Cette  Orcanette  eft  de  tres-peu  d’ufage,  quoy 
qu  elle  foit  meilleur  que  nôtre  Orcanette. 


CHAPITRE  XXX. 


De  la  qarance. 

O 


La  Garanccquc  nous  appelions  auflî  Rubia  tinéîorum ,  eft  la  racine^d’une  plan¬ 
te  fort  connuë ,  c’eft  de  cette  racine  dont  les  Hollandois  retirent  unli  grand 
profit,  parla  quantité  de  Garance  qu’ils  envoyent  en  differents  païs,furtoutcn 
France. 

La  Garance  nous  vient  en  trois  fortes  de  maniérés  ,  que  nous  diftinguons 
foûs  le  nom  de  Garance  en  branches ,  de  Garance  grappe  ou  robbé ,  &  de  Garan¬ 
ce  non  robbé.  La  Garance  en  branches  ,  eft  celle  que  nous  eft  envoyée  en  ra-  Garance e# 
cine,  telle  quelle  eft  tirée  deterre ,  n’ayant  autre  préparation  que  d’être  fechée. 

La  féconde  eft  la  grappe  ou  robbé ,  qui  eft  de  la  Garance  en  branche  dont  on  a 
retiré  la.premicre  écorce  &  le  cœur,&  par  le  moyen  de  certains  moulins  a  été  s^pp'- 
réduit  en  poudre  grofliere  telle  que  nous  la  voyons.  La  troifiémeeftlanonrob- 
be  ,  c  eft  à  dire  que  c’eft  de  la  Garance  en  branche  qui  a  été  moulue  &  réduite 
en  poudre.  Ainfi  la  meilleur  Garance  eft  l'a  grappe  ou  robbé,  qui  pour  être  de 
la  belle  qualité ,  doit  être  étant  nouvelle  tirée  des  balles  ou  tonneaux ,  d’un  rou¬ 
ge  pâle,  &  qui  en  vieilliffant  rougit  &  devient  d’un  très  beau  rouge.  Celle  de 
Zclandc  eft  cftiméela  meilleur.  Les  Garance  fervent  aux  Teinturiers. 


86 


Hiftoire  generale 


C  H  A  P  I  T  RE  XXXI, 

De  la  Salfepareille, 


-,  _  _ '•V*  " 

La  Salfcparcillc  cftlcs  longs  filamens  de  la  racine  d  une  plante  qui  rampe  fur 
les  murailles ,  &  le  long  des  arbres  ,  qui  a  fes  feüilles  pointues ,  longues  & 
étroites ,  garnies  de  ncrveurcs&  d’une  couleur  vertes.  Au  bas  des  feüilles  naif- 
fent  des  petits  filamens  en  forme  de  mains  pour  s’attacher  aux  arbres  de  même 
que  la  Vigne  vierge  j  au  fomnité  des  branches  nailîent  de  petites  fleurs  blanches 
en  forme  d’étoile,  d’où  fortent  des  petits  fruits  rouges  d’un  goût  aigrelet. 

Cette  plante  croit  en  abondance  dans  la  Nouvelle  Efpagnc  &  au  Pérou  ,  & 
même  dans  les  grandes  Indes ,  &  aime  extrêmement  les  lieux  humides  &  maré¬ 
cageux. 

Qi^lqucs^uns  veulent  que  la  Salfepareille  foit  la  même  plante  que  celle  que 
nous  avons  fort  communément  en  France,  &:  que  nous  appelions  SmiUx  afpera 
major.  Mais  quoy  qu’il  en  foit  ,  je  diray  que  nous  vendons  de  deux  fortes  de 
Salfepareille  i  fijavoir  la  Salfepareille  des  Indes ,  d'Efpagnc  ,  &  la  grolTe  Salfepa- 
reille  de  Marignan.  La  plus  belle  &  la  meilleure  de  ces  deux  Salfcpareilles  eft  celle 
d’Efpagne, laquelle  pour  être  de  la  bonne  qualité,  doit  être  en  longs  filamens, 
de  la  grofleur  d’une  plume  à  écrire ,  grife  au  deflus  ,*&  d’un  blanc  accompagné 
de  deux  rayes  rougeâtre  en  dedans ,  facile  à  fendre  en  deux,&  qu’en  la  fendant 
il  n’en  forte  point  de  poufliere  ny  d’éclats  vermoulus ,  &  qu’étant  boüilhs  dans 
l’eau  la  rende  d’u^ic  couleur  rouge.  On  doit  rejetter  celle  qui  ett  humide,  extrê¬ 
mement  menue,  remplie  de  fibres,  auflî-bien  qu’une  certaine  Salfepareille  d’Ho- 
landc,en  petites  bottes  coupées  parles  deux  bouts.  Il  y  en  a  qui  veulent  que  la 
Salfcparcillc  rougeâtre  aii  deflus  en  bottes  longues ,  qui  nous  vient  ordinairement 
par  Marfcillc ,  ne  foit  pas  dûme  bonne  qualité ,  mais  pour  mon  particulier  j’af- 
firmeray  n’ avoir  trouvé  aucune  différence  d’avec  la  Salfepareille  véritable  Efpa- 


des  Drogues,  Livre  I.  87 

■gnc.  On  doit  encore  abrolument  rejetter  cette  grofreSalfepareille  bâtarde,  ou  de 
Marignan,quc  quelqu’uns  appellent  mal  à  propos  Salfepareille  de  Mofcoviej 
étant  plus  propre  à  allumer  le  feu  que  d’être  employée  dans  là  médecine  ,  5c  qui 
relTcmble  plutôt  à  du  fermant  qu’a  de  la  Salfepareille. 

L’ufage  de  la  Salfepareille  eft  pour  faire  des  ptifannes ,  pour  guérir  les  maladies 
fccrettes ,  5c  pour  dégraifer  ceux  qui  font  trop  chargez  de  cuiline. 


CHAPITRE  XXXTI. 


De  h  Squine. 


La  Squinc  que  nous  appelions  fort  communément  Efquine  ,  eft  une  ra¬ 
cine  noveufe ,  bolTuë ,  rougeâtre  au  dcflùs  5c  en  dedans  ,  qui  étant  dans 
terre  pouffe  des  tiges  rempantes  le  long  des  autres  arbres,  d’où  fortent  des  feuil¬ 
les  grandes ,  vertes ,  5c  faites  en  forme  de  cœur ,  5c  la  tige  eft  toute  garnie  de  petits 
piquants  en  maniéré  d’épines. 

,  La  Squine  que  nous  vendons  nous  eft  apportée  de  plufîeurs  endroits  des  gran¬ 
des  Indes  &de  la  Chine ,  tant  parla  voyc  dHollande ,  d’Angleterre ,  que  de  Mar- 
feille ,  tantôt  brutte ,  c’eft  à  dire  comme  elle  eft  tirée  de  terre ,  mais  le  plus  fou- 
vent  mondée  en  partie  de  fa  première  peau  ,  tant  pour  luy  ôter  ces  extremitez 
que  pour  la  rendre  plus  de  vente. 

Ondoit  choifirlaScjUinepcfante  -,  refincufe  ,  difficile  à  couper  ,  mondée  de  fa 
-première  peau ,  d’une  couleur  rougeâtre ,  5c  prendre  garde  qu’elle  n’aye  été  man¬ 
gée  des  vers  ,&  que  les  trous  n’en  aye  été  rebouchez  avec  du  bol  ou  autres  ter¬ 
res  glaifes ,  comme  il  n’arrive  que  trop  fouvent. 

La  Squine  eft  fort  en  ufage  pour  faire  des  ptifannes  fudorifiques ,  &  eft  employée 
aux  mêmes  chofes  que  la  Salfepareille,  c’eft  ce  qui  fait  qu’elles  ne  vont  guère  l’un 
lans  l’autre. 

Il  croit  aux  Ifles  Antilles  une  groffe  racine  que  quelqu’uns  ont  voulu  dire  être 


88  Hifloire  generale 

la  véritable  Squinc  ;  mais  comme  cela  ne  fcpcutconfirmer,  je  renvoyé  le  Ledeuf 
au  Livre  du  R.  P.  du  Tertre,  qui  en  a  fait  une  belle  &  ample  defeription  ;  &  com.^ 
me  cette  relation  ne  regarde  aucunement  nôtre  négoce^  c’eftlc  llijct  pourquoy 
je  n’ay  pas  jugé  à  propos  de  la  rapporter  icy. 


CflAPITRE  XXXIIL 

De  /Azarum. 


L*iy4:^afm  y  que  l’on  appelle  vulgairement  Cabaret  oubîard  Sauvage,  cft  une 
racine  qui  fc  trouve  fort  communément  en  plufieurs  endroits  du  Levant , 
dansic  Canada,  &  même  en  France ,  fur  tout  de  vers  Lyon,  d’oû  nous  vient  pref. 
que  tout  celuy  que  nous  vendons. 

Cette  racine  étant  dans  terre  poulTc  des  tiges ,  à  la  fomnité  defquelles  il  y  naic 
des  feuilles  vertes ,  épaiifes ,  &  faites  en  cœur ,  ôc  des  fleurs  par  boutons  commC' 
la  rofe  d’une  couleur  rougeâtre. 

On  doit  choifir  ,  véritable  Levant  s’il  efl:  pofllble ,  en  belles  racines^ 

non  fibrcules  ny  brifée,  mais  d’une  couleur grife  deflus ,  &  en  dedans  d’une  odeur 
pénétrante ,  d’un  goût  acre  accompagné  d'un  peu  d’amertume.  On  prendra  garde 
que  ce  nefoit  des  racines  d’t^^4nw4»  que  l’on  nous  apporte  le  plus  fouvent  do 
la  Bourgogne  ;  ce  qui  fera  facile  à  connoîcre ,  en  ce  que  Yt^x^rum  eft  en  petites 
racines  "grifes  de  la  grofleur  d’une  petite  plume  à  écrire  cft  en  pe^ 

rites  racines  noirâtres  fcches ,  arides ,  &ii  remplies  de  filamens ,  que  l’on  ne  fçait 
ce  que  c’eft ,  parce  qu’on  a  de  la  peine  â  diftingucr  les  véritables  racines  d'avec 
les  hlamcns. 

V.^:!'arum  eft  quelque  peu  ufité  dans  la  médecine ,  mais  fon  plus  grand  ufage 
cft  pour  faire  prendre  en  poudre  aux  chevaux  qui  ont  le  farcm  dans  du  foa 
mouillé  ,  depuis  une  once  jufqu’à  deux  i  &  cette  racine  cft  fi  convenable  pour 
guérir  cette  maladie ,  qu’il  s’en  confomme  prefentement  une  grolTc  quantité. 


Des  Drogues.  Livre  premier.  8  9 

Il  cft  â  remarquer  quelW:C^r»w  >  eft  une  plante  donc  la  racine  eft  presque  à  ras 
de  terre,  c’eft  à  dire  quelle  n’entre  pas  avant,  &  il  fe  trouve  de  ces  racines  fous 
lefquelles  il  y  a  au  dclTous ,  environ  un  pied  dans  terre  ,  une  maniéré  de  trufes 
londcs,  d’une  couleur  jaunâtre  au  deflus  &  blanche  dedans  ,  lefquelles  fi  on  les 
prelTe  il  en  fort  un  lait  qui  eft  cauftic  comme  le  feu.j’ay  été  bien  aife  d’avertir 
le  public  de  cet  article ,  ne  fçaehant  pas  que  perfonne  en  ait  jamais  eu  aucune 
connoilTance  in’y  en  ait  jamais  écrit. 


CHAPITRE  XXXIV. 

De  U  Replie-, 


La  Regliflé  que  les  Latins  appellent  Glicyrrhi:^a  t  LicjuirttU  >  Radix  dulcis  ^  eft 
une  plante  qui  a  fes  feüilles  gluantes,  vertes,  luifantes ,  &  â  demy  ronde  ^ 
&  Tes  fleurs  font  femblables  aux  Hyacintes  de  couleur  putputme,  d’où  fort  des 
goufles  qui  forment  enfemble  une  boulle  ronde  où  eft  contenu  la  femence. 

La  ReglilTe  que  nous  voyons  â  Paris  nous  cft  apportée  par  balles  de  divers 
^droits  d  Efpagne  j  mais  principalement  du  côté  de  Bayonne  &  de  SaragofTe  ^ 
^itale  de  1  Arragon ,  où  cette  plante  croit  en  tres-gtande  quantité. 
OiichoifiralaReglifl'cnouvelleiUniejdelagrofteur  du  gros  doigt,  rougeâtre 
au  deflus,  &  d’un  jaune  doré  en  dedans,  facile  à  couper  ,  d’un  goût  doux  àc 
agréable ,  telle  qu  eft  celle  de  Sara^ofle,  qui  eft  la  meilleure.  Ainfi  elle  doit  être 
preferée  à  celle  de  Bayonne,  qui  eft  ordinairement  grifepar  deflus,  menue,  ter- 
r.ule  &  de  fort  peu  de  garde.  On  dbit  être  foigneux  de  la  conferver ,  de  peur 
^u  elle  ne  fe  gâte  ^  car  fi-tôt  que  cette  marchandife  a  fouftett,  il  arrive  comme 
a  la  gangrené,  parce  que  aulfi-tôt  qu*un  morceau  a  commencé  à  fe  gâter  par 
les  deux  boûts,lerefte  ne  manque  pas  en  peu  de  temps  de  fe  corrompre  j  cela 
♦rive  principalement  lorfqu’elle  eft  venue  parla  pluycoupar  la  gelée,  ou  pouf 
avoir  fejourné  â  la  cave. 

A  1  égard  de  la  Rcglifle  feiehe ,  on  la  doit  choifir  jaune  &  bien  feche ,  Si  pren- 
/.  Pariki  M 


90  Hiftoire  generale 

dre  gard^:  que  ce  ne  foit  des  rebuts  de  baies ,  qui  eft  ordinairement  noire ,  étou-; 
fee  ,  &  de  nulle  valeur. 

A  régsrd  La  Regliflc  feche  &  jaune  peut  être  employée  au  lieu  de  la  verte,  &’même  clic 
ionS"*  prefqrée ,  en  ce  qu’elle  eft  moins  amerc  ,  quelle  foifonne  plus  ,  ô:  cit 

fauenq^o-  d’uttc  mciUcur  qualité. 

gH(il,)cïcs  L’ufage  de  la  ReglilTe  eft  trop  connu  pour  m’y  arrêter. 

'  La  Regliffc  feclic  en  poudre ,  prife  avec  partie  égale  de  fleur  de  foufre  ,  depuis 
[«"qu’u”  onces  jufqu’à  quatre ,  ftiivant  la  grandeur  du  cheval ,  deux  fois  le  jour  pen- 
dant  huit  jours  dans  du  fonfraifé  ,  eft  un  bon  remedepour  empêcher  qu’il  ne 
car ^ii  n’y  devienne  pouflîfs ,  loiTquc l’on  commcncc  à  s’en  appercevoit,  &  cela  empêche 
m/rchaii-  quc  la  pouftc  nc  paroifle  pour  quelques  jours  ;  à  quoy  ceux  qui  üchettent  des 
?«[««?&  chevaux  doivent  prendre  garde.  Pendant  l’ufage  de  ce  remede  on  ne  doit  fati- 
piul*  gucr  &  donner  le  moins  de  foin  au  cheval  qu’il  fe  pourra. 

fcicnce  , 

tant  pour  la  « _ _ _ _ _ _  _ 

CHAPITRE  XXXV. 

Du  Suc  de  Regliÿe  noir. 

vapierp^ur  RcgUlfe  par  Ic  moycu  de  l’eau  chaude, une  teinture  jaune,  qui 

!outTex°''  avoir  été  évaporée  fur  le  feu  &  réduite  en  confiftance  folide ,  dc- 

piiqucr,  vient  noire ,  &  c’eft  ce  que  nous  appelions  fuc  ou  jus  de  RegliiTc  noir  ,  que  nous, 
faifons  venir  d’Hollande,  d’EPpagne^:  de  Marfeille,  en  pain  de  differentes  grof. 
feurs ,  qui  font  le  plus  fouvent  de  quatre  once.s,  ou  d'une  demi  livre.  Ce  fuc  de 
regliffe  pour  être  de  la  bonne  qualité,  il  doit  être  noir  deffus,  &  d’un  noir  lui- 
fant  en  dedans ,  facile  à  cafler  ,  d’un  goût  affez  agréable ,  &  rejetter  celuy  qui  eft 
molace,  rougeâtre,  &  qui  étant  cailé  paroît  graveleux  ,  &  qui  a  un  goût  de 
brûlé.  Ce  fuc  de  Regliffe  eft  fort  en  ufigc  pour  guérir  ceux  qui  font  attaquez 
du  rhufmc,  ou  pour  les  poulmoniques ,  étant  mâché  comme  le  tabac  ,  ou  pris 
dans  quelque  liqueur  convenable.  Nous  vendons  encore  quantité  d’autres  fucs 
de  Regliffe,  comme  font  ceux  de  Blois  ,1e  blanc  &  le  jaune,  cçluy  de  Rheims 
ou  de'^Paris ,  qui  font  en  paftiUe  platte ,  ou  plyé  en  rond  comme  de  la  bougie  de 
Siicac  Re- la  grandeur  d’une  piecede  quinze  fols.  Le  fuc  de  Regliffe  blanc  fait  a  Paris  , 
gi.ifc  blanc  compofltion  de  Regliffe  feiche ,  de  fucre ,  d’amidon ,  &  d’iris  en  poudre^, 

mais  comme  tous  ces  prétendus  fucs  de  Regliffe  ne  font  proprement  que  des 
amufettes ,  les  uns  pour  n’être  que  de  la  gomme ,  &  les  autres  du  fucre  j  c’eft  le 
(ujet  pour  lequel  je  n’en  diray  rien ,  h  ce  qui  fera  que  l’on  ne  doit  s’attacher  uni¬ 
quement  qu’au  fuc  de  Reglifle  noir  ,  comme  étant  de  la  meilleure  qualité , 
furtout  quand  il  eft  de  la  manière  que  jcl’ay  marqué. 

Nous  vendons  outre  toutes  les  racines  que  j’ay  cy-devant  décrites ,  plufieUrs 
racines  qui  ci'oiffent  dans  nos  jardins,  ou  autour  de  Paris  ,  comme  LemU  Cam^ 
pana  y\^i?i\oincn\^\c  &c(cmc\\c  y  major  ^  minor ,  ou  grande  &  petite  Ser¬ 

pentaire,  le  Petazites,  le  Cyclamen  ou  pain  de  pourceau,  le  Gramen  ou  Chien- 
dant ,  le  Polipode ,  &  quantité  d!aiitres  que  nous  tenons  par  quelque  hazard , 
pour  n’être  pas  fujctâ  avoir  affaire  â  des  Herboriftes ,  &  pour  en  avoir  en  touç 
temps.  Il  y  en  a  quantité  d’autres  que  nous  nc  vendons  point  pour  être  trop  rare, 
comme  font  les  racines  de  Membroni  Cini ,  de  Chiai  Cathai  >  dont  les  Chinois  foii( 

.  fort  amateurs  ,&  qu’ils  l’cftiment  dix  fois  plus  que  la  Rubarbe.  Le  Sandera  du 
Pérou ,  quâ  eft  une  racine  rougeâtre,  dont  les  Indiens  fe  iervent  pour  mettre  daus 


conlcrvet 
<]uc  pour  y 
pouvoir 
faire  quel¬ 
que  profit, 
&  les  cir- 
tonflances 
font  11  lon¬ 
gues  qu’il 
faiirlrou  un 


des  Drogues ,  Livre  Premier.  9 1 

le  Chocolat, le  ging-ging  de  Tartarie  ou  de  la  Chine  dont  les  Chinois  font  un 
breuvage.- La  racine  de  A//jî  qui  eft  une  racine  blanche  a  peu  près  femblableau 
Bchen  blanc,  &  que  les Hollandois  vendent  prcfque  au  poids  de  l’or  5  la  racine 
de  Palay  de  Canada ,  le  Saljunca  de  Naples  j  enfin  de  plufieurs  autres  fortes  de  ra¬ 
cines  que  nous  pourrions  vendre,  fi  nous  en  pouvions  avoir  qui  ne  feroientpas 
d’une  petite  utilité. 


CHAPITRE  XXXV^^ 

De  /Acorus  Verus. 


^co^re  Vra^\  . 


Ÿ  Verus  >  ou  Àcore  vray ,  que  nous  appelions  mal  à  propos  Calamus  aro^ 

JS _ fmaticus  »  eft  un  rofeau  ou  racine  noveufe  ,  rougeâtre  au  delTus  &  blan¬ 

che  dedans  ,  garnie  de  longs  filamens  ,  d’une  fubliftancc  legere  ,  ainfi  fa¬ 
cile  a  fe  vermoudre  j  il  fort  de  cette  racine  des  feüilles  vertes ,  longues  &  étroi¬ 
tes  ,&  des  fruits  d  environ  trois  pouces  de  long,  de  la  grofieur  &:  figure  du  poi¬ 
vre  long. 

On  choifiral’ Acorus  nouveau ,  bien  nourri ,  mondé  de  fes  filamens ,  difficile  a 
rompre ,  d’un  goût  acre ,  accompagne  d'une  amertume  alTcz  agréable  ,  d’une 
odeur  fuave  bc  fort  aromatique  ,  c’eft  pourquoy  il  eft  beaucoup  plus  connu  caiamu* 
fous  le  nom  de  (^alamus  aromaticus  >  quoyque  mal  à  propos ,  que  fous  ccluy  d  ji- 

COtUS. 


Cette  racine  qui  eft  pour  l’ordinaire  de  la  grofleur  du  petit  doigt ,  &  d  envi¬ 
ron  demy  pied  de  long  ,  nous  eft  apportée  de  plufieurs  endroits  de  Pologne  , 
delaTartarie  &  même  de  l’Ifle  de  Java  ou  elle  eft  appcllée  Dirinfo.  ‘ 

•  L’cxîcorwi  eft  quelque  peu  ufité  enmedecine,  &  eft  un  des  ingrediens  de  la 
Theriaque ,  où  il  n’a  tefoin  d’autre  préparation  que  d’etre  bien  choifi  &  net¬ 
toyé  de  la  terre,  &  autres  corps  étrangers  qui  peuvent  s’y  rencontrer ,  mais  fou 
plus  grand  ufageeft  pour  les  Parfumeurs. 

/.  Partie.  M  ij 


92.  Hiftoire  generale 

CHAPITRE  XXXVII. 

Du  Calamus  Verus. 


Le  Caîamus  'uerus  ou  plutôt  amarus ^  cft  un  rofeau  de  la  grofTcur  d'une  plu^ 
me  ,  de  deux  à  trois  pieds  de  haut ,  compartie  par  nœuds ,  d  ou  fortent  des 
feüilles  vertes  &:dcs  petites  ombelles  chargées  de  fleurs  jaunes. 

Ce  petit  rofeau  croit  en  pluficurs  endroits  du  Levant ,  d’où  il  cft  apporté  a 
Marfcillc ,  quelquefois  dans  fon  entier ,  mais  ordinairement  par  bottes  d’envi-, 
ron  un  demy  pied  de  long. 

On  le  choifira  gros ,  nouveau ,  mondé  de  fa  petite  racine  &  de  fes  branches 
&  en  bottes ,  prenant  garde  qu’elles  ne  foient  point  trop  fourrées  de  racines  dC 
menu  branchages.  Il  doit  être  d’un  gris  rougeâtre  au  delfus  6i  blanchâtre  de¬ 
dans  >  garnie  d  une  mouclle  blanche  -,  car  quand  il  cft  furanné ,  cette  moiiclle  de¬ 
vient  jaune  qui  fe  réduit  en  poudre  comme  fi  les  vers  l’avoient  mangée  j  il  faut 
encore  qu’il  fe  rompe  par  éclats ,  &  qu’en  le  mettant  dans  la  bouche  il  foie 
d’une  amertume  infupportablc. 

Son  principal  ufage  eft  pour  la  Theriaque ,  où  il  n’a  befoin  d’autre  prépara* 
tion  que  d’être  choifl  comme  cy-delfus. 


des  Drogues,  Livre  1. 


93 


CHAPITRE  XXXVIII. 

Des  Cannes  à  Sucre. 


LEs  Cannes  a  Sucre  ou  Cannamelles ,  font  des  rofeaux  qui  croiflent  en  abon* 
dance  dans  pluficurs  endroits  des  grandes  Indes  au  Brcfîl ,  &  dans  les  lil-S 
Antilles. 

Ces  Cannes  ouRorcaux  étant  dans  terre ,  pouffent  de  chaque  nœud  une  au¬ 
tre  Canne  haute  de  cinq  à  fix  pieds ,  qui  eft  garnie  de  feüillcs  vertes ,  longues , 
étroites  &  tranchantes.  A  la  moitié  de  la  hauteur  de  chaque  Canne  fort  une  ef- 
pecc  de  flèches  qui  fe  termine  en  pointe ,  au  haut  de  laquelle  il  y  a  une  manière 
de  fleur  de  couleur  argentée  en  forme  de  panache. 

Les  Ameriquains  ayant  bien  labouré  leurs  terres ,  ils  y  font  des  Sillons  ou  Rico- 
les ,  de  meme  que  l  on  fait  icy  aux  terres  labourées  d’environ  d’un  demy  pied 
de  profondeur ,  dans  lefquclles  ils  y  mettent  une  canne  de  trois  pieds  ou  envi¬ 
ron  J  &  la  font  chevaucher  d  un  pied  par  chaque  bout  par  deux  autres  cannes , 
&  continue  àinfî  jufqu  a  ce  que  la  terre  qu’ils  ont  préparée  foit  remplie.  Au 
bout  dehx  àfept  mois ,  qui  eft  le  temps  qu’elles  commencent  à  pouffer  leurs  flè¬ 
ches  ,  on  a  foin  de  les  couper  pour  retirer  le  fucrc  ,  ainfi  qu’il  fe  verra  cy- 
aprés.  ' 

Ces  cfpeccs  de  fléchés  font  fort  ufitées  par  les  Sauvages  pour  fe  faire  des  Arcs. 


iîîèfî 


M  iij 


94 


Hiftoire  generale 


C  H  Ai?  I  T  RE  XXXIX.  ’ 


Comme  /a 


k  Sucre  des  Cannes-, 


LEs  Amcticains  ayant  coupé  leurs  cannes  au  dcfTus  du  premier  nœud,  ils  eu 
ôtent  les  feüilles&cn  font  des  bottes  qu’ils  portent  au  moulin  ,  lequel  cft 
compofe  de  trois  rouleaux  égaux  en  grolTcur,  &  également  revetus  de  lames  de 
fer  au  lieu  ou  paflent  les  cannes.  Celuy  du  milieu  eft  beaucoup  plus  élevé ,  afin 
que  les  deux  arbres  qui  le  tiennent  par  le  haut,  &  aufquels  les  bœufs  font  atte¬ 
lez  ,  puilfent  tourner  fans  être  empêchez  par  la  machine.  Le  grand  rouleau  du 
milieu  eft  environné  d’un  herilfon  dont  les  dents  s’emboitent  dans  des  hoche» 
ou  arefts  faits  à  ce  fujet ,  dans  les  deux  autres  qui  font  tous  proches ,  &  les  fai- 
fant  tourner,  ils  ferrent,  écrafent ,  &  font  paffer  les  Cannes  de  l’autre  côté,  lef- 
quelles  demeurent  toutes  feches  &  épuifées  de  leurs  fuc.  (  Si  par  hazard  l’Amcri- 
quain  ou  le  François  qui  met  les  Cannes  au  moulin,  fe  laiflbit  ferrer  les  doigts, 
il  luy  faudrait  auffi-tôt  couper  le  bras ,  linon  fon  corps  feroit  plûtôt  écrafé  qu’il 
ny  auroit  fongé,  c’eft  ce  qui  fait  que  d’abord  qu’un  homme  a  les  doigt  pris, 
un  autre  luy  coupe  le  bras  avec  un  coutelas, &  fervent  après  être  guetisà  faire 
des  meflages.  )  Ce  fuc  tombe  dans  un  vaifleau  qui  eft  delTous  le  moulin,  &  étant 
ainli  tire ,  coule  par  un  petit  canal  dans  la  première  chaudière  ,  qui  tient  envi¬ 
ron  deux  muidsjoùileft  échaufé  à  petit  fcu&preftà  boüillir ,  afin  de  luy  faire 


des  Drogues, Livre  I.  95 

poufTcr  la  plus  grofle  écume.  De  cette  écume  les  Américains  s'en  fervent  pour 
en  nourrir  leurs  beftiaux  ,  ce  fuc  bien  écume  eft  mis  dans  une  fécondé  chau¬ 
dière  où  l’on  le  fait  boüillir  ,  en  jettant  de  temps  en  temps  de  l’eau  de  chauis 
dans  laquelle  on  a  foüettc  des  œufs ,  ayant  été  bien  purifié  on  paûe  ce  fucre 
par  des  draps  faits  en  forme  de  chaulTes  d’ypocras,  &  après  avoir  été ainfi  coulé 
on  le  met  dans  une  troifiéme  chaudière ,  qui  eft  ordinairement  de  bronze  ou  de 
métail  où  il  eft  ,  en  l’écumant  toûjours  cuit  à  la  plume,  ôe  après  on  le  verfe 
dans  une  quatrième  chaudière,  &  quand  il  eft  à  demy  refroidy  on  enlevé  le 
grain,  c’eftàdire  qu’avec  une  écumoire  ou  fpatulc  de  bois,  on  regarde  filefu- 
icre  commence  à  fe  grener,  ce  qui  fc  fait  en  palTant  l’écumoirc  delfous  le  fucre 
de  la  droite  a  la  gauche.  Ce  fucre  étant  de  la  qualité  requife  &  encore  chaud , 
eft  jette  dans  des  moules  dont  le  trou  d’en  bas  eft  bouché  j  au  bout  de  vingt- 
quatre  heures ,  qui  eft  ordinairement  le  temps  que  le  fucre  a  pris  corps,  les  nè¬ 
gres  portent  ces  moules  dans  leurs  caftes  ou  maifons  ,  &  après  avoir  débou¬ 
ché  les  trous  &  percé  le  fucre,  ils  placent  cesmcfulcs  fur  des  petits  pots  que  nous 
appelions  jaiTons,afin  d’en  recevoir  le  firop  qui  en  découle.  Lorfque  le  firop 
clt  écoule  ils  retirent  le  fucre  des  moules ,  &eniuite  le  coupent  avec  un  couteau  j 
ce  fucre  ainfi  coupé  eft  ce  que  nous  appelions  Mofeovade  grife,  ou  Sucre  des 
Ifles  non  atteré , laquelle  pour  être  delà  bonne  qualité  ,  il  faut  qu’elle  (oit  d’un  de  ^ufe. 
gris  blanchâtre ,  feche ,  la  moins  grafte ,  &  qui  fente  le  moins  le  brûlé  qu'il  fera 
poftible.  Cette  Mofeovade  eft  la  bafte  &  la  matière  dequoy  on  fait  toutes  les  diftc- 
rentes  fortes  de  fucres  que  nous  vendons. 

Cette  Mofeovade  a  fort  peu  d’ufage  ,  quoyquc  ce  foit  ùnc  affez  bonne  mar- 
chandife,  pour  faire  des  Sirops  ou  confitures  rouges^ 


C  HAPITRE  XL. 

De  la  Caffonade. 

La  Caffbnnade  ou  Sucre  des Iflcs atteré ,  eft  delà  Mofeovade  grife  fondue, 
après  avoir  été  bien  clarifiée  &  paftée  par  des  draps ,  &  cuite  à  la  plume ,  eft 
mife  dans  des  moules ,  &  préparée  de  la  manière  dont  j’ay  cy- devant  parlé  :  après 
que  le  firop  eft  égoûté  on  met  fur  le  fucre  l’épaifteur  d’un  pouce  de  terre  glaile 
detrempée  dans  de  l’eau,  afin  que  l’eau  qui  eft  dans  la  terre  pafte  au  travers  du 
fucre,  &  entraine  avec  elle  ce  qui  pourroit  y  être  refte  de  Sucre  gras  &  vilain. 
Lorfqu’il  n’en  découle  plus  rien ,  &  que  la  terre  de  deftus  eft  feche ,  on  retire  le 
fucre  des  moules ,  enfuite  on  coupe  les  pains  en  trois ,  c’eft  à  dire  on  met  les  bas 
de  pain  d’un  côté,  le  milieu  d’un  autre,  &  le  bout  d’un  autre  j  ou  pour  mieux 
dire,les  Ameriquains  font  d’un  pain  de  fucre  trois  fortes  de  Caflonades  ,  c’eft 
ce  qui  fait  que  dans  les  parties  de  Caftonades  ,  il  s’y  en  trouve  ordinairement  de 
trois  fortes,  que  l’on  diftingue  par  caftonades  de  bas  de  pain,  du  milieu  &  de  la 
tête,  qui  eft  la  plus  commune.  Lorfque  ces  fucres  font  coupez  &  divifez  en  trois, 
les  Ameriquains  les  é'tendent  fur  de  grandes  toiles  pour  les  faire  fecher  à  l’air ,  & 
après  avoir  été  fcché  eft  enfermé  dans  de  grandes  caiftes  de  la  manière  qu’elle 
nous  vient.  La  plus  belle  Caffonade  vient  du  Brefil ,  laquelle  doit  être  extrême-  cadonad* 
ment  blanche, feche  &  grenue,  d’un  goût  &  d’odaur  de  violette.  Celle  d’après  Btcfii, 
eft  la  Cayenne ,  fur  tout  celle  qui  a  été  faite  des  bas  de  pain ,  &  qui  eft  blanche 
&  feche. 


H  i  ivoire  generale 

La  Caffonadc  cft  fort  en  ufagc  par  les  Confifeurs ,  furtout  celle  de  Brefil ,  tant 
à  caufe  qu  elle  eft  moins  fujette  à  fe  candir ,  que  parce  que  les  confitures  en  font 
plus  belles  &:  plus  de  garde.  Q^lques-uns  veulent  que  l’on  a  donné  a  ce  fucrc 
en  poudre  le  nom  de  CalTonade  ou  Caftonnade  ,  à  caufe  qu’il  vient  dans  des 
cames  que  les  Allemands  appellent  Kaft,  ce  qui  ne  doit  neanmoins  pas  être  ge¬ 
neral ,  puifqu’il  en  vient  autant  dans  des  banques  que  dans  des  cailTes. 


CHAPITRE  XLI. 

? 

Du  Sucre  de  fept  livres, 

L  e  Sucre ,  mal  à  propos  appelle  de  fept  livres ,  puifqu’il  en  peze ordinairement 
jufqu’à  douze ,  eft  delà  Mofeovade  grife  ,  clarifiée  &  mile  en  pain  de  la  ma¬ 
niéré  que  j’ay  cy-devant  dit  ,  &  après  l’avoir  lailfé  à  l’étuve  pendant  quelques 
jours  pour  luy  donner  corps ,  on  l’enveloppe  de  papier  gris  ou  bleu  comme  nous 
le  voyons.  Nous  diftinguons  le  Sucre  de  fept  livres  ,  aufli-bien  que  tous  les  autres 
Sucres,  àla  referve  du  royal  :  Sejavoir  en  Sucre  blanc  ,  relié  &  tâché.  Le  blanc 
cft  le  plus  beau  -,  le  relié  cft  ccluy  qui  fuit  -,  letroifiéme  eft  le  taché  qui  cft  le  plus 
commun,  &  cft  ainfi  appcllé  â  caufe  qu’il  a  ordinairement  des  taches  de  couleur  de 
Chipre  au  haut  des  pains  ;  plus  le  fucrc  cft  blanc ,  bien  étuve ,  d’un  grain  ferré, 
fcc  &fonant ,  plus  il  eft  cftimé. 

Le  Sucre  de  7  liv  .eft  celui  dont  on  fe  fert  ordinairement  dans  les  maifons  bourgeois 
fes,  tant  parce  qu’il  coûte  moins  que  parce  que  l’on  prétend  être  d’un  meilleur, 
ufage.  Du  fucrc  de  fept  livres ,  par  le  moyen  de  la  fonte,  du  rafinement  &  des  pe¬ 
tits  moules ,  on  en  fait  les  petits  fucrcs  que  nous  diftinguons  par  fucrc  de  deux, 
de  trois  ,  de  quatre  ôi  de  lix livres,  &par  blanc  relié  &  taché.  Plus  ces  fu- 
sucre  en  pctits  moules ,  c’cft  â  ditc  en  petits  pains  ,  &  plus  ils  font  blancs  & 

petits  plus  ils  font  chers.  A  l’égard  de  leurs  choix  ils  doivent  aulli  être  bien  étuvez  d’un 
grain  fin,  ferré  &c  brillant,  &  qu’en  le  frappant  du  doigt  fonne  prcfquc  comme 
du  verre.  L’ufagc  de  ces  petits  lucres  cft  pour  faire  des  Sirops  ou  Confitures  blaii- 
che ,  comme  abricots  &  autres  j  ou  pour  faire  des  prefens. 


chapitre  xlii. 

Du  Sucre  royal. 

Le  Sucre  furnommé  Royal  â  caufe  de  fa  grande  blancheur ,  cft  du  petit  Su¬ 
cre  blanc ,  ou  de  la  Callonadc  du  Brefil ,  fondue  &:  mife  en  pain  comme  les 
precedents. 

Le  Sucre  royal  doit  être  extrêmement  blanc  &  égal  par  tout,  c’cft  à  dire  auffi 
beau  au  haut  comme  au  bas ,  d’un  grain  fin ,  ferré ,  brillant  &  ferme ,  neanmoins 
facile  à  cafter ,  qui  cft  la  marque  generale  des  fucres ,  qui  ont  été  bien  étuvez  & 
qui  font  d’une  bonne  qualité.  Nous  vendons  encore  du  Sucre  que  nous  appelions 
Oemy  *^oyal ,  qui  cft  du  fucrç  en  petit  pain  extrêmement  blanc ,  enveloppé  de 

loyal.  papier  violet,  qui  vient  d’Hollande. 

Les  Hollandois  nous  envoyoient  autrefois  des  Sucres  du  poids  de  dix-huit  à 

vingt* 


des  Drogues,  Livre  II.  97 

vingt  livres ,  enveloppé  au  lieu  d.e  papier  dé  feü’lles  de  palmier  ,  &  à  caufe  de 
cette  enveloppe  étoit  appelle  Sucre  de  palme  ,  &  c’écoit  un  lucre  blanc ,  gras ,  &: 
d’une  très  bonne  qualité ,  &  d’un  goût  de  violette.  Nous  avions  encore  les  Sucres 
de  Madères ,  mais  depuis  que  nous  avons  les  Illcs  nous  n’en  voyons  prcfqueplus. 
Je  ne  m’arréteray  pas  à  vouloir  parler  du  fucre  des  anciens  qu’ils  étoicnt  ap- 
pelléTabaxir  ou  Sucre  de  Menbu  ,  &:des  Sucres  furnommé  Alhafur  &:  AlKafcrj 
tant  parce  qu’ils  ne  viennent  pas  jufqu  à  nous ,  que  parce  que  quantité  de  vieux 
Auteurs  en  tra  tent. 

Je  diray  feulement  que  nous  avons  de  plufieurs  fortes  de  fLicres  ,qui  ne  diffe¬ 
rent  que  luivant  leurs  rafin  mem ,  ou  fuivant  les  lieux  où  ils  ont  été  rafiné^ ,  com- 
par  exemple  les  plus  beaux  Sucres  d’aujourd’huy,  font  ceux  de  Diepe  &  d’O  leans* 
quieft  le  contraire  du  paffé,  en  ce  que  celuy  de  Roüen  pafToit  pour  le  mieux  ra- 
finé  &  pour  le  plus  beau. 


CHAPITRE  XLIII, 

De  la  Clnpre  ou  Sucre  rouge, 

La  Chypre  ou  Sucre  rouge,  cft  une  efpece  de  Mafeovade  que  l’on  forme 
en  Caflonade ,  lacpielle  cli faite  des  Sirops  des  Sucres  de  fepr  livres ,  de  la  même 
maniéré  que  l'on  lait  les  autres  Sucres.  Cette  Chypre  doit  être  d’un  gris  rouge⬠
tre,  la  plus  feche  &  qui  ne  lente  guere  le  brûle  ,  en  ce  qu’il  s’en  {encontre  qui 
cil  11  humide  &:  qui  fenc  tellement  le  brûlé,  qu’il  cil  comme  impoilible  de  pou¬ 
voir  s’en  fcrvir. 

L’ufige  de  celle  de  Chypre  étoit  autrefois  fort  grande ,  en  ce  que  l’on  s’en  fer- 
voit  pour  mettre  dans  les  cliileres  au  lieu  de  cnital  minerai  ;  mais  preientement 
plufieurs  Apoticaircs  en  ufent  fort  mal  à  propos  pour  laire  leurs  firops ,  tant  pour 
en  faire  meilleur  marche  que  parce  qu’ils  croyent  que  cette  Chypre  cil  la  ma- 
ticre  dont  on  fait  le  Sucre,  ainii  que  plufieurs  Auteurs  l’ont  écrit.  Ce  qui  cil  bien 
éloigné  de  la  raifon  ,  puifque  ce  n’cll  que  le  Sucre  qui  ne  peut  fe  blanchir  &  fc 
former  en  pain.  Ainiilcs  Apoticaires  Vautres, doivent  être  averti  de  ne  plus  fc 
fcrvir  de  cette  Chipre  ,  étant  incapable  d’entrer  dans  le  corps  humain,  tant 
par  fon  mauvais  goût  que  parce  quç  leurs  compofitions  en  fnnt  toûjours  fore 
Vilaines ,  quelques  foins  qu’ils  y  puiifent  apportej:;  &  s'ils  veulent  épargner  leur 
boiirfe  ,  ils  pourront  fe  fervir  de  la  Moicovade  grife ,  &  pourront  affirmer 
qu’ils  feront  faits  de  la  matière  dont  on  fait  le  fucre,  &  ceux  qui  fçauront  bien 
purifier  cette  Mofeovade,  feront  d  auflî  beaux  Sirops  rouges  ,  que  s’ils  s’étoient 
fervi  de  fucre  commun  ou  de  iept  livres.  Les  faifcursd’Oublies  ou  de  petits  mé¬ 
tiers  ,  employent  beaucoup  de  fucre  rouge. 

Les  Sirops  de  la  Chipre  que  nous  appelions  Doucette,  ou  Mallaifes,  ou  Si-  DoHc«tc 
rops  de  Sucre  ,  doivent  être  encore  plus  rejette  ,  en  ce  que  ce  n’eil  que  le  ^  • 

Sirop  gras  delà  Chipre,  qui  ne  peut  prendre  aucun  corps,  &  ne  doit  être  cm- 
ployé  dans  aucun  ufage  hirtout  de  la  médecine,  ce  que  bien  de  perfonnes  n’ob- 
fervent  pas  en  fa ifant  àes  firops  ou  cleduaires , &il  ne  faut  pas  s  étonner  fi  nous 
voyons  tant  de  faileurs  de  compofitions  ,& les  donner  à  fi  vil  prix.  Outre  ces 
iifages  nous  envoyons  quantité  de  ces  Mallaifes  en  Hollande  ,  de  laquelle  ils  fc 
fervent  pour  graill'cr  le  'Tabac ,  &  pour  vendre  aux  pauvres  gens  qui  s’en  Icrvent 
au  lieu  de  fucre.  Quelques  perfonnes  m’ont  alfuré  que  l’on  pouvoit  faire  de 
I.  Partie.  .  N 


9  8  Hiftoire  generale 

Teau  de  vie  avec  cette  doucette  ,  ce  que  je  n’ay  -pas  expérimenté ,  mais  pour  avec 
de  la  Mofeovade  on  en  fait  de  très  bonne ,  &c  quicnyvre  comme  celle  qui  pour^' 
roit  être  faite  de  vin. 


CHAPITRE  XLIV. 

JDu  fucre  Candi  blanc. 

Le  Sucre  Candi  blanc  eft  de  la  Caflbnade  blanche  du  Brefil  ,  &  du  Sucre 
blanc  fondu  enfemble  ,  &  cuit  à  la  grande  perle ,  &  enfuite  mis  dans  des  poê¬ 
lons  de  cuivre , auec des  petits  bâtons  pour  y  faire  attacher  le  Sucre,  en  fc  can- 
difant  pendant  quinze  jours  qu’il  demeure  â  l’étuve-,  mais  ce  qu’il  y  à  de  plusfu- 
jet,  c’eft  qu’il  faut  que  le  feu  de  l’étuve  foit  toujours  égal  durant  les  quinze  jours 
qu’il  y  rette.  On  le  retire  enfuite  de  letuve  pour  le  faire  egouter  &  fecher.  On  le 
met  dans  des  boettes  pour  le  befoin. 

On  doit  choifir  ce  Sucre  blanc ,  fec  ,  clair  &  tranfparant.  Le  plus  beau  Candy 
que  nous  ayons  vient  d’ Hollande ,  c’eft  pourquoy  il  efttoûjours  de  quatre  â  cinq 
fols  par  livre  plus  cher  que  celuy  de  Tours  ,  Orléans ,  Paris  &  autres  endroits. 

On  eftime  ce  fucre  fort  convenable  pour  humeder  la  poitrine ,  &  pour  guérir 
le  rhufme. 


CHAPITRE  XLV. 

T>u  Sucre  Candi  roux. 

Le  Candy  roux  fe  fait  de  la  meme  maniéré  que  le  blanc ,  à  la  referve  qu’il  (c 
fait  avec  des  Mofeovades  brunes ,  &  qu’il  le  faut  faire  cuire  à  la  feüille  ou 
plume,  &  le  mettre  dans  des  pots  de  terre,  en  ce  que  la  terre  attache  plus  que 
le  cuivre. 

Ce  Sucre  eft  ufité  aux  mêmes  maladies  que  le  precedent.  Le  plus  fcc,  le  plus 
roux  &  le  véritable  Hollande ,  eft  le  meilleur. 


C  HAPI  T  RE  XLVI. 

De  l  Alphoenix  ou  fucre  tort  ^  ou  Epenides. 

î  ’Alphcenixâ  qui  quelques-uns  ont  donné  leTurnom  de  Sucre  d’orge  blanc, 
1-Jeft  du  fucre  cuit  â  cafter ,  &  jetté  fur  un  marbre  graifté  tant  foit  peu  d’huile 
d’amendes  douces,  &  enfuite  manié  comme  de  la  pâte,  &  parle  moyen  d’un 
cloud  ou  d’un  crochet,  on  le  met  de  telle  figure  que  l’on  Veut ,  &  pour  s’empê¬ 
cher  de  fc  brûler  les  mains  on  fe  les  frotte  d’amidon.  Ce  Sucre  d’orge  blanc  ou 
Epenides ,  eft  cftimé  propre  pour  guérir  le  rhume.  Il  y  en  a  qui  pour  faire  meil¬ 
leur  marché  de  ce  Sucre ,  lors  qu’il  eft  tout  en  firop ,  ils  .y  mêlent  autant  d’amidon 
qu  il  y  en  peut  entrer  pour  le  réduire  en  pâte ,  &  en  former  des  Epenides  qu’ils 


des  Drogues ,  Livre  I.  9 

font  fccher.  Ces  fortes  de  Penides  feront  fort  facile  à  connoltre  ,  en  ce  qu’étant 
mis  dans  la  bouche  elles  font  pateufes  comme  de  la  colle. 

Il  y  a  encore  un  autre  Sucre  à  calTer ,  que  l’on  appelle  mal  a  propos  Sucre  d'orge, 
puifque  ce  n’eft  que  de  la  cafTonnade  fondue  dans  l’eau  clarifiée  &  cuite  à  caf- 
1er ,  &  enfuite  jette  fur  une  pierre  grailTée  de  tant  foit  peu  d  huile  d'amandes  dou¬ 
ces  ,  &:  formé  après  en  petits  bâtons  de  la  maniéré  que  nous  le  voyons.  Cette 
maniéré  de  fucre  eft  fort  difficile  â  faire  ,  tant  pour  le  faire  cuire  que  pour  le 
mettre  en  bâtons  tortillé ,  en  ce  qu’il  faut  être  jufte  â  la  cuifTon,  &  être  fubtil  à  le 
mettre  en  petits  bâtons ,  en  prenant  garde  qu’il  ne  s’engrailTe. 

Ce  Sucre  d’Orge  doit  être  d’une  belle  couleur  d’ambre,  fec,  nouveau  fait, 
n’adherant  nullement  aux  dents.  Quelques  Confifeurs  pour  luy  donner  une  plus 
belle  couleur ,  le  colorent  avec  le  fafran. 

On  prétend  que  ce  Sucre  cuit  foit  fort  propre  pour  guérir  le  rhume,  on  pré¬ 
tend  auffi  que  l’on  luy  a  donné  le  nom  de  Sucre  d’orge ,  non  pas  â  caufe  qu’il  y 
a  de  l’orge  dedans,  ou  qu’il  eft  fait  avec  unedecoétiôn  d’orge ,  mais  parce  qu’il 
eft  d’une  couleur  jaune  comme  de  l’orge.  ^ 


CHAPITRE  XLVIL 

Du  Sucre  rofat. 

I  E  Sucre  Rofat  eft  du  Sucre  blanc ,  clarifié  &  cuit  en  confiftaricc  de  tablet¬ 
te  dans  de  l’eau  rofe,  &  lorfqu’il  eft  cuit  on  en  forme  des  tablettes  de  telles 
grandeurs  que  l’on  fouhaite,ou  bien  ôn  le  fait  en  petites  grenailles,  en  le  re¬ 
muant  jufqu  â  ce  qu’il  foit  fcc  &  refroidi. 

Le  Sucre  Rofat  n  eft  qu’un  Sucre  empreint  de  la  qualité  &  de  l’odeur  de  l’eau 
rofe ,  c’eft  pourquoy  il  eft  ordonné  avec  heureux  fuccez  â  ceux  qui  prennent  de 
petit  lait. 

On  choifira  le  Sucre  Rofat  en  tablettes,  fec  ,  bien  travaillé,  difficile  â  cafTer, 
d’un  goût  &  d’une  odeur  de  rofe ,  le  plus  blanc  &  le  plus  nouveau  fait  qui  fe  pour¬ 
ra  -,  &  celuy  en  poudre  aulli  en  grenailles  blanches  &  fcches ,  &  de  l’odeur  &  du 
goût  cy-defTus. 


CHAPITRE  XLVIII. 

*  Des  Vafiilles  de  Portugal. 

LEs  Paftilles  â  manger  ,  dont  les  meilleurs  viennent  de  Portugal ,  ne  font 
que  de  tres-beau  fucre  en  poudre  ficde-l  ambre  gris ,  Icfquelles  avec  desmuR 
cilages  de  gomme  adragant  ,  on  fait  une  pâte  que  l’on  met  enfuite  par  peti¬ 
tes  tablettes  telles  que  nous  les  recevons. 

On  les  doit  choifir  véritables  Portugal ,  ou  du  moins  quelles  ne  foient  pas  mé¬ 
langées  d’amidon,  ce  qui  fe  pourra  connoltre  â  leurs  goût  pâteux  &  peu  fucré. 
Les  Paftilles  fervent  â  ôter  le  mauvais  goût  de  la  bouche  U  â  manger  par  deli^ 
catefle. 

N  ij 


/.  PAYtit, 


lOO 


Hiftoire  generale 


CHAPITRE  XL  IX. 

Des  Dragée. 

ILyatantdc  fortes  de  Dragées, &  on  déguifele  Sucre  de  tant  de  manières,' 
qu  il  faudroit  un  livre  entier  pour  les  décrire  j  mais  comme  je  ne  prétend  par¬ 
ler  en  ce  Chapitre  que  des  chofes  couvertes  du  Sucre,  je  diray  que  les  plus  pe¬ 
tites  font  celles  que  nous  appelions  Nompareilles ,  qui  cft  du  Sucre  ou  de  l’Iris  en 
poudre  &  couvert  de  Sucre ,  defquels  on  fe  fert  pour  mettre  fur  quantité  de  patilfc- 
ric,  &  fur  le  pain  d’épices  deRheims. 

Anis reine.  Le  deuxième  l’Anis  reine ,  qui  n’eft  que  de  l’anis  couvert,  &  dont  on  fc  ferc 
pour  appaifer  les  vents. 

Petit  Ver-  ’Lc  tioiïiéme  eftle  petit  Verdun,  qui  ne  diffère  de  l’anis  à  la  Reine  qu’en  ce 
'  qu’il  eft  plus  cou\^rt,&  que  l’on  luy  donne  de  l’odeur  avec  tant  foit  peii  de  civette. 
A  l’égard  de  tous  les  autres  qui  portent  le  nom  d  'anis  couverts  ,  ne  font  au¬ 
tres  chofes  que  du  fenoüil  chargé  de  fucre ,  &  font  diftingué  par  chifres  &  par 
Numéro  ,  comme  par  exemple  :  Au  N°.  i.  A  la  demy  once  il  y  en  doit  avoir  izo. 
N-.  1.— 88.  N°.3.— (Î4.  No.4._.44.  34-  N'.  6.— 30.  N'.y.— 14- 

N°.8.— 18.  N'’.*).— 15.  N^io.—ii.  NMi.— 7.  N®.  I2---4-  Ces  quatre  derniers 
les  gros  Verdun. 

On  met  aufli  en  Dragée  de  l’épine  vinette ,  des  framboifes ,  des  femcnccs  de  me¬ 
lon  ,  la  canelle  coupée ,  qu’on  appelle  canclla  de  Milan ,  de  l’écorce  d’orange ,  qui 
foîs 'de"  appelions  Orangeât.  Le  meilleur  vient  de  Lyon ,  les  Piftaches , 

les  Pignons  &:  Amendes.  Celles  dont  la  pelure  cft  ôtée  font  appcllée  amendes  pe¬ 
lées  ,  Ôeles  autres  qui  ont  leurs  pelures  ,  amendes  liffes ,  ôe  celles  qui  font  une  fois 
plus  groffes ,  &  qui  font  rougeâtre  dedans ,  amendes  d’Efpagne ,  les  avelines ,  & 
ainfi  du  refte. 

A  l’égard  du  choix  des  Dragée  elles  doivent  être  nouvelles,  fidèlement  faites, 
en  ce  qu’il  y  en  a  qui  pour  faire  meilleur  marché  y  employeur  beaucoup  de  Sucre 
royal  des  Confifeurs ,  ou  pour  mieux  s’expliquer  de  l’amidon  i  ainfi  on  ne  doit 
pas  s’étonner  sHl  y  a  tant  de  méchantes  Dragée  j  &  qu’il  y  en  a  tant  de  diffé¬ 
rends  prix.  Elles  doivent  être  dures ,  feches ,  &  aufli  blanches  dedans  que  deflus  j 
&  que  les  amendes  piftaches  ou  autres  fruits  ,  foient  nouveaux  ;  car  les  Dragée 
ont  beau  être  bien  travaillées  &  faites  de  bonnes  étoffes  ,fi  les  fruits  ou  amendes 
qui  font  dedans  font  vieilles  ou  rances ,  jamais  les  Dragée  ne  vaudront  rien  5  on 
doit  aufli  les  conferver  dans  des  lieux  fecs,  en  ce  que  iorfqu’ elles  font  dans  des 
lieux  humides ,  elles  fc  piquent  &  de  viennent  hors  de  vente.  * 

Outre  toutes  ces  differentes  fortes  d’ouvrages  de  Sucre  dont  je  viens  de  parler, 
il  cft  permis  aux  Marchands  Epiciers ,  comme  étant  Confifeurs  de  vendre  toutes 
fortes  de  confitures  feches  &  liquides ,  &  de  les  travailler  eux-mêmes ,  ou  de  les 
frire  venir  des  lieux  où  on  les  fait ,  comme  de  Madère  ,  l’écorce  de  citron  de 
Tours ,  l’écorce  d’orange ,  les  noix  de  Rouen ,  le  Cotignat  d’Orlcans  &  autres 
lieux,  &  de  les  vendre  en  gros  &  en  détail  ,&  en  qualité  de  Confifeurs.  Üs  leurs  eft 
encore  permis  de  vendre  toutes  fortes  de  conferves  feches  &  liquides,^:  aufli  toutes 
fortes  de  firops  Amples  de  fleurs  &  de  fruits ,  comme  pourroit  être  les  firops  de 
pommes,  de  ccrife,  de  noix,  de  coing,  d’épine  vinette  ,  que  les  Apoticaircs 
appellent  ordinairement  du  mot  Latin  Berheris ,  ou  du  mot  Grçc  Qxiac^mha ,  de 


des  Drogues ,  Livre  Premier.  i  o  i 

Groffcille  qu’ils  appellent  firop  de  Ribes ,  de  Grenade ,  de  verjus ,  de  citron  ou  li¬ 
mon  ,  d’orange,  ainfi  des  autres  fruits.  Et  des  fleurs  les  firops  de  rozes  pales  ôc  rou¬ 
ges,  que  les  A  poticaircs  pour  les  déguifer  appellent  firop  de  rofe  folutif  ou  pur¬ 
gatif  ,&  celuy  de  rofes  rouges  iirop  de  rofes  feches.  A  l’égard  de  ce  dernier  je 
confeille  aux  Marchands  Epiciers  de  Icfaire  venir  de  Provins,  avec  les  conferves 
rouges  &  blanches ,  liquides  &  fèches ,  étant  le  lieü  où  il  fe  fait  le  mieux,  les  firops 
de  fleurs  de.pcfché ,  de  violettes  ou  violât ,  de  pied  de  chat ,  de  y)as  d’âne ,  ou  de 
tuflilage  &  de  nénuphar  ,&  gencralement  tous  les  autres,  pourveu  qu’ils  foient 
de  fleurs  ou  de  fruits,  &  qu’ils  foient  fimple,c’efl:  â  dire  qui  ne  foient  compofé 
que  de  fleurs  ou  de  fruits  &  de  fucrc ,  car  dés  qu’il  y  entre  Une  autre  drogue,  ce 
n’efl:  plus  du  fait  des  Epiciers  ou  Confifeurs ,  étant  un  fait  de  Pharmacie. 


G  H  A  P  I  T  R  E  L. 

De  ÎEfprit  de  Sucre. 

Outre  toutes  fes  fortes  d’ouvrages  que  l’on  fait  avec  le  fucrc ,  on  en  tire 
par  le  moyen  de  !a  Chymic  &:  du  Sel  Armoniac ,  un  cfprit  acide ,  qui 
apres  avoir  été  rectifié  eft  un  puifl'ant  apéritif  &  propre  pour  plufieurs  maladies, 
comme  la  Gravelle,  l’Hydropific  &:  la  Dilfantcric.  La  doze  eft;  jufqu’â  une  agréa¬ 
ble  acidité,  étant  pris  dans  quelque  liqueur  convenable  â  la  maladie,  ainfi  que 
l’Enfcignc  f^ort  bien  M.Lemery,  &  autres  Livres  de  Chimie  qui  en  traitent. 


CHAPITRE  LI. 

De  t Huile  de  Sucre. 

Comme  l’Huile  de  Sucre  qui  refte  après  la  redification ,  eft  une  huile  noire 
&  puante ,  on  s’eft  avifé  d’en  faire  une ,  qui  â  proprement  parler  n’cft  pas 
huile,  mais  un  Sucre  diflbud  â  la  cave.  Cette  huile  fefait  avec  des  œufs  durs  de 
la  même  maniéré  que  l’on  fait  celle  de  Mirthe,  ainfi  que  je  le  feray  voir  au  Cha¬ 
pitre  de  la  Mirthe. 

Cette  huile  eft  fort  propre  pour  embelir  le  vifage ,  &  prife  intérieurement  pour 
guérir  les  maux  d’eftomach. 

Comme  le  Sucre  eft  venu  premièrement  des  grandes  Indes  ,  les  anciens  luy  ont 
donné  le  nom  de  Sucre  ou  de  Sel  d’Indc. 


Tm  des  Racines  ^  Ro féaux. 


102 


HISTOIRE 

GENERALE 

^ ES  DROGUES 

LIVRE  TROISIEME. 

Des  Bois. 

V  R  E  F  A  C  E 

E  que  nous  Af>^eüons  Bois ,  juivant  Ad.Grew  y  ne^l  autre  chofe  quune  inji~ 
nité  de  fort  petits  canaux  ,  ou  de  fbres  creufes  ,  dont  les  unes  s’élèvent  en 
haut  ^fe  range  en  forme  d’un  cercle  parfait  i  ^  les  autres  qu’il  appelle  In-^ 
certions  >  vont  de  la  circonférence  au  centre.  Elles  fe  croijjent  mutuellement 
comme  les  lignes  de  longitude  ^de  latitude  >  fur  un  Çlohe  ou  les  fis  de  Tijferand  étendus 
en  long  (p*  en  large ,  entrelajfe:^  enfemhle  >  çÿ*  qui  avec  le  temps  prend  fon  accroijfement 
du  fuc  de  la  terre*  (y  devient  dur  fy  forme  le  corps  des  arbres ,  (ÿ*  font  plus  ou  moins 
durs  &  pefant  >  fuivant  qu'il  fe  rencontre  plus  ou  moins  ferrer,  *  ou  charge-s^  de  rtfne. 
Il  y  a  bien  de  la  conte fation  parmi  les  ,^uteurs  touchant  la  dérivation  du  mot  de  "Bois  ; 
hlicod  le  dérivé  du  mot  Grrc  Bofeon  »  qui  (tgnifie  lignum  *  Ménagé  de  Bofccum  ,  quort 
a  fait  de  Bofcum  ou  Bofeus  ,  qui  fignifie  forefl.  D'autres  veulent  qu’il  vient  du  mot 
lyiUemandBufch  imais  comme  toutes  ces  définitions  ne  regardent  aucunement  le  fujet  que 
je  traite ,  je  diray  que  de  tous  les  bois  nous  ne  vendons  que  ceux  qui  ont  quelque  ufage 
en  CMedecine  >  dans  laTeinture  ,ou  pour  la  marqueterie  ;  car  pour  ce  qui  e  fi  des  autres 
Bois  je  n’en  parler ay  point ,  n’étant  pas  de  notre  négoce. 


mîi 


des  Drogues,  Livre  1. 


CHAPITRE  I. 


DuBois  d  Aloës. 


E  tous  les  Bois  que  nous  vendons ,  nous  n’en  avons  point  de  plus  pre- 
J[^  %  tieux  &  de  plus  rare  que  le  véritable  bois  d’ Aloës  \  c’eft  pour  ce  fujet  qu’il 
cil:  h  peu  connu ,  &  que  chacun  luy  fuppofe  differentes  fortes  de  bois  j  s’il  a  été 
fujet  à  être  contre-^fait ,  ceux  qui  fe  font  mêlez  d’en  vouloir  écrire  en  ont  traité 
fl  diverfement ,  qu’il  n’a  pas  été  poflible  de  fqavoir  pofitivement  ce  que  c’étoit} 
mais  je  n’en  vois  point  qui  fe  foit  plus  éloigné  de  la  raifon  que  ceux  qui  ont 
écrit  comme  M.de  Furetiere,qui  dit  que  l’ Aloës  eft  un  grand  arbre  qui  croit 
auxindesde  huit  ou  dix  pieds  de  haut.  Son  trône  eft  gros  comme  la  cuiffejà  fa 
tête  il  fe  fait  un  grand  amas  defeüilles  dentelées  &  épaiffes,  larges  par  en  bas, 
s’étreliffant  jufqu’à  la  pointe  qui  font  de  quatre  pieds  de  longs.  Sa  fleur  eft  d’un 
rouge  entremêlé  de  jaune  &:  double  comme  l’oeüillet  j  elle  eft  foutenuë  par  de  pe¬ 
tits  rameaux  qui  fortent  du  tronc  avec  les  feüilles  entre  lefquelles  elles  fc-couchenti 
De  cette  fleur  vient  un  fruit  rond  comme  un  gros  poids  blanc  &  rouge  \  on 
tire  le  fuc  de  ces  feüilles  en  les  fendant  avec  un  couteau  ,  &  en  le  recueillant 
dans  des  calcbalTes ,  quand  il  eft  feché  au  Soleil  il  tire  fur  la  refine.  Son  bois  eft 
moucheté ,  odorant  &  amer ,  fon  écorce  eft  fi  déliée  quelle  femble  être  une  peau 
dont  la  couleur  eft  changeante. 

Il  y  en  a  de  plufieurs  efpeces ,  dont  le  meilleur  eft  l’ Agallochum  d’Inde  qui  vient 
de  Calecut.  Le  plus  exquis  eft  le  noir ,  de  couleur  changeante ,  plein,  pefant, 
maflif,  gros  &  épais,  qui  ne  tire  point  à  la  blancheur  ,  &  qui  s’allume  difficile¬ 
ment.  Je  ne  fijay  oùM.dcFuretierc  a  pris  ce  qui  eft  marqué  cy-deflus  ,  cn.ee 
qu’il  confond  la  plante  qui  produit  TAloes  avec  l’arbre  du  vray  bois  d’Aloës. 
Il  y  en  a  d'autres  qui  difent  que  ce  qui  fait  que  nous  n’avons  point  de  vérita¬ 
ble  bois  d'Aloës,  c’eft  qu’il  no  croit  que  dans  le  Paradis  Tcrrcftrc  ,  &  qu’on  en 


104  Hidoire  generale 

peut  avoir  que  par  le  moyen  des  ravines  d’eau',  &  d’autres  que  parce  qu’il  ne  croit 
que  dans  des  defercs ,  &  fur  des  atitcs'  montagnes  inacccflibles  ,  tant  à  caufe  de 
leur  grande  hauteur  qu’à  caufe  des  bêtes  feroces  ,  comme  Lion,  Ours  ,  Tigres, 
Panthères  &  autres ,  ainli  de  mille  autres  balivernes  qui  feroient  d’une  trop  lon¬ 
gue  difcution  fl  on  les  vouloir  icy  raporter  ,  c’elt  ce  qui  fera  que  je  diray 
ce  que  j’en  ay  appris  des  gens  de  la  fuite  des  Ambaffideurs  de  Siam  )  qui 
ont  apporté  de  ce  bois  pour  prefent  au  Roy  Loüis  XIV.  à  prefent  régnant ,  tant 
ouvragé  que  non  ouvragé -,  entre- autres  une  éguicre  avec  fa  foucoupe  propre  à 
laver  les  mains  faiteàSiam,  ée  à  la  mode  du  pays.  Cette  éguiere  quoyque  de 
bois ,  efl  plus  eftimée  que  h  elle  étoit  d’or  niaflif  )  qui  ell  que  l’arbre  du  vérita¬ 
ble  bois  d’Aloës  croit  dans  laCochinchinc,  dans  le  Royaume  deLao  &dans  la 
Chine ,  6e  qu’il  clt  de  k  hauteur  6e  figure  de  nos  Oliviers ,  ayant  fes  feüilles  à  peu 
prés  de  même,  après  lefquelles  naît  un  petit  fruit  rouge  femblable  à  nosccrifcs. 
On  apporte  à  Surate  quantité  d.  bois  d’Aloës,  dont  le  plus  refineux  qui  eft  le 
plus  elbmé,  elf  dilbngué  par  bois  d’Aloës  du  grand  &  petit  morceau. 

Il  eft  à  remarquer  que  le  tronc  de  cet  arbre  clt  de  trois  couleurs ,  ôc  n’en  font 
que  les  parties  differentes  qui  fc  prennent  dans  l'épaiffeur  de  fa  maffe  ou  fub- 
ftancc.  Le  premier  bois  qui  fe  trouve  immédiatement  fous  l’écorce  ,  eft  d’une 
couleur  noire  ,  compacte,  pelant  écaffez  femblable  à  l’Ebeine  noir  ,  6c  à  caufe 
de  cette  couleur  les  Portuguais  luy  ont  donné  le  nom  Pao  d’Aquila  ,  qui  figni- 
Bois  dwi-  fie  Bois  d’ Aio-lc.  Le  fécond  qui  eft  un  bois  léger ,  veineux ,  femblables  à  du  bois 
Büis  de  pourri,  6c d’une  couleur  tannée ,  eft  ce  que  nous  appelions  bois  de  Calambouc , 
Cabm.  •  ou  vray  bois  d’Aloës.  Le  troifiéme  qui  eft  le  coeur ,  eft  ce  pretieux  bois  du  Tam- 
Umbâ?"'  Calambac  i  mais  fa  grande  rareté  6c  fon  haut  prix  clt  le  fujet  pour  lequel 

je  n’en  parleray  pas,  n’en ayant  jamais  veiuainfi  je  diray  que  loifque  l'on  aura 
befoin  de  véritable  bois  d’Aloës,  on  s’attachera  au  Calambouc ,  quoyque  ce  ne 
foit  pas  le  meilleur ,  mais  comme  il  eft  impofliblc  d’avoir  du  véritable  qui  eft  le 
Calambac ,  à  moins  que  ce  ne  foit  par  la  voyc  de  quelques  grands  Seigneurs. 

On  doit^choifir  le  bois  de  Calambouc  d’un  tanné  luifant ,  bien  jafpé  au  def- 
fijs, comme  porreux ,  6c  d’une  couleur  d’un  blanc  jaunâtre  en  dedans ,  d’un  goût 
amer ,  principalement  quand  il  a  été  tenu  quelque  temps  dans  la  bouche  d’oii 
eft  venu  fon  furnom  de  bois  d’Aloës ,  à  caufe  que  fon  amertume  retire  à  celle  de 
l’Aloës ,  qu’il  foit  léger, refineux,  femblable  à  du  bois  pourri ,  6c  qu’étant  mis 
au  feu  brûle  comme  de  la  cire,  6c  jette  une  odeur  fuave  6c douce.  On  préférera 
celuy  où  il  fe  rencontre  des  morceaux  de  gomme ,  mais  quelle  n’y  aye  pas  été 
mife  artificiellement. 

OeBois  d’Aloës  n’a  autre  ufage  que  je  fçachc ,  que  pour  la  medecine  ,  en  ce 
qu’il  eft  fort  aromatique. 

A  l’égard  du  bois  d’ Aigle  il  n’eft  d’aucun  ufage  en  France,  en  ce  que  les  In¬ 
diens  s’en  fervent  pour  faire  pliifieurs  petits  ouvrages ,  6c  même  pour  fe  faire  des 
^rmes,6cil  eft  fi  rare  en  France  qu’il  eft  affez.  difficile  d’en  pouvoir  trouver,  ce 
^^i  eft  bien  contraire  à  la  plufpart  de  ceux  qui  en  ont  écrit ,  qui  difcnt  qu’il  eft 
commun. 

Outre  le  bois  de  Calambouc  ou  vray  bois  d’Aloës,  nous  en  avons  quantité 

autres  fortes  qui  portent  le  même  nom  i  mais  comme  il  me  feroit  impoflible  de 
pouvoir  tous  les  différencier  ,  je  me  contenteray  de  dire  qu’ils  doivent  être  tous 
lejptte  ,  n  étant  que  des  bois  fuppofez  ,  dont  Icuts  formes  6c  leurs  figures  font 
toutes  oppofées^ en  ce  que  ces  prétendus  bois  d’Aloës  font  par  gros  morceaux, 
pe  ants ,  tantôt  rougeâtre  tantôt  verdâtres,  6c  ainfi de  plufieurs  autres  couleurs. 

Ce 


des  Drogues ,  Livre  III.  ï  o  5 

Ce  qui  ne  fera  pas  dilïicile  à  connoitre ,  en  ce  que  le  vray  Calambouc  cft  ordinai¬ 
rement  en  morceaux  plats  &  léger. 

Q^lques-uns  veulent  que  l’Arbrede  Vie,  ouTuya,  qui  eft  à  Fontainebleau  & 
au  Jardin  du  Roy  à  Paris,  foit  l’arbre  du  bois  d’Aloës,ce  que  j’ay  trouvé  n’être 
pas  verirable ,  en  ce  que  j’en  ay  eu  un  pendant  trois  années  ,  au  bout  defquelles 
jel’ay  tiré  de  terre  en  ce  qu’il  s’y  mouroit  j  &  apres  avoir  été  quelque  temps  ex- 
pofé  a  l’air, fon  goût  Sifon odeur  forte  qu’il  avoit  étant  en  vie  s’eft  perdue ,  ôc 
elt  devenu  extrêmement  léger ,  d’un  goût  incipide ,  &  d’une  couleur  blanche  def- 
fus  &  dedans. 


CHAPITRE  IL 

De  ÎAfpalath, 


L’Àfpaîath  cft  un  Bois  qui  n*a  pas  etc  moins  inconnu  aux  anciens  que  le 
vray  bois  d’Aloes ,  &  qui  meme  à  prefeutnenous  cft  connu  que  fur  des  re¬ 
lations  fur  lefquellcs  on  ne  peut  pas  faire  fond ,  n’ayant  pu  quelque  diligence  que 
j’ayc  fait  m’éclaircir  de  la  vérité  de  la  choie ,  ce  qui  fera  que  je  ne  diray  que  ce 
que  j’en  ay  pû  apprendre ,  &  ce  que  l’on  vend  pour  Afpalath. 

Nous  vendons  de  trois  fortes  de  bois  fous  le  nom  d’ Afpalath.  Le  premier  eft 
un  bois  noirâtre ,  que  je  crois  être  le  véritable  bois  d’ Aigle. 

Le  fécond  cft  un  Dois  tant  foit  peu  amer  ,  pefant,  oléagineux,  rempli  de  vei¬ 
nes  de  differentes  couleurs ,  &  toutes  ces  couleurs  mêlées  enfemblc ,  rendent  ce 
bois  rougeâtre,  il  eft  couvert  d’une  écorce  grife  ,  épailTc  &  fort  raboteufe.  A  l’é¬ 
gard  de  la  figure  de  cet  arbre,  &  de  ces  feümcs,  fleurs,  fruits  ,&pays  où  il  croit, 
je  n’en  ay  pû  rien  fijavoir,  ce  qui  fera  que  je  diray  que  cet  Afpalath  foit  faux  ou 
véritable, cft  celuy  qui  eft  le  plus  rc(jû  des  gc^  qui  d.fent  s’y  bien  connoître, 
&  que  nous  vendons  ordinairement. 

/.  P4r«V.  © 


thuya  cftt 
arbre  de 
Vie. 


io6  Hifloire  generale 

Le  plus  ’grand  ufagedel’Arpalath,  foit  le  noirâtre  ou  le  rougeâtre  j  eft  pour  là 
coinpofition  des  trochifqucs  d’Hedycroum. 

Le  troifiéme  bois  d’Afpalath  nous  eft  autant  connu  &:  commun ,  que  les  deuîc 
cy-dejOfus  nous  font  inconnus  &  rares  ce  troifiéme  bois  d’Alpalath  eft  ce  qu^; 

Bois  de  nous  appelions  bois  deRhodeoude  Rofe,à  caufe  qu’il  a  l’odeur  des  rôles, 

non  pas  que  ce  foit  le  bois  du  fous-arbrilfeau  ,  qui  porte  les  rofes  comme  la 
plu  (part  le  croyent. 

Le  bois  de  rofe  eft  de  couleur  de  feüillc  morte  de  l’odeur  cy-dedus ,  qui  nous 
eft  apporté  de  plulicurs  endroits  du  Levant  ,  mais  principalement  de  l’Ifle  de 
Bois  de  Rhode  de  de  Cypre ,  d’où  eft  venu  fon  nom  de  bois  de  Rofe  ou  de  Cypre ,  quoy- 
Cypir  que  le  R.  P.  du  Tertre  veut  qu’il  y  aye  une  diftindion  entre  le  bois  de  rofe 
le  bois  de  Cypre ,  de  voicy  ce  qu’il  en  dit  î 

Ce  que  nous  appelions  bois  de  rofe  dans  la  Guadeloupe  ,  eft  proprement  cè 
que  les  habitans  de  la  Martinique  appelle  bois  de  Cypre.  Il  eft  trcs-certain 
qu’il  y  a  deux  fortes  de  bois  de  iofe  que  nous  confondons  fous  ce  nom ,  fans 
nous  fervir  de  celuy  de  Cypre ,  dautant  que  les  deux  arbres  fc  reflcmblent  fi  fort 
en  leur  hauteur  ,  en  leur  grolfeur  ,  en  leur  écorce ,  en  leurs  feüillcs ,  en  leurs 
fleurs,  &  en  leur  odeur,  que  la  plufpart  des  habitans  ny  mettent  aucune  diftinc- 
tionj  j’ay  pourtant  veu  dans  la  Guadeloupe  quelques  curieux  qui  appclloient  ce 
Bois  mar  liabitaus  de  la  Martinique  appellent  bois  de  rofe ,  bois  marbré  ,  à 

blé,  caufe  que  le  cœur  de  l’arbre  eft  comme  jafpé  de  blanc ,  de  noir  &  de  jaune ,  c’eft 
la  feule  diftindlion  que  j’y  ay  pu  remarquer.  Cet  arbre  croit  fort  haut  de  fort  droit, 
il  a  les  feuilles  longues  comme  celles  du  Chataigner  ,  mais  plus  fouples ,  velues 
de  blanchâtres,  il  porte  de  gros  bouquets  de  petites  fleurs  blanches,  &  par  apres 
de  petites  graines  noires  &  liflez  ;  les  plus  gros  nont  qu’environün  pied  quarre  j 
l’écorce  de  ce  bois  eft  blanchâtre  de  prefquc  femblable  à  celles  des  jeunes  chcnes,& 
il  a  tant  de  rapport  au  noyer ,  quand  il  eft  mis  en  œuvre ,  qu’on  auroit  de  la  peine 
à  le  diftinguer.  En  le  travaillant  il  exhale  une  odeur  fi  fuave ,  que  celle  des  rofes 
n’eft  rien  en  comparaifon.  Il  eft  vray  quelle  fe  diflipe  avec  le  temps  ,  mais  elle 
fe  renouvelle  quand  on  coupe  ou  que  l’on  frotte  bien  fort  le  bois ,  il  eft  très  bon 
pour  bâtir. 

Il  faut  choifir  le  bois  de  rofe  nouveau ,  fcc,  de  couleur  de  feüille  morte,  d’une 
odeur  de  rofe  de  le  plus  gros  de  le  moins  tortu  qu’il  fc  pourra. 

L’ufage  de  ce  bois  eft  pour  faire  des  chapelets  i  l’on  s’en  fert  aufli  quelque 
peu  en  Médecine  â  caufe  de  fa  bonne  odeur,  ce  qui  a  donné  occafion  aux  Dis¬ 
tillateurs  de  s’cii  fervir  pour  faire  de  l’eau  rofe,  c’eft  ce  qui  fait  qu’il  y  en  a  qui 
donnent  de  l’eau  rofe  â  fi  bon  marché. 

Les  Chirurgiens  de  Barbiers  fe  fervent  des  coupeaux  ou  rognures  pour  faii^é 
boüillir  dans  l’eau  dequoy  ils  font  la  barbe.  Quelques-uns  s’en  fervent  comme 
de  Santalcitrin,  après  avoir  etc  réduit  en  poudre  pour  mettre  dans  les  Paftillcs 
à  brûler.  Les  Hollandois  en  tire  par  la  diftillation  une  huile  blanche  de  fort 
Huile  de  odorante  qu’ils  nous  envoyent,  &  que  nous  vendons  foûs  le  nom  à'Oleum  rho~ 
RiiodiuiH.  ^  ^  pluficurs  particuliers ,  comme  Parfumeurs  de  autres ,  qui  s’en  fervent  com¬ 
me  d’un  très  bon  parfum. 

Il  eft  à  remarquer  que  cette  huile  étant  nouvelle  eft  tout  comme  de  l’huile 
d’olive,  mais  au  bout  de  quelque  temps  s’épaifit  de  devient  d’un  rouge  obfcur 
comme  de  l’huilc  de  cade. 

On  tire  du  bois  de  rofe  par  la  cornue  ,  un  cfprit  rouge, une  huile  noire 
puante,  qui  eft  fort  propre  pour  la  gucrifon  des  dartres. 


des  Drogues.  Livre  1 1 1. 


107 


CHAPITRE  IH, 


Des  Santaux. 


LEs  Santaux  (ont  trois  bois  de  differentes  couleurs  "  odeurs  &  figures  ^ 
provenant  à  ce  que  l*on  m*a  affuré ,  tous  trois  d’un  même  arbre  ,  &  dont  la 
différence  ne  provient  que  des  differens  pays  où  il  croifTcnt. 

Cet  arbre  eft  de  la  hauteur  de  nos  noyers ,  ayant  fes  feüilles  faites  comme  le 
Lintifque ,  fuivie  d’un  petit  fruit  de  la  groffeur  de  nos  cerifes ,  vert  dans  fon  com¬ 
mencement  ,  &  qui  noircit  à  mefurc  qu’il  meurit  j  étant  meur  il  tombe  facile¬ 
ment  de  l’arbre ,  &  il  eft  d’un  goût  incipide  &  de  nulle  valeur. 

Le  Santal  Citrin  nous  eft  apporté  par  bûches  ,  &  tout  mondé  de  fon  écorce  , 
de  la  Chine  &  même  de  Siam  ,  c’eft  pourquoy  nos  François  qui  revinrent  de 
Siam  en  \C%C.  en  apportèrent  avec  eux  une  bonne  quantité.  On  le  doit  choifir 
pefant ,  de  bonne  odeur ,  de  couleur  jaune  comme  le  buis ,  ce  qui  luy  a  donné  le 
îurnom  de  Citrin ,  qui  fignifie  jaune ,  en  prenant  garde  que  ce  ne  foit  du  bois 
de  citron  que  l’on  fuppofe  affez  fouvent  à  fa  place. 

Lç  Santal  Citrin  eft  fort  ufité  en  médecine ,  &  par  les  Parfumeurs. 

Le  Santal  blanc  approche  beaucoup  du  Citrin  ,  n’y  ayant  que  la  couleur  & 
l’odeur  qui  en  peuvent  faire  la  différence.  Ce  bois  nous  eft  apporté  par  bûches 
&  mondé  de  fon  écorce  de  l’Ifle  de  Timor. 

On  le  choifira  pefant ,  blanc ,  &  de  la  meilleur  odeur  qu’il  fe  pourra.  On  l’em¬ 
ployé  ordinairement  pour  les  remedes  avec  le  Citrin. 

Le  Sental  rouge  nous  eft  apporté  en  groffes  &  longues  bûches  de  l’Ifle  de  Ta- 
naffarin  ,  &  des  lieux  Maritimes  de  la  côte  de  Coromandel.  rou^e. 

On  le  doit  choifir  noirâtre  au  defl'us  ,  d’un  rouge  foncé,  brun  au  dedans, 

&  difficile  à  fendre ,  a  caufe  qu’il  n’cft  pas  de  fil ,  d’un  goût  incipide  &  prefque 
fans  odeur ,  &  prendre  garde  que  ce  ne  foit  du  bois  de  Corail  que  l’on  fuppo- 
/.  Partie,  O  ij 


io8  Hilloire  generale 

fe  bien  fouvcnt  à  fa  place  ,  quoyquc  bien  différend  ,  comme  il  fe  verra  cy^ 
après. 

Outre  que  le  Santal  rouge  eft  employé  ordinairement  avec  les  deux  autres , 
plujdeurs  perfonnes  de  differentes  Profeflio ns  le  font  entrer  en  poudre  dans  plu- 
lieurs  onguents  qu’ils  compofent. 

Santal  en  Y  ^  eucote  un  quatrième  Santal  en  taffetas  que  l’on  nous  apporte  de  Conftan- 
taft;tas.  tinople  ,  ôc  c’eft  du  taffetas  à  qui  f  on  a  fait  prendre  la  teinture  dufantal  rouge 
en  poudre ,  en  les  faifant  boüillir  dans  de  l’eau  avec  quelques  acides. 

Ce  Santal  n’eft  aflifté  que  pour  les  maux  des  yeux ,  au  lieu  de  taffetas  verd. 

Son  choix  eft  d’être  bien  teint ,  c’eft  à  dire  le  plus  rouge  qu’il  fe  pourra. 


CHAPITRE  IV. 

Du  bois  de  Citron. 

^  E  bois  de  Citron  que  les  Ameriquains  appellent  bois  de  Chandelle,  à  caufe 
I  ,qu’ils  le  coupent  par  éclats  ,  &  s’en  fervent  pour  s’éclairer  ,  c’eft  le  tronc 
d’un  gros  &  grand  arbre,  qui  croit  fort  communément  dans  toutes  les  Ifles  du 
Vent. 

Cet  arbre  eft  tres-beau  à  voir ,  ayant  plufieurs  grandes  &  longues  branches , 
chargé  de  feüilles  femblable  à  celle  du  Laurier  ,  mais  plus  grande  &  d’un  vert 
plus  luifant,&fes  fleurs  comme  celles  des  Orangers,  d’une  odeur  de  Jaffemin, 
après  lefquellcs  naiffent  des  petits  fruits  noirs  de  la  groffeur  du  poivre  j  c’eft  le 
tronc  de  ce  bois  que  le  R.  P.  du  Tertre  a  cru  fort  mal  à  propos  que  c’étoit  du 
véritable  Santal Citrin ,& apparamment  ce  quia  donné  occafion  à  de  certains 
Droguiftes  dcRoücn  de  l’achetter  deMeflicurs  de  la  Compagnie  &  de  le  vendre 
hardiment  pour  véritable  Santal  Citrin ,  tant  a  ceux  qui  n  y  ont  pas  grande  con- 
noiffance ,  ou  qu’ils  l’ont  acheté  fans  le  voir ,  ou  fur  leurs  paroles ,  ou  qu’ils  mon- 
Pa«x  San-  échantillon  de  véritable  Santal  Citrin  des  Indes ,  &c  qui  enfuite  donne  de 

«>•  ce  bois  de  Citron ,  ou  faux  Santal  j  ainfi  vendent  bien  cher  une  marcha ndife  qui 
ne  leurs  coûte  que  très  peu  de  chofe ,  trompent  ceux  à  qui  ils  l'ont  vendu  ou 
envoyé ,  ceux  qui  l’ont  acheté  ou  rc(;û  d’eux  »  trompent  les  autres  ,  foit  en  le 
vendant  pour  faire  des  remedes ,  ou  aux  Parfumeurs  qui  s’en  fervent  pour  faire 
des  parfums,  au  lieu  de  véritable  Santal  Citrin.  La  Fourberie  ne  fera  pas  difficile 
à  connoltre,  en  ce  que  le  vray  Santal  eft  d’un  goût  &  d’une  odeur  douce  & 
agréable, moyennement  lourd  &  rcfmeux  ,  qui  eft  le  contraire  du  bois  de  Ci¬ 
tron,  qui  eft  pefant,  compare,  oléagineux,  d’une  odeur  forte  tirant  à  celle  du 
citron  d’où  eft  venu  fon  nom  j  &  de  plus  c’eft  que  les  bûches  du  véritable  San¬ 
tal  ne  peze  au  plus  que  cent  livres,  &  ceux  du  bois  de  Citron  pefent  jufqu’à 
mille  livres.  Si  ce  bois  de  Citron  n’eft  pas  propre  dans  la  medecine  ,  il  eft  très 
propre  à  faire  quantité  d’ouvrages  de  marqueterie.  En  ce  qu’aprés  qu’il  a  été 
poly ,  &  expofé  quelque  temps  a  l’air ,  il  eft  comme  fi  c’étoit  du  coco  qui  eût 
été  poly. 

Bois  de  porte  aufli  le  nom  de  bois  de  Jaffemin  ,  à  caufe  de  fes  fleurs.  Il  fe 

jaiieinin  trouvc  cncotc  aux  Iflcs utt  autre  bois  de  chandelle,  qui  a  les  memes  feüilles  , 
Bois  de  fleurs  &  fruits  que  le  bois  de  Citron ,  a  la  referve  que  les  fleurs  en  font  plus  graf- 
Ciundeiic.  Çç.  ^  ^paiffes  &  plus  toudes ,  mais  comme  ce  bois  ne  vient  pas  jufqu’à  nous , 
c’eft  pour  ce  fujet  que  je  n'en  diray  rien.  Le  R.  P.  du  Tertre  dit  que  cet  arbre 


des  Drogues , .Livre  I IL  1 09 

cft  rare  qu’il  ne  croit  que  le  long  de  la  mer,  &  qu’il  croit  que  c’eft  une  tC- 
pecede  bois  S’Alocs,  ce  que  je  pourrois  bien  croira  par  la  diverlité  des  bois 
d  Aloës  que  nous  avons.  Il  niarque  encore  que  cet  arbre  jette  une  gomme  fort 
odorante  ,  &  que  plus  l’arbre  cft  vieux  plus  il  fent  boft,  &  qu’il  n’a  autre  ufage 
parmy  les  Sauvages  que  pour  s’en  éclairer ,  ou  bien  ils  le  fervent  de  fa  fécon¬ 
dé  écorce  de  laquelle  il  tirent  le  fuc  ,  dont  ils  fe  fervent  pour  guérir  l’inflam¬ 
mation  des  yeux  comme  d’un  remède  fort  fouverain. 


CHAPITRE  V. 

Bu  h  ois  de  Corail, 

O  Ütrelebois  de  Chandelle  l’on  nous  apporte  des  Iftes  du  Vent  un  certain 
bois  rouge  à  qui  l’on  a  donné  le  nom  de  bois  de  Corail ,  à  caufe  de  fa  vive 
couleur,  relTcmblant  au  Corail,  c’eft  de  ce  bois  avecquoy  l’on  contrefait  le  vray 
Santal  rouge  i  ce  qui  ne  fera  pas  difficile  a  connoître  ,  en  ce  que  le  bois  de  Co¬ 
rail  eft  d’un  rouge  clair ,  alTez  léger  &  eft  de  fil ,  le  vray  Santal  eft  d’un  rouge 
foncé ,  fans  aucun  fil  &  fort  pefant. 

Les  Ameriquains  fe  fervent  du  bois  de  Corail  pour  faire  plufieurs  ouvrages  ,’ 
&  prefentement  que  les  Cannes  font  extrêmement  cheres,  on  ne  contrefait  plus 
le  Santal  avec  ce  bois.  Il  croit  encore  aux  Ifles  deux  autres  fortes  d’arbres  qui 
portent  le  nom  de  Corail  ou  Coral ,  à  caufe  que  leurs  fruits  font  rouges  comme 
du  corail,  à  la  referve  qu’ils  ont  au  droit  de  leurs  germes  une  petite  tache  noi¬ 
re ,  &  ces  fruits  cft  ce  que  nous  appelions  &  vendons  foûs  le  nom  de  Pois  rou¬ 
ges  ou  d’ Amérique,  qui  font  extrêmement  amers,  &  dont  quelques-uns  veulent 
que  ces  pois  trempez  dans  le  jus  de  citron ,  ayent  la  faculté  de  fouder  ftor  &  l’ar¬ 
gent  ,  comme  le  Borax. 

Le  R.  P.  du  Tertre  dit  qu’il  y  a  tant  de  bois  rouge  auxifles,  que  de  deux  lieues 
en  deux  lieues,  on  yen  trouve  de  differentes  couleurs  ,  les  uns  plus  les  autres 
moins ,  &  qu’ils  font  tous  pleins ,  pefans ,  maflifs ,  &  fort  propre  à  faire  dé  ires-, 
belles  menuiferie  ,&  que  la  plufpàrt  de  ces  bois  font  incorruptible. 


Pois  rouge 
ou  d’Amc* 
ti^ue. 


I  lO 


Hiftoire  generale 


CHAPITRE  VI. 


Du  Bois  Nef  retique. 


Le  bois  Ncfrctiquc  nous  cft  apporté  de  la  Nouvelle  Erpagnc ,  -  principalement 
du  Royaume  de  Mexique  oü  il  eft  appelle  Coult  &  Tlapalcypatly  ,  &  par 
nous  NefretiquGjà  caufe  qu’il  cft  fouvcrain  pour  guérir  ceux  qui. font  attaquez 
de  la  gravelle ,  &  pour  faire  uriner.  C’eft  un  arbre  de  la  grandeur  de  nos  Poi¬ 
riers  ,  ayant  fes  feüilles  femblables  à  celles  des  pois  chiches  ,  mais  plus  pe¬ 
tites. 

On  doit  choifir  leboisNefretique  mondé  de  fa  grolTc  écorce ,  &:de  fon  obier 
qui  eft  blanc  &  de  nulle  vertu,  qu’il  foit  d’un  goût  amer  &d’un  jaune  rouge⬠
tre,  &  qu"en  ayant  mis»  quelques  éclats  dans  un  peu  d’eau  froide  ,  elle  prenne 
une  couleur  d'un  bleu  celefte,  qui  eft  la  marque  la  plus  infaillible  que  ce  bois 
cft  véritable.  L’on  vend  à  fa  place  de  l’Ebeinc  rouge  ,  ou  grcnadillc  ,  ce  qui 
fe  pourra  connoitre  facilement  ,  en  ce  quelle  eft  d’un  rouge  plus  foncé  ,  & 
étant  mis  dans  de  l’eau  froide, ne  luy  donne  qu’une  Icgerc  teinture  jaunâtre, 
comme  fait  aufli  un  autre  bois  que  l’on  nous  apporte  des  grandes  Indes  &  du 
Brcfil  dont  je  n’ay  pu  encore  découvrir  le  nom  5  ainfi  tout  bois  qui  fera  vendu 
pour  véritable  Ncfrctiquc,  &  qui  ne  teindra  pas  l’eau  en  bleu,  doit  être  re- 
jetté. 

Les  Nefretiques  fc  fervent  de  l’eau  où  ce  bois  a  trempé  pour  leur  boiflbn  or¬ 
dinaire  ,  &  la  mêlent  quelquefois  dans  leurs  vin ,  pour  le  guérir  de  la  pierre  ou 
gravelle.  Ceuxqui  voudront  augmenter  la  qualité  de  ce  bois,  pourront  fe  fervir 
d’eau  de  rave ,  &  y  ajoûter  un  peu  de  fel  d’ablinte ,  c’eft  à  dire  fur  chaque  verre  un 
demy  gros  de  fel. 


ck’s  Drogues,  Livre  III.  1 1 1 


CHAPITRE  VII. 

Du  Lïnîifquè. 


Le  Lintifquc  cft  un  arbre  qui  a  fcs  feuilles  fcmblablcs  au  Mirthe,  apres  ief- 
qutllcs  naiflent  des  fleurs  qui  produifent  de  petites  bayes  par  grappes 
vertes  au  commencement ,  qui  fc  noirciflent  à  mefure  qu’elles  meurilTent  ,  & 
font  accompagnées  d’une  petite  goufle  remplie  d'une  liqueur  où  fc  forme  des 
petits  infeds  volants  comme  à  la  graine  d’écarlattc. 

.  Ces  arbres  font  fort  communs  dans  l’Egypte  &  aux  îndes ,  &  particulièrement 
dans  l’ifle  de  Chio ,  où  ils  font  fl  foigneufement  cultivez  &  gardez ,  qu’un  hom¬ 
me  qui  auroit  coupé  un  de  fes  arbres,  foit  avec  dclTcin  ou  autrement,  qu’il  en 
fut  proprietaire  ou  non, il  auroit  aufli-tôt  le  poing  coupé  ,  à  moins  qucTarbre 
ne  fut  vieux  &:  hors  d’état  de  rapporter. 

C’eft  de  cet  arbre  que  découle  le  maftic  dont  je  parlcray  cy-aprés. 

On  cultive  aufli  beaucoup  de  ces  arbres  en  Italie  ,  &  des  bayes  ou  fruits 
les  Italiens  en  tirent  une  huile  de  la  même  manière  que  nous  faifons  cel¬ 
les  des  bayes  de  laurier.  Ils  s’en  fervent  aufli-bicn  que  du  bois  &  des  fcüil- 
les  pour  gueîlr  la  dilTcntcric , mais  en  Angleterre,  en  Allemagne,  en  Provence, 
en  Languedoc  ôi  à  Paris.  On  fe  fert  aufli  de  ce  bois  pour  faire  des  cure- 
dents. 

On  doit  choiflr  le  Lintifquc  nouveau ,  étant  fort  facile  à  fe  vermoudre , 
qu’il  foit  pefant  ,  difficile  à  rompre  ,  gris  au  defliis  &  blancs  au  dedans  , 
d’un  goût  aftringent  &  garni  de  fcs  feüilles  s’il  cft  pofliblc  ,  &  prendre  gar¬ 
de  que  ce  ne  foit  de  la  Coudre  Mentiannc  que  l’on  fuppofe  aflez  fouvent  à 
fa  place  ,^c  qui  fc  pourra  connoître  facilement,  en  ce  que  le  Lintifquc  cft  bcau'* 
coup  plus  lourd  que  la  Coudre  Mentiannc. 


I  II 


Hiftoire  generale 


CHAPITRE  VIII. 

DK -Ma/tic  en  larme. 

Le Maftic  ch  larme  ,  ainfi  appelle  à  caufe  du  maftic  qui  fe  fait  de  rcfinc 
&  de  brique ,  pulvcrifcz  &  mêlez  cnfcmblc  ,  eft  une  gomme  rcfineufe  qui 
découle  durant  la  grande  chaleur  ,  fans  aucune  incifion  de  grofi'cs  branches , 
&  du  tronc  des  Lintifqucs ,  &  quelquefois  aufli  après  avoir  été  incifez  ,  ces  lar¬ 
mes  tombant  de  l’arbre ,  font  recrues  dans  un  folTé  pavé  qui  eft  au  pied. 

On  choifira  le  Maftic  en  grolTcs  larmes ,  d’un  blanc  doré ,  lequel  étant  un  peu 
mâché  devienne  comme  de  la  cire  blanche.  Le  meilleur  eft  ccluy  de  Chio  ,  étant 
beaucoup  plus  gros  &  d’un  goût  plus  balfamique  que  ccluy  qui  nous  eft  apporté  du 
Levant  par  la  voyc  deMarfeille  jmais  comme  ce  dernier  eft  prefque  lefcul  qu’on 
nous  apporte  en  France ,  il  le  faut  choihr  enforte ,  c’eft  â  dire  qu’il  n’ayc  point 
ététrayéjen  grofles  larmes,  &  de  la  couleur  cy-deflus,  &le  moins  chargé  d’or¬ 
dures  qu’il  fc  pourra. 

Le  Maftic  eft  fort  ufîté  dans  la  Medecine  ,&  entre-autres  pour  appaifer  le  mal 
des  dents ,  &  il  a  plufteurs  autres  ufages  comme  pour  faire  le  vernix. 

La  maniéré  dont  les  Levantins  nous  envoyent  le  Maftic  ,  eft  particulièrement 
en  ce  qu’ils  mettent  le  plus  commun  au  fond ,  ccluy  d’après  au  milieu ,  &  le  beau 
au  dclTus ,  &  ne  veulent  jamais  vendre  l’un  fans  l’autre. 


Le  Tamaris  ou  Tamarifc ,  eft  un  arbre  de  moyenne  hauteur ,  qui  croit  en 
quantité  dans  le  Languedoc ,  ayant  fes  feüilles  fort  petites ,  &  fes  fruits  par 
grappe  d’une  couleur  noirâtre  ,  dcfquclics  on  fc  fert  en  teinture  au  lieu  de 
noix  de  eallcs. 

Ûû 


des  Drogues ,  Livre  1 1 1.  ï  1 5 

On  choifira  le  bois  de  Tamaris  garni  de  fon  écorce,  blanc  au  dclTus  ôc  au  de¬ 
dans  ,  d’un  goût  prefquc  incipide  &fans  aucune  odeur. 

On  fe  fert  de  ce  bois  pour  la  gucrifon  des  maux  de  ratte  ,  aufli-bien  que  dé 
fon  'écorce ,  mais  comme  cela  clt  embaraffant  ,  oii  en  fait  des  petits  barils ,  des 
talTes  &  des  eoblcts  qui  font  furnommé  de  Tamaris.  & 

Ceux  qui  font  attaquez  du  mal  de  ratte,  cmpliilent  ces  petits  barils  de  boù  i amaiis. 
vin ,  &c  après  l’y  avoir  lailTé  quelque  temps ,  ils  en  ufent  pour  leur  boiÛbn  ordi¬ 
naire,  &  le  fervent  aufli  des  talfcs  &  goblcts  du  même  bois  pour  boire  le  vin. 

On  tire  de  ce  Bois  un  Sel  blanc  &  par  criftaux  ,  que  l’on  nomme  Sel  de  icUeXa- 
Tamaris  ,  lequel  pour  être  de  la  qualité  requilé  doit  être  bien  fec  ,  en  petits  crif- 
taux ,  le  moins  réduit  en  poudre  que  faire  fc  pourra ,  y  éunt  fort  fujet.  On  attri¬ 
bue  au  Sel  Tamaris  la  faculté  de  guérir  le  mal  de  ratte. 


CHAPITRE  X. 


Du  Saxafras^ 


Le  Saxafras ,  ou  Bols  de  Candie  ,  ou  Pavame ,  eft  un  arbre  fort  beau  à  voir  j  a. 
qui  croit  en  quantité  dans  la  floride,  y  en  ayant  desforefts  entières.  caneiir, 

Cet  arbre  a  fon  tronc  fort  droit  3  au  haut  duquel  il  y  a  plufieurs  branches 
chargées  de  feüilles  vertes  ,  approchantes  de  la  figure  de  celles  du  figuier  ,  dont 
les  habitans  fe  fervent  après  les  avoir  contufez  pour  guérir  leurs  playes. 

Onchoifira  le  Saxafras  garny  de  fon  écorce,  grolTe,  rougeâtre  &  raboteufe, 
comme  étant  la  meilleure  partie  de  l’arbre,  tant  àcaufede  fon  goût  acre,  que  de 
fon  odeur  forte  &  aromatique ,  qui  furpafle  de  beaucoup  celle  du  bois ,  principa¬ 
lement  quand  l’arbr.c  eft  fur  fon  pied  ;  c’eft  pourquoy  la  première  fois  que  les 
Efpagnols  abordèrent  dans  la  Floride,  ils  crurent  que  c’étoit  des  arbres  de  canel- 
Içfji,  caüfe  de  Todeur  forte  &  agréable  qu’ils  fentirent  de  plus  de  deux  lien  es 
loing  i  mais  étant  débarquez  ôc  étant  au  pied  de  fes  arbres ,  ils  furent  fruftrez  de 
/.  Pmic,  P 


1 1 4  Hiftoire  generale 

leurs  attentes  >  cependant  les  ayant  examinez  ils  jugèrent  bien  qu’ils  n’étoLcnc 
pasdenuez  de  vertu,  &  en  ayant  apporté  en  EfpagnCjils  le  mirent  en  ufage, 
&  l’ayant  trouvé  fort  fpccifique  pour  guérir  le  mal  de  Naples ,  il  fut  vendu  d'a¬ 
bord  jufqu’à  quarante  francs  la  livre.  Ce  qui  donna  occalion  aux  Efpagnols  de 
retourner  dans  la  Floride ,  d’od  ils  en  rapportèrent  une  fi  grande  quantité  qu’il 
fut  vendu  à  vil  prix  quelque  temps  après ,  &  depuis  qu’il  a  baifle  de  prix  fon  ufage 
cft  diminué,  chofe  qui  n’cft  pas  nouvelle  en  France. 

Pluficurs  perfonnes  préfèrent  l’écorce  de  cet  arbre ,  à  fon  tronc  &  à  fes  grof- 
(es  branches  ,  ce  qui  n’elt  pas  tout  à  fait  hors  de  raifon  ,  parce  quelle  cil 
beaucoup  plus  odorante  que  le  bois-,  &  pour  l’ordinaire  fort  legere,  rougeâtre 
au  deflus  &  au  dedans  ,  facile  à  rompre  ,  d’un  goût  &  d’une  odeur  beaucoup 
plus  aromatique  i  ainfi  l’écorce  eft  meilleur  que  la  racine ,  &  la  racine  meilleur 
que  le  bois. 

On  hache  ou  râpe  ce  bois  pour  s’en  fervir ,  &  il  cft  d’une  odeur  fi  forte  qu’il 
caufe  de  grandes  douleurs  de  tete  à  ceux  qui  le  travaillent ,  aufli-bien  qu’à  ceux 
qui  en  ufent ,  ce  qui  luy  a  beaucoup  diminue  fon  crédit. 

Ceux  qui  auront  befoin  de  ce  bois  râpé  ou  haché  ,  auront  foin  qu’il  foit  nou¬ 
veau  i  car  quand  il  cft  vieux  râpé ,  hache ,  ou  pulvcrifé ,  il  perd  fon  odeur  ,  &  il 
cft  de  nulle  vertu.  Dans  le  temps  que  ce  bois  étoit  cher ,  pluficurs  faifoient  boüil- 
lir  du  fcnoüil  dai^s  de  l’eau,  &dans  cette  dccoéfion  faifoient  aufli  bouillir  des 
morceaux  de  fapin  ,  mais  depuis  qu’il  fc  vend  à  vil  prix  Ton  ne  s’y  amufe 
plusv 


CHAPITRE  XL 
Du  cayac. 


Le  Gayac ,  Gayacan ,  bois  Saint  ou  Indien ,  cft  un  arbre  qui  croit  en  quan¬ 
tité  aux  grandes  Indes  &  même  dans  l’ Amérique,  d’où  ccluy  que  noi» 


des  Drogues ,  Livre  III. 


ÎÏ5 


voyons  nouseft  apporté  en  grolTcs  S: longues  bûches,  dont  il  y  en  a  quelque¬ 
fois  qui  pezent  quatre  à  cinq  cens  livres. 

Cet  arbre  ell  de  la  hauteur  de  nos  noyers,  chargez  de  fcüilles  vertes,  longues, 
ou  rondes,  félon  les  efpeccs  dilFcrcntes,  que  Ton diftingue en  mâle  &  femelle  j 
après  ces  fcüilles  fortent  des  toufles  de  fleurs  blûës  en  forme  d’étoiles,  gïwrnies 
chacune  d’un  petit  bouton  brun  ,  de  la  grofleur  d’une  noifette ,  dans  laquelle 
ell  contenu  un  autre  petit  fruit  de  couleur  d’orange. 

On  fe  fort  beaucoup  de  ce  bois  en  France  pour  plufleurs  Ouvrages  de  mar¬ 
queterie,  principalement  pour  faire  des  boules  à  joüer,  des  mortiers  ,  pilons, 
rouleaux  biftortiers  &  autres  j  les  Chirurgiens  ôc  autres  perfonnes  qui  fc  mêlent 
de  guérir  la  Maladie  Venerienne,fe  fervent  des  copeaux  &  rapures  ,  pour  faire 
des  ptilannes  fudorifiques.  Ce  bois  n’a  befoin  d’autre  choix  que  d’être  bien  net 
&fans  obier,  âquny  il  eft  fort  fujet;  ainfi  ceuit  qui  voudront  l’avoir  de  la  qua¬ 
lité  requife  l’acheteront  en  bûches  ,&  après  en  avoir  ôté  le  blanc  qui  eft  l’obier  , 
feront  râper,  ou  hacher  le  bois  qui  eft  nôir,pefanr,  dur  &  fort  refineux,  & 
alors  il  fera  en  état  d’être  employé  aux  ufages  cy-delTus  j  mais  il  ne  faut  pas  faire 
tomme  la  plufpart  des  gens  qui  au  heu  de  faire  hacher  eux  mêmes  le  Gayac , 
l’achetent  de  ceux  qui  en  font  des  rapures  &  copeaux  qui  font  remplies  d’obier  ,  & 
autres  chofes  inutiles  qu’ils  employeur  â  la  place  du  véritable  Gayac ,  ü  ce  n’cft 
qu’on  ne  vcüille  fe  dontier  la  peine  de  le  faire  râper  devant  foy  >  &  avoir  foin 
que  l’obier  en  ayant  été  tiré,  ou  que  l’Ebenifte  ou  Tourneur  ayenctoye  la  place, 
ou  étendu  un  linge  pour  recevoir  les  rapures. 

On  tire  du  Gayac  un  flegme  ,  un  efprit  &  une  huile  noire  ,  épailfe  &  fort 
puante ,  &  ce  qui  refte  dans  la  cornue  qui  eft  noire  comme  du  charbon  ,  après  ic  &  fci  de 
avoir  étélcflivé,  on  en  tire  un  fcl.  On  en  peut  tirer  aufli  une  reftne  ,  &  Un  ex- 
traitcomme  1  on  rait  du  jalap.  Extrait  de 

L’écorce  de  cet  arbre  eft  aufli  d’un  grand  ufage  pour  la  guerifon  de  la  mala-  ^ 
die  cy^cfelTus  ,&  pour  cet  effet  on  la  choifira  unie ,  pelante  ,  difficile  â  rompre  ',  ^ayac. 
grife  par  defl'us  & Tblancharre  au  dedans ,  d’un  goût  amer  &  aflez  defagrcablë. 

On  nous  apporte  des  Indes  des  gros  morceaux  de  gommes  fi  femblables  â  Gomme  de 
f  ar canton ,  qu’il  eft  prefquc  impofliblc  d’en  faire  la  différence ,  mais  pour  le  peu 
qu’on  l’écrale  fous  les  doigts ,  ou  fur  le  charbon  allumé ,  elle  rend  une  odeur  fi 
fùavc  quelle  embaüme  le  lieu  où  on  la  brûle,  qui  eft  le  contraire  de  l’arcaiicjon 
qui  fent  la  therebentine. 

C’eft  un  des  grands  fudorifiques  qui  ayént  paru  jufqu’à  prefent. 

Depuis  quelques  années  les  Chirurgiens  fc  font  imaginez  que  le  buis  â  qui  ils 
ont  donné  le  nom  de  Gayac  de  France ,  avoit  les  mêmes  propiietelz  que  le  Gayac, 
ce  qui  fait  qu’on  n’en  tonfomme  pas  la  moitié  de  ce  que  l’on  faifoic  auparavant  ; 
mais  s’ils  étoient  curieux.d’ufer  du  Gayac  en  coupeaux  fans  obier ,  ils  y  trouve- 
roient  bien  de  la  différence  ;  ce  qui  caufe  cette  erreur ,  c’eft  qu’ils  ne  fe  fer¬ 
vent  ordinairement  que  des  coupeaux  pleins  d’ordures  que  les  Touiricûrs  leurs 
vendent  â  i.  f  ou  iS.den.  la  livre,  c’eft  adiré  les  Balayeures  de  leurs  Boutiques ,  où  ce 
trouvant  un  mélange  de  plufieurs  bois  .•  &  il  peut  bien  être  vray  que  le  buis  ait 
autant  de  vertu  que  ce  Gayac.  -  L 

Le  buis  eft  un  bois  fort  connu  en  France ,  &  dont  on  fe  fert  â  beaucoup  dé 
differents  Ouvrages.  Le  meilleur  vient  d’Efpagne  &c  de  plufieurs  endroits  de 
Fiance ,  mais  principalement  de  la  Comté  &  de  la  Champagne.  • 

On  tire  du  buis  parla  cornue  un  efprit  ô:ùne  huile  noire ,  que  l’on  peut  re€ti-  Efprk  & 
fîçf  comme  celle  du  Gayac.  ■  ^  BuÎsV^* 

/.  Partie,  /  P  ij 


Hiftoire  generale 


LË  Ccdrc  du  Liban  cft  un  arbre  qui  croit  d’uric  pirodigicufc  graiidcur  &  d’une 
figure  pyramidablc ,  dont  les  branches  font  garnies  de  petites  feüilles  vertes 
&  étroites  ,  &c  de  fruits  femblables  à  nos  pommes  de  pin. 

C’eft  du  tronc  &  des  grofles  branches  de  cet  arbre  que  découle  pendant  les 
o-randes  chaleurs  fans  aucune  incifion ,  cette  refine  blanche,  claire  &  tranfpa- 
rente,  que  nous  appelions  Gomme  deCedre ,  ou  Manne  Mafticinc,  dont  les  plus 
d^ccdie.  grands  arbres  n’en  rendent  que  fix  onces  par  jour.  Il  fe  forme  aufli  fur  le  mc« 
Maïudnc!  mc  tronc  pendant  la  grande  chaleur  du  Soleil  de  petites  veflîes ,  qui  étant  per-. 
Liqucuiou  cées  tendent  une  liqueur  claires  &  blanches  comme  de  l’eau,  d’une  odeur  forte 
riliTdîcc  ^  pénétrante ,  &  lorfque  cet  arbre  ne  produit  plus  rien  de  foy-même ,  on  l’in- 
'  cife  &  il  en  découle  une  humeur  ondueufe  qui  fe  fechc  en  coulant  le  long  de 
Refine  d«  l’arbre,  &c’cftce  que  nous  appelions  Refine  deCedre  ,  que  nous  n’avons  que 
rarement  en  France ,  aufll-bien  que  les  autres  productions  de  cet  arbre. 

Cette  refine  eft  d’un  tres-bcau  jaune ,  frayable ,  lucide  &  tranfparente,  &  d’une 
tres^agreablc  odeur. 


CHAPITRE  XII. 

De  l  Qxicedre, 

L’Oxicedre  eft  un  arbre  de  differentes  grandeurs ,  ordinairement  tortu  ,  char¬ 
gé  de  feüilles  longues ,  piquantes ,  &  toûjours  vertes  ,  principalement  en 


des  Drogues ,  Livre  1 1 1.  117 

hyvcr ,  aprgs  Icf quelles  nailTent  des  fruits  de  la  grofTeur  du  Brufeus  ,  vers  dans 
leurs  commcnccmcns  ,  &c  qui  plus  ils  meurment  plus  ils  deviennent  rou- 

Du  tronc  incifé  de  cet  arbre  il  en  fort  une  ffomme  fort  claire  &£  tranfparen-  „  ■ 

n  1  •  I  1  O  1  ^  VraySaa- 

tc ,  qui  elt  le  véritable  Sandarac  5  mais  comme  nous  n  en  voyons  que  tres-ràre-  dauc. 
nient, nous  nous  fervons  de  la  gomme  du  grand  Genevre  ,  dont  je  parleray 
cy-aprés. 

On  tire  du  bois  d’Oxicedre  par  le  moyen  du  feu ,  c  eft  à  dire  par  la  cornue , 

«ne  huile  noire  ,  laquelle  étant  reéfifiée  ,  peut  être  appelle  Cedna  ou  huile  de 
Cade  ;  mais  comme  ces  arbres  ne  nous  font  pas  fort  communs  ,  on  pourra  fe  Sde. 
fervir  du  grand  &  petit  genevre. 

La  véritable  huile  de  Cade  ou  Cedria  ,  eft  admirable  pour  guérir  les  dar¬ 
tres  vives  &  farineufes,  la  galle  des  chevaux,  bœufs,  moutons  ,  &c  autres  bef- 
tiaux. 

Mais  comme  ces  fortes  d’huiles  feroient  trop  chcres  ,^on  fuppofe  à  leur  pl^ce 
rhuile  claire  de  la  poix,  &  qui  pour  cefujet  eft  appelle  Huile  de  Cade,  comme 
il  le  verra  au  Chapitre  de  la  poix. 


CHAPITRE  XIIL 


Le  grand  Genevre  que  les  Latins  appellent  juniperus ,  eft  un  arbre  de  dif¬ 
ferentes  grandeurs ,  fuivant  la  diverfitç  des  lieux  où  il  croit. 

Cét  arbre  eft  ordinairement  tortu ,  au  haut  duquel  il  y  a  plufîcurs  branches 
garnies  de  petites  fcüilles ,  étroites ,  piquantes  &  toujours  vertes,  apres  lefquelles 
naiffent  des  bayes  de  la  grofl'eur  d’une  petite  noifette  ,  qui  la  première  année 
font  vertes  ;  la  fécondé  brunes ,  &  latroifiéme  noires ,  lefquelles  étant  en  matu¬ 
rité  font  fort  alexipharmaque. 

P  ii) 


ii8  Hifîoire  generale 

C’eft  du  tronc  &  des  grolTcs  branches  de  cet  arbre  incifé  ,  d’où  cfcccoulc  pen¬ 
dant  les  grandes  chaleurs  leSandarac,  qui  nous  cil;  apporté  d’Afrique,  où  ces 
arbres  croilTcnt  fort  haut ,  &  en  très  grande  quantité.  Ce  Sandarac  eft  le  Sandara  - 
che  des  Arabes  ou  Vernix. 

Son  plus  grand  commerce  fc  fait  par  les  Suédois  ,  Hambourgeois  &  An- 
glois. 

On  s’enfert  étant  réduit  en  poudre inTpalpablc,  pour  frotter  &  vernir  le  pa¬ 
pier,  avant  que  de  le  laver ,  &  c'eft  pour  le  blanchir  ,  &pour  empêcher  qu’il 
acrAiabcs  ^^  boive  ,  comme  aufli  pour  faire  paro'rtre  l’écrituTc  plus  belle,  on  s’en  fcit 
on  cncore  dans  la  peinture  pour  en  faire  du  verni ,  &  en  plulieurs  autres  Ouvra- 
de  Geue-  ges ,  &  il  a  même  quelque  ufage  dans  la  Médecine  ,  lequel  pout  cet  elF.  t  fera 
choili  en  belles  larmes  blanches  ,  ôc  le  moins  rempli  de  poufliere  qu’il  fc 
pourra. 


CHAPITRE  XIV. 

Du  f  eût  G-enevrC'» 

Le  petit  Genevre  nous  eft  fi  familier  ,  qu’il  n'y  a  perfonne  qui  tit  le  con- 
noilTc.  On  tire  de  cet  arbrilTcau  premièrement  de  fes  bayes  rccehtcs  & 
meures  ,  une  huile  blanche  &  fort  odorante  ,  comme  aufli  une  eau  doüéc 
bian.^hc  &  de  tres-bonnes  qualitez  ,  &  après  cette  diftillation  ou  pourra  faire  fcchcr  le 
marc  pour  en  tirer  le  fcl  ,  que  l’on  mettra  dans  l’eau  que  l’on  aura  diftillé, 
ce  que  je  ne  confeillc  pas  de  faire,  en  ce  que  ceux  qui  voudront  faire  le  fcl ,  au- 
r , ,  ront  plutôt  fait  de  fefervir  de  bayes  fcches  que  de  celles  qui  ont  été  boüillics. 

Sel  de  Gc- ,  , ,  r  ^  i  i 

hevre.  la  dcpcnle  n  en  étant  pas  grande. 

On  tire  de  ce  bois  par  la  cornue  un  flegme ,  un  efprit  &  une  huile  noire  &  puan- 
Efpri»  &  te ,  que  l’on  peut  appellcr  Huile  de  Cade  ou  de  Genevre ,  laquelle  on  pourra  aufli 
Genevre!  rcctificr ,  &  dc  cc  qui  reftera  dans  la  cornue  qui  eft  femblable  à  du  charbon ,  on 
en  peut  tirer  un  fcl  blanc.  Au  lieu  du  bois  on  pourra  fc  fervir  des  bayes  rccentes  & 
fraîches ,  pour  en  tirer  aufli  une  huile  noire  &  puante. 

On  brûle  fort  communément  le  bois  &  les  bayes  de  genevre ,  pour  chafler  le 
mauvais  air. 

Les  Allemands  ufent  ordinairement  de  cette  graine  dans  leurs  ragoût  ,  &  elle 
leur  fert  de  Thériaque ,  c’eft  pourquoy  fon  extrait  eft  appcllé  Thériaque  des  pau¬ 
vres  ou  des  Allemands. 

Cet  Extrait  fe  fait  avec  les  bayes  rccentes  en  les  concaflant,&  après  les  avoir 
Extrait  de  f^lt  bouïlUr  dans  l’eau, ou  filtré  la  colature,  &  par  le  moyen  d’un  petit  feu  on 
Genevre.  rediüt  cu  coufiftance  de  miel  épais ,  &  c’eft  un  fort  bon  antidote.  On  peut 
aufli  filtrer  la  liqueur  qui  fera  reftée  dans  la  cucurbitc  après  la  diftillation ,  &  y  pro¬ 
céder  de  même ,  on  aura  un  extrait  doue  de  toutes  les  bonnes  qualitez  que  l’on 
luy  attribue. 

Nos  Genevres  donnent  aufli  du  Sandarac ,  mais  en  fi  petite  quantité  ,  que  cela 
ne  vaut  pas  la  peine  d’en  parler.  Q^clqu’uns  veulent  que  l’ccorce  du  Genevre  foit 
la  véritable  écorce  de 


des  Drogues.  UvrelII. 


ii9 


CHAPIÎRE  XI V, 


Ous  vendons  pôür  la  îcintutc  plulicurs  fortes  de  bois  rouges  fous  le  nom 
de  bois  de  Brelil.  Le  premier  &  le  plus  cftimé  le  plus  en  ufage  j  cft  le 

bois  de  Brefil ,  furnomme  de  Fernambouc^  à  caufe  que  c’eft  de  la  Ville  de  Fer- 
nambouc  au  Brefil ,  d’od  nous  vient  la  plus  grande  partie  de  ce  bois.  Le  fécond 
cft  le  Brefil  de  Japon  ,  à  qui  les  Anglois  &  Hollandois  Ont  donné  le  nom  de 
Bois  deSapan,dontil  yen  a  de  deux  fortes  -.Scjavoir  ^  le  gros  bois  de  Sapan,ou  Boisiç 
gros  Brefil  de  Japon,  &  le  moindre  eft  le  bois  de  Brefil  de  Japon ,  ou  Sapaii 
Bimaes ,  en  ce  qu’il  cft  plus  merlu.  Le  troifîémc  eft  le  Brefil  de  Lamon.  Le  qua¬ 
trième  le  Brefil  de  Sainte-Marthe.  Le  cinquième  &  le  plus  moindre  j  cft  le  Brc- 
fillct  qui  vient  des  Iflcs  Antilles,  ainfi  ce  qui  fait  les  differentes  fortes  de  bois  de 
brefil,  ce  n’cft  que  les  différends  endroits,  &  la  diverfite  des  terres  Ou  ce  bois^o“®* 
a  pris  naiilancci 

L’arbre  du  bois  du  Brefil  cft  fort  gros  &  grand,  garni  de  lôiigdcs  brâriches ,  qui 
font  chargez  d’une  quantité  prodigieufc  de  petites  feiiilles  à  demy  rondes ,  ôc 
d’un  très  beau  vert  luifant ,  après  lefquclles  naiffcnt  des  fleurs  femblablcs  au  mu¬ 
guet,  d’un  tres-beau  rouge  &  d’une  odeur  tres-fuave  j  d’oii  fortent  des  fruits 
plats  dans  quoy  il  fe  rencontre  deux  amendes  plattes  j  de  la  même  forme  &  fi¬ 
gure  d’uncf  amande  de  citroüillc; 

Lorfquc  les  Sauvages  veulent  préparer  le  bois  qii’ils  nous  envoycht,  ils  le  cohpcnt 
a  ras  de  terre  &l’ébranchcnt,  &  en  ayant  ôté  une  grande  épaiffcur  d’obier  qui 
cft  tout  autour ,  enforte  que  s’il  cft  de  la  groffeur  d’un  homme  ,  ih  le  rendront 
feulement  gros  cofnmc  la  jambe. 

On  doit  choifir  le  bois  de  Brefil  véritable  Fcrnambouc  ,  en  bûches  lourdes  & 
compare  &  fans  moele ,  bien  fain ,  c’eft  à  dire  fans  obier  &  fans  pourriture  ,  qui 


Biefil  de  la 
Baye  de 
tous  les 
Saints. 


latfque  li- 
ejutdc, 

Rofctte. 


1 20  Hiftoire  generale 

apres  avoir  été  éclatté  de  pâle  qu’il  eft  devienne  rougeâtre ,  &  qui  étant  mâche 
ayé  ùn  goût  fucré,  &  prendre  garde  qu’il  ne  foit  mélangé  d’autres  fortes  de 
Brcfil  i  ce  qui  fera  facile  â  connoître ,  en  ce  que  tous  les  autres  bois  de  Brefif,  à 
la  referve  de  celüy  dejapôn ,  font  fans  moelle  5  &  ccluy  dé  Lamon  fe  peut  diftin- 
guer  du  Fcrnambouc ,  en  ce  qu’il  eft  en  grofl'es  bûches.  QiKlques  perfonnes  m’ont 
afl'uré  que  le  Brefil  de  Lamon  vient  de  la  baye  de  tous  les  Saints ,  ou  il  croît  en 
quantité  j  c’eft  ce  qui  fait  que  la  plufpart  l’appellent  Brefil  de  la  Baye  &  de  tous 
les  Saints.  A  l’égard  du  Brefil  haché  ,  la  meilleur  connoillâncc  que  j’en  puis  don¬ 
ner  ,  c’eft  de  l’acheter  d’honnêtes  Marchands  incapable  de  le  frauder. 

L’ufage  des  Bois  de  Brefil  eft  pour  les  Teinturiers  du  petit  teint,  &  pour  tein¬ 
dre  les  œufs  en  rouge  avec  un  peu  d’alun. 

On  tire  du  Brefil  de  Fcrnambouc  par  le  moyen  de  quelque  acide  ,  une  tein¬ 
ture  fort  rouge,  de  laquelle  on  m’a  alTuré  que  l’on  en  pouvoir  faire  du  Carmin 
comme  de  la  Cochenille ,  ce  que  je  n’ay  pas  expérimenté. 

On  en  fait  de  plus  de  la  Lacque liquide ,  dont  les  Peintres  fc  fervent  pour  pein¬ 
dre  en  mignature  ;  on  en  fait  encore  une  efpccc  de  craye  rougeâtre  ,  que  nous 
appelions  Rofette.  Cette  Rofette  eft  du  blanc  de  Roüen ,  â  qui  on  a  donné  une 
couleur  d’amarante  ,  avec  une  teinture  de  bois  de  Brefil ,  plufieurs  fois  réitérée. 

Cette  Rofette  eft  à  proprement  parler  un  ftil  de  grain  ,  en  ce  quelle  eft  faite 
de  la  même  manière. 


CHAPITRE  XV. 


Du  Bois  dinde. 


Le  Bois  d’Inde  que  nous  appelions  vulgairement  Bois  de  Campefehe  ou  de 
lajamaique,  eft  le  cœur  du  tronc  d’un  grand  atbre  qui  croit  en  qhantitc 
dans  les  deuxifles  cy-delTus  &  dans  4’Iflc  Sainte-Croix  dans  l’Amcnque,  où  il  y 
en  a  des  Forefts  entières.  • 

♦  Ces 


des  Drogues ,  Livre  1 1 1.  i  2 1 

Ces  arbres  deviennent  plus  ou  rnoin?:  grands,  fuivant  le  terroir  qu’ils  Rencon¬ 
trent,  Icfqucls  étant  fur  pied  ont  le  tronc  fort  gros  &  droit ,  couvert  d’une  écor¬ 
ce  fort  mince ,  unie ,  douce ,  &  d’un  gris  argenté  ou  jaune  >  au  haut  duquel  il  y  a 
une  branche  chargée  de  fcüilles  longues ,  vertes ,  &c  comme  chagrinées,  appro¬ 
chantes  en  figure  à  celles  du  laurier.  Ces  feüilles  étant  mifes  dans  ïa  bouche ,  fen- 
tent  fi  fort  le  gerofle,  que  l’on  les  prendroit  plûtôt  pour  des  feüilles  de  l’arbre 
qui  porte  le  gerofle,  que  pour  celles  d’un  autre  arbre  ^  &  â  caufe  de  leur  bon 
goût,  on  leur  a  donné  le  nom  de  Laurier  Aromatique  ou  des  Indes.  Après  les 
tcüilles  fort  un  petit  fruit  de  la  groficur  d’un  poids ,  qui  eft  attaché  à  la  branche 
par  une  petite  queue  comme  les  cubebes ,  &  à  l’autre  bout  une  petite  couronne  5 
ce  fruit  eft  d’une  couleur  tannée  ,  d’un  goût  acre  &  piquant  ,  neanmoins  alTcz 
agréable,  fentantaulli  le  gerofle,  ce  qui  la  fait  appellcr  de  la  plufpait  Graine  de 
Gerofle.  Ce  fruit  étant  cafle  il  s’y  trouve  dedans  trois  petites  amandes  ,  à  peu 
prés  de  la  forme  &c  figure  de  la  graine  de  mufe. 

On  doit  donc  remarquer  que  comme  le  Laurier  des  Indes ,  ou  l’arbre  du  bois 
d’Inde,  eft  un  bois  dont  on  peut  tirer  de  trois  fortes  de  belles  &  bônnes  mar- 
chandifes ,  dont  la  première  cil  le  bois  ,  lequel  pour  être  de  la  qualité  rcquife  , 
doit  être  véritable Campciche,  coupe  d’Erpagnc,en  ce  que  c’eft  la  meilleur  qua¬ 
lité  ,  &  qu’il  ne  foit  point  pourri  n  y  outré  d’eau ,  qu’il  foit  haché  par  les  bouts  ^ 
ce  qui  le  différencié  d’avec  ccluy  de  la  jamaique,  qui  eft  ordinairement  fcié ,  &  c’eft 
celuy  quinous  vient  par  la  voye  d’Angleterre.  L’ufage  dubois  dinde  eft  pour  les 
Teinturiers,  Chapeliers  &  autres ,  qui  s’en  fervent  pour  teindre  en  violet  ôc  en  noir. 

La  féconde  Marchandife  que  l’on  peut  tirer  de  cet  arbre  ,  font  les  feüilles  def- 
qucllcs  l’on  pourroit  fe  fervir  fort  à  propos  dans  toutes  les  compofitions  ou  le 
Eolium  Indum  des  Indes  eft  requis  ,  en  ce  qu'elles  font  doüccs  de  très  bonnes 
qualitcz,  &  ont  beaucoup  plus  de  vertu  que  le  Folium  Indum  j  c’eft  pour  ce  fujee 
que  les  Amçriquains  s’en  fervent  en  fomentation  pour  guérir  la  paralifie  ,  & 
autres  maladies  provenant  de  caufe  froide. 

Le  troifléme  eft  le  fruit  ,  dont  on  peut  fe  fervir  à  l’imitation  des  Ànglois  ^ 
comme  étant  un  fort  grand  aromat,ainfi  propre  à  pluficurs  ufageSi  Comme  cû 
fruit  n’cft  connu  que  depuis  tres-peu  de  temps  ,  nous  n’en  faifons  aucun  com¬ 
merce  ,  mais  depuis  un  an  ou  environ ,  que  nos  Armateurs  de  Saint-Malo  en 
ont  pris  une  affez  bonne  quantité  fur  les  Anglois  ,  nous  avons  peu  d’Epiciers 
qui  ne  connoifTcnt  ce  fruit  loûs  le  nom  de  Graine  de  Gerofle  ,  à  caufe  que  fon 
goût  retire  aflez  à  celuy  du  gerofle ,  &c  duquel  on  commence  à  fe  fervir  pour  met¬ 
tre  dans  les  quatre  Epices,  &  il  eft  vray  que  ce  fruit  battu  Sc  mis  dans  quelques 
fauces  ,  a  le  même  goût  que  fi  l’on  y  avoir  mis  du  gerofle  ,  de  la  mufeade  & 
delà  candie  avec  toutes  ces  belles  qualitcz  peu  de  gens  s’en  accommodent, 
foit  parce  que  ce  fruit  n’cft  pas  encore  bien  connu ,  ou  que  fon  goût  ne  plaife  pas, 
ce  qui  eft  bien  contraire  des  Anglois  qui  en  ufent  de  très- grande  quantité  ,  auffi- 
bicn  que  les  Sauvages,  qui  s’en  fervent  dans  leur  chocolat  fous  le  nom  de  Mek- 
quette. 

Les  Anglois  appellent  ce  fruit  Poivre  de  la  Jamaïque ,  &  ks  Hollandois  Amomi,  Poîne  a® 
Sc  nous  Fruit  du  Bois  d’înde ,  Sc  du  vuiguaire ,  quoyque  mal  à  propos ,  Graine  de 
Gerofle. 

A  l’égard  des  fleurs  de  cet  arbre  que  l’on  m’a  alfuré  être  tres-bclIcs ,  je  n’enay  d'indc.ou 
rien  dit  ,  pour  n’avoir  fi^û  leurs  formes ,  figures  Sc  couleurs  dont  clics  font ,  gciSe/ 
je  diray  feulement  que  l’on  m’a  afluré  que  le  Bois  de  Chandelle  ,  ou  faujx  Santal  ^ 
ôde  Bois  d’Inde ,  étoicntlcs  deux  plus  beaux  arbres  ,&  les  plus  odoriférants  qu’il 
y  eut  dans  toutes  les  Indes ,  tant  Orientales  qu’Occidencalcs-. 

/.  Partie.  * 


I2Z 


Hiftoire  generale 


chapithe  XVI. 


Du  bois  de  Fuftet^ 


LEBoisdcFuftct  que  nous  appelions  ordinairement  Fuftcl,  eft  les  racines  & 
le  tronc  d’un  arbriffcau  que  les  Botaniftes  appellent  Coggygria  de  Theophraf- 
te ,  &  Cotinus  de  Pline ,  qui  a  fes  fcüilles  vertes  &  prcfque  rondes ,  après  lefquelles 
naît  une  fleur  qui  du  commencement  eft  faite  en  maniéré  de  grappe ,  de  couleur 
d’un  verd  obfcur ,  &  qui  fur  la  fin  s’ouvre  comme  une  évantail  :  parmy  la  bourre 
de  fes  papillottes ,  il  y  a  des  graines  noires  faites  en  cœur  -,  c’eft  les  racines  &  le  tronc 
de  cet  arbrifleaUj  que  les  Italiens  &  Provençaux  apres  avoir  été  chapcllé ,  c’eft  à  dire 
que  fon  écorce  en  foit  ôtée,  nous  vendent  &  envoyent  pour  bois  de  Fuftet ,  lequel 
pour  être  de  la  bonne  qualité,  doit  être  d’ucie  couleur  jaune,  fcc  &  de  Provence, 
étant  meilleur  que  ccluy  d’Italie.  Qùoyque  ce  bois  vienne  en  France  ,  nous  en 
avons  quelquefois  meilleur  marché  de  le  tirer  d’Hollande  &  d’Angleterre  que  de 
le  faire  venir  de  Provence. 

Son  ufage  eft  pour  les  Teinturiers  du  petit  teint ,  pour  teindre  en  fcüille  morte 
&cn  cafté; il  cftaufli  quelque  peu  ufité  parles  Ebeniftes. 

Bois  jaune  Nous  faifous  Venir  d’Angleterre  &  d’Hollande  une  autre  forte  de  bois  jaune 
^An^gkl  en  grofles  bûches ,  qui  n’a  autre  nom  que  je  fçache  que  celuy  de  bois  jaune , 
dont  fc  fervent  aufli les  Teinturiers  &  Ebeniftes,  je  n*ay  pû  fçavoir  autre  chofe 
touchant  ce  bois  jaune  que  ce  que  je  viens  de  rapporter. 

Il  nous  vient  de  Lorraine  un  certain  bois  de  couleur  d’un  gris  tant  foit  peu 
rougeâtre ,  dur  &  moyennement  lourd ,  garnis  d’une  écorce  mince  &  brune  fem- 
Bois  ac  blablc  à  celle  de  ccrificr ,  qui  eft  ce  que  nous  appelions  bois  de  Sainte-Lucie, 
saktc-Lu*  agréable  odeur  eft  employé  par  les  Ebeniftes.  Le  choix  de  ce 

bois  eft  d’être  bien  compaiftc  &  fans  nœuds.  Ce  bois  eft  admirable  dans  fa  na¬ 
ture ,  en  ce  qu’il  n’a  jamais  d’obier,  &:  que  plus  il  vielit  plus  il  a  bonne  odeur. 


des  Drogues ,  Livre  III.  12  3, 

M.deTornefort  m’a  afluré  que  le  bois  de  Sainte-Lucie  étoit  le  tronc  de  l’arbrif- 
Icau  qui  porte  le  Mahalep  ^  dont  j’ay  parle  au  Chapitre  des  graines  à  la  page  24. 

On  nous  apporte  des  Indes  un  certain  bois  verdâtre  ,  eri  groffes  bûches 
d  une  tres-bonne  odeur  ,  foûs  le  nom  de  bois  de  Calambourg  ,  de  dont  boîs  de 
quantité  d’Ouvriers  fc  fervent ,  tant  à  caulède  fa  bonne  odeur  que  parce  qu’il 
eft  propre  pour  dilFcirnts  Ouvrages ,  comme  pour  la  marqueterie  ,  de  pour  fiiire 
des  chapelets  de  autres  j  les  Chirurgiens  de  Barbiers  s’en  fervent  comme  du  bois  de 
rofe,pour  faire boüillir  dans  l’eau  deqiioy  ils  font  la  barbe. 

Les  Hollahdois  nous  envoyent  de  deux  fortes  de  bois  violet  en  groffes  bûches , 
qui  n’a  autre  ufage  que  pour  la  marqueterie.  Le  choix  du  bois  violet  eft  qu’il  foit  ict. 
bien  véneux,  tant  dclTus  que  dedans ,  le  moins  rempli  d’obier  de  de  pourri  qu’il  lcra 
poflible.  Le  plus  gros  bois  violet  eft  appelle  bois  de  Palixandre.  bou  toUi 

Outre  le  bois  violet  les  Hollandois  nous  envoyent  un  certain  bois  d’une  coü- 
leur  rougeâtre  tirant  fur  le  violet  ,  que  les  Hollandois  appellent  Letteihout,  de 
nous  bois  delà  Chine.  Monfieurde  Fureticrc  dit  que  ce  bois  ne  vient  que  dans  ^ 
le  continent  de  Guyanne ,  ce  que  je  nef(^ay  pas  pour  n  y  avoir  pas  été  i  ce  bois  chLe. 
eft  aufli  pour  la  marqueterie. 

Outre  tous  ces  bois  cy-delfus  nous  vendons  de  trois  fortes  d’Ebenes  j  ft^avoir ,  Trois  fo^ 
l’Ebene  noire  ^  que  les  Hollandois  apportent  de  l’Ifle  Maurice  ,  de  que  les  an- 
ciens  ont  prétendu  être  un  bois  d’Aloes.  Le  fécond  eft  l’Ebene  rouge  ou  grena- 
dille.  Le  troifiéme  eft  l’Ebcne  verte.  A  l’égard  de  l’arbre  qui  produit  l’Ebenc 
noir  J  t]uclqu’uns  prétendent  qu’il  eft  de  la  hauteur  de  grolTeur  de  nos  vieils 
chênes ,  de  qui  leur  rcflemblent  par  le  cœur  &  l’obier  j  à  la  referve  qu’il  eft  de 
couleur  fort  noire ,  qui  eft  ce  qui  luy  donne  ce  beau  poliment  de  ce  qui  la  fait 
cftimer.  Ils  difentquc  ces  fcüilles  reftemblcnt  à  celle  de  laurier ,  de  porte  entre 
deux  un  fruit  comme  un  gland,  fur  une  petite  queue. 

L’Ebcnc  noire  doit  être  d’im  noir  de  geeft,  fans  aucunes  veines ,  le  plus  maft 
fils  Ôd  le  moins  rem|.Tjy  d’obier  que  faire  fe  pourra^ 

La  rouge  doit  être  au fti  malEve,  la  mieux  venée  de  haute  en  couleur.  La  verte 
doit  avoir  les  mêmes  qu  alitez,  &  doivent  être  mondée  de  leurs  écorceeôc  obiers. 

L’ufage  des  Ebeneseft  pour  pluficiirs  Ouvrages  de  marqueterie,  &  à  caufedu 
grand  ufage  qu’il  s’en  faifoit  le  temps  pafle ,  de  à  caufe  de  la  grande  cherté ,  ceux 
qui  travaiUoicnt  en  Ebencs  furent  nommez  Ebeniftes ,  qui  eft  un  Corps  de  Mé¬ 
tier  affez  confiderable.  Il  y  en  a  qui  afl'utent  que  l’obier  del  Ebene  trempé  dans 
de  l’eau,  a  la  faculté  de  purger  la  Pituite  ,  de  de  guérir  les  Maladies  Sccrcttcs. 

Il  nous  vient  encore  des  Indes  un  bois  grifiitre  de  en  grofles  bûches ,  de  l’odeur  de 
ranis,&:qui  pour  ce  fujet  eft  appelle  des  Ebeniftes  ouTabletiers  qui  font  ceux 
qui  s’en  fervent,  bois  d’anis  ou  d’anil.  Outre  le  bois  nous  en  vendons  la  femen- ’teoisd’A- 
ce ,  fous  les  noms  d’Anis  de  la  Chine ,  d’Anis  de  Sibérie ,  d’Anis  des  Iftes  de  Phi- 
lipinc ,  ou  de  Semence  deBadian ,  de  Zingi ,  ou  d’Anis  des  Indes ,  dont  la  figure 
&Tufage  eft  d’écrite  à  la  page  43.  de  ce  premier  livre ,  de  au  Chapitre  de  la  Ni- 
gelle  Romaine,  &  fa  figure  fc  trouvera  ài’Eftampc  du  bois  du  Fuftet. 

Il  y  a  encore  quantité  d’autres  fortes  de  bois  j  comme  le  Sambarame  ,  qui  eft 
une  efpccc  de  Santal  blanc ,  les  bois  d’Acajoux,  les  Acomats ,  le  bois  de  fer,  le  à* 
bois  de  Coulcvrée  ,  le  bois  des  Molucques  que  les  habitans  du  pays  appellent 
Panava ,  Se  de  quantité  d’autres  dont  je  ne  parlcray  point ,  en  ce  que  nous  n’en 
faifons  aucun  commerce  n’en  ayant  que  rarement. 

A  l’égard duBois des Moluques, quelques-uns  m’ont  voulu  affurer  que  c’étoit 
la  Cancllc  blanche,  ce  que  je  ne  crois  pas. 

Fin  des  Bois^ 

Q  ij 


/.  Pmie, 


I  24  Hiftüire  generale 


HISTOIRE 


GENERALE 

DES  DROGUES 


LIVRE  QUATRIEME. 

Des  Ecorces. 

PREFACE 

'ENTE  ND  S  pdr  Ecorces  U  première^  U  fécondé  ,  ou  U  troifiéme 
enveloppe  àuTronc  d’un  Arbre  j  laquelle  nous  vient  naturellement  comme 
elle  a  été  tirée  des  Végétaux ,  comme  pourroit  être  le  JQnquina  »  l'Ecorce  de 
Mandragore  >  &  mondé  de  fa  première  peau  >  comme  la  Canelle  >  le  Callia 
lignea  »  O'  femblables.  Ainf  je  commenceray  ce  prefent , Chapitre  par  l'Arbre 
qui  porte  la  Canelle  y  tant  à  caufe  de  la  grande  confommarion  que  nous  fai fons  de  fa 
féconde  écorce  >  qu’à  caufe  de  fes  grandes  propriete^^. 


des  Drogues,  Livre  IV. 


i^S 


CHAPITRE  I. 


De  la.  Cane  lie. 


Canelle 


La  Canelle  que  les  Anciens  ont  appelle  Cinamomc,  cft  l’écorce  du  milieu 
des  branches  d’un  arbre  qui  croit  de  la  hauteur  des  Saules  ,  qui  a  Tes  feüil- 
les  11  lemblablcs  au  Folium  Indum  ,  qu’il  n’y  a  qui  que  ce  foit  qui  en  pourroit 
faire  la  différence  d’un  premier  abord ,  ce  qui  a  donné  occalion  à  quelques-uns 
de  vouloir  alTurcr  que  nôtre  Jl'oitum  Indum  étoitles  feüillcs  de  l’arbre  qui  portoïc 
la  Candie  :  fi  ces  feuilles  font  fi  femblables  que  la  vû'é  n’en  puiffe  faire  la  dif¬ 
férence  ,  le  goût  le  dicerne  bien-tôt ,  en  ce  que  lès  feüilles  de  candie  font  d’un 
goût  &L  d’une  odeur  fi  fuave  ,  qu’ elles  fiirpalfent  en  quelque  fai^on  la  moindre 
canelle.  Après  ces  feüillcs  nailTent  des  fleurs  blanches  en  forme  de  petits  calices, 
d’où  fortent  des  bayes  de  la  figure  d’un  noyau  d’olive ,  par  où  ils  font  attachez 
à  la  branche ,  ainfi  qu’il  ell  reprefenté  par  l’Eftampe  cy-defTus ,  que  j’ay  fait  gra¬ 
ver  fur  l’original  que  M.  dcTornefort  a  entre  fes  mains,  &  qui  a  bien  voulu  en 
même  temps  m’en  donner  cinq  ou  fix  feüilles ,  qui  font  de  la  figure  du  goût 
cy-defTus. 

A  l’égard  de  l’endroit  d’où  vient  la  Canelle ,  &  de  la  maniéré  dont  on  écorche 
l’arbre ,  j’ay  jugé  a  propos  de  raporter  icy  ce  qu’en  a  écrit  M.  Tavernicr. 

La  Canelle  vient  de  l’Ifle  de  Ceilan,  l’arbre  qui  la  porte  cft  fort  approchant  de 
nos  Saules ,  &:  a  trois  écorces  ;  on  ne  prend  que  la  première  &  la  féconde ,  &:  cclle- 
cy  cft  bien  meilleure  que  l’autre  j  pour  la  troifiéme  on  n’y  touche  point ,  car  fi  le 
coûteau  venoit  a  la  couper  cela  feroit  mourir  l’arbre  ,  aufli  cft-ce  comme  un 
Métier  que  l’on  fait  apprendre  dejeuneft'e.  La  Canelle  coûte  plus  aux  Hollandois 
qu’on  ne  croit  ;  car  le  Roy  derifle  de  Ceilan  qu’on  appelle  autrement  Roy  de  Can- 
dy  du  nom  delà  Ville  Capitale,  étant  ennemy  juré  des  Hollandois,  parce  qu’ils 
luy  manquèrent  de  parole  ,  envoyé  tous  les  ans  des  Troupes  pour  tâcher 

Q_iij 


I Z  6  Hilloire  generale 

de  les  {tirprendre  quand  ils  font  la  récolté  de  la  Canellc  ,  c’eft  ce  qui  les  oblige 
d’avoir  quinze  ou  feize  cens  homrnes  armez ,  pour  appuyer  &  défendre  un  pa¬ 
reil  nombre  de  gens  pendant  qu’ils  travaillent  à  ccorcer  l’Arbre  de  Canellc  ^  &  il 
faut  pême  qu’ils  nourriffent  ces  travailleurs  tout  le  refte  de  l’année,  fans  conter 
la  dépenfe  des  Garnifons  qu’il  leur  faut  entretenir  en  pluficurs  endroits  del’Illc. 
Ces  grands  frais  rehaulTcnt  de  beaucf^up  le  prix  de  la  Candie  ,  ce  qui  n’alloit 
pas  de  la  forte  du  temps  des  Portuguais ,  qui  nefaifoient  pas  toute  cette  dépen¬ 
fe,  &  qui  mettoient  toutes  chofes  à  profit.  Il  croit  dans  l’Arbre  de  Candie  une 
certaine  forte  de  fruit  qui  elf  comme  une  olive,  &:  on  ne  le  mange  pas  ,  ils 
cucillolent  une  quantité  qu’ils  mettoient  dans  une  chaudière  avec  de  1  eau,  ôdla 
•  ■  petite  pointe  des  bouts  des  branches  ,&  faifoient  boüillir  le  tout  jufqu’à  ce 
que  l’eau  fut  toute  confommée  -,  cela  étant  refroidi  le  defius  étoit  comme  une 
pâte  façon  de  cire  blanche ,  &  au  fond  de  la  chaudière  c’étoit  du  Camfre  (  M.Ta- 
vernier  le  trompe ,  quand  il  marque  que  c’cll;  du  Camfre ,  puifque  le  Camfre  vient 
du  tronc  d’un  arbre,  comme  je  leferay  voir  au  Chapitre  des  Gommes  ,  mais  une 
drogue fcmblablc au  Camfre.  A  l’égarddcla  circj’ayécritâLifbonnc,maisonne 
fçait  ce  que  c’efi:  )  de  cette  pâte  ils  faifoient  des  cierges  dont  ils  fe  fervoient  dans  l’E- 
glife  pendant  rOlficc  aux  bonnes  Fêtes  dcl’année ,  ôc  fi-tôtque  ces  cierges  étoient 
allumez  toute  l’EgUle  étoit  parfumée  dune  odeur  de  Canelle.  Ils  en  ont  envoyé 
pluficurs  fois  â  Lifbonne  pourlaChapelle  du  Roy.  Autrefois  les  Portuguais  tiroient 
aufli  delà  Canellc  des  terres  qui  appartiennent  aux  Raias  d’autour  de  Cochin, 
mais  depuis  que  les  Hollandois  ont  pris  cette  Ville,  &  qu’ils  fc  font  rendus  maî¬ 
tres  de  l’Illc  de  Ceylan  où  croit  la  Canelle ,  voyant  que  celle  des  environs  de 
Cochin  leur  faifoit  tort ,  parce  que  n’étant  pas  fi  bonne  que  celle  de  Ceylan  elle 
fe  donnoit  â  grand  marché  ,  ils  ruinèrent  tous  les  lieux  où  elle  croifloit  ;  ainfi  il 
n’y  a  plus  de  Canelle  que  celle  de  Ceylan ,  qui  elt  maintenant  toute  entre  leurs 
mains.  Q^nd  les  Portuguais  tenoient  cette  Côte ,  les  Anglois  achetoient  d’eux 
la  Canelle. 

Lorfque  les  Habitaiis  de  l’ifle  de  Ceylan  ^  ont  fait  la  récolte  de  la  Candie,  ils 
en  ôtent  l’écorce  de  delfus ,  qui  eft  brune  ô:  raboteufe ,  &  enfuite  la  font  fccher, 
&  en  fcchant  fe  roule,  &  par  ce  moyen  acquerre  la  figure  quelle  a,  &  devient 
d’une  couleur  rougeâtre,  &  d’une  odeur  fuavc&  d’un  goût  piquant,  aromatique 
&  fort  agréable  5  quelques  perfonnes  m’ont  aifuré  que  toutes  ces  belles  qualitcz 
qui  fe  trouvent  dans  la  Canelle,  ne  luy  arrivoient  qu’au  bout  d’un  an  qu’elle 
avoit  été  cueillie,  ce  que  je  n’ofe  affurer  pour  n’en  être  pas  certain.  Je  diray  ce¬ 
pendant  que  l’on  doit  choifir  la  Canelle  en  belles  écorces  minces  ,  d’un  goût 
piquant ,  fuave  aromatique ,  &  la  plus  haute  en  couleur  que  faire  fe  pourra  , 
&  rejetter  celle  qui  cft  épaific ,  &  qui  ii’a  non  plus  de  goût  que  du  bois. 

A  i 'égard  de  ceux  qui  en  achèteront  de  grolTcs  parties  ,  prendront  garde 
quelle  ne  foit  point  fourrée  de  canelle  ,  dont  l’eflèncc  ou  huile  en  a  été  tiré , 
ce  qui  elt  allez  difficile  â  connoître  ,  à  moins  que  de  les  goûter  morceau  à 
morceau  j  ainfi  la  plus  belle  connoilfancc  que  j’en  puis  donner ,  c’eft  de  l'ache¬ 
ter  de  gens  incapables  de  la  frauder. 

La  Canelle  cÙ.  d’un  fi  grand  ufage  que  nous  avons  peu  de  Drogues  fines 
dont  onfalTc  un  plus  grand  employ ,  tant  â  caufe  de  fes  belles  qualitcz  qu’à  cau- 
fc  de  fon  agréable  goût  Codeur.  Les  Holland  ois  nous  envoyent  une  autre  for¬ 
te  de  Canelle  qui  elt  en  large  écorce,  &  fort  épaiires,qui  eft  ce  que  les  anciens 
Canellc  à  l’imitation  des  Arabes,  ont  appelle  darcheni  ,  nous  Canellc  matte.  Cette 
Canelle  cft  l’écorce  du  tronc  &c  grolfcs  branches  de  l’arbre  portant  la  Canelle  ; 
mais  comme  cette  Canelle  eft  une  raarchandife  de  peu  de  valeur ,  tant  à  caufe 


des  Drogues ,  Livre  IV.  127 

qu’elle  n’cft  pas  de  vente ,  que  parce  qn’elk  n’a  audufi  goût  ny  odeüt ,  (i  ce  n  ell 
quelque  morceau  qui  a  la  petite  pclicule  mince  ,  en,  dedans  d’un  goût  ü  pic- 
quant  &  fi  aromatique ,  qu’il  cft  prcfquc  impoflible  de  la  pouvôir  durer  dans  la 
bouche,  mais  le  peu  qu’il  s’en  trouve  ne  mérité  pas  la  peine  d’en  parler  ,  &  ce 
qui  fait  qu’il  n’y  a  que  les  Colporteurs  qui  débitent  de  cette  forte  de  Cancllc. 

A  l’égard  de  l’EfcavilTon  que  quelqn’uns  prennent  pour  le  menu  de  la  Cancllc 
fine,  d’autres  pour  la  Candie  matte  ,  &  d’autres  pour  le  Caflia  lignea^  je  n’en 
diray  rien ,  en  ce  que  je  parleray  de  chaque  article  fuivant  fon  rang.  Les  Confifeurs 
après  avoir  fait  tremper  la  Canelle  fine  dans  l’eau  chaude ,  la  coupent  par  pe¬ 
tits  éclats ,  &  la  couvrent  de  fiacre  perlé ,  &  enfuite  eft  ce  que  nous  appelions  & 
vendons  foûs  le  nom  de  Canella  de  Milan ,  nous  en  faifons  aufii  des  petites 
paftillcs  qui  n’cfl:  que  de  la  Candie  en  poudre  &  du  Sucre,  avec  des  mucilages 
,  de  la  gomme  ad ragant ,  on  en  fait  une  pâte  que  l’on  met  de  telles  figures  que 
l’on  veut.  Les  Hollandois  ou  les  Habitans  de  l’iQc  de  Ceilan ,  confifent  au  fucrc 
la  Candie  nouvellement  tirée  de  l’arbre ,  qui  eft  une  fort  bonne  confiture  pour 
porter  fur  mer,  mais  fort  rare  en  ces  quartiers-cy. 


CHAPITRE  IL 

De  l  Huile  de  Canelle. 

ON  tire  de  la  Candie  fine  parle  moyen  de  quelques  menftrues  &  d’un  alam¬ 
bic,  une  huile  gralTe,  claire  &  rougeâtre  ,  d’un  goût  fi  fort  &  piquant, 
qu’il  cft  prefque  impolliblc  d’en  mettre  fur  la  langue  j  neanmoins  fon  goût  &: 
fon  agréable  odeur,  cft  lacaufe  que  bien  de  perfonnes  s'en  fervent. 

Comme  la  Canelle  cft  une  écorce  qui  abonde  fort  peu  en  huile  ,  nous  fom- 
mes  obligez  de  la  faire  venir  d’Hollande  ,  tant  à  caufe  qu’il  n’y  a  que  les  HoU 
landois  qui  la  puiflent  établir  de  la  qualité  requife  ,  à  un  prix  auffi  modique 
qu’ils  l’établiflent  ;  car  fi  nous  étions  obligez  d’avoir  recours  à  celle  que  les  Apo- 
ticaires  &:  Diftillateurs  de  France  pourroient  faire  ,  elle  nous  reviendroit  à  deux 
fois  plus  que  celle  que  nous  tirons  d’Hollande ,  ce  qui  ne  peut  provenir  que  de 
leurs  négligences ,  &  du  peu  d’attache  qu’ils  ont  à  leurs  Profeflion  ,  en  ce  que 
c’eft  un  abus  de  croire, comme  ils  en  ont  fait  courir  le  bruit  ,  que  c’eft  que  les 
Hollandois  ne  nous  envoyent  pas  de  bonne  candie,  &:  qu’ils  gardent  la  meil¬ 
leur  pour  eux,  ce  qui  cft  un  abus,  en  ce  qu’il  eft  probable  que  les  Apoticaircs 
ou  Diftillateurs  qui  font  l’Huile  de  candie  en  Hollande,  nefe  fervent  que  delà 
candie  telle  quelle  vient  de  l’Ifle  de  Ceilan,  &  telle  comme  ils  nous  l’cnvoyent, 
qu’ils  mettent  toutes  entières ,  c’eft  à  dire  fans  la  changer  aucunement  de  nature 
dans  de  grandes  cuves  remplies  d’eau  froides,  &  l’y  ayant  laifféc  pendant  vingt- 
quatre  heures  ils  la  retirent  Sien  mettent  d’autres,  en  continuant  toûjours  delà 
même  maniéré ,  jufqu’à  ce  que  l’eau  foit  bien  teinte  ,  &  d’un  tres-beau  rouge, 
&  enfuite  ils  mettent  cette  eau  dans  de  grands  alambics  de  cuivre,  &vcrfcnt  de¬ 
dans  une  quantité  rarfonnable  d’un  efprit  de  vin  fait  d’une  manière  furprenan- 
tc ,  comme  il  fe  verra  cy-aprés  ,  &  c’eft  cet  -efprit  de  vin  qui  a  la  propriété  de 
feparcr  l’huile  d’avec  reau,&  delà  faire  monter  au  haut  du  vailTeau  ,  -&  qu’il 
n’y  a  point  de  livre  de  canelle  qui  ne  rende  plus  d’une  once  d’huile ,  qui  eft 
bien  le  contraire  de  celle  qu’on  fait  icy  ,  comme  on  le  peut  voir  parM.  Leme- 
ry,qui  avoue  que  quatre  livres  de  bonne  canelle  ont  bien  de  la  peine  a  rendre 


Efoviflbn. 


Canella  At 
Milau. 


1x8  Hiftoire  generale 

fix  gros  d!huile.  C’-cftiinfecrct  chez  les  Hollandois  que  de  fqavoir  tirer  l’Huile  de 
.  candie ,  tant  parce  qu’ils  ne  veulent  pas  qu'on  Icjachc  le  nom  des  ingrediens ,  donc 
ils  le  fervent  pour  tirer  l’erprit  du  vin, je  diray  neanmoins  ce  que  j’en  ay  appris  d’une 
jpcrlonue  qui  y  a  travaillé  long-temps  en  Hollande ,  qui  m’a  dit  que  ceux  qui 
font  de  l’Huile  deCanelle,  dc^crofle,  ou  autres  arômats,  viennent  tous  les  ans 
en  Picardie  acheter  un  nombre  de  pièces  devin,  &  après  qu’ils  l’ont  acheté  ils 
les  débondent  ,enfuite  dequoy  ils  verfent  dedans  plein  une  bouteille  d’une  li¬ 
queur  compofee  ,&  laide  la  bouteille  dclTusle  vin,  qui  au  bout  de  vingt-quatre 
•  heures  ne  manquent  pas  d  être  remplies  du  plus  pur  ôc  du  plus  fubtil  du  vin ,  & 
loifquc  les  bouteilles  font  pleines,  ils  les  retirent  &  les  em.portent  en  Hollande 
pour  s’en  fervir  pour  le  befoin.  Ce  qu’il  y  a  icy  à  remarquer  &  ce  qui  doit  être 
plus  lurprenant ,  c’eft  que  le  vin  dans  lequel  ils  ont  jetté  cette  liqueur ,  &i  à  laquelle 
ils  ont  retiré  la  même  quantité  d’efprit,  ce  vin  devient  fi  mauvais  ôc  fi  puant, 
qu’il  faut  le  jetter  &  brûler  les  futailles ,  n’étant  plus  propres  à  en  mettre  d'au¬ 
tres.  Je  n’aurois  pas  avancé  cette  Hiftoire  que  je  croirois  être  fabuleufe  ,  fi  la 
peiionne  qui  m’en  a  afluté  n’étoit  un  homme  de  probité,  &  fur  lequel  on  fe 
peut  fier  j  &  m’a  dit  encore  de  plus  ,  que  c’étoit  une  chofe  bien  rare  quand  les 
Hollandois  nous  envoyoient  de  1  huile  de  canclle  ,  naturelle  comme  ils  l’ont 
tirées  ,  en  ce  qu’ils  y  mêlent  de  l’cfprit  de  viil  bien  deflegmé  ,  &  palTé  def- 
fus  le  fel  de  tartre ,  &c  ce  qui  a  donné  occafion  à  de  certains  Droguiftcs  de  Pa¬ 
ris  d’en  faire  de  même,  fi  bien  que  ceux  qui  croyenc  avoir  une  once  d’huile  de 
canelle,  n’en  ont  pas  une  demie  once  y  ce  qui  n’cft  pas  d’une  petite  confcquencc, 
étant  une  des  plus  pretieufes  marchandifes  que  nous  ayonsjmais  ce  qu’il  y  a  de  par¬ 
ticulier ,  c’eft  que  la  friponnerie  fera  facile  à  connoître  en  deux  manières.  La 
première  en  ce  qu’il  y  paroît  dedans  des  petites  bouteilles  qui  marquent  l’humi¬ 
dité  ,  qui  peut-être  dedans  :  la  fécondé  il  n’y  a  qu’à  tremper  U  pointe  d'un  cou¬ 
teau  dedans ,  ôela  pretenter  à  la  chandelle i  fi  elle  cft  mélangée  d’efprit  de  vin, 
elle  prendra  feu  aufli-tôt,  qui  eft  le  contraire  de  celle  qui  cft  pure,  qui  ne  rend 
que  de  la  fumée ,  &  cette  huile  pure  cft  ce  que  nous  pouvons  appcllcr  avecjufte 
EiTcnce  ou  f^'ûfon  eftcnce ,  quinte-elTcncc  ou  huile  de  canelle ,  &  propre  à  toutes  ufages  où 
qainaiiau-  eftc  cft  l'cquife.  Cettc  huile  aufti-bien  que  la  canelle  ,  cft  un  des  grands  cor¬ 
nue.  diaux  que  nous  ayons, &  ce  qui  caufe  que  les  Allemands,  Anglois  &  HoUan^ 
dois ,  en  confomment  de  groftes  quantitez. 

Outre  l'Huile  de  Canclle  nous  faifons  venir  de  Montpellier  une  eau  de  canclle 
dont  la  compofition  eft  differente  j  les  uns  ne  fe  fervant  que  d’eau  commune, 
de  d’autres  de  vin  blanc  ,  d’eau  rofe  ou  de  meliffe  j  d’autres  fe  fervent  au  lieu  de 
Eau  de  vin ,  d  cau  de  vie  ou  d’efprit  de  vin  &  de  canelle ,  &  par  le  moyen  d’un  alambic 
Candie.  ycrrc  au  feu  de  fable  ou  au  bain  Marie ,  retirent  une  liqueur  blanche  &  trouble 
comme  du  petit  lait  j  mais  au  bout  de  quelque  temps  cette  liqueur  s’éclaircit , 
5c  devient  claire  comme  de  l’eau  de  Fontaine  5  ce  qui  rend  cette  cau  trouble  lorf- 
qu’ellc  cft  nouvelle  faite,  ce  n’eft  que  le  peu  d’huilc  qui  s’ eft  raréfiez  ,  où  dont 
les  parties  fe  font  étendues  dans  l’eau  par  la  fermentation ,  enforte  qu’ils  foac 
imperceptibles,  ôi  qui  au  bout  de  quelque  temps  ne  manquent  de  fe  ralicr ,  5i 
de  fe  trouver  au  fond  du  vaiffeau  j  car  c’eft  le  propre  de  l’huile  de  canelle  de 
fe  précipiter  aux  fond  de  cette  liqueur  de  la  figure  d’une  petite  boule. 

L’eau  de  canclle  eft  fort  enufage  pour  donner  aux  femmes  qui  font  en  tra¬ 
vail  ,  en  ce  que  c’eft  un  excellent  coroboratif ,  qu’elle  fortifie  l’cftomac  ,  &aidc 
aux  évacuations  ;  on  en  prend  auffi  pour  refifter  aux  mauvais  air ,  &  pour  réta¬ 
blir  la  chaleur  naturelle. 

Quelques 


des  Drogues.  Livre  IV.  129 

Q^cIqucs-uns  font  une  manière  de  paftille  •  avec  de  l’eau  de  candie  &  du 
fucrc ,  qui  cft  cc  que  les  anciens  ont  appelle  Oleo  facchamm  >  mais  ces  paftillcs  ne 
font  pas  fi  bonnes  que  celles  qui  font  faites  avec  l’huile  de  canelle  ,  &  le  fucrc  chamm, 
candy  réduit  en  poudre,  defquclles  l’on  fait  des  petites  pilules  que  l’on  garde 
pour  le  befoin,  &  cet  Oleo  faah  ,  ainfi  préparé  j  fera  propre  à  dilToudre  dans 
toutes  fortes  de  liqueurs  cordiales. 

Nousfaifons  encore  venir  de  Montpellier  unfirop  de  candie,  qui  n’ cft  qu’une 
teinture  de  canelle  &du  fucrc  cüit  en  confiftance  de  firop  ,  &  aromatifé  avec  sirop  de 
tant  foit  peu  d’huile  de  candie. 

Ce  firop  a  à  peu  prés  les  mêmes  proprictez  que  l’eau  de  candU  pris  dans  du 
vin  blanc, ou  dans  quelques- autres  liqueurs  convenables. 

Nous  vendons  de  plus  une  teinture  de  candie  ,  dont  la  vertu  &  la  force  cft 
augmentée  par  pluficurs  aromats  comme  gerofle  ,  macis  ,  poivre  long  ,  pe¬ 
tit  galanga  ,  gingembre ,  coriandre  ,  mufe  &  ambre  ,  &  le  tout  pulvcrifc 
grollierenient,&  mis  dans  une  bouteille  avec  de  bon  cfprit  de  vin  bien  bou¬ 
che  &cxpofé  au  folcil  pen  lant  la  canicule,  &  cnfuite  eft  cc  que  nous  vendons 
fous  le  nom  d’eftence  d’hypocras  rouge ,  en  ce  que  cette  elTencc  jettée  fur  du 
Vin  dans  lequel  l’on  y  a  fond-u  du  fucrc,  &  qui  a  été  clarifié  &  palTé  par  la  cra«  ougé 
chai  fie,  elle  ale  pouvoir  de  convertir  ce  vin  en  de  très  bon  hipocras.  &biancbe. 

Ceux  qui  voudront  faire  uncefrcncc  d’hipocras blanche,  n’auront  qu’à  diftil- 
1er  cette  clTencc  rouge  au  feu  de  fable,  ou  au  Bain-Marie  ;  mais  il  ne  faut  s’en 
lervir  qu’avec  de  grandes  modérations  , en  ce  quelle  foifonne  beaucoup  ;  car  fi 
on  en  mettoit  plus  qu’il  ne  faut,  au  lieu  de  faire  de  l’hipocras  elle  rendroit  le 
vin  11  defagreable  que  l'on  n’en  pourroitpas  boire. 

Il  cft  à  remarquer  que  cette  cflencc  bien  préparée  ,  eft  meilleure  vieille  que 
nouvelle, mais  il ja faut  tenir  bien  bouchée  , en  ce  que  l’air  la  diflipc beaucoup, 
ünpeut  tirer  encore  de  la  candie  un  extrait  &  un  fd ornais  comme  ils  ne  font 
prefquc  d’aucun  ufage  ,  c’eft  pour  cc  fujet  que  nous  n’en  faifons  aucun  ne-  c*- 
gocc. 


CHAPITRE  III. 
Du  Cajjia  Lilnea, 


Le  CafliaLignca  cft  aufti  la  deuxieme  écorce  du  tronc  &  des  branches  de  cer¬ 
tains  arbres  alTcz  femblablcs  à  ceux  qui  portent  la  candie. 

Ces  arbres  CIO ilTcnt  pèle  mêle  dam  l’ifle  de  Ccylan,  avec  les  arbres  portant  la  a  régara 
candie.  Il  en  eft  de  même  du  Caflia  Lignca  comme  de  la  Candie ,  en  ce  que  plus  fleurs  5!“' 
l'écorce  eft  fine,  hauteen  couleur,  d’un  goût  fuave,  picquant  &  aromatique,  &  caffiau": 
plus  il  eft  eftimé  :  neanmoins  quelque  bon  que  foit  leCafiia  Lignca,  il  cft  bien  "jç" 
different  de  la  candie,  en  cc  qu’il  laiffe  dans  la  bouche  une  vifcofité  qui  ne  fe 
trouve  dans  la  candie.  [è"ct"oyquc 

Le  CafliaLignca  a  fort  peu  d’ufages  dans  la  médecine,  &  fi  ce  n’étoit  qu’il  s’en 
confomme  par  quantité  de  perfonnes  qui  le  vendent  au  heu  de  candie.  Le[SmJc 
débit  que  l’on  en  fcroit  ne  ftroit  pas  grand  ,  cc  qui  cft  une  pure  voleric ,  tant 
parce  qu  une  livre  de  candie  fine  coûte  autant  que  quatre  livres  de  Caflia  Ligneaj 
^  de  plus ,  c’eft  qu’il  n’a  pas  la  meme  qualité.  Le  CafliaLignca  eft  un  des  ingre-  0®^**** 
/.  PaNic.  ^ 


130  Hiftoire  generale 

dicns  de  la  Thériaque  ,  où  il  n’a  befoin  que  d’ètrc  de  la  qualité  cy-delTus  ,  & 
rejetter  entièrement  le  Caflia  Lignea  à  écorce  larges  &  cpaifles  ,  qui  n’a  non 
plus  de  goût  que  du  bois  ,  &  ainfi  doit  être  rejette  comme  n’étant  propre  à 
rien. 


CHAPITRE  IV. 

JDe  la  Canelle  blanche. 

La  Canelle  blanche ,  à  qui  quelquc^uns  ont  donné  le  nom  Coftus  blanc  ,  ou 
deCoftus  Corticus  ,  ou  Corticolus ,  &  d’ccorcc  de  Winthcrus ,  à  caufe  de 
Guillaume  Winthcrus  qui  en  apporta  le  premier  en  Angleterre ,  cft  l’écorce  du 
tronc  &  des  branches  d’un  arbre  de  la  grandeur  de  nos  poiriers.  Il  a  des  bran¬ 
ches  menues ,  hautes ,  droites ,  &  fort  garnies  de  feüillcs  femblables  à  celles  de  la 
Auréole ,  mais  plus  délicates ,  plus  fou  pics ,  de  couleur  de  vcrt-dc-mcr ,  ôc  d’une 
tres-bonne  odcar,  après  Icfquelles  naît  un  fruit  rond  d’un  tres-bcau  rouge  j  cet 
arbre  croit  en  abondance,  à  S.  Dominguc  dans  la  Guadeloupe  ,  furtout  dans  les 
lieux  fccs  Ôi  pierreux,  il  s’en  trouve  aulh  quantité  dans  Hile  de  Saint-Laurent  ou 
de  Madagafcar, où  il  cil  appelle  Fimpi. 

LeCollus  blanc  que  nous  appelions  aulTi  Candie  blanche, à  caufe  de  la  gran¬ 
de  conformité  qu’il  a  avec  la  Candie  matte,  que  h  ce  n’étoit  fa  couleur  &  fon 
goût, peu  degen^cn  poarroient  faire  la  différence.  Autant  que  cette  écorce  a 
été  autrefois  rare  autant  elle  cil  commune  prcfcntcmcnt ,  ce  qui  a  donné  occa- 
fîon  a  de  certains-  broüiilons ,  qu’il  n’elt  pas  befoin  de  nomm<^  de  la  réduire  en 
poudre,  &  de  la  mêler  avec  les  quatres  Epices  au  lieu  de  mufeade  ,  à  caufe 
que  fon  goût  en  approche  allez  jc’cft  auflî  cette  écqrce  que  quelques  Apoticai- 
rcs  fuppolcnt  &  employent  aflezmal  à  propos ,  au  lieu  du  Collus  Arabique  que 
dieïs'^’  j’ay  cy-devant  déentte,  a  qui  pour  cet  effet  ils  ont  donné  le  nom  de  Coftus  In- 
dicus  ou  Côte  d’Inde,  ce  qui  eft  bien  éloigné  du  bon  fens  ,  puifquc  le  Coftus 
Indicus,  eft  une  racine  prefque  à  nous  inconnue ,  ainfi  que  je  l’ay  marqué  ,  ôc 
que  cdle-cy.  cft  une  écorce  fort  facile  à  pouvoir  recouvrir.  Qjoyque  cette  Ca¬ 
ndie  blanche  foit  d’un  goût  chaud,  piquant,  fort  aromatique  ,  &  pour  ce 
fujet  doiic  detres-bonnes  qualitcz  ,ellceft  très- peu  ufîtée  des  habiles  &  honnê- 
tes-gens,  c’efteequi  eft  la  caufe  quelle  a  tres-peu  de  confommation  pour  la  mé¬ 
decine;  neanmoins  comme  quelques-uns  pourroient  en  avoir  befoin  ,  je  diray 
que  l’on  la  doit  choifir  en  écorce  fine,  blanchâtre  deflus  &  dedans  ;  c’eft  adiré  , 
mondée  de  fa  première  écorce,  qui  eft  greffe,  grife  &  raboteufe,  &  d’un  goût 
acre  &c  mordicant  ;  &  ayant  l’odeur  &:  le  goût  de  la  mufeade. 

On  eftime  cette  écorce  fort  propre  pour  la  guerifon  du  feorbut.  Quclqucs- 
îund*  uns  ont  encore  donné  â  ce  Coftus  le  nom  d’écorce  d’Indc.  Pendant  les  gran¬ 
des  chaleurs  il  découle  du  tronc  de  ces  arbres  une  gomme  noirâtre ,  grafTe  & 
fort  odorante,  qui  eft  cette  gomme  que  quelques  Droguiftes  appellent  gomme 
Gomme  Alouchi ,  &  qu’ils  vendent  tantôt  pour  de  la  gomme  Ederæ,  ou  pour  du  Bdc- 
Âiouchi.  ^  difticile  à  connoître ,  en  ce  que  la  gomme  Ederæ  doit 

être  fcche ,  claire  &  tranfparcnte ,  &  le  Bdehum  eft  affez  femblables  à  la  gomme 
Arabique,  â  la  referve  qu  il  ne  fond  pas  dans  l’eau  ,&  la  gomme  Alouchi  eft  mo- 
Kcorce  lace,  de  differentes  couleurs ,  fort  fale  &fort  vilaine. 

Les  habitans  de  l’iQe  Saint -Laurent ,  notamment  ceux  de  Ghalemboulle ,  cm- 


des  Drogues ,  Livre  IV.  ï  3 1 

ploycnt  cette  gomme  Al ouchi,  qu’ils  nomfticiït  Litemanghits  dans  la  compO^ 
îîcion  de  leurs  parfums ,  à  caufe  que  fôn  odeur  n’eft -pas  tout  à  fait  defagrea- 
blc.  . 


C  H  AP  1  t  k  E  V. 

De  la  Canelle  Giroflée. 


•Cravo  <?c 
Marcnhan. 


La  Canelle  Giroflée ,  Capclet  ,  ou  bois  de  Crabe,  eflee  que  nous  appelions 
mal  à  propos  bois  de  gerofle  ,  eft  la  fécondé  écorce  du  tronc  &  des  bran¬ 
ches  d’un  arbre  qui  a  fes  ftüillesaflcz  approchantes  de  celles  du  laurier  ,  après 
Icfquellcs  naiflent  plufieurs  fruits  ronds  delà  grofleur  des  noix  de  galle ,  de  cou-  ko!*^  «î* 
leur  de  châtaigne  fort  legcrc ,  qui  étant  cafle  il  s’y  trouve  dedans  une  efpcce  de  de  Mada!^ 
pcpin  j  ce  fruit  a  l'odeur  &  le  goût  de  gerofle,  ce  qui  a  donné  occalion  aux  an-^*‘’‘^*’ 
cicns  de  l’appellcr  Noix  de  Gerofle  ,  ou  de  Madagafcar  *,  parce  que  l’on 
trouve  quantité  de  ces  arbres  dans  l’Iflc  Saint-Laurens ,  où  ils  font  appeliez  Ra- 
vcndfara,  &lcs  fruits  Vao-Ravendfara.  Il  s’en  trouve  aufli  en  àbondajacc  dans 
le  Brcfil,  d’où  il  nous  elf  apporté  par  les  Portuguais  à  L  {bonne  ,  d’où  nous  le 
tirons  ordinairement  ,&  où  il  eft  appelle  Cravo  de  Marenhan. 

Ce  bois  de  gerofle  ou  plûtôt  écorce ,  ayant  le  goût  &:  l’odcar  du  gerofle ,  efl;  fi 
en  ulage  prefentement  ,  qu’il  y  a  fort  peu  de  Colpoltcurs  qui  n*cn  vendent, 
apres  l’avoir  mis  en  poudre,  pour  du  gerofle  battu,  ainfi  font  tort  aux  honnê¬ 
tes  Mar  chan-ds  ,  en  cc  que  le  véritable  gerofle  battu  cil  quatre  à  cinq  fois  plus 
cher  que  cette  écorce  *,  ils  en  vendent  aufli  d’entier  à  quantité  de  particuliers  , 
comme  Bourgeois  &  Paticiers ,  en  leurs  faifa'ns  à  croire  que  c’eft  l'écorce  dii  boi? 
de  gerofle  j  ce  qui  eft  faux ,  puifque  le  gerofle  ne  vient  que  dans  l  Ifle  dé  Ter- 
nate  ,  cette  écorce  vient  du  Brcfil  ou  de  l  lfle  Saint-Laurent  ,  ou  de  Mada¬ 
gafcar. 

Comme  c’eft  une  écorce  qui  a  beaucoup  d’ufage,  je  diray  que  l'on  la  doit 
choifir  mondée  de  fa  première  écorce,  qui  eft  ordinairement  grife  &  raboteufe  , 
d’une  couleur  tannée,  qu’elle  foit  mince,  &  d’un  goût  piquant  ,  acre  &  aromati¬ 
que;  en  un  mot,  la  plus  approchante  du  goût  &  de  l’odeur  du  gerofle  que  faire  fc 
pourra.  On  prendra  garde  qu’elle  ne  fente  pas  le  moifi  ,  &  que  les  paquets  ne 
foient  point  fourré  de  groITes  écorces  >  de  nul  goût  ny  odeUr,  comme  il  arrive 
que  trop  fouvent. 

Cette  écorce  n’a  aucun  ufage  dans  la  médecine  ,  a  moins  que  ce  rie  foit  par 
quelques-uns  qui  en  tirent  la  teinture  avec  de  l’eau  de  vie  pu  de  l’cfpric 
de  vin  ,  qui  la  vendent  enfuite  fort  impunément  foûs  le  nom  de  teinture  ou 
d’clfcnccde  gerofle  ;  les ’Confifeurs  s’en  fervent  au  lieu  de  gerofle,  pour  faire  cc 
qu’ils  appellent  gerofle  en  dragée. 

Comme  cette  marchandife  nous  vient  dans'  de  petits  paniers  faits  de  rofeaux, 

&  enveloppez  de  grandes  feüilles  fort  belles  à  voir,  j’ay  jugé  à  propos  de  dire 
que  ces  feüilles  font  ce  que  le R.P. Plumier  appelle  Arum  hœUracrum  hijè- 
Ùis  >  rtfftdis  feutatt! ,  qui  veut  autant  dire  qu’ Arum  montant  à  fcüillçs  fermes , 
froncics  &  fendues.  Et  ceux  qui  en  voudront  fijavoir  davantage ,  pourront  avoir 
recours  à  fon  livre,  où  il  en  traite  fort  amplement,  n’ayant  jugé  à  propos  de  ra- 
porter  ce  qu’il  en  dit  ledifeour  en  étant  trop  long  ;  &de  plus ,  c'eft  que  ccs'feüil- 
Ics  ne  font  d’aucun  ufage,  ce  qui  fait  que  nous  r^en  tenons  aucun  compte. 

/.  Partie.  R  ij 


Hiftoire  generale 


CHAPITRE  VI. 

Du  Kinquina. 


Le  Kinquina ,  ou  Qmna-quina ,  Ecorce  du  Pérou,  ou  écorce  contre  les  Fiè¬ 
vres  ,  cft  récorce  extérieure  du  tronc  &  des  branches  de  pluCeurs  arbres 
qui  croiflent  en  quantité  au  Pérou  ,  d’où  le  Kinquina  nous  eft  apporté  par  la 
voye  de  Cadix  d’où  nous  le  tirons. 

Comme  je  n’ay  jamais  été  au  Pérou  pour  pouvoir  parler  jufte  des  arbres  qui 
portent  le  Kinquina ,  j’ay  eu  recours  à  M.  Bernard,  Ordinaire  delà  Mulique  du 
Roy,  quieft  un  fort  honnête-homme  &  fort  curieux  pour  la  connoiflance  des 
fim pics , lequel  m’a  bien  voulu  donner  une  defeription du  Kinquina,  qui  luy  a 
été  donnée  par  M.Rinflant,  Médecin  de  la  Ville  deRheims,qui  l’avoitcu  d’ua 
de  fes  amis  nommé  Graticn ,  qui  av oit  demeuré  virjgt-ans  en  Portugal  ,&  qui 
avoir  fait  pluücurs  voyages  aux  Indes  ôc  au  Pérou,  dont  en  voicy  la  teneur. 

Defeription  véritable  du  Kinquina, 

Le  Kinquina  eft  l’Ecorce  d’un  Arbre  qui  croit  au  Pérou ,  dans  la  Province  de 
Quitto  ,  fur  des  Montagnes  prés  de  la  Ville  de  Loxa  j  cet  arbre  eft  à  peu 
prés  de  la  grandeur  d’un  cerilicr ,  il  a  les  feuilles  rondes  &  dantelées ,  porte  une 
fleur  longue  &  rougeâtre, d’où  naît  uneefpece  de  goufledans  laquelle  fe  trouve 
une  graine  faite  comme  une  amande,  platte  &  blanche  ,  revêtue  d’une  Icgere 
écorce.  Le  Kinquina  qui  vient  au  bas  de  ces  Montagnes  eft  le  plus  épais,  parce 
qu’il  tire  plus  de  nourriture  de  la  terre  ;  fon  écorce  eftlilTée  d’un  jaune  blanch⬠
tre  par  dehors ,  &  d’un  tanné  pâle  par  dedans  ;  celuy  qui  vient  fur  le  haut  de  la 
Montagne  a  l’écorce  beaucoup  plus  déliée  j  elle  eft  raboteufe  ,  plus  brune  par 
dehors ,  &  plus  haute  en  coulegr  par  dedans  ,  mais  les  arbres  qui  viennent  vers 


des  Drogues ,  Livre  IV.  ï  3  ^ 

le  milieu  4e  ces  Montagnes  ont  leur  écorce  encore  plus  brune  &  plus  décou¬ 
pée,  elles  font  toutes  ameres-,  mais  celles  du  bas  des  Montagnes  le  font  moins 
que  les  autres. 

Il  refulte  de-là  que  le  moindre  Kinquina  eft  celuy  qui  croît  dans  les  lieux  bas, 
parce  qu’il  eft  trop  chargé  de  parties  terreftres  &  aqueufes ,  que  celuy  d  enhaut 
vaut  mieux  par  la  raifon  contraire  ,&  que  le  plus  excellent  de  tous  eft  celuy  qui 
croit  au  milieu  des  Montagnes ,  parce  qu’il  n’a  n’y  trop  n’y  trop  peu  de  nour¬ 
riture. 

Il  y  a  une  autre  efpece  de  Kinquina  qui  vient  des  Montagnes  de  Potofi  ,  qui 
eft  plus  brun  ,  plus  aromatique ,  &  plus  amer  que  les  precedens ,  mais  il  eft  beau¬ 
coup  plus  rare. 

Outre  les  qualirez  que  l’on  a  remarqué  dans  le  Kinquina, il  doit  être  pefanty 
d’unè  fubftance  compare ,  feche  &  ferrée  ,  il  faut  prendre  garde  qu’il  ne  foit 
point  pourri  ny  pénétré  d’eau ,  qu’il  ne  fe  diflipe  point  en  poufliere  en  le  rom¬ 
pant  ,  &  qu’il  ne  foit  pas  rempli  de  menu  ôc  d’ordures  ,  comme  il  s’en  trouve 
louvent  au  fond  des.  Gérons  dans  quoy  il  vient  ordinairement.  On  doit  pré¬ 
férer  auffi  celuy  qui  eft  en  petites  écorces  fines ,  noirâtres  &  chagrinées  au  def- 
fus ,  parfemée  de  quelques  moulTes  blanches ,  ou  de  quelques  petites  feuilles  de 
fougère ,  rougeâtre  au  dedans ,  d’un  goût  amer  &  fort  dcfagreable  ,  &  rejetter 
celuy  qui  eft  filandreux  quand  on  le  cafte,  d’une  couleur  roufte  ,  aufli-bien  que 
celuy  qui  eft  de  couleur  de  caneÜe  au  deftus,quoyque  le  plus  cftimé  de  ceux  qui  n’y 
ont  qu'une  legere  connoifTance  &  qui  le  préfèrent ,  parce  qu’il  eft  d’une  plus,  belle 
vente  que. le  noir.  On  prendra  garde  qu’il  ne  foit  point  mélangé  de  pluficurs 
éclats  de  l’arbrc,  qui  tiennent  le  plus  fouvent  à  l’écorce. 

Cette  écorce  fut  premièrement  apportée  en  France  en  par  le  Cardinal  de 
Lugojefuite,  qui  l’avoit  apporté  luy-même  du  Pérou,  &  cette  écorce  a  eu  tant 
de  vogue  en  France,  quelle  s’y  eft  vendue  au  poids  de  l’or  -,  mais  la  quantité 
que  les  Efpagnols  &Nous  en  ont  fait  venir  du  Pérou  ,  luy  a  diminue  beau¬ 
coup  fon  prix. 

•L’ufagc  du  Kinquina  eft  pour  la  guerifon  des  Fièvres ,  foit  qu’il  foit  pris  en  fub¬ 
ftance  ou  par  infufion  j  mais  comme  c’eft  un  rernede  qui  n’eft  pas  reçu  de  tout 
le  monde  ,&  que  fon  ufage  n’eft  bon  que  quand  il  eft  pris  à  propos  ;  c’eft:  pour 
ce  fujet  que  je  ne  confcille  à  perfonne  de  s’en  fervir  que  par  l’avis  d’habiles 
gens. 

La  haute  propriété  que  lesEfpagnols  ont  attribué  au  Kinquina  pour  la  guc- 
rifon  dcsdFiévres,a  été  la  caufe  qu’ils  luy  ont  donné  ,  comme  au  bois  qui  le 
porte,  le  nom  de  Pa!o  de  Ca!enti4ras ,  qui  fignifie  bois  des  fièvres. 

A  l’égard  du  Kinquina  que  l’on  achètera  en  poudre ,  la  meilleure  connoiftance 
que  j’en  puis  donner ,  c’eft  de  l’acheter  d’honnêtes  gens ,  &  d’y  mettre  le  prix  j 
mais  lur  tout  qu’il  foit  pafte  par  un  tamis  bien  fin. 

On  tire  du  Kinquina  par  le  moyen  de  l’eau  de  noix  diftillées  &  du  feu,  un  ex-  Extrait  & 
traie  ,  qui  eft  un  fort  bon  fébrifuge  ,  étant  pris  depuis  douze  grains  jufqu  a 
trente-fix,en  pilules  ou  délayez  dans  du  vin. 

On  peut  tirer  aufli  du  Kinquina  en  le  brûlant ,  ùn  fcl  fixe  qui  eft  fort  apéritif, 

&  propre  pour  la  guerifon  des  fièvres  quartes ,  pris  depuis  dix  grains  jufqu ’û  vingt 
dans  une  liqueur  convenable. 


»34 


Hiftoire  generale 


CHAPITRE  VII. 

De  î Ecorce  de  Mandragore. 


L’Ecorcc  de  Mandragore  cftl’ccorcc  delà  racine  d‘unc  plante  que  Ton  dif- 
tingueen  deux.  Scjavoir,cn  male  &  en  femelle.  Je  ne  m’arréteray  point  à 
d’écrire  tous  les  difeours  inutiles  que  les  anciens  ont  dit  touchant  la  racine  de 
cette  plante ,  pour  dire  que  les  Mandragores  tant  mâle  que  femelle  font  fort  rares 
aux  environs  de  Paris ,  ce  qui  caufe  que  les  Apoticaires  font  obligez  d’en  fouf- 
traire  les  fcüilles ,  aulTi-bien  que  celles  du  nombril  de  Venus ,  de  la  compofition 
de  l’onguent  de  Populeum ,  ce  qui  eft  un  abus  bien  grand ,  étant  impofliblc  que 
cette  compofition  puilfe  avoir  les  memes  qualitez  que  les  Auteurs  luy  attri¬ 
buent  ,  du  moment  que  deux  des  principales  Drogues  en  font  ôtées ,  &  ce  qui 
fait  que  ce  remede  n’a  pas  l’effet  qu’il  devroit  avoir  s’il  étoit  fait  dans  les  formes, 
&  qu'au  lieu  de  rafraîchir ,  qui  cil  fa  principale  vertu ,  il  échauffe  plûtôt ,  tant  par¬ 
ce  que  ces  deux  fortes  de  plantes  y  manquent ,  que  parce  que  le  plus  fouvent  les 
Apoticaires  au  lieu  de  vendre  du  Populeum  de  l’année,  ils  en  vendent  qui  a  deux 
ou  trois  ans;  qui  eft  tout  le  contraire  du  fentiment  des  Auteurs,  qui  difent  que 
la  vertu  rafraichiffante  du  Populeum  ne  dure  qu’une  année  ,  ainfi  que  l’on  le 
pourra  voir  par  la  Pharmacopée  de M.Bauderon, Commentée  par  le  Sieur  Ver¬ 
ni,  qui  dit  en  ces  termes  à  la  page  15(5. qu’il  faut  le  renouveller  tous  les  ans, 
autrement  fa  vertu  réfrigérante  fe  perd  par  le  temps ,  &  la  chaleur  de  la  graiffe 
furmonte  la  froidure ,  ^  par  confequenc  eft  inutile  ;  ainfi  les  Apoticaires  de  Pa¬ 
ris  ou  des  Villes  circonvoifines ,  doivent  être  avertis  de  ne  plus  s’émanciper  de 
le  compofer ,  puifqu’il  leur  cil  impoffiblc  de  le  pouvoir  faire  dans  les  réglés , 
mais  dclc  faire  venir  de  Montpellier,  où  on  le  peut  faire  fans  aucun  Subftitut, 
&  de  la  manière  que  les  Auteurs  le  demandent  ;  ou  bien  s'ils  ne  veulent  pas 


des  Drogues ,  Livre  IV.  135 

avoir  oette  fujcttion-là,  en  ce  que  ce  n’eft  guère  leur  profcflion  de  faire  venir 
delamarchandife ,  en  laifleront  la  liberté  aux  Marchands  Epiciers  qui  le  feront 
avec  bien  du  plailir  j  &  par  ce  moyen  les  Apoticaires  n’engageront  point  leur 
confcicnce ,  &  le  public  eiï  fera  fervi  plus  fidèlement.  Pour  reve  nir  à  la  racine  de  la 
Mandragore,  étant  en  terre  elle  pouüe  des  feüillcs  vertes ,  larges ,  &  traînantes  par 
tcrrc,&  des  fruits  alTcz approchants  en  grofieur  (k  figure  aux  colloquintes  qui  n’ont 
ps  été  mondées ,  c’eft  à  dire  telle  qu’elle  fort  de  delTus  la  plante.  Je  n  ay  pas  jugé 
a  propos  de  parler  de  la  différence  qu’il  y  a  entre  la  Mandragore  mâle  &  femel¬ 
le,  en  ce  qu’il  y  a  quantité  d’ Auteurs  qui  en  traitent  ,  pour  dire  que  de  toute 
cette  plante  n<?iîs  n’en  vendons  que  f  écorce  de  la  racine  ,  laquelle  doit  être 
mondée  de  fon bois,  la  plus  recente  qu  il  fe  pourra  i  elle  doit  être  d’une  cou¬ 
leur  grife  au  dedans,  &  d’un  gris  rougeâtre  au  delTus,  garnie  de  fa  petite  écor¬ 
ce,  qui  eft  tant  foit  peu  gravclcufe  ou  chagrinée. 

L’écorcc  de  Mandragore  a  quelque  peu  d’ufage  dans  la  medecine,  en  ce  qu’el¬ 
le  entre  dans  quelques  compofit.ons  galéniques.  Avec  l’écorcc  de  Mandragore 
on  nous  envoyé  quelquefois  delà  racine  coupée  par  tranches  comme  le  Jalapj 
mais  elle  n’eft  pas  tant  en  ufage  que  l’écorce  à  caufe  que  le  cœur  y  eft ,  qui  n’a 
non  plus  de  vertu  que  le  bois. 


CHAPITRE  VIII. 

JDe  i Autour, 

L’Autour  eft  une  écorce  fort  approchante  en  figure  &  ch  couleur  â  la 
groffe  candie ,  excepté  qa’cile  eft  tant  foit  peu  plus  blafarde  au  defliis ,  & 
de  la  couleur  d’une  mufeade  caffée  au  dedans ,  accompagnées  de  quantité  de 
petits  brillants  *,  elle  eft  fort  legere  écfpongieufe  ,  d’un  goût  prclque  incipide 
fans  odeur,  ün l’apporte  du  Levant,  de  Turquie  â  Marfeille  d’où  nous  le  faifons 
venir. 

Cette  écorce  n’a  point  d’autre  ufage,  aufli-bien  que  Chouan  ,  que  pour  la 
perfection  du  Carmin ,  &  elle  n’a  bcfoin  d’autre  choix  que  d’être  de  la  qualité 
cy-deflus. 

Une  perfonne  m’a  alTuré  qu’il  croit  de  l’Autour  auprès  de  Paris  ,  &  même 
m’en  a  donné  une  écorce ,  laquelle  eft  à  peu  prés  la  même  chofe,  mais  elle  eft 
d’un  goût  amer,  d’une  couleur  terreufe  fans  aucun  brillant. 

Il  m’a  été  du  tout  impolTiblc  de  pouvoir  fc^avoir  qui  ctoit  l’arbre  ou  k  plante 
qui  porte  le  l’Autour,  ce  qui  a  fait  que  je  n’en  aypû  rien  dire. 


liege 

ôku«. 


liège  I 
ou  d’i:: 
gue. 


136  Hiftoire  generale 


T  E  Licgc ,  que  les  Lati  ns  appellent  Suher  -,  eft  l’ccorcc  extérieure  du  ttoiic  de  pl  u- 
J-»  fieurs  arbres  qui  croiffent  en  quantité  en  Efpagne,  en  Italie  &  même  en  France, 
principalement  dans  laGafcognc,  &  furies  Pirenécs.  Les  feüilles  de  ces  arbres 
font  de  moyenne  grandeur,  vertes  par  deifus  &  blanchâtre  par  deffous,  danteléc 
tout  autour,  apres  lefquelles  il  naît  des  glands  fcmblables  à  ceux  du  chêne. 

Lorfque  les  habitans-  des  lieux  veulent  faire  la  récolté  de  cette  marchandi- 
fè  ,  ils  fendent  ces  arbres  depuis  le  haut  jufqu'en  bas ,  &  en  tirent  les  écor¬ 
ces  qui  eft  le  Liege,  &  après  qu’ils  font  arrachez  ils  le  mettent  l’un  fur  l’au¬ 
tre  jufqu’à  une  heuteur  raifonnablc  ,  dans  des  folfes  qu’ils  ont  fait  exprès  Ôi 
qu’ils  ont  îcmply  d’eau  ,  &  après  les  avoir  chargé  de  pierre  ,  ils  lailfent 
le  tout  en  cet  état  une  efpacc  de  temps ,  &  lorfqu’il  ell  rcdrelTé  &  beau¬ 
coup  affaifé ,  ils  reprennent  celuy  d’un  autre  folTc  qu’ils  remettent  dclfus,  ainfî 
de  quatre  folTes  il  la  reduifent  à  une ,  &  après  avoir  tout  retiré  de  dedans  l’eau 
ils  le  laiffcnt  fccher  j  étant  fec  ils  eft  tranfporté  par  balles  en  differens  en¬ 
droits. 

On  choifira  le  Liège  en  belles  tables,  uny ,  non  rempli  de  nœuds  ny  de  cre- 
valTeSj,  d’une  moyenne  épaiffeur  ,  d‘un  gris  jaunâtre  au  delfus  &  en  dedans ,  & 
qu’en  le  coupant foit  bien  uni.  Nous  appelions  ordinairement  ce  Liege,  Licgc 
blanc  ou  de  France ,  à  caufe  que  l’on  en  fait  de  cette  forte  dans  la  Guyenne  , 
principalement  de  devers  Bayonne ,  d’où  prefque  tout  celuy  que  nous  voyons 
nous  eft  apporté.  • 

On  nous  apporte  des  mêmes  endroits  une  autre  forte  de  Licgc, que  nous  appelions 
fi>a-  Licgc  d’Efpagnc ,  lequel  pour  être  de  la  qualité  requife  doit  être  aulTi  léger ,  uny , 
noirâtre  au  deflus ,  comme  s’il  ctoit  brûlé  Jaunâtre  en  dedans  &  facile  à  cou- 

per 


des  Drogues,  Livre  IV.  ■  Î37 

per, non  porreux, &lc  plus  épais  qu’il  fera  pofliblc,  étant  beaucoup  pluscfti- 
mé  &  recherché  que  le  mince. 

Un  de  mes  amis  m’a  alTuré  que  ce  qui  noircilToit  le  Liege  ,  ne  venoit  que  de 
•  ‘ravoir  laiflé  tremper  dans  de  feau  de  la  mer. 

Son  ufage  eft  trop  connu  pour  m’y  arrêter  ,  je  diray  feulement  qu’il  cft  quel¬ 
que  peu  uiité  dans  la  médecine  ^  tant  pour  arrêter  le  fang  étant  pris  en  poudre 
ou  brûlé  dans  quelque  liqueur  aftringente ,  que  pendu  au  col  pour  faire  perdre 
le  lait  des  nourrilTes ,  &  le  même  Liege  brûlé  ,  mêlé  avec  un  peu  de  beurre  frais 
&  du  fel  Saturne ,  ell  fort  convenable  pour  les  hemoroides. 

Les  Efpagnols  brûlent  le  Liege  &  en  font  un  noir  extrêmement  léger  ,  qui  eft 
ce  que  nous  appelions  noir  d'Efpagne  ,  lequel  pour  être  de  la  bonne  qualité  il 
faut  qu’il  foit  noir,  léger,  le  moins  fablcux&  graveleux  qu’il  fc  pourra.  Ce  noir 
cil  ufitc  par  divers  Ouvriers  qui  s’en  fervent, 

Il  y  a  encore  quantité  d’autres  fortes  d’écorces,dont  nous  ne  faifons  aucun  com¬ 
merce  ,  comme  l’écorce  de  la  racine  &  du  tronc  de  l’arbre  appelle  Macer ,  le  Corii, 
l’Hivorahé ,  &  autres  femblables ,  en  ce  que  nous  n’en  avons  que  tres-peu ,  quoy 
que  cependant  ce  feroit  de  tres-bens  remedes ,  ainfi  qu’on  le  pourra  voir  dans  le 
Traité  qu’en  a  fait  Garcic  du  Jardin  &  Chriftofle  la  Cofte,  dans  leurs  Hiftoircs 
des  Drogues  des  Indes, où  leLedeur  pourra  avoir  recours. 

On  fera  icy  averty  que  comme  quelques  perfonnes  demandent  du  Macer  pour 
fc  guérir  de  la  dilTentcrie  ,  qui  eft  fon  principal  ufage  ,  quelques-uns  vendent 
a  fa  place  du  Macis,  croyant  que  c’eft  fa  même  chofe  -,  ce  qui  ett  neanmoins 
bien  différend ,  en  ce  que  le  Macer  eft  l’écorce  du  tronc  d’un  arbre,  &  le  Macis 
eft  Lenvelopc  de  la  coque  de  la  mufeaie» 


Fin  des  Ecorces^ 


I.  Partie. 


Noir  d'Bf-i 
pa^c. 


Macct 
Coru  8t 
Hivoiahé. 


1 3  B  Hiftoire  generale 


HISTOIRE 

GENERALE 

DES  DROGUES 


LIVRE  CINQUIEME. 

Des  Veuilles. 

PREFACE 

E  NT  ENDS  par  Feuilles  le  premier  verd.ejue  les  plantes  que  nous  eom<- 
p'^enons  fous  les  genres  d*Jrhres*  Arhrijj'eaux  ,  Sous  Jrbrijfeaux  ^  Hetbes  » 
poujpnt  d'aboed  que  le  beau  temps  uienttainfi  je  ne  comprendra^  dans  ce  Cha¬ 
pitre  que  les'F-i  utiles  qui  fortent  des  Tiges*  ou  des  branches  des  Arbres  >  ou 
'  ayant  que  ces  parties  qui  doivent  porter  le  nom  de  Ftüilles  ,  qui  dérivent 
du  mot  (jrec  Phillon»  ^  du  mot  Folium  ^^Iques-uns  veulent  que  le  nom  de 
Feiiilles  (oit  aujji  adapté  à  quelques  fleurs  ,  comme  par  exemple  on  dit  ordinairement  des 
l{ofes*  JFcütlles  deRofts ,  ÿeüilles  de  Tulipe  *ain fi  des  autres  ;  mais  n'ayant  fuivi  cet 
ordre  »  c*efl  pour  ce  fujet  que  je  ne  parlerait  dans  ce  Chapitre*  que  des  Ftüilles  vertes  qui 
.fartent  des  Branches  ou  des  Tiges  *^  non  pas  des  feuilles  d’autres  couleurs,  qui  font  U 
partie  la  plits  ejfenlielle  des  Rofes  ou  autres  fleurs. 

Je  traiteray  aujfi  en  ce  Chapitre  des  Ftüilles  qui  ont  été  travaillées  *  comme  leTabac* 
&de  celles  de  qui  on  en  a  tiré  lesfeculles  &  l‘f  comme  l’Anil*  le  IQilt  autres 
comme  il  fe  vertu  dans  la  fuite. 


Herbes ,  » 


mwm 


des  Drogues,  Livre  V. 


139 


CHAPITRE  I. 


Du  Dictant  de  Candie. 


T  E  Diâiam  de  Crète  ou  Candie ,  cft  une  plante  de  deux  a  trois  pieds  de 
^  haut ,  qui  a  fes  f  eüilles  de  la  grandeur  &  à  peu  prés  de  la  figure  de  Tonglc^ 
blanche ,  &  cotoneufe  deflus  &  deflbus ,  apres  Icfquelles  naiflcnt  des  Fleurs  lon¬ 
gues  par  épi,  d’une  couleur  violette.  Cette  petite  plante  qui  cft  très-belle  avoir 
croît  en  abondance  dans  l’Ifle  de  Candie  ,  d’où  eft  venu  fon  furnom. 

On  doit  choifir  le  Dnftam  nouveau  en  belles  feüilles,  blanches,  larges, 
epaifles ,  douces  &  cotoneufes ,  d’un  goût  fuave  &  aromatique.  On  doit  préfé¬ 
rer  le  Duftam  le  plus  garni  de  fes  fleurs  blûcs  qu’il  fc  pourra.  On  doit  rejetter 
ccluy  qui  cft  en  petites  feüilles  nonveloutecs,&oû  il  fc  rencontre  plus  de  petits 
bâtons  &  de  bûchettes  que  de  feüilles. 

Le  Diâ:an:\  de  Candie ,  cft  quelque  peu  d’ufage  dans  la  médecine  ,  à  caufe 
qu’il  cft  chaud  &  aromatique  j  il  cft  aufli  un  des  ingrediens  de  la  thériaque  ,  où 
il  n’a  befoin  d’autre  préparation  que  d’etre  choifi  comme  j’ay  dit  cy-deifus ,  &c 
mondé  de  fes  bûchettes  ou  autres  corps  etrangers. 


%  ij 


/.  Partie. 


140 


Hiftoire  generale 


CHAPITRE  II. 

Bu  Polium  Montanum. 


«T  E  polium  Montanum ,  cft  une  Plante  de  la  hauteur  d’un  demy  pied,  ayant 
JL  fes  fcüillcs  petites ,  épailies  ,  dentelées  ,  garnies  deffus  &  defTous  d’un  petit 
coton  jaune  tirant  fur  le  doré ,  &  fes  fleurs  rondes  qui  s’épanoüiflcnt  en  peti¬ 
tes  étoiles ,  d’une  couleur  d’or  fort  belle  à  voir. 

Cette  petite  plante  croit  en  quantité  fur  les  montagnes  &  lieux  élevez  de  la 
Provence  &  du  Languedoc.  Il -nous  clt  apporté  par  petites  bottes  avec  ccluy  qui 
croit  dans  les  pleines ,  où  le  long  des  chemins ,  principalement  dans  les  fables 
&  autres  lieux  arides,  étant  neanmoins  bien  difterent ,  en  ce  qu’il  a  les  feüillcs 
plus  petites  ôc  moins  cottonnées ,  plus  amer  &  cft  tout  blanc. 

On  le  choiflra  nouvellement  cueilly ,  garny  de  fes  fleurs ,  d’un  goût  amer  & 
fort  defagrcable ,  tant  pour  plufieurs  compofitions  que  pour  la  Thériaque,  où  il 
n’a  befoin  d’autre  préparation  que  d’etre  comme  cy-dclfus ,  &  le  moins  rempli 
de  blanc  qu’il  fera  pofliblc ,  ayant  bien  moins  de  vertu  que  l’autre. 


des  Drogues,  Livre  V. 


CHAPITRE  III. 

Du  Marum. 


Le  Mairum  cft  une  petite  plante  fort  belle  à  voir ,  qui  a  lès  fcuïÙes  verdatreSi 
fort  petites  ,  delà  figure  du  fer. d’une  pique  ,  d’un  goût  tres-amer & def, 
agréable  j  c’eft  pourquoy  il  a  été  appelle  M^rum  cjuaji  Amarum.  Après  les  feuil¬ 
les  nailTent  des  épis  affez approchans  de  ceux  de  la  lavande,  d’où  fort  de  peti¬ 
tes  fleurs  purpurines  fort  odorantes. 

Cette  plante  croit  eri  quantité  aux  Iflcsd’Hyercs  prés  de  Toulon  ,  d’où  ceux 
<iui  en  auront  befoin  pourront  en  faire  venir. 

On  le  doit  choifir  nouveau  ^  d’une  odeur  forte  ^  garnie  de  fes  fleurs,  &lc  plus 
Vert  qu’il  fera  poflible. 

Il  n*cfl:  guere  ufité  en  médecine  ,  à  moins  que  ce  ne  foit  pour  la  compofî- 
tion  des  trochifques  d’Hedicroum  ;  mais  comme  cette  plante  nous  cft  alTaz  ra¬ 
réfia  plulpart  des  Apoticaires  luy  lubftitucnt  l’Amaracus ,  qui  eft:  la  petite  Mar¬ 
jolaine  furnommee  Gehtillei 


Hifloire  generale 


142 


CHAPITRE  IV. 


Bh  [olium  indum. 


Le  J^oHum  Indum  >  Thdmàlapatra ,  MaUhAtrum  ,  feuille  d’Inde  ou  Malabatrc, 
eftlcs  feüilles  d’un  grand  arbre  qui  croit  communément  aux  grandes  In¬ 
des  ,  principalement  vers  Cambaya. 

Le  Folmm  Indum  n  a  pas  été  moins  inconnu  aux  anciens  que  quantité  d’au¬ 
tres  Drogues, les  uns  ayant  écrit  qu’il  fe  trouvoit  nageant  fur  plufieurs  lacs  des 
Indes  -,  mais' là  plus  faine  opinion  eft  que  c’eft  les  feüilles  d’un  arbre  de  la  gran¬ 
deur  d’un  citronnier.  Apres  les  feüilles  nailTent  des  petites  bayes  à  peu  prés 
femblables  à  celles  de  la  Canelle ,  à  la  referve  qu’elles  (ont  plus  petites.  Il  fc  trou¬ 
ve  de  fes  feüilles  où  il  fe  rencontre  deffous  une  maniéré  de  petite  veflie  de 
la  groïTeur  d’une  tête  d’épingle ,  que  quelques-uns  veulent  que  ce  foit  la 
graine. 

Jene  fijay  pas  ce  qui  a  porté  les  anciens  a  vouloir  employer  cette  feuille  dans 
la  compofition  de  la  Thériaque ,  en  ce  qu’elle  n’a  prcfquc  n’y  goût  ny  odeur.  Je 
ne  veux  neanmoins  pas  dire  qu’ils  foient  blâmable  ,  en  ce  que  le  Folium  Indum 
nouveau  cueilli  peut  avoir  du  gpût  &  de  l’odeur  -,  mais  pour  mon  particu¬ 
lier  j’avoue  en  avoir  bien  veu  &  bien  vendu  ,  &  n’en  avoir  jamais  trouvé 
qui  ait  eu  aucune  qualité  fenfible ,  ce  qui  peut  peut-être  luy  venir  par  la  vicil- 
lelfe  ;  mais  comme  je  ne  fuis  pas  capable  d’en  empêcher  l’ufagc  ,  je  diray  que 
l’on  le  doit  choifir  en  belles  feuilles ,  larges,  les  plus  vertes ,  &  les  moins  bri- 
fées  qu’il  fera  polTible. 


des  Drogues i  Livre  V.  14^' 

CHAPITRE  v.. 

Bu  Thèe, 


Le  Théc  que  les  Chinois  &  japonois  appellent  Cha  ou  Tcha ,  cft  les  fcüilles 
d’un  petit  arbrifleau  qui  croit  en  affez  grande  quantité  au  tour  de  PcKin 
&dcNanKin,  dans  la  Chine.  Il  en  croit  aufli  en  pluficurs  endroits  du  Japon, 
qui  cft  eftimé  le  meilleur  ,&  à  caufe  de  fes  bonnes  qualitczeft  appelle  par  excel¬ 
lence  Fleur  de  Cha  ou  dcThée.  LcThée  eft  une  fcüillc  verte,  mince ,  pointue  par 
un  bout ,  arondies  par  l’autre ,  &  tant  Toit  peu  découpée  tout  au  tour  ,  &  au 
milieu  de  chaque  fcüille  il  y  a  une  moyenne  nerveure ,  d’où  fortent  quantité  de 
petits  fibres.  En  unmot,  elle  cft  de  la  figure  cy-deflus  reprefentee ,  que  j’ayfait 
tirer  fur  le  naturel ,  qui  m’a  été  donné  par  un  fort  honnête-homme  qui  l’a 
apporté  d  Hollande.  Apres  ces  fcüilles  naillfent  pluficurs  coques ,  qui  font  chacune 
de  lagroficur  du  bout  du  doigt ,  d’une  figure  fort  particulière ,  dans  chacune  def- 
quelles  il  s’y  trouve  deux  ou  trois  fruits  de  la  figure  d’un  Areca  ,  d’un  gris  de 
fouris  au  dclTus,  &  dedans  garnie  d’une  amande  blanche,  fort  facile  à  fe  ver- 
moudre. 

Le  Théc  du  Japon  ne  diffère  de  celuy  de  la  chine  qu’en  ce  qufil  eft  en  plus 
petites  Icüillcs  ,  &  que  fon  goût  &  fon  odeur  en  cft  plus  agréable  ,  &  parce 
qu’il  cft  ordinairement  d’un  plus  beau  vert  clair ,  cette  differente  odeur ,  goût  & 
couleur, luy  augmente  fi  fort  fon  prix,  que  le  Thée  du  Japon  en  petites  feiiil- 
Ics  delà  couleur  cy-deûus ,  d’une  bonne  cîdeur  de  foin  tirant  neanmoins  à  celle 
de  la  violette  fait  que  nous  ne  pouvons  guère  établir  le  véritable  Théc  du  Japon 
a  moins  de  cent  cinquante  ou  deux  cens  francs  la  livre  ;ce  qui  cft  bien  diffe¬ 
rent  de  celuy  delà  chine,  en  ce  que  le  plus  beau  vaut  toûjours  les  deux  tiers 
moins. 

Le  1  hée  que  les  Hollandois ,  Anglois  &  autres ,  nous  apportent ,  eft  en  petites 


,144  Hiftoire  generale 

feuilles  tortillées  de  la  maniéré  que  nous  le  vendons  ,  &  cette  faejon  d^ac- 
comnïodcr  ainft  le  Théc,  eft  que  les  Chinois  &  Japonois  après  Tavoir  cueilli  le 
dclTeichent  doucement  au  feu  ces  feuilles  en  -lc  dclicchant  fappclotonent  tel¬ 
les  que  nous  les  avons  ;  d’autres  v^culent  que  l’on  les  enveloppe  dans  un  matelas 
de  fine  toile  de  cotton ,  ôi  qu’en  les  remuant  &c  les  faifant  chauffer  ils  prennent 
cette  figure. 

Quoy  qu’il  en  foit,  je  diray  que  les  differentes  fortes  de  Thée  ,  &  les  diffé¬ 
rends  prix  que  nous  le  vendons ,  ne  provient  pas  du  rnélange  du  bon  &  du  mau¬ 
vais  que  nous  en  faifons ,  ainfi  que  le  marque  affez  mal  à  propos  un  Auteur 
nouveau  dans  fon  petit  Livre  du  bon  ufage  du  Thée,  du  Cafféc  &  du  Choco¬ 
lat  ,  puifque  les  différends  prix  que  nous  rétabliffons ,  ne  proviennent  que  félon 
Ion  ufage,  beauté  &  bonté, &  fuivant  ceux  à  qui  il  appartient  ,  &  fuivant  la 
dilette  ou  abondance  qu’il  y  en  a ,  ou  félon  la  confommation  qu’il  s’en  fait  ; 
car  nous  fçavons  par  expcrience  que  les  marchandifes  ne  font  chcres  ou  à  vil 
prix,  que  par  la  quantité  qu’il  yen  a,  ou  le  plus  ou  moins  de  confommation 
qu’il  s’en  fiiit,&non  pas  parce  que  l’on  le  mélange  ,  étant  impofliblc.  qu’un 
Marchand  puiffe  vendre ,  fur  tout  à  des  gens  qui  s’y  coniioiffent ,  du  Thée  qui 
feroit  mêlé  -,  &:dc  plus ,  c’elf  cjue  le  haut  prix  que  l’on  vend  le  Thée  de  la  bon¬ 
ne  qualité  engage  les  Marchands  à  le  donner  tel  qu’ils  l’ont  rccjû  ;  &  pour 
obvier  à  cet  abus ,  fuppofé  que  quelques-uns  fuflént  afl'ez  mal-honnête  pour  le 
faire ,  je  diray  que  l’on  le  doit  choifir  le  plus  vert  ,  le  plus  odorant  ,  &  le  plus 
entier  que  faire  fe  pourra  préférer ,  comme  je  l’ay  déjà  remarqué  ,  celuy  du 
Japon  à  ccluy  de  la  Chine. 

Le  Thée  efl  fi  en  ufage  parmi  les  Orientaux,  qu’il  y  a  fort  peu  de  gens  qui  ne 
s’en  fervent.  Il  écoit  auflifi  en  ufage  il  y  a  quelques  années  en  France,  qu’il  y 
avoir  fort  peu  de  gens  de  Qualité  ou  de  bons  Bourgeois,  qui  n’en  priffcnt  5  mais 
depuis  que  le  Cafte  &  le  Chocolat  ont  été  connu  en  France  ,  on  ne  s’en  ferc 
prefcjue  plus.  A  l’égard  de  fes  qualitcz  je  n’en  diray  rien  ,  renvoyant  le  Lcéfeur 
aux  Livres  qu’en  ont  fait  les  Sieurs  du  Four  Ôi  de  Blegny.  Je  n’ay  pas  voulu 
3g  conclure  cet  article  fins  parler  de  la  fleur  du  Thée  ,  qui  eft  que  la  perfonne 
qui  m’en  adonné  des  feuilles  me  fit  prefcnc  en  même  temps  d’un  Thée,  tout  à 
fait  different  du  Thé  ordinaire, en  ce  qu’il  eft  d’un  brun  noirâtre,  &  a  plutôt 
la  figure  d’une  fleur  que  d’une  feuïlle,  &:  quoy  que  ce  Thée  foit  feuille  ou  fleur, 
il  eft  fi  eftimé  des  Hoilandois  qu’il  le  vendent  au  poids  de  l’or ,  foit  à  caufe  de 
la  petite  quantité  qu’ils  en  ont,  qu’à  caufe  de  l'agreable  goût&  odeur  qu’il  a, 
fur  tout  quand  il  tft  nouveau ,  qui  furpalfe  de  beaucoup  le  véritable  Thée  du 
J-ipon.  A  l’égard  de  ce  que  quelques-uns  avancent  que  nous  avons  le  Thé  en 
Europe, à  meilleur  marché  c^ue  dans  la  Chine  &  le  Japon  ,  c’eft  parce  que  les 
Hoilandois  l’échangent  contre  de  la  fiugc,  dont  les  Japonois  &  Chinois  font 
fort  amateurs  ;  ce  qui  n’eftpas  tout  à  fait  liors  de  raifon  ,  puifque  nous  n’avons 
guère  de  plantes  qui  fort  plus  doué  de  bonnes  qualitcz  que  la  petite  ou  franche 
faucre  ,  &1I  eft  certain  que  ficlle  croiffoit  aux  Indes, on  l’eftimeroit  beaucoup; 
mais  parce  quelle  nous  eft  commune ,  nous  n’en  tenons  prefquc  aucun  compte, 
non  plus  que  du  Proverbe  Latin  qui  dit  ;  Cur  morietttr  homo  e^uando  crefeit  falvia 

horto.  Ainfi  011  lie  doit  pas  être  furpris  fi  les  Chinois  ou  Japonois  échangent 
le  Thée  contre  h  fauge. 

J’ay  aufli  jugé  à  propos  de  réfuter  l’erreur  dans  laquelle  l’Auteur  du  petit  livre 
dont  j’ay  parlé  cy-deflus  eft  tombé.,  quand  il  marque  à  la  page  14.  de  fon  livre , 
qu’il  pria  un  Marchand  qui  devoit  faire  voile  aux  Indes  de  luy  apporter  de  la 
graine  noirâtre  duThéc,  confervcc  avec  toute  la  précaution  pofliblepour  pou¬ 
voir 


des  Drogues ,  Livre  V.  145 

voir  faire  venir  du  Thce  en  France  -,  mais  cet  Auteur  étoit  mal  informe  ,  puif- 
que  le  fruit  du  Thé  5  comme  j’ay  déjà  dit,  eft  un  fruit  de  la  figure  d’un  Arcca  > 
de  la  grofleur  d’un  gros  grain  de  chapelet  ,  ou  pour  mieux  dire  ,  d’un  gland 
coupé  en  dcux,&  cil  couvert  luy  troifiéme  d’une  coque  mince  de  couleur  de 
chataignc.Jc  n’aurois  pas  été  au  contraire  qu’il  y  auroit  eu  de  la  graine  du  Thée  fi  je 
n’cnavoisdu  fruit  qui  m’a  été  envoyé  d’Hollande  pour  tel,  &  s’il  nem’avoit  été 
confirme  être  le  vray  fruit  de  l’arbriflcau  du  Thée  ,  tant  par  la  reconfrontation 
que  j’en  ay  fait  avec  celuy  queM.  deTournefort  a,  que  parce  qu’il  m’en  a  alTuré, 
étant  uneperfonne  fur  laquelle  on  peut  faire  fond. 

Cet  Auteur  marque  que  l’on  peut  tirer  du  Thée  un  firop  fébrifuge ,  à  qui  il 
attribué  de  grandes  proprietez ,  où  ceux  qui  en  dcfircront  faire  pourront  avoir 
recours  au  Traité  qu’il  en  a  fait. 


CHAPITRE  VI. 

Senk 


Le  Sené  à  qui  quelques-uns  ont  donné  le  nom  de  feüille  Orientale  ,  ell 
la  feüille  d’une  plante  ,  ou  plutôt  d’un  arbrilfeau  qui  a  environ  un  pied  de 
haut ,  qui  croit  en  plufieurs  endroits  du  Levant ,  &  même  en  Europe. 

La  plante  où  l’arbrilTeau  qui  porte  le  Séné,  étant  dans  terre  poufl'e  des  feuil¬ 
les  qui  font  plus  ou  moins  vertes  &  de  differentes  figures,  fuivant  la  différen¬ 
ce  des  lieux  où  il  a  pris  naiffance,  comme  il  le  verra  cy-aprés.  Après  les  feuil¬ 
les  fortent  de  petites  fleurs  d’une  couleur  purpurine  en  forme  d’étoilc<; ,  &  cn- 
fuitc  des  goufles  minces  &  plattcs  dc  la  figure  cy-dcflùs  ,  dans  lefquelles  il  s’y 
trouve  cinqoufix  petites  fcmenccs  aufli  plattcs  ,  larges  par  un  bout  6e  pointu 
7.  Partie.  T  ’ 


Foliculef 
d<  Seaê, 


Séné  de 
leyde. 


Se^  de 
ïripoii. 


Sehé  de 
Mon. 


1 46  Hiftoire  generale 

par  l’autre  ,  &  fes  goulTcs  font  cc  que  nous  appelions  foliculos  Scnc. 

Comme  le  Séné  ell  une  feüille  qui  nous  cft  fort  commune  par  le  grand  dé¬ 
bit  que  nous  en  faifonS'j  je  diray  qu’il  y  en  a  de  trois  fortes ,  que  nous  diftin- 
guons  en  Senc  de  la  Pake  ou  de  Scyde  ,  en  Séné  de  Tripoly  ,  &  en  Séné  de 
Moca ,  &  delTous  ces  trois  genrés  il  y  en  a  de  plufieurs  cfpeces ,  ce  qui  ne  pro¬ 
vient  que  de  la  différence  des  lieux  où  il  a  été  cultivé ,  ainfi  que  nous  voyoïrs 
fort  fouvent ,  qu'une  même  cfpece  de  plante  fc  divcrfific  dans  fes  feuilles  , 
fleurs  &  fruits ,  par  la  nature  du  terroir  où  elle  eft  cultivée  y  ainfi  le  plus  beau  & 
ccluy  de  la  meilleur  qualité ,  eft  le  Séné  qui  vient  de  Seyde  au  Levant  ,  ce  qui 
luy  a  fait  donner  le  nom  de  Séné  de  Seyde ,  ou  de  Séné  du  Levant ,  ou  de  ccluy 
delà  Pake,  en  ce  que  tous  les  Séné  qui  viennent  du  Levant  payent  tribut  ou 
doüanne  au  Grand  Seigneur ,  cc  que  les  Turcs  appellent  Pake. 

On  doit  choifir  le  Séné  de  la  Pake  en  feuilles  étroites  &  d’une  moyenne  gran¬ 
deur,  faites  en  forme  de  fer  de  pique ,  d’une  couleur  jaunâtre ,  d’une  odeur  forte 
&  odorante ,  doux  à  le  manier ,  le  moins  brifé  &  le  moins  rempli  de  bûchettes , 
de  feuilles  mortes  ,  ou  autres  corps  étrangers  qu’il  fera  poflible.  Cette  deferi- 
ption  de  Séné  paroitra  fans  doute  ridicule  aux  gens  qui  n*y  ont  pas  une  gran¬ 
de  connoiffance,  en  ce  qu’ils  veulent  que  le  Séné  de  la  bonne  qualité  foit  en 
grandes  feuilles ,  larges  &  vertes  ;  mais  la  confolation  que  j’ay  c’eft  que  je  fuis 
feur  que  ce  qu’il  y  a  de  gens  qui  connokront  le  Séné  ne  contrediront  pas  cc 
que  je  dis  i  &  de  plus ,  c’eft  que  fi  la  quantité  de  Sené  qui  me  paffe  par  les  mains 
n’étoit  pas  (ufhfante  pour  m’en  donner  une  jufte  connoifl'ance,  j’en  ay  une  plan¬ 
te  toute  entière,  dont  cy-deffus  cft  gravée  la  figure  ,  qui  m’eft  venue  d’Alcp  , 
qui  pourra  rendre  témoignage  de  cc  que  j’avance. 

L’ufagc  duSené  cft  fi  commun  qu’il  m’eft  inutile  que  je  m'y  arrête ,  en  cc  que 
chacun  fixait  que  c’eft  un  fort  bon  purgatif. 

La  deuxième  forte  de  Séné  cft  ccluy  que  nous  furnommons  de  Tripoli  ou 
d’Alexandrie ,  qui  cft  cc  Sené  verd  que  nous  vendons  quelquefois ,  dont  il  s’en 
trouve,  mais  fort  rarement ,  qui  approche  des  qualitcz  de  ccluy  de  la  Pake , 
en  cc  qu’il  cft  ordinairement  rude,  &  qu’il  a  tres-peu  d’odeur,  mais  en  recom- 
penfe  eft  bien  rccjû  des  perfonnes  peu  connoiffans  à  caufe  de  fa  verdeur.  Ce 
Sené  nous  eft  aflez  rare  prcfcntcmcnt ,  en  cc  que  l’entrée  en  a  été  interdite  en 
France ,  c’eft  cc  qui  fait  que  les  foliculcs  &  les  bûchettes  de  Sené  font  beaucoup 
plus  chères  qu’elle  n’étoient  il  y  a  une  quinzaine  d’années ,  par  la  grande  quan¬ 
tité  de  foliculcs  &  de  bûchettes  qu’il  fc  trouvoit  dans  le  Sené  de  Tripoli. 

Le  troifiémccftlc  Sené  de  Moca,  que  les  Colportairs  appellent  Sené  delà  pi¬ 
que  ,  en  cc  qu’il  cft  en  feuilles  longues  &fort  étroites ,  c’eft  à  dire  une  fois  plyus 
longues  que  le  vraySené  du  Levant.  La  méchante  qualité  de  cc  Sené  fait  que  je 
n’en  puis  dire  autre  chofe  finon  qu’il  doit  être  entièrement  rejetté ,  comme  n’é¬ 
tant  propre  à  rien ,  cc  qui  devroit  en  empêcher  l’entrée ,  &c  les  Marchands  d’en 
vendre. 

A  l’égard  des  Foliculcs  leurs  bonnes  qualitcz  devroit  obliger  les  Médecins  d’en 
ordonner  plus  fouvent  qu’ils  ne  font ,  en  cc  quelles  purgent  fort  doucement, 
&  ne  donnent  prcfquc  aucun  goût  ny  odeur  aux  médecines ,  qui  cft  le  contrai¬ 
re  du  Sené  ,  qui  en  donne  de  fi  mauvaife  que  la  plufpart  des  perfonnes  répu¬ 
gnent  à  prendre  des  médecines,  à  caufe  du  goût  &  de  l’odeur  du  Scnc. 

On  doit  choifir  les  foliculcs  épaiffes ,  grandes ,  d’une  couleur  verdâtre  ,  que  la 
femenct  qui  cft  dedans  foit  groffe  &  bien  nourrie ,  &  prcfquc  en  tout  fcmbla- 
blc  à  des  pépins  de  raifins ,  â  la  referve  qu’cUcs  font  plus  plattcs.  On  doit  rc- 


des  Drogues,  Livre  V.  147 

jctter  celles  qui  font  noirâtres  &  déchirées ,  dont  les  pépins  en  font  fecs ,  arides 
&  moifis ,  étant  incapables  d’entrer  dans  le  corps  humain  ,  tant  par  leur  vieil- 
lefle  que  parce  que  le  plus  fouvent  elles  ont  été  matinées. 

Outre  ces  fortes  de  Sénés  &c  les  Foliculcs  ,  nous  vendons  de  plus  ^  quoyquc 
très  mal  à  propos ,  le  grabcau  &  la  poulTicrc ,  qui  n  eft  le  plus  fouvent  que  de  la 
terre ,  ou  des  feuilles  d’une  plante  que  les  Côlporteürs  appellent  Ourdon ,  qui  fc 
trouve  par  hazard,ou  qui  a  été  mis  exprès  dans  les  coudes  ou  balles  de  Scnc  j 
ce  qui  devroit  être  entièrement  défendu ,  tant  par  fa  mauvaife  qualité  que  parce 
que  cela  donne  fujet  à  milles  canailles  d’y  mélanger  des  gueufcrics  ,  S>c  de  tirer 
de  l’argent  d’une  marchandife  qui  n’eft  pas  capable  d'être  ramalTée  de  terre; 
d’autres  qui  vendent  pour  du  grabeau  de  Séné  des  feuilles  de  plantin  fechée  , 
hachée  &  briféc ,  à  qui  ils  ont  donné  le  nom  du  Ourdon  ;  &qui  pour  mieux  au- 
torifer  leurs  friponneries  l’appellent  petit  Séné  ,  ce  qui  eft  neanmoins  fort 
facile  à  connoître  >,  en  ce  que  le  véritable  Séné  brifé  ,  eft  toûjours  en  petites 
parcelles,  minces,  &  le  Ourdon  eft  par  parcelles  épailTes  ,  ou  les  nerveures  de 
plantin  paroiflfent  encore.  Quelques  perlonnes  ne  manqueront  pas  de  m’objec¬ 
ter  que  le  grabeau  de  Séné  pur  éc  net,  eft  doué  d’une  aufli  bonne  qualité  que 
leSené  entier  -,  je  leurs  répondray  que  le  Séné  étant  compofé  de  parties  fore 
fubtiles ,  plus  il  eft  rompu  &  moins  il  a  de  qualité  j  ainfi  le  grabeau  de  Séné,  foit  pur 
ou  mélangé ,  doit  être  abfolumcnt  interdit  du  commerce ,  aulfi-bien  que  les  bû¬ 
chettes  dont  quelques-uns  fe  fervent,  tant  à  caufe  de  leurs  bons  marchés  ,  que 
parce  qu’ils  purgent  avec  beaucoup  plus  de  violence  que  le  Senc. 

On  tire  du  Senc  par  le  moyen  de  l’eau  &  du  feu  ^  un  extrait  qui  eft  un  très- 
bon  purgatif  ,  on  en  peut  tirer  aufli  un  fel  à  qui  quelques-uns  attribuent  de 
grandes  proprietez ,  fur  tout  pour  le  mettre  dans  les  infufîons  de  Séné  ;  préten¬ 
dant  par  ce  moyen  en  tirer  plus  de  vertu  ,  à  quoy  il  ne  fe  trompe  pas. 

Quelques  Auteurs  ont  écrit  que  l’on  trouve  quantité  de  Séné  en  Italie  ,  fut- 
tout  enTofcanc  &  en  la  Rivière  de  Gcnne  j  &même  en  Provence  *,  mais  comme 
je  crois  que  ces  fortes  de  Séné  font  plutôt  les  feüillcs  de  cette  plante  que  les 
Botaniftes  appellent  Colutea  ou  Bagnaudicr  s,  c’eft  le  fujet  pour  lequel  je  n’en  di- 
ray  rie,,-,  y  ayant  aflez  d’ Auteurs  qui  en  traitent. 

Il  fc  trouve  en  France  une  plante  que  les  Botaniftes  appellent  GratioU  on  Gra¬ 
tta  (ifi,  qui  purge  autant  que  le  Séné  5 mais  comme  le  Gratiola  vient  chez  nous, 
c’eft  pour  ce  fujet  que  nous  n’enfaifons  pas  grand  état.  Il  y  a  encore  une  autre 
plante  que  les  Simpliftes  appellent  Alypon  mentis  Ceti ,  à  caufe  qu’il  s’en  trouve 
beaucoup  à  Cete ,  proche  de  Montpellier ,  qui  purge  plus  que  le  Séné  ;  quel¬ 
ques-uns  appellent  cet  Jlj^on  Turbit  blanc; 


Extrait  Bc 
ScldeScni. 


Giatioli^. 


Turbit 

1>lanc. 


Hiftoire  generale 


J  48 


CHAPITRE  VII. 


LEs  Capillaires  font  de  petites  plantes  qui  nous  font  apportées  dans  leurs 
entiers  de  differens  endroits  ,  dont  les  premiers  &  les  plus  eftimez  font 
ceux  que  l’on  nous  apporte  de  Canada ,  &  qui  pour  ce  fujet  font  appeliez  Ca¬ 
pillaire  de  Canada  j  &  des  Botanillcs ,  Aitantum  Allnm  Cadanenfe,  qui  veut  au¬ 
tant  direqu  Adiante  blanc  de  Canada.  Cette  plante  croit  environ  de  la  hauteur 
d’un  pied ,  dont  la  tige  cft  fort  menue ,  dure  &  noirâtre ,  d’où  fortent  de  petites 
branches  charorées  defeüilles  vertes  &  dantclees ,  dont  cy-dcfl'useft  la  figure.  Il 
en  croît  aufliau  Biefil,  ce  qui  luy  a  fait  donner  le  nom  à'Aiiantttm  Brifljanumt 
qui  figmfie  Adiante  du  Brefil.  On  cultive  cette  petite  plante  avec  grand  foin 
au  Jardin  du  Roy  à  Paris  ,  aulfi-bien  que  quantité  d’autres  fortes  de  plantes 
étrangères  qui  y  ont  été  apportées  de  plufieurs  endroits  du  monde ,  par  Mcf- 
fieurs  Fagon  ôcTournefort,  les  plus  illuftres  Botaniftes  que  nous  ayons  eu  jufqu  a 
prefent. 


Des  Capillaires. 


Capillaire 

CoJioAa 


des  Drogues.  Livre  V.  ^49 

Outre  les  Capillaires  que  l’on  nous  envoyé  de  Canada  ,  nous  en  fùifons  ve-  skop  Ca- 
nir  le  firop ,  lequel  pour  être  de  la  bonne  qualjfé,  il  faut,  qu’il  foit  d’une  cou-  cS/' 
leur  d’ambre ,  d’un  bon  goût ,  &  cuit  en  bonne  confiftancc ,  ne  Tentant  n’y  l’ai¬ 
gre  ny  le  moifi ,  qu’il  foit  véritable  Canada ,  le  plus  clair  5c  le  plus  tranfparanc 
que  faire  fc  pourra. 

On  attribue  de  grandes  proprietez  à  ce  firop  ,  principalement  pour  guérir 
le  rhume  &  les  maux  de  poitrine,  5c  pour  faire  prendre  aux  petits  enfans  nou¬ 
veaux  nez  ,  avec  de  l’huile  d’amendes  douces. 

A  l’égard  du  claoix  des  Capillaires ,  ils  doivent  être  lîouveaux,  bienverds,& 
les  moins  brifez  qui  fera  poflible. 

Outre  les  Capillaiijes  5c  le  Sirop,  nous  faifons  venir  de  Montpellier  une  autre  sirop  ae 
forte  de  Sirop  de  Capillaire  ,  qui  eft  fait  aufli  d’une  plante  que  les  Botanittes  £[! 
appellent  lyidiantumt^lbum  Monpelienfe.  Ce  Sirop  cft  peu  different  de  celuy  du 
Canada ,  furtout  lotfqu’il  eft  bien  travaille ,  c’eft  à  dire  quand  il  n’a  pas  été  fait  de 
Capillaire ,  qui  ont  déjà  fervi  une  fois ,  5c  qui  ont  été  refechez ,  comme  il  n’ar¬ 
rive  que  trop  fouvent  à  quelques  Apoticaires  de  Montpellier  5c  de  Nifmcs  ,  ce 
qui  fera  facile  à  connoitre,  en  ce  qu’il  cft  extrêmement  blanc  ,  5c  n’a  pref- 
que  pas  plus  de  goût  que  du  fucre  fondu ,  qui  eft  le  contraire  de  celuy  qui  eft 
bien  préparé  &  fait  fidcllcment ,  qui  cft  d’une  couleur  d’ambre  5c  d’un  goût  fort 
agréable. 

Le  Sirop  de  Capillaire  de  Montpellier  doit  être  choifi  de  même  que  celuy  du 
Canada,  5c  on  prétend  qu’il  aies  mêmes  vertus.  On  fera  averti  d’acheter  ces 
deux  fortes  de  firops  d’honnêtes  Marchands  ,  5c  des  Epiciers  qui  en  font  ve¬ 
nir  -,  car  pour  celuy  que  la  plufpart  des  Apoticaires  vendent,  ce  n’cft  autre  chofe 
qu’un  Sarop  compofé  de  Capillaire  de  ces  païs-cy,qui  font  lal’Adiante  noir,  les 
cheveux  de  Venus ,  la  Scolopandre  5c  le  Cætcrac.  Qi^lqu’uns  y  ajoûtent  les  ra¬ 
cines  de  Polipode  icccntcs  ,5c\c  Saliv.t  vita  5c  la  Rcgliffe  ,  &  toutes  ces  plantes 
cnfemblc  font  un  firop  rougeâtre,  &  il  y  a  bien  à  dire  qu’il  ne  foit  tant  de  vente 
que  les  Sirops  de  Capillaire  de  Canada ,  ou  de  Montpellier ,  &  pour  mieux  con¬ 
trefaire  ces  Sirops  cy-dejOTus  ,  quelques  Apoticaires  diftillcnt  avec  de  l’eau  les 
Capillaires  d’icy  autour  ,  5c  de  l’eau  qu’ils  en  tirent ,  ils  en  compofent  un  firop 
qui  cft  blanc  5c  d’une  belle  Vente ,  mais  qui  n’a  guère  plus  de  qualité  que  le  fucre 
fondu. 

Nous  faifons  quelquesfois  venir  de  Montpellier ,  mais  tres-rarcment  j  de  la  con- 
ferve  liquide  de  capillaire,  en  ce  quelle  a  peu  de  demande.  A  l’égard  de  la  pre-il^lde’iè 
paratian  de  ces  firops,  je  n’en  ay  rien  dit  -,  mais  ceux  qui  defireront  le  faire  avec 
les  Capillaires  de  Canada  ou  de  Montpellier ,  pourront  avoir  recours  àpluficurs 
Pharmacopées  qui  en  traitent. 

On  fera  encore  averti  de  prendre  garde  fi  les  Capillaires  que  quelques-uns 
vendent  font  véritables  Canada  ou  de  Montpellier  ^  en  ce  qu’il  y  en  a  qui  ven¬ 
dent  en  leurs  places  de  capillaires  fecs  d’icy  autour  ,  ce  qui  ne  fera  point  difficile 
a-  connoitre  par  la  grande  différence  qu’il  y  a ,  ainfi  que  l’on  le  peut  remarquer 
dans  l’Eftampe  cy-deffus  reprefentée. 


Hiftoire  generale 


Pyrolc. 


ISO 


CHAPITRE  VIII. 


De  la  Soldanelle, 


La  Soldancllc  ou  Choux  Marin, cft  une  petite  plante  qui  a  fes  racines  fort 
menues  ,  &  ff  S  feuilles  fort  approchantes  de  celles  des  Ariftoloches,  à  la 
referve  qu  clics  font  plus  petites  &  plus  épailTes ,  apres  lefqucllcs  naiffent  des 
fl-urs  approchantes  de  celles  du  petit  Lizet  ou  Lyzeron ,  de  couleur  purpurine. 
Cette  plante  nous  eft  apportée  dans  Ton  entier  des  lieux  voifins  de  la  mer ,  oû 
elle  fe  trouve  abondamment.  Elle  elt  fort  peu  en  ufage  dans  la  Médecine, 
quoyqu’cllc  foit  tres-bonne  pour  purger  les  eaux  des  hydropiques  -,  c’eft  pour*- 
quoy  M. Brice Bauderon  la  mis  fort  a  propos  dans  la  compolition  de  fa  pou¬ 
dre  hydragogue ,  où  clic  n’a  befoin  d’autre  choix  que  d’etre  la  plus  nouvelle  & 
la  moins  briféc  que  faire  fe  pourra. 

Outre  la  Soldancllc  nous  vendons  encore  une  autre  plante ,  que  l’on  appelle 
Pirole,ou  Verdure  d' Hiver. 

La  Pyrolc  ainfi  appelléc  à  caufe  que  fes  fcuïUcs  font  en  quelque  maniéré  fem- 
blabics  à  celles  du  Poirier  d’où  eft  venu  fon  nomj  &  Verdure  d’Hyver  à  caufe 
quelle  conferve  fa  verdeur  pendant  l’hyvcr ,  malgré  les  injures  de  cette  rudefai- 
fon,cftunc  plante  aflez  commune  en  certains  endroits ,  comme  en  Allemagne 
&  autres  pays  froids.  Et  comme  cette  petite  plante  nous  eft  alTcz  rare  ,  nos 
Herboriftes ,  qui  s’en  font  voulu  rendre  les  maîtres ,  l’ont  rendu  commune  en 
ferrant  des  pépins  de  poire,  &  auflî-tôt  que  les  feuilles  font  fortics  de  terre, 
ils  les  vendent  peut  la  véritable  Pyrola  j  ce  qui  eft  alTez  difficile  à  connoître  , 
parla  grande  ô^rcfTcmblancc  que  les  feuilles  du  Pyrola  ont  avec  les  jeunes  feuilles 
du  Poirier  :  mais  pour  éviter  cet  abus ,  on  n’aura  qu’à  l’acheter  d’honnêtes  Mar¬ 
chands^  mais  ce  qu'il  y  a  de  fâcheux, c’ eft  qu’on  ne  la  peut  avoir  que  feche. 


des  Drogues,  Livre  V.  1 5 1 

On  prctcnd  la  dccoâ:ion  de  cette  plante  eft  un  fort  grand  aftringent, 
&  qu’elle  eft  fort  propre  pour  la  gucrifon  des  ulcères ,  ou  autres  maladies  de 
parallc  nature. 

Le  Pirola  étant  dans  terre  poufife  pluficurs  petites  tiges  ,  au  bout  de  chacu¬ 
ne  defqucîles  il  y  a  une  petite  feuille  rondelette  ,  d’un  verd  brun  ,  du  milieu 
fort  une  tige  à  la  fomnité  de  laquelle  il  y  poufle  pluficurs  petites  fleurs 
blanches  d’une  très-bonne  odeur ,  &  toute  la  plante  dans  Ton  entier  n* a  guère 
plus  d’un  pied  ou  un  pied  &  demy  de  haut ,  &  aime  extrêmement  les  pays 
feptencrionnaux  5  c’eft  ce  qui  fait  qu’autant  qu’elle  tft  commune  dans  les  pays 
froids  elle  eft  rare  dans  les  pays  chauds.  ' 

CHAPITRE  IX. 

De  /  Aatl. 


L’Anil  eft  une  petite  plante  qui  a  environ  deux  pieds  de  haut,  garnie  de  feuil¬ 
les  rondes ,  d’un  vert  tirant  fur  le  brun  par  dcCfus  ,  &  argente  par  deflbus , 
&  allez  cpailTcs ,  apres  Icfqucllcs  naiflent  des  fleurs  fcmblablcs  à  celles  des  poids, 
d’une  couleur  rougeâtre,  d'où  fortent  des  goulTcs  longues  &  recourbée  en  for¬ 
me  de  foflillc,  qui  renferme  une  petite  fcmcnccfcmblable  à  celle  des  raves  d’une 
couleur  d’olive, 

Qu^d  les  Ameriquains  veulent  feiner  l’anil  ,  ils  commencent  a  nettoyer  la 
terre ,  enfuite  ils  font  des  trous  d’un  pied  dcdiftancc,  &  en  chaque  trou  ils  y 
jettent  dix  ou  douze  grains  d’anil ,  qu’il  couvre  de  tant  foit  peu  de  terre,  &:au 
bout  de  trois  ou  quatre  jours  cette  petite  graine  ne  manque  pas  de  lever  ,  fur 
tout  en  temps  de  pluye  ,  fi-bicn  qu’au  bout  de  fix  femaiocs  ou  deux  mois  au 
plus ,  cette  plante  eft  en  état  de  couper  &:  d’en  tirer  de  l’Inde  ou  de  l’Indigo , 
comme  il  fc  verra  parla  fuite, &  fi  on  la  lailTc  fur  terre  en  crois  mois  de  temps 
elle  donne  fa  fleur  &  fa  graine  i  mais  ce  qui  eft  à  craindre  pour  cette  plante , 


152  Hiftoire  generale 

c’cft  une  cfpcce  dcxhciîillc  que  l’on  a  veu  quelquefois  dans  S.  Chriftoplic  s’en- 
gendrer  en  une  nuit,  bruiner  toutes  les  belles  cfperances  des  habitans.  Ils  y 
remédient  en  coupant  promptement  toute  la  plante  la  mettant  dans  les  cu¬ 
ves,  ils  y  mêlent  même  les  chenilles,  &ce  qu’ils  rendent  ne  lailfe  pas  de  fervir. 
Les  autres  remédient  à  ce  ma  heur  en  faifant  une  grande  ouverture  entre  ce  quel¬ 
les  ont  mangé  ,  &  le  relie  où  elles  n’ont  pas  encore  touché.  Ce  defordre  nean¬ 
moins  ne  s’ell  pas  encore  veu  dans  la  Maitinique. 


•  CHAPITRE  X. 

De  l  Inde  &  Indigo  y  &  de  la  maniéré  qü  ils  fe  fabriquent» 


L’Inde  ell  une  fcculc  que  l’on  tire  par  le  moyen  de  l’eau  ^  de  1  huile  d’olive  , 
des  feules  feuilles  de  l’anil ,  ce  qui  le  difterencie  d’avec  l’Indigo  ,  qui  eft  fait 
avec  les  feuilles  les  menus  branchages,  comme  il  fe  verra  cy-aprés. 

L  Inde  lé  plus  parfait  cil:  ccluy  qui  porte  le  furnom  de  SerquiRc ,  à  caufe  d’un 
Village  nommé  SaTcjuelTè,  qui  cil  à  quatre-vingt  lieues  de  Surate  ,  &  proche 
d’Ama  iabat.  Il  s’en  lait  aufli  aux  environs  de  Biana  d’Indoüa,  &  de  Colla  pro- 
clic  d  Agra.  H  s’en  fiit  encore  dans  le  Royaume  de  Golconde  ;  les  Hollan- 
dois  en  apportent  aufli  de  Brampour ,  de  Bengala  ,  mais  il  ell  le  moindre  de 
tous. 

Lorfque  les  Habitans  des  lieux  cy-delTus  nommez ,  veulent  tirer  la  fécule  de 

l’anil 


des  Drogues,  Livre  V.  153 

l’Anil  pour  en  faire  de.  l’Inde  ,  ils  coupent  cette  petite'  heibc  aVcc  line  fau¬ 
cille  lorfquc  les  feuilles  commencent  à  fe  cafler  li-tôc  que  l’on  leur  touche, 
diaprés  en  avoir  tiré  les  branchages  ils  inettcnt  ces  feuilles  dans  une  quantité 
raifonnablc  d’eau  >  qui  cil  dans  un  vailfeau  nommé  la  trempoire  ,  infufer  pen¬ 
dant  trente  à  trente-cinq  heures  -,  au  bout  de  ce  temps  ils  tournent  le  robinet , 
afin  de  faire  aller  cette  eau ,  qui  elt  chargée  d’une  teinture  verte  tirant  fur  le  bleu, 
dans  un  autre  vaiflcau  nommé  la  batterie  ,  enluite  dequoy  ils  font  battre  cette 
eau  pendant  une  heure  &:  demie  par  quatre  forts  Indiens,  avec  des  cueillercs  de 
bois  qui  ont  des  manches  de  dix- huit  à  vingt  pieds  de  long,  qui  font  pofez fui? 
quatre  morceaux  de  fer  qu’ils  nomment  chandeliers,  pour  éviter  d’employer  a  ce 
travail plufieurs hommes, ils  fe  fervent  d’un  gros  rouleau  de  bois  à  fix faces, des 
deux  bouts  duquel  fortent  deux  pointes  de  fer  pofées  fur  deux  moutons  de  même 
matière  j  à  deux  des  faces  de  delTous  de  ce  rouleau  font  attachez  fix  fceaux  en  pira- 
mides  ôi  perce  par  le  bas ,  &  un  Indien  rcmuë’continuellemcnt  ce  rouleau  ;  enfortc 
que  quand  les  Iceaux  fe  lèvent  d’un  côté  les  autres  s’abailfent  ,  en  continuant 
toûjours  de  la  même  façon  jufqu’à  ce  que  cette  eau  foie  chargée  de  beaucoup 
de  moulfe,  alors  ils  y  jettent  dedans  avec  une  plume  tant  foit  peu  d’huile  d’o¬ 
live  ,  c’eft  à  dire  que  fur  une  cuve  qui  rendra  foixantc-dix  livres  d’Inde,  &  tel  que 
nous  le  vendons ,  il  y  peut  entrer  une  livre  d’huile ,  aufli-tôt  que  cette  huile  y 
a  été  jettéc ,  cette  moufle  fe  feparc  en  deux ,  au  travers  de  laquelle  on  voit  pa- 
rokre  quantité  de  petit  grumeaux  comme  ceux  qui  fe  voyent  au  lait  qui  cft 
tourné,  alors  on  cefle  de  la  battre  pour  lalaifler  repofer,  &  quand  elle  a  été  af* 
fez  repofée,  on  débouche  le  tuyau  de  la  batterie,  afin  d’en  faire  fortir  l’eau  qui 
cft  claire,  &  d’en  pouvoir  tetirer  la  fécule,  qui  cft  au  fond  delà  bacrcric  en  for¬ 
me  de  boué,ou  de  lie  de  vin,  l'ayant  retiré  ils  la  mettent  dans  des  chaufles  de 
draps ,  pour  en  tirer  le  peu  d’eau  qu’il  pourroit  y  être  refte  ,  alors  ils  la  por¬ 
tent  dans  des  caifles  d’un  demy  poufle  de  haut  pour  la  faire  fccher ,  &  étant  fc- 
chc  eft  ce  que  nous  appelions  Inde,  &ccc  nom  a  été  donné  à  cette  fcculc,  félon 
toutes  les  apparences ,  à  caufe  qu  elle  vient  des  Indes.  Autrefois  les  Indiens  fai- 
foient  l’Inde  dans  de  certains  étangs  faits  en  forme  de  baflin ,  qu’ils  accommo- 
doient  auparavant  avec  delà  chaux ,  qui  égaloient  en  dureté  le  marbre,  6c  y  pre- 
noient  bien  moins  de  précautions  qu’aujourd’huy  ,  foit  que  l’on  n’y  fut  pas  fi 
difficile ,  ou  qu’ils  fiflent  de  leurs  mieux. 

On  doit  être  defabufé  de  croire  ,  ainfi  que  le  marque  Mathiolc  fur  Diofeo- 
ride ,  qui  dit  qu’il  y  a  deux  fortes  d’Inde  ,  l’un  qui  croit  de  foy-même  comme 
une  écume  de  canne  d’Indie  quand  elle  germe  j  l’autre  fe  fait  des  teintures  ,  6C 
cft  une  écume  rouge  nageant  fur  les  chaudi.ercs ,  laquelle  les  Teinturiers  ramaf- 
fent  6c  fechent ,  non  plus  qu’à  quelques-autrcs  balivernes  qu’il  rapporte  fur  ce 
fujet ,  pour  dire  que  l’on  doit  choifir  l’Inde  Serquifle  en  morceaux  plats ,  d’une 
épailTcur  raifonnable ,  ny  trop  tendre  ny  trop  dur ,  haut  en  couleur  ,  c’eft  à  dire 
d’un  violet,  foncé,  léger  &  flottant  lur  l’eau, d’où  luycft  venu  le  nom  dinde 
flottante,  &  qu’étant  cafle  il  n’y  paroilTc  point  de  petites  taches  blanches  ;  qu’au 
contraire  ils  y  paroiflent  de  petites  paillettes  de  couleur  d’argent  :  finalement 
qu’il  foit  cuivreux ,  c’eft  à  dire  qu’en  le  frottant  avec  l’ongle ,  fa  couleur  blùë  fe 
change  en  rougeâtre ,  6c  qu’il  foit  le  moins  rempli  de  menu  qu’il  fera  pofliblc. 

Nous  n’avons  point  de  marchandife»  plus  fujettes  à  être  falcifiécs  que  l’Inde  , 
lorfqu’il  cft  à  un  haut  prix,  comme  il  cft  aujourd’huy  j  car  fi  je  vouloislcs  rap¬ 
porter  tous  icy,  j’aurois  aflez  dequoy  en  faire  un  cayer  entier  :  ce  que  je  n’ay 
pas  jugé  à  propos ,  puifqu’il  Icra  facile  de  diftingucr  celuy  qui  fera  de  la  bonne 
/.  Partie.  V 


Inde  fl 
tantÉ. 


154  Hiftoire  generale 

qualité  avec  ccluy  qui  ne  le  fera  pas,  par  ce  que  j’en  viens  de  dire. 

Outre  l’Inde  platte  de  Serquifl'e  ,  nous  avons  encore  l’Inde  en  marons  ,  que 
mïonrou  appelions  Indigo  d’Agra  ,  qui  eft  prefque  d’une  aulTi  bonne  qualité  que 
lofiigo  l’Inde  Serquifle  j  mais  comme  fa  figure  n’accommode  pas  tout  le  monde,  c’eft  es 
qui  fait  qu’il  n’y  a  gueres  que  les  Teinturiers  qui  s’en  fervtnt.il  nous  vient  en¬ 
core  quantité  d’autres  fortes  d’Inde,  qui  ne  différé  que  fuivant  les  lieux  où  il  a 
été  fabriquez  j  &  fuivant  les  précautions  que  ceux  qui  l’ont  préparé  y  ont  ap¬ 
porté  ,  &  fuivant  la  jeunefle  ou  la  vicillefié  de  l’herbe  dont  il  a  été  fait  j  car  l’Inde 
qui  eft  fait  des  feuilles  de  l’anil  de  la  première  cueillette  eft  meilleur  que  ccluy 
de  la  féconde  ;&  la  fécondé  eft  meilleur  que  la  troifiéme  j  car  plus  la  feuille  a 
été  employée  jeune  plus  l’Inde  en  eft  beau  ,  étant  d’un  violet  plus  vif  &  plus 
brillant. 

L’ufagc  de  l’Inde  eft  pour  la  teinture  &  pour  les  blanchiffcufes  ,  qui  s’en  fer¬ 
vent  pour  mettre  dans  leurs  linges.  Les  Peintres  s’en  fervent  broyé  avec  du 
blanc  pour  peindre  en  bleu  -,  car  s’il  étoit  employé  pur  il  deviendroit  noir  ,  de 
broyé  avec  du  jaune  pour  en  faire  du  vert.  Q^lqucs  Confifeurs  de  Apoticai- 
res  s’en  fervent ,  fort  mal  à  propos ,  pour  colorer  du  fucrc ,  pour  le  vendre  cn- 
fuitc  pour  Conferve  ou  Sirop  de  violette ,  en  y  ajoutant  de  la  poudre  d’iris  :  à  quoy 
on  pourra  facilement  remcdier,cn  y  mettant  le  prix  de  l’achetant  d’honnetes  gens. 


CHAPITRE  XL 

De  /  Indm. 

O 

L ‘Indigo  eft  auflî  une  fccule  tiré  de  l’anil ,  de  qui  ne  diffère  de  l’Inde  ,  comme 
j’ay  dit  cy-devant,  qu’en  ce  qu’il  eft  fait  de  toute  la  plante,  c’eft  à  dire  des 
tiges  &’dcs  feuilles.  Si  iiQUs  avons  bien  de  fortes  d’Inde  nous  n’en  avons  pas 
moins  d’indigo -,  mais  comme  je  ne  prétends  parler  que  de  ceux  qui  font  rccjûs 
Indigo  dans  le  négoce,  je  diray  que  le  plus  parfait  eft  ccluy  qui  porte  le  nom  de  Gati- 
Gatiwio.  ^  vient  des  Indes  Orientales  ,  lequel  pour  être  de  la  bonne  qualité  il 

doit  être  léger ,  moyennement  dur,  bien  cuivreux  &  flottant  fur  l’eau  j  &  en  un 
mot ,  qui  approche  le  plus  des  qualitcz  de  l’Inde  que  faire  fç  pourra. 

La  féconde  forte  d’Indigo  eft  le  Saint  Dominguc,  qui  ne  diffère  du  Gatimalo 
s"  Domifi-  qu’en  ce  que  la  couleur  n'en  eft  pas  fi  vive  de  n’cft  fi  cuivreux, 
f','.  Le  troifiéme  eft  l’Indigo  de  la  Jamaïque,  qui  nous  vient  d’Angleterre, 
hpmai-  Le  quatrième  clt  1  Indigo  des  llles,  de  tous  ces  Indigots  ont  plus  ou  moins 
iiHigodcs  de  qualité,  fuivant  qu’ils  font  plus  ou  moins  purs  j  car  ceux  qui  le  fabriquent 
ont  affez  de  malice  pour  y  mélanger  du  fable  de  de  la  terre  ,  mais  la  fourberie 
fera  fort  facile  à  connoître,en  ce  que  l’Indigo  qui  eft  pur  doit  brûler  comme 
delà  cire,  &  l’Indigo  fc  brûle,  &  la  terre  ou  le  fable  reftent.  M.  Tavernier  mar¬ 
que  dans  fon  Livre  à  la  page  141.  que  la  pouflierc  de  l’Indigo  eft  fi  fubtile  de  fi 
pénétrante,  que  ceux  qui  le  criblent  font  obligez  d’être  mafquez  ,  de  de  boire 
de  temps  en  temps  du  petit  lait  ;  de  pour  confirmer  fon  dire ,  de  pour  faire  voir  la 
pénétration  de  la  pouflierc  de  l’Indigo ,  il  dit  avoir  mis  plufieurs  fois  un  oeuf 
le  matin  auprès  des  Cribleurs  d’indigo  ,  de  le  foir  quand  il  venoit  à  le  caffer  le 
dedans  étoit  tout  bleu. 

L’Indigo  n’a  autre  ufage  que  pour  la  teinture. 


des  Drogues ,  Livre  V. 


155 


C  H  A  P  I  T  RE  XII. 

Du  Paftel. 


NOUS  cultivons  en  France,  furtout  proche  de  Touîoufe, une  plante  qui 
eft  appellcc  des  Latins  IÇtn'n ,  &  de  nous  Guefde  ou  Paftel.  On  tire  de 
cette  plante  une  marchandife  qui  a  quelque  rapport  à  l’Indigo ,  non  pas  de  la 
manière  que  l’on  nous  l’apporte ,  étant  comme  de  la  terre ,  mais  à  celle  que  l’on 
en  pourroit  faire  fi  on  preparoit  les  fcüilles  du  Paftel,  comme  on  fait  celle  de 
l’Anil. 

Ce  Paftel  eft  une  marchandife  extrêmement  pefante ,  &  qui  eft  comme  de  la 
terre, &  dont  fc  fervent  les  Teinturiers.  Pour  faire  ce  Paftel  on  coupe  les  feuil¬ 
les  jeunes  de  laGaudc  à  la  fin  de  Février  ou  au  commencement  de  Mars,  &  en- 
fuite  on  porte  ces  feuilles  dans  des  endroits  pour  les  échauffer  &  confommer 
en  elles  memes ,  en  arrofans  d’eau ,  les  remuant  deux  fois  la  Semaine ,  &  lorfque 
cette  herbe  eft  réduite  en  manière  de  terre  ,  &  eft  devenue  fochc ,  ils  la  rangent 
en  un  coing  pour  remettre  les  feuilles  de  la  même  plante  qui  a  repouffé  ,  & 
après  l’avoir  préparée  de  même  que  la  première  ils  la  mêlent  avec,  &  en  trois  & 
quatrième  lieu  ils  recoupent  les  feuilles  qui  ont  encore  repouffé  ,  fi  bien  que 
depuis  la  fin  de  Février  jufqu’à  la  fin  de  Septembre  ils  coupent  le  Paftel  quatre 
fois,c’cft  ce  qui  fait  que  le  Paftel  eft  d’une  fi  méchante  qualité',  &  eft  fi  rem¬ 
pli  de  terre  j  car  fi  on  nous  envôyoit  du  Paftel  fait  de  la  première  cuitte  ,  il  au- 
roit  plus  de  qualité  que  celuy  où  la  coupe  du  mois  de  Septembre  a  été  mé¬ 
langée,  tant  parce  que  les  feüillcs  en  font  plus  dures,  &  qu’ils  font  remplis  de 
fable  &  de  gravier  ,  caufé  par  les  pluyes  &  des  vends  qu’ils  endurent  pendant 
cette  faifon. 

Les  Teinturiers  qui  confomment  cette  marchandife  en  font  fccher  l’écume , 
/.  Partie.  V  ij 


156  Hiftoire  generale 

ïiorêe  9“^  étant  fcchc  a  afTez  de  rapport  en  couleur  à  l’Inde  ,  &  qui  eft  ce  que  nous 
d*inde.  vendons  fous  le  nom  de  flore  d’inde  ,  &  ce  qui  a  donne  occaflon  aux  Auteurs 
qui  n’avoient  aucune  connoiflance  dans  la  marchandife,  de  prendre  cette  écu¬ 
me  pour  véritable  Inde ,  comme  d’Alechamp  &  autres.  On*  pourra  voir  par 
cette  prefente  defeription,  comme  il  fera  peut-être  poflible  de  pouvoir  tirer  des 
jeunes  feüilles,c’eft  à  dire  des  premières  fcüillcs  du  Paftel,une  fécule  blûë  femblablc 
à  l’Indigo.  Outre  le  Paftelnous  faifons  venir  de  Picardie  une  plante  dansfonen- 
Gaudeou  tict  que  les  Temturiers  &  Nous  appelions  Gaude  ou  herbe  jaune,  &  des  Latins 
herbe  jauoc  Lutea  ou  LuteoU. 

Nous  faifons  encore  venir  de  Provence  pour  les  Teinturiers ,  une  autre  for¬ 
te  de  plante  dont  les  feuilles  font  vertes ,  qui  eft  ce  que  nous  appelions  Sere- 
que,  du  mot  Arabe  Scrcth.  Cette  plante  eft  aufli  appellce  Herbe  à  jaunir,  ou 
petit  Geneft,  &  deshabitans  des  Ifles  de  Canaries,  dont  la  première  eft  venue 

tereque  ou  ^  ^  i 

orifel,  Orilel. 

Outre  toutes  ces  plantes  cy-deflus  nommées,  nous  tirons  de  Portugal  furtout 
d’un  lieu  ou  Port  de  Mer ,  appelle  Porto,  une  certaine  marchandife  qui  n  eft  au¬ 
tre  chofe  que  des  feuilles  &  des  jeunes  branches  pilées  ,  d’un  arbre  que  nous 
appelions  comme  les  Arabes  Sumac ,  &  des  Latins  Rjms  ,  ce  qui  fait  que  nous 
'l’appelions  quelquefois  par  corruption  Roux.  Cette  marchandife  eft  fort  enufa- 
gc  par  les  Teinturiers ,  Taneurs  &  Corroycurs ,  pour  teindre  en  vert. 

Le  meilleur  Sumac  pour  Teindre,  eft  celuy  qui  eft  verdâtre  &  nouveau.  On 
a  donné  à  cette  marchandife  le  nom  dePort-cn-Port,  à  caufe  du  Porc  de  Por¬ 
to  en  Portugal ,  d’où  la  plus  grande  quantité  nous  eft  apporté. 

Outre  le  grand  ufage  que  les  Teinturiers  font  de  fes  fcüillcG  pilées  ,  on  peut 

ijiiwsrou.  P^*^  g’^^PP^  >  rouge  ,  d’un  goût  ai- 

ge.  grelct ,  &  fort  agréable  pour  la  guerifon  des  cours  de  ventre ,  étant  boiüThe  dans 
de  Peau  avec  de  l’écorce  de  grenade  ,  comme  d’un  remedr  tres-fur  &  expéri¬ 
menté.  Ces  grappes  égrenées  &  fcchées  ,  font  ce  que  nous  appelions  Se¬ 
mence  ou  Graine  de  Sumac  ,  qui  ont  la  même  propriété  que  celuy  en 
grappe  ,  à  la  referve  qu’ils  n’agilfent  pas  avec  tant  de  force  à  caufe  de  leur  fc- 
cherelfe  ;  &  pour  la  guerifon  de  cette  maladie  on  ne  fe  doit  fervir  que  du  Sumac 
nouveau ,  en  ce  que  des  qu’il  a'  plus  d’un  an  ,  fon  goût  aigrelet  &  fa  qualité 
aftringentc  fe  perd. 


CHAPITRE  XIII. 

De  l’Orfeil  dWollande  ,  ou  T  orne-fol  en  Pâte 
&  en  Pierre. 

L’Orfeil  d’Hollande ,  fuivant  ce  que  j’en  ay  pû  apprendre ,  eft  une  Pâte  faite 
avec  le  fruit  d’une  plante  que  lesBotaniftes  appellent  Heliotiopiom  Tricocconty 
&  de  nous  Tornc-fol  ,  qui  croit  en  quantité  en  divers  endroits  de  la  Hollande, 
de  la  percllc  ,  de  la  chaux,  &  de  l’urine ,  &  après  avoir  accommodé  ces  qua¬ 
tre  Drogues  cnfemblc  ,  ils  les  mettent  dans  des  petits  barils  d’environ  trente 
livres.  CeTornc-fol  ne  vient  guere  jufqu’icy  ,  en  ce  qu’il  en  vient  de  Lyon& 
d’Auvergne,  qui  eft  prefque  auflïbon.  Ceux  qui  font  le  Torne-fol  en  pâte  , 


des  Drogues,  Livre  V.  157 

ne  le  vendent  pas  toujours  mois  ,  mais  en  forme  de  petits  pains  quarrez ,  & 
après  avoir  été  fechez ,  eft  ce  que  nous  appelions  Toriic-fol  en  Pain  ou  en  Pier-  Tone-foi 
.re,  &  comme  on  peut  mélanger  dans  cette  pâte  étant  nouvellement  faite  ,  ce 'JJ  JJ.'" .f* 
que  l’on  veut ,  les  Hollandois  ou  autres  ne  manquent  pas  d’y  jetter  dedans  quan¬ 
tité  de  fable  ,  tant  pour  en  augmenter  le  poid  que  pour  en  faire  bon  marché , 

&  c’eftee  qui  caufe  que  le  Torne-fol  en  pain&fec  ,  eft  à  meilleur  compte  que 
celuy  qui  eft  mois. 

Quoy  qu’ilenfoit,  jediray  que  le  Torne-fol  en  Pierre  doit  être  bien  fcc,  d’un 
bleu  tirant  fur  le  violet  ,&  quêtant  trotté  fur  un  papier  le  rende  bleu  ,  étant 
beaucoup  meilleur  que  celuy  qui  fait  rouge. 

Le  Torne-fol  en  Pierre  eft  au  fl)  employé  parles  Teinturiers ,  les  Carriers ,  au* 
très  qui  s’en  fervent  au  lieu  d’Inde 


CHAPITRE  XIV. 

Du  ^crne-fol  en  drapeau. 

Le  Torne-fol  en  drapeau,  ainfi  appclléà  caufe  que  ce  n’eft  que  deschifons, 
à  qui  l’on  a  donné  une  teinture  rouge  avec  les  fruits  d'Hc'iot'opiom  Tri- 
eoccorHy  ou  Torne-fol  ,  &  par  le  moyen  de  quelques  acides  on  les  fait  devenir 
rouge  delà  maniéré  que  nous  les  voyons.  Ces  chifons  rouges  font  fort  en  ufage 
pour  donner  une  couleur  rouge  au  vin,lefquels  pour  cefujet  feront  choifl  véri¬ 
tables  Hollande,  les  plus  chargés  de  teinture ,  les  plus  fccs ,  ôc  les  moins  crafleux, 
&  les  moins  moifi  que  faire  ce  pourra.  On  doit  en  délayer  un  petit  mor¬ 
ceau  dans  de  l’eau ,  pour  voir  s’il  ne  fait  point  violet  i  car  celuy  qui  teint  en  cette 
couleur  n’eft  propre  à  rien. 

Nous  en  failbns  venir  aufli  quantité  du  côté  de  Galargue  en  Languedoc,  où 
fe  fait  prefque  tout  celuy  que  nous  vendon  - ,  rant  parce  que  les  campagnes  d  au¬ 
tour  dcNifmts&  de  Montpellier  ,produîfent  quantité  de  ce  torne-fol ,  que  par- 
c^que  quand  il  a  été  bien  fait ,  &  qu’il  teint  les  liqueurs  aqueules  en  rouge  ,  il 
eft  aufli  bon  que  celuy  d’Hollande,  mais  comme  celuy  d’Hollande  eft  ordinai¬ 
rement  meilleur  jc’cft  pour  ce  fuj  c  que  Ion  le  doit  préférer  à  celuy  de  Galar¬ 
gue,  ou  autres  endroits  dcLa-iguedoc. 

li  eft  à  remarquer  icy  que  le  fruit  d:  V H.lio!iopiomTr''cocro*n ,Î3iïtun:iS^czhe3i\i 
blwU  j  mais  d’abord  que  l’on  jette  deflus  le  moindre  acide  il  rougit ,  c'eft  pour  cc 
Injcrquc  quand  on  veut  fçivf'ir  s’il  y  a  de  l’acide  dans  quelque  chofe  ,  on  n*a 
qu’à  y  jetter  de  cette  teinture ,  ou  frotter  l’acide  fur  cc  qui  aura  été  teint  avec 
le  fuc  de  CCS  fruits. 

!' O ‘faille  de  Lyon. 

L’Orfeiilc  de  Lyon  eft  une  pâte  cbmpoféc  de  perellc  ,  de  chaux  vive  &  d’uri¬ 
ne.  Quelques-uns  y  mettent  une  teinture  de  bois  de  breftl ,  afin  de  luy  donner  un 
plus  bel  œil,  &  la  faire  d‘un  rouge  plus  foncé, 

Cetre  Orfcillc  fc  fait  en  quantité  devers  Lyon  &  même  en  Auvergne ,  il  doit  être 
bien  foncé  ,&  qu’étant  frotté  fur  du  papier  la  couleur  en  foie  vive. 

Son  ufage  eft  pour  les  Teinturiers  pour  orfillé  leurs  Ouvrages ,  &  i’Orfcille  n’eft 
permife  qu’aux  Teinturiers  du  petit  teint. 

V  lij 


158 


Hiftoire  generale 


Ç  HAP I  T  RE 

Du  Tabac. 


Le  Tabac,  ainfi  appelle  à  caufe  qu’il  s’en  trouve  quantité  dans  l’IfleTabacOjfic  a 
qui  quelques-uns  ont  donné  le  nom  deNicotiane,  i  caufedeM.JeanNicoc 
Ambaflfadeur  de  France  en  Portugal ,  qui  en  a  apporté  le  premier  en  France  à  la 
Reine, ce  qui  luy  a  fait  donner  aulli  le  nom  d’Hcrbe  a  la  Reine.  Elle  eftap- 
pclléc  aufli  Buglofc  entartique ,  à  caufe  que  cette  herbe  croît  en  grande  abon¬ 
dance  dans  les  Iflcs  -,  &  Herbe  Sainte  ,  à  caufe  de  fes  grandes  proprictez  :  & 
finalement  Petun ,  qui  cft  le  nom  que  les  Indiens  luy  ont  donne ,  &  qui  eft  ion 
premier  &  véritable  nom. 

La  Plante  du  Petun  ou  Tabac,  cft  prefentement  fort  commune  en  France  ,  y 
ayant  peu  de  jardins  oii  il  ne  s’en  trouve.  Je  ne  m’arréteray  point  à  vouloir 
décrire  ce  que  c’eft  que  cette  plante ,  y  ayant  quantité  d’Autcurs  qui  en  traitent, 
aufli-bicn  que  de  fes  hautes  proprictez,  que  chacun  eftime  être  plus  ou  moins 


159 


des  Drogues.  Livre  V. 

grande ,  fuivant  que  cette  marchandife  luy  plaît,  &  cft  à  fon  goût. 

Si  la  vente  du  tabac  nous  étoit  encore  libre  comme  il  y  a  une  quinzaine  d’an¬ 
née  j’en  aurois  parlé  plus  au  long  ;  mais  comme  il  ne  nous  cil;  permis  que  de 
vendre  de  ccluy  que  nous  fommes  obligez  d’acheter  au  bureau  à  ce  ddlinczj 
c’eft  pour  ce  fujet  que  je  ne  parlcray  que  de  ces  diffcrcns  noms. 

Nous  achetrons  des  Fermiers  du  Tabac,  de  deux  fortes  de  Tabac  ;  fçavoir,  en 
corde  &  en  poudre.  Ccluy  en  corde  eft  dillmgué  tous  pluficurs  noms  -,  f^^avoir , 
fous  ccluy  detabacdeBrefil,  qui  cil:  un  tabac  noir  de  la  grolTcur  du  doigt; le 
fécond  cil  ccluy  à  l’andoüille ,  qui  cil  un  Tabac  en  feüille  Icchc  ëc  rougeâtre  , 
de  la  grolTcur  d’une  grolTe  canne,  ou  d’une  moyenne  andoüillc,  d’ed  ell  venu 
fon  furnom.  11  y  a  encore  un  autre  Tabac  à  Tandoüille  qui  vient  d’Hollande: 
Le  troifiéme  ell  le  petit  briquet  ou  Tabac  dcDitppc,  quieftaulli  en  corde  noircj 
de  la  grolTcur  du  petit  doigt  d’un  enfant ,  ou  environ.  Il  y  a  de  plus  le  Briquet 
d’Hollande,  &  de  quantité  d’autres  fortes  de  Tabac,  comme  ceux  de  Virginie, 
de  Vcrinc,  de  S.  Domingue ,  &  autres. 

A.  Tégard  des  Tabacs  en  poudre,  parfumez  ou  non  parfumez, il  y  en  a  dô 
tant  de  fortes  qu’il  me  feroit  impolliblc  de  les  tous  expliquer  }*c’ell  pourquoy 
je  n’en  diray  rien,  mécontentant  de  raporter  ce  que  le  Perc  R.  P.  du  Tertre  en 
a  écrit ,  qui  cil  que  les  habitans  des  Illes  cultivent  communément  quatre  fortes 
dePetun.  S(:avoir,lePetun  Vcrd,le  Petun  à.Langue ,  le  Petun  d’Amazonne  ,  &: 
IcPetun  Vcrinc,  ou  Petun  mufquc.  Les  Sauvages  appellent  toutes  ces  cfpeccs  de 
PetunSjfans  aucune  dillindlion  Yoly.  Le  Petuii  Verd  tll  le  plus  beau  &  de  plus 
belle  apparence.  Scs  feuilles  ont  un  bon  pied  de  large  &  deux  de  long,  mais 
pour  l’ordinaire  il  déchet  beaucoup  à  la  pente  ,&  n’cll  jamais  de  grand  rapport. 
Le  Petun  à  la  langue ,  appcllé  ainli ,  à  caufe  que  fa  feuille  étant  longue  de  deux 
pieds,  large  d’une  paume,  fcmblc  iivoir  la  forme  d’une  langue  ,  &  ell  d’un 
très-grand  rapport ,  ôc  ne  déchoit  nullement  à  la  pente.  Ces  deux  premier',  font 
ceux  de  qui  l’on  fait  le  plus  commun  débit.  Le  Petun  de  Verine  ell  plus  petit 
que  les  deux  prcccdens.  Scs  feuilles  lont  un  peu  plus  rudes,  plus  ridée ,  &  plus 
pointue  par  le  bout  que  celle  des  autres.  Il  rapporte  le  moins  de  tous,  ôc  dé¬ 
choit  le  plus  à  la  pente  ,mais  il  cille  plus  ellimé  &  le  plus  cher  j  parce  que  non 
feulement  fa  feuille  lent  le  mufe  ,  mais  meme  la  fumée  ,  quand  on  la  brûle, 
en  cil  trcs-agrcable ,  où  celle  des  autres  cil  tout  à  fait  infupportables  à  la  pluf* 
part  du  monde.  On  a  remarqué  de  plus,  qu’une  feule  plante  de  ce  Petun  com¬ 
munique  fa  qualités  quatre  autres , les  fait  palTer  pour  Petun  de  Verinc  ,  c’ell 
ce  qui  fe  pratique  communément  dans  les  I lies ,  autrement  on  n’y  trouveroic  pas 
fon  compte.  Pour  le  Petun  des  Amazones  il  cil  plus  légers  que  tous  les  autses. 
Sa  feuille  cil  arondie  par  le  bout,  ôc  non  en  pointe  comme  les  autres  ,  ôc  les 
petites  côtes  ô.:nerveurcs  qui  font  des  deux  cotez  de  la  feuille  ,  ne  biaifent  pas 
vers  la  pointe,  mais  elles  la  traverfent  au  droit  fil.  Ce  Petun  cil  de  très-grand 
rapport,  mais  étant  nouveau  fait ^ il  cil  malfalfant ,  fade  au  goût  ,  ôc  fait  vomir 
furie  champ  ceux  qui  en  prennent,  mais  à  melurc  qu’il  vieillit  cela  le  corrige, 
&il  devient  tres-exccllcnt  au  bout  de  deux  ans. 

Or  quoyque  la  maniéré  de  cultiver  ôc  de  faire  le  Petun  ,  Toit  commune  aux 
habitans  des  Iflcs,elle  ne  l’ell  pas  à  plufieurs  perfonnes  curieufes  de  l’Europe  , 
pour  la  latisfadion  de  laquelle  je  la  déenray  le  plus  luccinélemcnt  qu  d  me 
lcra  pofiiblc. 

Onfeme  premièrement  la  graine  que  l’on  mêle  avec  cinq  ou  fîx  fois  autant 
de  cendre  que  de  graine,  afin  de  la  femer  plus  claire  fi-tôt  quelle  commence  à 


Liqueur , 
huiler.. u< 
&  fel  de 
Tobac. 


F  «cl. 


Coca. 


Alcaiina. 


î  6o  Hifioire  generale 

lever.  Onia  couvre  tous  les  matins  de  branchage  pour  la  guarentir  des  ardeurs 
du  Soleil ,  qui  la  brûleroit  entièrement  pendant  le  temps  qu  elle  eftà  atteindre  fa 
perfedion  convenable  pour  la  replanter.  On  prépaie  le  jardin  où  Ion  doit  faire 
la  lcvée,c’eftà  dire  fa  récolté,  en  défrichant,  coupant ,  &;  brûlant  les  bois  qui 
font  fur  la  terre,  ce  qui  neft  pas  un  petit  travail.  Où  bien  fi  on  veut  faire  fa 
levée  dans  une  terre  déjà  découverte ,  on  la  purge ,  &  on  la  netoye  entièrement  de 
toutes  fortes  d’herbes. 

Le  Jardin  étant  bien  préparé  on  levé  la  plante  en  un  temps  de  pluye  ,  afin 
quelle  reprenne  avec  plus  de  facilité  ,  puis  on  les  plante  toutes  à  la  ligne.  L’or¬ 
dre  que  l’on  tient  en  les  plantant  eft  telle  qu’il  faut  qu’il  y  aye  trois  pieds  de 
diftance  entre  deux  plantes  ,  &  autant  entre  deux  rangs  j  de  forte  qu’un  jar¬ 
din  décent  pasenquarrédoit  tenir  dix  mille  plantes  de  Petun  :  chaque  perfonnes 
doit  tout  au  moins  entretenir  &  cultiver  trois  milles  plantes  dePerun,  ôc  avec  cela 
cultiver  fes  vivres  j  ce  qui  luy  peut  apporter  environ  mil  ou  quinze  cent  de  Petun; 
étant  planté  il  faut  avoir  foin  de  tems  en  tems  d’empêcher  qu’il  n’y  croifi'cnt  point 
de  mauvaifes  herbes  ;  lorfquc  la  plante  cil:  prette  à  fteurir  on  l’arrête  tout  court, 
la  coupant  à  hauteur  du  gcnoüil ,  puis  on  ôte  lesfcüillcs  d’enbas  qui  traînent  à 
terre,  &  on  ne  lailfe  que  dix  ou  douze  feüillcs  de  Petun  fur  la  tige  ,  laquelle  on 
émonde  foigneufement  tous  les  huit  jours ,  de  tous  les  rejettons  qu’elle  poulfc 
au  tour  des  feuilles  ;  defortc  que  ces  dix  ou  douze  fcüilles  fc  nourrilTent  mer- 
vcilleufement ,  &  viennent  épailfes  comme  un  cuir  ;  pour  voir  s’il  eft  meut  on 
plie  la  fcüillc,  laquelle  fi  elle  fc  calTc  en  la  pliant  il  eft  temps  de  la  couper  ,  étant 
coupée  on  la  lailfc  fanner  fur  la  terre  ,  après  on  l’attache  avec  de  certaines 
liafiede  Mahot,  qu’on  enfile  dans  de  petites  verges  ;  dcfortc  que  les  plantes  ne 
fc  touchent  point ,  &  on  les  lailfe  fecher  à  l’air ,  quinze  jours  ou  trois  femaines; 
cela  fait  on  arrache  toutes  les  feüillcs  de  la  tige  ,  puis  on  tire  la  côte  qui  eft  au 
milieu  de  la  feüille,  &  l’ayant  un  peu  arroCéc  d’eau  de  mer,  on  la  tord  en  corde 
&  puis  on  la  met  en  rouleaux. 

On  tire  du  Tabac  par  le  moyen  de  la  diftillation  6c  du  phclgme  de  vitriol , 
une  liqueur  qui  eft  fort  vomitive,  &  propre  pour  guérir  des  dartres  &  la  galle, 
en  s’en  frottant  Icgcrcment.  Le  même  Tabac  mis  dans  une  cornue,  on  en  retire 
une  huile  noire  &  puante,  qui  a  a  peu  prés  les  memes  qualitcz.  On  tire  aufll  du 
Tabac  un  Sel  qui  eft  fort  fudorifique,  pris  depuis  quatre  grains  jufqu’à  dix  dans 
une  liqueur  convenable. 

Il  y  a  quantité  d’autres  fortes  de  feüillcs  que  nous  pourrions  vendre  fi  nous 
en  avions,  comme  le  Bétel,  ou  Tembul  ,  qui  eft  les  feüillcs  d’une  plante  ram- 
paivtc,  &  de  laquelle  les  Indiens  font  une  efpcce  de  dragée  avec  de  l’Arcca  ,  6c 
des  huitres  brûlées.  Le  Coca  qui  eft  les  feüillcs  d’un  petit  arbrilTcau  alfcz  fem- 
blables  à  celles  du  myrthe ,  dont  les  Occidentaux  fc  fervent  de  la  même  manière 
que  les  Orientaux, font  du  Betel ,  6i  les  Europeans  du  Tabac.  Les  habitans  du 
Pérou  fc  fervent  des  feüilles  du  Coca  en  deux  differentes  manières.  La  première 
en  en  compofant  des  dragée  avec  des  huitres  brûlées ,  pour  fc  garantir  de  la 
faim  &  de  la  foif  p.endant  la  journée.  La  féconde  ,  en  les  mélangeant  avec  les 
feüilles  du  Tabac,  pour  rendre  les  gens  fous.  Scieur  faire  faire  mille  extrava¬ 
gances. 

L’AlcanaouCyprus,  qui  font  les  feüilles  d’un  arbriffeau  qui  croit  en  quan¬ 
tité  dans  l’Egypte  Sc  dans  le  Levant,  Sequi  (ert  aux  Indiens  à  fc  peindre  les  on¬ 
gles  &  le  cheveux  en  jaune ,  détrempé  dans  de  l’eau  ;  &  pour  fc  le  peindre  en 
rouge  ,  dans  du  vinaigre,  fuc  de  citron,  eau  d’alun  ou  autres  acides. 

Des 


des  Drogues ,  Livi^e  V.  1 6 1 

Des  bayes  de  l'Alcana  ouCyprus,  les  Egyptiens  en  tirent  une  huile  qui 
appelLce  huile  de  Cyprus ,  qui  cit  très  odorante ,  fort  propre  pour  adoucir  les  cy^iui. 

nerfs.  Pluhcurs  perfonnes  m’ont  afluré  que  l’Alcana  ou  Cyprus  des  Egy¬ 
ptiens,  cil  ce  que  les  Botaniftes  appellent  Li^uftrum  Ægy^tiacum  ,  &  nous 
Trocfnc  d’Egypte  ,  ainli  de  beaucoup  d’autres.  Il  eft  icy  à  remarquer  qu’il  y  à 
quantité  d'autres  fortes  d’herbes  que  nous  ne  vendons  point,  àcaufe  que  nous 
avons  des  Herboriftes  qui  en  font  métier  &  marchandifc  ;  ce  que  les  Drog^- 
tes  des'  autres  villes  de  France  font  obligez  de  vendre ,  n’ayant  point  dans  leurs 
Villes  de  ces  vendeurs  d'herbes,  ce  quin’eft  pas  une  petite  peine  aux  Apoticai- 
res  qui  font  quelquefois  obligé  de  faire  trois  ou  quatre  lieues  pour  avoir  une 
poignée  d’herbe  récente  ;  mais  en  rccompenfe  les  connoilTent  mieux  que  ceux 
de  Paris ,  qui  fc  fient  à  des  Herboriftes  qui  leurs  donnent  fouvent  l’une  pour 
l’autre. 

Outre  toutes  les  fcüillcs  &  tout  ce  que  l’on  en  peut  tirer, dont  j’ay  parlé  cy- 
devant,  nous  vendons  de  plus  une  petite  graine  d’un  rouge  foncé  ,  de  la  grol- 
feur  d’une  tete  d’épingle  >  qui  fe  trouve  fur  la  racine  de  la  grande  Pincpcrncllc  j 
dont  fe  fervent  les  Teinturiers  fous  le  nom  de  Cochenille  de  graine  ,  ou  Silvef-  Cocheniita 
trc.  A  l’égard  de  la  plante  elle  eft  fi  commune  que  je  n’ay  pas  juge  à  propos  de 
la  faire  graver. 

Cette  Cochenille  doit  être  nouvelle ,  fcchc ,  grolTe ,  la  plus  haute  en  couleur ,  & 
la  moins  falc  que  faire  fc  pourra. 

Les  Plantes  de  France  qui  font  comprifcs  au  nombre  des  Drogues  font  le 
Scordium  ou  Chamaras ,  le  Calamante  de  montagne  ,  le  Chamedris  ou  Ger- 
mandré, le  Chamæpythis , oujuc mulqucz,  IcPratiumAlbum,  ouMarube  blanc , 
l’Auronne  mâle  &  femelle,!’ A  bfinthe  grande  &  petite  ,  l’Alplenium  ou  Cætc- 
rac ,  la  Betoine  ,  la  Cariophylata  ,  ou  Benoifte  ,  la  Camomille  ,  la-  Clematis 
Daphnoides ,  ou  la  Pcrvanchc ,  la  Cufcutc,  la  Cinoglofc,  ou  Langue  de  Chien, 
l’Eupatoirc,  rHcrniaria,ouTurqucttc ,  le  Millepertuis ,  la  grande  &  petite  Cen¬ 
taurée  >  le  Mclilot ,  l’Armoife  ,  ou  Herbe  de  S.  Jean ,  la  Manthe ,  la  Meliftc , 
le  Bafilic,  l’Origan,  lePouliot,  la  Sariete,  l’hiflbpc,  la  Scabicufc,lc  Serpolet  i 
ainfi  de  quantité  d’autres  fortes  d’herbes  ,  dont  je  n’en  diray  rien,  par  la  raifon 
que  tous  les  Auteurs  qui  ontTraité  des  Plantes,  en  ont  aflez  amplement  parlé, 
où  je  renvoyé  le  Ledeur. 

Si  nous  ne  vendons  pas  à  Paris  de  ces  fortes  de  Plantes  ,  à  caufe  des  Herbo¬ 
riftes  ,  nous  en  vendons  les  Sels  fixes  ,  elTcntiels  &  volatils  ,  entre-autres  ceux 
dc,f  Chardon  bénit ,  d’abfinthe  ,  d’Armoife  ,  de  petite  Centaure  ,  de  Meliftc , 
de  Sauge,  de  Romarin,  de  Chicorée,  d’Ofeille,  dcFévc,  &:  de  quantité  d’autres 
fortes.  Et  un  mot, il  nous  eft  permis  de  vendre  tous  les  fcls  que  l’on  peut  ti¬ 
rer  des  plantes,  comme  étant  un  fait  de  Chimie. 

A  l’égard  de  leurs  choix  le  meilleur  que  j’en  puis  donner  ,  c’eft  de  les  ache¬ 
ter  d’honnetes  gens ,  incapables  de  donner  l’un  pour  l’autre ,  &  d’y  mettre  le 
prix ,  étant  impoftiblc  d’établir  ces  fcls  â  des  prix  fi  modiques ,  qu’il  y  en  a  qui 
vendent  moins  la  livre ,  que  d’honnetes  gens  auroient  peine  d’en  donner  une  once. 

Ce  qu’ils  font  par  le  moyen  du  Salpêtre  qu’ils  mettent  dedans ,  ou  par  le  moyen 
du  Sel  Policreftc  qu’ils  reduifent  en  poudre,  &  enfuite  qu’ils  mettent  dansplu- 
fieurs  Bouteilles ,  à  qui  ils  adaptent  pluficurs  noms ,  &  qui  neanmoins  font  la 
même  chofe ,  à  quoy  il  faut  bien  prendre  garde  pour  ceux  qui  feront  contre¬ 
faits  avec  le  Salpêtre,  ils  feront  facile  â  connoitre  ,  en  ce  qu’il  n’y  a  qu’à  les 
mettre  fur  un  charbon  allumé, s’il  pétille  c’eft  une  marque  qu’ils  (ont  mélan¬ 
gez  de  Salpêtre ,  &  s’il  ne  pétillent  pas ,  c’eft  une  marque  qu’ils  font  fans  addition. 

I.  Partie.  X 


Hiftoire  generale 


162 


CHAPITRE  XVI. 


Du  Corail. 


LECorail,ruivantM.<lc  Torncfort,cft  une  plante  qui  naît  dans  le  fond 
de  la  mer.  Elle  n’a  point  dcfcüille,  &  l’on  ne  connoît  n’y  fa  fleur  ny  fa 
graine  j  cependant  elle  ell  attachée  aux  rochers  par  une  maniéré  de  racine  j  elle  eft 
couverte  d’une  écorce  parlemec  de  pores  étoilez  qui  defeendent  jufqu’au  bas ,  elle 
cft  divifée  en  branches ,  on  y  découvre  des  rayes  qui  femblent  indiquer  fes  fi_ 
bres.  Enfin  elle  fe  multiplie  incontcftablcment  par  fa  femence.  Tout  cela  fa- 
vorifelc  fentiment  de  ceux  qui  mettent  le  Corail  au  nombre  des  plantes,  On 
convient  aujourd’huy  qu’elle  eft  dure  dans  la  mer.  La  molcflc  de  fon  écorce,  qui 
cil:  d’ailleurs  gliflante  &  prefque  huileufe ,  a  peut-être  trompe  ceux  qui  ont  écrit 
que  toute  la  plante  étoit  molle.  Cette  écorce  eft  une  croûte  tartareufe ,  rouge 
furie  Corail  rouge ,  &  blanche  fur  le  Corail  blanc.  Les  extremitez  des  branches  du 
Corail  font  molles ,  aufli  arondies  en  petites  boules  groife  comme  une  grofcillc 
rouge,  divifcz  ordinairement  en  fix  cellules  ,  remplie  d’une  humeur  blanche 
comme  le  lait,  que  rendent  les  efpeccs  deTitimale:  elle  cft  grade,  acre,  &  af- 
trincTcntc.  L’on  y  découvre  le  goût  du  poivre  mêlé  de  celuy  de  la  châtaigne, 
niaifc’eft  lorfqu’elles  (ont  encore  molles  &  fraîches.  On  ne  trouve  que  de  l’af- 
tridion  dans  les  fcches.  On  appelle  ordinairement  ces  petites  boules  les  Fleurs 
de  Corail ,  mais  on  auroit  plus  de  raifon  de  les  nommer  les  Capfules  de  cette 
plante  i  car  les  Auteurs  modernes  ont  remarqué  que  le  fuc  blanc  qu’elles  ré¬ 
pandent  ,  produit  des  plantes  de  Corail  fur  quelques  corps  qu’il  tombe,  & 
fans  parler  du  Corail  que  l’on  montre  à  Pize,  qui  cft  attaché  naturellement  fur 
un  crâne  humain.  J’en  ay  une  pièce  aifez  confidcrablc ,  qui  a  pris  nailfancc  fur 
un  plat  de  fayence  caffé. 


des  Drogues,  Livre  V.  163 

Il  n’y  a  proprement  que  trois  efpcces  de  Corail  qui  foient  en  ufage  dans  là 
médecine  :S<^avoir,  le  Corail  rouge,  le  vray  Corail  blanc  ordinaire  ,  il  faut  rap¬ 
porter  au  rouge  celuy  quielt  de  couleur  dciolc,  ou  couleur  de  chair.  Le  vray 
Corail  blanc, qui  ne  différé  du  rouge  que  par  la  couleur  ,  cil  le  plus  rare  le 
plus  cher.  On  employé  ordinairement  pour  le  blanc.  Cette  eCpccc  que  Jean 
Bauhin  appelle  Coralium  album  ojjîcinarum  occulatum ,  à  caulc  qu’elle  cil  perlec  de 
différends  trous  comme  les  efpeces  du  Madepore.  Le  Corail  noir  ,  que  l’on  ap¬ 
pelle  antipathes,  n’cft  d’aucun  ufage.  11  paroit  meme  d’une  nature  ciiffcrente  de 
celles  des  autres. 

Onpêche  le  Corail  dans  laMediteranée,  fur  les  Côtes  de  Provence  ,  proche 
Toulon,  au  Cap  de  Creus,  entre  Colioure  &  Rotes ,  fur  les  Côtes  de  Catalogne 
dans  le  détroit,  qui  fe  trouve  entre  la  Sicile  &  l’Italie ,  vers  leBailion  de  France, 
&en  quelqucs-autres  endroits ,  comme  aux  Côtes  de  Sardaigne ,  à  l  ifle  deCorfe 
&  de  Majorque ,  ainfi  du  relie. 

La  pefche  du  Corail ,  fiivant  M.Tavernier  ,  f.  fait  depuis  le  commencement 
d’Avril  jufqu’à  la  fin  de  Juillet-  Et  on  y  employé  d’ordinaire  deux  cens  barques, 
quelques  années  plus  &  quelques  années  moins.  On  les  bâtit  le  long  de  la  Riviè¬ 
re  de  Gennes ,  &  elles  font  fort  légères  \  elles  portent  grandi  voiles  pour  aller 
plus  vîtes  ,  n’y  en  ayant  point  fur  la  Mediteranée  qui  en  portent  tant,  61  ne  fc 
trouvant  point  deGalcres  quiles  puiflent  atteindre.  Il  y  a  fept  hommes  fur  cha¬ 
que  barque,  avec  un  petit  garçon  pour  les  fervir.  On  ne  fait  cette  pefche  que 
depuis  vingt- cinq  milles  jufquà  quarante  milles  de  la  terre  ,  où  ils  croyent 
qu’il  y  a  des  roches,  &:nc  s’avancent  pas  davantage  en  mer  de  peur  des  Cor- 
faircs ,  qu’il  évitent  quand  ils  les  rencontrent  à  force  de  voiles. 

Comme  le  Corail  croit  fous  des  roches  creulcs  où  la  mer  cil  profonde  ,  c’ell 
icy  l’artifice  dont  on  fe  fert  pour  l’avoir.  Les  Pefeheurs  attachent  deux  chevrons 
en  croix, Omettent  un  gros  morceau  de  plomb  au  milieu  pour  les  faire  aller 
au  fond,  puis  ils  attachent  du  chanvre  touffu  autour  des  chevrons ,  qu’ils  tor¬ 
tillent  négligemment,  gros  comme  le  pouce,  attachent  ce  bois  â  dviix  cordes, 
dont  l’une  pend  â  la  proue  &  l’autre  â  la  poupe  de  la  barque ,  enfuite  ils  laiffent 
aller  ce  bois  au  courant  le  long  de  ces  roches  ,  &  ce  chanvre  s’entortillant  au 
tour  du  Corail ,  il  cil  befoin  de  quelquefois  de  cinq  â  fix  bâteaux  pour  retirer 
les  chevrons,  &cnfaifant  cette  grande  force  fi  un  des  cables  vient  â  fe  rompre 
tous  ces  rameurs  font  en  danger  de  ce  perdre.  C’ell  un  métier  de  grand  rifque, 
&  en  arrachant  ainfi  de  force  le  Corail, il  en  tombe  dans  la  mer  autant  qu’ils  en 
tirent,  &  le  fond  étant  d’ordinaire  plein  de  vale ,  ce  Corail  s’y  ronge  de  )Oiir  en 
jour  ,  comme  nos  fruits  fur  la  terre  font  rongez  de  vers  jdelorte  que  plûtôt  il  le 
tirent  de  la  vafe  moins  il  cft  gâté. 

De  tous  les  Coraux  il  n’y  a  guere  que  le  rouge  qui  foit  en  ufage  ,  tant  pour 
employer  en  médecine  que  pour  divers  autres  ouvrages  où  il  ell  requis  ,  Û  de 
tous  les  Peuples  qui  elliment  le  Corail, ce  font  les  Japonois  &  autres  Nations 
Ils  n’cfliment  que  le  Corail  rouge ,  lequel  pour  être  delà  qualité rcquife  doit  être 
gros ,  uni ,  luifant ,  en  belles  branches ,  &  d’un  tres-beau  rouge  ,  &  rejetter  celuy 
qui  efl  en  petits  fragmens,  dontlafuperficic  ell  couverte  d’une  matière  tartareufe, 
ou  autres  corps  étrangers.  Neanmoins  je  diray  que  lorfque  c’ell  pour  réduire  en 
poudre ,  il  n’importe  qu’il  loitçn  petits  morceaux  ,  pourveu  qu’il  foit  de  la  qua¬ 
lité  cy-deffus. 

On  tire  du  Corail  rouge  par  le  moyen  des  acides  ,  une  teinture  que  l’on  fait 
cuire  enfuite  en  confiftancc  de  Sirop,  qui  cil  ce  que  quelques-uns  appellent  mal 
'  /.  Partie.  X  ij 


1 64  Hifloire  generale 

F*uire  ^  propos ,  teinture  ou  firop  de  Corail ,  &  à  qui  ils  attribuent  de  grandes  pro- 
uintuve  de  pnetez  ,  ce  qui  eft  alTez  éloigne  de  laraifon,  en  ce  que  la  véritable  teinture  de 
Corail ,  doit  être  fait  efans  la  participation  d’aucun  acide,  &  doit  ctre  tirée  avec  le 
beurre  roulli ,  ou  la  cire  blanche  fondue,  ôila  teinture  doit  être  retirée  de  Tes 
grailTcs  par  le  moyen  de  l’cfprit  de  vm,  &  enfuite  évaporée  ôi  réduite  en  confif- 
Viavetein- Cctte  tcintute  eft  un  admirable  remede  pour  fortifier  le  cœur  ,  &  pour 
tiucdcCo-  punfier  la  malle  du  fang-,mais  la  grande  difticulté  qu’il  y  a ,  &  le  peu  que  l’on 
en  tire,  fait  que  je  ne  confeille  à  perlonne  de  s’y  amufer. 

Migiftcr  On  tire  du  Corail  rouge  par  le  moyen  du  vinaigre  diftillé  ,  un  magifter  &  un 
coîal/'  ^  d’ufage  à  caufe  de  fes  grandes  prqprietcz.  Enfin  on  tire  du  Co¬ 

rail  quantité  d’autres  préparations,  que  je  crois  allez  inutile  ,  comme  l’ellence  , 
refprit  autres ,  dont  quantité  d’ Auteurs  font  mention  ,  &  qui  font  plus  ou 
moins  eftimez  ,  fuivant  les  mains  des  Charlattans  d’où  ils  fortent,  aulli-bien  que 
quantité  de  diverfes  préparations  de  perles ,  ainfi  le  meilleur  ufage  &  la  meil¬ 
leur  préparation  que  l’on  peut  faire  du  Corail ,  c’eft  de  le  broyer  fur  un  porphi- 
re ,  ou  fur  une  écaille  de  mer  ,  &  étant  réduit  en  poudre  impalpable  ,  en  for- 
Coraii  pre-  i^^r  dcs  pctits  ti'ocliifques ,  qui  eft  ce  que  nous  appelions  Corail  préparé ,  &  du- 
pié.  quel  on  fepeut  fervir  comme  d’un  tres-bon  AlKali,  ôc  peut-être  employé  dans 
toutes  les  compofitons  où  il  eft  requis. 

Pour  ce  qui  eft  du  Corail  blanc  il  a  fi  peu  d’ufage  en  médecine  ,  que  cela  ne 
mérité  pas  la  peine  d’en  parler.  Neanmoins  comme  il  a  quelque  ufage  on  le 
doit  choifir  bien  blanc,  gros ,  uni,  le  moins  porreux  &  cralfcux  qu’il  fera  pof- 
fiblc.  Quelques-uns  tirent  &  préparent  le  corail  blanc  comme  le  rouge ,  &  s’en 
fervent  aux  mêmes  ufages. 


CHAPITRE  XVII. 

Du  Corail  noir, 

A  L’égard  du  Corail  noir,  le  véritable  eft  fi  rare  qu’il  eft  comme  prefquc  im- 
polïible  d’en  pouvoir  trouver  j  car  tout  ccluy  que  nous  voyons  n’cft  qu’une 
maniéré  de  plante  pétrifié  dans  la  mer  ,  que  quelques-uns  ont  nommé  Antipa- 
tlics,  qui  différé  en  tout  du  véritable  Corail,  en  ce  qu’il  eft  leger ,  uni ,  luifant , 
&  d’un  très  beau  noir  de  gcc-ft,  &  qui  reffcmble  plûtôt  a  de  la  corne  qu’à  du 
Corail ,  ce  qui  ne  fe  rencontre  pas  au  véritable  Corail  noir  ,  en  ce  qu’il  eft  pc- 
fant,  d’un  noir  rougeâtre  &  fort  brutte  ,  &  quelque  diligence  que  j’ayc  fait, 
il  m’a  été .  impoffible  d’en  avoir  qu’un  petit  morceau  de  la  groflcur  du  bout 
Antipathes  du  doigC  ,  dc  l’Autipatlic,  ou  Corail  noir  ordinaire,  j’en  ay  recouvert  un  mor¬ 
ceau  d’environ  deuxpieds  de  long,  dont  cy-deffus  eft  la  figure  qui  a  été  pcfché 
au  baftion  de  France  ,&  apporté  en  France  par  M.  de  Senc  intereffé  à  la  pefchc 
du  Corail. 

Pour  ce  qui  eft  du  Coraloides ,  ce  n’eft  que  du  Corail  blanc  qui  n’a  pas  re^ù  fa 
perfedion,  ainfi  il  n’cft  d’aucun  ufage  ,  &  ne  fert  que  pour  vendre  à  la  place 
coraioWes  du  Cotail  blanc ,  ce  qui  fera  facile  à  connoître  ,  en  ce  que  les  Coraloides  font 
gros ,  léger ,  &  à  moitié  formé. 


des  Drogues,  Livre  V. 


165 


CHAPITRE  XVIII. 

De  la  Coraline. 

La  Coraline  jMoufTc  marine, ou  Bryon,eft  une  plante  qui  vient  dans  la  mer  at¬ 
tachée  aux  roches ,  ou  aux  coquilles.  Onia  conte  ordinairement  parmy  les  ef- 
pecesdemoulTedemcr.  Il  s  en  trouve  de  pluficurs  efpeccs  ,  mais  celle  que  l’on 
employé  dans  la  médecine ,  &  que  l’on  nous  apporte  du  Baftion  de  France ,  &  au¬ 
tres  endroits  de  la  mediterance,  cft  la  feule  qui  foitenufage.  C.  Bauhm  l’appelle 
Aînfcus  Coralûidei  Sqt4ammulis  loricatus  pin  pa.  3(^4.  Tab.  icon  pag.  813. 

Cette  Moufle  ou  Coraline  ,  a  quelque  peu  d’ufage  dans  la  médecine ,  en  ce 
que  l’on  prétend  quelle  a  la  propriété  de  faire  mourir  les  vers. 

A  l’égard  de  Ton  choix  elle  doit  être  verdâtre  ,  6c  la  moins  remplie  de  menu 
que  faire  fe  pourra. 

CH  A  P  I  T  RE  XIX. 

Des  Eponges. 

LEs  Eponges  font  une  efpccc  de  Fungus  ,  ou  Champignon  marin ,  qui  fe 
trouve  attaché  aux  Rochers  qui  font  dans  la  mer. 

J:  ne  m’arréteray  point  à  rapporter  icy  ce  que  quantité  d’ Auteurs  difent  tou¬ 
chant  les  Eponges ,  les  uns  difant  qu’il  yen  a  de  mâles  &  de  femelles,  &  qu’ils 
ne  font  n’y  Plantes  ny  Animaux,  mais  quec’eft  unZoophyte,  c’elt  âdire  quelles 
tiennent  des  A  nimaux  Sc  des  Plantes ,  pour  dire  que  nous  vendons  de  deux  fortes 
d’Eponges  :  G^avoir  les  fines ,  qui  font  celles  à  qui  les  Anciens  ont  donné  le  nom 
de  mâle  ,  &  aux  grofl'cs  celuy  de  femelle.  La  plufparc  des  Eponges  que 
nous  vendons  ,  viennent  de  la  Mediterance,  &il  y  a  une  certaine  Iflc  dans  l’Afie 
oui  nous  fournit  une  fort  grande  quantité  d’Eponges.  Cette  Ifle  s’appelle  Icarie, 
ou  Nicarie ,  la  où  les  garerons  ne  fe  marient  point  que  l’on  ne  voye  qu’ils  {(gâchent 
ramafler  des  Eponges  du  fond  ou  du  milieu  de  la  mer  ;  &  pour  cet  effet ,  quand 
quelqu’un  veut  marier  fa  fille  une  troupe  de  Garçons  le  dcpoüillent  nuds,  &  fe 
jettentenmer  J  Ôc  celuy  qui  dure  le  plus  dansl’eau,  &  qui  rapporte  plus  d’Epon- 
ge,  eft  celuy  qui  époufela  fille, dautant  qu’ils  payent  leurs  tribut  au  Grand  Seigneur 
en  Eponges. 

Les  Eponges  les  plus  cftimées  font  les  fines  ,  qui  pour  être  parfaites  doivent 
être  blondes ,  fines ,  legeres ,  que  les  trous  en  loient  petits  ôc  ferrez ,  les  plus  grof- 
fes  &  les  moins  remplies  de  pierres  qu’il  fc  pourra.  A  l’égard  des  grofles  Epon¬ 
ges  ,  plus  elles  approchent  dcsqualitcz  des  fines ,  plus  elles  font  eftimées. 

L'ufag’e  des  Eponges  cft  fi  connus ,  qu’il  m’eft  inutillc  d’en  faire  aucune  deferi- 
tion.  On  fefert  des  Eponges  fines,  après  avoir  été  coupées  par  tranches  ,  &  mife  Eponge* 
dans  la  cire  blanche  fondue ,  &  prcflé  dans  une  prefle  pour  mettre  dans  les  playes, 
afin  de  la  faire  agrandir.  Ces  Eponges  ainfi  accommodées,  cft  ce  que  nous  ven¬ 
dons  aux  Chirurgiens ,  &  autres  perfjpnncs ,  fous  le  nom  d’éponges  préparées. 

On  calcine  les  Éponges ,  &la  poudre  que  l’on  en  tire  cft  fort  propre  pour  net-  Epong„ 
toycr  les  dcnts.On  trouve  dans  les  grofles  Eponges  de  certaines  picrrctccs,&:  autres  calcinées, 
corps  étrangers,â  qui  l’on  attribue  étant  pulvcrifé,la  propriété  de  guérir  la  gravellc, 
Q^lques-uns  ont  donné  â  ces  pierres  le  nom  de  Cyftheolithre  Y  ^  ^tielqucs 
Auteurs  qui  aflurent  que  les  pierres  d’éponges  qui  fc  rencontrent  en  forme  d’aman-  a-Hponges. 
des,  étant  broyées  &  prifes  dans  quelques  liqueurs  convenables  ,  font  propre 
pour  faire  mourir  les  vers  des  petits  enfans.  A  l’égard  du  choix  de  fes  pierres ,  elles 
en  ont  point  d’autres  que  d’être  véritables  il  n’y  a  que  ceux  qui  les  ont  tirées 
des  éponges  qui  en  puiflcnt  répondre. . 

X  iij 


1 6  6  Hiftoire  generale 


CHAPITRE  XX. 


Des  Salles. 


LEs  Scilles  font  des  Oignons  qui  nous  font  apportes  d’Efpagnc  ,  où  ils 
croiffent  en  abondance ,  principalement  des  rivages  de  la  mer  j  il  en  vient  aullï 
quantité  en  Normandie ,  fur  tout  auprès  de  Qmlbœuf  à  dix-huit  lieues  par  dc-li 
Koüen. 

Ces  Oignons  font  de  differentes  groffeurs  &  couleurs ,  mais  ceux  que  nous 
voyons  ordinairement  font  les  Scilles  rouges ,  que  les  anciens  ont  nommé  fe¬ 
melle.  Pour  les  blanches  ils  leurs  ont  donné  le  nom  de  mâle  ,  mais  nous  n*en 
voyons  que  tres-peu. 

Ces  Oignons  étant  en  terre  pouffent  des  feüilles  larges ,  vertes  &  longues ,  &  des 
fleurs  en  forme  d’étoile  d’une  couleur  blanche. 

On  choifira  les  Scilles  nouvelles , pefantes ,  fermes , bien  nourries,  &  prendre 
garde  qu  elles  ne  foient  pourries  du  côté  de  la  tête  ,  à  quoy  elles  fon  fort  fu- 
jettes.  On  fe  fert  des  Scilles  dans  la  Pharmacie  pour  faire  du  vinaigre  &  miel, 
furnomméc  Scillitic,  &  pour  faire  des  Trochifques  ,  qui  font  la  première  dro¬ 
gue  dclaThcriaque,  &  pour  quelques  Onguents  ou  Emplâtres,  comme  Vt^lthea  ÔC 
^^Diachylum  magnum  &  autres.  Plufieurs  perfonnes  m’ont  affuré  que  les  Scilles 
<luifc  trouvent  ôc  que  j’ay  veu  en  Normandie,  font  es  que  lesBotaniftes  ap- 
pancratium  Pilent  Pancraüum  ,  ce  que  je  ne  veut  affurcr  pour  n'en  être  pas  certain. 

On  eftime  les  Scilles ,  principalement  le  coeur ,  être  un  poifon ,  c’eft  pourquoy 
quand  on  veut  s’en  fervir  on  les  fend  en  deux ,  &  on  en  rejette  les  feüilles  fcches,& 
le  cœur ,  &  le  milieu  on  l’expofe  à  l’air ,  &  quand  elles  font  feches  on  en  fait  le 


des  Drogues ,  Livre  V.  167 

vinaigre  &  le  miel  i  &  pour  la  Theriaque  on  en  fait  de  même ,  mais  au  lieu  dfc  les 
cxpolcr  à  l’air  on  les  couvre  de  pâtc,&  on  les  fait  cuire  au  four,furtout  quand 
c’eft  pour  en  faire  des  trochifque ,  ainfi  qu’il  eft  décrit  dans  plufieurs  Pharmaco¬ 
pée.  Les  Scillcs  font  extrêmement  ameres ,  &  leurs  lues  fort  vifqueux. 


CHAPITRE  XXI. 

De  la  Soude. 


IA  Soude  eft  un  Sel  gris  que  l’on  nous  envoyé  d’Alican,  &  de  Cartagéne 
^en  Erpagne,en  pierre  de  differentes  grolTcurs. 

La  Soude  le  fait  d’une  plante  qui  croit  le  long  de  la  mer,  que.les  Botaniftes 
appellent  Kali ,  &  des  Ouvriers  qui  la  brûlent  la  Marie.  Cette  plante  pouffe  une 
tige  de  la  hauteur  d’un  pied  &  demy  ou  environ  ,  garnie  de  petites  fcüillcs 
étroites,  ainh  que  deffus  eft  la  figure.  On  feme  cette  herbe  ,  &  lorlqu’cLe  eft 
parvenue  à  la  jufte  grandeur,  on  la  coupe  &  on  la  feine  comme  on  rait  icy  le 
foin. 

Lorfqu’cilc  eft  feche  les  Efpagnols  font  de  grands  trous  dans  terre  en  forme 
de  carrière,  enfuite  dequoy  ils  jettent  dedans  une  botte  de  cette  herbe  feche  à 
qui  ils  ont  mis  le  feu  ,  &  après  l’avoir  jettée  dans  le  trou  ih  en  jettent  d’au¬ 
tres  par  deflus  ,  &  lorfqu’clles  font  bien  allumées  ils  rempliffent  les  trous  de 
lés  bottes  d’herbes  ,  &c  après  l’avoir  rempli  ils  le  bouchent  ,  &  ayant  laiffé 
le  tout  enfemble  pendant  une  efpace  de  temps  ,  tant  pour  le  bien  réduire  en 
cendre  que  pour  luy  faire  prendre  corps,  &  la  réduire  en  pierre  de  la  ma¬ 
niéré  que  nous  la  voyons  ,  &  après  avoir  débouché  le  trou  ,  ils  trouvent 
cette  herbe  brûlée  &  en  pierre  dure  qu’ils  font  obligez  de  caffer  ,  &  de  ^mon¬ 
ter  de  la  même  maniéré  que  l’on  tire  les  pierres  des  carrières. 


i68  Hiftoire  generale: 

Soude  à‘A  Nous  vendons  à  Paris  de  quatre  fortes  de  Soudes ,  à  qui  les  anciens  ont  don- 

licaii ,  &  né  le  nom  de  Salicorc ,  ou  Salicotc ,  ou  d’Alun  Catin ,  dont  la  première  &  la 
rtnds'  plus  eftimée  eft  la  Soude  d’Alican  ,  laquelle  pour  être  de  la  qualité  requifc, 

noms.  feche  &  fonânte  ,  d’un  gris  bluatre  au  deÛus  &  au  dedans  ,  gar¬ 

nie  de  petits  trous  faite  en  forme  d’œil  de  perdrix,  6c  qu’en  crachant  deflus 
&  porté  au  nez,  elle  ne  fente  point  un  goût  de  mer  ou  de  marécage.  On  pren¬ 
dra  garde  aufli  que  les  pierres  ne  foknt  point  entourées  d’une  croûte  verdâtre, 
ny  remplie  de  pierre,  en  ce  que  cette  première  defccbuofité  tache &:  gâte  entiè¬ 
rement  le  linge  la  fécondé  luy  augmente  fon  poids  ,  6c  tache  aulli  le  linge 
fuivant  les  pierres  quife  font  trouvées  dedans,  principalement  quand  c’eft  delà 
brique.  On  prendra  garde  aufli  que  les  balles  n’en  aye  point  été  ouvertes ,  en  ce 
qu’il  y  en  a  qui  retirent  les  bonnes  pierres  &en  mettent  de  méchante.  On  pré¬ 
férera  celle  qui  eft  en  petite  pierre,  de  la  grolfcur  des  cailloux ,  à  qui  pour  ce  fu- 
jet  on  a  donné  le  nom  Cailloti,  en  ce  quelle  eft  ordinairement  bonne,  ôc  qu’il 
y  a  beaucoup  moins  de  rifque  qu’à  celle  qui  eft  en  grolTe  pierre,  ou  à  celle  qui 
n’eft  que  du  menu. 

La  Soude  d’Alican  eft  fort  en  ufage  par  les  Verriers,  pour  en  faire  le  ver¬ 
re  ,  en  étant  la  baze  aufll-bien  que  des  émaux  clairs ,  ainfi  qu’il  fc  verra  cy- 
aprés. 

Les  Savoniers  s’en  fervent  aufli  beaucoup ,  pour  en  tirer  le  fcl  qu’ils  font  en¬ 
trer  dans  la  compofition  du  favon  blanc  &  marbré  ;  mais  la  plus  grande  quan¬ 
tité  de  Soude,  qui  vient  d’Efpagne ,  fe  confomme  à  Paris  ou  aux  villages  cir- 
convoilins  ,  pour  vendre  aux  Blanchifleufes  qui  s’en  fervent  pour  blanchir  le 
linge. 

On  tire  de  la  Soude  par  le  moyen  de  l’eau  commune  ,  un  fcl  blanc. 
Sel  Al* ali.  qui  cft  ce  que  l’on  appelle  Sel  de  Kali  ou  AlKali  ,  qui  veut  autant  dire 
que  fcl  de  Soude  ,  en  ce  que  Al  cft  un  mot  Arabe  ,  qui  fignifie  Sel  ,  6c  Kali , 
Soude.  On  remarquera  icy  qu’il  n’y  a  que  ce  fel  qui  porte  le  nom  defel  AlKali , 
quoyque  le  fcl  fixe  de  toutes  les  plantes  peuvent  être  appelle  fels  AlKali ,  avec  cette 
diftérencc,  que  l’on  doit  ajouter  au  bout  le  nom  de  la  Mante,  comme  par  exemple 
le  fcl  AlKali ,  d’Abfinthe,  de  Centaure,  &  autres  femblablcs.  Ainfl  les  Mar¬ 
chands  à  qui  on  demandera  du  Sel  AlKali ,  ne  doivent  donner  autre  chofe  que 
le  fcl  de  la  foude.  Il  y  en  a  qui  prentendent  que  le  véritable  fel  AlKali  foit  le 
fcl  de  verre  J  mais  ils  fe  trompent,  ainfl  que  je  le  feray  voir  au  Chapitre  du  fcl 
de  verre  ,  ce  qui  fera  qu’ils  fe  donneront  de  garde  de  le  vendre  pour  fcl  Al¬ 
Kali. 

La  féconde  forte  de  Soude  cft  laCartagéne,  qui  diffère  en  bonté  de  celle 
c"amgctx.  d’Alican ,  parce  quelle  n’eft  pas  fl  blûë,  que  les  trous  en  font  plus  petits  quelle 
a  plus  de  croûte,  6c  que  les  balles  en  font  plus  grofles. 

Soude  de  troifléme  eft  la  Soude  furnommée  de  Bourde,  qui  doit  être  entièrement 

Bouidc.  rejettée,  ne  fer  va  nt  qu’à  tromper  ceux  qui  l’achcttcnt  ,  n’étant  qu’une  Soude 
d’une  tres-méchante  qualité.  Cette  Soude  cft  ordinairement  humide ,  d’une 
couleur  noirâtre  ,  verdâtre  ,  &  fort  puante. 

Soude  de  La  quatrième  cft  la  Soude  de  Cherbourg,  furnommée  de  Varccq,  qui  fc  fait 
vaucq.  herbe  qui  fe  trouve  le  long  des  côtes  de  la  mer  de  Normandic.Cettc  foude, cft 

aufli  d’une  très  méchante  qualité,  étant  fort  humide ,  de  la  couleur  6c  de  l’odeur 
d  c  Bourde,  &  toute  remplie  de  pierre.  Ces  deux  fortes  de  Soudes  ,  avec  celle  qui 
fort  des  Savonerics  qui  eft  dénuée  de  fon  fcl  ,  ne  fervent  qu’à  engager  la  con- 

fcicncc 


des  Drogues.  Livre  VI.  169 

fciencc  de  ceux  qui  la  vendent  en  poudre  ou  battue  ,  en  détail  ,  en  ce  qu’ils 
trompent  les  pauvres  blanchilTcufcs  qui  l’cmployent  j  &  comme  ces  Soudes 
n’ont  prefquc  aucun  fcl ,  ils  y  mêlent  de  la  chaux ,  ce  qui  caufe  bien  de  la  pei¬ 
ne  à  ceux  qui  la  battent  &  qui  la  mélangent ,  en  ce  que  cela  leurs  mange  la  peau 
des  doigts.  Et  de  plus ,  c’eft  que  cela  calfe  &  ufe  fi  fort  le  linge  ,  qu’il  dure  une 
fois  moins  que  celuy  qui  auroit  été  blanchi  avec  la  Soude  de  la  bonne  qualité. 
Et  comme  ces  deux  fortes  de  Soudes  font  toûjours  humides ,  il  y  en  a  qui  ont 
des  fours  chez  eux  pour  la  faire  fecher.  Ainh  de  milles  autres  drogues  qu’ils 
mettent  dedans,  tant  afin  de  luy  augmenter  fon  poids,  que  pour  en  faire  meil¬ 
leur  marché  que  les  honnêtes  Marchands  ,  qui  ne  peuvent  ce  refoudre  à  faire 
toutes  ces  fortes  d’abus.  Je  crois  en  avoir  alTez  dit  pour  empêcher  les  Epi¬ 
ciers  de  mélanger  la  Soude,  &  autres  marchandifes ,  &  par  ce  moyen  auront 
leurs  confcienccs  libres ,  &  y  gagneront  beaucoup  plus  que  de  s’amufer  à  tous 
ces  mélanges,  &  feront  caufe  que  chacun  la  vendra  également  ,  &  que  per- 
fonne  ne  fera  trompé  ;&furtout  les  blanchilTcufcs  qui  font  de  pauvres  gens, 
qui  le  plus  fouvent  n’ont  que  de  l’argent  pour  avoir  de  la  Soude ,  &  encore  la 
plufpart  du  temps  il  faut  qu’ils  mettent  leurs  hardes  en  gages.  Et  lorfqu’ils  ont 
employé  cette  marchandife  qu’ils  ont  eu  tant  de  peine  à  avoir ,  ils  font  con¬ 
traints  de  la  jetter ,  &  de  recommencer  leurs  leflives  avec  de  plus  grands  frais 
que  fi  elle  n’ avoir  jamais  été  faite  -,  ce  qui  leurs  caufe  bien  de  la  perte  Sc  du  cha- 
grin. 

Il  faut  auffi  d’un  autre  côté  que  ceux  qui  ont  befoin  de  cette  marchandife ,  n’y 
plaignent  pas  l’argent ,  en  ce  que  le  bon  marché  que  l’on  la  demande  le  plus 
fouvent,  cft  la  caufe  des  malverfations  qui  s’y  font  -,  ce  qui  n’cft  pas  d’une  pe¬ 
tite  confequence,  puifque  le  public  y  eft  intereffé. 


CHAPITRE  XXII. 

Du  Sel  de  verre. 

Le  Sel  de  Verre,  que  les  Ouvriers  appellent  Salin  ,  ou  Ecume  de  vçrre,  eft 
une  craffe  qui  fe  fait  fur  le  verre  lorfqu’il  eft  en  fufion  ;  &  cette  écume  ne  pro¬ 
vient  que  de  la  foude,  ou  des  cendres  dont  les  Verriers  fe  fervent  pour  faire  le 
verre ,  en  ce  que  les  cailloux  dequoy  les  Verriers  fe  fervent ,  ne  rendent  point 
d’écume. 

Le  Sel  de  verre  doit  être  en  gros  morceaux ,  blancs  delfus  &  dedans ,  pefant, 
le  plus  femblables  à  du  marbre  qu’il  fera  pofiible ,  &  rejetter  celuy  qui  eft  craf- 
feux  ,  noirâtre  &  humide. 

Le  Sel  de  verre  eft  fort  en  ufage  par  ceux  qui  font  l’émail  blanc  pour  vernir  la 
fayence,  en  ce  qu’il  ay de  à  vitrifier  le  fablon  j  &  c’eft  une  chofe  remarquable 
que  le  fel  de  verre  ne  peut  fervir  aux  Verriers,  &  les  Fayenciers  ont  bien  de  la 
peine  à  s’en  palfcr. 

Apres  que  l’on  a  ôté  la  grolfc  écume  du  verre ,  il  s’en  rencontre  une  autre 
dcfht  on  fait  pluficurs  Ouvrages  ,  qui  eft  ce  que  nous  appelions  Suin  de  a* 
verre. 


Y 


I  JO  Hiftoire  generale 


CHAPITRE  XXIV. 

•  Du  Crïftalïn. 

ON  entend  par  Criftalin  le  corps  des  verres  brillans ,  ou  émaux  clairs ,  & 
qui  eft  fait  de  foude  d’Alican,  &  de  fablon  vitrifié  cnfemble.  On  donne 
à  ce  Criftalin  la  couleur  d’aigle  marine ,  en  le  colorant  avec  le  vitriol  de  Chipre, 
Diverfes  ou  cuivre  rouge.  On  luy  donne  la  couleur  verte  avec  le  cuivre  jaune  ,ou  de  la 
^  limaille  d’épingle.  On  luy  donne  la  couleur  de  pourpre  ,  en  le  colorant  avec 
de  la  magalaiflc  ou  du  perigueur.Le  rouge  de  gueule  avec  du  cuivre  rouge  & 
roüillure  de  fer.  Le  rouge  clair  avec  du  cuivre  de  rofette.  Le  beau  rouge  de  ru¬ 
bis  ,  avec  de  l’or  &du  cuivre  de  rofette.  Le  jaune,  avec  de  la  roüillure  de  fer  & 
de  l’eau  de  la  mer,  quelques-uns  y  ajoûtent  le  vif- argent  ,  le  fer  &  le  plomb. 
La  couleur  d’Agathe, avec  l’argent  &  Icfouffre.  Le  jaune  de  couleur  d'ambre. 
Rocaille-  Rocaille ,  avec  le  Minium.  Le  vert  d’émeraudes ,  ou  Rocaille  ,  avec  le  cuivre 
jaune.  Le  couleur  d’aimatiftes ,  avec  le  perigueur. 

Ces  differentes  vitrifications  étant  fondue  au  feu  de  lampe  &  fouillée  ,  on  en 
Verre  fouf.  fait  ce  que  nous  appelions  verre  fouillé  ou  brillant  ;  dont  fe  fervent  les  Orfèvres  &C 
laïus'^j  "  Rocaillcurs ,  pour  mélanger  avec  les  émaux  faits  d’étain.  A  l’égard  de  la  con- 
noilfance  de  ces  vitrifications  ,  ou  vert- brillant  ,  il  n’y  a  que  ceux  qui  les  cm- 
ployent  qui  en  puiffent  connoître  la  beauté  &  la  bonté  ,  furtout  le  beau  rouge 
en  ce  qu’il  perd  fa  couleur  au  feu. 


CHAPITRE  XXV. 

De  tAxiir. 

L'Azur  en  pierre  ou  Smalte,eft  une  vititrification  faite  de  fonde  d’Alican,de  cen¬ 
dre  graveléc,  de  fablon  &  de  fafre.On  donne  à  cettevitrification  une  couleur 
plus  ou  moins  foncée,  fuivant  que  l’on  y  a  mis  de  fafre  ,  &  c’eft  ce  qui  caufe 
que  nous  avons  des  azurs  ou  émaux  plus  ou  moins  colorez.  Les  Allemands  pul- 
A7ur  à  verifent  ces  vitrifications  ou  pierres ,  &  en  font  ce  que  nous  appelions  Azur  à 
poudrer.  De  cet  Azur ,  étant  broyé ,  on  en  fait  de  l’émaiI ,  qui  eft  plus  ou  moins 
beau,  fuivant  qu’il  eft  fin  &  haut  en  couleur.  Neanmoins  les  Hollandois  nous 
envoyent  un  émail  d’un  bleu  fort  pâle ,  qui  eft  beaucoup  plus  eftime  &  plus  cher 
Email.  que  les  autres  émaux  ,  &:  à  caufe  qu’étant  employé  â  l’huile  il  fait  un  affeZ  beau 
bleu  approchant  de  celuy  de  l’Outremer ,  c’eft  pourquoy  on  luy  a  donné  le  nom 

Outremer  II  J»T  T  ni  1  *  ' 

d'Hollande  d’OutrciTicr  commun  ou  ci  Hollande. 

On  doit  choifir  l’Azur  à  poudrer  fa  bleux ,  bien  grenu ,  &  le  plus  foncé  en  cou¬ 
leur  blûc  qu’il  fera  poftible  ,  &  les  émaux  communs  les  plus  fins  &  les  plus 
hauts  en  couleur  qu’il  fe  pourra.  Pour  l’Outremer  d’Hollande  ,  plus  il  eft  firf  & 
pâle  plus  il  eft  eftimé ,  en  ce  que  plus  il  eft  broyé,  plus  la  couleur  fe  pert,  & 
plus  fa  couleur  revient  à  l’employ. 

Les  Azurs  ôc  Emaux  font  fort  ufité  paf  les  Peintres ,  quoy  qu’U  n’y  aye  point 


/ 


des  Drogues ,  Livre  V.  1 7 1 

de  peinture  plus  difficile  à  cmjploycr,  en  cc  qu’ils  n’ont  point  de  corps.  Oh  fc 
Tcrt  auffi  de  l’émail ,  pour  donner  de  la  couleur  à  l’amidon ,  &  en  faire  de  l’cm- 
poix  bleu. 


CHAPITRE  XXVI. 

De  l  Email  en  tablette^ 

L’Email  en  Tablette ,  ou  Inde  commun ,  cft  de  l’Email  en  force ,  haut  en  cou¬ 
leur,  de  l’indigo  desifles  &  de  l’amidon  en  poudre ,  &  parle  moyen  d’une  eau 
gommée  on  en  fait  une  pâte  platte  que  l’on  coupe  enfuite  en  tablettes ,  d’une 
grandeur  &;  épailleur  raifonnablc.  Cette  Inde  fert  a  marquer  les  moutons  j  niais 
ce  qu’il  y  a  de  fâcheux  ,  c’eft  que  quelques-uns  le  vendent  â  ceux  qui  ne  s’y 
connoilTent  pas  pour  véritable  Inde  ,  ce  qui  fera  neanmoins  facile  â  connoî- 
tre ,  en  ce  que  cet  Inde  cft  en  quarraux  épais  ^  d’un  bleu  verdâtre ,  &  qui  étant 
mis  dans  l’eau  l’Email  fe  précipité  &fe  trouve  en  maniéré  de  fable,  ce  qui  ne 
fe  rencontre  point  dans  i’inde  de  la  bonne  qualité. 


C  H  A  P  I  T  RE  XXVII. 

De  la  Roquette. 

La  Roquette,  ou  Cendre  du  Levant,  cft  de  la  Roquette  brûlée  &  réduite  ch 
cendre.  On  l’appelle  Cendre  du  Levant ,  â  caufe  quelle  cft  faite  à  S.  Jean 
d’Acre  â  dix  lieues  de  Jcrufalem,  &  à  Tripoli  de  Syrie.  La  permiere  eftla  plus 
cftimée. 

La  Roquette  n’a  autre  ufage  que  je  f^ache,  que  pour  les  Savoniers  &  Verriers, 
qui  s’en  fervent  pour  faire  le  favon  &  le  criftal. 

A  l’égard  de  fon  choix  il  n’y  a  que  les  Ouvriers  qui  la  puilfcnt  connoitre 
apres  qu’ils  en  ont  eftaye  Celle  de  S.  Jcand’Acrc  quieft  la  plus  cftimée  ,  vient 
dans  des  facs  gris  ,&  celle  de  Tripoli  dans  des  facs  bleu. 

Outre  la  Roquette  on  brûle  ,  furtout  en  Lorraine  ,  une  herbe  nommée  fou¬ 
gère  ,&  des  cendres  de  cette  herbe  on  s’en  fert  au  lieu  de  Soude,  pour  faire  les 
bouteilles  furnommées  de  fougère. 

Tïn  des  Feuilles, 


Y  ij 


/.  PAYtie. 


1 7 1  Hiftoire  generale 


HISTOIRE 


GENERALE 

DES  DROGUES 


LIVRE  SIXIEME. 

Des  Fleurs. 

P  R  E  F  A  C  E- 

E5  Flmrs  font  des  "Boutons  épanouis  de  diverfes  couleurs  grojfeurs  » 
poujje  les  végétaux }  ^  d*oà  naît  ^  fort  leurs  Fruits  ifr  leurs  Graines* 
Vne  Fleur  cfl  compofée  de  trois  parties  :  Sçavoir  »  l'enveloppe  ou  le  cali¬ 
ce  t  le  feuillage  le  fond,  le  cœur  ou  le  milieu  Le  mot  de  fleur  vient  du 
mot  Grec  Pblox ,  <^7*  du  Latin  Flos  ou  Flamma ,  flg'^tfle  Flamme  ,  en 
ce  que  l'on  prétend  que  les  fleurs  reprefentent  une  efpece  de  flame. 

Outre  les  fleurs  de  quelques  plantes  que  nous  vendons»  je  comprendraj  dans  ceCha^ 
pitre  les  fleurs  ou  leurs  parties  >  O" même  ce  que  l'on  en  tire*  comme  aujjiles  végétaux» 
qui  nont  point  eu  de  place  dans  cet  Ouvrage  ,  n  ayant  point  de  Genre  ,  comme  le 
Spienard»  l'Epitime ,  er  autres  femblahles, 


des  Drogues ,  Livre  V I. 


ni 


CHAPITRE  I. 

De  la  Squenanthe, 


La  Squoenanthc,  Staccananthc ,  ficuf  d^Efquinant,  ou  de  Joiic  odorant,  ou 
Pâture  de  Chameau ,  cft  la  Fleur  d’une  petite  plante  ,  ou  pour  mieux  dire 
d’un  Jonc  qui  croît  en  abondance  dans  l’Arabie  heureufe,  &  au  pied  du  Mont- 
Liban  ,  d'ou  il  nous  eft  apporté  par  Marfcillc.  Cette  plante  étant  fur  pied  peut 
avoir  environ  un  pied  de  haut.  Elle  a  fa  racine  noveufe  &  fort  petite,  garnie, 
d’un  petit  filament ,  dur ,  long  &  blanc  ,  &  de  chaque  racine  fortent  pluficurs 
tuyaux  auffi  durs,  delà  grofleur ,  figure  ,  &  couleur  d’une  paille  d’orge  ,  apres 
lefquclles  naît  des  petites  fleurs  veloutées  tout  au  tour,  &dont  le  fond  elt  d’un 
rouge  incarnat.  Si  bien  que  lorfque  ce  Jonc  eft  en  fleur,  c’eft  une  trcs-bellç; 
plante  à  voir  j  &  autant  que  cette  fleur  eft  agréable  à  la  vûc,  autant  cUc  l’cft  au 
goût ,  ayant  un  goût  chaud  piquant  &fort  aromatique. 

On  nous  envoyé  de  Marfcille  la  Fleur  &lc  Jonc  fcparé  l’un  de  l’autre  :  Sçavoir, 
le  Jonc  par  petites  bottes,  &  la  Fleur  de  la  manière  qu’elle  a  etc  cueillie  ,  quel¬ 
quefois  nette ,  &  quelquefois  aufli  bien  fale.  C’eft  pourquoy  les  Apoticaircs  cu¬ 
rieux  de  faire  de  belles  drogues,  la  mondent  en  la  couvrant  d’un  drap  ,  qui  eft 
un  ouvrage  alTcz  ennuyeux.  On  doit  aufli  la  choifir  la  plus  nouvelle  ,  &  plus 
vermeille  qu’il  fera  pofliblc. 

A  l’egard  du  Jonc  on  le  doit  choifir  bien  entier ,  le  plus  blond,  H 1^  pl’^s  ap-. 
prochant  du  goût  de  la  fleur  que  faire  fc  pourra. 

La  Squaenanthe  a  quelque  peu  d’ulage  dans  la  médecine,  mais  fon  plus  grand 
ufage  eft  pour  la  Thériaque.  Comme  cette  fleur  eft  ordinairement  rarc&  chcre, 
comme  elle  eft  prefentcmeiit  qu’il  ne  s’en  peut  trouver ,  on  fe  doit  fervir  à  fa  place 
du  Jonc  }  mais  quand  elle  ne  l’eft  pas  &  que  l’on  en  peut  recouvrer,  fl  faut  fc 
fervir  de  la  fleur  &  non  du  jonc ,  ayant  beaucoup  plus  de  vertu. 

y  • 


174 


Hiftoire  generale 


CHAPITRE  II. 

Des  Rofes  de  Vrovtns. 


% 


L Es  Rofes ,  furnommccs  de  Provins,  font  des  fleurs  d’un  rouge  foncé  U  veJ 
loutc  ,  que  l’on  nous  apporte  de  Provins,  petite  vill®  à.  dix-huit  lieues  de 
Paris.  Ces  Rofes  viennent  en  fi  grande  abondance  autour  de  cette  ville  ,  qu’il 
cft  d’une  ncceflité  abfoluë  que  ce  terroir  foit  fort  propre  pour  la  culture ,  &  l’é- 
levation  de  cette  efpecc  de  Rofiers  j  en  ce  que  les  Rofes  de  Provins  furpalTent  en 
heautc  &  bonté ,  toutes  celles  qui  viennent  de  tous  autres  endroits  :  &  ce  qui 
contribue  beaucoup  à  leur  perfedion ,  c’eft  que  les  habitans  des  lieux  font  fî 
adroits  à  les  faire fechcr , quelles  fe  confervent  beaucoup  plus  long-temps  que 
les  autres ,  tant  dans  leurs  couleurs  que  dans  leur  odeur.  On  nous  apporte  de 
Provins  de  deux  fortes  de  Rofes ,  que  nous  dittinguons  fous  différends  noms  :  Sça- 
voir  les  belles ,  fous  celuy  de  Rofes  de  la  bonne  ou  grande  fortes ,  &  celles  d’apres , 
foûs  celuy  de  la  moyenne  forte.  Ces  Rofes  pour  être  parfaites ,  doivent  être  hau¬ 
tes  en  couleur,  c’efl:  à  dire  d’un  rouge  noir ,  velouté ,  bien  odorantes  ,  bien  fe- 
chcSjles  moins  remplies  de  graines  &de  petites  feüilles  qu’il  fera  poflible,  & 
qu’elles  foient  véritables  Provins ,  &  qu’elles  n’aycnt  point  été  coloré  de  quel¬ 
que  acide,  ce  qui  fera  facile  à  connoître,  en  ce  quelles  font  d’un  rouge  clair, 
&  que  cette  couleur  fe  pert  bien-tôt. 

Ceux  qui  feront  gros  négoce  de  Rofes  de  Provins  ,  auront  foin  de  les  tenir 
dans  des  lieux  fccs ,  &  bien  enfermé  de  peur  que  l’air  n’y  entre ,  &  qu’elles  foient 
bien  preflées ,  &cn  cet  état  pourront  les  garder  dans  leur  beauté  pendant  un  an 
ou  dix-huit  mois  jmais  au  bout  de  ce  temps-là  quelque  précaution  que  l’on  y 
puiffe  apporter ,  leurs  couleurs  &  odeurs  fe  perdent ,  &  les  vers  s’y  engendrent, 
^elques-uns  y  mettent  du  vieux  fer ,  pour  empêcher  que  les  vAs  ne  s’y  met¬ 
tent.  ' 


des  Drogues ,  Livre  VL  175 

LesRofes  de  Provins  font  des  fleurs  fort  eltimées  de  tout  le  monde  ,  à  caufe. 
qu’elles  font  très  aftrin genres  fort  propre  pour  fortifier  les  nerfs  ,  ou  autres 

parties  du  corps  alFoiblies ,  foit  par  fouUure  ou  detorfe ,  après  avoir  été  boüil- 
lie  dans  de  gros  vin, ou  dans  de  la  lit  de  vin,cllcs  ont  beaucoup  d’ufage  dans  la  mé¬ 
decine  ,  en  ce  qu  elles  entrent  dans  plufieurs  compofitions  galéniques  ;  mais  depuis 
quelques  années  que  les  Rofes  de  Provins  font  chcres  à  caufe  du  peu  de  récolté 
que  l’on  en  fait,  la  plufpart  des  Epiciers  &  Apoticaircs ,  ou  autres  perfonnes  qui 
vendent  ou  employeur  des  Rofes  de  Provins ,  fe  contentent  aflez  mal  à  pro¬ 
pos  de  nos  Rofes  rouges,  foit  de  celles  qui  fc  cultivent  autour  de  Paris  ,  ou 
dans  les  autres  endroits  j  c  eft  ce  qui  fait  qu’il  y  a  bien  à  dire  qu’il  fe  confom- 
mc  tant  de  Rofes  de  Provins  prefenteraent  qu’il  s’en  confommoit  le  temps  pafle. 
Neanmoins  ceux  qui  font  ce  ménage  n’en  ont  pas  plus  de  raifon  ,  tant  parce 
que  celles  des  autres  endroits  n’approchent  n’y  en  beauté  ny  en  qualité,  des  vérita¬ 
bles  Rofes  de  Provins  ;  &  de  plus,  c’eft  qu’elles  ne  fe  peuvent  conferver  aufli 
long-temps ,  malgré  tous  les  foins  que  ces  particuliers  y  puiffent 'apporter  pour 
les  conferver.  Les  véritables  Rofes  de  Provins  font  fi  cftimces  aux  Indes ,  qu’il 
y  a  des  temps  qu’elles  s’y  vendent  au  poids  de  l’or  ,  &  qu’ils  leurs  en  faut  à 
quelque  prix  que  ce  foit.  Outre  la  grande  quantité  de  Rofes  de  Provins  que 
nous  vendons, nous  en  faifons  venir  les  conferves  feches  &  liquides ,& même roage 
quelquefois  le  firop  étant  les  lieux  où  ces  fortes  de  compofitions  fc  font  le 
mieux  ,  &  qui  que  ce  foit  ne  doute  pas  que  ces  conferves  &  firops  ne  foient  beau¬ 
coup  plus  parfaites  que  celles  qui  fc  pourroient  faire  dans  les  autres  endroits , 

&  avec  d’autres  Rofes.  A  l’égard  du  choix  de  ces  conferves  &  firops  ,  ils  n’en 
ont  point  d’autres  que  d  être  véritables  Provins ,  &  faites  par  d’honnêtes  gens, 

&  prendre  garde  qu’elle  n’aye  etc  rougie  avec  de  i’cfprit  de  yitriol  ,  ou  autres 
acides,  comme  il  n’arrive  que  trop  fouvent ,  fur  tout  quand  elle  font  vieilles.  On 
cftiiric  ces  conferves  ;  fçavoir  ,  la  liquide  pour  aider  à  prendre  les  purgatifs  en 
bol  ,  ou  pour  fortifier  le  cœur  &  l’cftomac  ;  &  la  îcchc  fert  aux  mêmes 
maladies  que  cy-deirus,&:  même  pour  guérir  les  rhumes ,  &  appaifer  les  cours 
de  ventre.  Le  Sirop  a  les  mêmes  qualitez  que  la  conferve  ,  à  la  referve  qu’il 
n’agit  pas  avec  tant  de  force. 

Outre  CCS  conferves  de  Rofes ,  on  nous  apporre  encore  de  Provins  une  autre 
conferve  de  Rofes  blanches ,  à  qui  on  attribue  à  peu  prés  les  mêmes  qualitez  de  confjrv» 
celles  qui  font  faites  avec  les  rouges.  Il  y  a  neanmoins  bien  à  dire  quelle  aye * 
tant  de  confommation. 

Nous  faifons  encore  venir  de  Provins  une  autre  conferve  liquide,  ou  pour 
mieux  dire  un  miel  fondu  dans  du  fuc  de  Rofes  de  Provins  récentes ,  &  cuit  cn- 
fuitc  en  confiftancc  de  firop  cette  conferve  liquide  eft  ce  que  les  Apoticaircs 
appellent  miel  rofat ,  lequel  pour  être  de  la  bonne  qualité  il  faut  qu’il  foit  cuit 
en  bonne  confiftancc ,  le  plus  clair  ,  c’eft  à  dire ,  le  plus  clarifié  ,  &  le  plus  fidcl- 
Icmcntfait  qu’il  fera  polTible,  en  ce  que  ce  miel  rofat  clarifié  n’eft  guère  ufitc 
que  pour  les  gargarifmcs,  &pour  fortifier  les  gencives,  furtouc  quand  on  s’en 
fert  avec  de  l’efprit  de  fcl,  pour  fc  nettoyer  les,  dents.  Tout  le  miel  rofat  que 
les  Apoticaircs  vendent  eft  fait  de  leurs  mains,  &  avec  des  Rofes  rouges  d’icy 
autour ,  &  fi  le  plus  fouvent  il  n’eft  pas  clarifié ,  c’eft  ce  qui  fait  qu’il  fe  trou¬ 
ve  du  miel  rofat  chez  eux ,  qui  rclTcmble  plutôt  à  de  la  lie  qu’à  du  miel  cuit. 

If  faut  neanmoins  en  excepter  les  honnêtes  gens  ,  car  il  eft  certain  que  nous 
avons  à  Paris  quelques  Apoticaircs  qui  font  de  très  habiles  &:  honnêtes  gens  „ 

&  qui  n’employent  que  tout  ce  qu’il  y  a  de  plus  beau  ôc  de  meilleur  j  mais ’il  y  cn^ 


1 76  Hiftoire  generale 

a  en  tccompcnfc  qui  ont  des  drogues  qui  font  incapables  d’entrer  dans  le  corps 
humain,  par  les  méchantes  drogues  qu’ils  employent  ,  ou  par  le  peu  de  débit 
qu’ils  en  font ,  à  quoy  il  feroit  facile  de  remédier  h  le  peuple  n’ctoïc  pas  h  ava- 
litieux  qu’il  eft,  &  que  les  vifites  qui  fe  font  tSus  les  ans  dans  un  temps  prcfcrit, 
fufl'ent  generales ,  c’eft  à  dire  qu’il  n’y  eut  point  plus  de  faveur  chez  les  uns  que 
chez  les  autres. 

Outre  toutes  ces  préparations  deRofes ,  nous  vendons  de  plus  comme  Con- 
fifeurs ,  le  firop  de  Rofes  pâles ,  c’cll  â  dire  le  hrop  fait  de  nos  Rofes  communes , 
ainfi  que  je  l’ay  marque  au  Chapitre  des  dragée  â  la  page  loi.  &  pour  qu’ii  foit 
delà  qualité  requifc  il  doit  avoir  été  fait  avec  de  la  véritable  calîoi  ad  de  Bre- 
hl ,  ou  autres  fucrcs  blancs.  Il  doit  être  cuit  en  bonne  conhlbnce ,  d’un  bon  goût 
&  d’une  bonne  odeur. 

A  l’égard  de  fa  préparation ,  les  uns  le  font  par  infufion  ,  les  autres  avec  le  fuc 
des  Rofes  i  ain|i  que  l’on  le  pourra  voir  dans  pluheurs  Pharmacopée  qui  en  trai¬ 
tent.  Et  comme  le  parfum  elt  un  Art  quiell  permis  à  tout  le  monde,  nous  ven- 
BauRofe.  dons  l’eau  rofe  que  nous  achetons  des  Apoticaires  ,  ou  D.lbllatcurs  ,  qui  font 
ceux  qui  la  font.  La  fabrique  d’aucune  marchandifc  ne  nous  étant  permife, 
quoy  qu’alfez  mal  à  propos,  en  ce  qu’il  voudroit  mieux  qu’un  cliacun  ht  ce 
qu’il  vend,  afin  qu’il  en  peut  répondre  ,  tant  parce  qu’il  y  a  quantité  de  dro¬ 
gues  dont  on  ne  peut  avoir  une  jufte  connoiffance ,  quelque  fcicnce  c[uc  I  on 
aye,  &  quelque  exactitude  que  l’on  ri’y  apporte ,  que  parce  qu’ils  ne  pouiroicnt 
s’exeufer  fur  d’autres ,  comme  on  le  pourra  voir  par  l’eau  rofe,  en  ce  quon  a  de 
la  peine  â  diftinguer  celle  qui  cil  faite  avec  les  rofes  pâles  toutes  pures ,  ou  mélan¬ 
gées  de  bois  de  rofes  d’autres  qui  font  bien  pires ,  qui  prennent  de  l’eau  de 
fontaine  qu’ils  diftillent ,  afin  quelles  fe  gardent,  fur  laquelle  ils  jettent  tant 
foit  peu  d  huile  de  rofes  ,  &  d’autres  qui  ne  prennent  pas  la  peine  de  la  diftil- 
1er  ;  ainfi  font  de  l’eau  rofe  en  tout  temps ,  &  au  prix  qu’ils  veulent  ,  ce  qui 
fait  tort  aux  honnêtes  Marcharids. 

L’ufagc  de  l’eau  rofe  elt  fi  connu  de  tout  le  monde  ,  qu’il  cft  inuti'e  de  m’y 
arrêter';  mais  la  plus  grande  confommation  qui  s’en  fait  cft  pour  les  mala.iies 
des  yeux  ,&  par  quantité  d’autres  particuliers  qui  s’en  fervent  ,  comme  Parfu¬ 
meurs  ,.Paticicrs  &  autres. 

A  l’égard  de  la  connoiffance  de  l’eau  rofe ,  la  meilleur  que  j’en  puis  donner, 
c’eftde  l’acheter  d’honnêtes  gens,  &  non  pas  de  ces  Coureurs  qui  en  colpor¬ 
tent  de  boutique  en  boutique,  qui  le  plus  fouvent  ne  vendent  rien  qui  vaille. 
Elle  doit  être  d’une  bonne  odeur  ,  bien  claire  ,  ne  fenrant  l’emp  reme  n  y  le 
brûlé  ;  qu’il  y  ait  au  moins  fix  mois  qu’elle  foit  faite,  &  de  la  première  tiré ,  étant 
bien  meilleur  que  celle  d’après  ;  car  tout  ce  qu’il  y  a  d’habiles  gens  fçavcnt  qiK: 
ce  qui  monte  le  premier  aux  plantes  aromatiques ,  eft  toûjours  le  meilleur ,  quoy 
qu’il  y  ait  tin  Auteur  nouveau  qui  dit  que  lorfqiic  l’on  diftillc  les  rofes  l’eau 
monte  la  première  ,  cnfuite  l’efprit ,  &  en  troifiéme  lieu  l'huilc  ;  ce  qui  eft  tout 
contraire  ,  puifquc  ce  qui  monte  le  premier  eft  l’huile  avec  une  eau  odorante. 

Efprit  &  Outre  l’eau  que  l’on  tire  des  rofes,  l’on  en  peut  tirer  un  efprit  odorant  &  in- 

Rofe/*'  fiammablc ,  fort  propre  pour  fortifier  &  réjoüir  le  cœur  &  l’eftomac. 

On  peut  tirer  aufti  des  rofes  une  huile  blanche  &  fori  odorante  ;  mais  fa  gran¬ 
de  cherté  &lc  peu  que  l’on  en  peut  tirer,  eft  la  caufe  que  nous  n’en  veni'ons 
que  très  peu.  Quelques  Auteurs  difent  que  les  rofes  qui  reftent  dans  l’alambic, 
après  b  diftillation ,  fur  tout  dans  un  vaiffeau  que  l’on  appelle  Rofairc  ,  &  qui 
s’y  trouve  en  forme  de  gâteau,  après  avoir  été  retiré  &  feché  au  Soleil  ,  cft 

ce 


des  Drogues,  Livre  VI.  177 

cc  que  l’on  appelle  chapeau  ou  pain  de  Rofes ,  defquelles  on  fe  fert  pour  fortifier  ;  Pain  de 
mais  pour  mon  particulier ,  je  ne  puis  m’empêcher  de  dire  que  ces  rofes  boüillics 
n’ont  pas  grandes  proprietez ,  &  que  ceux  qui  voudront  des  painsde  rofes  préfére¬ 
ront  ceux  dont  il  n’y  aura  que  le  fuc  qui  en  aye  été  tiré,  en  ce  que  la  raifon  veut 
qu’une  chofe  boüillie  n’ayc  tant  de  propriété  que  celle  dont  on  n’a  tiré  que  le  fuc, 
principalement  quand  c’eft  des  aromats.  Et  cc  qui  peut  prouver  mon  dire ,  c’eft 
que  l’on  tirera  moins  de  fel  fixes  des  rofes  qui  auront  été  boüiilics ,  que  de  celle 
dont  O»  aura  retiré  le  fuc  :  &  de  plus ,  c'eft  qu’ils  font  beaucoup  plus  de  peine  à 
fccher  ,  quoyque  l’on  peut  tirer  un  fel  des  rofes.  Le  peu  d’ufage  que  l’on  en  su  a. 
fait ,  fera  que  je  n’en  diray  rien.  En  un  mot ,  on  retire  tant  de  chofes  des  Rofes  ° 
que  fans  elle  la  medecine  ne  feroit  pas  fi  fieurilfantc  quelle eft. 


G  H  A  P  I  T  H  E  I  M. 


Le  Safran  que  les  Latins  ont  appelle  Crocus ,  à  caulc  de  fa  couleur  rouge⬠
tre,  eft  une  attante,  ou  pour  mieux  dire  un  filet  d’un  tres-beau  rouge  par 
un  bout  &  jaune  par  l’autre  ,  qui  nous  eft  apporté  de  pluficurs  endroits  de 
France. 

Cc  qui  porte  le  Safran  eft  un  oignon  alTez  fcmblablc  à  ceux  de  nos  gros  écha- 
lottes,  à  la  referve  qu’ils  font  un  peu  plus  ronds  ,  &  d’une  couleur  plus  rou¬ 
geâtre  ;  d’oû  fortent  des  tiges  garnies  de  fcüilles ,  longues ,  vertes  &l  étroites  ; 
au  bout  d’icelles  naît  une  fleur  d  un  bleu  mourant  ,  dans  le  milieu  derquclles  cil 
trois  petites  attentes  qui  cil  ce  que  nous  appellont  Safran. 

Le  meilleur ,  le  mieux  nourri ,  &  le  plus  ellimé  Safran ,  eft  ccluy  dcBoifne  &  de 
Bois-Commun  en  Gatinois ,  où  il  eft  cultivé  avec  grand  foin ,  étant  prefquc  toute 
la  richeflé  du  pays.  On  plante  au  Printemps  les  oignons  de  Safran  par  rayons 
I.  Partie.  % 


Divetfes 
fortes  de 
Safians. 


Safran  en 
poudre. 


Safran 

d*.,ii^ar;nc 


Croco- 

uugnaa. 


fjtira't  & 
Sel  de  Sa- 
fwn. 


1^8  Hifloire  generale 

comme  la  vigne ,  d’un  pied  dans  terre.  La  première  année  il  ne  pouffe  que  de 
l’herbe  qui  demeure  verte  tout  le  long  de  l’Hyver  jufqu  au  commencement  de 
l’Eté  ,  &  cnfuite  ces  feüilles  meurent.  La  fécondé  année  elle  repôuflc  avec  une 
fleur  gris- de-lin  ,  dans  le  milieu  de  laquelle  il  y  a  trois  petites  attentes  rou¬ 
ges  quieft  le  Safran.  Lorfqu’il  cft  prelt  à  cueillir  ,  ce  qui  arrive  aux  mois  de 
Septembre  &  Octobre,  on  le  cueille  avant  que  le  Soleil  foit  levé,  &  aufli-tôt 
on  le  retire  d’avec  la  fleur  ,  &  après  avoir  été  bien  mondé  ,  on  l’étend  fur 
des  clayes  fous  lefquelles  il  y  a  tant  foit  peu  de  feu  pour  le  faire  fcclltr.  Le 
lendemain  on  retourne  en  cueillir  d’autres  qui  a  pouffe  depuis  que  l’autre  a 
été  cueilli  ;  car  c’eft  une  chofe  admirable  que  ces  oignons  repouffent  en  vingt- 
quatre  heures ,  &  il  continuent  plufieurs  jours  a  le  cueillir  &  à  le  faire  fccher  jul> 
qu’à  ce  que  les  oignons  n’en  rendent  plus. 

Il  croit  en  France  quantité  d’autres  fortes  de  Safrans,  comme  ceux  d’Ôrange,  de 
Touloufc,d’Angoulêmc,deMcnillc  en  Normandie  -,  mais  ce  dernier  eft  le  pire 
de  tous ,  &  il  y  a  bien  à  dire  que  les  trois  autres  foient  n’y  fi  beaux  ny,  fi  bons 
que  le  véritable  Gatinois  ;  c’eft  pour  ce  fujet  que  l’on  le  doit  préférer  à  tout 
autre.  Et  pour  qu’il  foit  de  la  qualité  requife  il  doit  être  en  belles  attentes  ^ 
longues  larges ,  bien  velouté ,  &c  d’un  beau  rouge ,  d’une  bonne  odeur  ,  &  le 
moins  chargez  de  filets  jaunes ,  &  le  plus  fec  que  faire  fe  pourra. 

Le  Safran  eft  fort  en  ufage  dans  la  mcdecine  ,  étant  un  des  grands  cordiaux 
que  nous  ayons.  Plufieurs  Ouvriers  s’en  fervent  à  caufe  qu’il  teint  en  jaune.  Les 
Allemands ,  Anglois  &  Hollandois ,  font  fi  amateurs  du  Safran  du  Gatinois ,  que 
tous  les  ans  on  en  tranfportc  de  grandes  quantité  dans  leurs  pays; 

Comme  l’on  vend  beaucoup  de  Safran  en  poudre  y  on  ne  le  doit  acheter  que 
d’honnêtes  gens,  en  ce  qu'il  y  en  a  qui  y  mêlent  des  drogues ,  que  les  efprits 
les  plus  mal-tournez  auroient  bien  de  la  peine  à  s’imaginer ,  en  ce  que  Ton  prin¬ 
cipal  ufage  cft  pour  délayer  dans  de  l’eau  rofe ,  pour  mettre  fur  les  yeux  des  pe¬ 
tits  enfans ,  &  autres  qui  ont  la  petite  vcrole  :  Et  de  plus  ,  comme  c’eft  uné 
marchandife  affez  r.hcrc  ,  on  n’eft  pas  bien  aife  d  ette  trompé.  On  nous  envoyé 
encore  d  Efpagnc  un  autre  Safran  qui  eft  impoffiblc  d’en  pouvoir  rien  faire  , 
c’eft  ce  qui  fait  que  je  ne  confcille  à  perfonne  de  s’en  charger ,  n’étant  propre  à 
rien  i  ce  qui  ne  provient  que  de  l’ignorance  des  Efpagnols,  quicroyent  que  le 
Safran  ne  fe  peut  conferver  qu’en  y  mettant  de  l’huile. 

•  Les  Anciens  failoicnt  des  Paftilles  avec  le  Safran ,  la  Myrrhe ,  les  Rofes ,  T  Ami¬ 
don,  la  Gomme  Arabique,  &  le  vin.  Toutes  ces  drogues  pulvcrifécs  étoient  tc- 
duitcs  en  paftilles  par  le  moyen  du  vin.  Ces  Paftilles ,  ou  Trochifqucs  ,  nous 
étoient  apportées  le  temps  paffé  de  Syrie,  &  dcfqucllcs  on  fe  fervoit  pour  guérir  le 
mal  des  yeux  .  &  pour  faire  uriner.  Cette  pâte  trochifqüéc  ctoit  appciléc  des 
Anciens  Crocomagma,  &  dcNous  Paftilles  >  ou  Trochifqucs  de  Safran.  Ce  re- 
mede  eft  peu  connu  S>c  en  ufage  prefentement. 

On  peut  tirer  du  Safran  un  Extrait  &  un  Sel ,  mais  fa  grande  cherté  fait  que  l’on 
en  fait  point. 

A  l’égard  du  Safran d’Orange,  qui  cftceluy  que  nous  vendons  le  plus.  Quand 
le  Safran  du  Gatinois  eft  cher ,  il  doit  être  le  plus  approchant  des  qualitcz  de 
celuy  du  Gatinois  qu’il  fera  pofliblc ,  quoy que  la  différence  en  foit  grande,  en  ce 
qu’il  n’eft  jamais  fi  gros ,  n’y  que  fon  odeur  ny  fa  couleur  ,  n’en  eft  jamais  fi 
belle  &  fi  bonne. 


des  Drogues,  Livre  VL 


179 


Du  Safran  Batard. 

CHAPITRE  IV. 

Le  Safran  Bâtard  eft  une  plante  fort  commune.  Elle  à  environ  deux  pieds  de 
haut,  garnies defcüilles ,  rudes,  piquantes ,  longuettes ,  vertes  &  découpée. 

Au  bout  de  chaque  branche  il  fort  une  tête  écailleufc  de  la  grolTcur  du  bouc 
du  pouce,  ôc  d’une  couleur  blanche.  De  cette  tête  fort  quantité  de  petits  fi- 
lamens  rouges  &  jaunes  ,  qui  eft  ce  que  nous  appelions  Safran  d’Allemagne  ,  Safran 
ou  Bâtard ,  ou  Fleurs  de  Carthame  5  mais  comme  on  ne  prend  pas  la  peine  au  tour 
de  Paris  de  recueillir  ce  Safran.  Nous  le  faifons  venir  de  l’Allâce  au  de-là  &  en  o'hmfs 
dc(^â  du  Rhin,  où  il  eft  cultivé  avec  grand  foin.  Il  en  croit  aufli  quantité  dans 
la  Provence  ,  principalement  du  côté  de  Selon  &  autres  endroits. 

Ce  Safran  eft  fort  en  ufage  par  les  Plumaciers ,  &  pour  faire  des  rouges  d’ER 
pagne  ,  mais  n’a  aucun  ufage  dans  la  médecine ,  qui  eft  bien  le  contraire  de  la 
graine  qui  en  a  beaucoup. 

Pour  ce  qui  eft  de  la  graine,  les  Apoticaires  s’en  fervent  après  avoir  été  mon¬ 
dées  ,  pour  la  compofition  des  tablettes  Diacarthami ,  dont  elle  eft  la  baze  *,  c’eft 
pour  ce  fuj et  qu’elles  en  portent  le  nom.  On  doit  choifir  la  fcmcnce  de  Carthame 
pefante  &  bien  pleine,  la  plus  nouvelle  &  la  mieux  nourrie  que  faire  fc  pourra. 

A  l'égard  de  la  mondée,  elle  doit  être  nouvelle  mondée ,  bien  feche  ,  &  véritable 
Carthame  j  en  ce  qu’il  y  en  a  beaucoup  qui  au  lieu  de  vendre  de  la  femence  de 
Carthame ,  donnent  des  graines  de  Melon,  &  de  Courges  coupées  ;  ce  qui  fera 
facile  à  connoître ,  en  ce  que  le  véritable  Carthame  eft  rond  par  un  bout  &  poin¬ 
tu  par  l’autre,  &  en  ce  qu’il  n’cft  jamais  fi  blanc  que  la  femcnce  de  melon  ^  ou 
■calebaftc. 


CHAPITRE  V. 

•  Du  Safranum, 

Outre  le  Safran  Bâtard  on  nous  envoyé  du  Levant ,  fur  tout  d’Àlexandric  , 
un  Safran  Bâtard  ,  qui  eft  en  petites  attentes  extrêmement  menues ,  frilées  & 
rougeâtre. 

Ce  Safran  eft  aufli  la  Fleur  d’une  cfpecc  de  Carthame ,  qui  ne  diffère  de  celuy  cy- 
dcfliis,  qu’en  ce  que  la  plante  en  eft  plus  petite.  On  doit  choifir  cette  fleur  haute 
en  couleur ,  d’un  beau  rouge  velouté ,  &  le  plus  nouveau  qu’il  fera  poflible. 

Son  ufage  eft  pour  les  Teinturiers,  îurtout  à  Lyon  &  â  Tours,  où  il  s‘en  con- 
fomme  de  très  groflês  parties  pour  faire  des  couleurs  fines ,  comme  incarnadiii 
d’Efpagne  &  autres. 


Hiftoire  generale 


1 8o 


CHAPITRE  VI. 

Des  Balauftes. 


LEs  Balauftes  font  les  Fleurs  du  grenadier  fauvagc  ,  que  l’on  nous  apporté 
de  plufieurs  endroits  du  Levant.  Nous  vendons  de  deux  fortes  de  Balauf¬ 
tes  ;  f^avoir  ,  les  fines  &  les  communes.  Nous  entendons  par  Balauftes  fines  cel¬ 
les  qui  font  garnies  de  leurs  Fleurs ,  &  les  communes  par  celles  qui  n’ont  que 
leurs  Pecou.  Comme  les  Balauftes  fines  ont  quelque  peu  d’ufage  dans  la  mede-^ 
cinc,  en  ce  quelles  font  fort  aftringentes.  On  doit  les  choifir  nouvelles,  garnies 
de  leurs  fleurs ,  larges ,  &  hautes  en  couleur ,  c’eft  a  dire  d  un  beau  rouge  velouté, 
les  moins  rcmply  de  menu  &  de  leur  pccoul  que  faire  fe  pourra.  Les  communes 
doivent  être  entièrement  rejettées  ,  comme  n’étant  point  de  vente ,  &  étant  prel- 
que  dénué  de  vertu. 

cic:iadc.  A  l’égard  du  Grenadier  domeftique  ,  nous  n*en  vendons  point  les  Fleurs , 
en  ce  qu’elles  ne  fc  peuvent  pas  tant  conferver  que  celles  du  fauvagc  ;  mais  en 
rccompcnfe  nous  faifons  venir  quantité  de  grenade  de  Provence  &  de  Langue¬ 
doc  ,  tant  à  caufe  que  c’eft  un  fruit  fort  agréable  à  manger  ,  que  parce  que  Ion 
fuc  a  quelques  ufages  dans  la  médecine  ,  fur  tout  pour  en  faire  le  firop.  Nous 
Eco:  ce  de  vcndoiis  dc  plus  l’écorce  de  grenade,  en  ce  qu’elle  eft  aftringcnte.  On  prendra 
G.«nade.  qu’ellc  ayc  été  bien  fechée,  &  qu’elle  ne  fente  point  le  moifi  j  car  la  pluf- 

part  dcccux  qui  vendent  de  l’écorce  dc  grenades ,  ne  vendent  que  des  grenades  qui 
ont  été  fechées  fans  avoir  été  vuidées ,  &lorfqu’elle  font  feches  &  que  l’on  veut 
s’en  fervir ,  elles  font  fi  moifics  &  font  d’un  fi  méchant  goût,  quelles  font  plûtôt 
capable  de  dégoûter  un  malade  que  d’apporter  du  foulagcmcnt. 
ulî'civc  Nous  vendons  de  plus  la  conferve  fechc  dc  grenade,  qui  n’eft  que  du  fucre 
fondu  ,  à  qui  l’on  a  donné  une  couleur  rouge  avec  tant  foit  peu  de  Cochenille, 
decrcmc,  de  tartre,  &  d’alun.  Cette  conferve  eft  fi  difficile  à  faire  ,  que  fi 


des  Drogues,  Livre  VI  î8i: 

an  Confifcur  ne  ferait  travailler  cette  conferve ,  il  n’en  viendra  jamais  à  bt)ut ,  à 
caulc  du  peu  d’alun  que  l’on  eft  obligé  d’y  mettre  j  cat  il  n’y  a  point  de  drd- 
guc  qui  foit  plus  contraire  au  fucrc  que  l’alun ,  ce  qui  montre  aflez  l’erreut  de 
ceux  qui  difent  que  l’on  met  de  l’alun  dans  le  lucre  pour  le  rafiner  i 
la  chofe  eft  fi  réelle  que  quatre  once  d’alun  font  capable  d’empêcher  dcüx 
milliers  de  fucre  de  prendrè  corps.  Pour  revenir  a  nôtre  conferve  on  ferâ 
averti  de  n’en  pas  faire  grande  provifion ,  étant  fort  peu  de  demande.  Et  ds 
plus  c’eft  que  lorfqu’elle  eft  devenue  humide  &c  hors  de  vente  on  n’en  fijau- 
roitplus  que  faire  ,  ne  pouvant  fe  remettre  en  conferve  comme  auparavant  -, 
ce  qui  fe  peut  faire  facilement  des  autres  conferves  ,  à  caufe  comme  j’ay  déjà 
dit,  du  peu  d’alun  qui  eft  dedans.  En  un  mot ,  l’alun  fait  au  fucre  ce  que 
l’huile  fait  à  l’ancre. 


CHAPITRE  VIL 

Du  Sîoec/jas  Arabique. 


Le  Stocchas ,  mal  à  appropos  appelle  Arabique ,  puifquc  tout  cetuy  que  hou^ 
vendons ,  ne  nous  eft  apporte  que  de  Provence  &  du  Languedoc,  où  il  croit 
en  grande  quantité. 

Le  Stocchas  eft  la  fleur  d’une  plante  qui  a  les  fcüilles  aflez  étroites  &  verd⬠
tres.  Cette  fleur  vient  en  forme  d’épic,  de  la  grofleur  du  bout  du  doigt  ,  d’ôu 
Portent  de  petites  fleurs  blûés  ,  allez  approchantes  de  celles  de  la  violette. 

La  plus  grande  partie  du  Stocchas  que  nous  vendons  vient  de  Marfcillc,  à  cau¬ 
fe  qu’il  y  en  a  quantité  dans  les  Iflcs  d’Hyeres  qui  étoient  autrefois  appeliez  Stœ- 
chade  i  ce  qui  a  apparemment  fait  donner  le  nom  des  ces  Ifles  à  cette  fleur. 

Le  peu  d’ufage  que  le  Stocchas  Arabique  a  dans  la  médecine ,  fait  que  nous 
n’en  vendons  que  très- peu  ,  &  c’eft  ce  qui  fait  que  laplufpart  de  riotte  Stocchas  j 
eft  vieux  furané ,  &  prefque  fans  aucun  goût ,  odeur  ny  couleur  &  eft  tout  brifé  j 

Z  iij 


.{tachas 

Citiinc. 


Stœchas 

Arabique 

’-^Ianc. 


Huile  de 
Romarin» 


i82j  Hifloire  generale 

au  lieu  qu*il  doit  être  en  beaux  épies  ,  &  d'une  couleur  blûc.  Les  Apoticai- 
res  de  Montpellier  confervent  la  couleur  de  fes  fleurs  ,  en  ce  que  aufli-tôt 
qu’ils  les  ont  achetées  des  payfans  qui  leurs  apportent  ,  ils  les  mettent  fecher 
dans  des  livres ,  &  ainfi  ont  un  Stœchas  doué  de  toutes  les  bonnes  qualitez ,  ôc. 
le  renouvellent  tous  les  ans  j  leurs  étant  une  marchandife  fort  commune. 

Outre  le  Stœchas  Arabique ,  nous  vendons  encore  les  fleurs  de  la  Stœchas 
citrinc ,  à  qui  quelques-uns  ont  donné  le  nom  d’ Amarante  jaune  ,  mais  le  peu 
d’ulàgc  que  nous  en  faifons  fait  que  je  n’en  diray  rien  ,  y  ayant  alTez  d’ Au¬ 
teurs  qui  en  traitent.  Cette  plante  eft  fort  commune  en  Provence  &  en  Lan¬ 
guedoc. 

Le  Stœchas  Arabique  vient  fî  gros  &  fi  grand  en  Efpagne  ,  qu’il  s’y  en  trouve 
delà  longueur  fiegrofleur  du  petit  doigt,  &  même  qu’il  s’y  en  rencontre  quel¬ 
quefois  dont  les  épies  font  blancs. 

Le  principal  ufage  du  Stœchas ,  eft  pour  la  Theriaque ,  où  il  n’a  befoin  d’au¬ 
tre  choix  que  d’être  gros ,  nouveau,  bien  violet  &  bien  net. 


CHAPITRE  VIII. 

Du  "Komarin-, 


Le  Romarin  eft  une  plante  fi  commune ,  qu*il  eft  inutile  de  m’amufer  à  en 
faire  la  dcfcription ,  &  fi  ce  n  avoir  été  les  differentes  marchandifes  que  l’on 
en  tire,  &dont  nous  faifons  un  négoce  affez  confiderable ,  je  n’en  aurois  pas 
parlé.  Ainfi  je  commcnceray  par  l’huilc  que  l'on  tire  de  fes  fcüilles  &  fleurs  , 
qui  fc  fait  en  mettant  quantité  de  Romarin  dans  un  alambic  fait  exprès,  avec 
une  quantité  raifonnablc  d’eau  commune ,  &  par  le  moyen  du  feu  on  en  retire 
une  huile  blanche , claire ,  fort  pénétrante  &  odorante,  &doué  dettes  belles  ôi 
bonnes  qualitez  j  mais  la  cherté  de  cette  huile,  àcaufe  du  peu  que  l’on  en  tire, 
a  obligé  certaines  gens  de  la  fophiftiqucr  ,  ou  de  luy  donner  des  Subftituts  j 


des  Drogues ,  Livre  V  î.  i  8  ^ 

cn  cc  que  la  plufpart  de  ceux  qui  en  vendent  ne  débitent  autre  chofe  que  de 
l’Huile  de  Romarin, dans  quoy  ils  orit  fait  entrer  de  refprit  devin,  ou  ils  ven¬ 
dent  des  huiles  d*afpic ,  de  lavandes  j  ou  autres  huiles  aromatiques  ,  ce  qui  ne 
fera  pas  difficile  à  connoitre,  tant  parce  que  la  véritable  huile  de  Romarin  doit 
ctre  blanche, claire,  &  tranfparcnte ,  d’une  odeur  douce  ,  neanmoins  fort  pé¬ 
nétrante. 

L’ufage  de  cette  huile  que  l’on  peut  appeller  elTence  ,  ou  quinte-effence  de  EfRnrt  àk 
Romarin ,  eft  quelque  peu  ufitée  dans  la  médecine  j  mais  beaucoup  plus  par  les 
Parfumeurs  &  par  quantité  de  particuliers  qui  s’en  fervent ,  tant  pour  aromati- 
fer  des  liqueurs  que  pour  s’en  fervir  pour  la  guerifon  des  playes  ,  comme  d’un 
baume  très  fpecifique  pour  ces  fortes  de  maux.  Ces  hautes  proprictez  ont  don¬ 
né  fujet  à  tous  les  Charlattans  &  Gens  de  Theatre  ,  d’en  faire  leur  principale 
marchandife ,  &  de  ne  jurer  que  par  leurs  véritables  Huile  ou  ÊlTence  de  Roma¬ 
rin  -,  &  cette  pretenduë  Effiencc  conhfte  en  de  l’huile  de  therebentine  ,  &  de  la  ^ 
poix  gralTe  qu’ils  fondent  enfcmble ,  &  avec  de  l’orcanette  ils  luy  donnent  une 
teinture  rouge  ,  &  enfuite  la.  débitent  malicieufement  poür  de  la  véritable  Huile 
de  Romarin ,  ôc  retirent  bien  de  l’argent  d’une  marchandife  qui  ne  leur  coûte 
prefque  rien.  Voilà  de  la  maniéré  dont  le  peuple  eft  abufé ,  furtout  ceux  qui  fe 
fient  à  fes  Baladins  >  &  ce  qui  caufe  que  les  honnêtes  Marchands  en  vendent 
fi  peu  que  cela  ne  vaut  pas  la  peine  d’en  parler. 

La  deuxième  marchandife  que  nous  tirons  des  fleurs  du  Romarin ,  eft  une  ^ 
eau  à  qui  l’on  a  donné  le  nom  d’Eau  de  la  Reine  d’Hongrie,  en  ce  qu’on  pre- 
tend  que  (j’a  été  un  Hermite  qui  en  donna  la  recepte  à  une  Reine  d’Hon¬ 
grie.  Les  grandes  proprictez  que  l’on  a  reconnu  à  cette  eau  ,  ou  pour 
mieux  dire  à  un  cfprit  de  vin  ,  empreint  des  qualitcz  des  fleurs  de  Ro¬ 
marin  comme  cette  liqueur  a  eu  grand  bruit  dans  le  commencement,  &c  la 
cherté  qu’on  la  vendoit ,  comme  effedivement  elle  eft  chere  quand  elle  eft  fai¬ 
te  dans  les  formes ,  à  donné  occafion  à  la  plufpart  de  ceux  qui  en  ont  fait ,  & 
qui  en  font  encore  aujourd’huy,  de  chercher  le  moyen  de  l’établir  à  fi  bon  mar¬ 
ché  qu’une  pinte  ne  leurs  coûtent  pas  tant  qu’un  demiftié  de  celle  faite  dans 
les  règles.  Et  nous  n’avons  guère  de  marchandifes  ou  il  fe  commette  plus  d’a¬ 
bus  que  fur  l’Eau  de  la  Reine  d’Hongrie,  furtout  en  celle  que  l‘on  fait  venir 
de  la  Foire  de  Beaucaire  ,  de  Montpellier  ,  ou  autres  endroits  du  Languedoc  ^ 
principalement  quand  elle  a  été  faite  par  certaines  gens  qu’il  h’eft  pas  befoin 
de  nommer  j  en  ce  que  la  plufpart  de  ceux  qui  en  font  métier  &  marchandife, 
au  lieu  de  fe  fervir  de  fleur  de  Romarin  bien  mondée  ,  &  d'efprit  de  vin  bien 
deflegmé  j  ils  ne  fe  fervent  que  de  feüilles  ,  quelquefois  toutes  pures  ,  mais 
quelquefois  aufli  chargées  de  leurs  fleurs,  fuivant  le  temps  qu’ils  la  préparent} 

&au  lieu  d’efprit  de  vin,  fervent  que  d’eau  de  vie,&  enfuite  dilliÜciit 

le  tout  enfemble ,  &  en  retirent  un  cfprit  de  vin  j  qui  eft  d’une  odeur  très -forte  de 
Romarin  >  ou  pour  avoir  plûtôt  fait,  ils  diftillcht  de  l’eau  de  vie  fur  laquelle  ils  y  jet¬ 
tent  tant  foit  peu  d’huile  blanche  de  Romarin ,  &  enfuite  la  mettent  dans  des 
bouteilles  de  differentes  grandeurs  ,  cachetées  de  leur  cachet,  avec  une  iiifcri- 
ption  moulée  au  devant  de  la  bouteille  ,  qui  a  ordinairement  pour  titre 
Véritable  Eau  de  la  Reine  d*Hengrie  Jaite  par  un  tel  t  à  un  tel  lieu.  Et  d  autres 
qui  au  lieu  de  la  faire  venir  la  font  à  Paris.  Voilà  une  belle  atteftation  ^ 
pour  couvrir  leurs  tromperies.  Si  pour  prouver  mon  dire  j’ay  befoin  de 
preuve  ,  je  n’en  veux  point  d’autres  que  celles  que  Monficur  Verni  Maître 
Apoticairc  de  Montpellier  dans  fa  Pharmacopée ,  au  traité  des  Eaux  diftillécs  ^ 
à  la  pagcSzp.  Et  M.  Charas  à  fa  Pharmacopée  Cjaimiquc  à  la  page  6^i.  ou  l’ori 


ïleurs  . 
Semences 
&Scl  Ae 

Romarin. 

Conferve 

<ie  Roma- 

Hu-ic 

d’Afpic. 


1 84  Hiftoire  generale 

pourra  voir  que  je  ne  fuis  pas  le  premier  qui  a  parlé  contre  fes  Sophlftiqueurs  : 
Et  de  plus ,  c eft  que  je  pourrois  certifier  lavoir  veu  faire  fur  les  lieux  pluficurs 
fois,  &fi  ces  preuves  ne  font  pas  fuffifances ,  je  m’cn  rapporteray  à  ce  qu’il  y  a 
d’honnêtes  &  habiles  Artill:es,dc  fçavoir  s’il  eft  poflible  de  pouvoir  établir  cette 
eau  au  prix  que  ces  Marchands  l’établifient  àParis  ,  fournir  de  bouteille  ,  &  d’en 
payer  les  Doüannes  &  le  Port  :  quand  je  leur  ay  objedté  cela  ,  ils  difent  que  les 
fleurs  ne  leurs  coûtent  rien  ,  j’en  demeure  d’accord  avec  eux  j  mais  les  grands 
frais  qu’ils  font  obligez  de  faire  ,  tant  pour  les  cueillir  que  pout  les  monder, 
&  la  cherté  del’efprit  de  vin  qu’ils  doivent  employer  ,  leurs  cmpêcheroit  bien 
d’en  faire  fi  bon  marché ,  puifqu’ils  feroient  obligez  d’en  vendre  autant  une  pinte 
qu’ils  en  vendent  fix ,  &  l’on  ne  verroit  point  tant  de  vendeurs  d’Eau  de  la  Reine 
d’Hongrie  que  l'on  en  voit,  &  le  public  en  feroit  bien  mieux  fervi.  On  fera  donc 
averty  de  ne  l’acheter  que  d’habiles  gens ,  &  incapables  de  la  frauder  ,  &c  d’y 
mettre  le  prix  ;  car  il  eft  impoflible  de  la  faire  de  la  qualité  requife ,  &  d’en  fai¬ 
re  bon  marché  i  &  quoy  quelle  coûte  cher,  ceux  qui  en  auront  acheté  y  trou¬ 
veront  encore  plus  de  profit  que  d’avoir  celle  qui  leur  auroit  moins  coûté. 

On  pourra  connoitrc  la  véritable  Eau  de  la  Reine  d’Hongrie  ,  par  fa  douce 
&  fuave  odeur  ,&  qu’elle  eft  capable  de  faire  revenir  les  perfonnes  les  plus  atta¬ 
quées  d’apoplexie ,  tant  portez  au  nez  que  pris  intérieurement ,  &  de  chalTer 
l’air  le  plus  infedé  ;  ce  qui  ne  fc  rencontre  gucre  à  la  plufpart  de  celle  qu’on 
voit  à  Paris ,  qui  eft  d’une  odeur  fi  forte  qu’il  n’eft  pas  difficile  de  diftingucr 
quelle  n’eft  faite  qu’avec  les  feüillcs  &  non  avec  les  fleurs  ;  &  pour  faire  voir  que 
la  plufpart  n’eft  faite  que  de  l’eau  de  vie  diftilléc,  il  n’y  a  qu’à  en  mettre  dans 
une  cueillere  d’argent  pofée  fur  une  affiette  où  il  y  aye  de  l’eau  &  y  mettre  le  feu, 
on  verra  qu’il  y  reftera  prés  d’un  quart  d’humidité  ,  ce  qui  n’arriveroit  pas  fi 
elle  avoit  été  faite  avec  de  bon  efprit  de  vin  bien  déflegme.  Cette  épreuve  eft 
aflez  jolie,  &c  qui  pourra  fervir  à  l’efprit  de  vin  ,  comme  je  le  feray  voir  en 
fon  lieu  &  place. 

L’ufage  de  l’eau  de  la  Reine  d’Hongrie  eft  fi  grand  ,  &  les  vertus  font  fi  au¬ 
thentiques  que  je  n’en  diray  rien,  renvoyant  IcLedeur  à  quantité  de  livres  qui 
en  traitent ,  &  aux  imprimez  que  ces  vendeurs  de  cette  prétendue  eau  de  la 
Reine  d’Hongrie  donnent 

Outre  l’huile  de  Romarin  &  l’eau  de  la  Reine  d’hongrie,  nous  vendons,  mais  peUj 
les  fleurs  feches,  &  la  femenee  &  le  fcl  de  Romarin,  ayant  tres-peu  de  demande. 

Nous  vendons  encore  la  conferve  liquide  des  fleurs  de  Romarin  5  car  pour  de  la 
feche  l’on  n’en  vend  que  tres-pen. 

Nous  faifons  venir  de  plus  du  Languedoc  &  de  la  Provence  ,  l’huile  d’afpic , 
qui  eft  tiré  des  fleurs  &  de  petites  feiiilles  d’une  plante  que  les  Botaniftes  appellent 
Spica  »  fve  Lavenclulamas ,  vel  Nurdus  Italica ,  aut  Pfeudo-naràus  >  qui  fignifie  Afpic  > 
ou  Lavande  mâle,  ou  Nard  d’Italie,  ou  Nard  bâtard. 

Cette  plante  eft  fi  commune  dans  le  Languedoc  &en  Provence,  fur  tout  fur 
la  montagne  de  la  Sainte-Beaume ,  qu'elle  ne  coûte  qu’à  prendre  ,  &  avec  '  le 
bon  marché  &  le  peu  de  frais  que  ceux  qui  tirent  l’huile  de  cette  fleur  font 
obligez  de  faire, ils  ne  la  peuvent  pas  établir  à  moins  de  vingt  ou  vingt  deux 
fols  la  livre,  furquoy  nousfommes  obligés  de  faire  les  frais,  &  de  l’augmenter  de 
plus  de  vingt-cinq  pour  cent  à  caufe  du  petit  poids,  ce  qui  fait  que  cette  huile 
augmente  de  prés  de  moitié  i  &  cependant  nous  voyons  quantité  de  perfonnes  qui 
vendent  de  l’huile  d’Afpic  à  Paris  à  des  feize  &  dix- huit  lois  la  livre,  &c  qui  pour 
couvrir  l’abus  ,  la  vendent  foûs  le  nom  d’huile  d’Afpic  de  la  fécondé  forte.  Et 
d’autres  qui  font  bien  pires ,  qui  en  donnent  à  prés  de  moitié  moins ,  ce  qui 

ne 


des  Drogues.  Livre  VI.  185 

ne  provient  que  parce  qu’il  ne  vendent  que  de  l’huile  de  Thercbcntine ,  à  qui 
ils  ont  donné  une  couleur  d’ambre ,  avec  tant  foit  peu  d’huile  de  Pctrolle  -,  mais 
la  fourberie  fera  facile  à  connoitre,  en  ce  que  la  véritable  huile  d’afpic  doit  être 
blanche ,  d’une  odeur  affez  aromatique  ,  &  qu’il  n’y  a  qu’elle  qui  peut  difl'oudre 
le  Sandarac. 

Cette  huile  eft  fort  propre  pour  differenies  Profeflions  qui  s’ en  fervent ,  com¬ 
me  Peintres,  Maréchaux,  &  autres.  Elle  eft  aufli  quelque  peu  ufitée  en  méde¬ 
cine  ,  tant  pour  la  giicrifon  de  pluficurs  maux ,  que  parce  qu’elle  entre  dans  plu- 
fieurs  compohtions  galéniques. 

Nous  faifons  venir  des  mêmes  endroits  les  huiles  de  Lavande ,  de  Marjolaine, 
de Thim,deSauge,& autres  plantes  aromatiques  ;  &c  la  meilleur  connoilTance 
que  j’en  puis  donner,  c’eft  de  s’adrclTer  à  gens  fidellcs  -,  car  il  eft  aflez  difficile 
d’en  donner  une  jufte  connoilfance,  ayant  alTcz  de  rapport  les  unes  aux  autres, 
tant  en  odeur  qu’en  couleur. 


CHAPITRE  IX, 
De  ÎEpithym, 


L’Epithym  eft  une  plante  fcmblablc  à  des  cheveux,  qui  fe  trouve  fur  diffe¬ 
rent  fimplcs ,  comme  fur  le  Thym,  d’oûluy  eft  venu  le  nom  d’Epithym, 
ou  de  teigne  de  Thym.  Nous  vendons  de  deux  fortes  d’Epithym  5  f(^avoir  ,  l’E- 
pithym  de  Candie  ,  &  l’Epithym  de  Venife.  Le  premier  eft  en  longs  filamens ,  de  Epithym 
couleur  brune  ,  &  d’une  odeur  affez  aromatique.  Le  deuxième  eft  tout  au  con- £  candtc’ 
traire  fort  petit  &  fnfés  ,  &  a  beaucoup  plus  d’odeur  queceluy  de  Venifc.  Il  y 
a  unetroificme  forte  d’Epithym  que  nos  Arboriftes  vendent  fous  le  nom  d’Epi¬ 
thym  de  pays,  mais  qui  doit  être  entièrement  rcjctté,n’ayant  ny  goût  iiy  odeur, qui 
eft  le  contraire  des  deux  cy-deffus ,  qui  en  ont  beaucoup. L’Epithym  foit  de  Vemfc 
ou  de  Candie ,  doit  être  bien  nouveau ,  odorant ,  &le  moins  brifé  qu’il  fc  pourra . 

L’Epithym  a  quelque  ufage^  dans  la  medecine  ,  en  ce  qu’il  entre  dans  plu- 
fteurs  compofitions  galleniques. 

/.  A'a 


1 8  6  Hiftoire  generale 

Cnfcurc.  Outre  l’Epithym  nous  vendons  de  plus  une  maniéré  de  plante  que  l’on  ap¬ 
pelle  Cufcute  J  Podagre,  Goûte,  ouAngoure  de  Lin,  &  des  Latins  Podagra  y  ou 
t__y4ngin*  Lini.  Cette  plante  eft  la  même  chofe  que  l’Epithym  ,  n  y  ayant  que  la 
diverfité  des  plantes  fur  lefqucllcs  elles  fe  font  attachées  qui  leurs  font  changer 
de  nom.  Et  pour  prouver  mon  dire  ,  je  rapporteray  icy  ce  que  M.  de  Torne- 
fort  a  bien  voulu  me  donner  par  écrit? 

La  Cufcute  eft  une  plante  d’une  nature  afl'ez  fmguliere  ;  elle  vient  d’une  femen- 
ce  fort  menue ,  qui  produit  des  longs  filets  déliez  comme  des  cheveux ,  qui  pe- 
riflcnt  bien-tôt  ainfi  que  la  racine,  s’ils  ne  trouvent  des  plantes  voifmcs  autour 
defquelles  elles  fc  tortillent ,  embralfant  fortement  leurs  tiges  di  leurs  branches , 
&  tirant  leur  nourriture  de  l’écorce  de  ces  plantes.  Elle  produit  quelques  fleurs 
d’efpacc  en  efpace  ramaffées  en  petites  boules.  Ces  fleurs  font  femblables  à  des 
petits  godets  blanchâtres  tirant  fur  la  couleur  de  chair,  coupez  en  quatre  quar¬ 
tiers  ,  qui  lailfent  chacune  une  capfule  alfez  ronde ,  membraneufe  &  remplie  de 
«quatre ou  cinqfemenccs , menues,  brunes , ou  grifatres ,  aufli  menues  que  les  fc- 
mences  de  pavot. 

Cette  plante  naît  indifféremment  fur  toutes  fortes  d’herbes.  J’ayplus  de  cent 
plantes  fur  Icfquellcs  elle  s’attache  ,  &  l’on  croit  que  recevant  la  nourriture  des 
plantes  quelle  embraffe ,  elle  en  rec^oit  auffi  les  qualitez.  On  fe  fert  ordinaire¬ 
ment  de  la  Cufcute  qui  vient  fur  le  Lin  ,  &  qu’on  appelle  proprement  la  Cufcute. 
Celle  qui  vient  fur  le  Thym,  eft  aufli  d’ufage  dans  la  médecine  ,  on  l’appelle 
Epithim.  Elle  a  la  vertu  de  fortifier  les  parties ,  d’emporter  les  obftructions  des 
vifceres ,  &  de  pouffer  par  les  urines^ 


Du  Spicuard, 

gr'and,  Ji^anLlndic 


VeM  IndLLc, 


rance 


E  Spienard,  ou  Nard  indique;  eft  une  maniéré  d’épi  de  la  longueur  & 
igroflcur  du  doigt ,  tout  garni  de  petit  poil  brun  &  affez  rude ,  qui  fortent 


des  Drogues,  Livre  VI.  187 

^“unc  pttite  racine  de  la  groâfeur  d’une'  plume  affez  femblables  à  la  pirette ,  à 
la  referve  qu’elle  n’eft  pas  fi  longue.  On  prétend  que  le  Spienard  vient  par 
touft'es,  &  qu’il  vient  à  fleur  de  terre  qu’il  poulOfc  une  tige  longue  &  mince 
mais  comme  je  n’en  ay  jamais  veu  fur  pied  ,  je  décriray  icy  la  manière  que 
nous  le  vendons,  dont  cy-defTus  cft  la  figure  que  j’ay  fait  graver  avec  fa  racine, 
pour  faire  connoître  que  ces  racines  ne  font  pas  fi  menues  que  tous  les  Auteurs 
<jui  en  traitent  nous  le  difent  ,  en  ayant  des  morceaux  qui  font  conformes  à 
ceux  que  j’ay  fait  graver  ,  que  j’ay  trouvé  parmy  le  Spienard  que  je  débité 
actuellement. 

Nous  vendons  de  trois  fortes  de  Nard  j  fijavoir  le  Nard  Indic  ,  ainfi  appelle 
a  caufe  qu’il  vient  des  Indes ,  dont  il  y  en  a  de  deux  fortes  j  fi^avoir  le  grand  & 
le  petit.  Le  deuxieme  cft  le  Nard  de  Montagne,  que  l’on  nous  apporte  du  Dau¬ 
phiné.  Et  en  troifiéinc  lieu  ,  le  Nard  Celtique.  Le  petit  Nard  Indic  ,  cft  de  la 
figure  cy-deffus ,  d’un  goût  amer ,  d'une  odeur  forte  &  aflez  dcfagrcablc  ,  ôc  le 
grand  cft  de  la  longueur  &  groffeur  du  doigt ,  &  fort  approchant  des  memes 
<]ualîtcz ,  a  la  referve  qu’il  cft  ordinairement  plus  brun  ou  plus  rougeâtre  j  ce  qui 
fait  affez  connoître  qu’il  cft  d’une  ncccflité  abfolue  qu’il  faut  qu’il  aye  été  teint , 
ou  que  ce  foit  les  divers  pays  qui  en  faffent  la  différence  i  car  pour  ccluy  qui 
vient  du  Dauphiné  il  cft  d’un  gris  de  fouris  ,  garnis  au  dedans  d'une  manière 
de  tige  rougeâtre  ,  &  d’une  racine  de  la  groffeur  du  bout  du  petit  doigt ,  &c 
tournez  comme  fi  elle  avoit  été  tournée  à  un  tour ,  &  garnie  de  petits  filamens 
fort  menus. 

A  l’égard  du  Nard  Celtique  il  cft  en  petite  racines  écailleufcs ,  &  remplies  de 
fibres ,  affez  longs ,  d’où  forcent  de  pcticcs  fcüillcs  longues ,  étroites  par  enbas , 
&  larges  vers  le  milieu,  &  tant  foie  peu  pointus  par  le  bouc,  d’une  couleur  jau¬ 
ne  tirant  fur  le  rouge  ,  lorfqu’cllc  font  fcche  5c  telle  que  l’on  nous  les  ap¬ 
porte.  Du  milieu  de  ces  fcüillcs  fort  une  petite  tige  d’environ  un  demy 
pied ,  au  bout  de  laquelle  il  y  a  quantité  de  petites  fteurs  d’un  jaune  doré  eh 
forme  de  pcticcs  étoiles.  Ce  Spienard  nous  cft  apporté  par  bottes  de  différends 
endroits ,  mais  la  plus  grande  quantité  fc  trouve  fur  les  Alpes,  d’où  nous  le  fai- 
fons  venir  parla  voyede  Marfeillc  ou  de  Roücn. 

L’ufagc  du  Nard  Celtique  n’cft  guère  cjuc  pour  la  Thériaque,  où  il  a  bcfoiii 
d’une  longue  &  difficile  préparation ,  puifqu’on  cft  contraint  de  le  maerc  quel¬ 
que  temps  à  la  cave  pour  îc  rendre  humide ,  &  pouvoir  monder  facilement 
fa  petite  racine,  qui  cft  la  feule  partie  de  la  plante  qui  entre  dans  cette  com- 
poîition. 

On  doit  prendre  garde  à  pluficurs  petites  plantes  étrangères  qui  fc  trouvent 
ordinairement  mêlée  avec ,  comme  du  Nard  bâtard,  &  dcl’Hirculus  ,  ou  Bou- 
quain ,  ou  autres  femblables. 

On  doit  choifir  le  petit  Nard  Indic  &lc  Nard  Celtique,  les  plus  rcccns,lcs 
plus  odorans  que  faire  fc  pourra.  A  l’égard  du  grand  Nard  Indic,  on  ne  s’en 
doit  fervir  qu’a  faute  de  trouver  du  petit.  Pour  celuy  de  montagne  il  doit 
être  entièrement  rejette.  La  chcité  du  petit  Nard  Indic  -,  eft  la  caufe  que 
nous  n’en  vendons  que  trcs-pcu,&:  cela  ne  provient  que  parce  que  les  Apoti- 
caircs ,  au  lieu  d’en  employer  dans  le  Sirop  de  Chicorée  compofé  ,  ou  autres 
compofitions  gallcniqucs  où  il  doit  entrer ,  ils  luy  fubftitucnt  la  candie ,  &  dif«nc 
pour  leurs  raifons ,  que  c’eft  fa  grande  odciir  qui  empêche  qu’ils  n’en  employent 
ce  qu’ils  ne  diroient  affurcment  pas  fi  le  fpienard  croit  â  meilleur  m^ircné  que 
la  canellc. 

/.  Partie,  Aa  ij 


k 


Nard  de 
montagne  - 
Nard  cèlti' 
que, 


i88  Hiftoire  generale 


CHAPITRE  XI. 


Du  Bifnague. 


Le  Bifnague  ou  Vifnaguc  ,  cft  les  mouchets  d’une  plante  dont  cy-deflus  cfl 
la  figure  ,  qui  croit  en  quantité  dans  la  Turquie  ,  d’où  l’on  nous  apporte 
celuy  que  nous  vendons.  Cette  plante  fe  cultive  &  fe  trouve  dans  pluficurs 
endroits  de  France, mais  principalement  au  Jardin  du  Roy  à  Paris.  De  toute 
la  plante  nous  ne  vendons  que  les  mouchets ,  à  caufe  que  les  perfonnes  de  qua¬ 
lités,  a  l’imitation  des  Turcs,  s’en  fervent  comme  de  cure  dents.  Et  de  plus, 
c’eft  qu’ils  ont  allez  bon  goût. 

A  l’égard  du  choix  le  Bifnague  n’en  a  point  d’autre  que  d’être  bien  entier ,  le 
plus  gros  &  le  plus  blond  qu’il  fe  pourra. 


CHAPITRE  XII. 

Des  Vio  lie  s. 

Outre  le  Bifnague ,  nous  vendons  d’une  certaine  fleur  violette  ,  que  nous 
faifons  venir  de  Provence  &  de  Languedoc,  ou  de  Lyon,  à  caufe  de  fa 
cquleur  bluatre,  &  quelle  eft  femblable  à  des  violettes  feches  ,  on  luy  a  donné 
le  nom  de  Violles  ,  &  par  cette  raifon  les  Apoticaircs  s’en  fervent  au  lieu  de 
Violette  de  Mars  dans  pluficurs  compolitions  où  les  véritables  Violettes  font 
requifes,ce  qui  eft  un  abus  ,  ainli  que  la  fort  bien  remarqué  M.Charas  dans 
fa  Pharmacopée  In-quarto  ,  à  la  page  334.  ainfi  on  fera  dons  derechef  averti 


des  Drogues ,  Livre -V î.  ï  Sç 

jque  ces  Yiolles  ne  font  point  des  véritables  Violettes  fcchcs  ;  mais  les  fleurs  de  cette 
piante^dont  cy-dcfl'us  ell  la  figure, que  les  Botanifles  appellent  -.yioU  Tricolor  ereâlà 

jovis  Flos  Theophralii  ‘B.PtnF’iolaAiartia  funefliiCauliculjsJon.Loh.JfurgensTricolor 
(iod.Fz  de  qaelques-aUtrcs  yiolaPentagonea.^z  en  François  Pcnféc,ou  menue  Penfée, 
ou  Fleurs  de  laTrinité ,  à  caufe  qu’étant  en  vie  elles  font  detrois  couleurs  5  Scavoir 
violette ,  bluatre,  &  jaunâtre  ;  &  comme  ces  fleurs  fontunfucccdantqucles  Apo- 
ticaires  donnent  aux  véritables  violettes ,  les  Marchands  doivent  être  averti  de 
n’en  plus  faire  venir,  mais  de  les  envoyer  avec  celles  qui  ont  les.  fleurs  jaunes 
en  Alexandrie  d’Egypte  -,  où  elles  font  aifez  recherchées  des  Egyptiens  qui  s’en 
fervent  boüillies  dans  de  l’eau  ,  qui  en  font  comme  une  efpece  de  bicrc ,  tant 
pour  corriger  leur  eau  qui  n’eft  pas  trop  bonne ,  que  parce  que  leur  dccodion 
guérit  du  mal  caduc ,  &  remédie  aux  maladies  du  pouimon  ,  &  fortifie  la  poi¬ 
trine.  On  pourroit  bien  s’en  fervir  icy  aux  mêmes  maladies  5  mais  les  ApotP. 
caires  devroient  au  lieu  de  fes  violettes  employer  dans  les  compofitions  où  les  Vio¬ 
lettes  de  Mars  font  requife  ,  de  la  femencede  violettes  &non  pas  fes  Viôllcsquc 
nous  vendons,  n’étant  pas  des  Violettes  de  Mars. 

A  l’égard  des  cônferves  feches  &:  liquides  ,&  firop  de  violettes ,  je  n’en  diray 
rien.  Les  Pharmacopées  dcBoudron &Charas ,  en  traitent  allez  au  long,  où  le 
Ledeur  pourra  avoir  recours.  Je  diray  feulement  que  comme  le  firop  violât  eft 
un  lirop  qui  n’a  que  frémi  fur  le  feu  ,  il  a  alTez  de  peine  â  fc  confervér  un  an  ; 
niais  pour  empêcher  que  fa  couleur  nefe  perde,  &  qu’il  ne  boüillc  ,  ils  le  faut 
mettre  comme  font  la  plufpart  des  Confiieurs  &  Apoticaires ,  qui  f^avent  leurs 
profeflions  dans  des  petites  cruches  ,  &c  mettre  dclfiis  du  fucre  en  poudre  ,  & 
les  bien  boucher ,  &  les  ferrer  dans  des  lieux  temperez  fans  les  remuer  ,  &  par  ce 
moyen  quand  le  firop  a  été  bien  fait,  il  peut  fc  conferver  un  an  dans  une  aullî 
grande  beauté  comme  s'il  venoit  d’être  fait  ;  &  je  pourray  bien  certifier  en  avoir 
garde  dix-huit  mois.  Pour  ce  qui  elt  des  cônferves  on  y  doit  prendre  garde, 
fur  tout  â  la  fechej  caria  plufpart  de  celles  que  les  Confiieurs  vendent  n’eft  que 
du  fucre,  de  fins,  &  de  l’inde.  Le  premier  pourluy  donner  f  odeur  de  violette'; 
6e  l’autre  pour  luy  donner  la  couleur  -,  &  ce  qui  caufe  cet  abus ,  c’eft  que  la  vérita¬ 
ble  conferve  de  violette  efl  alTez  difficile  â  faire  &  de  peu  de  garde ,  &  coûte  beau¬ 
coup  plus  que  cette  fauffie  conferve  ;  &  tous  ces  abus  ne  proviennent  pour  là 
plufpart ,  que  de  l’avarice  de  ceux  qui  ont  befoin  de  marchandifes ,  qui  ne  fe  fou- 
cient.pas  d’être  trompez  pourveu  qu’il  ait  bon  marché. 

O utre  ces  forres  de  fleurs  nous  vendons  les  fleurs  feches  de  pavot  rouge  ,  de 
tuflilage,  de  pied  de  chat,  de  mille  pertuis  ,  de  petite  centaure,  de  muguet ,  que 
les  Latins  appellent  Lilium  convaliurriy  ainfi  de  plufieurs  autres. 

Pour  à  Pans  nous  n’en  vendons  que  tres-peu,  comme  j’ay  déjà  dit  au  Livre  cy- 
devant ,  â  caufe  qu’il  y  a  des  Herboiiftes  qui  ont  foin  d’en  conferver,  tant  bien 
que  mal ,  toute  l'année.  Je  dis  tant  bien  que  mal,  car  nous  avons  des  Herborif- 
tes  qui  fijavent  autant  ce  que  c’eft  que  des  plantes ,  n’y  de  la  maniéré  dont  elles 
fe  confcivént ,  comme  moy  de  me  vouloir  mêler  d'une  marchandife  où  je  n’en- 
tendrois rien,  ce  qui  doit  nous  obliger  &  les  Apoticaires,  d’en  prendre  foin  SC 
d’en  conferver  toute  l’année. 

Fin  des  Fleursx 


À  à  iij 


Hiiloire  generale 


I  90 


GENERALE 

DES  DROGUES 


LIVRE  SEPTIEME. 

Des  Fruits^ 

PREFACE 

E  Ç^oyn^rendYAy  rn  ce  Chapitre  tout  ce  que  peut  porter  le  nom  de  F^uit ,  ^ 
néme  tout  ce  qUi  fort  des  Herbes  t  Jfbïijjeaux  i  Sous~JrbrijJeaux  ,  CT  des 
irhres  immeàiatemem  apres  les  Fleurs.  Je  comprendray  aujji  tout  ce  qui  en 
^ort  >  fait  de  leur  propre  nature  ,  ou  par  excroijjance  ,  comme  le  Guy  au 
Chejnet  Ugaric  a  la  Meleje-^  CT  autres  femblables.  le  traiter ay  aujf  en 
ce  Chapitre  ce  que  l'on  tire  des  Fruits..  On  dipngue  ordinairement  les  Fruits  en  deux: 
Sçavoir  en  Fruits  à  Noyaux  >  en  Fruits  à  Pépins.  On  prétend  que  les  Jo^t 

compofeX.de  trais  parties  eFniielles  :  Sçavoir  ^  de  leur  *Teau  ou  ^fUemb^ane  i  qui  eji 
ce  que  nou<  appelions  Pelure  de  leurs  palpes ,  ou  parinchyme*  f0  de  leurs  fibres.  Il  y  a 
des  Fruits  dont  les  Pépins  font  couverts  d'une  capfule  qui  renferme  leurs  gaines  ,  CT 
d'autres  qui  n'en  ont  point. 


des  Drogues  .Livre  VIL  19?: 


CHAPITRE  I; 

Du  Poivre. 


LË  Poivre  blanc  eft  le  fruit  d’une  pUntc  rampante ,  qui  a  fes  feuilles  en  tout 
&  par  tout  fcmblablcs  à  celle  de  nos  grofcillcs ,  apres  lefquelles  naiflent 
des  petites  grappes  garnies  de  grains  ronds  ,  verts  dans  leurs  commcnccmens  ^ 
^  qui  étant  murs  deviennent  d’une  couleur  ghfatrc. 

Comme  la  plante  du  Poivre  ne  peut  fe  foûtenir  d’cllc-même ,  les  habitans  des 
lieux  la  plantent  au  pied  de  quelques  arbres ,  comme  des  Areca ,  des  Cocos ,  ou 


poi^ie  am¬ 
bré  ou  «  la 


192  Hiftoire  generale 

autres  arbres  de  pareille  nature  ;  mais  comme  ce  Poivre  ne  nous  vient  que  fort 
rarement,  c’eft  pour  ce  fujet  que  quantité  de  perfonnes  aflluent  qu’il  n‘y  a  pas 
de  véritable  Poivre  blanc,  &:  que  ce  n’cft  que  du  noirclcorcé.  Mais  comme 
Ton  m’a  alTuré  qu’il  y  en  avoir ,  mais  qu’il  étoit  beaucoup  plus  rare  que  le 
noir  ,  c’eft  ce  qui  m’a  oblige  de  rapporter  cecy ,  d’en  avoir  fait  graver  la 
figure  J  &  preuve  qu'il  y  a  des  endroits  ôü  il  fc  trouve  du  Poivre  blanc  naturel , 
c’eft  que  M.  de  Flacourt  Gouverneur  de  l’Iilc  de  S.  Laurens  ou  de  Madagalcar, 
n’auroitpas  mis  dans  fon  Livre  en  termes  exprès  L*lé  Fitfc  le  vray  Poivre 
blanc  qui  vient  ftir  une  rampe,  dont  la  tige  &  les  fcüilles  fentent  tout  à  fait  le 
Poivre.  Il  y  en  a  une  fi  grande  quantité  en  ce  pays ,  que  fans  la  guerre  ,  &  s’il 
y  eut  eu  un  bon  établiffement  de  Fram^ois  ,  l’on  eut  pu  tous  les  ans  avec  le 
temps  en  charger  un  grand  Navire  i  car  les  bois  par  tout,  Ôc  à  Manghabei,  en 
font  remplis i c’eft  la  pâture  des  Tourterelles  &.des  Ramiers.  Il  cft  meur  aux 
mois  d’Aouft ,  Septembre  &  Ovtobrc.  Q^yque  quelques  Auteurs,  entre-autres 
Guillaume Pifon , dans  fon  Hiftoire  des  Indes,  &  apres  luy  M.  Charas  ,  mar¬ 
quent  qu’il  n’y  a  point  de  Poivre  blanc  naturel,  je  ne  puis  m’empccher  de  croire 
qu’il  n’y  en  ait  j  car  il  cftimpoflible  que  l’on  puiffe  ccorcer  du  Poivre  noir  ,  &  le 
rendre  aufîi  égal  comme  cft  le  Poivre  blanc  coriandre,  que  les  Hollandois  nous 
envoyent.  Et  de  plus,  c’eft  que  ce  poivre  étant  cafté  on  y  voit  encore  fa  peau, 
qui  cft  une  marque  infaillible  quelle  n’a  pas  été  ôtée  :  6c  de  plus ,  c’eft  que  fi  ce 
poivre  avoit  été  ccorcé ,  ôn  en  trouvcroit  des  grains  dont  la  peau  ridée  y  fe- 
roit  encore  -,  &  la  chofe  cft  fi  véritable  que  tous  les  poivres  qui  ont  été  éçorcez, 
&du  blanchiment  d’HolIandc,  il  s’y  en  trouve  toujours  prés  un  tiers  de  noir 
qui  eft  encore  garni  de  fa  peau  ridée. 

Qimy  qu’il  en  foit ,  on  doit  choifir  le  poivre  blanc  véritable  Flollandc ,  le  plus 
gros  ,  le  mieux  nourri  ,  le  plus  pefant  ,  le  moins  rempli  de  grains  noir  &  de 
pouffe  que  faire  fe  pourra ,  &c  prendre  garde  qu’il  ne  foit  pas  blanchi  j  ce  qui  fe 
connoîtra  facilement  en  le  frottant  dans  les  mains  ^  car  pour  le  peu  qu'il  aye  été 
blanchi,  fa  couleur  blanchâtre  &c  farineufe  changera  en  jaune.  Et  de  plus ,  c’eft 
que  fur  le  poivre  coriandc  non  blanchi,  il  y  paroîtdes  petits  rayons  en  forme 
de  côtes,  &  qu’étant  battu  la  farine  en  foit  belle,  &  d’un  beau  gris  tirant  furie 
blanc. 

L’ufage  du  poivre  blanc  cft  trop  connu  pour  m’y  arrêter. 

Nous  concaftbns  ou  reduifons  en  poudre  groftierc  le  poivre  blanc  coriandre, 
fur  lequel  nous  y  jettons  de  l’cffcncc  d’ambre,  &  ce  poivre  ainfi  accommodé  cft 
ce  que  nous  appelions  Poivre  ambré ,  ou  à  la  Bergerac  ,  qui  n’a  autre  ufage  que 
pour  les  perfonnes  de  qualité  qui  s’en  fervent. 


CHAPITRE  II. 

Du  Poivre  noir. 

Le  Poivre  noir  eft  le  fruit  d’une  plante  auffi  rampante ,  qui  a  fes  feüillcs 
grandes ,  larges ,  fort  fibreufes ,  &  garnies  de  fept  nerveurcs  fort  enfon¬ 
cées  ,  dont  cy-deftus  cft  la  figure  ,  qui  m’a  été  donnée  par  Monficur  de  Tor- 
nefort 

Les  Hollandois  &  Anglois  nous  envoyent  de  trois  fortes  de  poivres  noir  ,  qui 
ne  different  les  uns  des  autres  que  fuivant  les  endroits  où  ils  ont  pris  naiffance. 

Le 


des  Drogues ,  Livre  V  I  î.  1 9  3 

Le  premier  &c  le  plus  beau  cft  le  Malabar  5  celuy  d’après  eft  le  Jamby  ,  qui  ap¬ 
proche  a0ez  du  Malabar -,  le  troifiéme  qui  cft  un  poivre  maigre,  fcc  àc  aride  ^ 
eft  le  Bilipatham  ,  &  qiioyque  ce  Bilipatham  foit  le  moindre  de  tous  ^  il  cft  ce¬ 
pendant  le  plus  cftimé  des  Mahometans ,  parce  que  plus  le  Poivre  eft  petit  ôc 
plus  ils  en  font  d’état  ,  &  difcnt  pour  leur  iaifon  que  plus  il  cft  petit  &c 
plus  il  y  a  de  grains  ,  &  qu’il  n’eft  pas  h  chaud  que  le  gros  poivre,  &  c’eft 
ce  qui  fait  que  les  Hollandois  apportent  fort  rarement  des  Indes  du  pe¬ 
tit  poivre ,  &  ce  qui  fait  encore  que  les  Hollandois  peuvent  faire  meilleur  mar¬ 
ché  du  gros  poivre  de  Malabar,  que  les  autres  Nations  ,  c’eft  qu’ils  ne  l’achc- 
tent  jamais  argent  comptant  -,  mais  donnent  en  troc  aux  Malavares  de  leurs 
marchandifcs  qu’ils  ont  apporté  avec  eux  comme  du  vif-argent ,  du  cinabre 
entier  &  broyé ,  &  quelquefois  de  l’opium  &  du  cotton  ,  &  quoyquc  les  Anglois 
achètent  ce  poivre  argent  comptant ,  &  qu’ils  l’ont  à  meilleur  marché  que  les 
■Hollandois ,  ils  ne  peuvent  neanmoins  l’établir  à  fi  bas  prix  qu’eux  ,  parce  que 
les  Hollandois  gagnent  ordinairement  cent  pour  cent  fur  les  marchandifcs  qu'ils 
ont  vendues,  &  ce  qui  caufe  que  les  Anglois  ont  bien  de  la  peine  de  donner 
une  balle  de  poivre  de  Malabar  fur  un  lot  de  poivre  noir,  qui  eft  de  dix  balles, 
&CC  qui  fait  encore  que  la  plufpart  des  poivres  que  nous  tirons  d’Angleterre  ne 
font  jamais  li  beaux  n’y  fi  gros  que  ceux  que  nous  tirons  d’Hollande. 

On  doit  choifir  le  poivre  noir  le  mieux  nourri ,  le  moins  ridé  ,  le  plus  pc- 
fant ,  &c  les  plus  garni  de  grains  blancs ,  le  moins  rempli  de  pouffe  qu’il  fera  pof- 
fible,  &  prendre  garde  que  ce  ne  foit  des  poivres  dont  le  plus  gros  en  aye  été 
ôté  pour  en  faire  du  blanc ,  comme  il  n’arrive  que  trop  fouvent ,  principalement 
à  prefenc  que  quelques  Marchands  cju  il  n’eft  pas  bcfoin  de  nommer  ,  fc  font 
amufez  d’en  blanchir  ,  tant  en  Hollande  ,  qu’à  Roüen,  ôc  à  Paris  ;  mais  cette 
fourberie  fera  facile  à  connoitre ,  parce  que  le  poivre  noir  qui  a  été  échaudé  , 
&  dont  les  gros  grains  en  ont  été  retirez ,  au  lieu  d’aller  au  fond  de  l’eau  il  nage 
deffus,  &  qu’en  les  preffant  entre  fes  mains  il  s’écrafe  facilement; 

Comme  la  plus  grande  partie  du  poivre  ,  tant  blanc  que  noir ,  fe  vend 
battu,  on  ne  le  doit  acheter  que  d’honnetes  Marchands,  parce  que  tout  le  poi¬ 
vre  que  ces  Coureurs  vendent  ,  ce  n’eft  autre  chofe  pour  le  poivre  blanc  que 
des  épices  d’Auvergne  blanche,  ou  bien  du  poivre  noir  qu’ils  auront  blanchi 
avec  du  ris  battu ,  Ôc  le  noir  n’eft  que  de  la  pouffe ,  ou  de  croutte  de  pain  ,  ou 
des  épices  d’Auvergne  grife ,  ou  maniguette  ,  &  c’eft  pour  ce  lujct  que  ces  af¬ 
fronteurs  établiffcnt  leur  poivre  à  quinze  ôc  vingt  fols  par  livre  de  meilleur 
marché  qu’ils  ne  leurs  coûtent  à  prendre  les  balles  entières  ,  6c  ainfi  font  tort 
aux  honnêtes  gens  qui  ne  peuvent  fe  refoudre  àde  telles  trompeyriés. 

Le  Poivre  noir  n’a  pas  d’autre  ufage  que  le  blanc  ,  il  a  âufli  quelque  peu 
d’ufageen  médecine  ,à  caufe  de  la  grande  chaleur,  c’eft  ce  qui  fait  qu’ils  en¬ 
trent  dans  pluficurs  compofitions  chaudes,  comme  la  thériaque  6c  autres^ 

A  l’égard  de  la  pouffe  6c  gi'abeau  de  poivre,  je  n’en  diray  rien  j  étant  inca¬ 
pable  d’entrer  dans  le  corps  humain  ^  aufîi-bien  que  les  Epices  d’Auvergne  , 
qui  ne  devroient  avoir  d’autres  ufages  que  d’être  jettéesau  vent ,  &  punir  ceux 
qui  la  vendent  ou  employent  ,  étant  la  plus  pcrnicieûfc  6c  dangereufe  drogue 
que  nous  ayons. 

Et  de  plus,c’cft  que  ces  Epices  d’Auvergne  &  Pouffe  de  Poivre,  font  la  caufe 
qu’il  ne  fc  débité  pas  à  Paris  mille  balles  de  Poivres  par  an  qui  s'y  confommeroienr, 
fi  on  ne  faifoit  point  venir  ces  deteftables  marchandifes  i  à  quoy  Mcflieurs  les  Fer¬ 
miers  Generaux  devroient  prendre  garde  pour  deux  raifons.  La  première  pour 
l  Partie,  ^  B  b 


1 94  Hiftoire  generale 

Tutilité  publique.  La  deuxième  pour  la  perte  qu’ils  font  ,  à  quoy  ils  pourroient 
remedier  facilement,  en  faifant  cribler  le  poivre  en  entrant  en  France,  &  en  faifant 
condamner  à  de  groffes  amandes  ceux  qui  font  venir  &  qui  vendent,  ou  qui  em¬ 
ployeur  ces  forces  de  marchandifes ,  &  en  faifant  interdire  du  négoce  tous  ceux  qui 
font  pour  compte  d’amis ,  c’eft  à  dire  qui  font  les  gros  Marchands  &  n’ont  rien  à 
eux5&  c’eft  ces  Commiflionnaires  qui  caufent  tout  ce  defordre,  recevant  toutes  for¬ 
tes  de  marchandifes,  &lc  plus  fouvent  n’en  connoiffent  pas  une:  par  ce  moyen 
trompent  le  public ,  &  empêchent  quantité  d’honnêtes  Marchands  qui  ne  veulent 
pas  violer  le  ferment  qu’ils  ont  fait  à  Dieu  ,  lorfqu’ils  ont  été  reçû  Marchand  , 
d’entreprendre  de  faire  du  négoce  par  le  bon  marché  qu’ils  font  de  la  marchan- 
dife  qui  ne  leurs  appartient  pas ,  en  étant  quitte  pour  envoyer  des  certificats  faux 
ou  véritables  à  ceux  à  qui  elle  appartient ,  figné  de  deux  Marchands  de  leurs  trem¬ 
pe,  &  du  prix  qu’ils  ont  vendu  la  marchandife  :  ainfi  fi  ces  faux  Marchands 
étoient  interdits ,  ils  n’y  auroit  pas  tant  de  Marchands  ruinez  ,  ôi  l’on  ne  ver- 
roit  pas  tant  de  banqueroutes  que  l’on  en  voit ,  &  même  on  leur  feroit  plaifir 
en  deux  maniérés.  La  première,  parce  qu’ils  ne  tromperoient  perfonnes.  Et  la 
deuxième ,  c’eft  qu’ils  ne  feroient  pas  contrains  le  plus  fouvent  ,  d’accommo¬ 
der  leurs  affaires ,  en  ce  qu’ils  font  obligez  pour  avoir  de  la  marchandife  d’acce¬ 
pter  des  Lettres  de  Changes  i  &  quand  ce  vient  l’écheance  il  faut  avoir  recours 
aux  Banquiers ,  ou  aux  Echevins  de  Jerufalem ,  ou  finon  il  faut  qu’il  faffe  ban¬ 
queroute  ,  étant  la  plufpart  des  gens  qui  n’ont  que  leurs  réceptions,  &  fi  encore 
la  doivent- ils  le  plus  fouvent.  'Voilà  de  la  maniéré  qu’une  grande  partie  du  né¬ 
goce  fe  mene  prefentement  à  Paris ,  à  quoy  MefTicurs  les  Magiftrats  &c  les  Gar¬ 
des  de  nôtre  Profeflion  font  exhortez  de  vouloir  remédier.  Je  ne  parle  point 
des  autres  'Villes  de  France  ,  pour  ne  pas  fçavoir  comment  ils  fe  compor¬ 
tent. 


CHAPITRE  III. 

Des  Epices  fines, 

LEs  Epices  fines  font  un  mélange  deplufieurs  aromats  mêlez  cnfcmble,& 
pour  obvier  aux  abus  qui  fe  ghflent  dans  la  compofition  de  ce  mélange, 
j'^y  ^  propos  de  donner  la  recepte  de  celles  qui  ont  toûjours  été  bien  rc- 
çûës ,  &  delquclles  les  Chaircutiers  fe  trouvent  bien. 

Prenez  Poivre  noir  d’Hollande  .  .  cinq  livres. 


Girofle  fcc . une  livre  &  demye. 

Mufeade . ♦  •  .  une  livre  &  demye. 


Gimgcmbre  fcc  &  nouveaux  .  .  .  douze  livres  &  demye. 

Anis  vert  &  Coriandre,  de  chacun  trois  quarterons,  le  tout  pulverifé  à  part,& 
pafle  par  un  tamis  decrain  fin,  &  enfuite  mêlé  cnfemble  ,  &  garder  dans  des 
vailfeaux  bien  bouchez  pour  le  befoin. 

Il  y  a  icy  à  remarquer  que  la  plufpart  de  ceux  qui  font  les  quatre  Epices , 
employeur  au  heu  de  Poivre,  de  la  poufle  de  poivre  i  au  lieu  du  girofle ,  du  poi¬ 
vre  de  la  Jamaique,ou  du  Capclet  \  au  heu  de  mufeade,  du  Coftus  blanc  ,  ou 
în.  bien  d’une  certaine  écorce  donc  je  n’ay  pû  fi^avoir  ce  que  c’eft  ,  finon  quelle 
'  vient  des  Iflcs ,  qu’elle  eft  fi  femblable  à  la  canellc  matte ,  qu’il  eft  impofliblc  d’en 


des  Drogues,  Livre  VII.  195 

pouvoir  faire  la  différence  j  mais  au  goût  elle  eft  tout  à  fait  differente  ,  en  ce 
que  cette  écorce  inconnue  a  le  goût  du  Saxafras ,  du  Galangà  ittinôf  ,  15t  du  gi¬ 
rofle  mêlé  enfemble,  &  ceux  qui  la  vendent  l’appellent  bois  de  candie,  canel- 
le  giroflée ,  ou  bois  girofle ,  &  difent  que  c’efl;  l’écorce  de  l’arbre  des  girofles  j  ce 
qui  eft  faux ,  mais  pour  mon  particulier  je  crois  que  c’eft  l’écorce  de  quelques 
cfpeces  de  Saxafras.  On  ne  doit  neanmoins  pas  faire  fond  fur  ce  que  je  dis,  n’en 
tarant  pas  certain.  Et  pour  du  gingembre  ils  ne  leurs  donnent  point  de  Subfti- 
rut  étant  à  trop  bon  marché,mais  employenttout  eduy  qu’ils  peuvent  trouver,  qui 
eft  carié.  En  un  mot ,  plûtôt  propre  à  jetter  au  feu  que  d’être  employé ,  &  difent 
que  c’eft'  qu’il  eft  plus  facile  à  mettre  en  poudre. 


^  CHAPITRE  IV* 

Des  Cuhehes, 

LEs  Cubebcs ,  Poivre  à  queue  ,  ou  mufqué ,  font  des  petits  fruits  fi  fembla- 
blc  au  Poivre  noir,  que  fi  ce  n’étoit  leur  petite  queue ,  &  qu’ils  font  tant  foit 
peu  plus  gris  que  le  Poivre  ,  il  n’y  auroit  perfonne  qui  en  peut  faire  la  diffé¬ 
rence. 

Ce  fruit  naît  aufli  fur  une  plante  rempante  ,  dont  les  feuilles  font  longuet¬ 
tes  &  étroites  ,  apres  lefqucllcs  naiffent  des  grappes  qui  font  chargées  de  ce 
fruit  ,  où  ils  y  font  attachez  par  le  moyen  d’une  petite  queue.  L’Ifle  de  Java  , 
de  Mafcaregne  &  de  Bourbon,  produifent  quantité  de  Cubebcs. 

On  les  doit  choifir  groffes  ,  bien  nourries ,  les  moins  ridé-cs  que  faire  fc 
pourra. 

Les  Cubebcs  font  quelque  peu  ufitécs  en  médecine  ,  a  caufe  de  leur  agréa¬ 
ble  goût  ,  furtout  quand  elles  font  tenues  dans  la  bouche  fans  les  mâcher  j 
ainfi  ufîtées  font  admirables  pour  rendre  l’halcine  agréable ,  &  pour  aider  à  la 
digeftion. 


CHAPITRE  V. 

Du  Poiure  de  jheueu 

Le  Poiyre  deThevet  eft  un  petit  fruit  rond  de  la  groffeur  du  Poivre  blanc  i 
d’une  couleur  rougeâtre,  à  un  des  bouts  il  y  a  comme  une  petite  couron¬ 
ne  j  mais  comme  ce  Poivre  n’eft  d’aucun  ufage ,  à  caufe  de  fa  rareté  ,  ceft  ce 
qui  fait  que  je  n’en  diray  rien,  me  contentant  de  dire  qu’il  eft  d’un  goût  aro¬ 
matique  &  fort  agréable.  L’arbre  qui  les  porte  eft  de  la  figure  cy-devant. 

Les  Hollandois  ont  aufli  donné  le  nom  d’Amomi  au  Poivre  cy-deffus  ^  tant  a 
caufe  de  la  rcffemblancc  qu’il  a  avec  le  Poivre  de  la  jamaique^  que  parce  qu’il 
a  prefque  fon  même  goût.  Et  à  caufe  qu’il  eft  comme  rond  &  qu’il  ale  goût  du 
girofle ,  on  luy  a  donné  le  nom  de  petit  girofle  rond,  pour  le  difterencicr  d’avec 
les  noix  de  Girofle  ,  ou  de  Madagafcar ,  &  fon  5’en  fert  aux  mêmes  ufages  > 
c’eft  à  dire  comme  du  girofle  ordinaire. 

/.  ?Anic.  Bb  ij 


Hifloire  generale 


Mecaxu- 

■ichii, 


1  9S 


CHAPITRE  VI. 

DuVoiure  long. 

Le  Poivre  long  cft  le  fruit  d’une  plante  tout  à  fait  fcmblable  à  celle  que 
produit  le  Poivre  noir  ,  à  la  referve  quelle  ne  grimpe  pas  fi  haur  ^en  ce 
qu  elle  vient  ordinairement  en  forme  d'arbriiTeau ,  &  fe  foûtient  d’elle  même 
parce  qu  elle  a  ordinairement  un  gros  tronc ,  &  en  ce  que  fes  feuilles  en  font 
plus  minces  &  plus  vertes  ,&  ont  la  queue  moins  longues. 

Le  Poivre  long  des  Indes  Orientales ,  qui  cft  celuy  que  nous  vendons  ordinai¬ 
rement  ,  cft  un  fruit  de  la  grofteur  &  longueur  du  doigt  d’un  enfant.  Ce  n’eft 
à  proprement  parler  qu’un  amas  de  petits  grains  tirant  tant  foit  peu  fur  le  rouge 
pardcfruSj&:  noirâtre  au  dedans.  Dans  chacun  de  fes  petits  grains  il  y  a  une 
cfpccc  d’amande  ou  poudre  blanche ,  d’un  goût  chaud  &  piquant ,  &:  ils  font 
j(î  bien  unis  cnfcmble ,  que  l’on  ne  les  peut  feparcr  qu’en  les  caftant  ,  &  tout 
Gct  amas  forme  un  fruit  de  la  grofteur  longueur  cy-deftus. 

Les  Hollandois  &  Anglois  nous  envoyent  quantité  de  ce  poivre  ,  qui  pour 
être  de  la  qualité  rcquife  doit  être  nouveau ,  bien  nourri ,  gros ,  pefant ,  mal- 
aife  i  rompre ,  le  moins  cane  &  le  moins  rempli  de  terre  ou  de  poüfte  ,  qu’il  fe 
pourra  J  à  quoy  il  cft  aftez  fujet. 

Le  Poivre  long  cft  quelque  peu  ufité  dans  la  médecine,  en  ce  qu’il  entre  dans 
plufieurs  compoTîtions  gallcniqucs ,  &  meme  dans  la  Thériaque  ,  où  il  n’a  bc- 
foin  d’autres  préparations  que  d’etre  choifî  comme  cy-deftus  ,  &  d’être  frotte 
d’un  linge  rude  pour  luy  ôter  la  terre  qu’il  peut  y  avoir.  Q^lques-uns  l’ordon¬ 
nent  pris  en  poudre  dans  un  bouillon ,  la  pcfantcur  d’un  gros ,  &  pour  faire  ve¬ 
nir  le  laicaux  nourrices. 


CHAPITRE  VII. 

Du  Poivre  lorg  de  {Amérique. 

IL  fe  trouve  aüx  Ifles  de  l’Amérique  un  arbrifteau  qui  a  fes  fcüilles  aftez  fem- 
blablcs  à  celles  du  Plantin,  qui  produit  un  fruit  d’environ  un  pied  de  long, 
au  rapport  de  Nicolas  Monard.  Cefruit  cft  compofe  de  plulicurs  petits  grains, 
à  l’entour  d’une  queue  longues  &cntaftépar  ordre,  &  s’cntrctouche  l’un  l’au¬ 
tre,  &  forme  enfemblc  la  figure  du  Poivre  long.  Le  même  Monard  dit  que  ce 
fruit  étant  frais ,  il  cft  vert  j  mais  le  Soleil  le  fait  meurir  &  devenir  noir,  &  qu’il 
a  plus  d’acrimonie  que  le  Poivre  long  des  Indes  Orientales. 

Ce  Poivre  long  de  l’Amerique  cft  ce  que  les  Ameriquains  appellent 
chit.  &  duquel  ils  fe  fervent  pour  mettre  dans  le  Chocolat.  Apparemment 
que  l’Auteur  du  Livre  duThee,  Caphé&  Chocolat ,  n’a  jamais  entendu  parler 
de  ce  fruit  icar  il  n’en  fait  aucune  mention. 

Ce  Poivre  long  cft  fuivant  les  apparences  celuy  que  le  R.  p.  Plumier  entend 
fous  le  nom  de  Saurums  Botrjitis  major ti^rhorefeent  foliis  plantagineis  7  qui  fignifie 


des  Drogues ,  Livre  VIL  197 

grande  queue  de  lézard ,  arbre  à  grapes  &c  à  feuilles  de  plantin.  Ce  R.  P.  marque 
que  ce  Poivre  long  cil  un  fruit  ou  plutôt  une  grappe ,  d’un  deiny  pied  de  long, 
&de  quatre  à  cinq  lignes  d’épaifleur  dans  le  pas ,  elle  fe  retrcirit  au  bout,  & 
elle  eft  chargée  de  quantité  de  grains  de  la  grolTcur  prefque  de  ceux  de  la  mou¬ 
tarde  ,  qui  font  noirs  dans  leurs  commencement ,  &  noirs  Ôç  mois  dans  leur  ma¬ 
turité  ,  d’un  goût  chaud  &  piquant.  Ce  même  Pere  dit  que  ce  Poivre  eft  beau¬ 
coup  en  ufage  par  ces  Infulaires ,  aufli-bien  que  la  racine  de  fa  plante  ,  pour  fe 
gueiir  d’une,  maladie  qu’ils,  appellent  Mal-d’Eftomac,  Il  marque  de  pks,  qu’il 
ie  trouve  de  plufieurs  efpeces  de  cette  plante  dans  les  Ifles,  qui  ne  dmcrentque 
par  la  grandeur  des  feüillcs  i  mais  comme  cela  ferpit  trop  long  à  décider,  je 
renvoyé  le  Leéleur  au  Livre  qu’il  en  a  fait  depuis  peu,  où  il  en  traite  fort  am^ 
plcmenr. 


CHAPITRE  VIII. 

Bu  poivre  long  noir, 

DUtre  les  deux  Poivres  longs  noir  dont  je  viens  de  parler ,  nous  en  vendons 
quoyquc  rarement,  un  troifiéme  fous  le  nom  de  Poivre  long  noir  ,  ou 
de  Poivre  d’Ethiopie, ou  des  Maures,  ou  de  grain  de  Zelim.  Ce  poivre  eft  le 
fruit  d’une  tige  rempante,  qui  ne  produit  n'y  feüillcs ny  fleurs; mais  feulement 
cinq  ou  fix  têtes  de  la  erofleur  du  bout  du  poufle ,  dures ,  &  à  demy  rondes ,  d’oii 
Portent  plufieurs  goufles  de  la  longueur  du  petit  doigt ,  &  de  la  groifeur  d’une 
plume  à  écrire, brune  audeflus,  &  jaunâtre  dedans.  Ces  goufles  font  divifées 
par  nœuds,  Si  dans  chaque  nœud  il  s’y  trouve  une  petite  feve,  noire  deflus  & 
rougeâtre  dedans  ,  fans  prefque  aucun  goût  n’y  odeur.  Ce  qui  ne  fe  relfemblc 
pas  à  fa  gouflc,quicft  d’un  goût  chaud  ,  acre  ,  piquant,  &  alfez  aromatique, 
furtout  quand  on  l’a  tenu  quelque  temps  dans  la  bouche  :  &  a  caufe  de  cette 
grande  acrimonie ,  les  Ethiopiens  s’en  fervent  pour  guérir  du  mal  de  dent , 
comme  nous  faifons  icy  de  la  pirette. 

Comme  ce  poivre  eft  peu  connu  &  fort  rare  en  France  ,  c’eft  pour  ce  fujet 
que  je  n’enparleray  pas  plus  au  long. 


CHAPITRE  IX. 

Du  Poiure  de  cuinèe. 

T  E  Poivre  de  Guinée  ,  ou  Corail  de  Jardin  ,  que  les  Ameriquains  appellent 
^Poivre  de  Mexique,  de  Ta.baco,  deBrefil  ,d’Efpagne^  Poivre  long  des  In¬ 
des  rouges,  Chilli,  Axi,  ou  Carive,  &  de  nous  Poivre  de  France,  Piment ,  ou 
Poivre  de  l’Amerique ,  eft  un  Poivre  rouge  dont  il  y  en  a  de  trois  fortes  :  Sc^avoir, 
le  premier  que  nous  vendons  qui  vient  en  goulTe  de  la  groifeur  &  longueur  du 
pouce. 

Le  fécond  qui  eft  plus  menu ,  &  qui  vient  prefque  en  forme  de  foflille  ,  & 
comme  relevez  en  bolfes. 

B  b  iij 


198  Hiftoire  generale 

Et  le  troificmc  eft  le  plus  petit  qui  cft  piefque  tout  rond.  Toutes  ces  trois 
fortes  deEoivres  étant  attachez  à  la  plante  font  verts  dans  leurs  commence¬ 
ment  ,  jaune  dans  leurs  milieu ,  &  rouge  fur  la  fin. 

De  CCS  trois  fortes  de  Poivres  nous  n’en  vendons  que  la  première  efpece  ,  en 
ce  que  les  autres  font  trop  acres ,  ce  qui  fait  qu’il  n’y  a  que  les  Sauvages  qui 
s’en  fervent  en  étans  fort  amateurs. 

Le  Poivre  de  Guinée  que  nous  vendons  vient  du  Languedoc  ,  furtout  des 
Villages  auprès  de  Nifmcs ,  où  il  s’en  cultive  beaucoup  ,  &  cette  plante  eft  pre- 
fentement  fi  commune  que  nous  n’avons  fort'  peu  de  Jardins  où  il  n’y  en  ait, 
&mcme  qui  ne  fervent  de  parure  fur  plufieurs  boutiques. 

L’ufagc  de  ce  Poivre  eft  pour  les  Vinaigriers ,  qui  s’en  fervent  pour  faire  du 
vinaigre  ,  &  qui  pour  être  de  la  qualité  requife  doit  être  nouveau  ,  en  belles 
gouffes ,  feches ,  entières ,  &  bien  rouges. 

Quelques-uns  confifent  ce  poivre  au  fucre,  &s’cn  fervent  à  porter  fur  mer.  Les 
Siamois  mangent  ce  poivre  tout  crud  comme  nous  faifons  icy  les  raves. 


CHAPITRE  X. 


Du  Girofie. 


Le  Girofle  eft  à  proprement  parler  la  fleur  endurcie  de  certains  arbres,  qui 
ont  toujours  été  fort  communs  dans  les  Iflcs  des  Moluques;rnais  depuis  quel¬ 
ques  années  les  Hollandois  ne  pouvant  empêcher  les  Anglois,  les  Portuguais, 
&Nous  d’y  aller, &  cl’cn  apporter  dju Girofle , ils  fc  font  avifez  pout  fe  confer- 
ver  &  fc  rendre  feul  les  maîtres  de  cette  marchandife ,  d’en  arracher  tous  les 
arbres,  &  de  les  tranfporter  dans  l’Iflede  Ternatci  &  par  ce  moyen  il  faut  que 
les  autres  Nations  achètent  deux  le  Girofle,  n’en  pouvant  avoir  d  ailleurs. 

A  l’égard  de  la  fciiille  de  l’arbre  portant  le  Girofle,  la  figure  cy-deflus  repre- 


des  Drogues,  Livre  VIL  *  199 

fentcc,  a  été  tirée  d’après  l’Original,  queM.de  Tournefort  a  entre  Les  mains. 

Il  a  de  plus  la  Racine  ,1a Tige ,  &  les  feuilles  ,  dont  la  figure  cft  marquée  A  ,  qui 
«ft  venue  de  deux  Girofles  qui  ont  été  fcmée,  qui  en  peu  de  temps  ont  pro¬ 
duit  cette  petite  racine,  tige,  &fcüillc  cy-deflus  rcprefentéc. 

Lorfquc  le  Girofle  commence  à  paroître  ,  il  eft  d'un  blanc  verdâtre  ,  cnfui- 
tc  rouflatre  ,  &  à  mcfure  qu’il  meurit  il  brunit,  &  fans  que  cette  couleur  luy 
Vienne  d’avoir  été  trempé  dans  l’eau  de  la  mer ,  &  avoir  été  feché  au  feu ,  com¬ 
me  quelques  Auteurs  le  marquent -,  car  les  Hollandois,  oulesInfulaires,nc  font 
autre  préparation  au  Girofle,  fiiion  qu’aprés  l’avoir  fait  tomber  de  l’arbre  avec  des 
perches ,  ils  le  font  fecher  au  Soleil  en  pleine  campagne,  ôc  enfuitc  l’enferment 
&  le  gardent. Comme  il  cft  impofiible  qu’il  ne  refte  quelques  Girofles  fur  les  ar¬ 
bres  quand  la  récolte  en  eft  faite  ,  ils  deviennent  de  la  grofl'eur  du  pouce  , 

&  il  s’y  trouve  une  gomme  dure  &  noire  ,  d’une  agréable  odeur  ,  &  d’un 
goût  fort  aromatique.  Je  n’en  ay  jamais  veu  de  fi  gros  ,  mais  feulement  de 
la  groffeur  du  bout  du  petit  doigt.  Nous  en  trouvons  quelquefois  parmy  le  Gi¬ 
rofle  ,  mais  alfez  rarement,  parce  que  les  Hollandois  les  vendent  feparement  foûs 
le  nom  de  Clou  matrix,  ou  de  Mcrc  de  Girofle ,&  ces  gros  Girofles  font  con- ^lou  Ma. 
nus  en  médecine  foûs  le  nom  Latin  cÂntolflei  mais  le  peu  d’ufage  qu’ils  ont 
en  France  fait  que  les  Apoticaires  ne  fe  font  pas  une  affaire  de  leurs  fuppofer  ciioflc. 
le  Girofle  ordinaire ,  quoy  qu’il  feroit  beaucoup  plus  à  propos  de  les  employer 
oû  ils  font  requis ,  que  de  fe  fervir  des  autres  ,  puifqu’ils  fe  trouvent  rem¬ 
plis  d’une  gomme  extrêmement  odorante  &  aromatique  ,  &  doüées  de  tres- 
grandes  proprietez  ,  ce  qui  ne  fc  rencontre  pas  dans  les  Girofles  ordi¬ 
naires. 

On  a  remarqué  que  là  oû  croilfent  les  arbres  portant  le  Girofle ,  aucun  arbre 
ou  plante  n’y  peut  profiter  ,  à  caufe  que  la  grande  chaleur  de  ces  arbres  dévo¬ 
ré  toute  l’humidité  radicale  de  la  terre  qui  les  environne.  On  a  remarque 
aufli  qu’il  n’y  a  point  d’arbres  dans  tout  le  monde  qui  rendent  une  odeur  fi 
fuave  que  les  Girofles  lorfqu’ils  commencent  à  paroître. 

On  doit  choifir  le  Girofle  bien  nourry ,  fec ,  facile  à  calfer,  picquant  les  doigts 
quand  on  le  manie,  d’un  rouge  tanné  ,  le  plus  garni  de  fon  fuit  ,  à  qui  quel¬ 
ques-uns  ont  donné  mal  à  propos  le  nom  d’Antolfcc.  J’entends  par  fuft  la  petite 
tête  qui  fe  trouve  au  haut  des  Girofles,  qui  cft  fort  tendre  &  d’une  couleur  d’un 
tanné  clair ,  &:,qui  étant  mife  dans  la  bouche  aye  un  goût  chaud ,  piquant ,  &c 
aromatique ,  &  rejetter  ceux  qui  font  maigres ,  noirâtres ,  molaftcs ,  &  fans  pref- 
que  aucun  goût  ny  odeur.  On  prendra  garde  aufli  que  ceux  qui  font  de  la 
bonne  qualité  ne  foient  mélangé  de  Girofle,  dont  la  teinture  ou  l’huile  en  ayt  été 
tirée ,  parce  qu’il  s’en  trouve  qui  en  font  fi  chargés  qu’il  y  a  plus  de  la  moitié 
de  CCS  méchants  girofles  i  ce  qui  n’eft  pas  d’une  petite  confequcnce  ,  étant  une 
marchandife  aflez  chere.  Je  ne  m’arréteray  point  à  vouloir  décrire  une  infinité 
de  friponneries  que  quelques-uns  font  fur  cette  marchandife,  parce  que  toutes 
CCS  malverfations  fcroient  trop  difficiles  à  décider,  &  que  je  les  pourrois  appren¬ 
dre  à  ceux  qui  ne  le  fçavent  pas,  puifqu’il  fera  facile  à  connoitre  par  les  mar¬ 
ques  cy-deflus  le  bon  d’avec  le  mauvais,  &  pour  plus  grande  fureté  on  le  doit 
acheter  tant  qu’on  pourra  de  gens  incapables  de  frauder  la  marchandife ,  &  de 
ne  pas  s’attacher  au  bon  marché. 

L’ufagc  du  Girofle  eft  trop  connu  pour  m’y  arrêter ,  je  diray  feulement  que 
fon  excellente  vertu  &fon  agréable  odeur ,  luy  ont  fait  donner  rang  dans  les  rc- 
îîredes  cordiaux. 


Girofle 

confit. 


Huile  cîe 
Girofle. 


200  *  Hiüoire  generaie 

Les  Hollandois  confifent  le  Girofle  étant  encore  vert,  &  fls  en  font  une  très- 
bonne  confiture,  dont  ils  fe  fervent  tant  pour  porter  lur  nier  ,  que^pour  plu- 
fieurs  vieillards  qui  s’en  fervent  pour  fc  rétablir  la  chaleur  naturelle.  Ce  Girofle 
doit  être  tendre  , d’un  goût  chaud  &  agreabie,  &  qu*il  ne  foit  point  trop  char¬ 
gé  de  firop,en  ce  qu’il  eft  bien  moins  eftinié  que  le  fruit,  qu’il  y  en  ayt  feule¬ 
ment  pour  le  conferver. 

Les  Hollandois  tirent  par  le  moyen  de  la  djUillationde  ce  fruit  une  huile,  qui 
étant  nouvelle  eft  d’un  blanc  doré  ,&  qui  rougit  à  mefure  qu’elle  vieillit.  Cette 
huile  pour  être  parfaite  doit  être  de  la  couleur  cy-delfus ,  gralfe ,  &  nageante  lur 
l’eau  ,1a  plus  forte  &  pénétrante  au  goût  qu’il  fera  poftiblc,  &  qui  aye  de  plus  l’o- 
•deur  &  la  faveur  du  Girofle  On  doit  encore  être  foigneux  de  n’acheter  cette  huile 
que  d’honnêtes  gens ,  par  les  diverfes  mélanges  que  l’on  y  peut  faire  ,  ce  qui 
fera  afléz  diflicilc  à  connoître ,  à  caufe  de  la  forte  odeur  de  cette  huile. 

On  peut  tirer  du  girofle  une  huile  blanche,  par  le  moyen  du  feu  ,  d’un  verre 
à  boire, &  du  cul  d’une  balance,  comme  il  eft  marqué  dans  M.Lcmery  j  mais 
le  jeu  n’en  vaudroit  pas  la  chandelle ,  tant  par  la  longueur  de  temps  qu’elle  eft 
à  faire,  que  parce  qu’elle  reviendroit  au  double  de  celle  que  nous  tirons  d  Hol¬ 
lande  ,  &  fl  elle  n’clt  pas  meilleur. 

L’huile  de  girofle  eft  fort  en  ulage  par  les  Parfumeurs  ,  elle  eft  quelque  peu 
d’ufage  en  médecine,  parce  que  l’on  prétend  quelle  eft  fouvcrainc  pour  guérir 
les  maux  de  dents. 

A  l’égard  du  girofle  en  poudre ,  on  ne  doit  pas  être  moins  foigneux  de  l’ache¬ 
ter  d’honnêtes  gens,  &  ne  pas  s’attacher  au  bon  marché ,  puifqu’il  eft  facile  d’y 
mélanger  de  cette  écorce  que  nous  appelions  mal  a  propos  bois  de  girofle,  parce 
qu’elle  en  approche  du  goût  &  de  l’odeur,  &  que  ceux  qui  font  ce  mélange  fc 
fondent  fur  l’autorité  de  certains  Auteurs,  qui  ont  écrit  que  le  girofle  avoir  Ton 
écorce  de  la  figure  de  la  canelle  ,  ôe  le  goût  du  girofle  -,  ce  qui  eft  bien  éloi¬ 
gné  de  la  venté  ,  ainfi  que  je  l’ay  fait  voir  au  Chapitre  de  la  Canelle  giro¬ 
flée. 


CHAPITRE  XL 

Du  Girofle  royal. 

ODtrc  le  girofle  cy-deflus  décrit ,  l’on  trouve  en  Hollande ,  mais  fort  rare¬ 
ment  ,  un  petit  fruit  delà  figure  &  grolfeur  d’un  grain  d’orge,  qui  a  à  fes  cx- 
trcmitez  une  pointe,  &  qui  font  attachez  cinqoufix  enfembleàune  petite  bran¬ 
che,  fi  bien  qu’ils  forment  enfemble  une  manière  de  petite  couronne. 

Ce  fruit  eft  d’une  couleut  de  fer ,  &  a  lè  même  goût  &  l’odeur  du  girofle  ordi¬ 
naire.  L’arbre  qui  le  porte  eft  unique  au  monde,  &  ne  fc  trouve  qu’au  mi¬ 
lieu  de  rifle  de  Maflia  aux  Indes  Orientales  ,  où  il  eft  appcllé  des  habitans  de 
l’Ifle  Thinca-Radoi  ,  qui  fignifie  Girofle-Royal.  Ce  fruit  eft  tellement  révéré  du 
Roy  de'  rifle ,  qu’il  le  fait  garder  par  ces  Soldats  ,  afin  que  per-fonne  n’en  ayt 
que  luy.  On  prétend  aufli  que  lorfque  cet  arbre  eft  charge  de  ces  fruits ,  les  au¬ 
tres  arbres  s’inclinent  devant  luy  comme  pour  luy  rendre  hommage,  & 
luy  faire  honneur ,  &  que  les  fleurs  des  arbres  du  girofle  ordinaire  tombent 
quand  les  fiennes  commencent  à  paroître.  Les  Indiens  enfilent  ce  fruit ,  &  en 


01 


Thinca 

Radoi, 


De  la  Mufcadé, 


MutTCCbdé’  Cou 
vert  âie  TUacU 


Mu»rocul&  I 

d/ou  ArtJûrHtf' 

Cette  Ti^e  \ 
deuxTeuiUM] 


MuifcoAle 


yLiufocuJLe  Te^nell^ 


A  Mufcadc  ,  ou  Noix  Aromatique ,  que  les  Latins  appellent  Nux  Mof- 
cata  >  mjrifiica  ,  ou  i^rmatica ,  cft  à  proprement  parler  l’amende  d’ua 
/.  Partie^  C  « 


Miifcade 
mâle  Sc  fe¬ 
melle. 


Mscîs. 


I 


Mufcadcs 
Sauvages 
ou  Ivlàles. 


Azcrbcs. 


20Z  Hiftoire  generale 

fruit  de  la  grolTeur  de  nos  noix  vertes ,  que  nous  diftinguons  en  deux  ;  Sçavoir , 
en  mufeades  mâles  ou  longues ,  ou  en  mufeades  femelles ,  ou  rondes ,  ou  ordi- 
naires. 

L’arbre  qui  porte  les  mufeades  eftdela  grandeur  du  pefeher  ,  &  a  fes  fcüillcs 
à  peu  prés  de  même  au  rapport  de  Dalecliamp  ,  â  la  referve  qu  elles  font  plus 
courtes  ôc  plus  étroites ,  après  lefquclles  naît  un  fruit  de  la  grofleur  des  noix , 
ou  des  abricots.  Cet  arbre  ,  félon  Monfieur  Tavernicr  ,  ne  fc  plante  point  i 
mais  il  naît  par  le  moyen  de  certains  oifeaux  qui  viennent  des  Illcs  de  vers  le 
midy  qui  avalent  les  mufeades  toutes  entières ,  &  les  rendent  de  mêmes  lans  les 
avoir  digéré ,  &  que  ces  noix  étant  alors  couvertes  d’une  matière  vifqueufc  ôc 
gluante,  &  venant  â  tomber  â  terre  elles  prennent  racines ,  &produifent  un  ar¬ 
bre  qui  ne  viendroit  pas  fi  on  le  plantoit  de  la  maniéré  des  autres. 

La  Mufeade  eft  aufli  une  marchandife  dont  il  n’y  a  que  les  Hollandois  qui  en 
font  les  maîtres ,  parce  qu’il  n’y  a  gucre  que  les  Illcs  de  Nero,de  Lontour,  de 
Pouleay ,  de  Rofgain ,  de  Polcron ,  de  Granapuis ,  &  de  l’Illc  Dame  dans  la  gran¬ 
de  Iflc  de  Banda  dans  rAfic,&  non  pas  dans  les  Indes  Occidentales ,  ainfi  qu’un 
nouveau  Auteur  le  dit  ,  &  il  eft  remarquable  que  fi  peu  de  terroir  puif- 
fe fournir  atout  TUnivers  des  mufeades.  Ce  qui  ne  fera  pas  difficile  à  croire  , 
quand  on  fi^aura  que  ces  Illcs  font  fi  peuplées  de  mufeadiers ,  que  c’ell  une  cho¬ 
ie  prefquc  incroyable.  Et  de  plus,  c’ cil:  que  ces  Illes  font  fur  un  Climat  fi  bon, 
que  ces  arbres  font  tnûjous  chargez  de  Fleurs  &  de  Fruits  ,  &  que  la  récolte 
s'en  fait  trois  fois  l’année  ;Sçavoir,  en  Avril,  en  Aouft,  &  en  Décembre.  Celle 
d’ Avril  font  beaucoup  plus  cllimées  que  celles  qui  ont  été  cueillie  en  Aouft 
&  en  Décembre  5  &  ce  Climat  eft  fi  tempéré  que  les  hommes  y  vivent  jufqu’â 
fix  vingt  ans ,  &  n’ont  autre  fouci  que  de  boire ,  de  manger  ,  de  dormir  ,  &  fc 
promener ,  pendant  que  les  femmes  s’occupent  â  feparer  le  brou  des  mufea¬ 
des,  de  faire  fccher  le  maqis,  &dccallcr  les  coques  dans  quoy  font  les  Mufea¬ 
des  i  étant  la  principale  marchandife  du  pays ,  de  prcfque  tout  ce  qu’ils  ont  pour 
vivre. 

Les  Mufeades  que  nous  vendons  ne  font  donc  â  proprement  parler  que  l’a¬ 
mende  de  ces  fruits ,  qui  font  couverte  d’une  coque  dure ,  mince  ,  &  noirâtre. 
Delfus  cette  coque  il  s’y  trouve  une  enveloppe  qui  ne  couvre  en  partie  que  la 
coque  qui  eft  minée  de  rougeâtre,  d’une  odeur  fuave  de  d’un  goût  aromatique, 
qui  eft  ce  que  nous  appelions  Macis ,  de  du  vulguairc  ,  qüoyque  mal  â  propos , 
fleur  de  mufeade.  Après  le  Macis  il  y  a  le  Brou,  qui  eft  vert  qui  n’eft  d’aucun 
iifigc  j  ainfi  l’on  peut  remarquer  par  ce  que  je  viens  de  dire, que  la  Mufeade  a 
trois  enveloppes  ou  couvertures  :  S(javoir ,  la  Coque ,  le  Macis ,  &  le  Brou ,  de  non 
deux ,  comiULC  un  Auteur  nouveau  le  marque  ,  de  la  chofe  eft  fi  réelle  que  pour 
le  peu  que  l’on  fc  donne  la  peine  de  couper  une  mufeade  confite  en  deux ,  l’on 
y  trouvera  les  trois  parties  que  je  viens  de  décrire. 

Les  arbres  qui  portent  les  Mufeades  femelles,  ou  ordinaires,  ne  vicnneni  que 
dans  les  lieux  cultivez,  Ô^cenx  qui  portent  les  mufeades  longues ,  viennent  dans 
les  bois  de  forefts ,  c’eft  ce  qui  fait  que  les  Hollandois  appellent  ces  mufeades 
Mufeades  mâles  ou  Sauvages  j  mais  comme  elles  font  peu  ufitées  âcaufe  quel¬ 
les  font  prcfque  fans  aucun  goût  ny  odeur,  ainfi  denuez  de  vertu  -,  c’eft  le  fu- 
jet  pourquoy  nous  n’en  voyons  que  très  rarement.  Ces  mufeades  mâles  étoient 
appcllces  de  nos  anciens  Azerbes. 

Pour  ce  qui  eft  des  mufeades  ordinaires ,  on  les  doit  choifir  en  forte  ,  c’eft  à 
dire  telles  qu’elles  viennent  d  Hollande  ,  bien  fleuries ,  pefantes ,  unies ,  d’un 


des  Drogues ,  Livre  VIT.  203 

gris  blanchâtre ,  au  delTus  d’une  belle  maibrcurc ,  rougeâtre  en  dedans  ,  accom¬ 
pagné  d’une  humeur  gralTe  &  ondtueufe  ,  qui  font  les  marques  de  leur  nou¬ 
veauté  ,  &  qu’étant  râpé  (oient  d’une  odeur  (uave,  &  mife  dans  la  bouche,  ayent 
un  goût  chaud ,  piquant ,  &  aromatique.  A  l’égard  du  petit  trou  qui  fc  rencon¬ 
tre  aflez  ordinairement  aux  mu(cadcs  ,  c’ell  une  erreur  populaire  de  croire  que 
cela  luy  diminue  fa  qualité  i  car  il  n’y  a  point  de  mufeade  où  il  n’y  aye  ce  petit  trou  -, 
en  ce  que  aulTi-tot  quela  petite  peau  qui  en  cil:  comme  le  germe,  en  cll;  levée, 
l’on  découvre  ce  petit  trou. 

L’ufagc  des  mufeades  eft  h  connus  qu’il  cft  inutile  de  m’y  arrêter  ,  je  diray 
leulcment  quelle  clt  quelque  peu  ufitée  en  médecine ,  &  qu’étant  battue  avec 
du  fucrc  on  en  fait  une  poudre  qui  cft  admirable  prifc  dans  du  vin  chaud  pour 
guérir  le  rhume  qui  vicnd  de  caufe  froide  ,  &  l’on  a  donné  à  cette  poudre  le 
nom  de  Poudre  Duc  jla  doze  ordinaire  eft  fur  une  livre  de  fucre,  deux*  onces  de  Pouàre 
mufeade,  quelques-uns  y  ajoutent  de  laCancllc.  Leshabitans  de  l’ifle  d.  Banda 
confifent  ces  mufeades  étant  encore  vertes,  &  nous  font  apportées  par  les  Hol- 
landois ,  quelquefois  avec  du  (irop,  &  quelquefois  aufli  fans  (irop  ,  mais  fous 
poudré  de  fucrc  en  poudre. 

Ces  mufeades  confites  font  une  des  meilleures  confitures  que  nous  ayons  j 
ccant  fort  propre  pour  fortifier  l’cftomac,  &  pour  rétablir  la  chaleur  naturelle 
fies  vieillards  ^  mais  leurs  principal  ufage  eft  pour  porter  fur  mer  ,  particulière¬ 
ment  par  les  Septentrionnaux  qui  font  fort  amateurs  de  ces  fortes  de  confitu¬ 
res  j  clics  doivent  être  les  plus  groifes ,  les  plus  nouvelles  que  faire  fc  pourra ,  ne 
fentant  n’y  l’aigrc  ny  le  moify. 

A  l’égard  de  l’huile  de  mufeade  que  nous  f^jfons  venir  d’Hollande,  je  diray 
que  l’on  la  doit  rejetter  ,  n’étant  prefque  que  du  beurre  trais,  c’eft  ce  qui  fait  mufeade 
que  les  Apoticaircs ,  ou  autres  perfonnes  qui  en  auront  befoin,  feront  beaucoup 
mieux  de  la  faire  eux  mêmes  que  d’acheter  celle  que  nous  vendons ,  &  que  nous 
faifons  venir  d’Hollande  ,  àc  par  ce  moyen  feront  aifuré  davoir  de  la  véritable 
huile  de  mufeade ,  5c  C  clic  ne  leur  reviendra  pas  à  un  écu  par  livre  davantage. 

La  véritable  huile  de  mufeade  doit  être  épaillc ,  d’un  jaune  doré ,  d'une  odeur 
fuave& aromatique, &  d’un  goût  chaud  5c  piquant. 

La  manière  de  faire  cette  huile  cft  fort  facile,  n’y  ayant  qu’à  pulvcrifcr  grof- 
fiercment  les  mufeade  ,  5c  les  mettre  dans  un  tamis  de  crin  fur  une  badine  d’eau 
boüillantc ,&  couvrir  le  tamis  d’une  toile  de  crin  double  5c  d’un  plat,  &  lorf- 
que  le  cul  du  plat  aura  été  chaufté  par  la  vapeur  de  l’eau  boüillante  ,  on  ren- 
Verfera  le  tamis  fiir  le  plat,  &:  avec  toutes  les  diligences  pofiibles ,  on  prendra  les 
quatre  coins  de  la  toile  que  l’on  noücra  avec  une  corde  le  plus  fort  qu’il  fc  pour¬ 
ra,  5c  ayant  mis  ces  mufeades  ainfi  échauffées  dans  une  pieffe  entre  deux  pla¬ 
ques  chaudes,  5c  preffer  enfuite  le  plus  également  5c  le  plus  vite  que  Ton  pour¬ 
ra,  il  en  découlera  une  huile  dorée  qui  fc  congèlera  à  mefurc  quelle  tombera  , 
dans  le  plat.  On  peut  tirer  par  la  diftillation  des  mufeades  une  huile  claire  5c 
fort  odorante,  qui  a  les  mêmes  qualitez  que  celles  qui  a  été  faite  par  exprclTion, 
mais  elle  revient  à  beaucoup  plus.  Ution. 

L’une  5c  l’autre  huile  de  mufeade  font  doüées  de  tres-grandes  proprietcz ,  tant 
prifes  intérieurement  qu’ extérieurement,  étant  fort  ftomacales. 

Pour  ce  qui  cft  du  Macis  ,  qui  eft  l’enveloppe  de  l’écorce,  qui  reforme  la  mulL 
cade,  on  le  doit  choifir  en  larges  fcüilles,lc  plus  haut  en  couleur  ,  5c  le  moins 
rempli  de  menu  que  faire  fc  pourra,  &  qu’il  foit  d’un  goût  fort  chaud  5c  fort 
aromatique.  Quelques-uns  afl'urcnt  que  le  Macis  étant  nouveau, &  tout  fraî- 
chcmpnt  découvert  de  fon  brou  ,  cft  rouge  comme  de  l’écarlatte,  5c  qu’à  me^ 

/.  Pâme.  ^  Ce  ij  ^ 


Huile  de 
Macis. 


204  Hiftoire  generale 

fure  qu’il  vieillit  fa  couleur  fe  perd ,  &  devient  tout  blanc. 

On  peut  tirer  du  Macis  une  huile  par  expreflion ,  comme  de  la  mufeade,  on 
en  peut  tirer  auffi  une  par  la  diftillation  j  mais  comme  ces  deux  huiles  revien¬ 
nent  à  beaucoup  plus  que  celles  des  mufeades ,  c’eft,  le  fujet  pour  lequel  on  en 
fait  que  tres-peu  ,  quoyque  ces  deux  fortes  d’huiles  foient  doüées  de  grandes 
proprietez. 

A  l’égard  de  l’écorce ,  du  tronc ,  &  des  branches  du  mufeadier ,  le  peu  qui  s’en 
confomme  ne  mérité  pas  d’en  parler  ,  à  caufe  qu’elle  nous  eft  apportée  que 
fort  rarement ,  &  à  caufe  delà  grande  reffemblance  quelle  a  avec  le  Coftus 
blanc,  &  qu’elle  en  a  à  peu  prés  le  goût.  Quelques-uns  vendent  ce  Coftus  au 
lieu  de  l’écorce  de  l’arbre  des  mufeades ,  à  quoy  il  faut  prendre  garde. 


CHAPITRE  XIIL 

Du  Caffè, 


E  Calfé ,  Colfé ,  CofB ,  Cahui  i/ut  Caoua,  Buna,  Bonca,  Bonco, 

_ _ jBunnu ,  Buna ,  Bon ,  Ban ,  ou  ElKaric ,  eft  fuivant  '  un  Auteur  nouveau ,  le 

fruit  d’une  plante  dont  la  tige  reflemble  à  celle  de  nos  feu'és  domeftiques  ; 
mais  comme  c’eft  une  perfonne  fur  qui  je  ne  peut  faire  fonds ,  j’ay  mieux  aimé 
m’en  tenir  à  ce  qu’en  a  écrit  Bauhin,  Auteur  célébré,  &  rc^û  de  tout  ce  qu’il  y  a 
d’habiles  gens ,  qui  dit  que  le  bon  eft  le  fruit  d’un  arbre  dont  la  fcmcncc  nous 
eft  apportée  de  l’Arabie  heureufe ,  &  que  l’arbre  eft  femblable  au  Fufin  ,  ou 
Bonnet  de  Prêtre ,  &  que  ces  feüilles  font  épaiffes  &  toûjours  vertes  ,  dont  cy- 
deflus  eft  la  figure  que  j’ay  fait  tirer  après  luy  ,  à  laquelle  j’ay  neanmoins  fait 
ajoûter  la  figure  du  CafFé  telle  qu’il  fort  de  l’arbre. 

On  doit  choifirleCaffé  verdâtre,  nouveau,  ne  fentant  lemoify,  d’un  grain 
de  moyenne  grolfeur  ,  ce  qui  luy  a  fait  donner  le  nom  de  Caffé  de  la  petite 
cpinoche , le  moins  rempli  de  grains,  tel  qu’il  fort  de  l’arbre,  ou  de  coques  vui- 


des  Drogues,  Livre  VIL  205 

des.  En  un  mot,  le  mieux  mondé  &  le  moins  rempli  de  grains  deCaffé,  fccsôC 
arides ,  qu  il  fera  poflible. 

A  l’égard  de  ceux  qui  en  feront  venir  de  Marfeille,  ou  qui  en  achèteront  des 
balles  entières ,  prendront  garde  que  le  cul  des  balles  n’ayent  été  moüillées ,  en 
ce  que  dés  que  cette  marchandife  a  foulfcrt ,  elle  fe  gâte ,  &  corromp  le  refte  de 
la  balle,  à  quoy  l’on  doit  bien  prendre  garde. 

Le  Calfé  n’a  autre  ufage  qu’aprés  avoir  été  brûlé  pour  faire  une  boilTon  avec 
de  l’eau  &  du  fucre,  &  cette  boill’on  a  plus  ou  moins  de  propriété,  fuivant  que 
ceux  qui  le  confomment  l’aiment. 

Outre  la  grande  confommation  que  l’on  fait  du  Caffé  pour  le  brûler,  depuis 
quelque  temps  l’on  s’eft  avifé  de  le  faire  boüillir  ,  &  de  le  manger  en  guifc  de 
poids  :  ce  qui  eft  bien  contraire  de  ce  qu’en  a  dit  l'Auteur  du  Traité ,  du  Thé  , 
du  CalFc ,  &  Chocolat ,  qui  dit  à  la  page  5)1.  de  fon  Livre ,  en  ces  termes  :  A  l’é¬ 
gard  de  la  graine  du  Cafté ,  clic  a  tant  de  folidité  qu’on  ne  peut  n’y  l’amolir , 
ny  la  cuire ,  foit  en  la  faifant  tremper ,  foit  en  la  faifant  boüillir  dans  l’eau  :  ce 
qui  eft  faux ,  ainfi  que  l’cxperience  nous  le  montre ,  à  moins  que  le  caffé  n’aye 
changé  de  nature  depuis  l’année  1687.  qu’il  a  fait  fon  livre. 

A  l’égard  du  choix  du  Caffé  brûlé  &  en  poudre  ,  la  connoiffancc  en  eft  affez  caff.:- 
difficile ,  parce  que  les  uns  le  brûlent  plus  les  autres  moins  ;  ainfi  la  meilleur  con-  p*"®' 
ïioiffance  que  j’en  puis  donner ,  c’ eft  de  l’acheter  d’honnêtes  gens,  &  qu’il  foit 
le  plus  nouveau  préparé  qu’il  fera  poflible-,  car  on  prétend  que  le  Caffé  étant 
vieux  préparé,  qu’il  eft  évanté  &  qu’il  a  perdu  de  fa  force. 


CHAPITRE  XIV, 

Du  Cacaos, 


Le  Cacaos  que  les  Ameriquains  appellent  Cacavi,  eft  un  fruit  de  differentes 
groffeurs  \  mais  la  plus  ordinaire  eft  celle  d’une  amande  qui  fe  trouve  unie 

C  c  iij 


2o6  Hifloire  generale 

cnfemble  dans  une  efpecc  de  coque ,  ny  plus  ny  moins  que  font  les  grains  de 
grenades  il  y  a  de  fes  coques  qui  en  renferment  jufquà  des  foixantes  &  qua¬ 
tre-vingt.  A  l’égard  de  la  figure , feüilles  &  fruits  entiers  de  ces  arbres  ,.elle  fc 
trouvera  cy-deflus  reprefentée ,  qui  eft  tirée  fur  l’original  que  M.  de  Tournefort  a 
entre  fes  mains.  Les  feüillcs  en  font  vertes,  &:  les  huits  étant  fur  l’arbre  &  en 
leurs  maturité,  font  d’une  tres-belle  couleur  jaune,  &:  par  côtes  comme  le  melon. 

M.'Vi^ormes  dans  fon  livre  à  la  page  191.  fait  mention  qu’il  y  a  quatre  fortes 
d’arbres  qui  portent  le  Cacaos  ,  dont  le  premier  &  le  fécond  lont  appeliez 
•  CacAhuacjuahuitl.  Le  troifiéme,  Xnchïcacahaaquxhuitl.  Le  quatrième  >  Tlacacahud^ 
qaahuitl.  Ce  qui  fc  rapporte  alfez  aux  quatre  fortes  de  Cacaos  que  nous  vendons, 
qui  viennent  alfurément  de  differens  arbres  ,  dont  le  premier  &  le  meilleur,  eft 
appellé  gros  &  petit  Caraque,à  caufe  de  la  Province  de  Nicaraga,  d’où  ces  for¬ 
tes  de  Cacaos  nous  font  apportez.  Le  troifiéme  le  quatrième ,  font  appeliez 
gros  &  petit  Cacaos  des  iQeS ,  parce  qu’il  vient  des  Ifles  de  l’ Amérique  ,  &c  de 
Saint  Domingue.  Le  plus  cftimé  de  ces  quatre  fortes  de  Cacaos  ,  eft  le  gros 
Suqiic  Caraque ,  principalement  pour  la  compofition  du  Chocolat ,  qui  eft  fon  princi- 
fic  des  Ifles  ufage  i  car  pour  le  peu  qu’il  s’en  mange  tel  qu’il  nous  vient,  cela  ne  mérite 
pas  d’en  parler.  Ce  Cacaos  pour  être  de  la  bonne  qualité ,  il  doit  être  gros  ,  pe- 
fant ,  nouveau ,  noirâtre  au  deftus  ,  &  d’un  rouge  foncé  au  dedans  ,  d’un  bon 
goût,  ne  fentant  le  moify.  Et  le  petit  Caraque, le  plus  approchant  des  qualitcz 
du  gros  qu’il  fera  poftible.  A  l’égard  du  Cacaos  dcslftes,  iur  tout  le  gros,  plus 
il  approche  des  qualitez  du  gros  Caraque,  plus  il  eft  eftimé.  Pour  ce  qui  eft  du 
petit  il  eft  tres-pcLi  en  ufage,  à  caufe  de  fa  méchante  qualité,  &  que  le  Choco¬ 
lat  qui  en  eft  fait ,  ne  vaut  rien  du  tout,  comme  il  le  verra  par  la  fuite. 

Quelques  Auteurs  difcnt  que  le  Cacao  eft  fi  en  ulage  dans  le  Mexique,  qu’il 
eft  la  principale  boilfon  des  habitans  du  pays ,  6c  que  même  il  fert  pour  donner 
Cacaos  en  l’aumônc  aux  pauvres.  Outre  le  Cacaos  ordinaire,  on  nous  en  envoyé  des  Ifles  de 
tout  grillé  &  mis  en  pains  de  differentes  groffeurs. 


CHAPITRE  XV. 

Du  Chocolat. 

Nous  vendons  de  pluficurs  fortes  de  Chocolat ,  qui  ne  different  que  fui- 
vant  leur  beauté  &  bonté  ,  &  fuivant  les  drogues  dont  il  eft  compofé, 
6»:  les  pays  où  il  a  été  fabriqué.  Et  le  meilleur  Chocolat  &  le  plus  beau  ,  eft  ce- 
luy  que  nous  faifons,  ou  faifons  faire  a  Paris,  fur  tout  quand  il  a  été  fait  avec 
le  gros  Caraque,  ôi  que  l’on  y  a  employé  de  beau  fucre,  de  bonne  Canelle,  &: 
de  belles  &  bonnes 'Vanilles.  En  un  mot,  quand  il  fort  des  mains  d’un  honnête- 
homme,  &  quilc  ferait  bien  préparer  ,  &  que  l’oH  y.  plaint  point  l'argent  j  car 
c’eft  une  chofe  impoflible  de  donner  de  bon  Chocolat  à  bon  marché  ,  ainjS 
que  le  font  la  plufpart  de  ceux  qui  etabliffent  des  Chocolats  à  des  prix  fi  mé¬ 
diocres  que  le  beau  fucre  coûte  prcfque  autant  que  leur  Chocolat.  Ainfi  on 
fera  donc  averty  de  ne  point  ufer  de  tous  ces  Chocolats  des  Indes ,  ou  d’Efpagne , 
de  Portugal ,  &  de  Saint  Malo  ,  dont  les  deux  premiers  ont  toujours  pafle  pour 
être  les  meilleurs  5  mais  pour  prefentement  on  doit  être  feur  qu’il  n’y  a  point  de 
Villes  au  monde  où  l’on  faffe  mieux  le  Chocolat  qu’à  Paris.  Jen’ay  pas  jugé  à 
propos  d’en  mettre  icy  la  compofition,  pufqu’il  y  a  des  livres  imprimez  qui  en 


des  Drogues,  Livre  VIL  207 

font  mention  où  l’on  trouvera  les  divcrfcs  maniérés  de  compofer  le  Chocolat  j 
où  un  chacun  prendra  celle  qui  luy  conviendra  le  mieux.  On  fera  cependant 
averty  de  ne  point  s’entêter  a  vouloir  avoir  de  la  Fleur  d’Orejcvalla ,  comme  le 
marque  le  Sieur Blcgny  dans  fon  livre,  parc^ que  c’eft  une  drogue  que  je  crois 
ctre  imaginaire ,  m’ayant  été  impofliblc  de  f(^avoir  ce  que  ce  pouvoir  être  ,  quel¬ 
que  diligence  quej’aye  fait.  Et  le  SicurBlegni  qui  fe  dit  Auteur  de  ce  petit  livre 
dont  j’ay  parlé  cy-devant,a  raifon  de  dire  qu’il  ne  s’en  trouve  point  chez  les 
Droguillcs  5  car  luy  même  ne  m’en  a  f^û  rendre  raifon.  Quand  je  luy  ay  de¬ 
mandé  en  prefencc  d’un  honnête- homme  ce  que  c’étoitquc  la  fleur  d’Orcjcvalla, 
il  m’a  dit  que  s’il  la  fait  entrer  dans  la  compofition  du  Chocolat  Ameriquain  ou 
Indien,  qu’il  faut  qu’il  l’aye  veu  dans  quelques  livres.  A  l’égard  de  l’Achiotl,  ce 
iVcft  autre  chofe  que  ce  que  nous  appelions  Rocou  ,  qui  ne  fe  fait  pas  comme 
le  dit  cet  Auteur  j  mais  comme  il  fe  verra  cy-aprés  à  fon  lieu  &  place  ,  &  s’il 
avoir  Gjû  que  l’ Achiotl  eût  été  le  Rocou ,  il  y  a  tres-peu  d’Epiciers  qui  ne  luy  en 
enflent  donné ,  &  n’auroit  pas  mis  dans  fon  Livre  qu’il  ne  s’en  trouve  point  chez 
les  Droguiftes. 

A  l’égard  desNoifettes  Indiennes ,  ou  Ameriquaincs ,  je  ne  f^ay  ce  qu’il  entend 
par-là,  &  jcn’ay  tenu  compte  de  luy  demander,  de  peur  qu’il  ne  me  fit  pareille 
réponfe  que  celle  qu’il  me  fit  au  fujet  de  la  Fleur  d’Orjevala.  Je  diray  cependant  que 
nous  vendons  fous  les  noms  de  Noix  d’Inde  les  Cocos,  les  Arcca,  les  mufeades 
mâles  &  femelles.  Je  ne  veux  neanmoins  pas  dire  que  ce  foitlcs  amendes  des  Cocos^ 
qui  entrent  dans  la  compofition  de  ce  Chocolat ,  n’en  étant  pas  certain. 


CHAPITRE  XVI. 


Des  Vanilles, 


E?  Vanilles ,  fuivant  le  Siêür  F.  RouflSüTeftûne  gouffe  d’enviroa  un  demy 
J  pied  delongjSc  de  la  groflèur  du  petit  doigt  d’un  enfant, qui  pend  à  une  plants 


2o8  Hiftoire  generale 

de  douze  à  quinze  pieds  de  haut ,  &:quife  rame  comme  nos  arieots  j  c’eft  pour- 
quoy  elle  cft  le  plus  fouvcnc  le  long  des  murailles  ,  ou  au  pied  de  quelques  ar¬ 
bres,  ou  de  quelques  échalas,  ou  autres  choies  l'emblables  où  elle  le  foûtient. 
Elle  a  fa  tige  ronde  &  difpofée  par  nœuds  ,  comme  une  canne  à  fucre  ;  de 
chaque  nœud  il  fort  des  fcüillés  larges ,  cpailfes ,  &  de  la  longueur  du  doigt , 
qui  font  vertes  aufli-bicn  que  fa  tige,  retire  alfez  a  celle  du  grand  Plantin , 
apres  lefquelles  fortent  des  goulfes  vertes  au  commencement ,  jaunâtre  dans  la 
fuite, &  qui  brunilTcnt  à  mefure  quelles  meurillent.  Lorfquclles  font  meures, 
les  Mexiquains,  ceux  de  Gatimalo&deS.Domingue,les  cueillent ,  les  lient  par 
les  bouts,  &lcs  mettent  a  l’ombre  pour  les  faire  fecher.  Lorfqu’clles  font  fcches  ÔC 
en  état  d’être  gardées  ,  ils  les  frottent  avec  de  l’huile  ,  pour  empêcher  qu’elles 
ne  fe  fechent  trop ,  &  qu’ elles  ne  fe  brifcnt  ,  &  cnfuite  ils  les  mettent  par  pac- 
quets  de  cinquante  ,  de  cent ,  ou  de  cent  ‘cinquante  ,  pour  nous  les  envoyer. 
Cependant  il  y  en  a  d’autres  qui  plus  foigneux  du  gain  que  de  leur  confcicncc, 
les  iailfent  fur  la  plante  jufqu’à  ce  qu  elles  crèvent  par  leur  trop  grande  maturité } 
mais  auparavant  ils  ont  mis  delTous  la  plante  des  petits  Goblcts  de  terre,  pour 
en  recevoir  un  baume  noir  &  odorant  qui  en  découle ,  lorfqu’ils  n’en  décou¬ 
le  plus  rien ,  ils  cueillent  les  goulfes ,  &  y  mettent  à  la  place  du  bcaume ,  des  pe¬ 
tits  bâtons ,  ou  autres  chofes  fcmblablcs  ,  les  reebufent ,  ^  les  mettent  par  pac- 
quets ,  &  dans  un  état  femblable  à  celles  que  j’ay  dit  cy-dclfus  ;  c’eft  ce  qui  fait 
que  l’on  en  rencontre  quelquefois  qui  font  rccoufuës ,  &  qui  font  feches  &  de 
nul  effet. 

Les  Grands  Seigneurs  du  Mexique  font  fort  amateurs  de  ces  plantes ,  tant  à 
caufe  de  l’odeur  agréable  de  fes  goulfes ,  que.  parce  qu’ils  en  mettent  quan¬ 
tité  dans  leurs  Chocolat.  Et  les  autres  en  font  volontiers  le  commerce  â  caufe 
du  gros  profit  qu’ils  en  tirent.  Ce  font  les  Efpagnols  qui  nous  envoyent  cette 
riche  marchandife ,  â  qui  ils  ont  donné  le  nom  de  vanilU  >  qui  fignifie  en  Ef- 
pagnol  petite  guefnei  parce  que  ces  goulfes  font  faites  en  gucfncs.  Elles  font 
d’un  goût  &  â’unc  odeur  fort  agréable. 

On  choilira  les  Vanilles  bien  nourries ,  grblfes ,  longues,  nouvelles  ,  pefan- 
tes  ,  non  ridées  ,  ny  frottées  de  beaume  ,  &  qu’elles  n’ayent  point  été  mi- 
fes  dans  un  lieu  humide  ,  en  ce  que  pour  être  bonnes  elles  doivent  être  graf- 
fes  &  fort  fouplcs ,  accompagnées  d’une  agréable  odeur  ,  prenant  aufli  garde 
qu’elles  foient  égales  5  parce  que  fouvent  le  milieu  des  pacquets ,  n’cft  rcmply 
que  de  Vanilles ,  petites  &  feches,  &  de  nulle  odeur,  &  que  la  graine  du  dedans 
quieft  extrêmement  petite, foit  noire  &  luifante. 

Les  Vanilles  font  jfort  en  ufages  en  France ,  pour  mettre  dans  la  compofition 
du  Chocolat ,  &  d’autres  s’en  fervent  pour  parfumer  le  tabac.  On  prétend  que 
prifes  intérieurement  elles  foiu  très  convenables  pour  fortifier  l’eftomac. 

A  l’égard  du  Beaume  de  Vanille,  les  Efpagnols  fe  le  refervent  j  car  il  ne  vient 
;pas  jufqu’à  nous. 


des  Drogues ,  Livre  VIL 


209 


CHAPITRE  XVII. 

Des  Aca/ûux, 


LEs  Acajoux ,  ou  Cajous ,  ou  Anacardes  Antartiques ,  font  des  fruits ,  ou 
pour  mieux  dire, les  fcmcnccs  d’un  fruit  jaune  tirant  fur  le  rouge  ,  de  la 
grofleur  d’une  Poire  de  Magdeleine  ,  ou  d’une  orange.  L’arbre  jqui  porte  ces 
fruits  jfuivant  la  Lettre  du  Sieur  François  RouITcau  ,  cft  de  cinq  à  (ix  pieds  de 
haut ,  garnies  de  feüilles  ,  d'un  vert  jaunâtre  ,  &  à  peu  prés  de  la  figure  du 
Lierre,  Il  a  fes  fleurs  fort  petites,  par  touffes  ,  de  couleur  incarnat,  d’où  fort 
ce  fruit  jaune  dont  j’ay  parlé  cy-deffus  ,  âu  bas  duquel  font  attachez  ces  autres 
fruits  ou  fcmcnccs ,  de  la  grolTcur  des  châtaignes ,  en  forme  de  rognons  >  &  de 
couleur  d’olive  ,  fur  tout  lorfqu’ils  font  nouveaux ,  il  fc  trouve  une  amande 
blanche  dedans ,  laquelle  après  l’avoir  pafle  par  le  feu ,  comme  nous  faifons  icy 
les  m  arons ,  cft  un  agréable  manger  II  fc  rencontre  aufli  dans  ces  Acajous  tout  huiic  a* ah 
autour  de  l’amende  une  huile  noire  &  cauftique ,  qui  cft  un  .  bon  remède  pour 
guérir  les  corps  des  pieds,  &  pour  ôter  les  taches  de  roufleur  du  vifage. 

Les  Ameriquains  coupent  le  fruit  jaune  par  tranches  ,  le  mangent  avec  du 
fucrc  ,  comme  nous  faifons  icy  le  citron ,  tarit  pour  leurs  réjoiiir  le  coeur  qüc 
pour  fc  rafraîchir  à  caufe  que  ce  fruit  cft  rempli  d’une  eau  d’un  alfez  bon 
goût. 

On  choifira  les  Acajoux  gtos,  nouveaux,  de  couleur  d’olive.  L’amande  blan^ 
chc,qui  font  les  véritables  marques  de  leurs  nouveauté,  &  non  de  couleur  de 
châtaigne ,  qui  cft  une  marque  de  leur  maturité  &  vicillclTe.  Ce  fruit  n’a  point 
d’autre  ufage  en  France  que  pour  la  gucrifon  des  corps  des  pieds. 


Dd 


l.  Partie. 


ZIO 


Hiftoire  generale 


Huile  a’ A- 
nâcardcs. 


CHAPITRE  XVIIL 

Des  Anacardes, 

LEs  Anacardes ,  font  une  cfpcce  de  fève  qui  nous  font  apportées  des  gran¬ 
des  Indes. 

L’arbre  qui  porte  les  Anacardes  a  fes  fcüilles  verdâtres,  &à  demy  rondes  , 
apres  lefquclles  fort  des  goulfes  de  la  figure  de  celles  de  nos  grolTcs  fèves ,  dans 
lefquelles  il  fe  trouve  ordinairement  deux  Anacardes  ,  lefquelles  étant  à  demy 
meures  ,  font  de  couleur  de  Caffé  brûlé  ,  &  deviennent  d’un  noir  luifant  en 
ineurilTant. 

On  choifira  les  Anacardes  grofies ,  bien  nourries ,  nouvelles ,  feches ,  &  dont 
l’amende  foit  blanche. 

On  prétend  qae  ces  fruits  verts  font  un  dangereux  poifon  ,  au  contraire  des 
fccs  ;  après  avoir  etc  préparé  dans  le  vinaigre  ,  font  un  bon  purgatif ,  ce  qui 
ne  fe  doit  pas  faire  neanmoins  fans  l’avis  d’un  habile  médecin. 

Il  fe  trouve  dans  les  Anacardes  une  huile  comme  dans  les  Acajoux,  que  l’on 
dit  avoir  la  même  propriété. 

Les  Apoticaires  en  font  un  miel  qu’ils  appellent  Anacardin.. 


CHAPITRE  XIX. 

Des  Wermodates, 

L  Es  Hcrmodates  font  des  fruits  faits  en  cœur ,  rougeâtre  au  dclTus ,  blanc  au 
dedans ,  d’une  fubftance  legere  ,  ainfi  fort  facile  à  fe  vermoudre ,  que  l’on 
nous  apporte  d'Egypte, où  les  arbres  qui  portent  ces  fruits  croiflent  en  quan¬ 
tité.  Calque  diligence  que  j’aye  pû  faire ,  je  n’ay  pû  fçavoir  comment  étoient. 
faites  les  fleurs  &  les  feüilles  de  ces  arbres ,  je  ne  doute  point  que  l’on  ne  foit 
furpris  en  cet  article,  quand  je  dis  que  les  Hcrmodates  font  des  fruits  5  puifquc 
tout  ce  qu’il  y  a  d’Autcurs  difent  que  font  des  racines  5  mais  la  figure  des  Hcr¬ 
modates  nous  fait  tilTez  voir  le  contraire ,  étant  facile  de  juger  que  ce  font  des 
fruits  &  non  des  racines.  Et  de  plus ,  c’eft  que  l’on  m’a  écrit  de  Marfcillc  l’année 
dernicre  que  les  Hcrmodates  venoient  d’Egypte  ,  &  que  c’étoit  le  fruit  d’un 
grand  arbre. 

Quoy  qn’il  en  foit ,  on  doit  choifir  les  Hcrmodates  nouvelles ,  groffes ,  bien 
nourries, rougeâtres  defius  ,&  blanches  en  dedans  jles  plus  feches,  &  les  moins 
remplies  de  pouflierc  que  faire  fe  pourra.  C’eft  une  marchandife  de  laquelle  il 
ne  faut  pas  faire  grande  provifion ,  étant  fort  facile  â  fe  vermoudre  comme  j’ay 
déjà  dit. 

Les  Hcrmodates  font  fort  ufitées  en  médecine  ,  entrant  dans  plufieurs  com- 
pofitioQs  galleniques. 


ir 


des  Drogues ,  Livre  Vil. 


2  I  I 


CHAPITRE  XX. 


Des  Jùïubes. 


LEs  Jujubes  font  les  fruits  d’un  arbre  qui  croît  communément  en  Provence, 
mais  principalement  dans  le  Jardin  d’Hyercs,  proche  Toulon,  où  il  y  en  a 
une  fi  grande  quantité,  que  prefque toutes  celles  que  nous  vendons  en  viennent 
par  Auriole  &  par  Marfcille. 

L’arbre  qui  les  porte  eft  d’une  moyenne  hauteur ,  &  il  a  fes  fciiilles  verdâtres, 
minces ,  &  nerveufes  ,  apres  lefquelles  naiflent  des  fruits  de  la  grofleur  du 
bout  du  pouce  ,  verts  au  commencement ,  &  qui  rougiflent  à  mcfiire  qu’ils 
meuriffent. 

On  choifira  les  Jujubes  nouvelles ,  groffes ,  bien  nourries,  charnues  ,  &  de  la 
bonne  forte , qu’elles  ayent  été  bien  fechées ,  afin  quelles  fe  puiffent  garder  au 
moins  deux  années ,  à  quoy  doivent  prendre  garde  ceux  qui  en  font  venir  des 
cailfes  entières,  parce  que  fi  elles  ont  été  renfermées  trop  toft  elles  s’échauffent, 
fc  ^ourriffent ,  ou  ce  noirciffcnt.  On  doit  prendre  garde  aufli  qu’elles  n'aycnt 
été  moüillces  en  venant ,  ou  qu’elles  n’ayent  été  renfermées  dans  un  lieu  hu¬ 
mide,  &  ceux  qui  auront  beaucoup  de  cette  marchandifcj  auront  foin  d’y  re¬ 
garder  fouvent ,  furtout  quand  ces  fruits  n’ont  pas  été  bien  fechez  ,  ou  qu’ils 
ont  été  cueilli  trop  meurs  j  car  fans  un  foin  particulier  on  ell  en  rifque  de  tout 
perdre.  Q^nd  on  verra  qu’ils  commenceront  a  s’échauffer,  on  les  déballera 
au  plûtôt  pour  les  étendre  fur  le  plancher  pendant  un  jour  ou  deux  ,  oii  l’on 
s’en  défera  à  quelque  prix  que  ce  Toit ,  principalement  fur  la  fin  de  l’Eté  , 
lorfque  l’on  fixait  que  la  récolté  en  doit  être  bonne  i  &  il  arrive  quelquefois  que 
/.  Partie.  D  i  ij 


Gluë  A’A- 
Icxandric. 


CUië  or¬ 
dinaire. 


2 1 Z  Hiftoire  generale 

la  récolte  n’en  étant  pas  abondante  ,  elles  deviennent  rares  &  augmentent  de 
prix  confiderablement  dans  l’arriere  faifon. 

On  fera  encore  averty  de  ne  point  déballer  les  cailTes  lorfqu’elles  ont  été 
bien  fechées  ,  &  qu  elles  font  bien  conditionnées  ,  parce  qu  elles  fe  confervent 
beaucoup  mieux  quand  elles  n  ont  point  été  mifes  à  l’air ,  &  quelles  ont  été  fer¬ 
rée  dans  un  lieu  temperé. 

Les  Jujubes  font  d’un  ufage  fi  connus  en  France ,  qu’il  eft  inutile  d’en 
parler. 


CHAPITRE  XXL 
£)âs  Seheftes. 

LEs  Sebeftes  font  des  fruits  noirâtres ,  qui  nous  font  apportez  par  Marfeille 
des  environs  de  Seide  au  Levant. 

L’arbre  qui  les  porte  eft  de  la  hauteur  de  nos  arbres  fruitiers ,  qui  a  fes  feüil- 
les  vertes  femblables  à  celles  du  prunier,  excepte  qu’elles  font  un  peu  plus 
rondes.  Ses  fleurs  font  blanchâtres  en  forme  d’étoile  ,  d’où  fort  un  fruit  de  la 
grofleur  du  bout  du  petit  doigt ,  &  il  eft  attache  a  la  branche  par  ce  petit  calice 
blanc  que  nous  luy  voyons. 

On  choifira  les  Sebeftes  nouvelles ,  bien  nourries ,  charnues ,  d’un  brun  noi¬ 
râtre  au  deflus ,  garnies  de  leurs  bonnets  blancs ,  qui  eft  la  marque  cfTenticlle  de 
leurnouvciutc,  &  quelles  n’ont  point  été  lavées  ny  frottées.  La  chair  en  doit 
être  douce  ,  vifqueufe d’un  brun  rougeâtre  &  molace ,  &  il  faut  rejetter  celles 
qui  font  d’un  noir  luifahè  ,  qui  font  enflées  ,  &  dont  la  plufpart  des  bonnets 
font  ôtez,  qui  eft  une  marque  quelles  ont  été  relavées  ,  aufli-bien  que  celles 
qui  font  dures  ,  petites  &  rougeâtres. 

La  maniéré  de  conferver  les  Sebeftes  eft  toute  femblable  a  celle  que  j'ay  expli¬ 
quée  en  parlant  des  Jujubes ,  &  leurs  qualitcz  fe  rapportent  tellement ,  qu’elles  ne 
s’employent  gueres  l’une  fans  l’autre.Les  Egyptiens  tirent  de  fes  fruits  une  gluë , 
qui  eft  appellée  gluë  d’Alexandrie.  Mais  comme  cette  gluë  ne  vient  pas  juf- 
qu’icy  ,  nous  nous  fcrvons'de  celle  qui  fe  fait  en  divers  endroits  de  France,' 
comme  en  Normandie  &  devers  Orléans.  Cette  gluë  fe  fait  en  mettant  l’écorce 
du  milieu  tendre  &  verte  du  grand  Houx,  dans  des  tonneaux ,  pourrir  à  la 
cave,  &enfuite  on  la  bac  dedans  des  mortiers  jufqu’à  ce  que  le  tout  foit  ré¬ 
duit  en  pâte ,  &  après  l’avoir  bien  maniée  &  lavée  dans  l’eau  ,  on  la  met  dans 
des  barils  pour  l’envoyer  en  differents  endroits. 

Le  choix  delà  gluë  eft  d’etre  verdâtre  ,  la  moins  puante  &  la  moins  remplie 
d’eauquefairefe  pourra. 

L  ufage  de  la  gluë  ,  après  avoir  été  maniée  avec  de  1  huile  eft  pour  prendre 
desOyfcaux,  ou  autres  animaux  de  pareille  nature.  La  gluë  peut  fe  conferver 
lon<T-tcmps  dans  la  cave,  poutveu  qu’il  y  ait  toujours  de  l’eau  deflus. 


li^ll 


des  Drogues.  Livre  VII 


Des  Dattes. 


J'yuit  ^  J^a/micr 

Je  iXflt  Je  CeJat 


fioux  dcHlaUn 


frorhia^ 


TalrJin 


Je  levant 


LEs  Dattes  font  des  fruits  dont  nous  en  vendons  de  trois  fortes.  Les  meil¬ 
leurs  viennent  ÔdcroilTent  dans  le  Royaume  de  Tunis.  Il  en  vient  aulli  de 
Salé,  mais  elles  font  maigres  &  feches ,  &  dilferent  beaucoup  de  celles  de  Tunis, 
qui  font  gralTes  &charnués.  On  nous  en  apporte  encore  de  Provence,  qui  font 
d’une  tres-bclle  vente,  étant  groITcs,  charnu  es,  blondes  au  delTus  &  blanches  en 
dedans  j  mais  pour  le  peu  quelles  foient  gardées ,  les  vers  s’y  mettent.,  &  elles  fe 
rident  &  fe  feenent  d’une  manière  qu’elles  font  indignes  d’entrer  dans  le  Corps- 
humain,  ce  qui  caufe  une  groITc  perte  à  ceux  qui  en  font  chargez. 

L’arbre  qui  les  porte  eft  le  Palmier ,  &  cet  arbre  eft  fi  connu  de  tout  le  monde  qu’il 
cft  inutile  de  m’y  arrêter ,  aufli-bien  qu’à  la  fable  que  l’on  en  dit  :  Q^e  la  Palme 
femelle  ne  rapporte  point  que  le  male  ne  foit  vis  à  vis ,  &  que  les  feüilles  ne  fe  tou¬ 
chent.  Ce  qui  n’a  guere  de  rapport ,  puifqu’il  y  a  quantité  de  Palmiers  chargez 
de  Dattes ,  qui  font  feuls  parmy  la  campagne. 

On  choifira  les  dattes  nouvelles ,  bien  nourries ,  charnues ,  d’un  jaune  doré  au 
deflus,  &  blanche  au  dedans,  d’un  goût  doux,  fucré,  &  fort  agréable.  Celles 
de  Tunis  font  beaucoup  meilleur  &:  plus  de  garde ,  que  celles  de  Salé  &  de  Pro¬ 
vence,  comme  j’ay  déjà  dit. 

Les  Dattes  ou  fruits  du  Palmier  font  fi  communs  ,  qu’ils  fervent  de  nour¬ 
riture  à  plus  de  cent  millions  d’ames  ;  mais  pour  ce  qui  cil  d’icy  on  ne  s’en  fert 
que  pour  faire  des  Ptifannes  pedorales ,  avec  les  Jujubes  &  les  Sebeftes.  Qi^l- 
ques-uns  en  mangent  comme  des  autres  fruits ,  elles  ont  encore  quelque  peu 
d’ufage  dans  la  médecine,  en  ce  qu’ elle  entre  dans  quelques  compofitions  gal- 
len  iques,  comme  le  Diaphenix  autres. 

D  d 


214 


Hiftoire  generale 


CHAPITRE  XXIII. 


[ Huile  de  Palme. 

L’Huile  de  Palme  ,  ou  Huile  du  Senega ,  ou  Pumicin ,  cft  une  liqueur  onc- 
tueufe ,  &  épaiffe  comme  du  beurre ,  d’un  jaune  doré ,  d’une  odeur  de 
ce ,  ou  d’iris  ,  principalement  quand  elle  eft  nouvelle  &  véritable. 

Cette  huile  eft  tirée  par  ébulition,  ou  par  exprtflion ,  de  l’amende  ,  d’un  fruit 
qui  croit  par  trochets  ,  de  la  grofleur  d’un  œuf,  &  il  y  a  de  ces  trochets  qui 
en  portent  jufqu’à  cent. 

L’arbre  qui  les  porte  eft  une  cfpece  de  palmier ,  qui  croit  communément  en 
Affrique ,  furtout  au  Senega  &  au  Brcfil. 

Les  Affricains  tirent  cette  Huile  de  la  même  manière  que  l’on  fait  l’Huile  de 
Laurier  à  Calviflon  en  Languedoc ,  &  ils  s'en  fervent  pour  manger  comme 
nous  faifons  icy  du  beurre.  A  l’égard  de  celle  qui  eft  vieille  faite,  ils  la  brûlent 
à  la  lampe. 

On  choifira  l’Huile  de  Palme  nouvelle ,  d’une  bonne  odeur,  d’un  goût  doux, 
&  aufll  agréable  que  le  meilleur  beurre  frais  que  nous  ayons  ,  &  la  plus  haute 
en  couleur  qu’il  fe  pourra  j  car  aufli-tôt  qu’elle  commence  à  vieillir  ,  elle  fe  ran¬ 
cit  &  devient  blanche.  La  couleur  blanche  quelle  acquiert  en  vieilliflant , 
a  donné  occahon  à  quelques-uns  de  croire  qu’il  y  avoit  de  l’huile  de  Palme 
blanche.  On  prendra  garde  que  ce  ne  foit  une  compofition  de  cire ,  d’huile 
d’Olive,  d’iris  en  poudre,  &  de  Terra  Mérita,  comme  il  n’arrive  que  trop  fou- 
vent  à  de  certains  Marchands  qu’il  n’cft  pas  befoin  de  nommer  ,  qui  fçavent 
tres-bien  la  contrefaire  ;  mais  la  tromperie  fera  facile  à  connoître  ;  parce  que  la 
véritable  Huile  de  Palme,  perd  bicn-tôt  fa  couleur  h  elle  cft  expofée  à  l’air  ;  ce 
qui  n’arrive  pas  à  celle  qui  cft  contrefaite.  Et  de  plus ,  c’eft  que  la  véritable  hui¬ 
le  de  Palme  étant  devenue  blanche  par  fucceflîon  de  temps ,  reprend  fa  cou¬ 
leur  naturelle  en  la  faifant  refondre  fur  un  petit  feu  ,  ce  qui  n’arrive  pas  à 
celle  quieftmixtionnée,  &  contrefaite. 

On  fe  fert  de  cette  Huile  en  France  pour  appaifer  les  goûtes  ,  &  pour  guérir 
les  humeurs  froides. 


CHAPITRE  XXIV. 


Des  Cocos. 

LEs  Cocos  font  des  fruits  de  diverfes  grofleurs  &  figures  qui  font  cy-de- 
vant  reprefentés  ,  &  que  j’ay  fait  graver  fur  les  Originaux  que  j’ay  dans 
mes  mains.  Ces  Cocos  font  propres  pour  faire  plufieurs  Ouvrages  ,  com¬ 
me  pour  faire  des  TalTes  ,  des  Chapeliers  ,  des  Tabattiercs  ,  ainîi  du  refte. 
L’endroit  de  l’Europe  où  fe’ travaillent  mieux  ces  fortes  de  fruits,  aufli-bien  que 
Lyvoirc  ,  cft  à  Dieppe.  Je  ne  m’arréteray  point  à  vouloir  décrire  les  arbres  qui 
les  portent,  je  diray  feulement  que  c’eft  difterents  Palmiers  j  &  comme  il  y  a 


des  Drogues,  Livre  VII.  2 1 5 

cjuantite  d  Auteurs  qui  entfaitcnt,  c’efl;  ce  qui  fait  qué  je  n’en  diray  rien.  Les 
Cocos  dont  nous  faifons  un  négoce  conliderablcs  ,  font  les  moyens  qui  vien¬ 
nent  des  Iflcs  des  Antilles  ,  à  caufe  qu’ils  fervent  à  faire  des  tabatières  &  des 
chapelets.  Pour  ce  qui  ell  des  gros  Cocos  ,  leurs  utilitez  ell  fi  grandes  dans 
1  Ahique,  dans  l’Arabie,  &en  quantité  d’autres  endroits,  qu’ü  nourrillcnt  eux 
leuls^  plus  de  deux  cent  millions  d’ames.  Le  dclTus ,  qui  eft  comme  de  la  filalTe , 
lcrt  à  faire  des  toiles  &c  des  cordages.  La  cocque  à  faire  des  taffes ,  des  cucilleres , 
Vautres  uftancillcs.  La  feieure  fert  à  faire  de  l’ancre.  L’amande ,  pour  en  tirer  une 
huile,  &  la  liqueur  qui  fe  trouve  dedans  lorfqu’ils  font  nouveaux  ,  fert  à  nou- 
iir  &  à  élever  les  petits  enfans ,  &  dcfaltcrcr  les  grandes  perfonnes  ,  étant  une  li¬ 
queur  douce  &fort  agréable.  En  un  mot,  c’eft  le  fruit  à  noyaux  le  plus  o-ros , 

&  le  plus  ncceffaire  qu’il  y  ait  au  monde  ,  &  duquel  l’hiftoire  feroit  fi  longue 
Çin’il  y  en  auroir  alTez  pour  faire  un  cayer  entier. 

Outre  ces  Cocos  il  y  en  a  encore  une  autre  forte  ,  mais  beaucoup  plus  rare, 

<^ui  eft  ce  que  Jean  Bauhin  appelle  Nux  Indica  ad  venena  celehrata  ifivècoccus  Ma-  Noix  ou 
^<idha.  J’en  ay  un  qui  ne  différé  des  autres  cocos  qu’en  ce  qu’il  eft  plus  long 
plus  pointu,  &  que  fa  cocque  eft  plus  brune.  Ses  hautes  proprietez  font  caufes 
qu’ils  font  extrêmement  rares  &  cheres.  Voyez  Dalechamp  qui  en  traite  plus  au 
long. 


CHAPITRE  XXV. 

Des  Noix  Vomiques. 

LEs  Noix  Vomiques  font  des  Noyaux  ronds  &  plats  ,  de  la  grandeur  &:  fi- 
o-iire  cy-devant  reprefentées  à  l’Eftampe  des  Dattes,  veloutées  &  d’un  gris 
de  fouris  pardefliis ,  qui  étant  coupées  font  d’une  couleur  de  corne ,  &  fendues  en 
deux  fontdedivcrfcs  couleurs ,  s’en,  trouvant  de  jaunes,  de  blanches,  de  brunes  , 
ainfi  du  refte.  Ces  Noix  font,  fuivant  le  rapport  de  quelques  perfonnes ,  les 
Noyaux  d’un  fruit  de  la  groffeur  de  nos  pommes  de  rainettes,  qui  croiffent  fur 
une  grande  plante  dans  pluheurs  endroits  de  l’Egypte,  d'où  nous  viennent  les 
Noix  Vomiques  que  nous  vendons.  Quelques  foins  que  j’aye  pris ,  il  m’a  été 
inipoflible  d’en  f^avoir  davantage  -,  neanmoins  une  perfonne  de  probité  m’a 
bien  voulu  gratifier  d’une  Relation  Latine  touchant  les  Noix  Vomiques ,  dont 
cy-aprés  eft  la  teneur  ,  qu’il  m’a  alluré  avoir  copié  fur  des  manufcrits  faits  par 
M.  Paul Hermance, Médecin Botanifte de Ley de  en  Hollande  ,  un  des  plus  ha¬ 
biles  hommes  de  fon  fiecle,  bL  témoin  oculaire.  Cette  relation  a  beaucoup  de 
conformité  à  ce  que  je  viens  dire  ,  à  la  referve  qu’il  dit  qu’elles  croiffent  dans 
l’îfle  de  Ceylan.  Cela  ne  diffère  en  rien  ,  parce  que  cela  n’empcche  pas  qu’il 
n’en  vienne  d’Egypte  -,  car  chacun  fçait  'qu’un  fruit  peut  venir  en  divers  endroits. 
îl  dit  aufli  qu’il  y  a  une  autre  efpccc  de  Noix  Vomiques  qui  viennent  de  l’Ifte 
de  Timor  ,  bc  que  les  fruits  en  font  quatre  fois  plus  petits  que  ceux  de  l’Ifle 
de  Ceylan,  bc  que  la  plante  eft  appellée  bois  de  couleuvre  ,  ainfi  qn’d  fuit. 

LignnmColnbrinum  eji  arborisTimorcnJis  radix  lignopt  >  brachium  craffa  ,  fub  cortice 
rx  quf'co  faruginea  y  ^ubinde  maculis  cincreis  notât  a  iucludens  maieriam  folidam  ,  den-' 
fam  'çy  ponderofam  ^faporis  amarijfimi ,  odoris  nullius. 

Nota  ^encîica  arborem  Flor.  Pentapet.  herbaceis  ntteiferam  nudeis  orbiculatis 


Z 1 6  Hiftoire  generale 

pïuribus  mucagine  innjoluîis.  Najcim  in  infsila  Timorenfi  nuces  ejus  iiulgo  'vocantftr 
n»ces.  'vomicai  minons  inclufe  funt  in  ejus  mucilagine  fxtidijjimo. 

Propter  faporem  amanjjimum  refertttr  inter  calidos  ^  anttphriles.  J^o  'vel  ujjius  ejî 
J?oc  lignum  >  eo  j^clicius  ujurpatur ,  nam  Jt  recens  fit  ,  ob  faporem  intense  amarum  ^fepius 
'vcl  vomitum  vel  dolores  in  praecoràiis  excitât  ey  pro  vtneno  habetur.  Spécifies  etiam 
'dïureticum  ejl. 

Datur  aîiud  lignum  colubrinum  T^ilanicum  diSlurn ,  epuod  eandem  habet  notam  curn 
‘Timorenf  >  fed  nuces  quas  fertyfunt  quadrupla  majores  iis  ,  quas  altéra  fpecies  profert 
f0  funt  ilU  quds  vulgo  in  ofîcinis  profant  fub  nomine  nue.  vomie  a  »  qu  a  funt  nuclei  fruc- 
tui  i^eiloniiS.  fruâus  hujus  fpeciet  funt  multo  majoresy  aquant  plerumque  magnituàinem 
m.tli  aurantii.  Vfurpatur  hoc  lignum  in  fudoribus  yurinis  promovendis, 

Quoy  qu’il  en  foit ,  je  diray  que  lesKioix  Vomiques  que  nous  vendons,  doi¬ 
vent  être  blondes ,  les  plus  groll'cs ,  les  plus  nouvelles  ,  &c  les  moins  remplies 
d’ordures  que  faire  fe  pourra.  Leurs  ufages  ell  pour  faire  mourir  les  animaux  à 
quatre  pieds ,  leur  étant  un  poifon  mortel  j  &  commç  ces  noyaux  font  extrê¬ 
mement  dur  ôi  difficile  à  réduire  en  poudre  ,  on  les  râpe ,  ou  bien  on  les  grille 
tant  foit  peu  fur  lé  feu ,  &  enfuite  fc  pulverifcnt  plus  facilement.  L’on  prétend 
qu’elles  ne  font  pas  poifons  aux  hommes  ^  ce  que  je  ne  fcay  pas  pour  ne  l’avoir 
expérimenté. 


CHAPITRE  XXVI. 

De  la  Cocque  du  levant, 

La  Cocque  de  Levant  ne  m’a  pas  moins  donné  de  peine  que  les  Hermo dattes, 
les  Noix  Vomiques,  &  quelques  autres  drogues  ,&  fi  j’ay  perdu  mon  temps  i 
ce  qui  m’a  obligé  de  m’en  tenir  à  ce  que  dit  Dalechamp  à  la  page  577.  de  fon  fé¬ 
cond  volume  en  ces  termes  ;  Cordus  dit  qu’il  croit  à  force  Solannc  furieux  en 
Egypte ,  d’où  on  nous  en  apporte  le  fruit  que  les  Apoticaires  appellent  Queuli 
de  Levante  y  Cocc^c  àc  Levant,  c’elf  a  dire  Solanc  Orientales  j  car  Cuculus  vaut 
autant  dire  que  Cucubalus,  c’eft  à  dire  Solane,  &:  Levante  en  Italien  fignifie  l’O- 
rienr.  Or  devant  que  l’on  nous  les  apporte  on  les  fait  fecher,  tant  le  noyau  qui 
ell  au  dedans ,  que  la  chair  pleine  de  îlic  qui  eft  au  deffius  de  l’écorce. 

Quoy  qu’il  en  foit,  les  Cocques  de  Levant  que  nous  vendons  font  des  petits 
fruits  de  la  grolfeur  d’un  gros  grain  de  chapelet, à  demy  ronds,  &  à  peu  prés 
de  la  figure  d’un  petit  rognon ,  ainfi  que  l’on  le  pourra  voir  par  leurs  figures 
rcprcfeiitées  a  l’Eltampe  des  Dattes.  Ces  fruits  font  d’une  couleur  rougeâtre  au 
deffijs  ,  &  font  attachez  à  la  plante  qui  les  porte  par  une  petite  queue  de 
meme  couleur.  Dans  ces  fruits  il  s*y  trouve  un  petit  noyau  qui  fe  divife  en 
plufieurs  parties,  qui  eft  fort  facile  à  fc  vermoudre  ,  ce  qui  caufe  que  la  pluf- 
part  des  Cocques  de  Levant  ,  font  vuides  ,  ce  qui  a  apparemment  donné  fujet 
aux  anciens  de  les  appeller  Cocque  j  car  effeélivement  il  n’y  refte  qu’une  cocque 
vuide  &fort  Icgcre,  furtoutlors  qu’elles  ibnt  vieilles. 

On  doit  choifir  ces  Fruits  ou  Cocques  ,  pefantes,  nouvelles,  les  plus  hau¬ 
tes  en  couleurs  ,  les  plus  grolfcs ,  ôi  les  moins  remplies  d’ordures»  que  faire  fe 
pourra.  , 

Leurs  ufages  eft  d’être  fort  convenables  pour  faire  mourir  la  vermine  ,  &  l’on 

s’ en 


des  Drogues,  Livre  VIL  2 1 7 

s’en  fcrt  ordinairement  avec  du  Staphis- aigre.  Q^lques  Auteurs  dirent  qu’el¬ 
les  enyvrent  les  PoilTons ,  &  fait  que  l’on  les  prend  facilement. 

Il  y  a  encore  un  autre  fruit  appelle  J^agara  d’Avifcenc ,  qui  cft  fi  femblable  à 
laCocque  de  levant,  que  fi  ce  n’étoit  une  petite  enveloppe  verdâtre  qui  le  cou- 
vrc  à  moitié ,  il  r^’y  a  qui  que  ce  foit  qui  en  puifTe  faire  la  diffcrence."^  Il  y  en 
a  de  plufieurs  fortes ,  mais  comme  nous  n’en  faifons  aucun  commerce  ,  c’eft 
le  fujet  pour  lequel  je  n’en  diray  rien.  Leurs  figures  fc  trouvera  auffî  à  l’Lftanj- 
pe  des  Dattes, 


chapitre  XXVIIj 

De  la  Cajfe. 


La  CafTc  ,  ou  fleur  de  Silique  ,  eft  une  cfpcce  de  fruit  de  differentes  fon¬ 
ceurs  &  groffeurs ,  qui  cft  attachée  aux  branches  de  différends  arbres.  La 
première  &  la  plus  eftimee  eft  laCaffe  du  Levant.  Cette  Gaffe  croit  en  quan¬ 
tité  dans  plufieurs  endroits  du  Lcvânt ,  d’où  elle  nous  eft  apportée  par  lavoyc 
de  Marfcille  ,  dont  la  figure  de  l’arbre  qui  là  porte  cft  reprefentée  i  l’Eftampe  cy- 
dcfrus,le5  fcüillcs  en  font  vertes  &  les  fleurs  jaunes. 

’On  choifira  la  Calfe  du  Levant  nouvelle ,  en  gros  bâtons ,  pelantes ,  non  en- 
cavéc ,  d’une  couleur  tannée ,  dont  l’écorce  étant  caflee ,  foit  fine  &  blanche  aU 
dedans ,  3c  garnie  d’une  moële  noire  &  veloutée ,  &  d’un  noyau  petit ,  dur ,  blanc, 
&  fait  en  cœur.  Cette  moële,  ou  pulpe,  doit  être  d’un  goût  doux  &  fucré,  ne 
fentant  ny  l’aigre  ny  le  moify ,  &  que  l'on  la  puiffe  tirer  &  feparer  aifcment  de 
l'on  écorce  ,  il  faut  prendre  garde  aufli  que  cette  caffe  ne  foit  pas  angleufc  ; 
c’eit  à  dire  ny  noveufe,  ny  tortue  jinais  la  plus  unie  j  la  moins  Tonnante  ^  3c 
L  Partie,  Ee 


1  ï  8  Hiftoire  generale 

la  plus  fucrcc  qui  fe  pourra,  &  qu’elle  foit  grabelée ,  c  cfl;  a  dire  que  les  plus  pe¬ 
tits  morceaux  (oient  de  la  longueur  d’un  pied. 

Qaclques-uns  veulent  que  la  véritable  èontioifTance  de  la  Cafle  du  Levant 
dépend  d’une  élévation  qui  cft  le  long  des  bâtons, ce  qui  n’cft  neanmoins  pas 
une  réglé  generale  j  parce  que  cela  fe  rencontre  quelquefois  â  celle  qui  vient 
des  Iflcs  j  maïs  la  meilleur  marque  que  j’y  trouve  c’eft  de  la  tirer  de  Marfeilic> 
en  ce  qu’il  n’en  vient  que  du  Levant  &  d’Egypte ,  par  cette  voye. 


CHAPITRE  XXVIIL 
De  la  Cajfe  dBgVpte^ 

La  Cafle  d’Egypte  cft  un  fruit  femblable  â  la  precedente  ,  excepté  qu’il  eft 
plus  menu  &  beaucoup  plus  tendre. 

L'arbre  qui  porte  cette  Caffe  croit  d’une  prodieufe  groffeur.  Il  y  en  a  d’auflî 
gros  qu  aucun  arbre  qui  foit  en  France.  Il  ne  diffère  du  precedent  qu’en  ce 
que  les  feuilles  en  font  plus  petites.  Il  fc  trouve  une  fi  grande  quantité 
de  CCS  arbres  dans  toute  l’Egypte  ,  que  la  Caffe  qui  en  provient  s’y  donne 
prefquc  pour  rien  ,  principalement  au  Grand  Caire. 

On  doit  choifir  la  Gaffe  d’Egypte  de  meme  que  celle  du  Levant  ,  excepté 
qu’elle  doit  s’écrafer  fous  le  pouce  pour  la  monder. 

Les  Levantins  &  Egyptiens  confilcnt  la  Caffe  étant  encore  verte  au'fucre, 
Caffe  con-  fcrVcnt  pour  fc  lâcher  le  ventre,  étant  un  remede  fort  convenable 

&  facile  à  prendre^ 

La  Caffe  confite  doit  être  nouvelle ,  &  que  le  firop  foie  cuit  en  confiftancc , 
ne  Tentant  ny  l’aigre  ny  le  moify.  Quelques  perfonnes  s’en  fervent  icy  à  l’imi¬ 
tation  des  Levantins  pour  fe  tenir  le  ventre  libre. 


CHAPITRE  XXIX. 

De  la  Caffe  du  BrefiL 

IL  croît  au  Brefil  des  arbres  dont  les  fciiilles ,  fleurs  &  ^fruits ,  font  doJa  fi¬ 
gure  cy-deffus  rcprefentcc.  La  Caffe  que  porte  ces  arbres  cft  fi  groffe ,  que 
fi  jc  n’en  avoir  veu  entre  les  mains  de  M.  Tournefort  un  mourceau  d’environ 
un  pied  &  demy  de  long  ,  &  de  la  gtoffeur  du  poignet  d’un  homme ,  je  n’au- 
rois  pû  croire  qu’il  y  eut  eu  de  fi  groffe  Caffe  ;  mais  comme  ce  fruit  eft  peu  en 
ufage ,  je  diray  que  la  Caffe  dont  nous  faifons  un  plus  gros  débit, cft^.ccllc  qui  vient 
4es  Ifles  del’Amerique. 


mu 


219 


des  Drogues.  Livre  VII. 


CHAPITRE  XXX. 

De  la  Cajfe  des 

La  Caffc  des  nies,  qui  efl;  celle  que  nous  voyons  prefentement  à  Paris ,  ell  un 
fruit  de  même  nature  que  les  precedentes  ,  &  toute  la  différence  qu’il  s’y 
trouve  ne  peut  venir  que  de  la  divcrfitc  des  lieux  où  elle  a  pris  naiflance. 

Les  Iflcs  Antilles  font  fi  remplies  de  ces  arbres ,  que  la  Gaffe  de  ces  pays-là  ne 
coûte  que  la  peine  delà  cueillir.  Ceft  le  profit  des  matelots  qui  l’apportent  des 
Iflcs,  &  elle  fert  aufli  de  l’eft  aux  navires  j  dont  ils  aiment  mieux  emplir  le 
fond  des  vaiffeaux ,  &  le  vuide  des  autres  marchandifes  avec  de  la  Gaffe ,  que  de  fc 
fervir  des  pierres ,  ou  autres  cliofes  inutiles.  C’eft  pourquoy  cette  Gaffe  eft  or¬ 
dinairement  craffeufe,  barboüilléc  defucre,ou  autres  ordures  qui  fe  rencontrent 
dans  les  navires. 

On  la  choifira  la  plus  approchante  des  qualitez  de  la  Gaffe  du  levant  que  fair 
re  fe  pourra. 

Ceux  qui  tireront  de  la  Gaffe  de  la  Rochelle,  de  Nantes ,  ou  de  Dieppe,  don¬ 
neront  ordre  à  leurs  Commiflionnaircs  ,  qu’elle  foit  nouvelle,  fans  être  mé¬ 
langée  de  vieille ,  à  quoy  elle  eft  fort  fu jette ,  &  quelle  n’ayc  point  été  enter¬ 
rée,  ou  gardée  dans  terre  ou  dans  des  celiers  depuis  un  long-temps  ,  comme 
aulli  que  ceux  qui  la  mettront  dans  des  tonneux  ayent  foin  de  la  bien  ranger 
en  long,  tant  pour  empêcher  quelle  ne  fc  brife  j  que  pour  épargner  les  ton¬ 
neaux. 

L’ufagede  la  Cafle  eft  trop  connu  pour  m’y  arrêter.  Je  diray  feulement  qu’el-  caitc 
le  vaut"  beaucoup  mieux  prifeen  infufion  qu’en  fubftance -,  car  la  Calîe 
dée  n’étant  qu’un  limon ,  elle  fait  plus  de  mal  que  de  bien  ,  principalement 
celle  qui  eft  vieille  mondée,  ou  celle  qui  a  été  extraite  de  vieille  cafle.  J’averti- 
/ay  icy  en  paffant ,  de  ne  point  acheter  de  Gaffe  mondée  de  la  plufpart  des 
Apoticaires  ,  en  ce  qu’il  y  en  a  beaucoup  qui  après  l’avoir  mondée  la  font 
cuire  avec  du  fucrc ,  afin  de  la  conferver ,  &  d’en  pouvoir  avoir  toûjours  de 
pxerte  ,  ce  qui  eft  un  abus  bien  grand  ,  tant  parce  que  la  Gaffe  cuite  avec  du 
fucrc  leur  coûte  bien  moins ,  &:  au  lieu  de  purger  n’cft  à  proprement  parler 
qu’une  confiture  qui  échauffe  plutôt  que  de  rafraichir  j  c’eft  ce  qui  fera  que 
l’on  ne  doit  acheter  de  la  Cafle  mondée,  foit  d’Epiciers  ou  d’Apoticaircs  ,  que 
l’on  ne  la  faffe  monder  devant  foy ,  non  pas  que  l’on  doive  avoir  peur  que  les 
Epiciers  vendent  de  la  Cafle  cuite  avec  du  fucrc  ,  n’ayant  pas  cette  ruzc-là  5  mais 
c’eft  qu’ils  en  peuvent  vendre  delà  vieille  mondée  pour  de  la  nouvelle.  La  Cafle 
eft  fi  peu  en  ufage  en  France  ,  que  fi  ce  n’étoit  à  Paris  où  il  s’en  confomme 
beaucoup ,  je  crois  qu’à  la  referve  des  compofitions  où  elle  entre,  il  nes’en  con- 
fommeroit  pas  cent  livres  par  an. 


E  c  ij 


/.  Partie. 


Tamarins' 
«U  Seucga. 


Tamarins 

coniits. 


2  20  Hifloire  générale 


CHAPITRE  XXXI. 

Des  T amarins. 


LEs  Tamarins  font  des  fruits  aigrelets  que  Ton  nous  apporte  du  Levant , 
quelquefois  en  grappes,  mais  le  plus  fouvent  mondés  de  leurs  ralfes. 

L‘arbre  qui  les  porte  a  fes  feüilles  fort  petites ,  apres  lefqucllcs  naiflent  dc§ 
fleurs  blanches  aflez  femblables  aux  fleurs  d’Oranges  ,  d’où  fortent  des  goufles 
vertes  au  commencement,  &  qui  en  meuriflant  ce  brunilfent ,  c’eft  alors  que 
les  habitans  des  lieux  les  cueillent  en  grappes,  &  qu’ils  font  un  peu  fecher  avant 
que  de  nous  les  envoyer. 

On  clioifira  les  Tamarins  gras ,  nouveaux ,  d’un  noir  de  jayet,  &  d’un  goût 
aigrelet  &  agréable ,  qu’ils  n’ayent  point  etc  encavez  ;  ce  qui  fe  connoitra  à  leurs 
trop  grandes  humidités  ,  a  l’odeur  de  la  cave  qu’ils  ont ,  &  à  leurs  noyaux  qui  fc 
gonflent  qu’il  n’ait  point  été  gourré  ,  c’eft  à  dire  falfifîé  avec  des  mélaflcs ,  de 
lucre  &  du  vinaigre.  Les  Tamarins  font  fort  uficez  en  medecine,  à  caufe  de  leurs 
qualitez  rafraichiflantes  &  purgatives. 

Il  croit  quantité  d’arbres  de  Tamarins  au  Senega  ,  dont  les  Nègres  mettent 
les  fruits  en  pains ,  après  en'  avoir  ôté  le  noyau  ^  les  grappes  ,  ils  s’en  fervent 
fort  communément  pour  étancher  la  foif.  Ces  pains  de  Tamarins  font  rouge⬠
tre,  &  font  très  rares  en  France. 

On  monde  les  Tamarins  comme  la  Cafle  ,  &  avec  du  fucrc  on  en  fait  une 
confiture  qui  n’eft  pas  defagrcable  ,  dont  on  pourroit  fc  fervir  comme  les 
Indiens. 


des  Drogues,  Livre  VIL 


221 


CHAPITRE  XXXII. 


Des  Mirabolans  Citrins. 


L Es  Mirabolans  Citrins  '  ou  jaunes ,  font  des  fruits  qui  croiflcnten  pluiieurs 
endroits* des  grandes  Indes ,  principalement  au  tour  de  Batacala  &  de  Goa, 
fur  des  arbres  dont  les  fcüilles  font  de  la  figure  cy-dclTus.  Lorfque  ces 
fruits  font  dans  leurs  maturité,  ils  font  delà  figure  de  nos  prunes  de  mira¬ 
belle  3  ils  renferment  un  noyau  garni  d’une  amande  femblable  aux  pignons 
blancs. 

Les  Indiens  confifent  au  fucrc  ce  fruit  encore  vert ,  comme  nous  faifons  les  „ 
prunes,  ils  s’en  lervent  pour  le  lâcher  le  ventre.  Les  Portuguais  &  Hollandois  lanscouSc. 
nous  apportent  de  ces  fruits  tous  confits ,  dont  on  peut  faire  le  même  ufage  \ 
mais  la  plus  grande  quantité  nous  font  apportez  fecs  ,  defqucls  les  Apoticai- 
rcs  fc  fervent  dans  plufieurs  compoütions  galleniques  ,  apres  en  ayoir  ôté  Ici 
noyau. 

On  choifira  les  Mirabolans  Citrins  d’un  jaune  rougeâtre ,  longs ,  bien  nourris  * 
difpofcz  par  côtes ,  pefants ,  &  difficile  à  fe  calTer ,  d’un  goût  aftringcnt  &  defL 
agréable ,& prenant  garde  que  ce  ne  foit  des  Mirabolans  Bellerîs,  Cepulle,ou 
Chcpulle  ,  que  l’on  fuppofe  fouvent  à  leur  place  ,  comme  il  fe  verra  cy-aprés. 


E  e  iij 


4 


222 


Hiftoire  generale 


CHAPITRE  XXXIII. 

Des  Miraholans  Indiens, 

LEs  Mirabolans  Indiens  font  des  petits  fruits  longuets ,  de  la  grofleur  du  bout 
du  doigt  d’un  enfant,  noirs  audelTus  &  dedans  fans  noyaux  &  fort  durs  > 
qui  nous  font  apportez  des  Grandes  Indes,  où  ils  croilTcnt  en  grandes  quant  tez, 
&  d’où  ils  ont  pris  leur  nom. 

L’arbre  qui  les  porte  a  fès  feuilles  comme  le  Saule,  apres  lefquellcs  naiflent  des 
fruits  de  la  grolfeur  &  figure  des  olives  d’Efpagne,  qui  font  vertes  au  commen¬ 
cement,  &  qui  brunilTent  à  mefure  qu’ils  meurilfent,  &  fe  noirciffent  &  fe  fe- 
chent  ;  fi  bien  que  de  la  maniéré  que  l’on  nous  les  apporte  ,  ils  font  durs  & 
noirs  comme  l’ébeine. 

On  les  choilira  bien  nourris,  fecs ,  noirs,  d’un  goût  aigrelet  &  aftringcnt, 
les  plus  pefants  qu’il  fe  pourra. 


CHAPITRE  XXXIV. 

Des  Mirabolans  Chepules. 

LEs  Mirabolans  Chepules ,  ou  »  font  des  fruits  alfez  fcmblables  aux 

Citrins ,  excepte  qu’ils  font  plus  gros ,  noirâtres ,  &  plus  longs. 

L’arbre  qui  les  porte  eft  delà  hauteur  du  pomicr,&  il  a  fes  fcüillcs  comme  le 
-pefeher  ,  &  fes  fleurs  en  étoiles  d’une  couleur  rougeâtre.  Il  fe  trouve  de  cette 
-forte  d’arbre  au  tour  Decaujoude  BengaUj  où  ils  croiflent  fans^culturc. 

On  choifira  ces  Mirabolans  bien  nourris  ,  les  moins  ridez  &  noirs  qu’il  fera 
.poflible,&  dont  le  dedans  paroifle  refineux,  d’une  couleur  brune,  &  qu’ils  foienc 
d'un  goût  aftringent ,  &tant  foit  peu  amer. 


CHAPITRE  XXXV. 

Des  }Airahola»s  Belleris. 

L Es  Miraholans  Belleris  ,Cont  àe  petits  fruits  de  la  grofleur  d’une  mufeade  , 
d’un  jaune  rougeâtres  au  dcflùs ,  6c  jaunâtres  dedans  ,  dans  lefquels  il  fc 
V"  trouve  un  noyau  garni  d’une  amende  de  nulle  vertu. 

L’arbre  qui  les  porte  eft  grand,  &  a  fes  feiiilles  comme  le  laürier,  6c  ces 
fruits  fe  trouvent  attachez  aux  branches  en  forme  de  petites  gourdes  d’une  cou¬ 
leur  jaune.  ,  -  ^  ^  . 

Tam.irin  Ou  choifua  ces  Mirabolans  bien  nourris ,  nouveaux  ,  étant  facile  a  fe  ca’icr , 
coniits.  >  caufe  qu’ils  font  d’une  fubftanCelegere,  haut  en  couleur,  les  plus  unis  6c  les 
"plus  aftringent  au  goût  qu’il  fc  pourra. 


é 


des  Drogues,  Livre V II. 


223 


CHAPITRE  XXXVI. 

De!  }Atraholans  Emblis. 

T  Es  Mirabolans  Emhlis  ,  font  des  fruits  noirâtres  comme  chagrine?; ,  de  la 
•^grofleur  d’une  Noix  de  Galles ,  facile  à  fe  mettre  par  quartiers  lorfqu’ils  font 
Un  peu  gros  Sc  ouverts.  C’eft  pourquoy  prefquc  tous  ceux  que  nous  voyons  , 
fonts  défaits  &  par  quartiers. 

L’arbre  qui  les  porte  eft  de  la  hauteur  d’un  Palmier,  &  a  fes  feüilics  appro¬ 
chantes  de  celles  de  la  fougere. 

On  les  choifira  les  moins  remplis  de  noyaux  ,  ou  autres  ordures ,  a  quoy 
ils  font  fort  fujets,au  contraire  les  plus  charnus  &  noirs  que  faire  fe  pourra. 

Les  Indiens  ne  fe  fervent  point  des  Mirabolans  Emblts,  ny  cru  ny  confit, 
comme  ils  font  des  quatre  autres,  fi  ce  n’cll  lorfqu’il  eft  encore  vert  ,  pour  leur 
téjoüir  le  cœur,  à  caufe  qu’ils  font  aigrelets',  mais  s’ en  fervent  pour  verdir  les 
cuirs,  comme  les  Corroycurs  font  icy  du  Sumac ,  &  pour  faire  de  l’ancre. 

Quelques-uns  ont  avancé  que  tous  les  Mirabolans  croilfcnt  fur  un  même  ar¬ 
bre  ,  ce  qui  eft  bien  éloigne  de  la  vérité  comme  on  le  vient  de  voir  i  &  quoy 
qu’ils  croilfcnt  tous  aux  grandes  Indes  ,  ils  font  éloignez  les  uns  des  autres  de 
plus  de  cinquante  lieues. 

Les  Citrins  que  les  Indiens  appellent  yir^re  -,  purgent  la  bile. 

Les  Mirabolans  Indiens  que  les  peuples  appellent  Re:(anuAle  ,&les  Belleris  Gotin 
purgent  la  mélancolie. 

Les  Emhlis  .St  Jrinuale^zT  les  Indiens,  Scies  Che fuie  jrec4 ,  purge  la  pituite. 

On  fe  fert  alTez  fouvent  dans  la  Phârmacie  de  ces  cinq  cfpcccs  de  Mirabo¬ 
lans,  où  il  n’ont  bcfoin  d’autre  choix  que  d’etre  commue  cy-deffus ,  ôc  d’en  ôter 
les  noyaux  avant  que  d’être  employé. 


CHAPITRE  XXXVir. 

Des  Areca. 

LEs  Areca  font  des  fruits  dont  il  y  en  a  de  deux  ,  fortes  :  Sçavoir,d’a  demÿ 
ronds  &  d’autres  en  pyramides.  Ces  petits  fruits  font  tout  à  fait  femblablcs, 
principalement  au  dedans  à  une  mufcàdccaflée,  qui  nous  iGDnt  apportez  de  di¬ 
vers  endroits  des  Indes ,  mais  comme  nous  n’en  faifons  aucun  commerce  at¬ 
tendu  la  grande  rareté  ,  c’eft  pour  ce  fujet  que  je  n’en  ay  rien  dit. 

Les  Indiens  fe  fervent  de  l’Areca  du  Bétel  &  de  huitres  brûlées ,  pour  faire 
une  forte  de  dragée  dont  ils  fc  fervent  communément  5  cette  compofitioi\  eft 
écrite  dans  quantité  d’ Auteurs,  c’eft  ce  qui  a  fait  que  je  n’en  ay  rien  dit. 

L’arbre  portant  l’ Arcca  eft  à  la  planche  des  poivres  ,  &  le  fruit  à  l’Eftampc 
cy-devant  avec  les  Mirabolans  marqué  A. 


Hiftoire  generale 


ZZd. 

CHAPITRE  XXXVIII. 


Dâ  la  Colloguime. 


La  Colloquintc  eft  un  fruit  delà  grofTeUr  de  nos  pommes  de  rainettes ,  qui 
croît  fur  une  plante  rcmpantc,  qui  a  Tes  fcüillcs  vertes  ,  aflfez  approchantes 
de  celles  du  concombre.  Ce  fruit  étant  fur  fon  pied  cft  de  la  couleur  de  nos 
callcbaOfcs  j  &  croît  en  quantité  dans  pluficurs  endroits  du  Levant,  d’où  les 
Colloquintes  nous  font  apportées  toutes  mondées  de  leur  première  peau  qui 
cil:  jaune. 

On  choifira  les  Colloquintes  en  belles  pommes  blanches ,  legeres,  rondes^' 
les  moins  fales  &  rompues  qu’il  fe  pourra, 

Ceux  qui  tireront  les  Colloquintes  de  Marfcillcs,  ou  autres  endroits,  recom¬ 
manderont  à  leurs  correfpondant  de  les  faire  bien  accommoder,  de  peur  qu'elle 
ne  fc  bnfciit ,  &  que  les  pépins  ne  fe  feparent ,  parce  que  s’ils  ne  font  bien  accom¬ 
modez,  ceux  qui  croiront  avoir  cent  livre  de  belle  Colloquinte  ,  n’en  trouve¬ 
ront  que  quarante^  &  le  refte  en  pépins  j  ce  quicaulè  une  grolTe  pegte ,  en  ce  que 
CCS  pépins  ne  font  propre  qu’ajetter. 

La  Colloquinte  cil  une  drogue  la  plus  amere,  &  la  plus  purgative  qu’il  y  ait 
dans  la  mcdccme  -,  c’eft  pourquoy  il  ne  s’en  faut  fervir  qu’avec  de  grandes  pré¬ 
cautions  ,  &  furtout  rejetter  les  pépins  comme  j’ay  déjà  dit. 

Les  Confifeurs  couvrent  ces  pépins  de  fucre,  &  en  font  des  dragée  qu’ils  ven¬ 
dent  pour  attraper  les  petits  enfaiis  ,  &  même  les  grandes  perfonnes  ,  furtout 
les  jours  de  réjoüiifanccs  j  mais  il  y  a  des  Apoticaires  qui  s’en  fervent  après  les 
avoir  réduits  en  poudre,  pour  mettre  dans  les  compofitions  purgatives,  furtout 
danslcLenetif commun,  cequieft  un  grand  abus  ,  &  un  tres-méchant  remede. 
Pour  ce  qui  cft  des  Colporteurs  oufaifeurs  de  Bernez,  ils  ne  fejavent  ce  que  c’eft 
que  d’employer  de  la  colloquinte ,  ne  fc  fervant  que  des  pépins. 


des  Drogues ,  Livre  VIL 


•^5 


CHAPITRE  XXXIX. 


-  ^-Des  Pimons  dlnds^^.. 


L  Es  pignons  dinde  font  de  petites  amàndes  d’un  blanc  jaunâtre,  de  la  grof- 
feur  d’un  pois ,  mais  plus  longues  ,  d'un  goût  defagreable  ,  accompagné 
d*unc  grande  acrimonie.Ccs  petites  amendes  font  couvertes  chacune  d’une  pelicu- 
le  blanche, extrêmement  mince  ,  &duix  pente  coque  durc&alTez  épaiffc  ,  ce 
qui  fait  quelle  fc  cafle  facilement.  Ces  petits  fruits  nailfcnt  dans  une  goulfe, 
ou  coque  triangulaire  ,  où  il  s’en  trouve  le  plus  fouvent  trois  cnfemble.  La 
plante  qui  porte  ce  fruit  cft  nommée  dans  le  Tiràdifm  "Baiavus  de  M.Hcrmans, 
Ricinus  arhor  fruSîuglaho  ^rana  tiglia  Ofisinis  dtSîa  ,  qui  fignific  Ricinus  arbre  à  fruit 
liiTc ,  nommé  grain  de  Tilli.  La  figure  de  la  plante  .  les  feûillcs  &  les  fleurs  me  font 
inconnues  i  neanmoins  je  diray  que  je  croy  que  ceft  cette  plante  cy-dcfllis  repre- 
fentée  qui  porte  ces  Pignons  d’Inde,  ils  doivent  être  nouveaux,  bien  pefants  ,  les 
moins  remplis  de  coques  vuides  &  de  caflez  ,  ou  autres  corps  étrangers ,  qu’il 
fera  poflible.  On  prendra  garde  qu’ils  foient  véritables ,  en  ce  qu’il  y  ert  a  qui 
fuppofent  les  fruits  dü  P  aima  Chrilii  à  leur  place,  ce  qui  cft  alfez  difficile  à  con- 
noitre  quand  le  PAlma  Chrifti  n’eft  pas  bariolé  j  car  pour  celuy  qlii  cft  Ba¬ 
riolé  ,  il  cft  impofliblc,  pour  le  peu  que  fbn  s’y  connoilfe,  d’y  être  trompé  • 
mais  pour  celuy  qui  eft  de  la  couleur  du  pignon  d’Inde  ,  il  cft  aflez  difficile  dè 
le  pouvoir  d’iftingucr. 

L’ufagc  des  Pignons  d’Inde  eft  dfe  purger  ;  &  ch  effet  ,  c’eft  «n  des  grands 
purgatifs  que  nous  ayons,  ce  qui  fait  que  l’on  ne  s’en  doit  fervir  qu’avec  des 
grandes  précautions ,  &  ne  les  donner  qu’à  des  perfonnes  extrêmement  robiif- 
tes.  A  l’égard  de  la  doze, on  en  prend  un ,  deux  ,&  jufqu’à  trois ,  fuivant  la  dif- 
pofition  des  perfonnes.  Q^lqucs-uns  affureiit  qu’il  n’y  a  que  la  petite  peliciiU 
/.  Partie.  F  f 


Gros  Pi¬ 
quons  de 

Baibaiie. 


Gros  Pi- 
îi’Inde. 


Petits 

Ptqnons 

d’inde. 


Palm» 
Chnrti & 
Eptges. 


pignons 

doux. 


Fignolas. 


2z6  Hiftoire  generale 

mince  qui  fe  trouve  fur  ces  amandes  qui  aye  la  qualité  de  purger  ,  ce  que  j« 
n’ofe  aflurer  pour  n’en  être  certain. 

Outre  ces  Pignons  d’Inde  que  nous  appelions  mal  à  propos  petits  Pignons, 
nous  en  vendons  encore  d’une  autre  forte  qu’on  appelle  Pignons  de  Barbarie, 
gros  Pignons  d’Inde  ou  de  l’ Amérique, &  font  ces  fortes  de  Pignons  queGaf- 
pardBauhin  appelle  Rjtcinus  &mericanns  Çemine  ni^ro. 

Il  y  a  encore  deux  fortes  de  Pignons  d’Inde,  dont  nous  ne  faifons  aucun 
commerce  à  caufe  de  leur  grande  rareté.  Les  premiers ,  font  des  amandes  de  la 
grolfeur  &  figure  d’une  aveline  extrêmement  blanche,  qui  font  couverts  d’une 
coque  dure  de  difterentes  couleurs.  Sçavoir  ,  de  grife  &  de  rougeâtre.  Ces 
Pignons  naiffent  trois  cnfcmble  dans  une  coque  défigure  triangulaire.  La  plan¬ 
te  qui  les  produit  peut  être  appcllée  Ricinus  fmâu  mdximo- 

Lcs  féconds  font  de  petits  Pignons  longuets, de  la  grolfeur  d’une  tête  d’épin¬ 
gle  bariolé  à  peu  prés  comme  le  Palma  Chnfli ,  qui  nailfcnt  trois  enfembles  dans 
une  petite  gouffe  triangulaire  de  la  grolfeur  d’un  pois.  Ces  petites  goulfes  dif¬ 
ferent  des  autres  Pignons  d’Inde  ;  parce  que  ce  qui  leurs  fert  de  goulfc  &c  d’en¬ 
veloppe,  font  cinq  petites  fcüilles  veloutées  &:  verdâtres ,  &  qui  toutes  enfembles 
font  la  figure  cy-dc{fus.  La  plante  qui  porte  ces  petits  Pignons  ,  a  fes  feüillcs 
tout  à  fait  femblablcs  à  celles  duDidame  de  Candie,  à  la  referve  quelles  font 
verdâtres,  &  celles  du  Diélamc  font  blanchâtres.  Ces  petits  Pignons  font  ex¬ 
trêmement  rares  -,  on  peut  nommer  la  plante  qui  les  porte ,  Ricinus  Indicus  fruÜti 
minimo ,  qui  fignifie  ou  Pignon  des  Indes ,  dont  le  fruit  cft  très  petit. 

Pour  ce  qui  cft  du  gros  &  petit,  aufii  bien  que  de  la  graine  d’é- 

purges,  je  n’en  diray  rien,  parce  que  quantité  d’Autcurs  en  traitent.  Etdeplus^ 
c’eft  que  tout  ce  qu’il  y  a  d’honnêtes  gens  n’en  font  aucun  commerce. 


C  H  AP  I  T  R  E  XL. 

Des  Pignons  blanc. 

LEs  Pignons  blancs  font  de  petites  amandes  longuettes ,  &  a  demy  ron¬ 
des,  d’un  goût  doux,  ce  qui  leur  a  fait  donner  le  nom  de  Pignons  doux. 
Ces  petites  amandes  font  couvertes  d’une  peliculc  mince,  legere,  rougeâtre,  & 
d’un  noyau  fort  dur.  Ces  noyaux  garni  de  leurs  amandes  fe  trouvent  dans  les 
pommes  de  pin ,  &  font  appeliez  pour  ce  fujet  Pignon ,  Pignolas ,  ou  Amandes 
du  fruit  du  pin. 

Les  Pignons  que  nous  vendons  viennent  de  la  Catalogne ,  il  en  vient  aufîi  en 
Provence  &  Languedoc  ,&  en  pluficurs  autres  endroits  de  la  France  :  pour  reti¬ 
rer  les  Pignons  des  Pommes  de  Pin,  on  les  jette  dans  des  fours  chauds,  où  on 
les  met  fur  le  feu  pour  les  faire  ouvrir.  Eiifuite  de  cela  on  calfe  ces  noyaux ,  ôi 
on  en  retire  les  Pignons  que  l’on  envoyé  en  dilferends  endroits. 

On  doit  choifir  les  Pignons  blancs,  nouveaux,  les  plus  gros ,  &  les  moins 
remplis  de  coques  &:  de  pluficurs  pelicules  ,  que  faire  fe  pourra  ,  qu’ils  foient 
d’un  goût  doux.  Et  un  mot,  qu’il  ne  fente  ny  l’huile,  ny  lemoify.  Quelques- 
uns  prétendent  que  leurs  pelicules  eft  ce  qui  les  conferve  ,  à  quoy  je  ne  puis 
contredire,  pour  n’y  avoir  jamais  reconnu  aucun  effet  fenlible  i  il  fera  facile  de 
fe  contenter ,  tant  parce  que  fi  ces  pelicules  ne  leurs  font  point  de  bien  ,  ils  ne 


des  Drogues ,  Livre  VIL  227 

leurs  feront  point  de  mal  -,  &c  de  plus ,  c’eft  qu'ils  ne  font  pas  capables  de  leurs 
caufer  aucun  dechet ,  à  caufe  qu  elles  font  extrêmement  Icgcres ,  mais  en  em¬ 
pêchent  feulement  la  vente  à  ceux  qui  ne  s  y  connoiflent  pas. 

Les  Pignons  blancs  font  fort  en  ufage ,  fur  tout  en  Carême  ,  pour  faire  plu- 
fieurs  ragoût.  Les  Confifeurs  les  couvrent  de  fucre  ,  après  les  avoir  mis  quel¬ 
que  temps  à  l’étuve  dans  du  fon  pour  les  dégrailTer.  On  en  tire  aufli  par  ex- 
preflion  une  huile  qui  fert ,  &  qui  a  à  peu  prés  les  mêmes  qualitez  que  Phuile 
d’amendes  douces ,  furtout  quand  elle  cft  faite  de  Pignons  nouveaux. 

Les  Pignons  blancs  font  aufli  quelque  peu  en  ufage ,  pour  donner  aux  Serins  huüc  de 
de  Canaries.  La  pâte  dont  on  a  tiré  l’huile  fert  à  laver  les  mains,  bifn°"* 


Le  Ben  Blanc  cft  un  fruit  triangulaire  de  differentes  couleurs,  de  la  groffeur 
d’une  petite  noifette,  yen  ayant  de  blanc  &  de  gris  ,  dans  lefquels  ils  s’y 
trouve  une  amande  blanche ,  d’un  goût  doux  &  affez  defagrcable. 

L’arbre  qui  porte  le  Ben  eft  fort  rare  en  Europe ,  &  l’Eftampc  cy-deffus  gravée 
eft  tirée  d’après  celuy  qui  eft  a  Rome  dans  le  Jardin  du  Cardinal  Parnelc. 

On  doit  choifir  leBen  nouveau,  que  l’amende  en  foit  blanche,  &  le  plus  pc- 
fant  &  le  plus  gros  qu’il  fe  pourra. 

Le  Ben  n’a  autre  ufage  que  je  fc^ache,  que  pour  en  tirer  l’huile  ,  qui  a  de  très- 
grandes  proprietez.  La  première ,  en  ce  quelle  n’a  nul  goût  ny  odeur  ,&  qu’elle 
ne  rancit  jamais,  ce  qui  eft  caufe  quelle  a  beaucoup  d’ufagepar  les  Parfumeurs, 
ou  autres,  pour  tirer  l’odeur  des  fleurs,  comme  de  jafiniu,  de  fleur  d  orange, 
de  tubereufe  ,  &  autres  fleurs  femblables  *,  &  cette  huile  empreint  de  1  o- 


Piftïches 

cailûcs. 


Piftachc  en 
diagéc. 


Huile  de 
rühche. 


228  Hiftoire  generale 

dcur  de  ces  fleurs  cfl:  appcllée  cflence  de  jaflemin ,  de  fleur  d’orajigc ,  ainfi  du  rcftc; 
mais  ceux  qui  font  ces  cflences ,  furtout  la  plufpart  des  Parfumeurs  ^  au  lieu  de  fc 
fervir  de  l’huile  de  Bcn,à  caufe  de  fa  cherté,  fe  contentent  de  l’huile  d’aman¬ 
des,  &  meme  alfez  fouvent  de  l’huile  d’olive  pour  en  faire  meilleur  marché. 
A  l’égard  de  leurs  préparations  je  n’en  diray  rien  ,  renvoyant  le  ledeur  à  un 
petit  livre  nouveau  fait  par  le  Sieur  Barbe  Parfumeur  ,  qui  en  traite  aflez  au 
long,  du  moins  à  ce  que  je  crois ,  n’y  ayant  pas  grande  connoilfince.  j’averti- 
ray  neanmoins  que  fi  la  manière  de  faire  ces  parfums  n’eft  pas  plus  jufte  que 
l’hiftoirc  des  drogues,  dont  il  s’eft:  voulu  mêler  d’écrirG,l’on  n’en  doit  tenir  au¬ 
cun  compte,  d’autant  que  tout  ce  qu’il  dit 'touchant  les  marchandifes  que 
nous  vendons  cfl:  faux  ,  il  auroît  beaucoup  mieux  fait  de  ne  parler 
que  de  ce  qui  regarde  fa  profeflion  que  de  vouloir  parler  de  celle  des  autres, 
où  il  n’a  aucune  connoilfancc,  que  de  dire  des  chofes  qui  n’ont  jamais  été  n’y 
jamais  ne  feront ,  principalement  au  fujet  de  l’imbre  gris,  du  mu  fc,  delà  civette, 
dubenjon,  du  florax,  du  baume  du  Pérou,  du  mahalep,  qu’il  appelle  mal  à 
propos  macanet,  de  l’eau  delà  Reine  d’Hongrie,  ainfi  de  quclques-autres. 


CHAPITREZ  LIL 

Des  Fiftaches. 

LEs  Piftaches  font  des  fruits  de  la  grolTcur  &  figure  des  amandes  vertes ,  que 
l’on  nous  apporte  de  plufieurs  endroits  de  la  Perfe  ,  &  autres  lieux  de 
l’Afic,  lurtout  d’auprès  d’une  ville  î^ppclléc  Malavcr. 

L’arbre  qui  les  porte  cft  de  la  hauteur  de  nos  jeunes  noyers ,  &  a  fes  fcüillcs 
prcfquc  rondes ,  apres  Icfquclles  nailfeiit  des  fruits  par  grappes  aflez  beaux  à 
voir,  étant  d’un  vert  mêlé  de  rouge.  Sous  cette  peau  il  s’y  trouve  une  coque 
dure  &  blanche,  qui  renferîne  une  amande  d’un  vert  mêlé  de  rouge  par  dclTus  , 
&  verte  au  dedans ,  d’un  goût  doux  Sc  fort  agréable. 

On  doit  chûifir  les  Piflaches  en  coque,  nouvelles ,  pefantes  &bicn  pleines.  En 
un  mot ,  que  trois  livres  de  Piftaches  en  coque,  en  puiflcnt  rendre  une  livre  de 
cafl'cés ,  c’eft  à  dire  une  livre  d’amende, 

A  l’égard  des  calfées , elles  doivent  êtreaufli  nouvelles , d’un  beau  verd,  rou¬ 
geâtre  au  delTus  &  verte  au  dedans,  ne  fentant  l  huile  ny  le  moify  ,  nouvelles, 
caflecs  ,  &  les  moins  brifées  que  faire  fc  pourra.  A  l’egard  de  leur  grofleur  ,  les 
uns  cftiment  les  grofles,lcs  autres  les  petites ,  principalement  les  Conftfeurs ,  en 
ce  qu’ils  n’ont  pas  la  peine  de  les  couper  avant  que  de  les  couvrir  de  fucre  , 
pour  en  faire  ce  que  nous  appelions  Piftaches  en  dragée.  On  fe  ïert  encore  des 
Piftaches  pour  faire  des  ragoûts. 

Les  piftaches  font  très  peu  ufitées  dans  la  médecine  ,  en  ce  qu’elles  en¬ 
trent  dans  quelques  compofitions  galleniques,  étant  fort  propres  pour  réchauf¬ 
fer  les  vieillards. 

On  peut  tirer  des  Piftaches  une  huile  ,  mais  le  peu  d’ufage  qu’elle  a,  fait  que 
je  n’en  diray  rien. 


des  Drogues.  L  iv  re  V  i  I.  2  z  9 


CHAPITRE  XLIII. 

Des  Amandes. 

NOus  vendons  ordinairement  de  deux  fortes  d’amandes ,  fi^avoir ,  les  doü^ 
ces  &lcsamcres. 

Les  arbres  qui  les  portent  font  fi  communs  ,  que  je  n’ay  pas  jugé  à  propos 
d’en  faire  aucune  relation, me  contentant  feulement  de  dire  que  les  amandes, 
tant  douces  qu’ameres ,  viennent  de  plufieurs  endroits ,  comme  de  la  Provence  3 
du  Languedoc,  de  Barbarie ,  &  de  Ghinon  en  Touraine  jmais  les  plus  elfimécs 
de  toutes,  font  celles  qui  croiflent  dans  le  Comtat  Venaifin  proche  Avignon  ; 
parce  quelles  font  ordinairement  larges ,  hautes  en  couleurs,  c’eft  à  dire,  rou¬ 
geâtre  au  deflus  &:  blanches  en  dedans ,  d’un  goût  doux  &  agréable ,  qui  ell  le 
contraire  de  celles  deChinon  &  de  Barbarie ,  qui  font  petites  &a  demy  rondes. 
Ainfi  ceux  qui  auront  befoin  d’amendes,  doivent  préférer  celles  de  Comtat  à 
toutes  autres ,  par  les  raifons  que  j’ay  cy-dclkis  alléguées ,  &  qu'il  n’importc 
comme  elles  viennent , pourveu  quelles  foient  comme  j’ay  dit  cy-delTus.  A  l’é¬ 
gard  de  ceux  qui  prendront  les  tonneaux  ,  cailfes  ,ou  balles  entières ,  prendront 
garde  qu’elles  foient  égales  par  tout  i  car  nous  avons  de  certains  Marchands 
tant  à  Lyon  qu’à  Paris,  qui  fçavent  fi  bien  parer  la  marchandife  ,  qu’à  moins 
qu’on  ne  la  regarde  de  tous  cotez  ,  on  eft  bien  en  rifquc  d  être  trompez. 

A  l’égard  del’ufage  des  amandes  douces  ,  elles  (ont  fi  grandes  &  fi  connues 
de  tout  le  monde ,  qu’il  eft  comme  inutile  que  j’en  parle  ;  je  me  conrenteray 
feulement  de  traiter  de  l’huile  que  l’on,  en  tire,  comme  étant  une  marchandife 
d’une  tres-grandc  confequencc ,  pour  le  grand  ufage  que  l’on  en  fait. 

,  Outre  les  Amandes  douces  caiîées,  que  l’on  nous  apporte  des  lieux  cy-dclfus 
nommez,  nous  en  vendons  encore  en  coques,  à  qui  l’on  a  donné  le  nom  d’a¬ 
mande  en  coque  tendre ,  &mal  à  propos  ccluy  de  Florence ,  puifque  toutes  cel¬ 
les  que  nous  débitons  viennent  du  Languedoc  &  de  la  Touraine. 

Ces  Amandes  pour  être  parfaites  ,  doivent  être  tendres  ,  c’eft  à  dire  qu’elles 
s’écrafent  facilement  fous  le  pouce. 

Ces  Amandes,  n’ont  point  d’autres  ufages  ,  que  pour  mettre  fur  la  table  des 
Grands  Seigneurs. 


CHAPITRE  XLIV. 

De  l  Huile  d  Amandes  douces, 

L’Huile  d’ Amandes  douces  fe  prépare  en  diverfes.  maniérés.  Les  uns  pel- 
lent  les  amandes,  les  autres  les  pillent  telles  qu’elles  viennent ,  les  uns  les 
reduifcnt  en  pâte  à  force  de  les  battre, les  autres  ne  les  font  que  concalfer,  & 
les  paifer  par  un  gros  tamis  de  crin.  Enfin  les  uns  employent  de  bonnes  aman¬ 
des,  les  autres  des  méchantes. En  un  mot  chacun  lafaitfiivant  fa  capacité,  ôc  félon 
qu’il  a  de  la  confcience  ^  &  afin  d’ovicr  aux  grands  abus  qui  fe  font  fur  cette 

Ff  iij 


Amende 
en  cocque* 


IDitfcrcntes 

fortes 

d’huiles, 

Kuile  de 
îifiuiet 
d’Eufer. 


ràte  tl’a- 
maftde. 


230  Hifloire  generale 

Huile  ;  &poiir  épargner  la  peine  à  ceux  qui  ne  la  frayent  pas  faire  ,  je  diray  icy 
de  la  manière  dont  elle  doit  être  faite. 

On  prendra  une  livre  &  demy  d’amandes  douces,  pelées ,  bien  feches  ,  nou¬ 
velles  ,  ne  Tentant  l’huile, le  rance ,  ny  le  moify  ,  que  l’on  mettra  dans  un  mor¬ 
tier  bien  net ,  &  après  les  avoir  concallcz  ,  on  les  palTcra  par  un  gros  tamis  de 
crin ,  5c  lorfqu’cllcs  feront  palTées  on  les  mettra  dans  une  toile  de  crin  dou¬ 
ble  à  la  prelîe,  entre  deux  plaques  d’étain  ,  d’acier  poly,  de  cuivre,  ou  de  fer 
blanc ,  5c  on  les  prelTera  doucement  &  également ,  de  peur  que  la  toile  ne  crève , 
5c  que  les  prclTes  ne  calTent  ,  5c  lorfque  le  tout  fera  prefTé  comme  elle  le  doit 
être,  on  retirera  une  huile  douce.  En  un  mot  ,  doüée  de  toutes  les  bonnes 
qualitez,  5c  prefque  fans  fclfes,  ce  qui  n’arrive  pas  à  celle  qui  eft  faite  d’aman¬ 
des  fans  peler,  5c  qui  ont  été  réduites  en  pâte  à  force  de  les  battre. 

Il  faut  bien  fe  donner  de  garde  de  tirer  l’huile  des  amandes  ,  de  la  manicrç 
que  i’enfeigne  le  D;dionnaire  Pharmaceutique  pour  deux  raifons.  La  première, 
c’eft  que  les  amandes  ne  rendent  point  d’huile  cnfortànt  de  l’eau  chaude,  pour 
bien  eforée  qu’elles  puilTent  être  ;  la  féconde,  c’eft  que  l’on  creverok  autant  de  toile 
comme  un  TilTerant  en  pourroit  faire.  Non  plus  quand  il  dit  que  l’on  doit 
chauffer  au  bain  Marie  les  amandes  ameres ,  pour  en  tirer  l’huile  ,  je  ne  fjay 
pas  quelle  différence  5c  qu’elle  difficulté  il  trouve  plus  à  tirer  l’huile  d’amendes 
ameres  qu’à  celles  d’amendes  douces. 

Je  fuis  perfuadé  que  ceux  qui  liront  cet  article  ne  defaprouveront  pas  la  mà- 
nicre  de  faire  cette  huile  par  plulieurs  raifohs.  La  première  ,  parce  que  l’on  a 
moins  de  peine  ;  la  fécondé  ,  parce  qu’elle  eft  plutôt  faite  j  la  troifiéme,  par¬ 
ce  qu’elle  donne  moins  dcfeffiej&la  quatrième,  parce  que  je  ne  fçaehe  jamais 
perfonne  qui  en  ait  parlé. 

De  cette  maniéré  l’on  peut  faire  les  huiles  d’amendes  ameres ,  de  noifette  ,  d’a¬ 
velines,  de  noix, de  ben  ,  de  pignons  blancs ,  de  gros  pignons,  qui  eft  ce  que 
nous  appelions  huile  de  Figuier  d’Enfcr  ,  qui  eft  fort  en  ufage  parmy  les  Sau¬ 
vages  ,  pour  faire  mourir  la  vermine,  de  PalmA  Chripiy  de  Pavot  blanc  ,  des  qua- 
tres  femcnces ,  de  chenevis ,  de  graine  de  Lin ,  ainfi  de  quantité  de  fruits  ou  fc- 
mcncesjdonton  defire tirer  l’huile  par  expreflion &  fans  feu. 

A  l’égard  du  choix  de  toutes  ces  huiles  ,  la  meilleur  connoiffancc  que  j’en 
puis  donner,  eft  de  l’acheter  d’honnêtes  gens ,  incapables  de  les  frauder ,  &  d’y 
mettre  le  prix,  &  ne  pas  les  acheter  de  ces  Coureurs  5c  Colporteurs,  fur  tout 
l’huile  d’amendes  douces  que  fon  porte  de  boutique  en  boutique  ,  n’étant  faite 
que  de  vieilles  amandes  pourries  &  gâtées,  ou  bien  des  quartiers  d’amandes  des 
Confifeurs  ,  cnfoitc  que  l’huile  qui  en  eft  faite  eft  incapable  d’entrer  dans  le 
corps  humain  par  fon  méchant  goût,  &par  le  goût  de  rôty  qu'elle  a,  à  caufe 
que  ces  quartiers  d’amendes  dont  ils  fe  fervent,  ont  été  mis  à  l’étuve  pour  les 
faire  fecher  j  ainfi  de  mille  autres  abus  qui  fe  font  fur  cette  marchan- 
difc. 

Outre  l’huile  d’amendes  douces  tirées  fans  feu,  on  nous  en  envoyé  d’autres  de 
divers  endroits  dans  des  pièces  de  différends  poids  qui  eft  tirée  avec  le  feu,  ainfi 
qui  ne  doit  avoir  d’autres  ufages  que  pour  brûler. 

L’huile  d’amande  douce  tirée  fans  feu,  eft  fort  en  ufage  pour  plufieurs  ma¬ 
ladies  ou  il  eft  queftion  d’adoucir ,  5c  meme  pour  frotter  quelques  parties  du 
corps  affligez  ;  mais  fon  plus  grand  ufage  eft  pour  faire  prendre  aux  petits  çn- 
fans  nouveaux  nez. 

La  pâte  des  amandes  douces  pêlées ,  peut  fervir  à  laver  &  à  décraffer  les  mains.  ' 


des  Drogues ,  Livre  VIL  231 

Pour  ce  qui  cft  des  amandes  ameres,  elles  n’ont  point  d’autres  choix  que  d’c- 
tre  aufli  hautes  en  couleurs, les  plus  larges, les  moins  brifécs,  &  les  plus  nou¬ 
velles  qu’il  fe  pourra,  &  prendre  garde  quelles  ne  foient  mélangées  d’amandes 
douces ,  comme  il  n’arrive  que  trop  fouvcnt ,  furtout  quand  les  amandes  ameres 
font  cheres. 

Les  amandes  ameres  ont  beaucoup  d’ufage  chez  les  Confifeurs  pour  faire 
des  bifeuits  furnommez  d’amendes  ameres.  Elles  font  aufli  en  ufage  pour  faire  .fàS’endes 
des  pâtes  pour  laver  les  mains ,  &  pour  en  tirer  une  huile  par  expreflion  &  fans 
feu ,  comme  j’ay  déjà  dit ,  qui  cft  très  propre  pour  guérir  les  maux  d’oreilles  , 
uiélangées  avec  tant  foit  peu  d’eau  de  vie  ,  ou  d’cfpritdc  vin.  La  pâte  des  aman¬ 
des  ameres  cft  fort  propre  pour  dccraflèr  les  mains ,  en  ce  qu’elle  les  blanchit 
mieux  que  la  pâfe  des  amandes  douces. 


CHAPITRE  XLV. 

Des  Citrons. 


LEs  Citrons  doux  &  aigres ,  font  des  fruits  fort  communs  connus  de  tout 
le  monde ,  ce  qui  fera  que  je  n’en  diray  rien ,  me  contentant  feulement  de 
dire  que  ceux  que  nous  vendons  viennent  de  S.  Remmes,  en  Rivière  de  Gcn- 
nes  ,  de  Nice,  de  Manton ,  petite  ville  appartenante  au  Duc  de  Savoyc,  d’où  il 
nous  viennent  par  mer  &  par  terre  à  Marfeille ,  Lyon  ,  Roüannc ,  &  dc-là 
à  Paris. 

La  vente  des  Citrons  ne  fe  fait  dans  les  villes  cy-dcfliis ,  à  la  refervede  Nice] 
que  par  la  deliberation  du  Confeil  de  la  ville  ;  ce  qui  arrive  deux  fois  l’année  , 
c’eft  à  dire  au  mois  de  May  &  Septembre ,  quelquefois  aufli  trois  fois,  fuivant 
que  la  récolte  en  a  été  grande.  Lorfque  la  vente  des  Citrons  fe  fait  ,  ou  que 
quelques  Marchands  en  veut  acheter  des  Bourgeois  ,  les  Senfales  ou  Courtiers 


EfTcnce 

Gtdrc. 


Aipre  de 
Gcdie. 


Ecorce  t 
Citron 


132  Hiftoire  generale 

les  choififfcnt  eux  mêmes ,  &  ne  prennent  que  ceux  qui  font  de  receptes ,  &  qui 
paCfe  par  un  anneau  de  fer  rond  fait  exprès  j  car  tous  ceux  qui  paffent  par  l’an¬ 
neau  de  fer  font  rebutez ,  &  ne  fervent  que  pour  en  tirer  le  (uc  que  l’on  tranf- 
porte  en  A  vignon  &  à  Lyon  pour  les  Teinturiers  du  grand  teint.  • 

A  l’égard  du  choix  des  Citrons  doux  &c  aigres ,  la  marchandife  eft  trop  côii- 
nuë  pour  m  y  arrêter. 


CHAPITRE  XLVL 

De  l  Huile  de  Citron. 

NOus  vendons  de  deux  fortes  d’Huiles  de  Citron  ;  fejavoir  ^  la  commune  & 
l’EfTcnce  de  Cedre.  La  première  ôdia  plus  cftiméc  ,  eft  celle  qui  porte  le 
nom  d’Huilc  ou  d'Eftence  de  Cedre,  ou  d’clTence  fine,  qui  fe  fait  en  deux  ma¬ 
nières  -,  fi^avoir ,  par  le  moyen  des  zeftes  de  Citron  ,  ou  des  Citrons  que  l’on 
rapc^ôd  par  le  moyen  de  l’eau  &  d’un  alambic  ,  on  en  tire  une  huile  blanche 
&  fort  odorante ,  tout  à  fait  fcmblable  à  l’Huile  d’Amandes  douces  ,  à  la  re- 
ferve  quelle  n’eft  pas  fi  grafle.  La  féconde,  qui  eft  l’Huile  de  Citron  commu¬ 
ne  ,  qui  eft  une  huile  verdâtre,  claire  &  odorante,  fc  tire  aufli  par  le  moyen  d’un 
alambic,  des  Bacchas,  ou  de  la  Lie  qui  fe  trouve  au  fond  des  tonneaux,  dans 
quoy  l’on  a  mis  repofer  le  jus  de  citron,  &  cinquante  livre  de  cette  Lie ,  ou  Bac¬ 
chas,  rendent  ordinairement  trois  livres  d’huile  claire, plus  ou  moins ,  fuivant 
la  bonté  &  nouveauté  des  citrçns. 

Les  Huiles  de  Citron  font  ufitées  parles  Parfumeurs,  à  caufe  de  leur  agréa¬ 
ble  odeur ,  fur  tout  rEifcncc  de  Cedre. 

A  l’égard  de  l’ Aigre  de  Cedre,  c’ eft  un  fuc  que  l’on  tire  d’une  certaine  efpece 
de  citrons  à  demy  murs  qui  viennent  de  Bourgaire,  proche  S.Remmcs,  d’où 
il  eft  tranfporté  en  différends  endroits. 

L’ufage  de  l’ Aigre  de  Cedre  eft  auffi  pour  les  Parfumeurs ,  &  pour  plufieurs, 
autres  perfonnes  qui  s’en  fervent. 


CHAPITRE  XL  VIL 
T>es  Citrons  confits. 

L’On  nous  envoyé  de  Madcre  des  petits  Citrons  de  differentes  groffeurs  ^ 
confits  au  fucre  de  deux  fortes  de  maniérés  j  fça voir,  fecs  &  liquides.  Ces 
petits  citrons  font  un  très  agréable  manger ,  lefquels  pour  être  parfaits  doivent 
être  bien  confits ,  tendres ,  verts  &  nouveaux. 

Outre  ces  Citrons  il  nous  vient  encore  de  Madère  l’écorce  de  Citron  confi¬ 
te  ou  fcchc,quc  pour  être  de  la  bonne  qualité  ,  il  faut  quelle  foit  nouvelle, 
en  petite  côte ,  claire  tranfparente ,  la  plus  verte  au  deffus ,  &  la  plus  glacée  au 
ùeffous  qu’il  fe  pourra ,  quelle  foit  charnue  ,  facile  à  couper ,  &  bien  fcche,  non 
piquée  ,  c’eft  à  dire  qu’elle  ne  foit  point  remplie  de-  taches  noires  ,  ce  qui  ne 
îiiy  vient  que  par  l’humidité  qu’elle  acquiert  en  vieilliffant. 


L’écoTcs 


des  Drogues , Livre  VII.  233  j 

L*iécorce  de  Citron  eft  fort  en  ufage  ,  à  caufe  que  ç’cft  ùn  cxeelicnt  manger 
il  y  a  encore  des  Citronnats  qui  eft  de  l’écorce  de  Citrons  confite ,  &  coupée 
par  tailladins. 

Les  Turcs  font  avec  le  jus  deCitrôn  &  du  fucre  ,  ce  qu’ils  appellent  SorTacc,  . 
dont  le  meilleur  vient  d’Alexàndrie.  drie. 

Avec  le  jus  de  Citron  clarifié  &  de  beau  fucre 3  on  en  fait  un  firop  qui  eft  ce 
que  nous  appelions  Sirop  de  Citron',  Scies  A  poticaires  Sirop  de  Limon,  dont  on 
fe  fert,mis  dans  de  l’eau,  pour  rafraichir  ôc  étancher  la  foif. 

Pour  ce  qui  eft  dü  jus  de  Citron  qui  fe  vend  à  Paris  ,  il  doit  être  entièrement 
î^ejetté,  n’étant  fait  pour  la  plufpart,que  de  Citrons  pourris.  Ainfi  ceux  qui  cii 
auront  bcloin,  feront  mieux  de  le  faire  eux  mêmes  que  de  l’acheter  tout  fait. 


CHAPITRE  ILVIIL 

Oranges. 


LÊs  Oranges  douces  5c  aigres ,  viennent  de  Nice ,  de  l’ Afiouta ,  de  Grâce ,  deS 
Ifles  d’Hycres, dcGennes, de  Portugal,  des  Iflcs  de  l’Amerique  ,  &  même 
de  la  Chine  \  mais  la  plus  grande  partie  de  celles  qüc  nous  voyons  aujour- 
d’huy  vienennt  de  Provence,  oii  elles  fe  vendent  indifféremment  fans  aucune 

.  r  , 

Les  Oranges ,  aufli-bieh  que  les  Citrons ,  font  fi  communes  que  je  n  en  diray 
rien. 

On  confit  les  Oranges  entières ,  apres  IcS  avoir  pelées ,  5c  vuidées  au  fucre  ,  5c 
on  en  fait  ce  que  nous  appelions  Oranges  entières  ,  ou  Ecorce  d’Orange  con-  é  change, 
fite ,  dont  la  plus  belle  eft  celle  qui  fe  fait  à  Tours  j  parce  quelle  eft  plus  claire  ; 
plus  tranfparcnte ,  ôc  plus  haute  en  couleur. 

Nous  faifons  venir  de  Lyon  l’écorce  d’orange  coupée  par  lardons,  qui  eft  ce  Orapseai» 
/.  PMÙe,  ^  C  g 


ij  234  Hiftoire  generale 

que  nous  appelions  Orangeat^  qne  l’on  couvre  de  fucre  ,  &  enfuite  eft  appelle 
Orangeât  en  dragée. 

rieurs d’o-  Outre  le  gros  négoce  que  nous  faifons  des  Oranges  douces  &  «aigres,  &  mê- 
3Tc  des  Bigarades,  nous  vendons  de  plus  les  Fleurs  d’Oranges  confites  ,  que  nous 

faifons  venir  d’Italie  &  de  Provence.  L’eau  diftillée,  qui  cil  ce  que  nous  appel- 
Eaude  Na-  Napfie , OU  de  Fleurs  d’Orange,  qui  vient  aulli  de  Provence,  dont 

flaVs^d’i  Parfumeurs  &  autres  fc  fervent  pour  parfumer.  Celle  qui  eft  de  la  bonne 
range.  qualité ,  doit  être  amcrc  au  goût ,  d’une  odeur  fuave  ,  fort  agréable ,  &  de  l’année; 
car  aufli'tôt  que  cette  eau  a  plus  d’un  an,fon  odeur  le  perd.  Ceux  qui  diftil- 
Icnt  les  Fleurs  d’Oranges ,  tirent  une  huile  claire  &  extrêmement  odorante,  à 
qui  les  Parfumeurs  ont  donné  le  nom  de  Neroli ,  dont  le  plus  parfait  fe  fait  à 
Rome,&ccluy  d’apres  en  Provence.  Neanmoins  on  doit  s’alTurer  que  c’eft  une 
vieille  erreur,  en  ce  qu’il  eft  facile  de  faire  du  Neroli  aParis  meilleur  qu’en  Ita- 
lie  &  en  Provence-,  la  raifon  en  eft  que  l’Italie  .&  la  Provence  étant  plus  chaud 
que  nôtre  climat ,  le  Soleil  en  dilïipe  plus  facilement  l’odeur  ;  mais  avec  cette 
différence  neanmoins ,  que  l’on  en  tirera  bien  moins  que  dans  le  pays  chauds  ; 
parce  que  tout  le  monde  doit  fçavoir  que  l’odeur  des  Fleurs  ne  provient  que 
de  l’ardeur  du  Soleil  &delaRoféc,  c’eft  ce  qui  fait  que  l’on  peut  faire  en  Ita¬ 
lie  &  en  Provence  ,  plufieurs  travaux  ou  diftilladons  j  c’eft  à  dire  ,  que  fi  les 
fleurs  font  un  mois  à  Paris  dans  leurs  forces ,  elles  le  feront  deux  en  Provence, 
&  trois  en  Italie,  à  caufe  delà  proximité  du  Soleil. 

Les  Provençaux  nous  envoyent  une  huile  que  l’on  tire  des  zeftes ,  &  de  la 
Hmi^a-o-peau  des  Oranges,  par  le  moyen  de  l’eau  ôc  d’un  alambic  ,  &c  cette  huile  eft 
odcut  fott  fuave.  Ils  nous  en  apportent  encore  d'une  autre  forte,  qui  eft 
ce  que  nous  appelions  huile  de  petit  grain  ,  qui  eft  faite  d’o’rangelcttes  ,  qu’ils 
diftillent  dans  un  alambic ,  avec  une  quantité  fuflifante  d’eau  ,  après  les  avoir 
fait  tremper  cinq  ou  lix  jours  dans  la  même  eau.  Cette  huile  eft  d’un  jaune 
doré  ,  d’une  odeur  forte  &c  odorante. 

Ces  Huiles  d’Oranges  font  d’cxcellcns  rcmedes  pour  guérir  les  vers  des  petits 
enfans,  aufli-bien  que  l’eau  qui  a  fervi  à  en  tirer  l’huile;  c’eft  pour  ce  fujet  que 
les  Parfumeurs  de  Provence  en  portent  beaucoup  par  bouteille  &  par  barils, 
à  divers  particuliers,  pour  donner  aux  petits  enfans.  La  plus  grande  quantité  de 
ces  huiles  fe  font  à  Grâce,  àBiot,  à  trois  lieues  de  Grâce  ,  aux  Canettes  &  à 
Nice, 

On  fera  averty  que  toutes  ces  huiles  qui  viennent  de  Provence  ,  font  pour 
la  plufpart  falcificz  ou  additionnez  d’huile  de  Ben, ou  d’amendes  douces,  c’eft 
pour  ce  fujet  que  l’on  ne  doit  acheter  que  d’honnêtes  gens  ,  &  ne  pas  s’atta¬ 
cher  au  bon  marché ,  principalement  quand  c’eft  pour  guérir  les  vers  des  petits 
enfans- 

Nous  vendons  de  plus  les  petites  Oranges,  ou  Orangelettes , aux  Pattenof- 
triers,  ou  faifeurs  de  chapelets.  Elles  ont  encore  quelques  ufages  par  ceux  qui 
ont  des  cotaircs  ,  en  ce  quelles  ne  fe  corrompent  point.  Les  rapures  de  ces 
Oranges  réduites  en  poudre,  avec  égale  partie  d’écorce  de  citron  fcche,  &  autres 
Poudre  drogues ,&  après  avoir  réduit  le  tout  en  poudre,  on  en  compofe  une  poudre 
cordiale,  cordiale ,  univerfellc ,  propre  pour  guérir  plufieurs  maladies  qui  arrivent  aux 
chevaux ,  ainfi  qu’il  eft  porté  plus  au  long  au  Livre  du  Parfait  Maréchal ,  fait 
par  feuM.  deSolcyfcl ,  à  la  page  44.  &  4^.  où  elles  font  décrites  tout  au  long, 
aufli-bien  que  tous  les  autres  remedes  propres  &  convenables  pour  ecs  fortes 
d’animaux ,  defquels  remedes  Mcflieurs  les  Apoticaires  ne  veulent  prendre  au¬ 
cune  connoiffance ,  difant  pour  raifon  que  cela  eft  au  delTous  d’eux  -,  &  coin- 


De  f  Ananas 


rharuur 


LOn  peut  a  trcs-jultc  titre,  luivant  le  K.  r.dü  iertre,  appcller  1  Ananas ,  le 
Roy  des  fruits ,  parce  qu’il  eft  le  plus  beaii ,  &  le  meilleur  de  tous  ceux  qui 
font  fur  la  terre.  C’eft  fans  doute  pour^ette  raifon,que  le  Roy  des  Roysluy  a 
mis  une  couronne  fur  la  tcce,  qui  cil  comme  une  marque  elTenticllc’dc  fa  Royauté, 
puis  qu’à  lachûte  du  pcrc ,  il  produit  un  jeune  Roy  qui  luy  fucccdc  en  toutes  fes 
admirables  qualitcz  ;  Il  ell  vray  qu'il  y  a  encore  d’adtres  rejettons  au  deflbus 
du  fruit  ,  &  même  au  delTous  de  la  tige  qui  produifeut  des  Ananas  en  bien 
moins  de  temps  ,  &:  meme  avec  plus  de  faedité  que  ccluy  qui  luy  fert  de  cou¬ 
ronne  ,  mais  il  eft  aufli  véritable  que  le  fruit  produit  par  celuy-cy ,  eft  incompa¬ 
rablement  plus  beau  que  les  autres. 

Ce  fruit  croît  fur  une  tige  ronde,  groffe  de  deux  pouces ,  &  haute  d’un  pied 
&  demy ,  laquelle  fort  du  milieu  de  fa  plante ,  comme  l’arnehaux  du  milieu  de  fts 
fcüillcs  :  elles  font  longues  environ  de  trois  pieds ,  larges  de  quatre  doigts  ,  ca- 
nelées  à  guifes  de  petits  canaux ,  &  toutes  herilTées  fur  le  bord  de  petites  poin¬ 
tes  picquantes,&finiirent  en  aboutilTant  à  une  petite  pointe  qui  picque  com¬ 
me  une  éguillc. 

Au  commencement  ce  fruit  n’eft  pas  fi  gros  que  le  poing ,  &  le  bouquet  de 
fcüillcs  où  eft  la  petite  couronne  qu’il  porte  fur  la  tète  i  eft  rouge  comitlie  dil 

/.  ij 


Vi  236  Hiftoire  generale 

feu  i  de  chacune  des  écailles  de  l’écorce  du  fruit  (  dont  la  figure  &  non  la 
(ubftance ,  cft  fort  femblables  aux  pommes  du  pm  )  fort  une  petite  fleur  pur¬ 
purine,  qui  tombe  &  fe  fanne  à  meiui'c  que  le  fruit  groflit. 

Nos  habitans  en  diftinguent  de  trois  fortes,  aufquellcs  fe  peuvent  rapporter 
toutes  les  autres  :  à  fi^avoir,  le  gros  Ananas  blanc ,  le  pain  de  fucre ,  &  la  pomme 
de  rainette. 

Le  premier  a  quelquefois  huit  ou  dix  pouces  de  diamètre  ,  &  quinze  ou  feize 
pouces  de  haut.  Sa  chair  eft  blanche  &  fibreufe,  maisfon  écorce  devient  jaune 
comme  de  l’or.  Quand  ileft  meur ,  il  exhale  une  odeur  ravilfante  ,  qui  tire  fort 
à  celle  de  nos  coings,  mais  beaucoup  plus  fuave.  Quoy  qu’il  foit  plus  gros  ôc 
plus  beau  que  les  autres,  fon  goût  n’clî, pas  fi  excellent  ,  aufli  n’eft-il  pas  tant 
eilimé  5  il  agace  plûtôt  les  dents,  ôc  fait  plutôt  faigner  les  gencives  que  les 
autres. 

Le  fécond  porte  le  nom  de  fa  forme  ,  parce  qu’il  cft  tout  femblable  à  un 
pain  de  fucre  :  il  a  les  feuilles  un  peu  plus  longues  ôc  plus  étroites  que  le  pre¬ 
mier,  ÔC  nejaûnit  pas  tant.  Son  goût  cfl:  meilleur,  mais  il  fait  aufli  faigner  les 
gen(^ives  de  ceux  qui  en  mangent  beaucoup.  J’ay  trouvé  dans  ccluy-cy  de  la 
graine  femblable  à  la  graine  du  CrclTon  Alenois  i  quoyquc  pourtant  ce  foit  une 
opinion  generale  que  l’Ananas  ne  graine  jamais. 

Le  troiliéme  eft  le  plus  petit ,  mais  c’efl:  le  plus  excellent ,  ôc  cft  appellé  pomme 
de  rainette,  a  caufe  que  fon  goût  a  cela  de  particulier ,  qu’il  tire  à  Todeur  &au 
goût  de  ce  fruit: Il  n’agace  prcfquc point  les  dents,  ôc  ne  fait  point  faigner  la 
Ibouche  ,  fi  ce  n’eft  quand  on  en  mange  excellivcment. 

Voila  ce  qu’ils  ont  de  particulier,  mais  tous  conviennent  en  ce  qu’ils  croiflent 
d’une  même  façon ,  portent  tous  le  bouquet  de  fcüiiles ,  ou  la  couronne  fur  la 
têtc,&:  ont  l’écorce  en  pomme  de  pin,  laquelle  fe  leve  pourtant ,  ôc  fe  coupe 
comme  celle  du  melon  :  ôc  bien  que  la  chair ,  tant  des  uns  que  des  autres  ,  foit 
fibreufe,  elle  fe  fond  toute  en  eau  dans  la  bouche  ,  ôc  eft  fi  favoureufe  que  je  ne 
la  fçauroit  mieux  exprimer,  finon  en  difant  qu’elle  a  le  goût  de  la  Pefche  ,  de 
la  Pomme ,  du  Coing ,  Ôc  du  Mufeat  tout  cnfcmble. 

Quelques-uns  pour  luy  ôter  cette  qualité  qui  fait  faigner  les  gençives ,  ôc  en- 
fiâmela  gorge  de  ceux  qui  en  mangent  beaucoup  ,  ou  le  mangent  avant  qu’il 
foit  meur  japrés  l’avoir  dépoüillé  de  fon  écorce ,  Ôc  coupé  par  roücllcs ,  le  laif- 
fentun  peu  de  temps  tremper  dans  le  vin  d’Efpagne,  ôc  non  feulement  l’Ana¬ 
nas  quitte  ce  qu’il  a  de  malin  ,  mais  il  communique  au  vin  ,  un  goût  ôc  une 
odeur  fort  agréable. 

On  fait  un  vin  de  fon  fuc,  qui  vaut  prcfquc  delà  Malvoific  ,  ôc  qui  cnyvrc 
aufli- bien  que  le  plus  fort  vin  que  nous  ayons  en  France.  Si  on  conferve  ce 
vin  plus  de  trois  femaincs ,  il  fc  tourne  ôc  fcmble  être  entièrement  gâté  i  mais 
fi  on  le  donne  patience  encore  autant  de  temps ,  il  revient  dans  fon  entier  ,  ôc 
meme  eft  plus  fort  ôc  plus  fameux  qu’a'uparavant.  Lors  qu’on  en  ufc  modéré¬ 
ment  ,  il  recrée  le  çoeur ,  réveille  les  efprits  engourdis  ,  ôc  arrête  les  naufées  de 
l’eftomac,  il  cft  bon  aux  fuppreflions  des  urines,  &  cft  un  contrepoifon  à  ceux 
qui  ont  beu  de  l’eau  de  Manyoc  :  il  faut  pourtant  que  les  femmes  qui  font  en¬ 
ceintes  fe  gardent  bien  d’ufer  de  cc  vin,&  même  de  manger  l’Ananas  en  quan¬ 
tité,  car  cela  les  feroit  aufli-tôt  avorter. 

Nous  vendons  prclcntcmcnt  â  Paris  des  Ananas  confits  qui  nous  viennent  des 
ïfles,  qui  eft  un  très- bon  mangé,  furtout  quand  il  a  été  bien  confit. 

Son  ufage  cft  pour  rétablir  la  chaleur  naturelle  des  vieilles  gens. 


des  Drogues.  Livre  VIL 


237  V 


Le  Cotton  cft  une  laine  douce  &  blanche ,  que  l’on  trouvé  dans  une  cfpc- 
cc  de  coque  brune,  qui  naît  fur  un  arbrifleau  en  forme  de  builfon.Voicy 
ec  que  dit  le  R.  P.  du  Tertre. 

Au  commencement  que  nos  lÜcs  furent  habitées  par  les  François ,  j’ay  veu 
des  habitans  qui  remplilfoient  leurs  habitations  de  Cotonniers ,  dans  l’elpcran- 
ce  d’en  faire  quelque  profit  dans  le  commerce  i  mais  la  plufparc  des  Marchands 
ne  s’en  voulant  point  charger  ,  à  caufe  qu’il  tient  trop  de  place ,  qu’il  pefe  peu, 
&  eft  dangereux  pour  le  feu ,  ils  ont  été  contraints  de  l’arracher  ,  ôc  n’en  laiiTer 
que  le  long  des  lificres  des  habitations. 

Cet  arbriflfeau  croît  en  builTon ,  &:  les  rameaux  qui  s’étendent  au  large  font 
fort  chargez  de  feüillcs ,  un  peu  plus  petite  que  celle  du  Sicomorc  ,  &  prefque 
de  même  figure  :  il  poulTe  quantité  de  belles  fleurs  jaunes  plus  grandes  que 
celles  delà  maothe  mufquée  jk  fond  cette  fleur  eft  de  couleur  de  pourpre  ,  & 
elle  en  eft  toute  rayée  par  le  dedans  i  il  y  a  un  bouton  ovale  qui  paroît  àu  mi¬ 
lieu,  &c  qui  croît  avec  le  temps  auflî  gros  qu’un  œuf  de  pigeon  :  quand  il  cft 
meuril  devient  noir,  &  fe  divifant  en  trois  par  le  haut,  le  Coton  paroît  blanc 
comme  de  la  neige.  Dans  ce  flocon  qui  fe  gonfle  à  la  chaleur  jufqu’à  la  grof- 
feur  d’un  œuf  de  poule  ,  il  y  a  fepr  grains  noirs  aufli  gros  que  des  lupins  atta¬ 
chez  enfemble  -,  le  dedans  en  eft  blanc ,  oléagineux  &  de  bon  goût. 

Le  Coton  vient  en  grande  abondance  dans  toutes  ces  Ifles  ,  &  les  Sauvages 
prennent  un  grand  foin  de  le  cultiver,  comme  une  chofe  qui  leur  eft  fort  utile 
pour  faire  leurs  lits.  J’ay  remarqué  une  chofe  de  la  fleur  du  Coton  que  les  Au¬ 
teurs  n’ont  pas  connue  ,  ou  au  moins  ne  l’ont  pas  écrite  5  c’eft  que  les  fleurs 

'""■G g  üj 


Cotons  en 
laine. 

Corons 

filez. 


Huile  de 
Coco, 


ni  de  Gui. 
bièy. 


^/j  238  Hiftoire  generale 

enveloppées  dans  les  fciiilles  du  même  arbre  cuitçs  fur  la  braize  ,  rendent  une 
huile  roulTe  &  vifqueufe,  qui  guérit  en  peu  de  temps  les  vieilles  ulcérés.  Je  l’ay 
Ibuvent  expérimenté  avec  de  tres-heureux  fuccez,  La  graine  de  cet  arbrüTeau 
eny  vre  les  Perroquets  j  mais  têIIc  eft  utilement  employée  contre  les  flux  de  fang, 
&mêmc  contre  les  venins. 

Nous  vendons  de  plufieurs  fortes  de  Cotons  ,  qui  ne  different  les  uns  des 
autres ,  que  fuivant  les  pays  d’où  ils  viennent ,  &  les  diverfes  préparations  que 
l’on  fait.  Le  premier  cil  le  coton  en  laine  ,  c'eft  à  dire  ,  tel  qu’il  fort  de 
la  coque,  d’où  on  a  feulement  retiré  les  graines.  Ces  cotons  viennent  de  Cypre, 
de  S.  Jean  d’Acrc,  &de  Smyrne.Les  féconds  font  les  Cotons  filez,  dont  les  plus^ 
parfaits  font  les  Cotons  d’once  j  qui  viennent  de  Damas ,  les  Cotons  de  Jerufalem 
que  nous  appelions  Bazac  5  il  y  a  encore  d’autres  fortes  de  Cotons ,  comme  font  ces 
cotons  demy  Bazac  ,  de  Rames ,  les  moyens  Bazacs ,  les  Cotons  de  Bcledin  ,  de 
Gondezel , Payas  de  Motafin, Coton  jofeph  &  Geacquin-.  mais  de  tous  ces  Co¬ 
tons  nous  ne  vendons  guère  que  ccluy  de  Jerufalem ,  &des  Ifles.  Le  vray  Bazac 
ou  Coton  de  Jerufalem  ,  doit  être  bien  blanc ,  fin ,  uni ,  le  plus  fcc  ,  le  mieux  filé 
de  le  plus  égal  que  faire  fc  pourra.  A  l’égard  de  ccluy  en  laine ,  plus  il  eft  blanc, 
long  &  doux,  &  plus  il  doit  être  eftimé.  Ceux  qui  en  achèteront  des  balles  en¬ 
tières  ,  prendront  garde  qu’ils  n’aycnt  été  moifi  ny  pourry  pour  avoir  été  mouillé 
ou  afpergé  d’eau 

On  fe  fert  du  Coton  pour  différends  ufages  ,  qui  font  trop  connus  pour  m’y 
arrêter. 

A  l’égard  de  la  graine  noire  qui  fe  trouve  dans  le  Coton ,  on  en  peut  tirer 
une  huile  qui  eft  admirable  ,  pour  guérir  emporter  les  taches  de  roufleures, 
&  même  pour  embelir  le  vifage ,  &  fait  les  mêmes  effets  que  l’huile  que  l’on  a 
tiré  des  Amandes  du  Coco  ,  en  la  faifant  fondre  fur  le  feu ,  ainfi  que  font 
les  Sauvages  ,furtout  de  l’ifle  de  i’Aflbmption  ,  d’où  prefque  tous  les  cocos  que 
nous  vendons  nous  font  apportés. 


CHAPITRE  LI. 

De  la  \-{oüette. 

La  Hoücttc  eft  une  efpecc  de  Coton  qui  fe  trouve  dans  des  gouffes  qui 
croiffent  fur  une  plante  que  les  Botamftes  appellent  y4i)ocyni4m  Cynocrampe  » 
qui  figmfic  choux  de  chien,  dont  la  figure  eft  cy-devant  reprefentée  à  l’Eftampe 
du  Coton. 

Ces  plantes  croiffent  en  quantité  proche  d’Alexandrie  d’Ægyptc  ,  fur  tout 
dans  les  lieux  humides  &  marécageux  ,  d’où  nous  vient  la  Hoüette  que  nous 
vendons.  Cette  Hoüette  n’a  autre  ufage  que  pour  fourrer  les  robes  des  perfon- 
nés  de  qualité. 

Nous  vendons  de  plus  le  Lin,  la  filafle  bruttc&  écrüe  ,  c’eft  adiré,  telle  que 
les  Filaflicrs  &Cordiers  l’achctcnt  de  nous.  Le  fil  deGuibray  qui  eft  faitd’étou- 
pes  filez,  ôeenfuite  mis  par  écheveau,  après  avoir  été  boüilh  dans  de  l’eau  &  de 
la  cendre  pour  en  ôter  la  bourre,  ôelorfqu’ il  eft  bien  blanc,  tant  pour  avoir  été 
IcxiVe  que  pour  avoir  demeuré  fur  l’herbe  ,  ils  nous  eft  apporté  ou  envoyé. 
Ce  font  des  Normands  du  Bourg  de  la  Chapelle  Mofehe,  qui  eft  l’endroit  où 
prefque  tout  ce  fil  fc  fait  :  &  ce  qui  luy  a  faft  donner  le  furnom  de  Guibray  ,  c’eft 


des  Drogues ,  Livre  VIL  239  vi j 

qu  autrefois  ils  ne  noüs  renvoyoient  iiy  apportoient  point ,  mais  le  vendoient 
tout  à  la  Foire  de  Guibray. 

Ce  fil  eft  fort  en  ufage  par  les  Ciriers ,  tant  pour  faire  des  cierges ,  de  la  bou¬ 
gie  filée,  que  pour  faire  des  collets  blancs  aux  mèches ,  ou  bras  de  flambeaux. 

A  l’égard  du  lumignon ,  il  fc  fait  à  Pont  Sainte-Mexance ,  des  croupes  de  chan-  tumi 
vre  que.  l’on  file  à  gauche ,  &  enfuite  on  le  met  par  plottes  de  treize  à  quatorze 
onces ,  &c  l’on  s’en  fert  à  faire  des  mèches  ou  bras  de  flambeaux. 

Nous  vendons  encore  les  mèches  à  moüfquets ,  qui  font  faites  des  mêmes  étou- 
pes ,  &  toute  la  dilference  qu’il  y  a  ^  c’eft  quelle  eft  filée  comme  les  cordes  ordi¬ 
naires  ,  &enfuitc  on  en  alTemble  trois  brins  enfcmble  que  l’on  couvre  de  filafle; 
enfortc  que  ces  trois  brins  ne  paroilfent  qu’une  ,  &  après  les  avoir  fait  boüillir 
dans  de  l’eau  &  de  la  gravelée,  pour  luy  donner  la  couleur  quelle  a,  &  après  l’a- 
Voir  fait  fecher ,  ils  nous  l’envoyent  par  bottes  de  differentes  groffeurs  Ôc  lon¬ 
gueurs. 

Nous  vendons  de  plus  la  fiflêlle  de  Rouen  &  deTroyes,  dont  l’une  nous  vient 
par  paquets ,  &  l’autre  par  plottes ,  &  n’a  point  d’autre  choix  que  d’être  bien  fe- 
<-bcs,bicn  filées,  c’eft  à  dire  la  plus  unie  &la  plus  petite  que  faire  fc  pourra, 
t  n  prenant  garde  qu’elle  (bit  belle  dedans,  principalement  celle  de  Roüen  ,  qui 
tft  fort  fujette  à  n’êtrc  pas  telle  dedans  que  deffus. 

Outre  toutes  les  marchandifes  que  nous  vendons  qui  fe  tirent  du  lin  &  du  chan¬ 
vre,  il  nous  eft  permis  de  vendre  toutes  fortes  de  papiers ,  dont  il  y  en  a  plufieurà 
fortes  :fqavoir,lc  papier  d’Auvergne,  ccluy  de  Limoge  ,  &  autres  endroits.  Le 
grand  &c  petit  papier  gris  blancs  j  ou  à  patron ,  &  papier  à  demoifelle  que  nous  ti¬ 
rons  de  Roüen. 


CHAPITRE  J 

Des  Olives, 


viij  240  Hiftoire  generale 

de  Veronne  donc  il  y  en  a  de  trois  fortes }  fc^avoir ,  le  gros  &  petit  moule ,  &  les 
femenccs  celles  d’aprcs  font  les  Olives  d’Elpagne,  6<:  lcs  troiliémc  font  les  Oli¬ 
ves  de  Provence  ,t|ui  portent  le  furnom  de  Piclioline  ou  de  Pauline  ,  mal  à 
propos  celuy  d'Olives  de  Lucques ,  puifqu’elles  n’en  viennent  pas. 

■L’arbre  qui  porte  les  Olives  clt ordinairement  petit,  donc  la  figure  cil  cy-def- 
fus  reprefentée.-.A  l'égard  dcsfcüilles  elles  font  épaiffes  verdâtres  ,  les  fleurs 
blanclies  Se  les  fruits  verts  dans  leurs  commencement  ,  &  d’un  vert  rougeâtre 
dans  leur  maturité.  Je  ne  m’arreteray  pas  à  vouloir  rapporter  icy  les  difterends 
ouvrages  que  l’on  fait  du  Bois  d’olivier,mc  contentant  feulement  de  parler  de  l’hui¬ 
le  que  l’on  tire  des  Olives,  &:  de  la  manière  qu’on  les  confit  ,  afin  de  les  garder 
pour  manger. 

D’abord  que  les  payfans  voyent  que  les  olives  font  en  état  d’etre  cueillie  pour 
confire,  ce  qui  arrive  en  Juin  &  Juillet,  ils  les  cueillent  &  les  apportent  dans  les 
Villes  ,  vendre  comme  nos  payfans  nous  apportent  des  fenfes.  Aulli-tôt  que 
ceux  qui  les  veulent  confire  les  ont ,  ils  les  jettent  dans  de  l’eau  fraîche,  &  après 
les  y  avoir  laiffées  quelque  temps ,  ils  les  retirent  &  les  jettent  dans  une  eau  fi¬ 
lée,  qu’ils  ont  faite  avec  delà  Barillc  ou  Soude,  &  des  cendres  des  noyaux  d’o- 
liVes  brûlées ,  ou  de  la  chaux ,  &  après  les  y  avoir  laiflces  quelque  temps ,  ils  les 
mettant  dans  des  barils  de  differentes  grandeurs ,  &  rempliflènc  les  barils  d’une 
eau  falée  faite  de  fcl ,  fur  laquelle  laumure  ils  jettent  quelque  peu  d’une  eflence 
compofée  de  gerofle  ,  canelle  ,  coriandre,  fenoüil  ,& autres  aromacs  i  &  toute 
la  fcience  d’accommoder  les  olives ,  c’eft  de  f^avoir  faire  cette  eflcnce  ,  qu’ils 
tiennent  fccrec  parmy  eux. 

Le  choix  des  olives,  furtout  les  Veronnes,  font  d’être  nouvelles,  véritables, 
fermes,  &  bien  enfauflées  j  car  d’abord  que  la  laumure  ou  faufle  ,  leurs  man¬ 
que,  clics  s’amoliflcnt  &  deviennent  noire,  en  un  mot  hors  de  vente  j  ce  qui 
n’eft  pas  d’une  petite  confequcnce,  étant  un  fruit  affez  cher.  Pour  ce  qui  eft 
des  olives  d’Efpagne ,  elles  font  de  lagrofTcur  d’un  œuf  de  Pigeon  ,  d’un  vert 
pâle,  &d’un  goût  amer,  ce  qui  né  plaît  pas  à  tout  le  monde  j  mais  pour  celles 
de  Provence,  furtout  les  picholines,  elles  font  eftimées  les  meilleurs  ,  en  ce  que 
l’on  prétend  que  Meflieurs  Picholini  de  S.  Chemas  ,  les  fi^avent  mieux  faller 
que  tous  les  autres,  â  quoy  on  ne  fe  trompe  pas  jpuifque  les  plus  belles  5c meil¬ 
leurs  olives  font  les  picholines,  parce  quelles  font  ordinairement  plus  vertes 
d’un  meilleur  goût  que  les  Paulincs ,  Ôc  autres  olives  de  Provence. 

L’ufage  des  olives  eft  pour  manger  en  faladci&cc  qu’il  y  a  â  prendre  garde, 
c’eft  de  n’en  faire  provifion  qu’en  hiver,  car  d’abord  que  le  Carême  eft  venu  ^ 
on  41  en  mange  prcfquc  plus ,  ce  qui  oblige  ceux  qui  en  ont  de  les  donner  à 
moitié  naoins  qu  elles  ne  leurs  courent. 


CHAPITRE  LUI- 
Ds  / Huile  d  QliDe. 

O  titre  les  Olives  nous  faifons  un  très  gros  négoce  de  l’Huilc  que  nous 
en  tirons  ,  &  cette  huile  eft  fi  ncccfl'airc  â  la  vie  que  j’ofe  la  mettre 
en  paralclle  avec  le  pain  ÔC  le  vin.  La  manitre  de  tirer  1  Huile  des  Olives ,  eft 
peu  differente  de  celle  que  l’on  tire  des  amandes ,  puifquc  l’on  ne  fait  autre  fa- 
cen  pour  faire  de  bonnes  huiles  qu’aprés  avoir  cueilli  les  olives  ^  lorfqu’clles 
*  commen 


des  Drogues,  Livre  VIL  241  ix 

commencent  à  rougir ,  c’cfta  dire  dans  leur  plus  grande  mârutité  ,  ce  qui  arw 
rive  en  Décembre  Si  Janvier,  on  les  prede  dans  des  moulins  fait  exprès  ,  d’abord 
il  en  fort  une  huile  qui  cft  douce  ,  d’un  goût  &  d’üne  odeur  fort  agréable. 

Si  cette  huile  eft  ce  que  nous  appelions  Huile  vierge  ,  dont  la  plus  eftiméc  eft 
celle  deGralfe,  d’Aramont,  d’Aix,  de  Nice,  ainfi  de  quelques  autres  endroits i 
mais  comme  ces  olives  nouvellement  cueillies  ne  rendent  pas  tant  d’huile  que 
celles  quel’on  tire  des  olives,  qui  ont  demeuré  quelque  temps  fur  le  pavé  ,  ceux 
qui  veulent  avoir  beaucoup  d  huile  lailfent  roüir  les  olives  ,  &  cnfuitc  les 
prelTent  j  mais  l’huile  qui  en  fort  elld’nn  goût  &  odeur  defagreable.  Quelques- 
uns  auffi  pour  en  avoir  davantage  jettent  de  feau  bouillante  dclTus  le  marc ,  qu’ils 
piclTcnt  plus  qu’auparavant  i  6c  cette  huile  ainfi  fabriquée  eft  ce  que  nous  ap¬ 
pelions  huile  commune  i  ne  différant  en  bonté  que  luivant  les  endroits  d’où 
clic  vient.  Les  meilleures  huiles  communes  viennent  de  Gennes,  dOneille  , 
autres  endroits  d  Italie  ,  &  de  Provence,  &  les  moindres  viennent  d’Efpagnc, 
fur  tout  de  Majorque  &  de  Portugal. 

Le  choix  des  huiles  eft  fi  connu  de  tout  le  monde ,  qu’il  eft  inutile  de  m’y 
arrêter.  Pour  ce  qui  eft  des  Marchands  qui  en  achèteront  de  grolles  parties,  ils 
prendront  mirde  à  qui  ils  auront  à  faire  5  car  c’eft  une  marchandife  où  il  fe  fait 
tant  de  fourberies,  tant  fur  la  marchandife  que  fur  la  carre,  que  j’aurois  affezds 
peine  à  les  expliquer  ,  principalement  depuis  que  nous  avons  a  Pans  de  cer¬ 
tains  Marchands  d’huiles  qui  ne  fc  font  pas  une  affaire  de  tromper  ^  6c  de  rui¬ 
ner  leurs  Cônfreres,pourveu  qu’ils  gagnent  du  bien. 

L’huile  d’olive  cft  li  en  ufage  j  que, nous  n’avons  point  de  mârchandifes  dont 
oh  faffe  plus  de  confommation ,  puifque  qui  que  ce  foit  ne  s’en  fejauroit  paffer, 

6>c  même  pour  l’ulage  de  la  médecine ,  en  ce  que  cette  huile  cft  la  bafe  de  toutes  les 
huiles  compoféeSj  cerats,  baumes,  onguents,  &  emplâtres. 

Outre  toutes  les  hautes  proprietez  que  l’on  tire  de  l’huile  d’olive  ,  je  ne  puis 
m’empêcher  de  dire  que  c  eft  un  baume  naturel  pour  la  gucrilon  des  playes , 
étant  battu  avec  du  vin  jôi  c’eft  avec  l’huile  &  le  vin  dont  le  Samaritain  de  lE- 
vangile  fc  fervit  pour  guérir  ccluy  qu’il  trouva  bleffe  lur  fou  chemin, &  c’eft  encore 
^ujourd’huy  le  remede  tant  des  riches  que  des  pauvre*^.  L’huile  d’olive *fert  aufll 
à  brûler  j  mais  il  n’y  a  guercs  que  dans  les  Egliles  &  les  pcrloun^s  qui  ont  le 
hioycn  d’en  brûler  qui  s’en  fervent,  â  eau  fe  quelle  ne  fent  pas  li  mauvais  que 
Içs  autres  fortes  d’huiles.  Et  de  plus,  c’eft  quelle  dure  plus  long-tems  ;  mais  fa 
cherté  fait  que  les  pauvres  ne  s’en  fervent  pas  ,  â  moins  que  les  huiles  com- 
hauncs  â  brûler  ne  foient  chcres ,  comme  elles  le  font  au jourd’huy.  Outre  les  hui¬ 
les  d’olive,  nous  faifons  un  fort  gros  négoce  de  l’Huilc  de  Noix ,  que  nous 
f^^ifons  venir  de  la  Bourgogne,  &  de  là  Touraine  ou  d’Orléans  ,  dont  le  débit 
cft  grand ,  â  caufe  quelle  eft  fort  en  ufage  pour  les  Peintre^ ,  Si  plulieurs  Ou¬ 
vriers  qui  s’en  fervent,  comme  les  Imprimeurs  en  Lettres ,  en  Taille-douce  ^ 

^  autres  feinblablcs.  Et  de  plus,  c’eft  que  beaucoup  de  perfbnnçs  s’en  fervant 
pour  la  guerifon  des  playes,  comme  étant  un  beaume  naturel  ,  Sc  même  pour 
là  friture.  A  l’égard  de  s’en fervir  pour  brûler ,  c’eft  un  trés-méchant  ménage,  ^ 
parce  quelle  va  extrêmement  vite  :  Si  de  plus  ,  C’eft  qu’elle  fç  réduit  tonte  en 
charbon.  Nous  faifons  encore  Un  fort  gros  négoce  des  Huiles  de  Coda,  ou 
groffe  Navette,  que  nous  faifons  venir  de  Flandres  ;  celle  de  Navette  ordinaire  que 
hous  tirons  de  Champagne ,  ou  de  Normandie ,  de  Chenevis  ,  ou  CamaiTiillc ,  SC 
^e  Lin,  que  nous  tirons  aufti  de  Flandres  Si  autres  endroits  j  principalement  quand, 
les  huiles  de  balainc  font  chcres. 

/.  Partie, 


Hh 


X  242.  Hiftoire  generale 

Je  dois  informer  le  public  d’une  ufurpation  que  les  Chandeliers  ont  faite  fur 
nôtre  Profeflion,  &  qu’ils  s’efforcent  journellement  d’étendre  à  des  chofes ,  qu’ils 
ne  devroient  pas  vendre.  Ils  ont  deux  facultez  ,  dont  les  bornes  font  faciles  a 
connokre.  Celle  de  Chandeliers  pour  fabriquer  &  vendre  delà  chandelle ,  ôc  cel¬ 
le  de  Regratiers ,  pour  débiter  plufieurs  fortes  de  danrées  fujettes  à  regrat  ^  mais 
ils  s’attribuent  encore  la  qualité  d’Huilliers ,  fur  ce  qu’ils  prétendent  que  leurs 
devanciers  l’ont poffedée, qu’ils fabriquoient  à  Paris  de  l’huile  de  lin  ,  de  chan¬ 
vre  &:  de  navette ,  &  la  diftribuoicnt  au  public.  Cette  prétention  n’eft  appuyée 
d’aucun  titre  légitimé ,  &  ceux  dont  ils  ont  voulu  fe  fervir  ,  font  évidemment 
faux.  L’infeription  qui  a  été  formée  par  nos  Gardes  en  la  Cour  de  Parlement 
contre  ces  prétendus  titres, y  a  été  reijûë ,  &  ne  fouffre  pas  de  difficulté. 

Or  fuppofé  qu’il  y  ait  eu  à  Paris  des  Huiliers  incorporez  avec  les  Chande¬ 
liers  par  fucceffion  de  temps  dans  une  même  Communauté  d’Artifans  ,  qui  ont 
droit  de  vendre  les  chofeS  par  eux  fabriquées ,  il  ne  s’enfuit  pas  qu’ils  ayent 
pour  cela  une  faculté  de  vendre  des  marchandifes ,  ce  qui  ne  convient  qu’aux 
Marchands  qui  les  font  venir  &  enfoûtiennent  lefcommerce.  Ainfi  il  cft  vray  de  dire 
que  les  Chandeliers  n’ont  pas  droit  de  vendre  aucune  forte  d’huile,  puis  qu’ils 
n’en  fabriquent  aucune  aujourd’huy ,  &  que  jamais  ils  n’en  ont  fait  n’y  pû  faire 
le  commerce. 

Ce  raifonnement  cft  fondé  fur  l’avis  même  queMonfieur  le  Lieutenant  General 
de  Police  donna  en  l’année  1674.  fur  le  procez  que  nous  avions  contre  les  Chan¬ 
deliers  ,  pour  raifon  de  l’huile  d’olive ,  &  autres  marchandifes  d’Epicerics ,  qu’ils 
pretendoient  aufli  en  Vertu  des  mêmes  Titres ,  avoir  droit  de  vendre  au  moins 
a  la  petite  mcfure,ou  au  petit  poids.  Je  rapporteray  ce  qui,  peut  avôir  fon  ap¬ 
plication  aux  autres  Huiles ,  &  à  cette  prétendue  qualité  d’Huiliers,  laquelle 
alors  paffoit  pour  véritable  &  conftantc  ,  la  fauffeté  des  Titres  fur  lefquels  elle 
cft  appuyée ,  n’étant  pas  encore  découverte. 

„  Nôtre  avis  cft  fous  le  bon  plaiiir  de  la  Cour  ,  que  la  faculté  de  faire  toutes 
,,  fortes  d’huiles  accordée  aux  Chandeliers ,  Huiliers ,  même  l’huile  d’olive  ,  par 
„  leurs  Statuts  de  l’an  1396.  &  qu’ils  Ont  rapportés  &  produits  en  l’Inftancc  à 
J,  juger ,  ne  fait  aucune  confequcnce -,  dautant  que  la  faculté  de  travailler  comme 
„  Artifan,&  celle  de  vendre  comme  Marchand  eft  toute  feparée  }  &  comme l’Ar- 
,,  tifan  régulièrement  ne  doit  vendre  que  ce  qu’il  fait,  la  liberté  de  faire  ne  don- 
neroit  pasàl’Artifan  celle  de  vendre,  ce  qu’il  ne  fait  point  :  d’ailleurs  les  temps 
„  ont  apporté  une  grande  différence ,  en  ce  qui  étoit  lors  de  ces  Statuts ,  &  lorf- 
,,  que  l’union  du  Corps  des  Huiliers  a  été  faite  à  celuy  des  Chandeliers  j  il  peut 
j,  être  que  dans  le  temps  de  ces  Statuts  l’adreffe  de  tirer  des  huiles  des  grains  étoit 
,,  feulement  dans  les  bonnes  villes  ,  &  que  les  lieux  voifins  de  Paris  n’étant  pas  peu- 
plez , fourniffoient affez  de  grains  à  Paris,  tant  pour  ce  qui  s’en  confommoit  en 
„efpece,  que  pour  en  convertir  en  huile  ;  mais  lors  de  l’union,  &  même  long- 
,,  temps  devant ,  il  cft  certain  que  l’on  ne  fabriquoit  plus  d’huile  à  Paris ,  &  il  s’y 
„  eft  encore  moins  fabriqué  d’huile  d’olive  que  de  toute  autre  ,  par  l’impoffibilité 
„  qu’il  y  en  a  J  enfortc  que  la  faculté  de  faire  des  huiles  d’olives  portée  par  les 
,,  Statuts ,  étoit  une  faculté  inutile  aux  Huiliers ,  &  encore  plus  inutile  aux  Chan- 
„  deliers ,  dont  aucun  ne  s’eft  jamais  mêlé  de  faire  des  huiles.  Les  Chandeliers 
>>  auroient  pû  rapporter  les  Lettres  d’Union  auffi-bien  qu’ils  ont  rapporté  les  Sta- 
,,  tuts  de  l’an  I3<}6.  Sc  l’on  auroit  veu  que  les  raifons  de  cette  union  ne  convien- 
,,  lient  point  à  leur  donner  le  deb^t  de  l’huile  d’olive.  Il  y  a  eu  Arreft  en  confot- 
mité  de  cet  avisi 


des  Drogues.  Livre  VII.  243  xj 

Il  cft  fürprenanc  apres  cela  de  voir  qu’ils  ayenc  pu  introduire  un  ufage ,  ou.' 
plûtôt  un  abus  dans  le  débit  des  autres  huiles ,  non-fculcment  parmy  eux  i  mais 
encore  chez  les  Epiciers ,  à  qui  ils  ont  eu  l’adrelTe  d’impofer  des  Loix ,  eux  qui  en 
devroient  plûtôt  recevoir  des  Marchands  ,  qui  leur  fourniflent  journellement  de 
plufieurs  fortes  de  fuifs ,  du  coton  ,  6c  autres  marchandifes  pour  employer  dans 
leurs  Ouvrages,  ou  pour  vendre  par  Regrat^car  nonobftant  que  toutes  ces  cho- 
fes  leurs  foient  vendues  au  poids,  ainli  qu’ils  les  vendent  eux  mêmes  au  pu¬ 
blic,  foit  par  Rcgrat ,  ou  après  les  avoir  Faejonnez^  ils  affectent  de  vendre  l’huilc 
à  lamefurc,  6c  ne  peuvent  fouffrir  que  les  Epiciers  la  vendent  autrement  :  je 
n’en  ay  jamais  pu  comprendre  la  raifon ,  6c  je  f^ay  par  expérience  que  le  public 
en  foulfrc  beaucoup,  6c  fe  plaint  de  cette  méthode ,  l’attribuant  à  la  malice  ou 
negli  gence  du  vendeur,  qui  pourroit  aifément  en  fe  fervant  de  poids, donner 
à  l’acheteur  ce  qui  luy  appartient  y  au  lieu  qu’à  la  mefurc  il  eft  impoflible  de 
ne  luy  pas  faire  de  préjudice.  En  effet,  il  eft  évident  que  l’huile  étant  une  fub« 
ftance  graffe  6c  vifqueufe  de  fa  nature ,  elle  s’attache  aifément  aux  vaiffeaux  qui 
la  renferment ,  qu’il  y  en  refte  toujours  quelque  partie ,  6c  une  partie  confi- 
derable ,  lorfquc  par  la  fraîcheur ,  ou  autre  difpohtion  du  temps ,  &  par  fa  pro¬ 
pre  qualité  elle  s’épaiflit ,  fe  congele,  6c  ne  peut  couler  librement  ;  c’eft  ainlî  que 
j’ay  veu  une  infinité  de  fois  l’impoftibilité  qu’il  y  a  de  livrer  aux  particuliers  la 
quantité  d’huile  qu’ils  demandent ,  en  fc  fervant  des  mefures  introduites  par  les 
Chandeliers  pour  tromper  le  public,  au  lieu  qu’en  diftribnant  6c  débitant  au 
poids  toutes  ces  huiles,  de  la  même  manière  que  nous  faifons  fans  contredit 
l’huile  d’olive ,  6c  quelques- autres  ,  rien  n’cft  plus  jufte  en  tel  temps  que  cc 
puiffe  être  ,  &de  quelque  vaifleau  que  l’acheteur  fe  puiffe  fervir  pour  la  mettre, 
îbit  vuide  où  non,  puifque  faifant  auparavant  la  Tarre  du  vaiffeau  en  l’état  qu’il 
cft,  oh  y  met  enfuite  telle  quantité  d’huile  que  l'acheteur  demande,  fans  aucun  gnYfie  p^- 
fféchet ,  6c  le  public  fera  fervi  fidèlement  ,  &  les  Epiciers  n’engageront  point 
leurs  confcicnccs  ,  en  donnant  trois  quarterons  d’huile  pour  une  livre  -,  6c  la  cc,av«  aûl 
chofe  cft  fi  réelle  que  j’ay  entre  mes  mains  un  Certificat  figné  de  plus  de  cent 
cinquante  Marchands,  tant  anciens  que  modernes,  dont  la  probité  eft  connue 
qui  avoücnt  tous  d’un  commun  accord ,  comme  ils  trompent  malgré  eux  le  Pu¬ 
blic  i  n’ayant  pas  la  liberté  de  fc  fervir  du  poids  par  les  frequentes  faifics  que  font 
les  Chandeliers  fur  les  Epiciers ,  pour  faire  valoir  l’ufagc ,  ou  pour  mieux  dire  l’a¬ 
bus  des  mefures.  A  quoylcs  Magiftrats  font  fuppliez  ô:  exhortez  de  vouloir  re¬ 
médier.  Le  Public  y  a  dautant  plus  d’intereft  que  par  le  mélange  de’s  huiles  de 
noix  ,  &  autres  huiles  qui  fervent  à  la  médecine  6c  même  pour  manger  ,  qui 
fc  trouvent  infectées  du  mauvais  goût ,  6c  de  l’odeur,  mfupportable  de  l’huile  de 
balainc  ,  lourtout  de  celle  d’Hollande  ;  comme  aufli  quantité  d  Ouvrages  de 
çonfequcncc,  tels  que  font  ceux  de  l’Imprimerie  en  Lettres ,  en  Taille-douce, 
Peinture  ,&  autres  qui  en  font  gâtczàcaufe  des  mefures. 


CHAPITRE  LIV. 


Des  Sauons\ 

OUtre  la  grande  confommation  que  l’on  fait  de  l’huilc  d'olive  ,  pour  les 
Ouvrages  où  elle  cft  requifc  ,  6c  pour  les  differents  aliments ,  6c  pour 

/.  ij 


xij  Z  44  Hifloire  generale 

l’ufagc  de  la  médecine  ,on  en  fait  la  baze  de  differentes  fortes  de  Savons  que 
nous  vendons.  J’entends  ceux  delà  bonne  qualité  ,  dont  le  meilleur  &  le  plus 
cibmé  cft  le  Savon  d’Alican  .  le  deuxième,  elt  le  Carthagenne  :1c  troifiéme  eft 
le  Savon  véritable Marfcillc; le  quatrième, ell  le  Gaycttc  :lc  cinquième,  eft  le 
Savon  de  Toulon,  que  nous  appelions  fauffement  Savon  de  Gennes.  Le  Savon 
cft  une  compofition  d’huile  d’olive,  d’amidon,  d’eau  de  chaux, &  d’une  lexive 
de  foude,  ôetout  cnfemblc  par  le  moyen  d’une  cuifTon  ,  on  en  forme  une  pâte 
que  l’on  met  par  tablettes  ou  en  pain ,  de  la  forme  &  figure  que  nous  le  voyons. 
A  l’égard  de  la  jafpure  je  n’en  puis  rien  dire ,  étant  unfccret  que  les  Savonniers 
ont  parmy  cux.L’on  m’a  neanmoins  affuré  qu’ils  fe  fcrvoicnt  d’ocre  rouge  de  cou- 
perofe ,  &:  même  de  l’eau  forte  ymais  comme  je  n’en  fuis  pas  certain ,  c’eft  pour 
ce  fujetquc  je  n’en  fi^aurois  rien  dire. 

Le  choix  des  Savons  cft  d’être  fec  ,  bien  marbré  ,  &c  véritablement  du  lieu 
d’où  il  porte  le  nom,  c’eftâ  dire, que ccluy  que  l’on  vend  pour  Alican  ,  foie 
véritable  Alican ,  ainfi  des  autres  :  &:  pour  le  Blanc  &  le  Gaycttc ,  ils  font  à  preferer 
pour  les  Parfumeurs  pour  faire  des  Savonettes  :  mais  comme  le  gayette  cft  ra¬ 
re,  parce  qu’il  n’en  vient  que  fort  peu,  ils  fc  fervent  du  Savon  blanc  de  Tou¬ 
lon,  ou  d’un  certain  Savon  blanc  &  fec. 

Le  Savon  de  Toulon  doit  être  fec  ,  d’un  blanc  tant  foit  peu  bluatre  , 
coupant  uniment,  qui  foit  luifant ,  d’une  bonne  odeur,  &  le  moins  gras  qu’il 
fc  pourra.  A  l’égard  du  marbré,  ccluy  qui  cft  à  côte  rouge  ,  &  d'une  belle 
jafpure  au  dedans ,  cft  le  plus  cftimé ,  parce  qu’il  cft  mieux  travaillé ,  ainfi  d’un 
meilleur  ufé ,  &c  plus  de  vente. 

A  l’égard  des  proprictez  du  Savon  elles  font  affez  connues  ;  mais  comme  peu 
de  perfonnes  ne  pourroient  s’imaginer  qu’il  peut  avoir  quelque  ufage  en  mé¬ 
decine,  je  leurdiray  neanmoins  qu'il  y  en  a  qui  s’en  fervent  avec  fuccez  pour 
la  gucrifon  des  humeurs  froides  étant  fondu  dans  de  l’cfprit  de  vin  ,  &  même  que 
l’on  en  compofe  un  emplâtre  furnommé  de  Savon ,  qui  a  de  tres-grandes  pro¬ 
prictez  ,  ainfi  que  quantité  d’ Auteurs  l’afTurcnt. 

Outre  ces  fortes  de  Savons  dont  je  viens  de  parler  ,  il  s’en  fait  à  Rouen  avec 
du  flambart  ,  qui  cft  une  certaine  graiffe  qui  fc  trouve  fur  les  chaudières  des 
Chaircutiers& Traiteurs  i  mais  comme  c’eft  un  Savon  très  méchant,  c’eft  pour 
ce  fujet  que  je  n’en  diray  ricn,finon  qu’il  devroit  être  interdit  du  négoce ,  ne 
fervant  qu’a  tromper  les  pauvres  gens ,  tant  le  blanc  que  le  madré. 

Nous  vendons  de  plus  un  Savon  liquide,  que  nous  appelions  Savon  noir,  qui 
fc  fait  â  Abbeville  &  â  Amiens ,  qui  eft  fait  de  failTcs  d’huile  à  brûler ,  de  la  potée , 
ou  avec  de  l’eau  de  chaux.  Mais  comme  ce  Savon  eft  d’une  couleur  brune  , 
nous  en  faifons  venir  d’Hollande  qui  eft  vert  comme  de  l’achc  ,  â  caufe  qu’au 
lieu  d’huile  â  brûler ,  ils  fc  fervent  d’huile  de  chenevis  qui  cft  verte. 

Le  Savon  noir  d’Abbeville  ou  d’Amiens,  qui  nous  vient  dans  de  petits  barils, 
que  nous  appelions  quartaux  ,  eft  fort  en  ufage  chez  les  Bonnetiers ,  &  pour  plu- 
fieurs  autres  Ouvriers  qui  s’en  fervent. 

Le  Savon  vert  liquide  d’Hollande,  eft  ufité  par  quelques-uns  pour  frotter 
la  plante  des  pieds  de  ceux  qui  ont  les  fièvres ,  &  ils  prétendent  que  cela  les 
éait  en  aller  j  ce  qui  n’eft  pas  tout  â  fait  â  rejetter ,  puifquc  je  fi^aydes  perfonnes 
qui  en  ont  été  guéries  i  mais  comme  ce  Savon  cft  extrêmement  rare ,  â  caufe  que 
l’on  n’en  fait  point  venir,  on  fc  contente  de  celuy  d’Abbeville. 


des  Drogues,  Livre  VIL  245  xiij 


CHAPITRE  LV. 

j)es  Cappes. 

LEs  Cappes  font  des  boutons  de  fleurs  qui  naiflent  fur  une  plante ,  qui 
croît  en  arbrilTcau ,  du  côté  de  Toulon  &  autres  lieux  de  Provence  ,  d’où  nous 
Viennent  prefquc  toutes  les  Cappes  que  nous  vendons.  Il  nous  envient  aufli  de 
Majorque,  ainli  qu’il  Ce  verra  par  la  fuite. 

Nous  vendons  de  plufleurs  fortes  de  Cappes ,  qui  ne  different  neanmoins 
qu’en  gro{feur,&:  non  pas  de  differenis  pays ,  ainfi  quelles  en  portent  le  nom  j 
car  c’elt  une  chofe  affuréc  que  toutes  les  Cappes  qui  fc  mangent  en  Europe , 
alareferve  de  celle  de  Majorque,  viennent  de  Toulon:  ainfi  au  lieu  d’être  ap- 
pellée  Cappes  deNiceoudc  Gennes,  comme  elles  l’ont  toûjours  été,  elles  doi¬ 
vent  porter  le  nom  de  Cappes  de  Toulon ,  ou  de  France. 

Lorfque  les  Cappes  font  en  état  d’être  cueillies  ,  ce  qui  fe  doit  faire  en  vingt-' 
quatre  heures  j  car  fi  l’on  ne  les  cueille  juftement  dans  le  temps  qu’ elles  font 
en  bouton,  elles  s’épanoUifTcnt,  6c  ne  font  plus  propres  à  être  confites,  ny  au 
fel ,  ny  au  vinaigre.  Lorfque  les  payfans  ont  cueilli  les  Cappes  ,  avant  que  de 
les  confire  il  les  palfcnt  dans  des  cribles ,  dont  les  troux  font  de  difïlrentes  gran¬ 
deurs  ,  par  ce  moyen  font  des  Cappes  de  plufieurs  fortes ,  qui  neanmoins  vien¬ 
nent  toutes  dedeffus  une  même  plante  :  cependant  plus  les  Cappes  font  peti¬ 
tes  &  garnies  de  leurs  queues ,  plus  elles  font  eftimccs. 

A  l’égard  des  Cappes  de  Majorque  ,  ce  font  des  petites  Cappes  falées  ,  dont 
nous  faifons  un  affez  gros  débit  en  temps  de  paix 
L’on  mange  a  Lyon  une  autre  forte  de  Cappe  applatie  ,  appelléc  fauvaginc, 
qui  font  faléc,  mais  cette  forte  de  fruit  n’étant  pas  icy  de  rcquife  ,  c’eft  ce  qui 
fait  que  nous  n’en  vendons  que  tres-peu. 

Nous  débitons  de  plus  deux  autres  fortes  de  fleurs  confites  au  vinaigre  ,  dont 
l’une  cft  appellce  capucine ,  Ôc  l’autre  genette.  Et  les  plantes  qui  produîfcnt  ces 
fteurs  font  fi  connues  que  jen’ay  pas  jugé  à  propos  d’en  parler. 


CHAPITRE  LVI. 


Des  Bayes  de  'Laurier. 

LEs  Bayes  de  Laurier  font  des  fruits  de  la  grofleur  du  bout  du  petit  doigt , 
verts  dans  leur  commencement ,  &  qui  brunilfent  à  mefure  qu’ils  meurif- 
fent.  Ces  Bayes  font  fi  connues ,  aufli-bien  que  l’arbre  qui  les  porte  ^  que  je  n’ay 
pas  jugé  a  propos  d’en  parler ,  me  contentant  feulement  de  dire  que  les  Bayes 
de  Laurier  doivent  être  nouvelles ,  bien  feches ,  les  mieux  nourries ,  &  les  plus 
noirâtres  qu’il  fe  pourra  ,  en  prenant  garde  qu’elles  ne  foient  vermoulu’és  ,  à 
quoy  elles  font  fort  fujettes  pour  le  peu  que  l’on  les  garde. 

Les  Bayes  de  Laurier  ont  quelque  peu  d’ufage  dans  la  medecine  j  mais  bcaii- 

H  h  iij 


ixiv  246  Hiftoire  generale 

coup  chez  les  Teinturiers  &  Maréchaux ,  elles  font  fort  en  ufage  dans  le  Langue¬ 
doc  ,  pour  en  faire  de  l’huile ,  comme  il  fe  verra  à  l’article  fuivant. 


C  H  A  P  I  T  RE  L  VII. 

De  iWuile  de  \.aurkr. 

L’Huile  de  Laurier ,  OU  Huile  Laurin,  cft  une  huile  que  l’on  tire  des  Bayes 
de  Laurier,  recentes  bouillies  dans  de  l’eau,  &  après  être  refroidie  on  la 
met  dans  des  barils  pour  la  tranfporter  en  différends  endroits. 

L’Huile  de  Laurier  que  nous  vendons ,  vient  de  la  Provence  &  du  Languedoc, 
principalement  d’un  lieu  appelle  Caluiffon  proche  de  Montpellier ,  d’où  nous 
vient  la  plus  parfaite  :  car  pour  celle  de  Provence  elle  ne  vaut  rien  du  tout, 
n’étant  que  de  la  graiffe  &  de  la  therebentine ,  verdie  avec  du  verdet  ou  de  la 
morcllc  ;  ce  qui  fera  quelle  doit  être  entièrement  interdite  du  négoce ,  &  faire 
défenfe  à  ceux  qui  la  font  d’en  fabriquer  &  d’en  vendre  à  l’avenir  :  &  ce  qui  fait 
que  l’on  ne  doit  fe  fervir  que, de  l’Huile  de  Laurier  de  Languedoc,  comme 
étant  la  meilleure  de  toutes  ,  pourveu  quelle  foit  de  la  qualité  requife  ,  qui  eft 
d’être  nouve^e ,  bien  odorante  ,  grenue  ,  d’une  conlïftance  affez  folide ,  &  d’un 
vert  tirant  tant  foit  peu  fur  le  jaune ,&  rejetter  celle  qui  eft  verte,  unie,  liqui¬ 
de,  &  d’une  autre  odeur  que  celle  de  Laurier,  telle  qu’eft  celle  de  Provence,  ou 
celle  qui  a  été  faite  à  Lyon,  Roüen,  ou  Paris  ,  par  des  gens  fans  honneur  ,  ny 
fans  confcicncc ,  dont  les  fourberies  qui  fe  font  fur  cette  marchandife  font  fi 
grandes,  quej’aurois  affez  de  peine  a  les  pouvoir  toutes  icy  expliquer  :  ce  qui 
fera  que  j’exhorte  derechef  les  Magiftrats  de  commander  aux  Gardes  de  nôtre 
Profeflion  de  tenir  la  main  aux  abus  qui  fe  font ,  tant  fur  cette  huile  qu’à  quan¬ 
tité  d’autres  malverfations  qui  fe  commettent  fur  prefquc  toutes  nos  differen¬ 
tes  marchandifes,  ainli  que  l’on  peut  le  remarquer  dans  le  cours  de  ce  prefent 
Ouvrao-c,  à  quoy  il  feroit  facile  de  remedier  pour  le  peu  que  les  Gardes  s’en 
vouluÆnt  donner  la  peine ,  en  empêchant  un  nombre  de  gens  fans  aveu  de 
fabriquer  toutes  fortes  de  marchandifes ,  &  être  exat  à  faire  obferver ,  &  à  obfer- 
ver  eux  mêmes ,  ce  qui  cft  jufte  &  raifonnablc  ,  pour  donner  bon  exemple  à 
ceux  qui  font  fous  leurs  conduites ,  &  leurs  faire  connoître  dans  'toutes  les 
occafions ,  qu  ils  preferent  le  bien  public  à  leurs  interefts  particuliers  :  &  pour 
éviter  aux  abus  ,  ils  devroient  faire  acheter  fous  mains  les  marchandifes  pour 
voir  fi  elles  font  de  la  qualitez  requife.  J’entends  celles  qui  font  contrefaites  ou 
mélangées,  comme  ceux  qui  vendent  de  la  Poix-refmc  pour  de  laScamonnée, 
de  l’Arcanibn  pour  de  la  Gomme  de  Gayac  ,delaPoix  grâce  pour  du  Benjoin, 
le  Galipot  pour  de  la  Gomme  Elenée ,  de  la  graiffe  Verdit  pour  de  f  Huile  de  Lau¬ 
rier  ,  du  Terra-Merita  pour  du  Safrarr,  du  Miel  cuit  &  des  racines  pulverifécs  pour 
de  la  Theriaque.  En  un  mot ,  toutes  marchandifes  faites  exprès  pour  tromper  le 
public  ,  &  faire  meilleur  marché  que  leurs  Confrères  -,  car  pour  ce  qui  eft  des 
marchandifes  fimples ,  il  eft  impoflible  qu’il  ne  s’en  trouve  toûjours  de  dcfec- 
tueufts,  foit  pour  être  facile  à  fe  gâter  ,  comme  Rubarbe,  Regliffe  &  autres, 
pour  être  facile  à  fe  vermoudre.  Et  pour  cet  effet  ,  il  feroit  à  propos  que  ceux 
qui  font  en  charge  fuffent  des  Marchands  éclairez ,  &  qui  fi^uffent  faire  la  diffe- 
Tcncc  des  vciitables  Drogues  d’avec  les  falcifiées,  &  celles  qui  font  de  l’Epice- 


des  Drogues ,  Livre  VII.  2  4  7  x v 

rie  d’avec  celles  qui  n’en  font  pas  :  &  ne  plus  élire  des  Gardes  qui  ne  connoif- 
fent  que  le  beurre  &  le  fromage,  &  autres  marchandifes  communes,  &  ne  pré¬ 
férer  perfonne ,  c’eft  à  dire  fuivre  le  Catalogue,  en  ce  qu’il  fe  rencontre  des  Epi¬ 
ciers  de  détail ,  qui  font  du  moins  aufli  digne  de  porter  la-  robe  que  fes  préten¬ 
dus  Epiciers.  Et  en  deuxieme  lieu ,  ne  plus  recevoir  à  l’avenir  toutes  fortes  de  per- 
fonnes  fans  aucune  fciencc  ny  qualitez  ,  dans  le  Corps  de  l’Epicerio,  puifquà 
c’eft  de  luy  que  dépend  toutes  les  chofes  ncceflaircs  à  la  vie  ,  &  l’on  pourroit 
appeller  ces  ignare  Marchands  l’origine  de  tous  les  ijuid  pro  quo  qui  fe  font,  en  ce 
qu’ils  vendent  le  plus  fouvent  des  Drogues  les  unes  pour  Içs  autres,  ne  pou¬ 
vant  différencier  celles  qui  font  poifons  d'avec  les  alexitaires.  À  quoy  il  eft  abfo- 
lument  neceffaire  de  remedier,  puifque  c’eft  l’intereft  public.  Et  en  un  mot  , 
l’origine  des  poifons ,  ce  qui  n’ell  pas  difficile  de  prouver  ,  par  les  abus  qui  fc 
commettent  journellement.  ■. 

On  fc  fert  de  l’Huile  de  Laurier  pour  la  gucrifon  âcs  humeurs  froides ,  elle  eft 
aufli  quelque  peu  ufitce  dans  la  Pharmacie,  parce  qu’elle  entre  dans  quelques 
compofitions  galéniques ,  mais  la  plus  grande  confommation  qu’il  s’en  fait  eft 
pour  les  Maréchaux. 


CHAPITRE  LVIII. 

Des  Raijins  de  Damas, 

LEs  Raifins  furnommez  de  Damas ,  font  des  Raifins  plats  de  la  grofleur  & 
longueur  du  bout  du  pouce  ,  qui  nous  font  apportez  de  Damas  ,  Ville 
Capitale  de  Sirie  ,  dans  des  boiiettes  à  demy  rondes ,  que  nous  appelions  buftes. 

On  doit  choifir  ces  Raifins  nouveaux,  gros,  &  bien  nourris,  &  prendre  gar¬ 
de  que  ce  ncfoit  des  Raifins  de  Calabre  ,  ou  au  jubis  aplatis  ,  &  accommodez 
exprès  dans  des  buftes  de  Raifins  de  Damas  ,  comme  il  n’arrive  que  trop  fou- 
vent  chez  quantité  d’Epiciers  &  Apoticaires ,  qui  ne  font  aucune  difficulté  de 
vendre  les  uns  pour  les  autres ,  ce  qui  fera  neanmoins  facile  à  connoître  ,  pour 
le  peu  que  l’on  fi^ache  ce  que  c’eft  i  parce  que  les  Raifins  de  Damas  font 
gros  ,  grands  ,  gras ,  fecs  fermes  ,  &  n*ont  ordinairement  que  deux  pé¬ 
pins  ,  &  qu’ils  font  d’un  goût  fade  &  dcfagrcables  ,  ce  qui  eft  .  le  contrai¬ 
re  de  ceux  de  Calabre  ,  qui  font  gras  ,  mollaffes  ,  &  d’un  goût  fucré ,  aufli 
bien  que  les  Jubis.  Et  déplus , c’eft  qu’il  ferà  facile  de  connoitre  des  raifins  qui 
ont  été  mis  exprès  d’avec  ceux  qui  n’ont  jamais  été  remuez  ,  &  qu’ils  font  tels 
qu’ils  viennent  de  Damas. 

Les  Raifins  de  Damas  font  fort  en  ufage  pour  faire  des  ptifannes  pectora¬ 
les,  &s'cmploycnt  ordinairement  avec  les  Jujubes,  les  Sebcftcs,&:  les  Dattes. 

A  l’égard  de  la  manière  dont  on  accommode  ces  Raifins  ,  avant  que  de  les 
mettre  dans  des  buftes,  je  n’en  diray  rien  pour  n’en  avoir  pû  rien  fijavoir ,  finon 
que  IJon  m’a  affuré  que  ces  raifins  étoient  fi  gros  ,  qu’il  y  avoic  des  grappes 
qui  pefent  jufqu’à  vingt-quatre  livrCs  ,  ce  qui  peut  être  vray  ;  puifque  nous 
avons  en  Provence  &  en  Languedoc ,  des  grappes  de  raifins  qui  en  pcient  jufqu’à 
douze. 


Hiftoire  generale 


xvj  248 


CHAPITRE  LIX. 

Des  '^aifins  de  Corinthe. 

LEs  Raifins  de  Corinthe  font  des  petits  raifins  de  differentes  couleurs ,  y  en 
ayant  de  noirs ,  de  rouges  &  de  blancs ,  &  pour  l’ordinaire  de  la  groffeur  de 
nos  grofTèilles  rouges. 

La  Vigne  qui  les  porte  eft  baffe,  garnie  defeüillcs  épaiffes  &  fort  découpées, 
laquelle  croit  en  quantité  dans  unevafte  &rpaticure  pleine,  qui  eft  feituée der¬ 
rière  la  Fortereffe  de  Zante  en  Grece.  Cette  pleine  cil  environnée  de  montagnes 
&:de  coteaux,  ôccft  feparée  en  deux  vignobles  ,  dans  lefqucllcs  il  y  a  quantité 
de  Cyprès ,  d’Oliviers ,  &  de  Maifons  de  plaifance,  qui  font  avec  la  Fortereffe  & 
le  Mont  Difeoppo,  dans  une  vue  parfaitement  belle. 

Lorfquc  ces  petits  Raifins  font  en  maturité ,  ce  qui  arrive  vers  le  mois  d’Aouft, 
les  Zantois  les  cueillent  &  les  égrainent,  &:  en  font  des  couches  fur  la  terre ,  afiii 
de  les  faire  fecher ,  lorfqu’ils  fons  fccs  ils  les  apportent  dans  la  Ville  ,  d’où  ils 
font  jettez  par  un  trou  dans  de  grands  magafins  qu’ils  appellent  Scraglio ,  où  ils 
s’cntaflent  li  fort  par  leur  propre  poids  que  ceux  à  qui  ils  appartiennent  ,  font 
obligez  de  fe  fervir  d’inftrumcns  de  fer  pour  les  arracher,  ôelorfqu’ils  font  ar¬ 
rachez  ils  les  mettent  dans  des  tonneaux,  ou  des  balles  de  differents  poids  ,  & 
pour  les  rendre  aufli  ferrez  que  nous  les  voyons  ,  ils  employent  des  hommes 
dreffez  à  les  preffer  avec  les  pieds  ,  &:  qui  pour  cela  fc  frottent  les  pieds  &  les 
jambes  d’huile. 

On  nous  apporte  quelquefois  aufli  de  ces  raifins  de  la  Cephalonie  ,  de  Nata- 
ligo  ,  ou  Anatoligo  , Mefl'alongi ,  Fatras , Lepante,  &  de  Corinthe  ,  d’où  ils  ont 
pris  leur  furnem. 

Les  Anglois  ont  leur  Comptoir  à  Zante,  qui  eft  conduit  par  un  Conful  & 
fixMarchinds  pour  faire  ce  commerce,  qui  ne  leur  eft  pas  d’un  petit  revenu  , 
en  ce  qu’ils  confomment  plus  de  Corinthe  dans  une  année  ,  qu’il  ne  s’en  con- 
fomme  dans  le  refte  de  l’Europe. 

Les  Hollandois  y  ont  un  Conful  &:  deux  Marchands.  Et  les  François  y  ontun 
Commis  qui  fait  la  fomftion  de  Conful  &  de  Marchand  tout  enfemble. 

Ceux  de  Zante  croyent  encore  aujourd  huy  que  les  Européens  fe  fervent 
de  fes  raifins  pour  teindre  des  draps  ,  ne  f^achant  pas  que  c’eft  pour  man- 
ger, 

Ces  petits  raifins  font  fur  le  heu  fi  communs ,  qu’ils  ne  s’y  vendent  que  trois 
livres  le  cent,  mais  il  fe  paye  pareille  foinme  aux  Vénitiens  pour  Icurfortic  ,  c’eft 
ce  t|ui  fait  qu’on  ne  les  peut  pas  avoir  à  Marfcille  a  moins  de  neuf  ou  dix  livres 
le  cent,  qui  changent  quelquefois  de  prix  ,  fuivant  la  récolté  &  les  rifqucs  de 
la  mer. 

Quand  les  mers  font  libres  les  Anglois ,  &  les  Hollandois  en  apportent  quan¬ 
tité  à  Bordeaux ,  la  Rochelle,  Nantes ,  &  g.oücn ,  d’où  l'on  les  peut  tirer  àlncil- 
Icur  compte  que  de  Marfeillc. 

On  choifira  les  Corinthes  nouveaux ,  petits ,  en  groffes  maffes ,  c’eft  à  dire , 
non  égrainez,  ny  frottez  de  miel,  &  prendre  garde  que  ce  ne  foit  du  tour  de 
1a  balle,  qui  eft  ordinaireincni;  blanc  j  &:  par  confequent  mangé  des  mittes, 

& 


des  Drogue^  Livre  VII.  249  xvij 

&  prendre  garde  que  ce  ne  foit  des  petits  raifins  d’Efpagne.  Ces  raifins  fe  peu¬ 
vent  conferver  pendant  deux  ou  trois  ans ,  pourveu  qu’ils  ne  foient  point  re¬ 
muez  ,  &  qu’ils  n’aycnt  point  pris  l’air. 

.  Leur  ufage  cft  pour  mettre  dans  pluficurs  ragoûts ,  avec  des  pignons  blancs 
&des  câpres  J  principalement  dans  les  carpes.  Quelques-uns  s’en  fervent  dans 
des  ptifannes  au  lieu  de  raifin  de  Damas» 


CHAPITRE  LX. 

Des  Raifins  aux 

L  Es  Raifins  aux  Jubis  font  des  raifins  que  nous  faifons  venir  de  Provence  ^ 
lurtout  deRoquevarre&d’Ouriol.  Lorfque  ces  raifins  font  meurs  on  cueille 
CCS  grappes  &  on  les  trempe  dans  une  Icxivc  chaude  tirée  de  la  barillc ,  &  cn- 
fuite  on  les  met  fur  des  canices  ou  clayes ,  feclicr  au  Soleil  j  en  les  retournant 
de  fois  à  d’autres , pour  qu’elles  fechent  également,  &  lorfqu’ils  font  fecs  on 
les  enferme  dans  des  petites  cailTcs  de  bois  blancs ,  tels  que  nous  les  voyons.  Et 
pour  qu’ils  foient  de  la  qualité  rcquife ,  ils  doivent  être  nouveaux ,  fecs ,  en  bel¬ 
les  grappes  j  c’eft  â  dire, les  moins  gras  &les  moins  égrené  qu’il  fc  pourra  i  ils 
doivent  être  clairs  &iuifans,  d'un  goût  doux  &  fucré. 

Outre  ces  raifins  ils  nous  en  vient  d’autres  que  nous  appelions  Picardans, 
qui  font  plus  petits ,  fecs  &  arides  ;  en  un  mot  moindre  que  les  Jubis. 

Mous  vendons  de  plus  les  Raifins  de  Calabre ,  qui  font  gras  &  d’un  très  bon  Divtries 
goût.  Les  Maroquins  qui  font  des  raifins  noirs ,  les  raifins  d’Arq  &  au  Soleil  ,  qui  Rai^ns!* 
viennent  d’Efpagne ,  qui  font  ceux  de  qui  on  tire  le  vin  d’efpagne  ,  qui  font  des 
raifi ns  fecs  ,  rougeâtre,  &  bluatre,  6^  d’un  très- bon  goût.  Les  Raifins  d’Efpagne 
qui  font  de  petits  raifins  tant  foit  peu  plus  gros  que  les  raifins  de  Corinthe  , 
ainfi  de  quelques  autres  fortes. 

Outre  les  Raifins  nous  faifons  un  fort  gros  négoce  de  differentes  fortes  de  Diverfc* 
Vins  ,  tels  que  font  ceux  d’Efpagne,  d’Alican  ,  de  faint  Laurent,  de  Fron- vSs! 
tignan  ,  de  Cofte- Rôtie  ,  de  Thin  ,  de  l’Hermitage,  de  Barbatannc  ^  ou  ck 
Languedoc ,  ainfi  des  autres  fortes.  Outre  ces  Vins  nous  faifons  un  grand  àe- 
bit  àc  l’Eau  de  Vie ,  que  nous  faifons  venir  de  Cognac ,  de  Blois ,  de  Saûmür ,  &  devid 
autres  endroits.  Il  y  a  plufieurs  autre» fortes  d’eau  de  vie;  feavoir,  les  eaux  de 
vie  faites  de  Vin  ,  celle  de  Bierre,  de  Cidre,  de  Sucre,  de  Fruits ,  ou  de  Grains  ; 
mais  comme  je  ne  prétends  parler  que  de  celle  qui  cil  faite  de  vm  ,  parce  que 
les  autres  font  défendues  ,  à  caüfe  de  leurs  méchantes  qualitcz  ,  je  diray  que 
l’on  la  doit  choifir  blanche  ,  claire,  d’un  bon  goût  &  de  preuve,  c’eft  â  dire, 
qu’en  en  verfant  dans  un  verre  il  fc  forme  une  petite  moufle  blanche  qui  en 
diminuant  forme  un  cercle  qui  cft  ce  que  nous  appelions  chapelet  ;  car  pour 
le  peu  quelle  ne  foit  pas  bien  travaillée ,  &  qu’il  y  aye  trop  d’humidité  ,  ce  cer¬ 
cle  ne  fc  fera  qu’â  demy.  La  fécondé  preuve  de  l’eau  de  vie,  cft  de  tremper  le  bout 
du  doigt  dedans  ,  &  le  prefentet  au  feu  ,  fi  elle  prend  ,  c’eft  figne  qu’elle  cft 
bonne. 

Je  nem’arréteray  point  â  dire  la  maniéré  qüe  l’on  fait  l’cau  de  vie ,  étant  une 
chofe  trop  commune  ;  &c  tout  chacun  fijait  que  jcct  des  vins  pouffé  ou  noit 
pouffé ,  que  l’on  diftille; 

/.  Partie, 


xviij  Z  50  Hiftoir^generale 

L’ufagc  de  l’Eau  de  Vie  eft  fî  frequent  prefentement ,  que  nous  n’avons  guè¬ 
re  de  marchandiles  dont  il  fe  falTe  un  plus  gros  dcbir, malgré  tous  les  abus  & 
les  malverfations  que  ceux  qui  en  boivent  commettent  ^  par  la  tolerencc  que 
ceux  qui  la  débitent,  ont  en  tenant  leur  Cabaret  toûjours  ouvert ,  ce  que  I  on 
peut  appeller  avec  jufte  rai  (on  ,  une  retraite  à  Voleurs  ,  ce  qui  doit  aver¬ 
tir  nombre  d'Epiciers  ,  (i  je  n’olé  dire  Gargotiers  ,  qui  donnent  à  boire  le 
jour  &  prefquc  toute  la  nuit ,  de  ne  plus  s’amulér  à  faire  ce  gargotage  ,  c’eft  a 
dire  ,  de  ne  IbufFrir  nombre  de  canailles  qui  viennent  dam  leur  boutique  avec  du 
pain  &  quelquefois  de  la  viande,  boire  de  l’eau  de  vie,  de  l’hypotcque  ,  ou  du 
ratafia,  (ur  le  cul  d'un  tonneau,  ou  fur  des  tables  qu’ils  leurs  drefient  exprès, 
pendant  que  les  CommilTaircs  &c  le  Guet  fe  donnent  bien  de  la  peine  de  faire 
fermer  les  Cabarets  d  abord  que  dix  heures  font  fonnées ,  &  les  Dimanches  & 
Fêtes  durant  le  Service  Divin  ,  pendant  que  ces  Epiciers  ont  chez  eux  nom¬ 
bre  de  Buveurs  qui  en  fortent  les  uns  à  moitié  yvres  ,  les  autres  yvres  tout  à 
fait,  ce  qui  caufe  tous  les  meurtres  quife  font  à  Paris ,  &:  que  l’on  y  voit  tant 
d’hommes  aveugles  qu’il  y  en  a. 

Outre  ce  grand  ufagede  l’eau  de  vie  ,  on  s’en  fert  en  médecine  pour  fortifier 
les  nerfs ,  &  à  quantité  d’autres  ufages  où  elle  cil  requife. 

Nous  tirons  de  l’eau  de  vie  parle  moyen  d’un  alambic,  unecau  fpiritueufcjclairc 
&  tranfparente  ,  qui  eft  ce  que  nous  appelions  Efprit  de  Vm,  lequel  pour  être 
de  la  qualité  requife,  doit  être  bien  blanc  ,  &  lorfquc  l’on  y  m;t  le  feu  il  fe  brû¬ 
le  fans  quil  relie  aucune  humidité  :  &  pour  connoitre  s’il  cil  bien  defl  o-mé, 
F.rpiitae  il  faut  en  mettre  dans  une  ciicillere  de  fer  ou  de  l’argent ,  ôela  pofer  fur  ui,c  af- 
(iette  où  il  y  ayede  I  cau,  fi  l’efprit  de  vin  brûle  à  fdc,  &:  que  la  poudre  que 
l’on  auroit  mis  dedans  tire,  c’ell  une  marque  infaillible  qu’il  e(l  de  la  qualité 
requife,  &  fort  propre  à  tous  les  ufages,  ou  l’efprit  de  vin  cil  requis. 

L’efprit  de  vin  a  de  fi  hautes  proprictez ,  qu’il  eft  prcfque  impofliblc  de  croirtf 
la  vertu  qu’il  a ,  étant  propres  à  quantité  d’ouvrages. 

Nous  faifons  icy  un  très  gros  négoce  de  Vinaigre  en  gros  &  en  détail  aufll-bien 
que  du  Verjus,  parce  que  nous  envoyons  le  premier  dans  les  pays  étrangers ,  que 
nous  faifons  venir  d’Orlcans,&  autres  endroits.  Et  le  dernier  ,  nous  en  vendons 
à  caufe  qu’il  a  quelque  peu  d’ufage  dans  la  médecine,  &  que  les  Epiciers  font  obli¬ 
giez  d’en  avoir,  à  caufe  qu’il  eft  excellent  pour  purifier  la  cire. 


CH  API  T  ETE  LXI. 

Du  Tartre  hlanc  &  rouqe^ 

O 

foï?  T  E  Tartre  blanc  &  rouge, eft  une  efpccc  de  pierre  qui  fe  trouve  attaché  au 

T  onneaux  J _ ^haut  des  Foudres  d’Allemagne,  ou  de  vin  blanc  &  rouge  ,  &  font  appeliez 

Ijciincnt"  filivant  l’épailfeur  qu’ils  ont,&:lc  lieu  d’où  ils  nous  font  apportez. 

Le  plus  beau  Tartre  font  ceux  d’Allemagne ,  tant  à  caufe  qu’ils  font  plus 
épais  pour  avoir  fejourné  plus  long-temps  dans  ces  foudres,  c’ell  celuy-là  qui 
doit  porter  le  nom  de  Tartre  blanc  ou  rouge ,  &  qui  pour  être  de  la  qualité  rc- 
quiCc  doit  être  épais,  facile  à  calTer,  blanc  au  dclTus  ,  &  au  dedans  brillant, 
&le  moins  tereux  qu’il  fe  pourra  ,  &  le  rouge  le  plus  approchant  des  qualitez 
du  blanc  qu’il  fera  pofiible.  Le  fécond  eft  ccluy  que  nous  tirons  du  côté  de  la 


des  Drogues.  Livre  VII.  2  51  xix 

Provence  &  du  Languedoc ,  qui  approche  des  qualkc!z  de  ccluy  du  Rhin.  Le 
troifiéme  cft  ce  que  nous  appelions  Gravcilc  de  Lyon  ,  qui  ne  diffère  en  rien  Gravdie 
de  celle  de  Paris ,  fmon  qu  elle  cft  un  peu  plus  épaiffe  &  plus  haute  en  cou- 
leur. 

L’ufage  du  Tartre  &:  delà  Gravcilc,  cft  pour  les  Teinturiers ,  &  monnoyeurs, 
fervant  à  blanchir  rargent  ,  &  pour  quantité  d’operations  chymiques  , 
comme  il  fe  verra  cy-aprés.  Le  blanc  cft  préféré  au  rouge  ,  étant  beaucoup 
jncilleur. 


CHAPITRE  LXII. 

Dii  Criftal  de  T anre. 

LÀ  Crefmc  ou  Criftal  de  Tartre,  cft  un  Tattre  blanc  ou  rouge  ,  mis  en  pou¬ 
dre,  &  par  le  moyen  de  l’éau  lx)üillante  d’une  chauffe  &  de  la  cave  j  eift 
feduite  en  petits  criftaux  blancs ,  de  là  manière  que  nous  la  voyons. 

La  meilleure  Crefnie  de  Tartre  nouseft  apportée  de  Montpellier  •  où  il  s’en 
fait  une  grande  quantité ,  &  aux  autres  endroits  circonvoiftns  de  Nifmc  j  mais 
cette  dernierc  eft  moins  belle  que  celle  de  Montpellier. 

Pour  être  parfaite  ,  elle  doit  être  en  beaux  criftaux,  blancs,  tranfparents^' 
la  moins  remplie  de  menu  &  mélangée  de  grains  brun  qu’il  fe  pourra. 

On  fc  ferc  de  la  Crefmc  de  Tartre  dans  la  mcdecine ,  après  avoir  été  mife  en  pou¬ 
dre  ,  parce  qu  elle  eft  fort  difficile  a  fondre ,  principalement  dans  les  potions  pur¬ 
gatives ,  mais  beaucoup  plus  par  les  Teinturiers  du  grand  teint  &  par  les  Con- 
ftfeurs. 


CHAPITRE  L  X  I  1 1. 


Du  Sel  Vegetahle^ 

E  Sel  Vegctable ,  ou  Tartre  Soluble  ,  eft  de  la  CrcfiTie  de  Tartre  &  du  Sel  d» 
jTartre  fondu  enfemblc,  &  réduit  en  fcl  de  la  maniéré  que  nous  le  voyons,  & 
pour  être  de  la  qualité  rcquife  ,  il  doit  être  bien  blanc,  fcc  ,  fidèlement  fait,  &: 
la  meilleur  connoiffancc  qu’il  y  ait  ^  aufli-bicn  que  de  tout  ce  qui  fe  peut  con¬ 
trefaire  ,  principalement  les  marchandifes  qu’il  n’y  a  que  ceux  qui  les  ont  fabri¬ 
quées  OUI  les  puiffent  connoitrc. 

Quelques-uns  criftalifent  ccfel  ,c’cft  à  dire,  avant  que  de  le  dcffecherlc  met¬ 
tent  à  la  cave,  ce  qui  ne  luy  augmente  pas  la  bonté  j  mais  luy  donne  une 
plus  belle  vente, 

L’ufage  de  ce  Sel  cft  nouveau ,  &  eft  à  Ce  que  l’on  m’a  affurc ,  de  l’invention  du 
Frerc  Ange  Capucin  ,  qui  l’a  mis  fi  en  ufage  qu’il  en  fait  un  débit  prcfque  in¬ 
croyable  -,  ce  que  je  pourrois  certifier ,  pour  luy  vendre  tous  les  ans  plus  de  douze 
Cens  de  T artre  rou  ge,  &  plu  s  de  mille  livres  de  Grcfme  de  Tartre  :  &  à  fon  imitation 
quant  té  d’autres  perfonnes  j  mais  qui  n’ont  jamais  peu  le  faire  fi  beau  que  luy; 


XX  252  Hiftoire  generale 

On  cftime  cc  Sel  fort  convenable  pour  plufieurs  maladies ,  pris  au^poid  d’un 
gros  dans  un  verre  d’eau  ou  de  ptifanne  ,  &:il  purge  fort  doucement. 


C  H  A  P  I  T  RE  LXIV. 

Du  Tartre  Chalihe. 

Le  Tartre  Clialibc  ou  ,  Martial,  ou  Criftal  de  Tartre  Chalibe  ,  eft  du  Tartre 
blanc,  &  de  la  roüillure  de  fer  boüillie  dans  une  marmitte  de  fer  avec  de 
l’eau  chaude,  &  réduite  en  criftaux.  Ces  Criftaux  font  quelque  peu  employé  dans 
la  medecine,  étant  un  très- bon  remede  pour  guérir  la  mélancolie,  &  pour  la 
fièvre  quarte.  La  doze  eft  depuis  quinze  grains  jufqu’à  quarante  ,  dans  quelque 
liqueur  appropriée  à  la  maladie. 

Le  plus  beau  Criftal  de  Tartre  Chalibé  ,  eft  celuy  qui  eft  en  beau  criftaux  3 
d’un  blanc  tirant  fur  le  gris.  Et  ceux  qui  ne  voudront  pas  le  donner  la  peine 
de  le  criftalifer  ,  le  réduiront  en  poudre  grife  \  il  a  les  memes  vertus  que  celuy 
qui  eft  criftalifé. 


CHAPITRE  LXV. 

Du  Tartre  Martial  fo lubie. 

Le  Tartre  Martial  foluble,  eft  du  fel  vegetable  ,  &  de  la  teinture  de  mars  3 
dcfechcz  cnfemblc  &  réduite  en  poudre  brune. 

Ceft  un  bon  remede  pour  faire  uriner  pour  les  hydropifies.  La  doze  eft  de¬ 
puis  dix  grains  jufqu’à  une  demy  dragme. 


CHAPITRE  LXVI. 

Du  Tartre  Emetique. 

Le  Tartre  Émétique ,  eft  de  la  Crefme  de  Tartre ,  &  du  Ver  ou  du  Foyç  d*An- 
timoine,  mis  dans  de  l’eau ,  &  enfuite  réduits  en  criftaux  ou  en  poudre,  dun 
blanc  tirant  fur  le  gris.  Lorfqu’il  eft  bien  &  fidèlement  fait  ,  c’eft  un  vomi¬ 
tif  fort  en  ufage  prefentement ,  à  caufe  qu’il  fait  vomir  fort  doucement.  La  do¬ 
ze  eft  depuis  trois  grains  jufqu’à  dix ,  dans  une  liqueur  approprié  à  la  maladie  , 
ou  pris  dans  une  cerife  confite,  au  lieu  de  noyaux ,  ou  autres  conferves  feches  ou 
liquides.  Je  connois  quelques  perfonnes  qui  font  un  Tartre  Emetique  avec  le  Sel 
Armoniac ,  qui  eft  très  beau  &  fort  propre  pour  ce  que  je  viens  de  dire  :  &  d’au¬ 
tre  qui  le  font  avec  de  l’urine,  afin  qu’il  foit  moins  dilToluble  :  &  d’autre  qui  le 
font  avec  le  fel  vcgetablc ,  ainfi  il  n’importe  pourveu  qu’il  foit  bon ,  &  propre  à 
ce  que  delTus. 


des  Drogues ,  Livre  V 1 1.  253  xxj 


CHAPITRE  LXVII. 

Difnllat'ion  du  1  arire. 

CE  que  l’on  appelle  diftillation  du  Tartre  ,  cft  du  Tartre  concalTé  blanc  oü 
rouge  ,  dont  on  remplit  les  deux  tiers  d’une  cornue  de  terre ,  de  Beau¬ 
vais  &:  Lutté  ,  &  par  le  moyen  du  feu  on  tire  un  flegme  qui  cft  une  eau  blan¬ 
che  ,  fans  aucun  goût  que  l’on  doit  jetter.  Lorfque  le  flegme  cft  foiti ,  il  en 
fort  une  eau  rougeâtre,  qui  eft  l’cfprit  de  Tartre, &  cnfuice  une  huile  noire, 
puante ,  &  fort  épaifle ,  qui  cft  ce  que  nous  appelions  Huile  noire  de  Tartre 
bu  par  la  cornue  ,  ce  qui  relie  dans  la  cornue  qui  eft  comme  du  charbon  ,  icdc  Tat- 
après  avoir  été  calciné  &  blanchi ,  on  en  tire  par  le  moyen  de  l’eau  chaude  un 
fcl  très  blanc,  qui  cft  le  véritable  fel  de  Tartre.  L’cfprit  de  tartre  redtifié  ,  c’eft- 
adiré  rediftiüé  ,  eft  fort  convenable  pour  guerk  l’épilcplic  ,  la  paralyfie,  l’aft- 
,  &  le  feorbut.  La  doze  cft  depuis  un  gros  jufqu’à  trois  ,  dans  quelques  li¬ 
queurs  convenables. 

L’huile  de  Tartre  noire  telle  quelle  fort  de  la  cornue  ,  cft  admirable  pour  la 
gucrifon  des  dartres  ,&  pour  les  maladies  cy-defl'us  j  mais  comme  elle  eft  trop 
puante,  onia  reélific  avec  delà  terre  gralfe  fcche,  avant  que  de  s’en  fervir. 

Le  Sel  de  Tartre  cft  fort  ufttc  pour  faire  le  Sel  Vegctablc,  &  quelque  peuaiilli 

Î)Our  la  médecine ,  tant  pour  tirer  la  teinture  des  Végétaux ,  que  pour  faire  l’hui- 
e  de  Tartre  blanche ,  furnomméc  par  défaillance,  comme  il  fe  verra  cy.  après. 

La  plufpart  de  ceux  qui  ont  bcloin  de  fel  de  tartre,  ne  s’amufe  pas  à  le  dif- 
tiller ,  en  ce  que  l’efprit  ny  l’huile ,  ne  font  pas  de  grand  ufage  j  ainîi  quand  on 
ne  voudra  pas  fe  donner  tant  de  peine,  on  calcine  le  tartre  rouge  dans  un  bon 
feu  de  charbon ,  l’ayant  mis  par  petits  cornets  de  deux  onces  dans  du  papier  ,  & 
lorfqu’il  fera  calciné  à  blancheur,  on  le  retire  du  feu  après  en  avoir  tiré  le 
fel  que  l’on  pourra  criftalifer  ,  on  le  gardera  dans  une  bouteille  bien  bou¬ 
chée,  &  dans  un  lieu  fcc  pour  le  bcloin. 

Le  véritable  fel  fixe  ou  Alxali  de  Taure  ,  doit  être  blanc  ,  fcc  j  piquant  au  goût, 
accompagné  d’un  peu  d’amertume ,  &  lorfqu’il  cft  mis  fur  un  charbon  de  feu  -, 
il  ne  pétille  point. 

Quantité  deChymiftes ,  fur  tout  ceux  qui  courent  parles  rues  ,  vendent  un 
fel  de  tartre  fait  avec  le  falpctrc ,  qui  frappe  aux  yeux  de  ceux  qui  n’y  connoif- 
fent  rien,  en  ce  qu’il  cft  extrêmement  blanc,  &  en  gros  morceaux  ,  mais  l’ufagc 
en  eft  tres-méchant.  Et  de  plus,  c’eft  qu’il  ne  peut  fe  garder  j  ainfi  ils  vendent  bien 
chcrc  une  drogue  qui  ne  leur  coûte  prefquc  rien  j  la  fourberie  eft:  facile  û  con- 
noître  ,encc  qu’il  pétillé  fur  le  feu ,  qui  cft  le  contraire  du  véritable. 

On  tire  du  véritable  fel  de  tartre,  après  avoir  été  expofé  à  la  cave,  une  huile 
claire  &  blanche  ,  qui  cft  ce  que  nous  appelions  improprement  huile  détartré  Huîic  de 
|>ar  défaillance,  puifquc  ce  n’cft  qu’un  fel  refout  à  la  cave ,  de  laquelle  on  fefert  défaillance, 
a  plufieurs  ulagcs. 

Ceux  qui  voudront  faire  cette  huile,  pourront  fe  fervir  du  tartre  calciné,  & 
le  mettre  à  la  cave  dans  une  veflie  fufpendu  en  l’air ,  &  l’huile  qui  en  découlera 
fera  claire,  &aufli  belle  comme  fi  elle  avoit  été  faite  avec  le  fel.  Il  y  a  une  Dame 
2-  Paris  qui  a  le  fecret  d’adoucir  cette  huile  fans  aucune  humidité ,  &  qui  s’eft 

^"^li  iij 


xxi)  254  Hiftoire  generale 

fort  pour  fe  décraffer  le  vifage  ,  fans  luy  faire  aucunes  rides.' 

Il  Y  a  des  perfonnes  qui  pour  avoir  bien-tôc  une  huile  de  tartre ,  fondent  du 
fcl  détartre  avec  de  l'eau,  ^vendent  cette  eau  faléc  pour  véritable  huile  de  tar¬ 
tre,  ce  que  je  ne  puis  approuver ,  tant  parce  quelle  ell  rougeâtre ,  que  parce  que 
l’on  ne  peut  être  aufli  jufte  que  la  cave ,  c  ch  â  dire ,  ce  qif il  faut  d’humidité  pour 
refoudre  cefelcn  liqueur,  &  par  ce  moyen  en  font  bon  marché. 


chapitre  lxviii. 

De  la  Teinture  du  ^el  de  Tartre, 

La  Teinture  du  Sel  de  tartre  eft  du  fel  détartré  qui  a  foulfcrt  un  très- grand 
feu  ,  &  cnfuite  difl'oud  dans  de  l’efprit  de  vin  tartarifé  ,&  apres  avoir  etc  rc- 
pofe ,  eh  verfé  par  inclination  dans  une  bouteille  bien  bouchée,  on  la  garde  pour 
le  befoin.  Cette  teinture  pour  être  de  la  qualité  requife ,  doit  être  rougeâtre  , 
fidèlement  faite  :  elle  a  quelque  peu  d’ufage  dans  la  médecine  ',  principalement 
pour  le  (corbut  ,  pour  purifier  le  fang.  La  doze  ch  depuis  dix  grains 
jufqu'â  trente. 

On  remarepera  que  plus  cette  Teinture  de  tartre  ch  parfaite ,  plus  elle  eh 
rougcjmais  ce  qu’il  y  a  de  fâcheux  ,  c’eh  que  plus  elle  vieillit  plus  cette  belle 
couleur  fe  perd. 


CHAPITRE  LXIX. 

Du  Tartre  vitriole, 

LË  Magiher  de  Tartre,  ou  Tartre  vitriolé,  eh’du  fcl  de  tartre 5  ou  l’huile  de 
rartre  blanche  par  défaillance  ,  &  de  boncfprit  de  vitriol  mêlé  enfcmble  ,  & 
defcchcfur  le  fable  &  réduit  en  fel  très  blanc  ,  comme  il  faut  qu’il  foit  pour 
être  de  la  qualité  requife,  &  le  plus  fec  &  leger  qu’il  fera  pofliblc  ,  &  prendre 
garde  que  ce  ne  foit  de  la  crème  de  tartre  boüilhe  dans  de  l’efprit  de  vitriol , 
comme  il  n’arrive  que  trop  fouvent,  ce  qui  nclaijGfc  pas  d’être  vendu  des  quin¬ 
ze  â  feize francs  ,  la  livre,  comme  s’il  étoit  fait  dans  les  formes.  Et  d’autres 
qui  font  encore  pire ,  afin  de  le  donner  à  fix  ou  fept  franc  la  livre ,  qui  le  font  avec 
du  falpctre fixe ,  ou  avec  du  crihal  minerai.  Ccluy  qui  ch  fait  avec  la  crcfme  de 
tartre  eh  facile  à  connoitrc,  pourveu  qu’il  ne  foit  pas  en  poudre,  par  les  grains 
durs,  qui  le  rencontrent  ordinairement  dedans:  &le  dernier,  parce  qu’il  pétille 
au  feu  ,  &  qu’il  fc  liquifte  facilement.  • 

Le  tartre  vitriolé  ch  quelque  peu  ufité  en  médecine  ,  tant  parce  que  c’eh 
un  bon  apéritif ,  que  parce  qu’il  eh  convenable  à  pluficurs  autres  fortes  de 
maladies. 

On  fera  averti  de  tenir  le  tartre  vitriolé  dans  une  bouteille  bien  bouchée , 
car  il  eh  fort  fujet  â  fe  liquificr. 


des  Drogues ,  Livre  VIL  25^  xxiij 


CHAPITRE  LXX. 

Du  Sel  Y 0 Utile  de  T^artre, 

ON  tire  le  Sel  Volatile  de  tartre  ,  de  la  lie  devin  blanc,  exprimée  S^fechéc 
au  Soleil,  ou  ailleurs  ,  mis  dans  une  cornue,  &  diftillé  par  un  feu  gra¬ 
dué  ,  furquoy  je  ne  fçaurois  mieux  faire  que  d’adreffer  le  Lecteur  à  ce  que 
Monfieur  Charas  en  communiqua  dans  fa  Pharmacopée  Royale  ,  Galéni¬ 
que  &  Chymique  ,  qu’il  fit  imprimer  en  l’année  ic-j6.  puifque  je  fus  un  des 
afliftans  ,  lorfque  dans  fon  Cours  de  l’an  il  tira  chymiqucment  ce  fcl , 
fans  aucune  addition  ,  du  marc  exprimé  &  dclfeché  de  la  lie  de  vin  blanc,  à 
^a  grande  fatisfadlion  ^e  toute  la  Compagnie  j  qui  tomba  d’accord  que  c’é- 
toit  ur^  préparation  qu'on  n’avoit  pas  encore  vu  faire  au  Jardin  du  Rtry  ny 
uillcurs,  ôç  qu’aucvin  de  ceux  qui  avoient  écrit  de  la  Chymic  uavoicnt  ny  en- 
feignéc,ny  connue  puifque  je  fçay  que  ceux  qui  n’ayans  jamais  connu  de 
Sel  Volatile  de  tartre  ,  ne  parlèrent  dans  leur  Livre  imprimé  l’an  1675.  que  do 
fon  fcl  fixe ,  &  qui  ne  l’ont  inféré  dans  leurs  nouvelles  Editions  ,  que  pofte- 
licurcment  au  Livre  de  celuy  qui  en  a  été  l'Inventeur  ,  quelque  déguifement 
qu’ils  ayent  taché  de  donner  à  leur  préparation,  ils  n’ont  pu  écrire  là-dclfus 
rien  de  folidc,ny  qui  approche  de  ce  que  l’Auteur  même  nous  en  a  donné,  oii 
il  enfeigne  fa  préparation  &  fa  rectification. 

Le  Sel  Volatile  de  Tartre  crt  de  fa  nature  fort  diaphorctique  ;  mais  il  a  cela 
de  particulier  ,  qu’il  ctl  apéritif  &  fort  divretique.  Il  doit  être  fort  blanc  ,  Si 
d’une  odeur  auffi  pénétrante  que  celle  des  Sels  Volatiles  des  animaux.  On  le 
donne  depuis  fix  jufqua  quinze  grains ,  dans  du  bon  vin, ou  dans  quelques  au¬ 
tres  liqueurs. 


CHAPITRE  LXXL 

Y)e  la  Gravelee, 

T  A  Cendre  gravelée  eft  de  la  lie  de  vin  fechc  calcinée ,  &  pour  qu’elle  foit  de 
la  qualité  rcquife  elle  doit  être  en  pierre ,  nouvelle  faite  ,  d’un  blanc  ver- 
<îâtrc ,  d’un  goût  falé  &  amer. 

La  Gravelée  eftenufage  par  les  Teinturiers  ,&  autres  pcrfônnes  qui  s’en  fer¬ 
vent  i  &  la  plus  parfaite  cil  celle  que  nous  faifons  venir  de  la  Bourgogne  ,  à 
caufe  qu’elle  eft  faite  avec  de  bonne  lie,  &  vaut  beaucoup  mieux  que  celle  que 
nos  Vinaigriers  font. 

Comme  la  Gravelée  eft  une  lie  de  vin  calcinée ,  on  en  peut  tirer  par  le  moyen 
de  l  eau  chaude ,  un  fel  qui  a  à  peu  prés  les  mêmes  vertus  que  le  fcl  de  tartre , 
a  la  rclervc  qu’il  eft  plus  corrofif,  aufli-bien  que  1  huile  par  défaillance  que  l’on 
en  peut  tirer. 

La  Gravelec  eft  aulfi  ufitéc'avcc  la  chaux  vive,  pour  en  tirer  un  fel,  qui  après 
avoir  été  mis  en  fufion  dans  un  bon  creufet  ^  on  le  jette  fur  une  pierre ,  ou 


Sel  &  huile 
de  Grave- 
lée. 


sxiv  256  Hiüoire  generale 

dans  une  bafllnc ,  &  apres  être  refroidie  &  coupées  par  petites  tablettes ,  on  les 
met  dans  une  bouteille  bien  bouchées,  &:ces  petites  tablettes  font  les  véritables 
Pierres  à  Pierres  à  Cautères,  comme*  l’ont  écrit  plufieurs  Auteurs  ,  où  l’on  pourra  avoir 
ourultehc  recours,  &  ainfi  on  doit  rejetter  toutes  les  Pierres  a  Cautères  que  plufieurs  Mar- 
iotcairoi.  &  Colportcurs  vendent,  n’étant  que  du  Savon  &  de  Sublimé ,  ou  autres 

mixtions,  ôidutout  enfcmble  ils  en  forment  des  petits  trochifques  de  la  grof- 
feur  figure  des  yeux  d’ccrevilTe.  Quoyque  je  dife  que  ces  cautères  doivent 
être  rejettez  jils  ne  laifient  pas  neanmoins  défaire  leurs  effets  ;  mais  c’eft  qu’ils 
font  bien  plus  longs  que  ces  premiers. 

On  fait  encore  des  Pierres  à  Cautères  avec  de  la  Cendre  Graveléc ,  des  cendres 
de  bois  de  chefne  ,  de  l’alun,  de  la  chaux  vive  ,  &  du  tout  par  le  moyen  de 
Caïucrc  .k  l’cau  chaudc  &  du  feu ,  on  en  forme  des  cautères  que  l’on  appelle  Cautères  de 
ydours ,  àcaufe  qu’ils  opèrent  fort  doucement.  Il  y  en  a  qui  y  ajoutent  le  fcl 
tiré  des  trognons  de  choux. 

Quelques-uns  eftiment  beaucoup  mieux  la  Gravelée  de  Lyon  que  toute  autres; 
mais  pour  mon  particulier  je  foûtiens  que  toute  Gravelée  peut  être  bonne, 
d’abord  uu’elle  aura  été  faite  de  bonne  lie. 

Outre  la  Graveléc  nous  faifons  venir  de  Pologne,  principalement  deDantzic, 
même  de  Mofeovie  ,  une  autre  forte  de  Cendre  Gravelée,  que  nous  appelions 
pom’Tç  ouPotalfe  ou  Vedairc,que  nous  vendons  aux  Teinturiers.  Cette  PotalTe  elt  aflez 
v.daflc.  pçj.^^5ijble  à  la  Gravelée ,  &  je  croy  qu’il  n’y  a  que  les  différends  pays  qui  en  font 
la  différence.  • 


CHAPITRE  LXXn. 

Du  Noir  d  Allemaqne. 

O 

Ous  faifons  venir  de  Francfort ,  deMayance ,  &  de  Strafbourg ,  un  Noir 
çn  pierre  &  en  poudre,  qui  eft  de  lie  de  vin  brûlée  &  jettée  dans  de  l’eau, 
&  après  avoir  été  léché  on  le  paffe  dans  des  moulins  faits  exprès,  en  y  ajoû- 
tant  de  l’yvoirc ,  ou  des  os ,  &  meme  des  noyaux  de  pcfchc  brûlé  ;  &  lorfquc 
le  tout  eft  bien  broyé  &mélé  cnfemblc,on  nous  l’envoyc  le  plus  parfait  Noir 
d’Allemagne.  Ët  ccluy  qui  eft  moëttc,  c’eft  à  dire  humide,  fans  neanmoins  qu’il 
ait  été  afpergé  d’eau ,  d’un  beau  noir  luifant ,  doux ,  friable,  léger,  le  moins  rempli 
dc;  grains  lüifans  que  faire  fc  pourra  ,&  qu’il  ait  été  fait  avec  de  l’yvoirc  brûlé  j 
étant  meilleur  que  celuy  qui  a  été  fait  avec  des  os  ,  ou  des  noyaux  de  pefchc  ,  ÔC 
que  l’on  fefoit  fcrvidc  bonne  lie;  car  c’eft  de  la  lie  d’où  dépend  la  bonté  du  noir  : 
&  fi  l’on  fc  fcvoità-Paris  d’auffi  bonne  lie  qu’il  s’en  fervent  en  Allemagne ,  on  le 
NMr  de  pourroit  faire  tout  aufli  bon.  Outre  le  Noir  d’Allemagne,  on  en  Hit  aufli  à 
oiùrcrcif  Troyes,  aOrlcans ,  &  même  à  Paris,  ce  qui  fait  que  ce  Noir  a  tant  dc  noms, 
d;oiis.  chacun  luy  donnant  celuy  du  lieu  oû  il  a  été  fait.  Quelques  perfonnes  m’ont 
alfuré  que  les  Allemands  lefaifoient  avec  du  Tartre  ,  ce  qui  n’eft  pas  hors  du 
bon  fens.  Quoy  qu’il  en  foit ,  je  diray  qu’il  n’eft  guère  en  ufage  que  par  les 
•Imprimeurs  en  'Taille-douces.  • 


257 


des  Drogues,  Livre  VII. 


CHAPIT  RE  LXXIII. 

Des  F.^ues. 

LEs  Figues  font  des  fruits  dont  il  y  en  a  de  plufieurs  couleurs  :  Sejavoir ,  de 
vertes,  de  violettes,  de  blanches,  &  autres  couleurs  i  mais  de  toutes  ces  for¬ 
tes  de  Figues  nous  ne  vendons  cjue  les  Figues  violettes  &  les  Figues  crdmaircs. 

Eorfque  les  Figues  font  meures ,  les  Provenc^aux  les  cueillent  &  les  font  fcchet 
fur  des  canices ,  &  enfuitc  les  mettent  dans  des  cabats  faits  de  feüillcs  de  P  d- 
tïiier,  ou  dans  des  cailfes  ou  boëtes,  avec  des  fciiillcs  de  Laurier ,  &  de  l’Anis 
vert  en  o-rain.  Nous  diftinguons  les  Figues  de  Provence  en  trois  ;  fqavoir ,  en 
Figues  Violettes ,  en  Figues  de  Marfeille.  en  petits  cabats ,  &  en  grolfcs  Figues 
autrement  dit  Figues  Gralfcs.  Les  Violettes  doivent  être  grandes ,  fcches,  tiou- 
vcilcs,&:bien  fleuries.  Celles  de  Marfeille  doivent  être  petites,  blanches,  nou¬ 
velles  ,  fcches ,  non  coriaces ,  &  en  petits  cabats  hiftoricz ,  c’efl;  à  dire  que  les  pe¬ 
tits  paniers  foient  de  diflcrentcs  couleurs  :  &  les  Figues  Gralfes ,  les  plus  gran¬ 
des  &  les  plus  approchantes  delà  qualité,  de  celles  de  Marfeille  qu  il  fe  pourra. 

A  l’égard  des  Figues  en  gros  cabats ,  qui  viennent  aulh  de  Provence ,  &  meme 
d’Efpagnc ,  elles  font  de  beaucoup  inferieures  à  celles  en  petits  cabats ,  tant  a  cau- 
fc  quelles  font  plus  dures ,  que  parce  quelles  font  plus  coriaces. 

L’ufage  des  Figues  cft  fi  connu  qu’il  ell  inutile  que  je  m’y  arrête.  Je  diray  feu¬ 
lement  qu’elles  font  quelque  peu  ufitccs  en  médecine  ,  s’en  fervant  pour  faire 
desptifannes  pectorales, &  pour  faire  des  mucilaps. 

’  A  l’égard  des  graffes ,  ons’cn  fert  apres  avoir  été  rôties  fur  le  feu  ,  pour  met¬ 
tre  dans  la  bouche, pour  appaifer  le  niai  de  dents, 5c  on  peut  fe  fervir  des  au¬ 
tres  Figues  en  leur  lieu  &  place. 


CHAPITRE  LXXIV. 

Des  Brugnoks^ 

Outre  les  Figues  nous  faifons  un  affez  gros  négoce  de  primes  de  ‘Brugno- 
le  ,  que  nous  faifons  venir  de  Provence  ,  fur  tout  d’Aubagne  5c  de  Bru- 
gnolc  ,  petite  ville  proche  S.  Maximin  ,  d’où  ell  venu  leur  furnom. 

Ces'  Prunes  nous  font  apportées  dans  de  petites  caiflcs  longuettes  j  mais 
plus  ordinairement  dans  des  boétes  à  confitures ,  ôc  on  les  couvre  avec  des  pa¬ 
piers  blancs  affez  artillement  découpez.  ui  ^ 

Les Brugnoles pour  être  de  la  qualité  requifc ,  doivent  être  feches ,  blondes, 
charnues ,  &  quand  le  papier  découpé  qui  les  couvre  eft  fec ,  c’eft  ui^  marque 
infaillible  qu’elles  font  d’une  bonne  nature ,  ôc  qu’elles  n’ont  pas  fouftert. 

Nous  vendons  de  plus  les  Prunes  5c  Pruneaux.  Comme  des  grofles  ôc  pe¬ 
tites  prunes  de  Sainte  Catherine  ,  ôc  des  petit*^  pruneaux  noirs  de  Damn< 
ôc  de  Saint  Julien  ,  que  nous  faifons  venir  de  Sainte  Maure ,  de  Chinon ,  ôc 
autres  endroits  de  la  Touraine.  Nous  vendons  beaucoup-  encore  de  Pruneaux 


xxvj  258  Hifloire  generale 

noirs  ,  qui  font  longuets ,  &  qui  viennent  de  Bordeaux.  Il  y  en  a  eiKorc 
quantité  d’autres  fortes,  comnic  font  ceux  de  Montinirel ,  de  Pedriguon  ,  Impé¬ 
riales,  &  pluficurs  autres, aufli- bien  que  gcneralement toutes  fortes  de  fruits  fecs 
&  liquides,  que  nous  faifons  venir  de  ditterens  endroits  ;  mais  fur  tout  de  Tours, 
comme  les  poires  parées ,  les  pommes  tapées ,  les  cerifes  en  bouquets  j  ainfi  de 
plufieurs  autres  fortes  qui  fe  mangent  en  Carême.  Le  choix  de  tous  ces  fruits 
cfl  d  être  nouveaux ,  &  que  dans  les  boetes  ou  galons ,  ils  foicnt  deffus  comme 
deffous. 

L’ufage  de  tous  ces  fruits  eft  fi  connu,  que  je  n’en  diray  rien. 

Avelines.  Nous  vcndons  encore  en  Carême  &  même  toute  1  année,  les  Avelines  que 
nous  faifons  venir  de  Provence,  dont  il  y  en  a  de  deux  fortes -,  fcjavoir ,  les  ave¬ 
lines  lacadicres,  6c  les  communes.  On  appelle  avelines  lacadieres  celles  qui  font 
groffes ,  blondes,  &  qui  ne  reffcmblcnt  point  aux  noifcctes.  Elles  doivent  être 
aufli  nouvelles,  &  que  l’amande  foit  d’un  bon  goût  &c  d  une  chair  blanche. 

Outre  le  grand  ufage  que  l’on  fait  des  avelines  en  Carême  ,  comme  étant  un 
Quatre  quatte  Mandiens ,  qui  font  Figues ,  Raifiiis ,  Amandes  &  Avelines  ,  mélan-, 
Wandians.  égales  pattics  enfemble  j  ce  qui  ne  fc  pratique  neanmoins  guere ,  en  ce 

que  ceux  qui  les  font  mettent  de  chacun  plus  ou  moins  ,  fuivant  qu’ils  font 
chers.  On  fe  fert  aufli  des  avelines  enles  couvrant  dcfucre,  &  pour  en  cirer  une 
huile  qui  a  la  même  vertu  que  l’huile  de  noifettes  ,  pour  entretenir  les  che¬ 
veux. 


CHAPITRE  LXXV. 

Des  Marons, 

LEsMarons  font  des  fruits  dont  nous  faifons  un  affez  gros  commerce,  aufli- 
bien  que  des  Châtaignes  de  Limoge.  Comme  ces  fruits  font  très  communs, 
c’eft  le  fujet  que  je  n’en  parleray  point  ,  finon  que  je  diray  que  les  meilleurs 
Marons  viennent  d’auprès  de  Lyon ,  &:du  Vivarcts,  Icfquels  pour  être  delà  bon¬ 
ne  qualité,  doivent  être  gros,  nouveaux,  fermes,  &  comme- cendrés  ,  &  qui 
ne  foient  point  pourris  ny  gâtez ,  ny  même  échauffez  ;  car  aufli- tôt  que  le  feu  y 
eft ,  on  a  bien  de  la  peine  â  les  conferver  &  à  s’en  défaire  :  ce  qui  oblige  d’abord 
qu’une  balle  eft  arrivée  d’en  ôter  la  paille,  &  le  fécond  emballage  ,  afin  de  leur 
donner  de  Pair.  A  l’égard  des  Châtaignes  ,  elles  doivent  approcher  en  quelque 
maniéré  des  Marons  ,  â  la  referve  qu’elles  font  plus  petites ,  plus  claires ,  àc  pins 
rougeâtres. 

L’ufage  des  Marons  eft  pour  manger  aufli  bien  que  les  Châtaignes,  ainfi  que 
tout  le  monde  le  fixait.  On  fefert  encore  des  marons  quelque  peu  en  meiecine, 
à  caufe  qu’ils  font  fort  aftringents.  Les  Confifeurs  les  couvrent  de  fucre,  &c  en- 
Marons  fuitc  font  appellcz  Marons  c-facez. 

glacez.  *  ^ 


des  Drogues,  Livre  VIL  259  xxvij 


CHAPITRE  LXXVI. 


Du  Chefne. 


Le  chefne  eft  un  Arbre  connu  de  tout  le  monde  ,  tant  a  caufe  de  fa  lon-_ 
gue  durée  ,  que  pour  les  dilferents  ufages  qu’on  en  tire ,  comme  il  le  ver¬ 
ra  cy-aprés. 

Cet  Arbre  reprefente  la  vertu  ,  la  force,  la  fermeté,  &  la  longue  durée  j  c’eft 
pour  ce  fujet  que  les  Anciens  le  dcdiercnc  à  Jupiter.  Quelques  uns  veulent  que 
cet  Arbre  foie*  rennemy  mortel  de  l’Olivier  &  du  Noyer ,  en  ce  qu’ils  ne  peuvent 
etre  prés  de  luy  fans  mourir. 

La  première  chofe  &  la  plus  confiderablc  que  nous  tirons  dii  Cherne  eft  le 
Guy ,  qui  eft  une  excroilfancc  qui  fe  trouve  attachez  au  haut  de  cet  arbre.  Cette 
produdion  paroit  extraordinaire,  en  ce  que  les  Chefnes  ne  produifent  pas  le 
Guy  en  toutes  fortes  de  lieux.  Il  y  en  a  peu  que  je  ftjachc  qui  foient  fcmbla- 
blc  en  cela  à  ceux  que  l’on  rencontre  entre  Rome  &  Lorerte,  principalement 
auprès  d’une  petite  Ville  nommée  Folligni,  qui  eft  à  la  moitié  du  chemin  ,  au¬ 
près  de  laquelle  il  fc  trouve  des  Chefnes  fi  chargez  de  ce  Guy ,  qu’un  fcul  pour- 
roit  fournir  pour  charger  une  charette. 

Cette  excroilfancc  a  la  forme  de  branches  d’arbres,  &  eft  d’une  fubftance  fo.. 
lide  &  pefante ,  d'un  brun  rougeâtre  au  delfus  ^  d’un  blanc  jaunâtre  au  de¬ 
dans  ,  où  il  fc  trouve  une  efpece  de  foleil. 

Ces  branches  fi  dures  &  li  compades ,  poulfcnt  quantité  de  petits  rameaux , 
qui  s’entrelafl'ent  les  uns  dans  les  autres ,  d’où  il  fort  beaucoup  de  feiiilles  lon¬ 
guettes  ,  épaiffes ,  &  à  demy  rondes ,  d’un  vert  pâle  ,  &  des  petites  bayes  blan¬ 
ches,  tout  à  fait  fcmblables  â  nos  petites  grolIéilLcs  blanches  ,&  ces  bayes  con- 
/.  ?mic.  ij 


xxviij  260  Hifl-oire  generale 

tiennent  une  humeur  virqueufe,  dont  les  Anciens  fc  fervoient  pour  faire  la  Glu.’ 
Ce  Guy  charge  de  ces  feüilles  fe  conferve  toûjours  vert  pendant  qu’il  eft  furl’ar-. 
bre ,  quelque  tâcheux  temps  qu’il  fade. 

On  choifira  le  Guy  gros^pefant,  bien  nourri  ;  on  connoîtra  s’il  eft  véritable 
par  fa  couleur  foncée,  &aufolcil  qui  eft  dedans  i  mais  la  marque  la  plus  fure, 
c’eft  d’y  voir  attachez  quelques  morceaux  de  Chefne,  ou  de  confronter  le  Guy 
qui  fera  expofé  en  vente  avec  celuy  que  l’on  a ,  &  que  l’on  ferait  d’ailleurs  être 
véritable. 

On  attribue  quantité  de  vertus  au  Guy  de  Chefne,  &  nos  Anciens  le  reve- 
roient  &  le  tenoient  pour  facré,  aufli-bien  que  l’arbre  qui  le  portoit.  Jules  Ce- 
far  &  Pline ,  difent  que  les  Druides  s’affembloient  fous  ces  arbres  pour  faire  leurs 
prières.  Ils*,étoicnt  dans  la  Contrée  que  nous  appelions  aujourd’huy  la  Ville  de 
Dreux,  proche  de  Chartres  ,  ce  qui  fait  voir  qu’il  y  avoir  des  Chefnes  portant 
le  Guy  en  France. 

On  eftime  le  Guy  pris  intérieurement  un  excellent  remede  Contre  laParalyfic_, 
l’Apoplexie,  &  le  Haut-mal.  A  caufe  de  ces  belles  vertus ,  qui  feroient  trop  lon¬ 
gues  à  expliquer ,  les  Italiens  en  ont  fait  un  traité  fort  ample  fous  le  nom  de 
Bois,  de  la  Sainte-Croix. 

La  fécondé  chofe  que  rlous  tirons  du  chefne,  eft  une  petite  plante  que  nous 
Üfïïïnc  ^PP^llons  Polipode ,  il  eft  femblable  à  celuy  que  nous  voyons  fur  les  murailles. 
Cette  forte  de  plante  fort  des  endroits  où  les  branches  du  chefne  fc  fourchent, 
par  le  moyen  de  quelque  peu  de  terre  qui  s’y  rencontre,  &  même  par  l’eau  qui 
a  croupi  :  il  croit  aufli  fur  la  fouchc  de  cet  arbre. 

On  nous  apporte  rarement  de  ce  Polipode  j  quoyquc  fort  mal  à  propos , 
puifqu’il  eft  beaucoup  meilleur  que  celuy  qui  croit  fur  les  vieilles  murailles ,  qui 
eft  celuy  qui  nous  eft  apporté  des  environs  de  Paris. 

On  doit  choifir  le  Polipode  nouveau,  bien  nourri,  fcc,  facile  a  cafter  ,  d’un 
rouge  tanné  au  deftus ,  verdâtre  au  dedans,  d’un  goût  doux  &  fucré ,  tirant  à 
celuy  delà Reglifte,&  préférer  celuy  de  Chefne  ,  ce  qui  ne  fc  peut  connoitre 
qu’en  la  cueillant  foy  même,  ou  en  le  failant  cueillir  par  des  gens  à  qui  on  fô 
puifte  fier. 


CHAPITRE  LXXVII. 


I>e  / Huile  de  Cland, 

Outre  le  Polipode  ,  le  Chefne  produit  des  Glands  qui  eft  fon  fruit',  dont 
quelques-uns  fe  flattent  d’en  faire  &  vendre  l’huile  i  mais  comme  je  n’ay  pû  y 
réüflir  jufqu’âce  jourd’huy ,  je  n’en  diray  rien,  finon  que  toute  l’huile  de  Gland 
que  les  Provcn(jaux  nous  chvoyent  ,n’cft  que  de  l’huile  de  Ben  ou  dcNoifettes, 
empreint  des  qualitez  du  Gland  i  ainft  ne  peut  être  appclléc  Huile  de  Gland. 
M.Lemery  dans  fa  Chy  mie,  à  la  page  481.  en  traite  aftez  au  long,  ou  le  Lec¬ 
teur  pourra  avoir  recours.  | 

La  grande  rareté  de  la  véritable  Huile  de  de  Gland,  eft  la  caufe  que  l’on  luy 
attribue  de  grandes  proprictez  ,  aufli-bicn  qu’à  la  véritable  huile  de  talc.  On 
pourroit  bien  tirer  du  Gland  une  véritable  huile  par  le  moyen  d’une  cornue  ; 
mais  elle  feroit  noir^  &  d’une  mauvaife  odeur. 


des  Drogues.  Livre  VII.  26  i  xxix 

Outre  riiuilc  que  l’on  tire  des  Glands,  le  Chefne  produit  encore  une  moulTe 
qui  ett  ce  que  nous  appelions  ufnée,  de  laquelle  on  fe  fert  pour  faire  Les  pou¬ 
dres  de  Cypre ,  deFranchipane,  &  à  la  Marcfchale ,  que  nous  faifons  venir  de 
Montpellier.  La  véritable  defcription  de  faire  ces  poudres  m’eft  inconnue  j  c’eft 
ce  qui  m’oblige  de  renvoyer  le  Ledeur  à  ceux  qui  en  ont  une  jufte  connoif- 
fance ,  ou  de  s’en  tenir  aux  deferiptions  qu’en  a  fait  le  Sieur  Barbe  ,  dans  un 
petit  Traité  imprime  à  Lyon ,  auquel  je  ne  puis  contredire  ,  pour  ne  pas  fçavoir 
ces  deferiptions  font  julles. 

Ily  a  encore  quantité  d’autres  poudres  que  nous  vendons  ^  comme  la  poudre 
d’ambrette,  d’iris,  ou  de  violette,  de  rofe,  de  jalTemm  ,  de  fleurs  d’oranges,  S>C 
autres  femblables,  qui  font  décritte  dans  le  Livre  cy-deifus,  où  le  Ledeur  pour¬ 
ra  avoir  recours. 


CHAPITRE  •  LXXVIII. 

Des  Galles. 

LEs  Galles  font  des  fruits  d’une  efpece  de  Chefne  ,  qui  croit  en  quantité 
dans  le  Levant ,  principalement  autour  d’Alep ,  &  de  Tripoli ,  qui  font  cel¬ 
les  que  nous  appelions  Galles  d’Alep  ôc  de  Tripoli.  Il  nous  en  vient  encore 
de  Smyrnc.  Il  en  croît  aufli  quantité  en  France  ,  principalement  en  Pro¬ 
vence  &  en  Gafeogne  ;  mais  beaucoup  inferieures  à  celles  du  Levant  en  ce 
qu’elles  font  ordinairement  rougeâtres  ,  Icgcrcs  ,  &  toutes  unies  ,  &  celles 
du  Levant  font  épineufes  (  d’où  leurs  eft  venu  le  nom  de  Galles  à  l’Epine  )  pc- 
fantes ,  noirâtres ,  ou  verdâtres  ,  ou  blanchâtres.  La  diveriité  de  fes  fruits  font 
la  caufe  que  l’on  les  employé  â  divers  ufages.  Celles  d’Alcp  &  de  Tripoli ,  font 
pour  teindre  en  noir,  &  pour  faire  de  l’ancre ,  principalement  les  noires  ou  ver¬ 
tes.  Les  blanches  pour  teindresles  toiles  , &les  Galles  légères  ou  de  France ,  pour 
les  Teinturiers  en  Soye  pour  faire  le  noir  éctû. 

Les  Galles  ont  quelque  ufage  en  médecine ,  en  ce  qu  elles  font  fort  aftringen- 
tes  :  on  traye  ordinairement  les  Galles  ,  pour  contenter  ceux  qui  en  veulent  de 
uoires  ou  de  blanches;  mais  ceux  qui  les  délireront  avoir  en  fortes  3  doivent  pren¬ 
dre  garde  que  les  moins  grolfcs  ou  petites  j  n’en  âyent  été  ôtées.  A  l’égard  de 
ceux  qui  en  achèteront  des  balles  entières ,  prendront  garde  â  l’ambalagc  ;  parce 
que  les  Galles  d’Alep  font  en  balles  longues  &  étroites  ;  &  celle  de  Tripoli  ou  de 
Smyrne,  font  en  balles  groifes  &  courtes  ^  &  la  toile  en  eft  ordinairement  rayée. 
Je  dis  cela,  parce  que  lesGallcs  dcTripoli  font  inferieures  â  celles  d’Alcp.  On 
prendra  garde  aufli  qu’elles  ne  foient  remplies  de  poudre  3  ou  d’autres  corps 
étrangers  ;  car  nous  n’avons  guère  de  marchandifes  où  il  fe  trouve  plus  de  vil- 
Icnies  que  dans  les  Galles ,  aufli-bien  que  quantité  d’excremens  du  chefne. 

Il  croît  en  Turquie  fur  une  efpece  de  Chefne  un  petit  fruit  rougeâtre  ,  de  la 
grofleur  dune  noifette  ,appellé  par  les  Turcs  *Ba:;^^endge y  dont  la  figure  eft  re- 
prefentéeâ  l’Eftampedu  Chefne.  Les  Levantins  fur  tout  ceux  d’Alcp,  prennent 
cent  dragmes  de  Cochenille,  qu’ils  nomment  Cometi.  Cinquante  dragmes  de 
Ba:(^end^e  y  &  cinquante  dragmes  de  Tartre  ,  &  après  avoir  tout  pulverifé  ils 
en  font  de  très  belle  écarlatte.  Ce  fruit  eft  fort  rare  en  France ,  ce  qui  fait  que 
l’on  ne  s’en  fert  point.  ' 

iij 


Ufnée. 
Poudie  de 
Chypre,  de 
Fiâiichi- 
panne  &  à 
la  Marcf¬ 
chale. 


Autres  for¬ 
tes  de  poi- 
dies. 


XXX  26 Z 


Hiftoire  generale 


CHAPITRE  LXXIX. 

De  l  Agaric. 

TT  ’Agaric  cft  une  cxcroilTancc  qui  fe  trouve  aux  troncs  &  aux 

J| _ branches  de  differents  arbres  j  mais  principalement  fur  la  MelefTe , 

que  les  Latins  appellent  L^rix  ^  difur  quelques  cfpeces  de  chefncs  \  mais  le  pre¬ 
mier  &:  le  meilleur  de  tous  doit  être  blanc ,  loger ,  tendre  ,  friable  ,  &  d’un 
goût  amer,  &  c’eft  cet  Agaric  que  les  Anciens  ont  appelle  femelle  j  car  pour 
ccluy  qu’ils  ont  appelle  Agaric  mâle, cft  ordinairement  pelant,  jaunâtre  &  ligneux, 
doit  être  abfolument  rejette  pour  lufage  de  la  médecine.  Ainli  je  diray  que  le 
bon  Agaric  doit  être  de  la  qualité  cy-<icftus ,  &  véritable  Levant  ,  étant  beau¬ 
coup  plus  parfait  que  celuy  que  les  Savoyards  nous  apportent  de  Savoyc ,  ou 
du  Dauphiné.  Il  nous  en  vient  aufli  d’Hollande  ,  qui  eft  râpé  &  blanchi  par 
defl'us  avec  de  la  craye,  qu’il  faut  aufli  rejetter.  En  un  mot,  on  ne  doit  fe 
feivir  dans  la  mcdecine  que  de  l’Agaric  des  MelcfTes  &  du  Levant  5  qui  fera 
facile  â  connoitre ,  par  fa  grande  blancheur ,  legeteté  ,  amertume  &  friabilité.' 
On  eftime  l’Agaric  fort  propre  pour  purger  le  cerveau  -,  mais  le  peu  qui  s’en 
confomme  ne  mérité  pas  la  peine  d’en  parler.  Ce  qui  cft  contraire  des 
Teinturiers  qui  en  employent  beaucoup  pour  teindre  en  noir  ;  &  c’eft  ce  que 
peu  de  perfonnes  fçavent,  qu’il  n’y  a  tres-peu  de  nos  marchandifes ,  foit  Grai¬ 
nes,  Racines,  Bois,  Ecorces,  Feuilles,  Fleurs,  Fruits,  Gommes,  Sucs,  Ani¬ 
maux,  ou  leurs  Parties ,  Foirillcs&  Drogues  de  Chymic,  donc  les  Teinturiers  ne 
fe  fervent ,  ce  qui  caufe  le  grand  nombre  de  Drogues  qui  entrent  en  France  j 
car  s’il  n’y  avoir  que  la  Médecine  qui  employât  dos  Drogues ,  un  feul  Droguifte 
fufïiroit  â  Paris  pour  fournir  tous  les  Médecins ,  Apoticaires ,  Chirurgiens  , 
autres  qui  s’en  mêlent  ,  &  s’il  n’auroit  pas  grand  peine. 

L’Agaric  de  chefnc  eft  ordinairement  rougeâtre  &  pefant,  &  comme  il  ne  vaut 
pas  grande  chofe ,  c’eft  pour  ce  fujet  que  je  n’en  diray  rien. 


CHAPITRE  LXXX. 


la  Confection  Wamec. 

L’Agaric  étant  un  des  ingrediens  d’une  Confection  ,  que  nous  faifons  venir 
de  Montpellier,  aulfi-bien  que  la  Confcdlion  Hyacinthe,  &  AlKcrmcs  ,The- 
riaque  Mitridat,  j'ay  jugé  â  propos  d’en  parler  icy,  &  d’en  donner  une  jufte 
defeription  tirée  de  laPharmacopée  de  M.  Charas,  comme  étant  celle  qui  m’a 
paru  la  plus  jufte.  Je  n’empêche  neanmoins  pas  que  l'on  ne  fuive  plufieurs  au¬ 
tres  Pharmacopées  (Jui  en  traitent  ,&  même  les  Codex  de  Paris,  &:les  autres  bon¬ 
nes  Villes  de  France ,  chacun  étant  libre  de  fuivre  celles  qui  leurs  paroiflent  plus 
faciles.  Je  ne  prétends  parler  icy  que  des  drogues  dont  elle  eft  compofee ,  lailfant  le 
Modits  faciendi  décrites  dans  les  Pharmacopées  oû  ceux  qui  defireront  la  préparer 
pourront  avoir  recours. 


des  Drogues ,  Livre  VII.  26  3  xxxj 

Prenez  Polipodc  de  chcfnc.  Suc  de  Fumeterre  Dépuré ,  deux  livres. 

Raifins  mondez.  Sucre  &  Miel  de  Narbonne  ,  de  chacun 

Pruneaux  de  Damas  de  chacun  quatre  trois  livres. 

Cafle  &  Tamarins  de  Levant  mondez. 

Manne  en  larmes  de  chacun  quatre  onces. 

Rubarbe. 

Agaric  blancw 

Sehé  delà  Palceou d’ Alexandrie, 

Diagrede,  de  chacun  dix  onces  &  demye. 

Cinq  Mirabolans. 

Epiihym  de  Candie  ou  de  Venife. 

Semence  de  Fumeterre  ,  de  chacun  dix 
onces. 

Canelle. 

Gingembre. 

Ams ,  de  chacun  trois  dragmes. 

Du  tout  enfemble  fuivant  l’Arc ,  on  en  fait  un  élediuire  liquide  ,  qui  étant 
bien  travaillé  &  fidèlement  fait  ,  pourra  fe  garder  fort  long- temps.  Et  même 
il  yen  a  qui  cRiment  mieux  cette  Confection  étant  vieille  qu’étant  nouvelle: 
ce  que  je  ne  puis  du  tout  approuver ,  lur  tout  quand  elle  a  plus  de  dix  ans. 

Cette  Confection  pour  être  parfaite,  doit  être  fidèlement  &  artiltemcnt faite, 
d'un  noir  luifanc  ,  &  cuitte  en  bonne  confiltancc. 

La  Confection  Hamcc  cft  fore  uficée  dans  la  médecine,  à  caufe  des  grandes 
proprictez  que  l’on  luy  attribue,  ainfi  qu’on  le  pourra  voir  dans  plufieurs  Phar¬ 
macopées. 

je  ne  puis  m’empêcher  d’avertir  les  Marchands  de  Pans  de  n’acheter  cette  comC 
pofition,  aufli-bien  que  toutes  les  autres ,  que  d’honnêtes  &  habiles  Marchandsj 
parce  qu’il  s’y  fait  de  grandes  tromperies ,  principalement  par  ceux  qui  donnent 
cette  Confection  à  quinze  &  vingt  fols  la  livre  j  car  pour  que  l’on  la  falTc 
dans  les  règles,  elle  doit  revenir  à  quarante-cinq  ou  cinquante  fols  la  livre. 

Il  ne  faut  s’étonner  de  voir  cet  article  dans  ce  livre:  je  fçay  que  le  Reglement 
particulier  d’entre  les  Epiciers  &les  Aponcaircs  permet  feulement  aux  Epiciers 
la  vente  delà  Thériaque  ,  du  Micridat,  &  des  .Confections  d  AlKermcs  d’Hya- 
cinthe  ,  que  nous  entendons  foûs  le  nom  des  quatre  grandes  Compofitions 
Galéniques  ;  mais  il  y  a  pareille  raifon  pour  la  Confedion  Hamec ,  que  pour  les 
autres  ,  étant  compofées  d’autant  de  drogues  que  quelques-unes  d’icclles  ;  & 
parce  que  nous  la  pouvons  faire  venir  des  lieux  où  elle  lé  fabrique  en  faveur  du 
commerce  quis’cn  fait,  fuivant  leTarit  des  droits  de  Sa  Majclfé  ,  dans  lequel 
elle  elt  exprimée  comprifc  avec  les  autres  Epiceries  &  Drogueries ,  ce  qui  m’a 
obligé  d  en  parler. 

Outre  l’Agaric  nous  vendons  encore  des  Morilles  fcches ,  des  truffes  noires , 
que  nous  faifons  venir  de  Provence  le  du  Languedoc  ,  des  oignons  de  Tube-  folies  de 
reufe,  des  Renoncules ,  des  Jonquilles  ,&  autres ,  que  nous  faifons  venir  d’Italie ,  IrIuucT. 
Provence ,  &  même  de  Conllantinople ,  les  MoufléronS  ,  les  Satynons  confits  ,  les' 
Oreilles  de  Judas ,  qui  font  à  ce  que  l’on  m  a  affuré  les  velîics  d’Orme  feches  ;  c’eft  OicUicsdc 
a  Roüen  où  l’on  fc  fert  de  ces  oreilles  ,  pour  la  gucrilon  des  maux  de  gorge  ,  ^'*^*** 
trempé  ôc  boüillis  dans  de  l’obxicrat ,  en  s’en  garganfanc  le  goficr.  Outre  toutes 


onces. 

Mirabolans  Citrins, 
Chebules. 

Indiens. 

Semence  de  Violette. 
Coloquinte  mondée. 

Agaric  blanc  de  Levant. 
Séné ,  de  chacun  deux  onces. 
Abfinthe. 

Thim ,  de  chacun  une  once. 
Rofês  rouges. 

Anis. 

Fcnoüil  j  de  chacun  fix  gros. 


xxxij  264  Hiftoire  generale 

CCS  cxcroiCfanccs ,  nous  faifons  venir  de  S.  Flour  en  Auvergne ,  une  certaine  ter- 
Pcreiie.  j-g  cn  petitcs  écailles ,  qui  elt  ce  que  nous  appelions  Perelle  ,  que  les  Au¬ 
vergnats  racilTent  de  dclTus  les  rochers.  Cette  terre  eft  produite  par  le  moyen 
des  vents ,  qui  portent  de  la  terre  fur  ces  rochers,  &  par  le  moyen  de  la  pluye 
&  du  Soleil,  cette  terre  fe  calcine  après  avoir  été  moüillée.  Ces  Montagnards 
fe  munilTcnt  d’inftiumens  de  fer  propres  à  la  ratilfer ,  &  d’un  tablier  de  cuir , 
aux  deux  coins  duquel  il  y  a  de  la  poix  pour  les  faire  tenir  fur  la  roche ,  lorf- 
qu  ils  veulent  ratifier. 

On  choifira  la  perelle  cn  belles  écailles  ,  la  plus  grife  ,  la  plus  fechc ,  &  la 
moins  remplie  de  menu ,  ou  autres  ordures  qu’il  fera  poflible. 

Son  ufage  eft  pour  faire  l’Orfcille ,  ainli  que  je  l’ay  marque  à  l’article  du  Tor- 
nefol. 

Si-  tôt  que  cette  terre  eft  ratifiée  ,  il  s’en  refait  d’autre  qui  n’cft  pas  plus  épaif- 
fe  qu’une  pièce  de  quinze  fols.  . 

Nous  vendons  une  certaine  her-be  que  nous  appelions  Prefle  ,  &  les  Bota- 
PrcHe.  Et^ufrtumy  OU  Qucuc  de  Cheval,  dont  fe  fervent  les  Ebeniftes  &  autres 

Ouvriers  qui  travaillent  cn  Bois ,  pour  polir  leurs  Ouvrages  apres  qu’ils  fe  font 
fervis  de  peau  de  chien  de  mer.  On  doit  être  averty  qiic  la  Perelle  &  la  Prefle 
font  deux,  puifque  la  première  eft  une  terre,  &  la  fécondé  une  herbe. 

Il  y  a  quantité  d’autres  fruits  que  nous  pourions  vendre  s'ils  nous  étoient  com¬ 
muns,  comme  le  fruit  du  Bctel,  les  Bananes,  Faufcl  ou  Arcca,  les  Fagara,  le  Fruéîus 
de  Pilon ,  les  Bonducs  ,  ainli  de  pluficurs  autres.  Il  y  en  a  que  nous  ne 
vendons  pas,  pour  être  trop  communs,  comme  Poires,  Pommes,  Vautres  fem- 
blables  fruits ,  qui  font  du  fait  des  Fruitiers  &  non  des  Epiciers ,  cela  étant  au 
dcfibüs  d’eux,  aufil-bien  que  les  autres  denrées  quife  vendent  parregrat,  à  pe¬ 
tits  poids  &  petites  mcfurcs ,  étant  une  chofe  honteufe  que  des  Marchands  s’at¬ 
tachent  à  vouloir  vendre  de  ces  fortes  de  chofes ,  pendant  qu’ils  dénuent  leurs 
boutiques  de  marchandifes  pretieufes  ,  &  fur  lefqucllcs  ils  pourroient  faire  plus 
de  profit  que  fur  ces  denrées  qui  ne  font  pas  de  leur  fait  :  ce  qui  ne  provient 
que  parce  que  la  plufparc  ont  été  reçûs  ,  ainli  que  j’ay  déjà  marqué ,  fans  au¬ 
cune  fcicnce  ny  qualité  i  &  de  cette  maniéré  font  obligez  de  vendre  ce  qu’ils 
connoifient  :  ce  qui  donne  occalion  aux ,  Etrangers  de  ne  pas  faire  eftime  des 
Epiciers  de  Pans ,  &  de  ne  les  pas  conlideter  comme  ils  fcroient  s’ils  ne  fe  mc- 
loient  que  de  vendre  les  marchandifes  dont  j’ay  traité  dans  le  cours  du  pre- 
fent  Ouvrage. 

Fipi  des  Fruits, 


HISTOIRE 

GENERALE 

DES  DROGUES 


LIVRE  SEPTIEME 

Des  Gommes. 

PRÉFACE. 

N  diftingue  les  Gommes  en  deux  fortes  de  manières  :  fa^otr  en  Gom¬ 
mes  aqueufes ,  G*  en  réfneufts.  On  entend  par  Gommes  aqueujes 
cetUi  qui  je  peuvent  dijjoudre  dans  L'eau^  dans  le  'vin^ou  autres  liqueurs 
JemblabLes  ,  comme  [ont  la  Manne  ,  la  Gomme-gutte  ^  autres  s  Çÿ 
par  les  réfineufes  celles  qui  ne  peuvent  fe  dijfoudre  que  dans  l'huile^ 
comme  la  Gomme  élemy  fa  Tacamaca  ain fi  des  autres  ^  comme  on  le  pourra  <voir 
par  la  fuite  de  ce  prefint  difcours.  il  y  en  a  qui  adjoûtent  a  ces  deux  fortes  de  Gom¬ 
mes  un  e  troiftéme ,  quils  nomment  irrégulier ,  en  ce  quils  prétendent  quils  ont  de  U 
peine  a  fe  dijfoudre  dans  les  bumiditez^aqueufes  ÇS  hmleufes ,  comme  la  Mirrhe  ^  le 
Benjoin.  Si  les  Semences  ,  Racines  ,  Bois  ,  Bjcorces  ,  Fleurs  ,  Feuilles  ^ 
Fruits  font  difiîciles  à  pouvoir  dfeerner  les  uns  d'avec  les  autres ,  à  moins 
que  d'en  avoir  une  parfaite  connoîjfance  ,  ^  den  faire  un  nevoce  continuel , 
les  Gommes  tant  aqueufes  que  réfineufes  né  le  font  pas  moins  ;  comme  la  con- 
noijfance  en  efi  diffcile ,  cefi  ce  qui  donne  occajton  à  quantité  de  gens  j  fait  faute 
de  cnnnoîjj'ance  ou  par  malicé ,  de  donner  des  JubJlituts  à  pre/que  tout  ce  quily  a 
de  Gommes^  ain/î  que  je  le  ferai  voir  par  la  fuite.  On  prétend  que  le  mot  de 
Gomme  dérive  du  mot  Latin  ^  Gummi ,  du  Grec  Kommi,  gÿ  quelles  font  un 
fuc  yifqueux  qui  fort  des  arbres  &  qui  en  eH  comme  la  graiffe. 


Gg 


IJ.  Partie. 


2-34 


Hiftoire  generale 


c  H  A  P  I  T  R  E  I. 

De  la  Manne ,  dont  Dieu  nourrit  les  Ifraëlites  dans  h 
Defert, 

U  A  N  D  les  Ifraëlites  eurent  paffe  la  Mer  Rouge  ,  d’une  maniéré  lî 
V  J.  merveilleule ,  &  qn’ils  furent  délivrez  de  leurs  ennemis ,  la  faim  qui  les 
preflbit  dans  la  folitudc,les  fît  murmurer  contre  Moyfejmais  ce  fidèle  Mi-, 
niftre  du  Seigneur ,  ayant  fait  fa  priere.  Dieu  ne  manqua  pas  de  leur  donner 
à  manger,  &  dés  le  loir  melmc.  Dieu  fit  venir  dans  leur  camp  une  grande 
quantité  de  cailles, &  le  jour  fuivant  au  matin,  il  fit  pleuvoir  la  Manne  fur 
la  terre, ce  qu’il  continua  de  faire  durant  les  quarante  années  que  les  Hé¬ 
breux  demeurèrent  dans  le  defert.  Ces  Peuples  furent  furpris  d’abord, quand 
ils  virent  la  terra  toute  couverte  comme  d’une  efpece  de  graine  qui  leur  eftoie 
inconnue  -,  &  l’Ecriture  nous  apprend  que  ne  fçaehant  pas  ce  que  o’eftoit,  ils 
s’écrièrent  par  admiration ,  huliluid  efi  hoc  Qii’eft-ce  que  cecy  ?  Mais 
Moyfc  leur  apprit  que  c’eftoit  le  pain  que  Dieu  leur  envoyoit  du  Ciel , 
il  leur  ordonna  de  venir  tous  les  matins  avant  le  lever  du  Soleil  ramaffer  cette 
divine  nourriture ,  parce  que  le  joureftant  un  peu  avance,  il  n’eftoit  plus 
temps  d’aller  recueillir  la  Manne  qui  le  fondoit  un  peu  après  le  lever  du 
Solcif.  Moyfc  leur  défendit  aulfi  de  ne  rien  garder  pour  le  lendemain ,  &  leur 
dit, que  pour  obfervcr  plus  religieufement  le  jour  du  Sabbat, ils  euflènt  loin 
le  jour  precedent  d’en  ramaffer  pour  deux  jours  j  &  ce  que  l’on  ramalfoit  pour 
le  jour  du  Sabbat  ne  fe  corrompoit  point  ,  comme  ce  qu’on  auroit  gardé 
pour  les  autres  jours  ;  tout  cela  eft  confiant  &  fans  aucune  difficulté ,  parce 
que  c’efi  pofitivement  ce  que  le  Texte  facrc  nous  apprend  dans  le  Chapitre 
16.  de  l’Exode. 

Mais  les  Interprétés  tant  Juifs  que  Chrétiens  ne  s’accordent  pas  fur  beau¬ 
coup  de  chofes  qui  regardent  la  Manne. 

Us  font  d  abord  partagez  fur  l’étymologie  du  nom  de  Manne.  Quelques- 
uns  veulent  qu’il  vienne  de  ces  mots  Hébreux  ^an  hu ,  que  les  Juifs  pro¬ 
noncèrent  quand  ils  virent  la  terre  couverte  de  ces  petits  grains  blancs ,  qui 
efioient  tombez  durant  la  nuit  :  cependant  plufieurs  autres  ,  du  nombre 
defquels  tfi  Buxtorfe, difent  que  ce  mot  de  fignifie  nourriture  pré¬ 

parée,  comme  qui  diroit  une  nourriture  que  Dieu  avoir  préparée  luy-mefme 
pour  Ibn  peuple. 

On  n’efi  pas  mieux  d’accord  fur  la  nature  de  la  choie  mefme.  Plufieurs 
Ibûtiennent  que  cette  Manne  efi  celle  dont  on  fe  fert  pour  purger  dans  la  Mé¬ 
decine,  c’efi  à  dire,  une  liqueur  qui  tombe  en  manière  de  rofée,  &  qui  le 
ccngcle  en  petits  grains  femblables  à  ceux  de  Coriandre. 

Valefius  Médecin  de  l’Empereur  Charles- Quint  efi  de  ce  fentiment.  Corne^ 
lius  à  Lapide  qui  efi  un  trcs-fçavant  Jefuite  ,  dit  dans  fon  Commentaire  lue 
l’Exode ,  qu’il  a  vu  dans  la  Pologne  de  petits  grains  comme  le  millet ,  un  peu 
longs , rougeâtres  qui  tombent  durant  les  nuits  feraines  de  Juin  &  de  Juillet, 
&  qu’il  a  mangé  de  la  bouillie  que  l’on  en  a  fait ,  qui  avoir  le  meliTie  goût 
que  celle  que  l’on  fait  du  Panix  i  cq  qui  m’a  efié  confirmé  par  un  de  mes 


V 


des  Drogues  Livre.  Vil.  535* 

amis ,  ^  qui  a  efté  long  temps  en  Pologne ,  principalement  •  du  cofté  de  la  Sile- 
lic,  ou  cette  Rofee  tombe  en  abondance  j  &  je  puis  afliirer  avoir  auffi  vu 
dans  le  haut  Dauphiné  au  pied  du  Mont  Genévre ,  fur  les  quatre  heures  du  ma¬ 
tin,  une  grande  quantité  de  cette  Manne, que  je  pris  d’abord  pour  de  la  grê¬ 
le  -mais  après  en  avoir  goûté,  je  reconnus  par  fon  gouft  doux  &  lîicré,  que 
celloit  une  rofée  femblable  à  celle, dont  parle  la  Sainte  Ecriture  ,  car  aulFi- 
toll  que  le  Soleil  fût  levé,  elle  fe  liquéfia. 

Ceux  qui  tiennent  que  la  Manne ,  dont  Dieu  nourriÛbit  lès  Juifs  dans  la 
folitude  ,  n’eftoit  pas  la  mefme  que  celle  qui  eft  employée  dans  la  Méde¬ 
cine ,  difent  que  ce  qui  purge  ne  manque^point  d’affoiblir  &  d’extenucr,  Ôc 
ne  nourrit  pas’:  mais  Vofjiué  répond  à  cette  difficulté,  que  la  Manne  du  de- 
fert  ne  differoit  point  quant  à  la  nature ,  mais  feulement  quant  aux  accidens , 
de  celle  dont  on  fe  lert  dans  la  Medecine ,  &  que  cette  différence  venoit 
de  la  préparation  qu  en  failoient  des  Anges ,  qui  paitriffbient  &  durciflbient 
cette  rofée ,  &  en  Difoient  lortir  ces  vapeurs ,  dont  la  Manne  ordinaire  eft 
remplie  ,  afin  qu’on  en  pût  faire  du  pain  folide  &  de  la  bouillie ,  comme  l’on 
en  fait  de  la  rofée  qui  tombe  en  Pologne  aux  mois  de  Juin  &  de  Juillet. 
D’ailleurs  l’ufage  frequent  que  l’on  fait  d’un  re'mede  ,  peut  bien  empefeher 
qu’il  ne  produife  fon  effet  ordinaire.  On  a  vû  des  hommes  faire  leur  nourri¬ 
ture  des  plus  violens  poifons  par  l’habitude  d’en  q)rendre  fouvent  ,  &  le  vin 
qui  fait  tant  de  bien  aux  malades  de  la  campagne  qui  n’en  boivent  jamais , 
eft  nuifible  aux  malades  qui  en  ufent  ordinairement  durant  la  fanté.  Ce  qui 
a  fait  dire  à  Vale/tus  qu’il  ne  faut  point  douter  que  la  Manne  des  deferts 
n’ait  d  abord  purgé  les  Hebreux  qui  avoient  amafle  beaucoup  de  mauvailcs 
humeurs  par  l'ulage  des  poireaux ,  de  l’ail  te  de  l’oignon  ,  dont  ils  failoient 
leur  nourriture  ordinaire  florfqu’ils  eftoient  dans  l’Egypte-,  &:  qu’aprés  cela  la 
Manne  ne  trouvant  plus  rien  à  purger  les  nourri ffoit ,  fur  tout  après  avoir 
efté  préparée  par  les  Anges  :  car  il  eft  dit  expreffément  dans  le  Pfeaume  77. 
aux  verfets  17.  i8.  z9.  cl  commandé  aux  nuées  d  en  haut  j  &  il  a  ouvert  les 
portes  du  Ciel  s  il  leur  a  fait  pleuvoir  la  Manne  pour  manger  leur  a  donné  le 
pain  du  Ciel  :  lé  homme  a  man^é  lé  pain  des  Anges.  Et  cette  explication  paroift 
très- convenable  au  mot  Hebreu  Manna  ^  qui  lignifie  nourriture  préparée, 
comme  l’on  peut  encore  inferer  du  verlèt  31.  du  Chapitre  16.  de  l’Exode ,  oû 
il  eft  dit  ,  C^e  la  Manne  du  deferc  avoir  le  goût  du  Ccigle  méfié  avec  du 
miel. 

Quant  à  la  groffeur  &  à  la  couleur  des  grains  de  cette  Manne,  tout  le 
monde  convient  qu’ils  eftoient  blancs  &  gros  comme  des  grains  de  Coriandre, 
&  il  n’y  a  pas  lieu  d’en  douter ,  puifque  1  Ecriture  marque  précilèment  cette 
reffemblance  dans -le  Chapitre  i6.  de  l’Exode  j  mais  fuivant  le  Talmùd  des 
Juifs  quand  l’Ecriture  compare  la  Manne  aux  grains  de  Coriandre ,  c’eft  pour 
la  rondeur,  &  non  pas  pour  la  couleur  ,  puifque  les  grains  de  Coriandre  né 
font  pas  blancs  :  c’eft  pourquoi  le  Scholialle  Samaritain  au  lieu  de  dire  com¬ 
me  des  grains  de  Coriandre ,  met  comme  des  grains  de  Ris, 

Enfin  on  dit  d’ordinaire  que  la  Manne  avoir  le  goût  tel  que  foühaitoit 
celuy  qui  en  mangeoitj  &  on  fonde  cette  opinion  fur  le  Verfet  if*  Chapitre 
16.  de  la  Sageffe ,  ou  il  eft  dit  qu  èllc  s’accommodoit  à  la  volonté  de  chacun  ; 
ce  qui  potirroit  lignifier  feulement  que  quoique  le  gçqt  foit  ordinairement 
fort  different  dans  chacun  des  hommes  ,  chaque  Juif  la  trodvoit  cepend.aiic 
au  Iten.  Car  fi  la  Manne  avoit  pû  avoir^le  goût  d’une  caille  quand  les'  Juife 

G  g  îj- 


1^6 


Hiftoire  generale 


l’auroient  voulu  ,  pourquoy  s  en  feroient  -  ils  dégoûtez  }  lis  ne  fe  feroient 
pas  plaints  à  Moyfe  du  long  ufage  de  cette  nourriture ,  comme  ils  firent  aux 
Nombres  Chapitre  ii.  Et  il  eft  remarquable  que  Saint  Auguftin  qui  a  enfei- 
gnc'  abfolument  dans  fon  Epître  ng.  Chapitre  8.  que  la  Manne  avoit  cette 
propriété  que  tous  les  Juifs  y  trouvoient  le  goût  de  ce  qu’ils  fouhaitoient 
manger ,  corrige  cette  proportion  dans  le  fécond  Livre  de  fes  Retradations 
Chapitre  u.  &  dit  qu’il  n’y  avoit  que  les  Juftes  d’entre  les  Hebreux  qui  y 
trouvaflènt  ce  goût  different  félon  leur  gré.  Mais  cette  fécondé  penfée  de 
Saint  Auguftin  ne  femble  pas  s’accorder  parfaitement  avec  les  paroles  de 
Saint  Paul  en  la  première  aux  Coriîithiens  Chapitre  lo.  qui  dit  que  tous  les 
Ift aëlites  ont  mangé  la  mefmc  viande  :  ainfi  luppofé  qu’il  foit  vrai  que  la 
Manne  fût  fîifccptiblc  de  tous  ces  differens  goûts  ,  il  faudroit  dire ,  comme 
quelques-uns  l’expliquent,  que  cela  venoit  de  la  differente  maniéré  de  l’ap¬ 
prêter  ,  &  du  foin  &  de  l’application  differente  qu’on  apportoit  à  la  préparer. 


De  la  Manne. 


que  nous  appelions  &  vendons  fous  le  nom  de  Manne  eft  une  li- 
\^queur  blanche  U  cryftalinequi  découle  fans  incifion  &  par  incifion  que 
l’on  fait  aux  frefnes  tant  fauvages  que  domeftiques  ,  que  les  Italiens  appellent 
Fraxint  ^  Orni ,  qui  croifïènt  en  quantité  dans  la  Calabre  ,  dans  la  Sicile , 
mais  principalement  à  Galliopoli ,  au  Mont  Saint  Ange  &  à  l’atoflc ,  d’oû  pref- 
que  toute  la  Manne  que  nous  vendons  nous  eft  apportée. 

Nous  vendons  plufieurs  fortes  de>vlannes  fous  le  nom  de  Manne  de  Cala- 


des  Drogues.  Livre  VIL  137 

bre.  La  première  &  la  meilleure  eft  la  Manne  du  Mont  Saint- Ange  j  mais  ce  qu’il 
y  a  de  fâcheux ,  c  eft  qu  elle  eft  ordinairement  graflè  ,  ainfi  de  peu  de  demande 
par  ceux  qui  n  y  ont  pas  grande  connoiflàncc. 

La  fécondé  eft  la  Manne  de  Sicile ,  qui  eft  ordinairement  blanche  ,  fe'che  &  fon«“d? 
larmeufe ,  mais  fort  fujette  a  être  remplie  de  figues  ou  marons.  Mannes. 

La  troifiéme  &  la  pire  eft  la  Manne  de  la  Tolfe ,  qui  eft  cette  Manne  que  nous 
appelions  mal  à  propos  Manne  de  Briançon  qui  eft  îeche  d’un  blanc  matte  ,  ter¬ 
ne  &  fort  fujette  a  être  remplie  de  menu  j  voilà  en  un  mot  tous  les  genres  de 
Manne  que  nous  vendons ,  &  ce  qui  fe  voient  ordinairement  en  France  &  à  Paris, 
qui  fera  que  l’on  doit  être  defabuse'e  de  croire  tous  les  contes  à  plaifir  que  les 
Anciens  &;  les  Modernes  ont  faits  touchant  l’origine  delà  Manne  &  dçs  lieux  qu’ils 
nous  difent  qu’elle  vient  j  puifque  c’eft  une  chofe  afsûre'e,  que  toutes  les  Mannes 
que  nous  débitons, viennent  des  endroits  ci  deflùs  .A  l’egard  des  diverfts  figures  qui 
le  rencontrent  dans  les  Mannes  que  nous  débitons  j  je  dirai  que  celle  qui  eft  la 
plus  eftimée ,  eft  la  Manne  en  larmes ,  tant  à  caufe  quelle  eft  plus  blanche ,  ainfi 
plus  agréable  au  goût ,  moins  fale  &  aufti  plus  de  vente ,  &  comme  il  fe  rencon¬ 
tre  de  la  Manne  qui  eft  d’une  longeur  grofteur  extraordinaire.  Cela  a  donne 
occafion  à  plufieurs  de  vouloir  dire  quelle  e'toit  falfifice ,  ce  que  j’aurois  cru  auffi 
bien  qu’eux ,  fi  je  ne  mettois  e'clairci  de  la  vérité. 

On  fera  donc  averti  que  la  Manne  en  larmes  eft  naturelle  &  que  ce  qui  la  rend 
en  fi  grandes ,  groflès  &  longues  larmes  qui  s’en  rencontre  quelquefois,  c’eft  que 
les  habitans  des  lieux  apres  avoir  incisé  le  tronc  ou  les  grofles  branches  des  Fref- 
nés,  ils  y  fourrent  dedans  des  chalumeaux  de  paille,  ou  brins  de  bois,  cette  li¬ 
queur  qui  eft  la  Manne  venant  a  découler  fur  cette  paille  ou  bois ,  elle  fe  congelé 
Sc  fe  réduit  en  larmes ,  plus  ou  moins ,  longues ,  ou  groflès  ,  fuivant  la  longeur 
de  la  paille, ou  bois  &  que  l’arbre  jette  de  liqueur,&  la  chofè  eft  fi  véritable ,  que 
j’ai  dans  mes  mains  une  larme  de  Manne  qui  a  plus  un  demi  pied  de  long  &  de  la 
groflèur  du  poignet  d’un  Enfant ,  qui  eft  lur  un  brin  de  ballet ,  &  en  outre  plu.i 
fieurs  petites  larmes  qui  font  fur  des  petits  chalumeaux  de  paille. 

On  pourra  peut  être  m’objeefter ,  que  c’eft  une  marque  quelle  eft  contrefaite, & 
quelle  a  jetté  fur  ce  bois  ou  paille  pour  la  faire  en  larmes  -,  mais  la  raifon  que  j’ai  a 
donner,c’cft  que  je  le  fçai  d’une  perfonne  digne  de  foi  &  de  plus  c’eft  que  la  cho- 
fe  eft  fi  naturelle  &  faiiable ,  que  tout  ce  qu’il  y  aura  de  perfonnes  raifonna- 
blés  n’en  douteront  nullement ,  ôc  de  plus  c’eft  qu’il  eft  impoflible  de  pouvoir 
faire  d’aufli  belles  Mannes  que  celles  que  nous  vendons. 

Je  dirai  neanmoins  que  quelques  perfonnes  m’ont  voulu  afsûrer  que  les 
Juifs  de  Ligourne,  étoient  fi  adroits  a  contre- faire  la  Manne,  qu’ils  la  rendoienc 
prefque  aulfi  belle  que  celle  qui  étoit  découlé  naturellement.  Je  pourrois  afsû¬ 
rer  y  avoir  travaillé  -  mais  elle  eft  pelante,  &  d’un  blanc  matte  &  tout  a  fait 
differente  de  celle  que  nous  vendons ,  peut  être  bien  que  cela  vient  de  mon 
ignorance. 

Je  dirai  cependant ,  que  les  Mannes  le  recueillent  dans  les  Païs  ci-devant 
nommez ,  pendant  les  mois  de  Juin ,  Juillet  &  Aouft  ^  &  qu’il  eft  d’une  necelfi. 
té  abfolué  que  le  temps  foit  beau  &  lec  :  car  aufli-toft  qu’il  pleut ,  &  que  le  temps 
eft  humide  ,  la  Manne  qui  eft  liquide  en  fortant  de  l’arbre ,  fi  le  Soleil  ne  l’a  con-» 
denfe  aufli-toft ,  elle  tombe  &  fe  perd-,  &  cet  inconvénient  qui  arrive  à  la  Manne 
eft  le  fujet  quelle  eft  plus  ou  moins  chcre ,  fuivant  que  les  années  ont  été  feches 
ou  humides. 

On  doit  choifir  la  Manne ,  foit  en  grandes ,  ou  petites  larmes,  nouvelles  fé- 
ches ,  legeres ,  d’un  blanc  tant  foit  peu  rougeâtre ,  d’un  goût  agréable ,  la  moins 
remplie  de  menu,  de  figues  ôc  marons  qu’il  fe  pourra, laquelle  étant  rompue,  il  s’y 

Ggiij 


Efprit  & 
eau  Ipiri- 
tueulc  > 
Maimc. 


238  Hiftoire  generale 

trouve  une  maniéré  de  fyrop ,  qui  eft  la  marque  infaillible  de  (à  nouveauté  :  car 
aulïi  toft  qu  elle  commence  à  vieillir ,  ee  fyrop  fe  defleche ,  &  laiflè  une  concavi¬ 
té,  dans  laquelle  il  fe  rencontre  de  petites  éguilles ,  comme  fi  elle  avoic  été  fublb 
inée,&  rejeteer ,  tant  qu’il  fera  pofIible,ces  Mannes  fales  &  vilaines,  parce  que  ce 
n’eft  que  de  vieilles  Mannes ,  dans  lefquelles  il  fe  trouve  le  plus  fouvent  quan¬ 
tité  de  drogues  incapables  d’entrer  dans  le  corps  humain  j  &  ceux  qui  en  vou¬ 
dront  faire  l’experiencc ,  ils  n’auront  qu’à  en  fondre ,  &  verront  fi  ce  que  je  dis 
n’eft  pas  véritable.  C’eft  une  erreur  qui  eft  neanmoins  affez  établie  que  cette 
Manne  eft  la  plus  purgative-,  ils  ont  raifon ,  fi  la  Manne  en  vieilliftànt  &  étant 
remplie  de  faletez  acquiert  une  qualité  purgative;  mais  je  croiquils  fe  trom¬ 
pent  ,  &  qu’il  n  y  a  que  ceux  qui  en  font  chargez ,  qui  pour  la  mieux  vendre  fe 
fervent  de  ce  faux  prétexté.  C  eft  apparemment  ce  qui  a  donné  fujet  à  ceux  par 
les  mains  de  qui  elles  paftênt ,  en  exceptant  neanmoins  les  honnêtes  Marchands, 
de  mélanger  dans  la  Manne  larmeufe  &  nouvelle ,  quantité  de  Manne  grade  & 
vilaine ,  &  de  Manne  menue ,  tant  pour  faire  meilleur  marché ,  que  pour  y  Elire 
plus  de  profit  ;  ce  qui  doit  donner  occafion  à  ceux  qui  en  font  gros  négoce  de  la 
tirer  de  Ligourne ,  d’où  elle  eft  apportée  tous  les  ans  dans  des  caiffes  ou  ton¬ 
neaux  ,  fuivant  que  la  récolté  en  eft  grande ,  foit  par  les  Galcres  du  Grand  Duc 
de  Tofeane ,  ou  autres  commoditez ,  ou  de  la  faire  venir  de  Marfeille  &  de  l’a¬ 
cheter  des  gens  incapables  de  la  frauder  -,  car  c’eft  une  chofè  certaine  que  plus 
la  Manne  paftè  par  de  differentes  mains ,  principalement  par  celles  de  certaines 
gens  qu’il  n’eft  pas  befoin  de  nommer ,  plus  elle  eft  furchargée  de  Manne  com¬ 
mune  ou  de  marons  :  ce  qui  altéré  beaucoup  fa  qualité ,  Ôc  ce  qui  caufe  un  gros 
déchet. 

Pour  ce  qui  eft  de  l’ufage  de  la  Manne ,  il  eft  fi  connu ,  &  tant  d’ Auteurs  en  font 
mention,  qu’il  eft  prefque  inutile  que  je  m’y  arrête  :  je  dirai  neanmoins  que  c’eft 
un  des  plus  grands  êe  des  plus  doux  purgatifs  que  nous  aïons ,  &  duquel  on  le 
peut  fervir  avec  plus  de  fureté. 

On  tire  par  la  diftilationde  la  Manne,  un  efprit  acide  qui  eft  fort  propre  aux 
maladies  de  poitrine.  Onenpcuttirerauffiparlemoïen  d’une  cornue  une  eau 
fpiritueufe ,  qui  contiendra  tout  ce  que  la  Manne  a  de  meilleur  :  cette  eau  fpi- 
ritueufe  eft  un  grand  fùdorifique  &c  fpecifîque  contre  toutes  fortes  de  fièvres  in¬ 
termittentes. 

Quelques  perfonnes  m’ont  voulu  dire  &  afïùrer,  quclon  tiroitde la  Manne 
un  diffolvant  capable  de  diffoudre  l’or  j  c’eft  ce  que  je  ne  puis  pas  certifier,  pour 
ne  l’avoir  pas  expérimenté. 


chapitre  III. 


De  la  Manne  de  Briançon ^ 

A  Manne  de  Briançon  eft  une  Manne  blanche  &  féche ,  tout  a  fait  fem- 
jblable  àla  Manne  de  la  Tolfle,  mais  comme  cette  Manne  n’eft  d’aucun 
ufage ,  &  que  nous  n’en  vendons  point  j  c’eft  pour  ce  fujet  que  je  n’en  dirai  rien: 
cette  Manne  découle  des  groffes  branches  de  Meleffes  ou  Larix  :  c’eft  pourquoi 
elle  eft  appelléc  des  Latins  Mmna  Uricaa ,  qui  fc  trouve  en  quantité  dans  le  haut 
Dauphiné ,  principalement  autour  de  Briançon  ,  d’où  eft  venu  fon  fiirnom. 

Outre  la  Manne  de  Briançon ,  il  y  a  encore  d’autres  fortes  de  Manne  :  la  plus 
rare  la  plus  eftiméc  eft  la  Manne  Mafticinc  du  Levant  ou  de  Syrie  j  c’eft  une 


des  Drogues.  Livre  VIL  239 

Manne  qui  approche  en  couleur  à  celle  de  Calabre  ,  &  qui  eft  pàr  grains  comme 
le  Maftic ,  d’où  eft  venu  Ton  {iirnom  :  elle  découle  des  Cedres  du  Mont  Liban, 
ainfi  que  je  l’ay  marqué  au  Chapitre  du  Cedre. 

Cette  Manne  eft  fort  rare  en  France:  j’en  ay  environ  trois  onces,  que  l’on 
m’a  afluré  être  véritable ,  qui  eft  de  la  couleur  ^  figure  cy-deflus ,  d’un  goût  de 
raifine  amere  &  aftèz  defagreablc -,  ce  qui  n’a  pas  de  rapport  à  ce  qu’en  a  écrit 
Fufehius ,  qui  dit  que  les  Païfans  du  Mont  Liban  la  mangent  :  cette  diverfité 
de  goût  provient  peut-être  de  fa  vielleftè ,  ou  d’avoir  changé  de  climat. 

Il  y  a  plufieurs  fortes  de  Manne  ;  comme  celle  d’Afrique  ,  dont  les  Afri¬ 
cains  le  fervent  au  lieu  de  fiicre  &  de  miel. 

Les  Mexiquains  ont  de  la  Manne  qu’ils  mangent,  comme  nous  faifbnsicy  le 
fromage. 

Il  y  en  a  en  Perfe  qui  eft  en  gros  marons  ^  mais  comme  toutes  ces  fortes  de 
Manne  ne  viennent  pas  jufques  à  nous,  c’eft  ce  qui  frit  que  je  n’en  dirai  rien. 


CHAPITRE  VI. 

De  la  Manne  liquide. 

La  Manne  liquide  ou  Tereniabin ,  eft  une  Manne  liquide  blanche,  &  gluan¬ 
te  ,  femblable  à  du  miel  blanc  ;  elle  fe  trouve  fiir  certaines  plantes  garnies 
de  feuilles  d’un  vert  blanchâtre,  de  la  grandeur  de  celle  de  la  Traînaflc,&  d’épi¬ 
nes  rougeâtres  ,aufïï- bien  que  les  fleurs  d’où  fbrtent  des  gou fies  fcmblables  à 
celle  du  Bagnaudier,  qui  croiflènt  en  quantité  dans  la  Perfe  autour  d’Alep  &  du 
Grand  Caire ,  où  elle  eft  apportée  les  jours  de  Marché  par  potées ,  où  elle  eft  ven¬ 
due  aux  Habitans  du  Caire,  qui  s’en  fervent , comme  nous  faifons  ici  de  la  Man¬ 
ne  de  Calabre. 

Cette  liqueur  eft  aufli  fort  rare  en  France.  En  1683.  un  de  mes  amis  qui 
avoit  été  en  Turquie  m’en  fit  prefent  d’environ  quatre  onces  ,  que  je  garde 
encore ,  qui  étoit  lorfqu’il  me  la  donna  de  la  qualité  cy-defliis  j  mais  comme  le 
temps  corromp  tout ,  fa  couleur  s’eft  changée  en  grife ,  éc  il  s’eft  frit  un  fyrop  defr 
fus  d’une  très- bonne  confiftance ,  d’un  brun  rougeâtre  ,&  ce  que  je  trouve  de 
plus  remarquable,  c’eft  quefon  goût  doux,fiicré  &  agréable ,  ne  s’eft  point  chan¬ 
gé  en  aigre. 

Il  fe  trouve  encore  dans  l’ACe  majeure  fur  plufieurs  arbres  fcmblables  au  chê¬ 
ne  une  Manne. liquide, principalement  autour  d’Ormus  ,  oû  elle  eft  apportée 
dans  la  ville  dans  des  peaux  de  bouc  ,  oû  il  s’en  frit  un  fi  gros  négoce  dans  les  In¬ 
des  ,  qu’il  s’en  tranfporte  jufqu’à  Goa. 

Cette  Manne  eft  de  la  même  figure  &  couleur  que  la  precedente,  excepté 
quelle  ne  fe  garde  pas  fi  long- temps. 

Je  croi  m’être  alfez  expliqué  fiir  les  Mannes  naturelles  &  fur  celle  qui 
fort  des  arbres ,  &  on  fera  defabufé  de  croire  que  les  Mannes  que  nous  vendons 
tombent  du  Ciel ,  &  au  lieu  d’être  appelle  miel  de  l’air ,  on  la  doit  appeller  Gom¬ 
me  de  freine  ou  du  nom  des  autres  arbres  qui  les  portent  ^  &  ce  qu’il  y  a  en¬ 
core  de  probable,  c’eft  que  la  Manne  celcfte  fe  liquéfié  au  Soleil ,  comme  j’ay 
déjà  dit ,  qui  eft  le  contraire  de  celle  que  nous  vendons  ,  qui  fe  féche  &  le 
durcit. 


Hiftoire  generale 


De  lu.  Gomme-Vitte. 


(roirmie 
G  vite 


La  Gomme-gutte  on  Gutte- gambe ,  Gamboide,  Gamandrc,  Gutee-gemou, 
Gutte  gomme  ou  Gomme  du  Pérou ,  eft  une  Gomme  qui  découle  du  tronc 
plante  rampante  d’une  nature  afTez  particulière  ,eii  ce  qu  elle  n’a  ni  feuil¬ 
les  ni  fleurs ,  ni  fruits  :  &  ce  n’eft  qu’un  nombre  de  branches  épincufès  qui  for- 
tent  les  unes  des  autres,  dont  la  figure  eflreprefentée  cy-deflus. 

Les  Siamois  &  Cochinchinois  incifent  le  gros  tronc  de  la  plante  ,  d’où  il  en 
fort  un  fuc  d’une  confiftance  moyenne,  qui  apres  l’avoir  laifle  quelque  temps  à 
l’air  il  s’épaiflit  &  jaunit  ,&  enfiiite  ces  peuples  le  roulent  comme  de  la  pâte,&  le 
mettent  par  morceaux  ou  turban  de  la  maniéré  que  nous  le  voyons.  Ce  font 
les  Paifans  d’autour  ê^Odia  ou  India.  ,  ville  capitale  de  Siam ,  qui  l’apportent 
vendre  dans  la  ville ,  comme  nos  païfans  nous  apportent  du  beurre  ou  autres 
denrées  :  &  ce  que  j’avance  m’a  été  dit  par  un  Interprète  des  Siamois  ,  de  qui 
j’en  acheté  une  aflez  grandç  quantité. 

Quoi  qu’il  en  Toit  on  la  choifira  féche  ,  haute  en  couleur ,  en  turban  ou  en 
mafic  ou  fauciflTons ,  la  figure  ne  faifant.ricn  à  la  chofejpourveu  quellefoit  de 
la  qualité  cy-deflus,  &  qu’étant  cafleene  foit  point  graveleiire,à  quoy  elle  ell 
fort  fuiette ,  comme  aufli  à  y  trouver  une  Gomme  rouge,  claire  &  tranlparente, 
tout-à-faitfcmblableà  de  tres-bel  aloës  cicotrin,  qui  avec  toute  fa  beauté  en  em¬ 
pêche  la  vente,  tant  à  caufe  de  fa  grande  différence  ,  que  parce  qu’elle  ne  fait  pas 
une  fi  belle  couleur  jaune. 


des  Drogues  Livre  VII.  ^4-i 

Elle  eft  quelque  peu  ufitéedans  la  Medecine  ,  en  ce  que  c’eftun  fort  purgatif^ 
duquel  on  ne  le  doit  fèrvir  qu’avec  de  grandes  précautions,  &  par  l’avis  d’habiles 
gens.  Ce  qui  n’a  gueres  de  rapport  avec  ce  qu’en  dit  Monfieur  de  Mefve , 
qui  marque  que  l’on  en  peut  prendre  du  depuis  quatre  dragmes  jufqu’à  fept  : 
groffe  erreur ,  puifqu’il  n’y  va  que^de  la  vie. 

On  s’en  lèrt  dans  la  Mignature  pour  peindre  en  jaune ,  &  eftant  broyée  avec 
de  l’inde ,  on  en  fait  un  tres-beau  vert  d’herbe ,  qui  fèrt  prefentement  au  lieu  de  vert 
dcvefïic* 


CHAPITRE  VI. 


Dâ  là,  Gomme  Arabique. 


La  Gomme  Arabique,  Thebaïque,  Sarracene ,  de  Babylone  ou  Achantine  * 
ou  d’Acatia  d’Egypte,  qui  eft  le  nom  des  arbres  qui  la  portent,  eft  une 
^omme  blanchâtre  en  petites  larmes,  qui  découle  de  plufieurs  petits  arbres  fort 
épineux,  dont  les  feuilles  font  fï  petites  qu’à  peine  les  pourroit-on  compter ,  qui 
fe  trouvent  en  quantité  dans  l’Arabie  heureufe  ,  d’où  elle  a  tiré  fon  nom.  Cette 
Gomme  nous  eft  apportée  en  France  par  la  voye  de  Marfèille.  , 

Depuis  qu’on  nous  en  apporte  du  Senega ,  la  véritable  Gomme  Arabique 
eft  devenue  fi  rare  à  Paris ,  qu’il  ne  s’y  en  trouve  prefque  plus. 

On  la  choifira  blanche ,  claire ,  tranrparente ,  &  la  plus  féche  &  plüs  en  lar¬ 
mes  qu’il  fera  pofllble ,  principalement  pour  la  Theriaque ,  qui  eft  fon  principal 
ufage  :  on  employé  cette  Gomme  avec  heureux- fùccés  pour  plufieurs  maladies  du 
poulmon ,  &  pour  adoucir  l’âpreté  de  la  toux  :  c’eft  pourquoi  plufieurs  per- 
fonnes  en  font  la  baze  de  leur  Suc  de  regliflc ,  fur  tout  à  Blois ,  quoique  mal¬ 
à-propos-,  non  pas  pour  fa  méchante  qualité,  mais  parce  qu’ils  retirent  beau¬ 
coup  d’argent  d’une  drogue  qui  ne'  leur  coûte  pas  grande  chofe  -,  &  encore  au 
lieu  d’employer  la  Gomme  Arabique ,  ils  fc  fervent  de  celle  du  Senega. 


1  J.  Partie, 


Hh 


Gomme  à 
frifer. 


242 


Hiftoirc  generale 


CHAPITR.E  VII. 

De  la  Gomme  Turique. 

T  A  Gomme  Turique  ou  Turis ,  n  eft  autre  chofe  que  de  la  véritable  Gom- 

Jj _ ;me  Arabique ,  tombée  des  arbres  en  temps  de  pluye ,  qui  eftant  ramaflee , 

eft  mile  dans  des  elcaphas,  laquelle  eft  apportée  à  Marleille  ,où  il  s’en  rencontre 
des  maflès  feules,  qui  péfent  quelquefois  plus  de  cinq  cens;  ce  qui  ne  provient, 
que  d  avoir  efté  enfermée  &  preftee  dans  les  Bâtimens  qui  l’apportent. 

On  la  choifira  féche ,  nette,  claire  &  tranlparente,  la  plus  chargée  de  blanche 
qu’il  fera  poflible. 

Cette  Gomme  eft  fort  en  uiàge  à  Lyon  chez  les  Teinturiers  en  foye. 


CHAPITRE  VIII. 

De  la  Gomme  vermieufee, 

La  Gomme  vermiculée  eft  de  la  Gomme  Arabique  ou  du  Senega,  qui  en 
tombant  de  l’arbre  fe  tortille  &  refte  en  figure  d’un  vermiflèau,  d’où  eft  venu 
fon  nom. 

On  la  choifira  blanche ,  claire  &  tranfparente ,  en  petits  vermilTeaux,  féche  & 
véritable  Arabique,  principalement  pour  laTheriaque,  qui  eft  fon  principal 
ufage.  • 

Je  dirai  en  paflànt  que  cette  figure  vermiculée  n’eft  qu’une  pure  momerie , 
en  ce  qu’eftant  de  la  couleur  cy-deflus,  elle  pourra  eftre  emploïée  par  tout, 
où  elle  fera  requife. 


CHAPITRE  IX. 

De  la  Gomme  d  Angleterre. 

O 

La  Gomme  d’Angleterre  eft  la  Gomme  blanche  d’Arabie  ou  du  Senega , 
fondue  dans  un  peu  d’eau,  &  réduite  en  manière  de  pâte,  après  l’avoir 
étendue  fur  une  pierre  graiftée  d’un  peu  d’huile ,  de  1  épaiftèur  que  l’on  voudra^ 
&  après  l’avoir  laifle  un  peu  delTécher ,  c’eft  à  dire ,  d’une  confiftance  appro¬ 
chante  de  la  colle  de  Flandres  ,  alors  on  la  coupera  de  telle  figure  que  l’on 
fouhaitera,&  eftant  coupée,  on  la  laiftèra  (écher. 

Cétte  Gomme  fert  à  frifer  les  cheveux ,  c’eft  pourquoi  on  l’appelle  Gomme 
à  frifer  &  d’Angleterre  ,  parce  que  ce  font  les  Anglois  qui  ont  fait  la 
première. 


des  Drogues.  Livre  VIL 


H3 


C  H  A  P  I  T  R  E  X. 

De  la  Gomme  du  Senega, 

La  Gomme  du  Senega ,  que  nous  appelions  vulgairement  Gomme  Arabi¬ 
que,  &  qui  fe  vend  aujourd’hui  dans  nos  Boutiques,  eft  une  Gomme  qui 
découlé  du  tronc  &  des  groflès  branches  de  plufieurs  arbres,  garnies  d’épines  & 
de  feuilles  fort  petites  &  toujours  vertes ,  &  de  fleurs  blanches  d’où  fortent  des 
fruits  ronds  & -jaunes  femblables  à  nos  figues,  ces  arbres  croiflènt  en  quantité 
dans  plufieurs,  endroits  de  l’Afrique,  mais  principalement  du  côté  de  la  Guinée 
&  du  Brefil,  d’où  cette  Gomme  nous  eft  apportée  au  Senega  par  les  Nègres  ou  les 
Blancs  qui  viennent  des  montagnes,  &  qui  l’apportent  fiir  leurs  dos  ou  fur  leurs 
Chameaux  dans  des  paniers  faits  de  feuilles  de  Palmier,  ou  dans  des  cuirs  de  boeuf 
a  ceux  qui  font  établis  au  Senega  de  la  part  de  Meflieurs  de  la  Compagnie  des 
Indes  Occidentales  de  France,  qui  l’envoyent  en  vracq  dans  plufieurs  de  nos 
ports ,  comme  Nantes,  Rouen,  &  autres  endroits  d’où  nous  la  tirons. 

On  choifira  cette  Gomme  en  forte,  t’eft-à-dire,  quelle  n’ait  point  efté  tryée  ; 
la  plus  féche  &  blanche  qu’il  fera  poflible. 

Cette  marchandife  a  tous  fes  ufages  fi  connus,  qu’il  eft  inutile  d’en  parler. 

Le  fujet  pour  lequel  il  ne  s’en  trouve  plus  guéres  de  blanche  dans  celle  qu’oiv 
nous  apporte ,  c’eft  que  les  Sauvages  la  gardent  pour  la  manger. 


DESCRIPTION  DE  T  ETABLISSEMENT 
que  Meffieurs  de  la  Compagnie  de  France  ont  au  Senega^ 
qui  ma  k'e  donnée  par  Monfieur  Chamhonneau^  Gouver¬ 
neur  pour  ladite  Compagnie  au  Senega  ^  au  fujet  de  la 
Gomme  quon.  nous  en  apporte, 

Le  Senega  eft  l’habitation  de  la  Compagnie  RoYale  d’Afrique ,  diftant  du 
Cap-Vertde  trente  lieues  :  la  riviere  le  nomme  Niger ,  trois  lieues  dans  fon 
embouchure  eft  la  Fortereflè  de  l’Ifle  S.  Loüis ,  Magazin  general  de  la  Compa¬ 
gnie,  où  elle  tràitte ,  &  d’où  elle  envoie  des  barques  fur  ledit  Niger  jufqu’à  trois 
cens  lieues  L’on  pourroit  monter  plus  haut  làns  un|rocher  qui  borne  &  traverlc 
toute  la  riviere;  &  fait  un  fceau  d’eau  que  les  François  n’ont  connu  qu’en  1686. 
que  Monfieur  Chambonneau  en  fit  la  découverte  en  perfonne.  Il  commença 
en  ladite  année  à  partir  au  commencement  de  Juillet ,  que  les  eaux  commencent 
à  groflir,  &  la  riviere  bien  navigable,  traverfa  le  Roïaume  de  Bracque,  autrement 
appellé  F^oüalle  ,  où  il  vifita  le  Defert,  qui  eft  une  grande  place  delerte  &  in¬ 
culte,  qui  eft  à  trente  lieues  de  l’habitation,  où  le  fait  la  Traitte  des  Gommes  avec 
les  Maures  de  la  Côte  de  Barbarie, où  elle  eft  apportée  fur  des  chameaux  ou  fiir  des 
bœufs  porteurs.  De  là  le  fieur  Chambonneau  traverfa  ce  Roïaume  de  Bracque, 
qui  eft  à  quarante  lieués  de  l’habitation,  &  finit  au  Village  d’Angane.  U  entra 
au  Roïaume  de  Foudre ,  dont  le  Roi  fe  nomme  Sirati :  ce  Roïaume  eft  fi  long, 


244  Hiftoire  generale 

qu  il  contient  bien  deux  cens  lieues ,  &  jamais  n’a  efté  palTe  que  par  ledit  Cham- 
bonneau ,  qui  l’a  palTé  malgré  ce  Roi  en  i69o.  où  il  entra  malgré  les  peurs ,  les 
maux ,  &  la  détenle  des  vivres  c]u’il  fit  à  tous  les  Nègres  qui  éroient  à  le  mon¬ 
ter  ^  traverfa  fon  pais,  &  entra  dans  leRoïaume  de  Galand,dont  le  Roi  s’appelle 
ToLicamache  qui  le  reçut  bien  j  ce  qui  a  fait  qu’il  lui  a  envoié  des  barques ,  & 
que  le  commerce  eft  établi  dans  fon  pais. 

Le  Roïaume  de  Bracque  donne  les  cuirs,  &  la  Gomme  qui  vient  de  Barbarie, 
&  qui  ell  apportée  par  les  Maures  -,  mais  donne  peu  de  morfil  ou  d’ivoire,  &  d’cL 
clav es.  Celui  de  Foudre  donne  aufli  des  Cuirs  &  de  la  Gomme,  beaucoup  d’ivoire 
&  de  tabac,  pâmes  ou  ouvrages  de  cotton  j  mais  Meilleurs  de  la  Compagnie  ne 
traittent  pas. 

Le  Roïaume  de*  Galand  où  eft  le  Sceau  du  rocher,  &  voifin  du  Roïaume  de  Tom- 
but,  traitte  quantité  d’efclaves,  d’ivoire  &  d’or  en  Aurillet,  c’eft- à-dire  ouvragé, 
qui  eft  tout  ce  que  Meftieurs  delà  Compagnie  de  France  tirent  du  Senega. 

De  Coté  ou  Cap- Vert,  où  la  Compagnie  a  une  Fôrtereflè  ,  elle  tire  les  mê¬ 
mes  chofes ,  excepté  la  Gomme  j  mais  auflî  elle  a  de  plus  la  Cire,  qui  eft  ordinai¬ 
rement  remplie  de  terre  qui  y  eft  mife  par  les  Nègres:  c’eft  pourquoi  elle  eft  fon¬ 
due  dans  l’habitation  avant  que  de  l’apporter  en  France. 


CHAPITRE  XI. 

De  la  Gomme  de  Paîs. 

La  Gomme  de  Païs  eft  celle  que  nos  païlàrts  nous  apportent  à  Paris ,  qu’ils 
recueillent  lur  plufieurs  Arbres  fruitiers ,  comme  Pruniers  ,  Cerifiers , 
autres. 

ün  la  choifira  bien  feche ,  étant  fort  lù jette  à  eftre  apportée  mollaftè  &  le  plus 
fouvent  toute  en  maflè  ^  &  la  plus  de  blanche  qu’il  fera  poflible*  *  ^ 

Son  ufage  eft  pour  les  Chapeliers,  &  autres. 


des  Drogues.  Livré  VII.  24^ 


ÇHÀPltRE  XIL 

De  h  Qomm  Adragan. 


La  Gomme  Tragagant ,  que  nous  appelions  ordinairement  Adragan ,  cft  tihé 
gomme  blanche  tortillée,  &:  faite  en  maniéré  de  petits  vers. 

L’arbriflèau  qui  la  rapporte  eft  petit ,  épineux  *,  garni  de  feuilles  fort  petites, 
cl  un  vert  blanchâtre^  que  les  Marfeillois  appellent  Bairbe  de  Renard ,  ou  "J^me  de 
^ouc. 

Cette  Gomme  découlé  pâr  ineifion  du  tronc  &  des  groiîes  racines  de  ces  petits 
arbriflèaux  qui  croilïènt  en  quantité  dans  la  Sirie,  principalement  autour  d’Alep; 
e’eft  pour  ce  fujet  qu’on  trouve  toûjours  parmi  cette  Gomme  des  noix  de  galle 
&  mefme  dii  maftic. 

On  la  choifira  en  forte  -,  c  eft-à-dire  que  la  plus  blanche  n  ait  point  été  ôtée, 
en  ce  que  le  plus  fouvent  on  en  fait  de  trois  fortes  ^  fçavoir  celle  qui  eft  en  petits 
brins  longs  qui  eft  la  plus  belle.  La  fécondé,  eft  celle  qui  eft  d’un  blanc  gris.  La 
troifiéme  eft  rougeâtre  Ou  noiràtrej  &  pleine  d’ordures ,  à  quoi  elle  eft  fort  fiijettc, 
&  faireen  forte  de  l’avoir  ou  de  la  tirer  de  Marfeille  ou  d’ Angleterré  :  la  plus  blan¬ 
che  &  la  moins  chargée  de  faleté  &  dé  rougeâtre  qu  il  fera  poflible. 

L’uiâge  de  cette  Gomme ,  principalement  la  blanche,  eft  fort  ufitée  par  quan¬ 
tité  d’ouvriers  qui  s’en  fervent.  A  l’égard  de  la  noire ,  il  n’y  a  guère  que  les  Peau- 
ciers  qui  la  mettent  en  ufage. 


■  Hiftoire  generale 


Camphre 

Brute. 


246; 


H  A  f  I  T  R  E  X  I  I.  O 

Du  Camphre,  " 


Le  Camphre  cft  une  ^omme  réfine  tort  combuftiblc ,  &  d’une  odeur  pé¬ 
nétrante  ,  facile  à  fe  difliper  à  l’air  (  à  caufe  d  un  fouphre  &  d’un  Tel  volatil 
dont  il  eft  compofé  )  qui  découle  du  tronc  &  des  groflès  branches  de  plutîcurs 
grands  arbres  ayant  les  feüilles  femblablcs  à  l’eftampe  ci-defTus  .dont  l’original  eft 
dans  mes  mains ,  qui  m’a  été  donné  par  de  Tourneforc ,  ces  arbres  croiftènt 
en  quantité  dans  l’ifle  de  Burneo ,  &  autres  endroits  de  TAfie  ,  &  même  dans 
la  Chine. 

Les  habitans  des  lieux  où  croiflènt  ces  arbres ,  incifent  les  troncs ,  d’où  il  en 
fort  une  gomme  blanche,  qui  fe  trouve  au  pied  de  l’arbre  en  petits  pains ,  &  qui 
eft  envoyée  en  Hollande  pour  y  eftre  rafinée,  comme  il  fc  verra  ci-aprés. 

Cette  Gomme,  comme  elle  vient  de  l’arbre  ,  &  de  la  maniéré  qu’elle  vient  du 
pays  eft  appellé  Camphre  Brute ^  lequel  pour  eftre  de  la  qualité  rcquife,  doit  eftre 
en  morceaux  friable  ,&  eftant  égrainé  qu’il  foit  comme  du  fcl  blanc  de  l’odeur 
cy-deftus ,  le  plus  fec  &  le  moins  fale  qu’il  fera  poftible. 

Il  fe  rencontre  bien  fouvent  à  Roüen ,  &  mefme  à  Paris , du  Camphre  Brute, 
d’où  on  l’envoye  en  Hollande  pour  y  eftre  rafîné ,  à  caufe  que  l’on  ne  s’eft  jamais 
émancipé  d’y  vouloir  travailler ,  (oit  faute  de  connoiftànce ,  ou  pour  ne  s’en 
eftre  pas  voulu  donner  la  peine ,  quoiqu’elle  ne  foit  pas  grande.  Je  ne  fçai  pas  à 
quoy  ont  penfé  tous  nos  Chimiftes ,  de  n’avoir  jamais  inféré  dans  leurs  Livres  la 
maniéré  dont  on  rafine.le  Camphre  ^  apparamment  qu’ils  n’en  ont  rienfçu,  ou 
qu’ils  ne  l’ont  pas  voulu  dire  :  mais  je  ne  puis  m’empêcher  de  croire  que  s’ils  en 
avoient  fçu  quelque  chofe ,  ils  n  auroient  pas  manqué  d’en  faire  part  au  public , 


des  Drogues.  Livre  VIÎ.  X47 

&  ne  luy  auroicnt  point  fait  connoiftre  qu’il  découle  de  l’arbre  tel  que  nous  le 
vendons  j  ce  qui  cft  bien  éloigné  de  la  raifon ,  puifque  le  Camphre  brute  tel  qu’il 
fort  de  l’arbre ,  eft  par  morceaux  de  differentes  groffeurs,  tout  à  Fait  femblables  à 
du  Tel  blapc  ,  bien  vilain  :  &  celuy  que  nous  vendons  eft  en  pains  faits  en  couver¬ 
cles  de  pot,  blanc,  clair  &  tranfparent;  ce  qui  fait  aflèz  connoître  qu’il  a  efté 
travaillé,  &  qu’il n’eft  pas  tel  qu’il  fort  de  l’arbre.  Et  de  plus ,  c’efl;  que  j’en  ai 
de  Brute ,  &  d’autre  que  j’ai  rafînéj  ijiême  je  fuis  preft  de  faire  voir  la  vérité  dé 
la  chofè  à  ceux  qui  le  voudront  Içavoir  ;  &c  afin  que  l’on  foit  certain  de  ce  que  je 
dis ,  j’ai  bien  voulu  donner  icy  au  public  la  maniéré  de  le  rafiner ,  qui  ne  m  a  ja* 
niais  efté  dite  de  perfonne ,  mais  que  j’ai  trouvée  en  travaillant. 

On  rafine  ou  purifie  le  Camphre  Brute  en  le  mettant  dans  des  matras  j  ou  au¬ 
tres  vaiffeaux  fublimatoires ,  après  l’avoir  concaffé,  &  après  avoir  rempli  la  moitié 
du  vaiflèau  de  cette  poudre,  on  bouchera  legerement  le  vaiffeau  :  on  le  mettra 
enfuite  fur  un  petit  feu ,  d’abord  le  plus  fubtil  du  Camphre  s’élèvera  &  s’attachera 
au  haut  du  vaiflèau  ^  &  lors  que  toute  la  fublimation  en  fera  faite ,  on  le  trouvera 
beau ,  blanc,  tranfparent ,  &  épais  fuivant  la  quantité  du  Camphre  Brute  que  l’on 
aura  employé.  Après  la  fublimation  on  trouvera  au  fond  du  vaiffeau  une  tefte 
niorte  &  de  nulle  valeur.  Il  fe  trouvera  attaché  au  Camphre  rafiné  un  Camphre 
extrêmement  blanc  &  tout  en  petits  grains ,  qui  cft  apparemment  celuy  qui  n’a 
pu  prendre  corps  comme  l’autre.  Ainfi  comme  le  Camphre  Brute  nous  eft  affez 
commun ,  il  ne  fera  plus  neceflàire  de  paffer  abfolument  par  les  mains  des  Holan- 
dois ,  aufquels  l’on  ne  fera  plus  obligé  d’avoir  recours ,  li  nous  voulons  avoir  de 
Camphre  rafiné ,  tant  pour  l’ufàge  de  la  Medecine ,  que  pour  divers  ouvriers  qui 
s’en  fervent,  comme  pour  &ire  des  Feux  d’artifices,  ou  autres  ouvrages  où  il  eft: 
requis.  Je  ne  puis  m’empêcher  de  dire  ce  qu’un  de  mes  amis  m'a  affiiré  touchant 
la  purification  du  Camphre;  que  les  Holandois  en  leur  donnant  vingt  cinq  francs, 
ils  vous  donnent  cent  livres  de  Camphre  rafiné  pour  cent  livres  de  Brute  que 
l’on  leur  adonné.  Pour  mon  particulier,  j’avoue  que  je  ne  fçai  pas  cjmme  ils 
peuvent  faire ,  &  quelque  diligence  que  j’aye  faite,  je  ne  l’ai  pu  fçavoir. 

Quoy  qu’il  en  foit ,  je  dirai  que  l’on  doit  choifir  le  Canq  lue  le  plus  blanc  ,  le 
plus  clair ,  le  moiris  taché  &  brile  que  faire  fè  pourra  ;  quoi  que  quand  c’eft  pour 
l’emploi,  les  petits  morceaux  foientaufli  beaux  &  bons  que  les  gros:  &  on  fera 
defabufé  de  croire  ce  que  marque  l’Autheur  du  Didionnaire  Pharmaceuti¬ 
que  ,  qui  dit  que  l’on  falfifie  le  Camphre  à  caufe  de  fà  rareté  &  de  fa  cherté.  Je 
Voudrois  bien  luy  demander  quelles  drogues  l’on  pourroitajoûcer  dans  une  mat¬ 
ch  ndi.è  aulîi  pute  que  le  Camphre  ;  il  faut  laifter  aller  cette  erreur  avec  les  autres: 
elle  n’eft  pas  feule,  puifque  prefque  tous  les  articles  de  fon  Livre ,  c’eft-à  dire  ceux 
qui  traitent  des  Drogues,  lent  Luffes.  On  doit  eftre  encore  defabufé  de 
croire  ,  comme  il  le  dit  ,  que  le  Can  phre  acquiert  fa  blancheur  après  avoir 
efté  cuit ,  &  dépuré  par  le  moyen  de. la  chaleur  du  Soleil  ou  du  feu.  lia  rai¬ 
fon  de  dire  qu’il  nous  vient  rarement  de  ce  Camphre  ainfi  rafiné  ,  car  je 
crois  que  ny  luy  ny  tefte  d’homme  n’a  jamais  eu  du  Camphre  cuit  au  feu  eu  au  So¬ 
leil  j  non  plus  que  quand  il  dit  que  l’on  connoift  le  Camphre  en  le  mettant  dans 
Un  pain  chaud  au  fortir  du  f  mr  ;  que  s’il  rôtit,  c’eft  une  marque  qu’il  cft  falfi_ 
fié  ;  mais  s’il  fond  c’eft  qu’il  eft  bon.  A  l’égard  de  la  derniere  épreuve,  elle  eft  vé¬ 
ritable,  car  plus  il  eft  rafiné,  plus  il  fe  liquific  :  &  quand  même  ff  ne  fe  diffeudroit 
pas  tout_à-fait,  cela  ne  proviendroit  pas  d’avoir  efté  falfifié  comme  il  le  marque , 
mais  de  n’avoir  pas  efté  affez  rafiné.  A  l’égard  des  vertus  du  Camphre,  je  n’en 
dirai  rien ,  cet  Autheur  en  ayant  afièz  traité  ;  à  quoy  je  ne  puis  contredire ,  n’en- 


248  Hiftoire  generale 

Huile  Ac  trant  point  dans  le  détail  de  vouloir  trouver  à  redire  à  ce  que  je  ne  connois  point, 
lailTant  cela  aux  Médecins,  pour  dire  que  nous  tirons  du  Camphre  par  le  moyen 
ïguLff  I  cfprit  de  Nitrc  ,  une  huile  de  couleur  d  ambre,  qui  fert  pour  la  carie  des  os. 
des  Fièvres,  Mouficur  Lcmcry  en  traite  fort  bien ,  &  1  bn  pourra  y  avoir  recours.  , 

pendu  au  col  '  *  ^ 

dans  de  !'£- 

cailatc.  - - — — - -  -  ...  - — — - - 

CHAPITRE  XIV. 


Du  Benjoin. 


Benjoin  en 
larmes. 


Benjoin  en 
fol  te. 


Le  Benjoin  eft  une  gomme  qui  découle  du  tronc  &  des  groflès  branches  d’un 
grand  arbre,  par  le  moyen  des  incifîons  que  Ton  luy  fait,  qui  a  fes  feüilles  de 
la  figure  cy-deiîus ,  &  qui  croift  en  quantité  dans  la  Cochinchine,  principalement 
dans  les  forefts  du  Royaume  de  Lao  &  de  Siam  ;  c’eft  pourquoy  les  Gens  de  la 
fuite  des  AmbalTadeurs  de  Siam  en  apportèrent  une  grofïè  quantité  à  Paris,  où  il 
fut  vendu  à  bon  marché. 

On  choifira  le  Benjoin  en  larmes,  d’un  jaune  doré,  audeffus  blanc,  en  de¬ 
dans  accompagne  de  petites  veines  claires ,  blanches  &  rouges ,  friable ,  fans 
aucun  gpût ,  mais  d  une  odeur  douce ,  fuave,  &  fort  aromatique. 

Cette  defeription  de  Benjoin  ne  manquera  pas  de  furprendre  ceux  qui  n’au¬ 
ront  jamais  vu  de  Benjoin  de  la  maniéré  dont  il  découle  de  l’arbre ,  &  attache 
à  Ton  écorce  ,  ne  voyant  à  Paris  qu’une  quantité  de  differentes  fortes  de  Ben¬ 
join,  dont  le  premier  eft  celui  que  nous  appelions  Benjoin  en  Urmesy  quoiqu’en 
maftè  ,  qui  eftordinairement  clair  &  tranfparent ,  d’une  couleur  rougeâtre ,  mé¬ 
langé  de  larmes  blanches ,  comme  des  amandes  caftees  j  c’eft  pourquoy  il 
appcllé  Benjoin. amygdaloide,  qui  veut  autant  dire  que  Benjoin  amandé^  &  q^^ 
loir  du  goût  &  de  l’odeur  de  celui  cy  devant ,  le  moins  rempli  d’ordures  qu  il 
fera  poflible. 

Le  fécond  que  nous  appelions  Benjoin  en  forte,  doit  eftre,  pour  eftre  de  la 
bonne  qualité  ,  bien  net ,  d’une  bonne  odeur ,  le  plus  chargé  de  larmes  blan¬ 
ches. 


des  Drogues.  Livre  VIL  249 

ches ,  le  plus  reTineux  &  le  moins  chargé  de  poulïiere  qu  il  fera  poffible  ;  il  faut 
rejetter  entièrement  celui  qui  eh:  noir ,  terreux  ôc  de  nulle  odeur ,  &  que  ce  ne 
foit  du  Benjoin  artificiel,  c’eft-à-dire  plufieurs  Gommes  fondues  enlèmble. 

A  l’égard  de  la  couleur,  elle  eft  fort  triviale ,  s’en  trouvant  de  gris  &  de  noi¬ 
râtre  ,  ce  qui  ne  fait  en  rien  ,  pourvu  qu’il  foit  de  la  qualité  cy-deffus. 

Cette  Drogue  a  plufieurs  noms ,  comme  JJfA-doux ,  Ben  de  Judée ,  Benjoin 
de  Boninas  J  en  ce  que  quelques-uns  veulent  qu’il  découle  des  jeunes  arbres. 

On  tire  du  Benjoin,  par  le  moyen  du  feu  &  d’un  cornet  de  papier,  des  fleurs 
blanches  d’une  tres-agreable  odeur  ,  &  fort  propres  pour  les  Almatiques.  Ces 
fleurs  doivent  eftre  nouvelles  faites ,  bien  blanches  &  legeres ,  &  d’une  tres- 
ageable  odeur  •  &  de  ce  qui  reftera  dans  le  pot ,  on  en  peut  tirer  une  Huile ,  qui 
eft  un  tres-bon  Baume  pour  les  playes. 


Le  Storax  Rouge ,  ou  encens  des  Juifs ,  dont  nous  nous  fervons  fort  com¬ 
munément  ,  eft  une  réfine  qui  découle  du  tronc  &  des  groftès  branches 
d’un  arbre  de  mewenne  hauteur,  dont  les  feuilles  font  femblables  à  celles  du 
Coignier,  à  la  reftrve  quelles  font  plus  petites  ,  &  fes  fruits  de  la  groflèur  d’une 
Aveline  ,  dans  lefquelles  eft  renfermé  une  amande  blanche  &  huileufe  d’une 
odeur  tout  à-fait  femblable  à  celle  du  Storax  Et  comme  il  fe  rencontre  du  Storax 
dans  ces  coques  caffées  qui  s’y  eft  mis  par  hazard,  c’eft  ce  qui  a  fait  croire  à  plu¬ 
fieurs  que  le  Storax  fortoit  de  ces  coques. 

Cette  Gomme  npus  eft  apportée  par  Marfeille  de  plufieurs  endroits  de  la  Sy¬ 
rie  &  du  Levant ,  où  ces  arbres  croiflènt  en  quantité. 

On  le  choifira  en  maffe  d’une  couleur  rougeâtre,  mollaftè  &  gras,  dune 
agréable  odeur,  &  rejetter  celui  quieftfèc,  rempli  de  farilles  ou  ordures,  &  qui 
a  l’odeur  du  Storax  liquide  à  quoi  il  eft  fort  fujet,  aulfi  bien  que  le  Storax  en  pain, 
en  boule,  ou  en  maroris,  en  ce  que  ce  n’eft  qu’une  compofition  de  Storax  liqui¬ 
de,  &  cle  farilles  du  véritable  Storax  ;  avec  quantité  d’autres  Drogues  de  peu  de  va¬ 
leur ,  auflTbien  que  celui  qui  eft  en  pouftieer,  n’étant  que  de  la  feieure  du  bois. 
II.  Partie.  li 


Fleur  de 
Benjoin. 


Huile  de 
Benjoin. 


Stor.ix  en 
Pains. 


ajo  Hiftoire  generale 

Le  Storax  cft  fort  en  ufagc  dans  la  Medecine ,  mais  principalement  chez  les 
Parfumeurs ,  ôc  autres  perfonnes  qui  s  en  fervent  au  lieu  d’encens. 

On  tire  du  Storax  une  réfine,  ainfi  que  l’enfeigne  la  Pharmacopée  de  Monfieur 
Charas  à  la  page  197.  quia  de  tres-belles  qualitez,  où  on-pourra  avoir  recours. 

CHAPITRE  XVI. 

Du  Storax  Calamite. 

Le  Storax  Calamite  ou  en  larmes ,  que  nous  tirons  de  Marfeille  ou  d’Hol¬ 
lande  ,  ell  une  malTe  rougeâtre  remplie  de  larmes  blanches ,  &  quelque¬ 
fois  aulTi  réparées  -,  c’eft-  à-dire  qu’il  eft  tout  par  larmes  blanches  en  dedans ,  &: 
rougeâtre  au  deffis ,  d’une  confiltance  moyenne ,  d’une  odeur  douce  &  (ùave , 
approchant  de  celle  du  Baume  noir  du  Pérou. 

On  le  choifira  en  belles  larmes  féparées  ,  de  la  couleur  &  de  l’odeur  cy  dcflris, 
le  plus  fec ,  le  moins  adhérant  aux  doigts ,  &  le  moins  amer  qu  ’il  fera  poflible. 

Cette  Drogue  eft  fort  peu  en  ulàge ,  en  ce  que  la  plupart  le  fervent  en  Ion 
lieu  &  place  du  Storax  ordinaire ,  tant  à  caule  de  fa  cherté  ,  que  parce  qu’ils  veu¬ 
lent  qu’il  ait  autant  de  vertu  ^  ce  que  je  ne  veux  defapprouver  :  mais  je  dirai  feu¬ 
lement  ,  que  pour  ne  point  engager  fa  confcience,  on  ne  doit  emploïer  l’un  pour 
l’autre  ;  &:  de  plus,  c’eft  que  les  Drogues  dont  il  cft  compofé,  ont  du  moins 
autant  de  vertu  que  le  véritable  Storax. 

On  n’aura  pas  manqué  d’eftre  furpris,  quand  j’ai  dit  que  le  Storax  en  larmes 
eftoit  compolé  de  pluheurs  ingrediens ,  en  ce  que  la  plupart  croient  qu’il  eft  na¬ 
turel  ,  quoique  Monfieur  Charas  à  la  page  196.  de  fk  Pharmacopée,  dit  qu’il  croit 
que  c’eft  une  compofition:  ce  que  je  n’avancerois  fur  cette  penfée,  fi  je  ne  Pa¬ 
vois  expérimenté  moi  même  le  30.  de  Juillet  1691.  &  en  avoir  fait  d’aufli  beau  ôc 
auffi  recevable  que  celuy  que  nous  tirons  de  Hollande  &  de  Marfeille  j  &  fi  je  ne 
l’euffe  fait  voir  à  quantité  d’habiles  Marchands ,  qui  tous  d’un  commun  accord 
le  trouvèrent  avoir  toutes  les  qualitez  qui  fe  doivent  rencontrer  dans  cekiy  des 
pays  cy-deffus.  Et  de  plus  ,  c’eft  que  je  fuis  preft  de  le  faire  voir ,  &  d’en  faire  de¬ 
vant  ceux  qui  auront  peine  à  le  croire. 

Cette  compofition  eft  appellee  Storax  Calamite  et  qu’on  prétend  qu’il  étoit 
apporte  autrefois  de  la  Pamphilic  dans  des  tuyaux  de  plumes ,  ou  dans  des  ro- 
feaux  que  les  Latins  appellent  Calamiis. 


CHAPITRE  XVII. 


Du  Storax  liquide. 

Le  Storax  liquide  cft  compofe  de  quatre  ingrediens  fondus  cnfèmble,  qui 
font  le  Storax,  le  Galipot ,  l’Huile  &  le  Vin ,  battus  avec  de  l’eau  pour  les 
réduire  en  confiftance  d  onguent,  d’une  couleur  grifè ,.  pareille  à  celle  de  la  terre 
à  Potier. 

On  choifira  le  Storax  liquide  d’un  gris  de  fôuris,  d’une  odeur  de  Storax,  d’une 
bonne  confiftance ,  le  moins  rempli  d’ordures  5c  d’humiditez.  qu’il  fera  pofli- 
ble,  &  véritable  Hollande. 


des  Drogues.  Livre  VIL  2.J1 

Son  ufàge  cft  pour  la  Medecine mais  principalement  pour  en  faire  un  on¬ 
guent  qui  porte  fon  nom, comme  en  cftant  la  baze,&  fort  uficé  dans  les  Hôpitaux, 
lùr  tout  à  l’Hotel-Dieu  de  Paris ,  6c  duquel  ils  fe  fervent  avec  un  heureux  fuccés 
pour  guérir  le  Scorbut ,  les  plaies ,  &  la  gangrené. 

Il  entre  aufli  dans  pluficurs  comportions  Galéniques ,  6c  eft  quelquefois 
employé  par  les  Parfumeurs  &  autres  perfonnes ,  pour  faire  des  pots  pourris ,  mais 
beaucoup  chez  les  faifèurs  de  Storax  en  boule  ôc  en  mafîe. 

Le  Storax  liquide  fe  conferve  long  temps  à  lacave ,  pourvu  que  Ton  ait  foin  d’y 
mettre  de  l’eau  deffus  de  temps  en  temps. 


CHAPITRE  X  VIII. 

Des  Fajlilles. 

LEs  Paftilles  à  brûler  font  une  compolition  de  Benjoin  6c  de  Storax  fondue 
enfemble  fur  un  petit  feu,  ôc  le  plus  promptement  qu’il  eft  poftible.  On 
en  forme  des  Tablettes  de  telle  figure  que  l’on  fouhaitc.  Ces  Paftilles ,  quoy 
que  peu  compofées ,  ne  laiffent  pas  d’eftre  très  -  bonnes ,  fur  tout  quand  elles 
ont  efté  faites  avec  de  bonne  matière.  Quelques-uns  y  ajoutent  du  Mufe ,  de 
la  Civette ,  6c  de  l’Ambre.  Enfin  l’on  fait  les  Paftilles  plus  ou  moins  bonnes,  fui- 
vant  les  differens  aromats  que  l’on  y  emploie  :  6c  d’autres ,  qui  au  contraire 
pour  en  faire  de  communes,  n’emploient  que  des  gueufèries,  comme  du  Storax 
liquide ,  du  Bois  de  rofe ,  du  Labdanum  ;  Et  pour  les  rendre  noires  ,  6c  leur  faire 
tenir  le  feu ,  ils  employeur  le  charbon  de  quelque  bois  léger.  On  peut  donner 
à  ces  Paftilles ,  comme  au  Galipot,  le  nom  d' Encens  de  Village. 

Monfieur  Charas  dans  fa  Cliimie ,  à  la  page  1057.  décrit  de  trois  fortes  de  Pàf- 
tilles ,  qui  ne  different  que  fuivant  les  Drogues  dont  elles  font  compofecs.  Et 
comme  elles  feroient  trop  longues  à  rapporter  toutes  icy  ,  ceux  qui  en  defire- 
ront  Lire  ^  auront  recours  à  fon  Livre.  Ils  ont  pour  Titre ,  Trochtjci  odorati ,  W  c/pré!'' 
AfüicuU  Çyprea. 

Ces  Paftilles,  ouTrochifques font  appellées  Cy filets  de  Cypre. 


CHAPITRE  XIX. 

Du  Lait  V^irçinal. 

O 

OUtre  le  Lait  Virginal  que  l  on  fait  avec  la  Litargc  ,  on  en  peut  faire  un 
en  diffolvant  du  Benjoin  6c  du  Storax  dans  de  l’Efprit  de  vin ,  qui  eft  ce- 
celuy  dont  fe  fervent  les  Chirurgiens  6c  Barbiers ,  à  caufe  de  fon  agréable  odeur. 
Cette  teinture  de  Benjoin  6c  de  Storax  eft  appellée  Lait  Virginal  ^  à  caufé  que 
quand  on  en  jette  tant  foit  peu  dans  de  l’eau ,  il  la  fait  devenir  blanche  comme 
du  petit  lait.  Ceux  qui  veulent  faire  un  Lait  Virginal  plus  fin ,  fe  fervent  du  Bau¬ 
me  en  coque  ,  6c  de  Storax  en  larmes  ,  6c  même  y  ad  joutent  du  Mufe  ,  de  la 
Civette,  Ôc  de  l’Ambre.  Il  y  en  a  aufli  qui  ne  fouciant  pas  de  l’odeur ^  y  font 
entrer  de  la  Myrrhe ,  à  caufe ,  difènt-ils ,  qu  elle  eft  bonne  pour  ôter  les  taches 
de  roufleurs. 

Ce  Lait  doit  cftre  'd’un  tres-bcau,  rouge,  clair,  6c  fort  odorant, Tentant  le  moins 
l’Efprit  de  vin  qu’il  fera  poflible. 

JL  Fmie.  li  ij 


Hiftoire  generale 


Staaé  en 
larmes. 


Myrrhe 

ongice. 


CHAPITRE  XX. 

De  la  Myrrhe  Ahyffine, 


La  Myrrhe  cft  une  réfine  qui  découle  du  tronc  d’un  petit  arbriflêau  fort  épi¬ 
neux,  par  le  moyen  des  incifions  que  l’on  lui  fait,  en  larmes  claires  & 
^  arentes ,  d’une  couleur  blanche ,  qui  en  vieilliffant  devient  d’un  rouge 
foncé. 

Ces  petits  arbres , dont  les  feuilles  approchent  de  celles  de  l’ormeau,  croifiènt 
en  quantité  dans  l’Arabie  heureuiè,  eïi  Egypte ,  Affrique  ,  principalement  chez 
les  Troglodites  ,  d’oû  eft  venu fon  furnom  ,  aulfi-bien  que  celui  d’Jbyffine,)i 
caufe  qu’il  s’en  recueille  beaucoup  dans  le  Royaume  des  Abifiins ,  ou  Empire 
du  Prefte-Jean. 

On  choifira  la  Myrrhe  en  belles  larmes ,  d’un  jaune  doré,  claire  &  trafparen- 
te,  friable  ,  legere ,  d’un  goût  amer,  d’une  odeur  forte  ,  &  aflez  delàgreable  -, 
ainfi  choifie  c’eft  la  véritable  Myrrhe  ou  Staélé  en  larmes. 

On  doit  eftre  defabufé  de  croire ,  comme  le  marque  un  Autheur  nouveau , 
quand  il  dit ,  qu’il  avoue  bien  que  toute  la  Myrrhe  que  les  Epiciers  vendent , 
n’ell  pas  de  la  qualité  requife.  Il  n’y  a  donc  jamais  eu  de  bonne  Myrrhe ,  puif- 
que  de  tout  .temps  ç’a  efté  les  Epiciers  qui  l’ont  vendue  j  car  le  peu  qu’en  ven¬ 
dent  les  Apotiquaires ,  ne  mérité  pas  la  peine  d’en  parler.  De  plus ,  c’eft  que 
toute  celle  que  les  Apotiquaires  vendent,  aufli-bien  que  généralement  toutes 
autres  Drogues ,  dont  ils  font  leurs  compofitions ,  ils  les  achètent  des  Epiciers, 
ainfi  que  tout  chacun  le  fçait,  &  ce  que  je  n’aurois  pas  grande  peine  à  prouver. 

Mais  comme  il  (è  rencontre  peu  de  cette  Myrrhe ,  on  le  contentera  de  celle 
qui  cft  en  petites  maftès ,  ou  groflès  larmes  rouges ,  claires ,  &;  tranfparentes  j 
qu’eftant  rompues,  il  s’y  trouve  dedans  de  petites  marques  blanches  ,  comme  des 
coups  d’ongle  d’où  lui  eft  venu  le  furnom  de  Myrrhe  onglée ,  ôcune  manière  de 


des  Drogues.  Livre  VIL  25^ 

liqueur  onctueufe ,  qui  eft  le  véritable  Stade  tant  vanté  des  Anciens  ,  &  qui 
de  cette  Ibrte  pourra  eftre  employée  fans  contredit  dans  les  compofitions  les 
plus  exquilès ,  cftant  doué  de  toutes  les  bonnes  qualitez  que  tous  les  Autheurs 
luy  ont  demandées. 

il  eft  à  remarquer  que  la  Myrrhe  nous  ell:  apportée  par  Marfeille  en  Ibrte, 
dans  des  balles  de  cuirs  de  quatre  à  cinq  cens  livres ,  telle  qu  elle  vient  des  pays 
cy-deflùs ,  dans  lefquelles  il  fe  rencontre  quantité  d’ordures  d’écorces  d’arbres , 
&  autres  corps  étrangers ,  à  quoi  elle  eft  fort  (ùjette ,  aufli-bien  que  d’avoir 
éfté  tryée  ,  principalement  quand  elle  a  pafté  par  les  mains  de  certaines  per- 
fonnes  accoutumées  à  tryer  la  marchandift  -,  &  c’eft  apparemment  ce  qui  a  fait 
dire  à  noftre  Autheur ,  qu'il  ne  le  trouvoit  point  de  belle  Myrrhe  chez  les  Epi¬ 
ciers  ,  ce  qu’il  n’auroic  pas  dit ,  s’il  avoir  connu  un  nombre  d’honneftes  Mar-/ 
chands  ,  qui  la  vendent  telle  quelle  vient  du  pais,  &  qui  n’a  jamais  efté 
tryée. 

La  Myrrhe  eft  fort  en  ufage  dans  la  Medecine,  en  ce  quelle  eft  propre  pour 
la  guérifon  des  playes ,  &  c’eft  une  des  principales  Drogues  dont  on  fe  lèrt  pour 
embaumer  les  corps  morts  des  grands  Seigneurs. 

On  tire  ,  parle  moyen  des  œufs  durs,  dont  on  a  ôté  le  jaune ,  ainfî  que  l’on 
pourra  voie  dans  la  Chimie  de  M‘  Lemery,  une  liqueur  onélueufè,  qui  eft  appellée 
Huile  de  Myrrhe  par  défaillance ,  qui  eft  cftimée  propre  pour  ôter  les  taches  de 
rouftèur  duvifage  :  &  par  la  cornue  l’on  en  tire  un  cfprit  &  une  huile  puante  -, 
&  par  le  moyen  de  l’efprit  de  vin  &  autres  liqueurs  ,  une  teinture  doüée  d’une 
prandc  propriété,  ainfi  que  l’enlcignc  le  même  Auteur  à  la  page  757.  &  M"  Charas 
a  la  page  711.  &  761.  où  le  Ledleur  aura  recours.  • 


CHAPITRE  XXI. 

Bu  StaBe ,  ou  Sta^kn. 

Le  Stadé,  ou  Myrrhe  liquide,  eft  ce  qui  fut  prefenté  à  Nôtre- Seigneur  par  les 
Mages  ,  &  que  les  Anciens  appelloicnc  ^^taUen  ,  ou  éMyna.  Stacie  y  rvd 
eleUdy  dont  l’odeur  eftoit  fort  agréable  ,  comme  il  eft  marqué  dans  la  troi- 
fiéme  Leçon  de  l’Office  de  la  Vierge ,  où  il  eft  dit  en  termes  exprès  : 
mynhx  elecÎA  dedi  fia^itatem  odoris ,  eftoit  la  liqueur  graffe  &  onéfueufe  qui  fe 
rencontre  dans  la  Myrrhe  nouvellement  tombée  de  Farbre  j  comme  auffi  celle 
qui  tomboit  des  jeunes  arbres  fans  aucune  incifion.  Mais  comme  à  prefènt 
cette  précieufe  Marchandife  nous  eft  tqut-a  fait  inconnue ,  plufieurs  perfonnes 
fe  font  inventées  d’en  faire  d’artificielle ,  en  faifant  diffeudre  de  la  Myrrhe  dans 
de  l’huile ,  &  lui  ont  donné  le  nom  de  StaUe  unguentaire^  ou  en  onguent  :  d’au¬ 
tres  en  font  épaiffir,  qu’ils  appellent  StaUe  artificiel. 

Onfc.fèrt  auffi  quelque  peu  de  l’écorce  &  du  bois  de  l’Arbre  qui  porte  la 
Myrrhe  ;  mais  je  n’ai  pu  fçavoir  à  quoi  ils  etoient  propres. 


Huile  de 
Myrrhe  pat 
dclFaillancc. 

Efprit.Hui- 
Ic&Teintu- 
re  de  Myr¬ 
rhe. 


Stade  unr 
guentairc 
ou  en  on¬ 
guent  ,  ou 
Siadc  aici» 
ûciel. 


Hiftoire  generale 


2^4 


CHAPITRE  XXI  L 


De  l'AJfa  Fœtida. 


L'Jfa  Fœtida  cft  une  Gomme,  qui  découle  pendant  les  chaleurs  du  tronc 
d’un  petit  arbriflèau ,  qui  a  les  teuillcs  femblables  à  celles  de  la  Vue  qui 
croît  en  quantité  dans  les  Indes,  principalement  autour  de  la  Ville  d’Utard  ou  il 
appelle  Hugt.  Il  en  vient  aulTi  de  Perfe,  &  même  de  la  Medie ,  dcTAlTyrie  &  Li- 
bie.  Il  y  a  quelques  Auteurs  qui  dilent  que  Yjfa  fœtida  qui  vient  de  Perfe  dé^ 
coule  du  tronc  d’un  arbriffeau ,  dont  les  feuilles  relfcmblent  à  celles  de  la  Rave* 
Lts  habitans  des  lieux  incilent  ces  arbres  jufques  dans  leurs  racines  dbù  À 
fort  une  Gomme  blanche  tirant  fur  le  rouge  ,  d'une  odeur  tres-puante-  c'eft 
pourquoi  les  Allemans  l’ont  appelle  Stercus  ^Ubcli.  ’ 

On  chqifira  l  Ajja  fœtida  en  mafle ,  rempli  de  larmes  blancloes ,  fec,  qui  étant 
frais  coupe ,  foit  a  un  blanc  jaunâtre ,  qui  peu  de  temps  après  fc  chance  en  beau 
rouge ,  tirant  fur  le  violet ,  &  que  fon  odeur  foit  neanmoins  fupportable ,  &  re- 
jetter  un  nombre  d  Ajfa  fœtida ,  qui  eft  gras ,  fallc ,  rempli  de  terre ,  &  du  jonc 
dans  quoi  il  cft  venu  :  comme  aufli  celui  qui  eft  noir,  d’une  odeur  ft  deiàgrea- 
ble ,  qu  il  eft  impoftîble  de  le  pouvoir  fupporter,  &  prendre  garde  que  c’en  foit 
de  véritable,  &  non  d  autres  Drogues  que  l’on  ftippofe  aflezfbuvent  à-fa  placej 
comme  il  arriva  au  mois  de  Juin  i69i.  que  deux  Particuliers  m’acheterent  deux 
p’éces  de  Gallipot  madré,  ou  encens  commun ,  d’environ  cinq  à  fix  cens  livres 
pièce  ,  qui  les  vendirent  dans  Paris  pendant  ce  mois  à  quantité  d’Epiciers , 
Apotiquaires ,  Maréchaux  &  autres ,  fur  le  pied  de  trente  à  quarante  fols  la  livre, 
de  vmat  livres  le  cent  que  je  leur  avois  vendu. 

L  Ajpi  fxtida  cft  quelque  peu  ufité  en  Médecine ,  mais  beaucoup  par  les 
Maréchaux.  ^ 


des  Drogues.  Livre  VII.  lyj 

On  donne  pliifieurs  autres  noms  à  fatida ,  comme  celuy  de  Suc  Syri- 
nuc  ^  Liqueur  de  Syrie ^  Siic  de  Medie  ,  ou  SM erde  du  Diable. 

La  plus  grande  partie  de  l'AJfa.  fætida  ,  que  nous  avons  en  France ,  vient  de 
Londres ,  oîi  il  ell  apporté  dans  de  grandes  quantines  de  terre  ,  de  la  mefme 
maniéré  &  grandeur  de  celles  que  nous  voyons  encore  à  Paris  ,  dans  quoi  on 
nous  apportoit  autrefois  de  l’huile  de  Therebentine  de  Provence.  Et  il  fe  trouve 
quelquefois  à  Londres  une  fi  grande  quantité  d'Ajfa  fatida,  anfli-bien  que 
d’autres  marchandilès ,  que  l’on  voit  des  Magafins  d’une  prodigieufe  hauteur 

longueur  tout  remplis  de  marchandiles. 

Les  Anglois  ne  nous  envoient  jamas  X  Ajfa  fætida  dans  ces  fortes  de' pots  ,  les 
mettant  dans  des  tonneaux  de  differens  poids ,  &  reliez  de  cerceaux  de  fer ,  ainfi 
que  nous  en  voyons  afièz  fouvent  à  Paris ,  qui  eft  le  contraire  de  celui  qui  vient 
par  la  voie  de  Marleille ,  qui  eft  dans  des  paniers  faits  de  feuilles  de  Palmier. 

A  l’égard  de  XAjfa  fætida  en  larmes,  le  peu  d’ufage  qui  s’en  fait,  ne  mérité 
pas  la  peine  d’en  parler;  car  c’eft  un  abus  tellement  établi  parles  Maréchaux, 
qui  (ont  prefquc  les  feuls  qui  confiiment  1’^^  fætida,  que  quand  on  leur  don- 
neroit  ï A Jfa fætida  en  larmes ,  à  moitié  moins  que  celui  en  maffe  ,  ils  n’en  vou- 
droient  pas,difant  pour  leurs  raifons ,  qu’ils  n’ont  pas  accoûtumé  d’en  employer 
de  cette  forte.  Pour  ce  qui  eft  de  l’ufàge  de  la  Médecine,  jeconfeillc  à  ceux  qui 
en  auront  befoin ,  de  préférer  celui  en  larmes  à  celui  qui  eft  en  maffe ,  comme 
cftant  le  plus  pur  &  le  plus  beau. 


CHAPITRE  XXIII. 

BU  Galbanum, 


i 


Le  Galbanum  eft  une  Gomnie  qui  découle  de  la  racine  d’une  plante ,  que 
les  Sirnpliftes  appellent  îeruU  Galhanifera ,  donc  les  feuilles  font  de  la  fi¬ 
gure  cy  deflus,  tirée  fur  l’original  que  j’ai  entre  les  mains ,  qui  m  a  efté  donne 


DifFcrcns 
noms  de 
l'Afla  for' 
tida. 


2^6  Hiftoire  generale 

pir  Monfieurde  Tournefort.  Au  haut  de  la  tige  naiiîènt  desfemences  plattes, 
de  la  grandeur  &  groflèur  de  nos  Lentilles  ,  comme  il  fe  peut  voir  dans  le  Gal- 
banum  commun,  où  il  ne  s’en  rencontre  que  trop.  Cette  plante  croill  en  quan¬ 
tité  dans  la  Syrie  ,  l’Arabie  Heurcufe ,  &  aux  grandes  Indes. 

On  nous  apporte  de  Marfeillc  deux  fortes  de  Galbanum  ,  fçavoir  celui  en 
larmes ,  &  celui  en  maflè.  Le  premier  fera  choifi  en  belles  larmes  ,  jaunâtres 
en  dedans ,  d’j^n  jaune  doré  au  delTus ,  d’un  goût  amer  ,  &  d’une  odeur  forte. 
Le  fécond,  qui  efâen  maffe,  fera  choih  fec  ,  bien  net ,  le  plus  chargé  de  lar¬ 
mes  blanches,  ôc  le  moins  puant  qu’il  fera  pofïible. 

Il  efl  beaucoup  ufité  dans  la  Médecine,  principalement  chez  les  Apotiquai- 
res ,  en  ce  qu’il  entre  dans  beaucoup  d’emplâtres. 


chapitre  XXIV, 


L'ESa.gâpenum  ,  ou  Serapinum  ,  ainfi  appellé  à  caufe  cjue  fôn  odeur  appro¬ 
che  de  celle  du  Pin,  &  de  nous  Comme  Séraphin  ,  découle  du  tronc  d’une 
plante  dont  les  feuilles  font  fort  petites,  &  les  fcmences  approchantes  de  cel¬ 
les  du  Galbanum ,  à  la  referve  qu’ elles  font  plus  petites,  qui  croift  en  quantité 
dans  la  Perfe ,  d’où  il  nous  eft  apporté. 

On  choifira  le  Sagapenum  en  belles  larmes  ,  claires  &  tranfparentcs  ,  d  une 
odeur  forte ,  &  approchante  de  celle  du  Pin ,  le  plus  blanc  ,  &  le  moins  rempli 
d’ordures  qu’il  fc  pourra. 

Il  efl  auffi  fort  ufité  chez  les  Apotiquaires ,  entrant  dans  plufieurs  compoli- 
tions  Gallcniques.  ^  ^  c  ' 

Monfieur  Charas  dans  fon  Livre  de  la  Theriaque ,  &  ce  qu’il  m’a  confirme 
lui-mefme ,  dit  avoir  vu  en  1650.  à  la  Foire  de  Beaucalre ,  une  Caifïètte  àc  S aga- 
penum^àiovx  la  blancheur  tant  dedans  que  dehors  ,  égaloit  celle  du  lait  -,  6c 

avoue 


des  Drogues.  Livre  VIL  2 

avoue  qu’il  ne  l’auroit  jamais  reconnu,  fi  cen’avoic  elle'  fon  odeur  forte  6c 
netrancc. 

Monfîeur  Wormes  Médecin  Danois  ,  dit  dans  Ton  Livre ,  qu’il  eft  adm 
blepourl’epilepfie&laparalyfîe.  Pour  moi,  je  fçai  par  expérience  qu’il  efl 
cellent  pour  les  Afmatiques ,  pris  de  la  grofleur  d’un  pois  dans  une  cerife  c 
lite  en  guife  de  noyau,  le  foir  enfe  couchant,  &  le  matin  en  fe  levant. 


^a/^ax. 


’Opopanax  ,  que  nous  appelions  fort  commune'ment  Opoponax  ^  eft  une 
^  Gomme  qui  découlé  ,  félon  quelques  Autheurs  ,  d’une  plante  ferula- 
nomme'e  Pa»aces  Hcracleum ,  qui  croift  en  quantité  dans  la  Béotie  ,  la  Pho- 
d  Achaïc,&  en  Macedoine,  ayant  fes  feuilles  âpres,  6c  prefque  fembla- 
à  celles  du  Figuier,  qui  font  mi-parties  en  cinq.  Sa  tige  eft  fort  haute  6c 
cottonnée ,  produifant  à  la  cime  un  grand  moucher  avec  des  fleurs  jaunes, 
)rés  elles  une  graine  brûlante  à  la  langue  ,  mais  d’une  grande  odeur,  Ses 
les  font  blanches  ,  un  peu  ameres ,  6c  couvertes  d’une  écorce  allez  épaifle. 
’incifion  de  cette  plante  découle  l’Opopanax  liquide  >  6c  blanc  au  com- 
cement  ;  mais  qui  fc  defféche  enfuitc ,  6c  devient  peu  à  peu  de  couleur  do- 


•popanax 


OpopanîX 
apinat.^ou 
de  1,1  Coin- 
paj^nie. 


2j8  Hiftoirc  generale 

Pour  l’applati,  que  Ion  appelle  Opoponax  de  la  Compagnie  y  6c  que  plu- 
fleurs  canailles  vendent  pour  celui  en  larmes,  quoique  facile  àconnoillre,  en 
ce  que  le  véritable  ell  en  petites  larmes  rondes  ,  6c  que  lautre  cft  plat ,  de  la 
largeur  6c  groflèur  du  pouce  -,  ce  que  je  puis  afliirer  pour  en  avoir  fait  moi-m,ême 
que  l’ai  encore.  Ainfi  on  le  rejettera  entièrement,  n  cftant  quePOpoponax  mé¬ 
lange  avec  une  Gomme  de  fort  bas  prix ,  dont  je  tais  le  nom. 

L’Opopanax  eft  dune  (i  forte  odeur,  quen  en  ayant  reçu  une  CailTe  de 
Marfeille  au  mois  d’Aouft  1691.  &  l’ayant  ouverte  ,  nous  caufa  un  fi  cruel  mal 
de  telle  à  dix  que  nous  ellions ,  qu’il  nous  fut  prefque  impolfible  de  pouvoir  du* 
rer  pendant  quatre  heures.  Cet  avis  fervira  pour  ceux  qui  le  feront  venir  nouveauj 
car  étant  vieux ,  cette  forte  odeur,  auffi-bien  que  la  blancheur  naturelle ,  le  per¬ 
dent  ,  &  devient  d’un  rouge  fort  fonce. 

Il  approche  des  qualitcz  du  Sagapenum  ,  6c  ell  propre  pour  la  guérilbn  des 
playe*; ,  encrant  pour  cet  elFet  dans  la  compofition  de  l’iimplâcre  Divin ,  aulfi- 
bien  que  le  Galbanum,  l’Ammoniac ,  6c  le  Bdelium. 


CHAPITRE  XXVI. 


De  la  Gomme  Ammoniac, 


La  Gomme  Ammoniac,  eft  une  Gomme  qui  découle  en  larmes  blanches  des 
branches  coupées,  6c  de  la  racine  incifée ,  d’une  plante  ferulacée,  qui  croît 
en  quantité  dans  les  fables  de  la  Lybie ,  principalement  proche  de  l’endroit  où 
eftoit  autrefois  le  Temple  de  Jupiter  Amon ,  d’oû  elle  a  tiré  fon  nom. 

Cette  Gomme  nous  eft  apportée  en  grofles  maflès,  dans  lelquelles  il  lé  rencon¬ 
tre  quantité  de  larmes  blanches,  tant  deflus  que  dedans,  d’une  allez  agréable 
odeur,  tirant  tant  foit  peu  à  celle  de  1  Opoponax. 

On  choifira  cette  Gomme  en  belles  larmes  ,  féches ,  blanches  ,  ron- 


des  Drogues.  Livre  VII. 

des ,  d’un  goût  amer ,  &  afïcz  defagreable  ^  &  celle  en  malïè  la  glus  chargée  de 
larmes ,  &  la  plus  nette  qu’il  fera  polTible,  en  ce  qu’elle  clt  lujette  à  eftre  rem¬ 
plie  de  lalete,  principalement  de  fà  graine,  qui  elt  femblable  à  celle  du  GaL 
banum. 

Son  ufage  eft  pour  plufieurs  remedes  Topiques ,  comme  celle  ci-devant. 

Monfeur  de  Meuve  dans  fon  Diélionnaire  Pharmaceutique ,  lui  attribue  de 
grandes  qualitez,  oû  le  Ledeur  aura  recours.  rrprit  & 

On  en  tire  par  la  dilHllation ,  un  Efprit  &  un  Huile  qui  ont  de  grandes  pro-  coïm? 
prietez,  marquées  par  le  même  Autheur.  Amonue. 


Ç  H  A  P  I  T  R  E  XXVII, 


Du  Sani-Drazon  des  Indes. 

O 


Le  Sang-Dragon  des  Indes ,  eft  une  Gomme  qui  diftilc  du  tronc  du  plu- 
fieurs  arbres ,  dont  les  feuilles  font  comme  des  lames  d’epées ,  d’un  demi- 
pied  de  large,  &;  d’une  couleur  verte  ,  au  bas  defquelles  nailîènt  des  fruits 
ronds ,  de  la  groffeur  de  nos  Cerifes ,  jaunes  au  commencement ,  rouges  dans 
le  milieu ,  &  d’un  trcs-bcau  bleu  dans  leur  maturité  :  defquelles  en  ayant  levé  la 
première  peau  ,  d  y  paroît  comme  une  cfpece  de  Dragon  j  ce  qui  lui  a 
fait  donner  le  nom  de  Sang  de  Dragon ,  affez  mal-à-propos  :  puifque  c’eft  une 
Gomme  d’arbre,  &  non  le  Sang  d’un  Dragon ,  comme  plufieurs  le  croyenc 
encore. 

Les  Habitans  des  lieux  incifènt  les  troncs  de  ces  Arbres,  &  auffi-toft  il  en  fore 
une  liqueur  fluide  &  rouge  comme  du  fang,  qui  fè  durcit  aulTi-toft  que  le  So¬ 
leil  fe  leve,  &  fe  forme  en  petites  larmes  fryables,  &  d’un  trcs-bcau  rouge.  Lors 
que  ce'  premier-ci  eft  tombé,  il  en  rediftile  urt  autre ,  qui  nous  ctoit  autrefois 
apporté,  enveloppé  dans  des  feuilles  du  même  Arbre  ,  de  la  figure  d’un  gros 
1 1.  Partie.  K  k  ij 


z6o  Hiftoire  generale 

œuf  de  pigeon  ;  mais  prefentement  il  nous  vient  enveloppe'  dans  des  mêmes 
feuilles,  de  la  groflèur  &  longueur  du  petit  doigt  ;  &: 'quelquefois  auffi  de  la  groi- 
feur  ôc  figure  de  nos  Sebeftes. 

On  choifira  le  Sang-Dragon  en  petites  larmes ,  claires ,  tranfparentes  &  fort 
fi-yables ,  &  que  la  poudre  en  foit  d’un  tres-beau  rouge  foncé.  Ce  premier  Sang- 
San»  Dra-  eft  fort  rate  en  France ,  ne  votant  prefentement  que  celui  en  petits 

gün"en  to-  rofeaux ,  que  l’on  choifira,  fec  aufli  friable,  &  que  la  poudre  foit  de  la  couleur 
du  premier  j  &  qu’en  le  rayant  fiir  le  papier ,  ou  liir  une  pierre  à  queux  mouillée, 
ou  verre  chaud,  laiffe  un  tres-beau  rouge.  C’eil  pourquoi'  anciennement  l’on 
sang-Dta-  ^’on  cft  fetvi  pout  peindre  le  verre  en  rouge. 

Sre'“  malfe  qui  aproche  afîèz  de  celui  en  larmes,mais  le  beau  elf  rare. 


•  CHAPITRE  XXVIII. 

De  Sang-  Dragon^des  Canaries. 

O  O 

Le  Sang-Dragon  des  Canaries,  eft  aufli  une  Gomme  qui  découle  du  tronc 
&  des  groflés  branches  de  deux  differens  arbres  ,  après  avoir  efte  incifez, 
dont  l’un  a  la  feuille  du  Poirier ,  mais  un  peu  plus  longues ,  &  fes  fleurs  comme 
un  ferret  d’éguillette  ,  &d’un  tres-beau  rouge. 

L’autre  a  lès  feuilles  approchantes  de  celles  du  Cerifier ,  &  fes  fruits  jaunes 
par  côtes,  de  la  groflèur  d’un  œuf  de  Poulie,  dans  lefquelles  il  fc  trouve  un 
noyau  de  la  figure  de  nos  Mufeades ,  qui  renferme  une  amande  de  la  même 
forme  &  couleur. 

Ces  Arbres  croiflènt  en  quantité  aux  Canaries ,  principalement  dans  l’Ifle  du 
Port-Saint,  aufli- bien  que  dans  l’ifle  de  S.  Laurent,  ou  ces  Arbres  font  appeliez 
'Rha.^  qui  veut  dire  Sang,  &  leurs  fruits  Mafoutra,  ou  Vonfoutra. 

Les  Habitans  de  l’ifle  Madagafcar  tiren^t  une  Huile  des  amandes  ,  dont  ils  fe 
fervent  pour  guérir  la  brûlure ,  les  Erefipelles  ,  &  autres  maladies  qui  vien¬ 
nent  de  chaleur. 

Ces  Infulaires  incifent  le  tronc  de  ces  arbres ,  d’où  il  en  fort  une  Gomme  rou¬ 
ge  ,  qu’ils  mettent  par  pellottes  de  diflPerentes  groflèurs.  Mais  comme  ce  Sang- 
Dragon  eft  fort  chargé  de  vilainie ,  perfonne  ne  s’en  veut  charger ,  quoique 
d’une  aflez  bonne  qualité. 

Quelques-uns  amolliflènt  ce  Sang  de  Dragon  par  le  moyen  de  l’eau  chaude, 
&  le  mettent  en  rofeaux  de  la  môme  maniéré  que  celui  qui  vient  des  Indes. 

Ces  mêmes  peuples  liquifient  cette  Gomme ,  dans  laquelle  ils  mettent  de  pe¬ 
tits  bâtons  blancs  &  légers  -,  &  lors  qu’ils  font  aflèz  chargez  de  Gomme ,  ils  les 
retirent ,  &  les  font  fccher  ,  pour  nettoyer  les  dents ,  qu’ils  appellent  Bois  de  U 
Bois  de  la  -pcLltle.  Ces  pctits  bâtons  nous  font  ordinairement  apportez  par  Meflieurs  de  la 
Compagnie  des  Indes. 

Il  eft  encore  à  remarquer  que  ce  qui  a  fait  appcller  cette  Gomme  Sang  Dragoft , 
eft  que  les  Habitans  des  lieux  appellent  l’arbre  qui  porte  cette  Gomme  Draco.  Et 
comme  elle  eft  d’une  couleur  rouge  ,  joint  à  la  figure  qui  fe  rencontre  fous  la 
première  écorce  du  fruit,  tout  cela  enlcmble  a  fait  appeller  cette  Gomme  Sang- 
r>ragon.  Ainfi  au  lieu  d’eftte  appellé  Sang-Dragon ,  on  le  doit  appcller  Sang  de 
Dracon. 


des  Drogues  Livre  VIL 


z6i 


CHAPITRE  XXIX. 

Du  Saug  -  Dragon  faux. 

LEs  Hollandois  nous  envoient  une  manière  de  Sang  -  Dragon ,  qui  ert  en 
pains  plats ,  d’un  rouge  extrêmement  fonce  ,  &  luifant  tant  en  deiïîis 
que  dedans ,  aflèz  fryable  j  lequel  eftant  e'erafé ,  eft  d’un  aflez  beau  rouge  ,  & 
brûlé ,  a  l’odeur  de  la  Cire  d’Elpagnc. 

Ce  Sang  de  Dragon  n’eft  autre  chofe  qu’un  mélange  du  véritable  Sang  de 
Dragon ,  &  de  deux  autres  Gommes  donc  je  tais  le  nom.  Et  la  chofe  eft  fi 
vraie  ,  qu’il  eft  facile  de  le  voir  par  la  Figure  quarrée  qu’il  a ,  &  comme  il  a  efté 
jetté  chaud  fur  les  nattes  de  Palmes.  Et  deplus,c’eft  que  j’en  ai  fait  moi-mê¬ 
me  que  je  garde. 

On  nous  envoie  encore  d’Hollande  une  autre  forte  de  Sang  de  Dragon,  qui 
n’eft  autre  chofe  que  de  la  Gomme  Arabique ,  ou  du  Senega ,  avec  une  teintu¬ 
re  du  Brefil  de  Fernambourg.  Ainfi  on  fera  averti  de  ne  jamais  emploïer  de 
ces  deux  derniers  Sangs  de  Dragon:  puifque  ce  n’eft  autre  chofe  que  des  Gom¬ 
mes,  qui  n’ont  ni  la  couleur,  ni  l’odeur,  &  d’une  qualité  fort  contraire  à  celles 
du  véritable  Sang  de  Dragon. 


CHAPITRE  XXX. 


De  la  Gomme  Elemy. 


La  Gomme  Elemy  eft  une  réfine  blanche ,  tirant  fur  le  verdâtre ,  qui  dé¬ 
coule  du  tronc  &  des  groflès  branches  ,  par  le  moyen  des  incifîons  que 
Fon  fait  à  un  arbre  d’une  moyenne  hauteur ,  dont  les  feuilles  font  longues  & 

K  K  iij 


z6t  Hiftoire  generale 

étroites ,  d’un  vert  blanc,  argente'  deflus  &  defTous ,  avec  une  fleur  rouge  qui  fort 
d  un  petit  calice  de  la  couleur  des  feuilles ,  &  des  fruits  de  la  couleur  &  figure  de 
nos  Olives.  Ceft  ce  qui  a  fait  appeller  ces  arbres  Oli^viers  fiuvages. 

Il  fe  trouve  quantité'  de  ces  Arbres  dans  l’Ethiopie ,  dans  l’Arabie  heureufe , 
d’où  cette  gomme  nous  cil:  apporte'e  en  pains  de  deux  à  trois  livres  pièce ,  en- 
Qomme  veloppcz  dans  des  feuilles  de  Cannes  d’Inie.  C’efl:  pourquoi  elle  ell  appellee 
Comme  Elemy  en  rojèuux. 

On  la  choifira  féche ,  neanmoins  mollaflè ,  d’un  blanc  tirant  fur  le  vert ,  d’une 
odeur  douce  &  alïèz  agréable ,  &  prendre  garde  que  ce  ne  foit  du  Galipot  lave 
dans  de  l’Huile  d’Alpic  moïenne,  comme  il  n’arrive  que  trop  fouvent.  Ce  qui  le 
connoîtra  facilement ,  tant  par  la  grande  blancheur ,  que  par  la  mauvaile  odeur, 
tirant  à  celle  de  Therebentine ,  &  quelle  eft  toû  jours  enveloppée  des  feuilles  qui 
,  fe  trouvent  dans  les  cerons  de  bois  de  Gerofle. 

F.iu(ïê  Cette  réfine  fallifiée  ell:  appellee  de  ceux  qui  la  font,  Gomme  Elemy  de  ïiAmeri- 
felèrvant  de  ce  beau  prétexte  pour‘î:ouvrir  leur  fi-iponnerie. 

La  véritable  Gomme  Elemy  que  nous  tirons  d’Hollande ,  ou  de  Marfcille , 
cil  un  Baume  naturel  pour  guérir  les  plaies  ^  c’ell  pourquoi  elle  ell  employée  fore 
à  propos  dans  le  Baume  d’ Arctüs, 

Il  fe  trouve  aux  Illes  de  l’Amerique  un  grand  Arbre,  dont  le  bois  en  eft  blanc, 
&  qui  a  fes  feuilles  femblables  à  celles  du  Laurier ,  à  la  referve  qu  elles  font  heau^ 
coup  plus  grandes.  Cet  Arbre  eft  tellement  chargé  de  réfine ,  qu’il  y  en  a  qui 
rendent  julqu’à  cinquante  livres  d’une  Gomme  blanche,  tout-à-fiit  lemblable 
au  Galipot ,  à  la  referve  quelle  n’ell  pas  fi  puante.  Et  comme  cette  Réfine  n’eft 
encore  que  très -peu  connue  des  Marchands ,  quoi  quelle  nous  foit  commune , 
chacun  la  vend  pour  ce  qu’il  peut  j  les  uns  pour  la  Gomme  Elemy,  les  autres  pour 
la  Gomme  Animée ,  d’autres  pour  la  Gomme  Tacamaca,  Mais  on  doit  plutoft 
i^Amca-  '  l’appeller  Galipot  de  l* Amérique ,  en  ce  que  fon  odeur  &  là  figure  en  approchent 
tellement ,  qu’on  a  aftèz  de  peine  à  les  pouvoir  diftinguer. 

Cette  Réfine  vient  ci^ns  des  barils  de  differens  poids,  enveloppée  dans  de  gran¬ 
des  feuilles ,  dont  je  n  ai  pu  encore  fçavoir  le  nom. 

Nous  vendons  encore  de  deux  autres  fortes  de  Gomme  Elemy,  dont  l’une  cil 
fi  femblable  à  la  poix-rc'finc ,  que  fi  ce  n’étoit  fon  odeur  fuave  &  aromatique, 
&  quelle  cil  couverte  de  feuilles  qui  enveloppent  le  bois  de  Gerofle ,  il  n’y  a 
cnZl  perlbnne  qui  en  pût  faire  la  différence.  L’autre  forte  de  Gomme  Elemy’,  eft  d  un 
^  iiemy.  gris  ccndté ,  tirant  fur  le  brun  ,  &  en  gros  morceaux  fecs  &  friables.  Mais  com¬ 
me  il  m’a  elle'  impoflible  de  fçavoir  ce  que  ce  pouvoir  eftre  que  ces  deux  fortes 
de  Gommes  Elemy  -,  c’eft  ce  qui  fait  que  je  n’en  puis  rien  dire.  Je  dirai  nean¬ 
moins  que  je  croi  que  ce  n’eft  que  des  Gommes  Elemy  laies,  &de  la  bonne 
quantité  que  l’on  a  refondue  &  recuite  fur  le  feu.  Ce  que  je  ne  voudrois  pas 
affirmer,  n’en  eftantpas  certain. 


des  Drogues.  Livre  Vil. 


2^3 


CHAPITRE  XXXI. 


De  la  Gomme  Tacamacha. 


La  Gônime TâCamacha'eft  une  rcfinè  îiqûiàé & tranfparente ,  quicîecould 
du  tronc  de  gros  &  grands  Arbres ,  qui  croiflènt  en  quantité  dans  la 
nouvelle  Efpagne ,  &  dans  Tille  MadagaTcar,  où  ils  font  appeliez  Harume ,  lef- 
quels  reiremblent  alTez  à  nos  Peupliers. 

Ces  Arbres  font  garnis  de  feuilles  vertes ,  affez  approcliantes  de  celles  du  Buis, 
apres  leiquelles  nailTcnt  des  fruits  rouges  de  la  grolTeur  de  nos  noix  vertes , 
dans  lefqucls  il  Te  rencontre  une  réfine  odorante  ôc  ballàmique. 

Les  Infulaires  incifent  le  tronc  de  ces  Arbres ,  dont  il  découle  une  liqueur 
blanche  &  criftaline,  dune  agréable  odeur,  qui  fe  durcit  peu  après  quelle  eil 
tombée ,  &  dont  ils  fe  fervent  pour  guérir  les  humeurs  froides  ^  pour  appaifer  les 
maux  de  dents  ,  mais  principalement  pour  calfeutrer  les  barques  &  vaifTcàux  : 
&  ils  fe  fervent  de  fon  bois  pour  faire  des  planches. 

Les  Habitans  de  Tille  Saint  -  Laurent  avoient  coutume  de  mettre  la  pre¬ 
mière  qui  tomboit  fans  incilion  de  l  arbre,  dans  de  petites  gourdes  coupées  en 
deux,  fur  laquelle  ils  appliquoient  une  grande  feuille ,  comme  une  maniéré  de 
feuille  de  Palmier  ^  &c’eft  celle-là  que  quelques  Autheurs  entendent  quand  ils 
demandent  de  la  Gomme  Tacamaca  fublime.  Et  pour  qu  elle  foit  de  la  qualité 
requife,  elle  doit  eftre  féclie,  rougeâtre,  tranfparcn  te ,  d’une  odeur  forte,  tirant 
à  celle  de  la  Lavande,  d’un  goût  tant  foit  peu  amer:  &  c’cll  celle-là  que  nous 
appelions  Gomme  Tacimachj,  en  coque. 

Celle  qui  tombe  de  TArbre  par  le  moyen  des  incifîons ,  eft  celle  qui  nous  cft 
apportée  en  mafle,  &  quelquefois  en  l^mes,  femblables  en  figure  à  1  encens  des 
InJes ,  que  Ton  choifira  la  plus  garnie  de  larmes  blanches,  la  plus  nette  ,  féchc  , 
&  qui  approchera  le  plus  de  l'odeur  de  la  première  qu’il  fera  pofiible. 


{rpmme  ToAMmaccp 


Gomme 
^  aeainaclii 
(ublinic  ,ou 
en  coque. 


Taoam.aclia 
enlarn-icsac 
en  maille. 


2^4 


Hiftoire  generale 


chapitré  X  X  X  1 1. 


De  la  Gomme  Bdera, 


La  Gomme  Edera;,  ou  de  Lierre,  eft  une  réfine  liquide ,  qui  fc  durcit  à 
mefure  qu  elle  découle. 

Cette  Gomme  croift  en  quantité  dans  les  Indes,  dans  l’Italie  ,  Provence,  ôc 
Languedoc  ,  fur  le  grand  Lierre  qui  rampe  le  long  des  arbres  &  des  murailles. 

Lltant  à  Montpellier  en  i68o.  me  promenant  dans  le  Jardin  du  Roy,  j  apper- 
çûs  un  Lierre  qui  rampoit  le  long  d’un  Laurier ,  qui  avoit  au  haiit  de  la  maître  flè 
branche ,  un  m.orceau  de  gomm.e  de  la  groffeiir  du  poing,  lequel  l’ayant  deman* 
dé  au  Fils  de  Monfieur  Chicanneau,  pour  lors  Chancelier  dudit  Jardin  ,  il  me 
le  fit  donner  j  &  après  l’avoir  examiné ,  je  le  trouvai  fcmblable  à  de  la  glu ,  d’une 
qouleur  rouge,  d’une  odeur  forte  ,  pénétrante  ,  &  afièz  defagreoble.  Après  l’a¬ 
voir  gardé  quelque  temps ,  il  devint  fec ,  friable  ,  d’une  couleur  tannée  ,  telle 
qu  elle  nous  vient  des  Indes  par  la  voie  de  Marlèillc. 

On  la  choifira  bien  féche ,  tranlparente ,  d’une  odeur  balfàmique ,  &  prendre 
garde  que  ce  ne  foit  de  la  Gomme  Alouchi,  que  l’on  luppole  bien  fouvent  à  fa 
place ,  principalement  quand  elle  eft  chere. 

Elle  eft  cftimée  propre  pour  faire  tomber  le  poil ,  &  pour  la  guérilbn  des 
plaies. 


CHAP.  XXXIII. 


dès  Drogues.  Livre  VIL 


26s 


tronc  de  plufieurs 

J— ^arbres ,  femblablcs  au  Palmier,  qui  fe  trouvent  en  quantité  dans  la  nou¬ 
velle  Efpagnc. 

Cette  Gomme  nous  eft  apportée  en  malïè,  enveloppée  de  feuilles  de  rofeaux 
de  l’endroit  ci-deflus  j  &  pour  quelle  foit  de  la  qualité  requilc  ,  elle  doit  eftrc 
mollaflè  comme  un  emplâtre ,  à  demi-cuite ,  d’une  couleur  grifâtre  tirant  fur  le 
Vert ,  d’une  odeur  fuave ,  &  aflez  aromatique. 

C^elqucs  Autheurs  marquent  qu’il  y  a  de  la  Caragne  blanche  ,  ce  que  je  ciragne 
crois  facilement ,  en  ce  qu’étant  nouvellement  tombée  de  l’arbre ,  elle  le  peut 
eftre.  Et  fi  elle  eft  de  la  couleur  ci-dcflùs ,  ce  n’cft  qu’à  caulc  de  fa  vieillefïc  j  ainfî 
plus  on  la  pourra  trouver  blanchâtre ,  plus  elle  doit  eftre  eftimée ,  &  rejetter 
entièrement  plufieurs  Gommes  dures  que  l’on  fuppofe  à  fa  place  ,  à  caufe  de  fà 
cherté ,  quoi  que  de  même  couleur. 

Cette  Gomme  appliquée  en  emplâtre  fur  la  tefte,  eft  admirable  pour  en  appai- 
fer  les  douleurs,  aufti-bj^n  que  ceux  des  jointures  j  &  cette  Gomme ;a  de  fi  belles 
qualitez,  que  l’on  dit  ordinairement,  que  tout  ce  que  laTacamaca  n’aura  pas 
guéri ,  la  Caragne  le  guérira. 

Les  Ameriquains  font  un  Baume  de  cette  Gomme ,  dont  ils  fe  fervent  avec  Btume  éd 
un  heureux  fuccés  pour  la  guérilon  des  playes  ôc  des  Hemoroïdes  en  cette  ma- 


niere : 


//r  prennent 

Therebentine  fine ,  .  demi- once.  |  Baume  de  Copaü, 

Liquidambar,  .  .  3.  onces.  |  Tacamaca, 

1 1.  Partie,.  L 1 


^^6  Hiftoire  generale 

Cajagne,Ana,  .  :  a. onces.  |  Encens,  Sang-Dragon, 

Maltic  ,  Myrrhe ,  Aloës ,  |  Sarcocollc,  Ana,  i.  gros.  &  demi 

Et  du  UMt  en  fiire  ce  Bxume  en  cette  façon,  lï  faut  faire  liquefer  les  Gommes 
les  Kcfines  fur  le  feu  ,  aj/rés  y  incorporer  les  poudres. 


chapitre  XXXIV. 


Du  Bdelium. 


Le  Bdelium  eft  une  Gomme ,  dont  les  Anciens  ont  parle  fort  diverfementj 
les  uns  ayant  dit  ^uil  découlé  du  tronc  d’un  arbre  épineux,  dont  les  feuil¬ 
les  étoient  lemblables  a  celles  du  Chefiie ,  &  Ton  fruit  comme  le  Figuier  fàuva- 
ge ,  d’un  allez  bon  goût  :  &  d’autres  veulent  qu’il  Ibit  lèmblable  à  celui  qui  rap¬ 
porte  la  Myrrhe,  &  que  ces  arbres  croillènt  en  quantité  dans -la  Badlriane  , 
l’Arabie  heureufe ,  &  aux  grandes  Indes  -,  &c’efl:  apparamm.ent  ce  Bdelium  que 
l’on  nous  envoie  aujourd’hui  de  Marleille ,  qui  n’cll:  autre  choie  que  la  Gomme 
Alouebi ,  que  quelques  uns  veulent  eftre  le  véritable  Bdelium.  Mais  je  dirai  feu¬ 
lement  que  celui  qui  eft  reçu  dans  le  négoce,  &  de  tous  les  habiles  gens ,  eft 
cette  Gomme  qui  le  rencontroit  parmi  la  gomme  du  Senega ,  à  quoi  il  eft  fort 
femblable,  il  y  a  dix  huit  à  vingt  ans,  &  qui  fût  reconnu  par  pluheiirs  Teintu¬ 
riers  ,  en  ce  quelle  ne  fondoit  point  comme  l’autre  :  ce  qui  fit  que  plufieurs  per- 
fonnes  d’cxpericnce  l’examinerent ,  &;  la  reconnurent  pour  le  véritable  Bdelium. 
Mais  depuis  ce  temps- là  que  l’on  en  a  fçu  la  valeur,  il  ne  s’en  trouve  quetres- 
peu  •  car  fur  une  pièce  de  Gomme  dç  cinq  cens ,  il  ne  s  en  trouvera  pas  quatre 
onces. 

On  choilira  le  Bdelium  en  morceaux  clairs  &  tranfparens,  d’un  gris  rougeâtre 
au  defllis,  de  couleur  décolle  d’Angleterre  en  dedans,  &  que  paflànt  la  langue 
par  de  (Tus,  fa  couleur  fè  change  en  jaune. 


des  Drogues.  Livre  V 1 1.  267 

On  ne  doit  point  s’attacher  ni  à  la  couleur  ni  à  la  figure  de  cette  Drogue ,  en 
ce  qu  elle  eft  fort  diverfe  :  mais  ordinairement  le  plus  beau  eft  en  ovalle,  comme 
un  Pendant  d’oreilles. 

Son  principal  ufage  eft  pour  le  Micridat ,  l’Emplâtre  Divin,  &  antres  compoJ 
litions  Galleniques.  ^ 


CHAPITRE  XXXV, 

De  l<z  Sarcocole. 


La  Sarcocoleeft  une  Gomme,  qui  découle  d  un  petit  arbrifleau  e'pineux,  qui 
a  fes  feuilles  aflez  approchantes  au  Séné  de  la  Pake ,  d’une  couleur  blanche 
tirant  fur  le  jaune. 

Prefque  tout  ce  qu’il  y  a  d’Autheurs  difent  que  ces  arbrificaux  croiflènt  en 
Perfe  :  mais  deux  de  mes  Amis  de  Marfeillc  m’ont  écrit  le  zy.  Juillet  i69z.  en  ces 
termes  ; 

La,  Sarcocole  eB  une  Gomme  qui  Je  recueille  dans  t  Arabie  deferte  :  l'Arbre  en  efi 
petit  ^  &  fort  épineux. 

On  choifirala  Sarcocole  en  larmes  ou  égrenée,  d’une  couleur  blanche,  ti¬ 
rant  fur  le  jaune  ou  fur  le  rouge ,  d’un  goût  comme  fucré,  accompagné  d’une 
amertume  a  fiez  dcfagreable. 

Cette  Drogue  eft  admirable  dans  (à  nature ,  en  ce  qu’elle  découle  de  l’Arbre 
fans  incifion ,  &  par  incifion  en  larmes  de  differentes  couleurs  &  groffeurs ,  y  en 
ayant  de  blanches,  de  jaunes ,  &  de  rouges  -,  &  lors  quelles  font  féches,  elles  s’é¬ 
grainent  telles  que  nous  la  voyons ,  &  comme  elles  nous  viennent  de  Marfeille. 

Il  fe  trouve  encore  une  autre  forte  de  Sarcocole ,  qui  eft  en  maftè  brune ,  qui 
paroîtroit  affez  Une  compofition  :  mais  je  crois  que  ce  n’eft  autre  choie  q^ue  de 
la  Sarcocole  qui  a  efté  marinée ,  ou  qui  a  fouffert,  qu’il  faut  entièrement  rejetter, 
aulïi-bien  que  celle  dont  les  petits  grains  font  bruns ,  &  qui  eft  remplie  de  mille 
faletcz ,  à  quoi  elle  eft  extrêmement  fujette. 

Cette  Gomme  eft  fort  propre  pour  guérir  les  playes  :  c’eft  pourquoi  les  Grecs 
lui  ont  donné  le  nom  de  Sarcocole  ,qui  fignifie  Coüe-Chair. 

IL  Partie.  Llij 


2-68 


Hiftoire  generale 


CHAPITRE  XXXV  l 


I^e  f  Euphorbe, 


L’Euphorbe  eft  une  gomme  qui  découlé  d’entre  les  feuilles  epaifïcs  &  epineu- 
fès  d’une  maniéré  d’Arbre  qui  fe  trouve  en  quantité  dans  la  Lybie ,  fur  le 
mont  Atlas ,  &  en  Aftrique. 

Les  Anciens  ont  écrit  bien  diverfement  fur  la  nature  de  l’Euforbc  ,  &  de  la 
manière  dont  on  la  recueille.  Les  uns  difent  quelle  découle  par  le  moyen  des 
incifions  que  l’on  fait  avec  de  longues  perches  ferrées  par  les  bouts  ,  de  peur 
d  en  recevoir  l’odeur  qui  cft  fort  méchante  ;  &  aulli  toft  que  ces  feuilles  font 
ineifées ,  il  en  découle  un  fuc  blanc  comme  du  lait,  qui  eft  reçu  dans  des  cay êt¬ 
res  de  mouton,  que  les  Habitans  des  lieux  y  ont  mis  exprès  j  &  d’autres  veulent 
que  ce  foit  le  lue  épaifti  d’un  fruit  vert ,  de  la  groffeur  &  figure  de  nos  Concom¬ 
bres.  Mais  ceux  qui  en  auront  vu  &  manié  autant  que  moi ,  verront  bien  que 
ce  n’eft  point  un  lue  épaifti  mais  une  Gomme  d’arbre.  Et  outre  plus ,  je  puis 
nfttfrer  en  avoir  une  feuille ,  qui  eft  de  la  longueur  &  groflèur  du  gros  doigt  de  la 
main ,  de  figure  quadrangulaire ,  &  à  chaque  carré  il  fè  trouve  quantité  de  peti¬ 
tes  épines  fort  aigues, au  fond  defquelles  le  voit  l’Euphorbe,  qui  eft  fortie  fans  au¬ 
cune  incifion  ,  dont  la  Figure  eft  ci-defliis  marquée  A. 

On  choifira  l’Euphorbe  en  larmes  nouvelles ,  d’un  blanc  doré,  la  moins  char¬ 
gée  de  menu,  la  plus  féche  &;  la  plus  nette  qu’il  fera  polfible. 

Il  fe  rencontre  dans  l’Euphorbe  quantité  de  petites  graines,  faites  en  forme  de 
trèfle  -,  ou  ,  pour  mieux  dire  ,  du  ?uftn  ou  Bonnet  de  Freflre  ,  fort  legere  ,  d’une 
couleur  de  Coriandre ,  dans  laquelle  eft  contenue  un  petite  graine  ronde  com¬ 
me  une  telle  d’épingle .  que  quelques-uns  m’ont  aflùré  eftre  la  lèmence  de  la 
plante  qui  rapporte  l’Euphorbe. 

Cette  Drogue  eft  fort  peu  en  ufage  dans  la  Médecine ,  à  caule  de  fon  excef- 
fîve  chaleur &  de  fa  grande  acrimonie  j  mais  beaucoup  par  les  Maréchaux , 


des  Drogues.  Livre  VII.  269 

cftant  fort  convenable  pour  le  farcin  &  la  galle  des  Chevaux. 

Les  AfFriquains  fe  fervent  de  cette  Gomme  pour  rinterieur,  mais  ils  la  lavent 
auparavant  dans  l’eau  de  Pourpier,  pour  en  diminuer  la  chaleur. 

L’Euphorbe  efl:  une  Gomme  fi  pcrnicieufc  à  battre ,  que  fi  ceux  qui  la  veulent 
réduire  en  poudre,  n  y  apportent  tous  les  foins  requis,  qui  font  delà  battre  dou¬ 
cement  ,  de  frotter  le  haut  du  Mortier  d’huile  ou  d’eau  pour  en  arrefter  le  plus 
fubtil,  de  le  couvrir  d’une  peau  faite  exprc's  ,  de  fe  boucher  les  narines  de  cot- 
ton ,  on  eft  en  grand  danger  d’e'cernuer  &  de  ctacher  jufqu’au  lang ,  &  d’endu¬ 
rer  des  douleurs  exceflives. 

Ceux  qui  auront  beaucoup  d’Euforbe  telle  qu’elle  vient  du  païs  ,  n  auront 
qu’à  la  paflèr  doucement  dans  un  tamis  couvert ,  en  ce  que  cette  Marchandife 
eft  fi  remplie  de  menu  &  de  poulliere ,  qu’il  n’ell  pas  bemin  de  la  battre  pour 
en  avoir  de  la  poudre. 

A  l’égard  de  l’Euphorbe  vitré,  dont  parle  de  Meuve,  je  ne  fçai  ce  que  c’eft. 


CHAPITRE  XXXVII. 

De  VOliban,  ou  Encens  majle. 


L’Oliban,  que  nous  appelions  ordinairement  Encens  maJU  ^  eft  une  Gomme 
qui  découle  par  incifion  du  tronc  de  plufieurs  arbriffeaux ,  qui  fe  trouvent 
en  quantité  dans  la  Terre  Sainte,  &  dans  l  Arabie  Heureufe,  où  ils  croifïênt  en 
grand  nombre ,  principalement  au  pied  du  Mont-Liban ,  d’où  eft  venu  Ion  nom 
de  Thus  Libaniy  qui  fignifîe  Encens  du  Liban,  &  par  corruption  de  langue,  O/L 
ban  &  incens;  parce  que  lès  Anciens  s’en  fèrvoient  pour  encenfer  leurs  Divini- 
tez.  De  l’Arabie  Heureufe  on  le  tranfporte  par  la  Mer  rouge  en  Egypte ,  il  vient 
enfuice  au  Caire,  du  Caire  en  Alexandrie,  où  il  eft  embarqué  pour  Marfeille. 

Quelques  perfonnes  ont  écrit,  que  lors  que  l’on  aincife  le  tronc  des  Thuri- 
feres,  ou  Arbres  portant  l’Encens,  &  qu’ils  commencent  à  découler  ,il  n’y  a  que 
les  perfonnes  d’une  Famille  réputée  fainte,  qui  aitpermiftion  de  le  cueillir. 

Lliij 


270  Hiftoire  generale 

On  le  choifira  en  belles  larmes ,  blanches ,  tirant  tant  foit  peu  fur  le  dore' ,  le¬ 
quel  citant  mâche ,  rende  la  lalivc  blanche  comme  du  lait,  &  Ibit  d’un  goût  amer 
&fort  defagreablc,  rejettant  celui  quielt  rempli  de  poufliere  &  de  quantité  de 
figues  ou  marrons  noirs ,  &  de  petites  larmes  jaunâtres ,  à  quoi  il  eft  fort  fujet. 

Son  ufage  eft  pour  plufieurs  compofitions  Galleniques  &  Chimiques  ou  il 
entre,  mais  principalement  pour  mettre  aux  Cierges  Pafeaux,  aufli-bien  que  pour 
appaifer  les  maux  des  dents,  quoi  qu’alfez  mal-à-propos ,  en  ce  que  faifant  appai- 
fer  la  douleur ,  il  gâte  celles  qui  .fon  proches  :  ce  que  je  n’ofe  certifier  pour  ne 
l’avoir  pas  éprouvé. 


chapitre  XXXVIII. 

De  l  Encens  de  Moca^ 

'  H 

L'Encens  de  Moca  n  eft  autre  chofe  qu’une  efpece  d’Oliban  en  petites  lar¬ 
mes  ou  en  mafle ,  fort  chargé  d’ordures  ,  d’une  couleur  rougeâtre ,  d’un 
goût  tant  foit  peu  amer,  qui  eft  apporté  en  France  par  Meftieurs  de  la  Compagnie 
ojiban ,  des  Indes  j  c’eft  pourquoi  il  eft  appellé  Encens  de  la  Compagnie ,  Oltban ,  ou  En- 
des  Indes!  cens  des  Indes, 

On  ne  s’en  fèrt  que  pour  contrefaire  le  précèdent,  &  par  quelques-uns  qui  le 
vendent  pour  le  véritable  Bdelium,  quoi  que  mal  à  propos. 


CHAPITRE  XXXI X^ 

De  la  Manne  d Encens  ^ 

La  Manne  d’Encens  eft  les  petits  grains  ronds,  clairs  &  tranlparens,  quifc 
rencontrent  dans  l’Oliban ,  &  qui  peuvent  eftre  employez  aux  mêmes  ufa^ 
ges  que  l’Oliban. 


CHAPITRE  XL. 

De  la  Suie  d  Encens. 

La  Suie  d’Encens  n’eft  autre  chofe  que  le  menu  d’Olibah  brûlé,  de  la  ma¬ 
niéré  qu’on  brûle  l’Arcançon  pour  faire  le  Noir  de  fumée. 

On  ne  fc  fert  plus  de  cette  Drogue ,  depuis  que  l’on  a  reconnu  que  l’Oliban 
ou  Encens  avoir  plus  de  propriété  dans  la  nature ,  que  d’eftre  brûlé. 

Qui  en  voudra  fçavoir  davantage ,  n’aura  qu’à  voir  dans  Pline  à  la  page  371. 04 
il  en  eft  traité  fort  amplement ,  comme  aufti  de  la  Myrrhe. 


des  Drogues.  Livre  VII. 


271 


CHAPITRE  XLI. 


De  la  Gomme  Copal. 


La  Gomme  Copal,  que  nous  appelions  Copal  d Orient  y  eft  une  Réfine 
claire  &  tranfparente ,  d’un  jaune  doré,  qui  découle  du  tronc  de  plufieurs 
-Arbres  de  moyenne  hauteur,  garnis  de  feuilles  vertes ,  approchant  de  la  figure 
ci-delTus ,  &  d  un  fruit  qui  relTemble  à  nos  Concombres ,  d’une  couleur  minime , 
dans  lequel  il  ie  rencontre  une  farine  d’un  tres-bon  goût. 

On  choifira  cette  Réfine  en  beaux  morceaux,  d’un  tres-beau  jaune  doré  ;  & 
de  quelque  grolTeur  qu’il  puiffe  être,  qu’on  voie  le  jour  au  travers ,  friable  tant 
entre  les  doigts ,  qu’entre  les  dents  -,  &  qu’étant  fur  le  feu ,  elle  fe  liquifie  facile¬ 
ment  ,  &  rende  une  odeur  approchante  de  celle  de  l’Oliban. 

Cette  Réfine  nous  eft  apportée  fort  rarement  en  France  ;  c’eft  pourquoi  fbn 
ufage  y  eft  fort  peu  connu,  quoiqu’il  s’en  trouve  beaucoup,  tant  dans  les  grandes 
Indes ,  que  dans  la  nouvelle  Efpagne.  Mais  à  fon  défaut  on  nous  apporte  des 
Ifles  de  r Amérique ,  une  autre  Gomme  Copal ,  que  quelques-uns  appellent  mal-  rAnicrique 
à-propos  Karabe. 

Cette  Gomme  découle,  fans  aucune  incifion,  du  tronc  &  des  branches  de 
plufieurs  grands  Arbres ,  femblables  à  nos  Peupliers  noirs ,  qui  croilTcnt  en  quan¬ 
tité  deftlis  les  Montagnes  des  Ifles  Ajitilks,  d’oû  elle  eft  apportée  au  bord  des  Ri¬ 
vières  par  le  moyen  des  groflès  pluyes  &  torrens  d’eau  qui  ont  paflé  au  pied  des 
Arbres ,  où  cette  Gomme  eft  tombée  naturellement. 

On  choifira  cette  Gomme  en  lorte ,  c’eft-à-dirc  comme  elle  eft  apportée  de 
Nantes  ou  de  la  Rochelle  :  on  doit  neanmoins  préférer  celle  qui  eft  blanche ,  à 
celle  qui  eft  rougeâtre ,  noire  ou  terreufe. 

Son  ufatüe  eft  pour  faire  du  Verni  d’efprit  de  vin ,  &  pour  vendre  à  la  place  du 
vrai  Karabé,  quoi  que  mal-à-propos,  tant  parce  qu’il  eft  fort  diflèmblable ,  que 
parce  qu’il  eft  beaucoup  moins  puant  lors  qu’il  eft  brûlé  j  ainfi  nullement  propre 
pour  appait'er  les  vapeurs. 


*Romme 

An.iiiée. 


Myrrhe 

Auiincc. 


272  Hiftoire  generale 

Cette  Gomme  eft  fi  fcmblable  à  la  comme  du  Sene^a ,  qu’il  n  y  a  que  la  cou¬ 
leur  qui  en  peut  faire  la  différence,  &  en  ce  quelle  ne  fond  point  dans  l’eau  com¬ 
me  celleduSenega,  niles  autres  Gommes  diffolubles. 


CHAPITRE  XLII. 

Bu  Cancamum. 

Le  Cancamum  eft  une  Drogue,  qui  jufques  aujourd’hui  aefte  bien  Contre¬ 
dite  ,  les  uns  ayant  voulu  que  ce  fût  la  Gomme  Lacque,  d’autres  la  Myrrhe, 
le  Benjoin,  ouïe  Terra.  Mérita. 

Mais  Monfieur  de  Brifot  Médecin  de  Paris ,  à  fon  retour  de  Ton  voyage  des 
Indes  Occidentales  ,  apporta  en  France  une  Gomme  de  quatre  differentes 
couleurs ,  dont  la  première  étoit  comme  de  l’Ambre ,  celle  de  deflbus  de  la  cou¬ 
leur  de  l’Arcançon ,  ôc  celle  de  derrière  d’une  couleur  de  corne  ,  à  laquelle  fc 
trouve  attachée  une  comme  féche  &  blanche ,  qui  eft  celle  que  nous  vendons 
fous  le  nom  de  Gomme  animée. 

Beaucoup  de  perfonnes  auront  peine  à  croire  Ce  que  je  dis,  quoique  Dalechamp 
&  d’autres  en  parlent  ,  mais  je  luis  preft  de  faire  voir  la  vérité  delachofè  en  un 
morceau  de  la  groffeur  du  poing  que  j’ai ,  où  ces  quatre  fortes  de  Gommes  font 
attachées  enfemble. 

L’Arbre  qui  apporte  ces  quatre  fortes  de  commes ,  eft  de  moyenne  hauteur , 
&  a  fès  feuilles  approchantes  de  celles  du  Myrthe ,  qui  croiftent  en  quantité  en 
Afrique ,  au  Brefil,  &  dans  l’Ifle  S.  Chriftophe,  d’où  le  morceau  que  j’ai  eft  venu, 
&m’a  été  donné  par  un  de  mes  Amis,  le  trente- un  Juillet  1686.  qui  l’avoit  eu  d’une 
Perfonne  de  la  première  qualité ,  à  qui  il  avoit  été  envoie  par  un  Gouverneur 
de  rifle  de  Saint  Chriftophe. 

Celle  qui  reffemble  à  l’Ambre  étant  brûlée  fe  fond,  &  a  l’odeur  de  la  Gomme 
Lacque. 

La  Z.  qui  eft  noire ,  fe  fond  de  môme ,  &  a  une  odeur  beaucoup  plus  douce* 
Latroifiéme,  qui  eft  comme  de  la  corne,  eft  prefque  fans  odeur,  aufli-bien 
que  la  quatrième ,  qui  eft  l’animée. 

Voilà  ce  que  c’eft  que  le  véritable- Cancamum  ;  ceux  qui  pourront  en  avoir , 
s’en  ferviront  pour  la  guérifon  des  plaies  fondu  avec  de  l’huile.  Et  pour  appaifer 
les  maux  de  Dents ,  on  le  met  deflus  comme  il  vient  de  l’Arbre. 

Comme  nous  ne  voyons  à  Paris  que  l’ Animée,  on  la  choifira  blanche,  feche, 
f  iable ,  d’une  bonne  odeur  ,  la  moins  plàtreufè  &  mélangée  des  autres  qu’il  fe 
pourra ,  quoi  quelles  ne  different  en  qualité ,  mais  en  empêchant  feulement  la 
vente, fur  tout  aux  perfonnes  qui  ne  Içavcnt  pas  la  maniéré  quelle  tombe  de 
l’Arbre. 

Cette  Gomme  eft  fort  peu  en  ufage  dans  la  Médecine  ,  quoi  que  douée  de 
tres-bonnes  qualitez,  étant  un  Baume  naturel. 

Qiielques  uns  font  paffer,  affez  mal-à-propos  ,  la  Gomme  Animée  pour  la 
Gomme  Elemi,  quoiqu’il  y  ait  bien  de  la  différence,  en  ce  que  l’ Animée  eft  féche 
ôc  extrêmement  blanche ,  &  la  comme  Elcmy  eft  grafle  &c  d’un  blanc  verdâtre. 
Celle  qui  reflèmble à  l’Arcançon ,  eft  appellée  par  quelques-uns  Myrrhe  animée. 
Les  Afriquains  fe  fervent  de  cette  comme  au  lieu  d’Enccns. 


CHAP. 


des  Drogues.  Livre  V  ÎI.  '  175 


CHAPITRE  XLIII. 

De  la  Gomme  Lacque  en  Bâton, 

La  Gomme  Lacque  naturelle  ou  en  Bacon ,  eft  une  Gomme  rougeâtre*  ^ 
dure,  claire  &  tranfparente ,  qu  on  nous  apporte  attachée  à  de  petits  bâtons 
GU  rofeaux ,  de  la  grolTeur  &  longueur  du  doigt ,  du  Royaume  du  Pegu ,  où  elle 
(c  trouve  en  quantité. 

Cette  Gomme ,  au  rapport  du  Sieur  RouïTeau ,  qui  a  efté  long-  temps  dans 
les  Indes ,  principalement  en  Perfe  &  au  Pegu,  où  il  a  appris  â  travailler  la  Gom¬ 
me  Lacque ,  dit  qu’il  y  a  en  ces  quartiers-là  quantité  d’inlèdes,  lemblables  à  nos 
Mouches  ordinaires ,  quiramaffent  larolee  qui  fe  trouve  (ùr  plufieurs  Arbres, 
de  la  même  maniéré  que  nous  voyons  ici  les  Abeilles  •  &  loriqu’elles  font  pleines 
de  cette  Rofée ,  elles  (e  déchargent  fur  tout  ce  qu  elles  rencontrent.  Ce  qui  fait 
que  les  Habitans  des  lieux  ont  quantité  de  petites  branches  d’arbres ,  bâtons  ou 
rofeaux  qu’ils  enfoncent  tant  foie  peu  dans  la  terre,  de  la  même  maniéré  que  nous 
ramons  ici  nos  Pois  -,  &  aulïi-toll:  ces  Infeéles  ne  manquent  pas  d’y  monter ,  &; 
de  s’y  décharger i  Sc  après  quelles  s’y  font  déchargées,  &même  s’y  font  enle- 
velies  ,  alors  les  mêmes  perfbnnes  ont  foin  dé  faire  paffer  de  l’eau  pard-effus ,  par 
le  moyen  de  quelques  éclulès  :  &  quand  le  Soleil  a  donné  fur  cette  Gomme,  elle 
devient  dure  ôc  féche  comme  nous  la  voïons  ;  ce  qui  n  eft  pas  éloigné  de  la  rai- 
fon  ,  puis  que  toute  la  Lacque  que  Ion  nous  apporte,  eft  attachée  iiir  differentes 
cfpeccs  de  bois,  &  même  fur  de  petits  rofeaux.  lit  de  plus  ,  c’eft  qu’il  eft  facile 
de  voir  que  cette  Gomme  n’eft  point  forcie  de  ces  petits  brains  de  bois  où  elle  fc 
trouve  attachée,  en  ce  que  Ton  ne  peut  pas  remareper  aucun  veftige  d’où  elle 
pourroit  eftre  découlée.  Ce  qui  Tait  la  beauté  &  bonté  de  cette  Gomme  ,  c’eft 
félon  la  quantité  de  Mouches  qui  s’y  rencontrent.  Car  ledit  heur  Rouffeau  ma 
affuré  que  le  cul  de  ces  Mouches  mis  dans  de  l’Efprit  de  Vin  ,  le  rendoit  de  la 
plus  belle  couleur  ronge  que  Ton  fe  peut  imaginer  ^  &  que  c’étoit  le  cul  de  ces 
Mouches -que  l’on  pouvoit  appeller  avec  jufte  raiion  Cochenille  Animal ^  &  non 
pas  la  Cochenille  ^eftec  ,  donc  j’ai  parlé  cy-devant. 

Lors  que  cette  Gomme  eft  dans  fâ  perfedion ,  ils  retirent  ces  petits  bâtons 
charcrez  de  Lacque,  qu’ils  confervent  pour  en  tirer  la  teinture,  &  pour  en  trafi¬ 
quer  avec  plufieurs  Nations ,  principalement  avec  les  Hollandois  &  les  Anglois, 
de  qui  nous  la  tirons  ,  qui  eft  ce  que  nous  appelions  Lacque  en  Bâtons  ,  ou  ad¬ 
hérante  a  fes  rofeaux. 

On  choifira  cette  Gomme  claire  &  tranfparente  ,  bien  fondante,  la  moins 
chargée  de  bâtons,  de  Gomme  noire ,  &  autres  ordures ,  à  quoi  elle  eft  fort  fù- 
jette-,  &  qu’étant  mâchée ,  elle  teigne  la  falive  en  rouge  ^  &  bouillie  dans  1  eau 
avec  quelque  acide  ,  elle  fàflè  un  beau  rouge.  C’eft  de  cette  teinture  que  les 
Indiens  font  ce  Rouge  qui  fc  voit  für  les  Toiles  peintes  des  Indes,  qui  ne  de- 
teint  point  à  l’eau,  &  de  quoi  les  Levantins  roügiftènt  le  Maroquin  du  Levant; 
&  les  Indiens  pour  faire  la  Cire  furnommée  des  Indes  ,  comme  il  fe  vérra  ci- 
aprés.  Les  Hollandois  &  les  Anglois  en  font  l’Hcarlate. 

Lors  que  les  Hollandois  &  les  Anglois  veulent  tirer  ce  qu’il  y  a  de  bon  dans 
la  Gomme  Lacque  en  bâton ,  ils  la  paftent  entre  deux  meules  de  pierre  fort  légè¬ 
rement  ;  &  de  ce  qui  peut  paffer  par  des  toiles ,  ils  s'en  fervent  pour  la  teinture. 
IJ,  Partie,  Mm 


Le  fieur  Rouffeaa 
étoit  un  Maichand 
de  Paris  ,  qui  fut 
ruiné  par  le  feu  de 
la  grande  lalle  du 
Palais;  &  revoyant 
réduit,  lui ,  l'a  fem¬ 
me  ,  &  cinq  enfans 
à  la  mendicité  ,  s’a 
vifa  de  faire  de  là 
Cite  à  cacheter ,  de 
la  manière  qu’i;  l’a- 
voit  vûë  picpaier 
aux  Indes  Oe  for¬ 
te  que  Madaiiie  de 
l-ongueville  ,  qui 

ctoit  une  Dame  fort 
thaiitable  ,  voulut 
b:cn  faire  voit  de 
cette  Cire  au  Roy 
Louis  XIII.  qui 
ayant  clU  reçue  de 
toute  la  Cour ,  en 


îtun  fi  grand  débit, 
]u’en  moins  d’un  an 
1  gagna  plus  decin- 
]uaiuc  mille  livics. 

ire  ^nL^d/coe 
l'E'fagne  ,  pour  la 
iiltérencier  de  la 
jomme  Lacque 
bnduës,  &  ta. .t  foie 
icu  colorée  avec  du 
Vermillon,  que  l'on 
iroyoït  aupaiavant , 
■lUi  portoit  le  nom 


Cochenille  animal. 


Lacque  en  bâtons  , 
ou  adhérante  à  fés 
rofeaux. 


274  Hiftoire  generale 

Ce  qui  reftc ,  c’eft  ce  qu’il  y  a  de  plus  méchant ,  &  ce  qu’ils  nous  envoient ,  avec 
celle  dont  ,  parle  moyen  de  quelques  acides /ils  en  ont  tiré  la  teinture  fans  la 
changei*  de  figure ,  &  cnfuke  la  font  féther ,  &  la  mettent  dans  des  balles  pour 
Lacque  en  graine,  nous  I  cnvoyer.  C’crt  Ce  que  nous  appelions  Lxcque  en  graine ,  qui  doit  eftre  bien 
fondante ,  &  la  plus  approchante  des  qualitez  de  la  Gomme  en  bâtons  qu’il  fera 
polTible. 

Quand  ces  Nations  cv-delïïis  veulent  faire  de  la  Gomme  Lacque  plattc  ,  ils 
prennent  de  la  Lacque  telle  quelle  fort  de  delTas  ces  Rofeaux ,  ôc  enlùite  la fon- 
Lac que  plâtre  ^  fonduë,  la  jettent  fiir  un  Marbre,  &  la  rendent  platte  & 

mince  de  la  maniéré  que  nous  la  voïons.  Et  ü  nous  en  voyons  de  deux  fortes , 
cela  ne  provient  que  fuivant  que  la  Gomme  en  bâtons  a  efté  plus  ou  moins  belle. 
Il  y  en  a  une  troifiéme  qui  cft  noirâtre  j  mais  cela  ne  provient  que  de  ce  que  l’on 
en  a  tiré  la  teinture. 

Les  Anglois  apportèrent  en  France,  il  y  a  quelques  années  ,  une  fort  grande 
quantité  de  trçs-belle  Gomme  Lacque,  faite  en  maniéré  d’oreilles,  ce  qui  luy 
taequetn  Oreilles.  nC  donnct  le  nom  de  Comme  en  Oreilles  ;  mais  du  depuis  on  n’en  a  plus  vû.  A  l’é¬ 
gard  du  choix  des  Gommes  Lacques  ,le  principal  elt  d’eftre  bien  fondantes  ;  car 
toute  Gomme  Lacque  qui  ne  fond  point,  n’eft  bonne  qu’à  jetter,  fiir  tout  celle 
qui  elâ  deftinée  pour  la  Cire  d’Efpagne ,  qui  eft  fon  principal  ufage  Pour  ce  qui 
ert  de  la  Platte ,  elle  doit  dire  luifante,  claire  &  tranfparente ,  la  moins  gromme- 
leulè ,  la  plus  haute  en  couleur  ,  Ôtlaplus  mince  qu’il  fe  pourra.  Celle  d’après  doit 
approcher  des  qualitez  de  la  première.  A  l’égard  de  la  troifiéme,  qui  n’ell:  propre 
que  pour  la  Cire  d’Elpagne ,  la  teinture  en  ayant  été  tirée ,  doit  eftre  la  moins 
brûlée ,  &  bien  fondante.  Pour  la  Gomme  en  graine,  c’eft  prefque  un  abus  d’en 
chercher  de  findantCj  c’eft  un  hazard  lors  qu’il  s’en  rencontre.  C’eft  pourquoy 
les  Failèurs  de  Cire  à  cacheter  la  broyent  dans  des  moulins ,  ne  la  pouvant  faire 
fondre. 

De  la  Cire  des  Indes. 


)ntre  les  Cires 
très  à  cacheter , 
en  fait  d’autres 
leurs  :  comme 
Moire,  avec  du 
r  de  fumée  :  de 
ne  avec  de  l'Or 
broyé ,  &  ainfi 
autres  couleurs 
pour  leur  donner 
me  odeur,  il  y  en 
ni  y  mettent  tant 
peu  de  Civette. 


La  Cire  des  Indes  eft  de  la  Gomme  Lacque ,  fondue  &  colorée  avec  du  Ver¬ 
millon  pâle ,  &  enftiite  mife  en  magdeleons  ronds  ou  plats,  de  la  maniéré  que 
nous  les  voyons.  On  doit  choifîr  cette  Cire  bien  fondante,  unie ,  la  moins  rem¬ 
plie  de  taches  brunes  &  de  paille  de  Ris ,  &  la  plus  haute  en  couleur  que  faire  fe 
pourra  Cette  Cire  n  a  autre  ufage  que  pour  cacheter  des  Lettres  ^  &  c’eft  elle  qui 
doit  porter  le  nom  de  'véritable  (^ïre  à  cacheter ,  &  non  pas  la  plupart  de  celle  qui 
ceux  qui  en  font  métier  &  marchandife,  débitent  à  Paris ,  n’étant  que  de  la  La¬ 
que  en  graine ,  moulue  &  incorporée  dans  de  la  Réfinc  fonduë  -,  &  par  le  moyen 
du  blanc  de  Seve  &  du  Vermillon,  ils  la  vendent  telle  que  nous  la  voyons.  Et 
comme  cette  Cire  eft  d  une  vilaine  couleur  ,  en  ce  qu’ils  n’y  mettent  pas  affez  de 
Vermillon,  ils  ont  de  la  Gomme  Laque  bien  rougic,  dans  laquelle  i’s  fourrent 
leurs  bâtons  de  Cire  de  la  méchante  qualité,  enfuite  les  prefentent  au  feu ,  &  les 
roulent  de  cetre  maniéré,  la  rendant  belle  par  deftiis ,  c’eft-à-dirc  rouge  &  bien 
luifante.  Mais  la  fourberie  fera  facile  à  connoitre  j  car  en  la  caftant  l’on  verra  bien 
que  le  dedans  ne  répond  pas  au  dehors.  Et  de  plus,  c’eft  que  l’on  doit  plutôt  ar¬ 
racher  le  papier  que  d’enlever  la  Cire.  Je  n’aurois  jamais  fait ,  fi  je  voulois  traiter 
a  fond  de  la  Cire  à  cacheter ,  fauflement  appellce  Cire  d' B/pagne  ^  puis  que  les 
Efpagnols  n’en  ont  jamais  fait,  &  même  ne  fçavcnt  ce  que  c’eft  -,  ne  fe  fervant 
que  de  petits  Pains  à  chanter,  aufti-bien  que  nous, 


des  Drogues.  Livre  V 1 1. 


CHAPITRE  X  L  I  V. 

Du  Baume  de  Judée. 


Le  Baume  de  Jude'e  ,  que  nous  appelions  ordinairement  Opohalfamum  ; 

ou  Bitume  £  Egypte ,  ou  àu  Grand,  Caire ,  eft  une  Réfine  liquide  &  blanche, 
qui  découle  ,  pendant  TEfté ,  du  tronc  d  un  arbrificau ,  qui  a  Tes  feuilles  aïlèz 
femblablcs  à  celles  de  la  Rue ,  &  Tes  fleurs  blanches  faites  en  forme  d’Etoilcs,  du 
milieu  defquelles  fortent  de  petites  bayes  pointues  par  le  bout ,  dans  lefquelles 
il  y  a  une  petite  Amande. 

Ce  petit  fruit  que  nous  appelions  Carpohalfamum ,  eft:  attaché  aux  branches  par 
le  moyen  d’une  petite  queue  ^  il  eft  verd  dans  Ibn  commencement ,  &  brunit  à 
mefure  qu’il  meurit. 

Jerico  étoit  autrefois  le  feul  endroit  du  monde  où  croiftbit  le  vrai  Baume  j  mais 
depuis  que  le  Turc  s  eft  rendu  Maiftre  de  la  Terre-Sainte ,  il  en  a  fait  tranlplan- 
ter  les  arbrifleaux  dans  fon  Jardin.de  la  Matarée  au  grand  Caire,  où  ils  font  gardez 
par  plufieurs  Janiflàires ,  pendant  que  le  Baume  en  coule. 

Un  de  mes  amis  qui  a  efte  au  Caire ,  m  a  aiîuré  que  l’on  ne  pouvoir  voir  ces 
Arbrifleaux ,  que  par  dcfllis  les  murs  d’un  Clos  où  ils  font ,  &  donc  l’encrée  eft  dé¬ 
fendue  aux  Chrétiens.  A  l’égard  du  Baume ,  il  eft  prefque  impoflible  d’en  pou¬ 
voir  avoir  fur  les  lieux ,  fi  ce  n’eft  par  le  moyen  des  Ambaflàdeurs  à  la  Porte ,  à 
qui  le  Grand  Seigneur  en  fait  prefent,  ou  par  le  moyen  des  Janiflaires  qui  gar¬ 
dent  ce  précieux  Baume.  Ainfi  cela  peut  faire  connoiftre  que  celui  que  plufieurs 
Charlatans  vendent ,  n’eft  que  du  Baume  blanc  du  Pérou ,  qu’ils  ont  préparé 
avec  de  l’Efpric  de  Vin  bien  reélifîé,  ou  avec  quelques  Huiles  diftilées. 

Mais  comme  il  s’en  rencontre  quelquefois  aux  Inventaires  des  grands  Sei¬ 
gneurs  ,  ainfi  qu’il  arriva  en  1687.  à  celui  de  Madame  de  Villefàvin^  ou  il  s’en  trou¬ 
va  environ  14.  onces  en  deux  bouteilles  de  plomb,  comme  il  vient  du  Caire  ,  & 
qui  fut  vendu  à  une  perfonne  c]ui  me  le  fît  voir-,  nous  le  trouvâmes  fort  dur, 

11.  Partie.  Mmij 


.27^  Hilloire  generale 

d  un  jaun,j2  doré ,  &  de  l’odeur  de  Citron.  Mais  depuis ,  un  de  mes  Amis  m’en 
a  donné  une  once,  qu’il  a  apportée  lui  même  du  grand  Caire,  où  il  l’avoit  eu 
d’un  Bacha  d’Andrinoplc  , lequel  cftd’i.ne  confiftance  alTez  lolide ,  approchante 
de  celle  de  la  Térébenthine  de  Chio  &  de  l’odeur  cy-delTus,  qui  cil;  la  véritable 
marque  de  l'a  bonté. 


CHAPITRE  XLV. 

Du  Carpo-Balfamum. 

Le  Carpo-Balfamum  eft ,  comme  j’ai  déjà  dit, les  petites  bayes  de  l’arbrillèau 
du  Baume ,  lefquellcs  pour  eftre  de  la  qualité  requf  e,  doivent  eftre  nouvel¬ 
les  ,  d’un  gcût  aromatique ,  &  d’une  odeur  allez  agréable  ,  principalement 
quand  elles  font  nouvelles.  Elles  font  quelque  peu  ufitées  en  Medecine  ,  mais 
leur  pri  icipal  ufage  cil  pour  la  Theiiaque  .  ou  elles  n’ent  befoin  d’autre  prépara¬ 
tion  que  d’cllre  du  choix  ci-delïùs ,  &  mondé  de  leurs  petites  queues ,  des  coques 
vuides  &  vermoulues  qui  fe  rencontrent  dedans. 


CHAPITRE  XLVI. 

Du  Xilo-Balfamum. 

Le  Xilo-Udfdmum ,  ou  bois  de  Baume ,  ell:  le  tronc  &  les  branches  dénuées 
dé  Feuilles  &  de  graine  de  l’arbrillèau  du  Baume ,  qui  nous  font  apportées 
en  petits  fagots  du  Caire  à  Marfèille.  La  caule  de  cela  vient  de  ce  que  l’on  taille 
tous  les  ans  ces  petits  ArbrilTeaux,  comme  nous  faifons  ici  les  Vignes  j  &  les  Turcs 
aiment  mieux  en  tirer  quelque  chofe,  que  de  les  brûler. 

On  choifira  le  Xïlo-^dlfimum  en  petites  verges  remplies  de  nœuds,  d’une  écor¬ 
ce  rougeâtre  au  delTus,  &  d’un  bois  blanc  au  dedans,  le  plus  réfineux  &  aroma¬ 
tique  qu’il  fera  polTible. 

Son  principal  ufage  eft  pour  les  Trochi^ques  d’Hedyoroüm ,  où  il  n’a  befoin 
d’autre  préparation ,  que  d’eftre  comme  ci-delTus. 


CHAPITRE  XLVII. 

Du  Baume  de  la  Mèque. 

LEs  Turcs  qui  vont  en  pèlerinage  tous  les  ans  àla  Méque,  apportent  d’un 
certain  Baume  fec  &  blanc ,  femblable  en  figure  à  de  la  Couperofe  blan¬ 
che  calcinée,  principalement  quand  ileftfuranné. 

La  perfonne  qui  m’en  fit  prefent  d’environ  demi-once,  m’a  aflîiré  l’avoir 
acheté  elle-même  àla  Méque  liquide,  &  que  c’eft  l’odeur  de  la  marine  qui  le 
rend  tel  que  je  l’ai  marqué  ci-deffus. 

Cette  même  Perfonne  m’^  certifié  qu’il  étoit  aufli  bon  à  faire  des  fards  que  le 
Baume  de  Judée. 


Je 

Cc/jcui  . 


I.  ufu^amhar- ^aeune 

NOUS  vendons  à  Paris  de  trois  fortes  de  Baumes  fous  le  nom  de  Baume  du 
Pérou  /çavoir  le  blanc,  que  l’on  appelle  Baume  d'incifion  j  celui  en  coque, 
qui  elt  appelle  3aume /ec-,  &  le  Baume  noir ,  qui  d\  appelle  Baume  de  Lotion.  Le 
premier  elt  une  liqueur  blanche  tout  à- fait  iemblable  au  Bi)on,dont  je  parlerai 
au  Chapitre  de  la  Terebenthme  j  qui  dillile  du  tronc  &  des  groffes  branches 
de  certains  arbrilfeaux  ,  qui  ont  leurs  feuilles  de  la  Figure  ci-defl'us,  qui  croiflent 
en  quantité  dans  la  nouvelle  tfpagne ,  &  au  Pérou.  Le  fécond  eft  le  Baume  en 
coque ,  ou  Baume  dur  ,  qui  diftile  des  branches  coupées ,  au  bout  defquelles  on 
attache  des  cohines  ou  maracas ,  pour  en  recevoir  une  elpece  de  lait  qui  en  tom¬ 
be  ,  de  la  mênie  maniéré  que  la  Vigne  nous  rend  une  eau  claire.  Lors  que  ces 
cohines  font  pleines ,  on  en  remet  d’autres ,  en  continuant  toujours  jufqu’à  ce 
que  ces  Arbres  ne  diftilent  plus.  Alors  on  expofe  ces  cohines  dans  des  lieux 
chauds  pendant  quelques  jours, afin  que  ce  Lait  ie  congclle  &  chang^de  couleur. 
Letroifiéme  eft  un  Baume  noir,  qui  le  fait  en  failant  bouillir  1  écorce,  les  ra¬ 
meaux,  &  les  feuilles  de  ces  petits  Arbres  dans  de  l'eau  ^  &  après  avoir  bouilli 
pendantun  efpace  de  temps ,  on  retire  le  tout  de  dclf  is  le  feu,  &  on  ramaftè  la 
graiftè  qui  nage  delTus,  qui  eft  d’un  brun  noirâtre,  &  qui  eft  ce  que  nous  appel- 
Ions  Baume  noir  du  Pérou. 

Le  premier  qui  eft  celuy  qui  diftile  des  branches ,  eft  le  Baume  dur  ^  qui  étant 
parfait ,  doit  eftrc  rougeâtre  ,  le  plus  odorant  ,  &  le  plus  fec  qu  il  1^  pourra. 
Son  ufage  eft  pour  pluficurs  Particuliers ,  qui  s’en  fervent  tant  pour  la  Médecine, 
que  pour  faire  un  Lait  virginal ,  beaucoup  plus  odorant  que  celui  qui  eft  fait  de 
Benjoin  &  de  Storax.  Quelques  perfonnes  m’ont  voulu  afturer  que  le  Baume  en 
Coque  eftoit  une  compofition  de  Benjoin,  de  Storax,  de  Baume  du  Pérou  -, 


278  Hiftoirc  generale 

ce  que  je  n  ai  pas  trouve'  eftre  véritable  par  plufieurs  effais  que  j  en  aâ  fait.  Mais 
quoi  qu  il  en  foit ,  je  dirai  qu’avec  ce  Baume  fec  &z  autres  Drogues ,  on  en  com- 
pofe  le  Baume  de  Monfieur  le  Commandeur  de  Perne ,  que  j’ai  bien  voulu  don¬ 
ner  au  Public ,  à  caulè  de  fes  grandes  proprietez. 

Apre's  que  les  branches  ne  diftilent  plus  rien ,  on  incife  le  tronc ,  6c  enluitc  il 
en  coule  une  humeur  blanche  &  claire  comme  du  Lait ,  qui  ell  ce  que  nous  ap¬ 
pelions  Baume  blanc ^o\x  Baume  d'inci[ion,  lequel  j  pour  eftre  parfait,  doit  eftre 
bien  blanc ,  le  plus  approchant  du  Baume  de  Judée  que  faire  fe  pourra.  Ce  Bau¬ 
me  n’a  autre  ufage  que  je  fçache,  que  pour  les  Playes ,  ou  pour  vendre  à  la  place 
du  véritable  Opo-Baljamum.,  mais  la  différence  cft  grande,  en  ce  que  le  vérita¬ 
ble  OpQ  Balfamum  a  une  odeur  de  Citron,  ce  qui  ne  fe  rencontre  pas  au  vérita¬ 
ble  Baume  blanc  du  Pérou.  On  prendra  garde  aufti  qu’il  ne  foit  point  gras ,  & 
que  ce  ne  foit  du  Bijon,  dont  la  connoiffànce  eft  aflez  difficile.  C’eft  pourquoi 
le  plus  court  eft  de  l’acheter  d’honneftes  Marchands.  L’ulàge  que  l’on  fait  de 
ce  Baume  n’eft  pas  grand  j  mais  en  recompenfe  on  fe  fert  beaucoup  du  Baume 
noir ,  ou  Baume  de  Lotion ,  tant  à  caufe  de  fon  agréable  odeur ,  que  parce  qu’il 
eft  admirable  pour  les  Playes  j  c’eft  pourquoi  divers  Particuliers  s’en  fervent  pour 
les  nouvelles  bleffures:  comme  aufti  les  Parfumeurs,  à  caulé  que  c’eft  un  très- 
bon  parfum.  Pour  qu’il  foie  de  la  qualité  requilè,  il  doit  eftre  épais,  noirâtre, 
d’une  lùave  odeur-,  ôc  prendre  garde  qu’il  ne  foit  mélangé  d’huile  d’ Amandes 
douces  ,  comme  il  n’arrive  que  trop  fouvent.  Mais  la  fourberie  fera  facile  à  con- 
noître,  en  en  mettant  tant  foit  peu  fur  du  papier  ^  s’il  cft  rougeâtre,  6c  qu’il  coule 
frcilemcnt ,  c’eft  une  marque  qu’il  eft  augmenté.  Au  contraire ,  s’il  eft  pur ,  il 
fera  noirâtre  &  aftez  épais.  Plulieurs  perfonnes  m’ont  aftùré  que  ce  Baume  étoit 
une  compofttion  que  les  Portugais  faifoient  avec  des  Huiles  &  des  Drogues  aro¬ 
matiques  ,  &  que  c’eft  eux  qui  le  vendent  aux  Hollandois ,  de  qui  nous  l’ache¬ 
tons  le  plus  fouvent ,  &  qu’il  étoit  fait  avec  les  Drogues  luivantes. 


CHAPITRE  XLIX. 

Maniéré  de  faire  le  Baume  artificiel  du  Pérou. 

PRENEZ 


Therebentine  fine. 

Galipot,  de  chacun 

I.  livre. 

Huile  de  Ben , 

Oliban ,  Labdanum , 
Gomme  Elemy ,  de  chacun 

é.  onces. 

Fleur  de  Lavande , 

Mufeade,  de  chacun 

4  onces. 

Spic  Nard, 

Bois  d’Aloës ,  de  chacun 

1.  onces. 

Myrrhe ,  Alocs , 

Sang-Dragon ,  de  chacun  1.  onc  &  d. 
Petite  Valerienne , 

Iris ,  Souchet  long ,  Acorus  verus 
Azarum ,  macis ,  Ben  j  oin , 

Storax ,  de  chacun  .  .1.  once. 

Zedoare ,  petit  Galanga , 

Gerofle ,  Canelle ,  Caftor ,  Maftic ,  de 
chacun  •  .  6.  gros. 


Il  faut  pulverifer  groftierement  toutes  les  Drogues  ci-defliis,  enfuite  faire  li¬ 
quéfier  fur  le  feu  la  Thcrebentinc,  le  Galipot,  la  Gomme  Elemy,  &  l’Huile  de 
Ben-  &;  lors  qu’elles  font  fondues,  y  incorporer  la  poudre:  &  quand  cette  pâte 
eft  faite,  il  la  faut  mettre  dans  une  Cornue  de  verre,  dont  un  tiers  demeurera 


des  Drogues.  Livre  VII.  2.79 

Vuidc;  6c  apres  avoir  efté  bienlutce  &  féchée,  on  la  mettra  fur  le  fable:  &  lors 
que  la  matière  commencera  à  s  cchaulFer,  il  en  fortira  une  eau  claire  ,  enlîiite 
une  Huile  de  couleur  d’or  ;  finalement  un  Baume  noir  tirant  fur  le  rouge ,  que  &Bâume 
quelques-uns  veulent  que  ce  (bit  ce  que  nous  vendons ,  fous  le  nom  de  Baume  ’ 
ê^irdiè  Pérou. 

L’eau  eft  convenable  prife  intérieurement ,  pour  ceux  qui  tombent  du  Haut- 
mal, pour  les  Convulfions ,  Débilitez  d’eftomach ,  &  pour  guérir  les  vents. 

L’Huile  eft  bonne  pour  laParalyfic,  les  Nerfs  blcffez  &  maux  de  Jointures,  s’en 
frottant  chaudement. 

A  l’égard  du  Baume ,  il  approche  des  qUalitcz  de  celui  du  Pérou. 
CHAPITRE  L. 

Baume  de  Monfîeur  le  Commandeur  de  Berne ^  qui  ma 
ejle  donne  par  Monfîeur  de  Bimodan  ^  Lieutenant 
de  Roy  de  Toul  en  Lorraine. 

PRENEZ 

Baume  fcc,  ?  i.  once.  l’Oliban  en  larmes , 

Storax  en  larmes ,  i  z.  onc.  Racines#!' Angélique  de  Boëme , 

Benjoin  en  larmes,  ï  .  5.  onc.  Fleur  de  Millepertuis,  de  chacun  demi- 

Aloës  Cicotrin ,  .  once. 

Myrrhe  tryée,  ,  *  1  Elprit  de  vin  *  ,  .  .  z.  liv. 

Le  tout  battu  y  ^  mis  dans  une  bouteille  bien  bouchée  au  Soleil  pendant  la  Canieuki 

Et  au  bout  de  ce  tertips-là  on  paflè  le  tout  au  travers  d’un  linge ,  &  on  s’en 
fert  pour  les  Maladies  ci-delTous  déclarées. 

Les  vertus  du  Baume  de  M.  le  Commandeur  de  Berne  ^ 
fuivant  /  Original  qui  men  a  ejlè  donne  par 

Monfîeur  de  Bimodan. 

• 

PREMIEREMENT,  il  n’y  a  point  de  coup  de  fer  ou  de  feu ,  pourvu  que 
la  playe  ne  foit  pas  mortelle ,  qu’on  ne  guériffe  dans  huit  jours ,  en  y  met¬ 
tant  du  Baume ,  foit  avec  une  plume ,  cotton ,  ou  injedion  -,  pourvu  encore  que 
l’on  penlc  la  playe  avec  Baume,  &  qu’il  n’y  ait  point  eu  d’autres  appareils.  La 
railbncft,  quen  ayant  penfé  la  Playe  d’abord  ,  il  ne  s’y  fera  point  de  pus  ;  & 
quand  on  penlè  avec  les  remedes  ordinaires ,  il  s’y  en  fait  toûjours.  Il  ne  faut 
ni  tente,  ni  emplâtre  quand  on  met  le  Baume ,  fur  tout  les  premières  fois  ^  il  fait 
grande  douleur,  mais  cela  ne  dure  pas  un  Maria  y  Ôc  puis  on  n’en  fent 

plus. 

Pour  la  Colique ,  ce  Baume  eft  admirable  :  prenez  deux  doigts  de  vin  clairet, 

&  y  mettez  quatre  ou  cinq  gouttes  de  Baume ,  qui  troubleront  le  vin  ,  puis  le 
remuer  &  l’avaller  j  fi  tôt  après  on  eft  guéri. 


200  Hiftüire  generale 

Pour  la  Goutte ,  il  eft  fouverain ,  en  en  mettant  fur  la  partie  afflige'e ,  avec,  une 
plume ,  ou  du  cotton. 

Pour  le  mal  des  Dents  ;il  eft  merveilleux,  en  apliquant  fur  la  Dent  qui  fait  mal, 
du  cotton  qui  aura  trempé  dans  ce  Baume. 

On  en  guérit  toutes  fortes  d  Ulcères ,  &  même  les  Cancers  &  les  Chancres. 

Il  eft  fur  pour  les  morfures  des  beftes  veni  r  eufes ,  même  des  Chiens  enragez. 

Il  eft  bon  pour  empêcher  d’eftre  marqué  de  la  petite  Verole,  en  frottant  les 
grains  qui  fortent  au  vifage  à  mefure  qu’ils  paroiflent:  il  les  fait  fécher  fans  qu  il 
y  vienne  du  pus ,  ce  qui  Élit  la  marque. 

Il  eft  excellent  pour  les  Hémorroïdes ,  en  les  frottant  lors  qu’on  fe  met  au  lit. 

Il  eft  merveilleux  pour  toutes  fortes  de  Fluxions  &  Murtriftures,en  s’en  frottant. 

il  eft  admirable  pour  la  Pourpre,  il  en  faut  avaler  cinq  ou  fix  gouttes  dans 
quatre  ou  cinq  cuillerées  de  bouillon. 

Il  eft  bon  pour  le  mal  des  yeux ,  en  en  mettant  fur  le  mal  avec  une  plume. 

Il  eft  de  plus  très- excellent  pour  le  mal  d’eftomach ,  le  prenant,  fi  on  a  la  fiè¬ 
vre  ,  avec  du  bouillon  j  &  fî  on  n’en  a  pas ,  on  le  prend  avec  du  vin.  Il  nettoie 
l’eftomac ,  &  donne  de  l’appetit; 

Il  ne  faut  jamais  chauffer  ce  Baume,  il  le  faut  toujours  mettre  à  froid-,  &  fr-tôt 
qu’il  eft  appliqué ,  il  devient  fec. 

Il  eft  fort  propre  pour  provoquer  les  ordinaires  aux  femmes  ,  comme  aufti  pour 
arrêter  leurs  pertes  de  fang ,  en  prenant  cinq  ou  fix  gouttes  dans  du  bouillon  ou 
du  vin. 

Quand  on  tire  de  ce  Baufîfc  d  une  phiolc,  il  ^ut  la  boucher  aufti-  rôt,  de  peur 
qu’il  ne  s’évapore. 

Quand  on  a  penfe  une  playe  par  les  remedes  ordinaires,  fr  voulant  fèrvir  de  ce 
Baume ,  il  faut  laver  la  playe  avec  du  vin  chaud ,  &  puis  appliquer  le  Baume  -,  on 
guérira  (ùrement ,  mais  non  pas  fi  promtement. 

Ce  Baume  guérit  toutes  fiftules,  fi  vieilles  qu  elles  foient,  &  en  quelques  en¬ 
droits  quelles  puiftent  eftre. 

Il  eft  bon  contre  les  flux  de  ventre  &  les  flux  de  fàng,  en.cn  prenant  cinq  ou  fix 
gouttes  dans  du  vin  paillet ,  ou  dans  trois  ou  quatre  cuillerées  de  bouillon. 

Il  eft  très  bon  pour  l’encloueurc  des  Chevaux ,  en  jettant  une  goûte  ou  deux 
de  ce  Baume  dans  le  trou  d  ou  l’on  aura  tiré  le  clou  :  il  guérit  dans  le  moment. 


CHAPITRE  LI. 

Baume  de  Copaü. 

Le  Baume  de  Copaü  nous  eft  apporté  en  deux  fortes  de  manières ,  fçavoir  en 
Huile  claire,  &:  en  épaiftè  j  &  cette  différence  ne  provient  quefuivant  le 
temps  qu’il  eft  découlé  de  l’Arbre.  Car  celui  qui  fort  aufti  toft  que  l’incifion  a 
cfté  faite  à  cet  Arbre,  dont  la  Figure  eft  cy-deftus,  eft  une  huile  claire,  blan¬ 
che,  &  d’nne  odeur  de  Réfine,  &enfuite  il  en  diftile  une  autre  d’une  couleur  tant 
foit  peu  plus  dorée  &  eft  plus  épaiftè  •  ce  qui  lui  a  fait  donner  le  nom  de  Baume. 
Ce  Baume  nous  eft  ordinairement  apporté  de  Portugal  dans  des  bouteilles  de  ^ 
terre,  pointues  par  le  bout ,  dans  Icfquelles  il  fe  trouve  beaucoup  d’humiditez  , 
ce  qui  caufe  de  la  perte,  &  cela  rend  ce  Baume  blanchâtre  comme  du  petit-lait: 

cc^ 


des  Drogues.  Livre  VIT.  281 

«e  qui  lui  ôte  fa  vente.  C ’eft  à  quoi  on  doit  prendre  garde ,  comme  aulTi  à  quan¬ 
tité  d’ordures  qui  fe  rencontrent  dedans. 

Les  Sauvages  n’ont  point  de  meilleur  Remede  pour  toutes  fortes  de  playes , 
que  leur  CoLocai^  c’eft  ainfi  qu’ils  appellent  ce  Baume ^  &  les  Brafiliens  [opAibn-^ 
les  Portugais ,  GAmelo  j  &  nous  Copaü ,  CopAïf^  ou  CAmpAif.  En  effet  c’eft  un  des 
plus  admirables  Remedes  qiii  ait  paru  jufqu’à  ce  jour  pour  la  guérilbn  des  playes , 
fur  tout  quand  il  eft  pur ,  &  qu’il  n’a  pas  elté  mélangé ,  ou  qu’il  n’eft  pas  rempli 
de  fon  humidité,  c’eft-à-dire  d’une  eau  rouffe,  qui  diftile  de  l’Arbre  dans  le  temps 
que  le  Baume  en  fort. 

Les  Sauvages  ont  connu  les  vertus  de  ce  Baume  par  le  moyen  de  certains 
Cochons  Marons  qui  font  auxifles;  car  d’abord  que  ces  animaux  font  bleffez  , 
ils  ont  l’inftindt  d’aller  donner  un  coup  de  dent  dans  le  tronc  de  ces  Arbres  & 
du  Baume  qui  en  fort,  ils  en  mettent  fur  leurs  playes ,  &  continuent  jufqu’à  leur 
parfaite  guérifon.  C’eft  ainfi  que  me  le  mande  M.  François  Rouffeau  de  S.  Do- 
mingiie.  A  l’égard  du  bois  de  l’Arbre,  ils  s’en  fervent  à  teindre  en  rouge,  com¬ 
me  nous  faifons  du  bois  de  Brefil. 


CHAPITRE  LU. 

Du  Baume  de  Tolu. 

Le  Baume  de  Tolu  eft  une  Réfine  qui  découle  du  tronc  de  plufieurs  arbres, 
par  le  moyen  des  incifions  qu  on  leur  fait. 

Ces  Arbres  ont  les  feuilles  approchantes  de  celles  du  Caroubier ,  &  fe  trou-; 
vent  en  grande  quantité  dans  une  Province  de  la  nouvelle  Efpagne,  qui  eft  en¬ 
tre  Cartilage  &  le  Nom  de  Dieu. 

Les  Habitans  des  lieux  attachent  au  bas  des  arbres ,  de  petits  vaiffeaux 
faits  de  Cire  noire  du  pais.  Lors  que  cette  liqueur  eft  tombée  ,'elle  fe  durcit ,  ôc 
devient  de  la  confiftance  &  couleur  de  la  Colle  de  Flandre  nouvellement  faite. 

Ce  Baume  eft  tres-rare  en  France  •  mais  ceux  qui  en  auront  befoin ,  le  pour¬ 
ront  faire  venir  d’Angleterre ,  où  il  fe  trouve  aftèz  ordinairement. 

On  le  choifira  nouveau,  d’une  odeur  fuave  &  pénétrante ,  approchant  de  celle 
du  Baume  de  Judée  ;  car  en  vieilliffant  il  devient  de  la  confiftance  du  Baume 
fèc. 

On  lui  attribue  les  mêmes  proprierez  qu’aux  autres  Baumes  j  mais  ce  qu’il  y  ^ 
de  particulier ,  c’eft  qu  étant  pris  intérieurement ,  il  n’excite  point  à  vomir. 


CHAPITRE  LUI. 

Du  Baume  nouveau. 

Le  Baume  nouveau  eft  fort  fcmblable  en  figure  &  couleur  à  celui  de  Tolu  * 
mais  d’une  odeur  bien  moins  agréable. 

Ce  Baume  fe  tire  ,  de  -la  même  maniéré  que  l’Huile  de  Laurier  ,  de  petits 
fruits  rouges ,  qui  viennent  par  grappes  fur  une  maniéré  d’arbre  ,  dont  les  feuil- 
9  les  font  fort  grandes  &  larges',  vertes  au  deflùs,  &  verdâtres  au  deflbus,  qui 
^Artïi. 


28z  Hiftoire  generale 

croift  dans  les  Indes  Occidentales  ,  principalement  dans  l’Ifle  de  Saint  Domin- 
gue. 

Ce  Baume  eft  Ci  rare  en  France,  qu’il  ne  s’en  voit  prefque  point  du  tout. 


C  H  A  P  I  T  R  E  L'i  V. 

Du  Liquid-AmbàT, 

Le  Liquid*  Ambar  eft  une  Re'fîne  liquide,  claire  &  rougeâtre,  qui  découle  du 
tronc  de  fort  gros  &  grands  Arbres  ,  dont  les  feuilles  font  femblablcs  à 
celles  du  Lierre,  &  qui  croiflcnt  en  quantité  dans  la  nouvelle  Efpagne,  où  ils 
oçoçoi.  font  appcllés  Ofoço/. 

Les  Indiens  incifent  l’écorce  de  ces  Arbres,  qui  eft  groftè  &  fort  épaiftè,  64 
aufti-toft  il  en  fort  une  Réfine  j  quand  ils  en  ont  une  quantité  raifonnable ,  ils 
l’envoient  en  Efpagne,  où  elle  eft:  vendue  par  barils ,  comme  on  fait  ici  la  Therc- 
bentinc  fine  -,  &  autant  qu’elle  étoit  commune  autrefois  en  France ,  autant  elle 
y  eft:  rare  aujourd  hui. 

Comme  on  en  peut  foire  venir  aifémeiit  d’I  fpàgne  ,  on  la  choifira  claire , 
d’une  bonne  odeur,  tirant  à  celle  de  l’Ambre  grisj  ce  qui  l’a  fait  appeller  Li- 
quidambar ,  qui  veut  autant  dire  Ambre  liquide^  d’un  blanc  doré ,  en  ce  qu’en 
vieilliflànt  elle  s’épaiftît  &  rougir. 

Ceft  un  Baume  exquis  pour  la  guéiifon  des  playes,  principalement  pour  les 
Fiftules  âlaniis. 

Nous  vendons  de  deux  fortes  de  Liquid-Ambar ,  l’un  en  Huile  claire ,  qui 
pour  ce  fûjet  eft  appelle  Huile  de  Liquid-Amb^r  -,  &  l’autre  en  Huile  de  la  conlif- 
tancc  de  la  Térébenthine, c’eft  pourquoi  il  eft  appcllé  Bnume  de  Liquid-Ambar. 
Mais  cette  différence  ne  provient  que  fiiivant  qu’il  eft  tombé  de  l’arbre  j  car  ce 
qui  fort  le  premier,  eft  toujours  le  plus  clair,  &  ainfi  doit  cftrc  préféré  à  l’autre. 
Baume ,  ou  Et  comîue  cc  Lîquid- Ambar  eft  rare ,  on  fe  fert  à  fa  place  d’une  Huile  de  Mille- 
Muupï-  percuis ,  qui  fe  fait  avec  des  fleurs  de  Millepertuis ,  que  l’on  met  dans  de  l’Huile 
wis-  d’olives  au  Soleil  pendant  la  Canicule.  Ces  fleurs  donnent  à  cette  Huile  une 
couleur  rouge  tres-belle  -,  quelques-uns  y  ajoutent  fort-à-propos  de  laTereben- 
thine  fine,  &  même  du  Saffran.  Plus  cette  Huile  eft  vieille  faite,  plus  elle  a  de 
vertu  -,  l’on  pourroit  appeller  cette  Huile  un  <veritable  'Baume ,  &  qui  ne  revient 
pas  à  grands  frais ,  ces  fleurs  étant  à  fort  bon  marché.  Mais  ce  qu’il  y  a  à  pren¬ 
dre  garde  ,  c’eft  que  fi  l’on  veut  que  cette  Huile  foit  d’une  belle  couleur  rouge  , 
il  ne  faut  employer  que  les  petites  fleurs  jaunes ,  car  le  vert  cmpêchcroit  qu’elle 
ne  fut  d’un  beau  Rouge. 

Huile  <ie  encore  une  autre  Huile  de  couleur  bleue,  avec  des  fleurs  de  Camo- 

eamomiiic.  mille  ,  en  y  procédant  de  la  même  maniéré  j  mais  il  y  a  bien  à  dire  quelle  ait 
autant  de  vertu  que  celle  de  ci-defTus. 


La  Tercbenthinc  cft  une  liqueur  claire  &  tranfparente,  qui  dccoulc  par 
le  moyen  des  incifions  que  l’on  fait  aux  troncs  &  aux  branches  de  plufieurs 
:s ,  comme  il  fe  verra  cy-aprés. 

Nous  vendons  ordinairement  de  trois  fortes  de  Terebenthines  :  fçavoir  la 
Terebenthine  de  Chio,  la  Terebenthine  du  bois  de  Pilatrc,  &  la  Therebentinc 
de  Bourdeaux.  Il  s  en  trouve  encore  d’autres  dans  la  plûpart  des  boutiques ,  ce 
qui  ne  provient  que  par  les  faux  noms  que  l’on  leur  donne ,  &  par  la  fbphiftication 
que  l’on  leur  fait ,  ainfi  que  je  le  vais  décrire. 

La  première  &  la  plus  cherc  de  toutes  les  Terebenthines,  cft  celle  de  Chio, 
qui  découle  du  tronc  &  des  groftès  branches  d’un  Arbre  de  moyenne  grandeur, 
appellé  Terebinth ,  qui  croift  en  abondance  dans  l’Iflc  de  Chio  ,  en  Cypre  ,  en 
Elpagne ,  &  même  en  France.  Ces  Arbres  pouffent  des  feuilles  vertes ,  desüeurs 
&  des  fruits  de  la  Figure  cy-deffus.  A  l’égard  des  fruits,  il  y  en  a  de  deux  maniè¬ 
res  -,  l’un  de  la  groffeur  de  nos  Noifettes ,  &  de  la  figure  de  nos  Piftaches  :  &  les 
autres  affez  femblables  aux  grains  de  Genévre.  Mais  comme  nous  ne  faifons  au- 


Bijon. 


Tereben- 
chine  fine. 


284  Hiftoire  generale 

clié  que  l’on  en  fera  ^  car  nous  ne  pouvons  gue'res  e'tablir  la  véritable  Térében¬ 
thine  de  Chio ,  à  moins  de  fix  ou  lept  francs  la.livre. 

Cette  Terebenthine  eft  fort  peu  ufitée  en  Médecine ,  à  caufe  de  fa  cherté  j 
caî:  le  peu  de  débit  que  l’on  en  fait ,  ne  mérite  pas  la  peine  d’en  parler  -,  &  fi  ce 
n’étoit  quelques  Curieux  ôc  honneftes  Apoticaires,  qui  compofent  la  Theriaque, 
ou  d’autres  Particuliers  qui  en  emploient,  je  crois  que  ce  ne  (èroit  pas  la  peine 
d’en  faire  venir.  Ce  qui  provient  en  partie  de  ce  qu’il  y  en  a  qui  vendent  de  celle 
de  bois  de  Pilatre  en  fon  lieu  &  place ,  à  quoi  on  doit  prendre  garde. 

La  fécondé  eft  la  Terebenthine  de  bois  de  Pilatre  en  Foreft,  que  nous  ven¬ 
dons  fauflement  fous  le  nom  de  Terebenthine  de  Venife,  Cette  Terebenthine  dé¬ 
coule  premièrement  fans  incifion,  des  Melezes ,  Pins  &  Sapins ,  pendant  la  gran¬ 
de  chaleur  ^  &  cette  Terebenthine,  ou  plutôt  baume  naturel ,  eft  appellée  des 
Lyonnois  Bijon.  Mais  lepeu  que  nous  en  voyons  ne  mérité  pas  d’en  parler,  ce 
qui  ne  provient  que  de  noftre  ignorance ,  de  laquelle  Meftieurs  les  Lyonnois 
(cavent  bien  profiter,  en  nous  la  vendant  pour  véritable  baume  blanc  du  Pérou. 
Il  n’y  a  point  de  tromperie  pour  la  qualité  j  car  je  foutiens  que  le  vrai  Bijon,  ou 
Terebenthine  eft  découlé  fans  aucune  incifion,  a  tout  autant  de  vertu  que  le 
Baume  blanc  du  Pérou.  Ce  qui  eft  bien  contraire  à  ce  que  marque  Monfieur  de 
Furetieres,  qui  dit  que  le  Bijon  eft  une  Drogue  que  les  Apoticaires  fiibftitucnt 
à  la  place  de  la  Terebenthine  -,  grolTe  erreur.  Ils  font  bien  mieux  appris  que  cela 
par  plufieurs  railbns.  La  i.  en  ce  qu’une  livre  de  vrai  Bijon  vaut  plus  que  fix  livres 
de  Terebenthine.  La  fécondé,  eft  que  je  fuis  feur  qu’il  y  a  très- peu  d’Apoticaires, 
&  meme  d’ Epiciers  de  Paris,  qui  fçaehent  ce  que  c’eft.  Et  la  troifiéme,  c’eft  que 
je  crois  que  fi  l’on  avoir  befoin  de  dix  livres  de  Bijon  a  Paris ,  on  auroit  bien 
de  la  peine  à  les  trouver ,  au  lieu  qu’il  fe  trouveroit  cinquante  milliers  de  Te¬ 
rebenthine. 

Pour  revenir  à  noftre  prétendue  Terebenthine  de  Vcnilè ,  je  dirai  que  lorf- 
que  les  Bizeards,  qui  font  de  pauvres  gens  qui  demeurent  dans  les  bois  de  Pilatre, 
&  même  dans  les  Montagnes,  voient  que  les  Arbres  ne  jettent  plus  rien  ,  ils  les 
incifent ,  d’ou  il  en  fortune  liqueur  claire  comme  de  l’eau,  d’un  blanc  doré,  ôc 
qui  en  vieilliftant  s’épaiflit,  &  devient  d’une  couleur  de  Citron.  Lors  qu’ils  ontTait 
la  récolté  de  la  Terebenthine,  ce  qui  arrive  deux  fois  l’année,  fçavoirau  Printems 
&  en  Automne,  ils  l’apportent  à  Lyon  dans  des  tonneaux,  ou  dans  des  peaux  de 
bouc,  vendre  aux  Marchands  Epiciers,  de  qui  nous  l’achetons.  On  doit  donc  eftre 
delabufé  de  croire  que  ce  que  nous  appelions  &  vendons  fous  le  nom  de  Tereben¬ 
thine  de  Venifey  en  foit  &  en  vienne.  Ainfi  on  ne  doit  plus  l’appeller  Terebenthine  de 
yenife ,  mais  doit  porter  le  nom  de  Terebenthine  fine  du  bois  de  Pilatre,  ou^^  Lyon, 

Quoi  qu’il  en  foit,  on  doit  choifir  la  plus  claire  &  la  plus  blanche  qu’il  fe  pour¬ 
ra,  en  prenant  garde  qu’elle  ne  foit  contrefaite  ou  additionnée  d’Fduile  de  Tere^ 
benthine  ^  ce  qui  fe  pourra  connoître  facilement  à  fa  couleur,  odeur  &  confiftan- 
ce  j  &  en  trempant  un  peu  de  papier  dedans  &  le  brûlant ,  fi  elle  eft  augmentée 
de  cette  Fduile,  elle  fera  une  flamme  noire  &  puante  :  au  contraire,  fi  elle  eft  natu¬ 
relle  ,  elle  aura  une  odeur  de  Réfine,  &  ne  brûlera  pas  fi  vite.  On  la  pourra  encore 
connoître  en  en  mettant  une  goutte  fur  l’ongle  j  fi  elle  eft  pure ,  elle  reliera  :  au 
contraire ,  fi  elle  eft  mélangée ,  elle  coulera. 

Cette  Terebenthine  fert  à  beaucoup  d’ufages ,  tant  à  caufe  de  les  grandes  pro- 
prietcz,  qu’à  caufe  que  quantité  d’Ouvriers  s’en  fervent,  principalement  ceux 
qui  font  le  Vernix. 

La  troifiéme  Térébenthine  eft  la  commune,  à  qui  l’on* a  donné  le  nomdç 


des  Drogues.  Livre  VII.  285- 

Bayone^  onde  Bourdeaux.  Cette  Terebenthine  eft  blanche  &  épaiffe  comme  du 
Miel  i  &  fe  fait  luivant  un  Mémoire  que  l’on  m’a  envoyé  de  Dax ,  qui  eft  l'en¬ 
droit  d’oû  vient  prefque  toute  celle  que  nous  vendons ,  tant  par  la  voie  de  Bour¬ 
deaux  ,  de  Nantes  ou  de  Roüen.  Cette  Terebenthine  ne  découle  pas  du  tronc 
des  Pins  &  Sapins ,  comme  la  plupart  le  croient  ;  mais  elle  eft  faite  d’une  réfine 
blanche  &  dure ,  que  nous  appelions  Galipoe  ;  &  les  Montagnards ,  Barras. 

A  l’égard  des  véritables  Terebentliînes  de  Venift ,  de  Cypre  &  de  Pife,  nous 
n’en  voyons  point  du  tout,  &  celle  que  nous  vendons  fous  le  nom  de  Venife^ 
eft,  comme  j  ai-  déjà  dit,  la  Terebenthine  du  bois  de  Pilatre,  à 
lieues  de  Lyon.  Pour  celle  de  Cypre ,  on  lui  fiibftituc  celle  de  Chio.  Pour  la  Pile, 
on  lui  fubftituë  celle  de  Comté,  ou  bien  de  la  Terebenthine  commune,  dans 
laquelle  on  fait  entrer  de  l’Huile  de  Terebenthine,  &  tantfoit  peu  de  Verd  de 
gris  pour  lui  donner  un  œil  verdâtre ,  quoi  que  mal  à-propos ,  pour  trois  raifons. 
La  première,  parce  que  la  véritable  Terebenthine  de  Pife  eft  d’un  blanc  jaun⬠
tre.  La  fécondé ,  c’eft  que  cette  Terebenthine  contrefaite  eft  capable  de  gâter 
les  Drogues  dans  quoi  elle  entre ,  à  cauie  de  i  Huile  de  Terebenthine ,  qui  ne 
convient  pas  à  toutes  fortes  d’Oiivrages.  La  troifiéme,  parce  qu’elle  eft  verd⬠
tre  ,  qui  eft  le  contraire  de  celle  de  Pife ,  qui  eft  jaune. 

Il  n’y  aguéres  d’endroits  où  l’on  fafte  plus  de  cette  fauftè  Terebenthine  qu’à 
Rouen  :  ce  qui  donne  fujet  à  tous  les  Colporteurs  d’y  aller  acheter  de  cette  mé¬ 
chante  Drogue ,  pour  enfuite  l’aller  vendre  à  la  campagne  aux  Apoticaires  &  au¬ 
tres  ,  qui  n’y  ont  pas  grande  connoifiânee ,  pour  fraie  Terebenthine  de  Venifè. 
Et  lors  qu’ils  rencontrent  quelques  Apoticaires  habiles  ,  ou  autres  peribnnes 
qui  la  rebutent ,  ils  dilènt  qu  elle  n  eft  pas  vraie  Veniic,  mais  qu  elle  vient  de  Piiè: 
&  ces  fiéfez  Trompeurs ,  fauf  ceux  qui  font  honneftes-gens  ,  fiparhazard  il  (è 
rencontre  qu’il  y  en  ait,  nomment  cette  Terebenthine  ,  &  généralement  toutes 
les  Drogues  fimples  ou  compofées  qu’ils  fçavent  qu’ils  ont  contrefaites  ,  foit 
pour  les  avoir  achetées  toutes  mélangées ,  ou  les  avoir  fophiftiquées  eux-mêmes, 
la  Courre ,  &  ceux  qui  les  mélangent ,  Gouneur^. 

Pour  les  compofitions  de  Pharmacie ,  ils  les  appellent  BerxeT^ ,  afin  que  les 
Apoticaires  qui  ont  lieu  de  Vifite  fur  eux,  n’entendent  pas  leur  patois.  Et  de  peur 
que  les  Apoticaires  des  petites  Villes  ne  les  puiftènt  furprendre  ,  d’abord  qu’ils 
entrent  dans  les  Villes ,  la  première  chofe  qu’ils  font,  eft  d’aller  à  leurs  Hôtelle¬ 
ries  porter  leur  prétendu  Berner  dans  un  grenier ,  &  enfuite  font  vifiter  leurs 
Drogues  fimples  aux  Apoticaires,  qui  le  plus  fouvent,  comme  dit  le  Proverbe, 
font  pajfer  quin-zf  pour  douze.  Car  je  puis  aflurer  que  ces  Colporteurs  font  gens 
les  plus  adroits,  &  qui,  fans  contredit,  font  fi  rufez,  que  c’eft  une  choie  iurpre- 
nantc  qu’étant  élevez  dans  des  bois ,  ils  en  fçaehent  plus  que,  fi  j’ofe  dire ,  tout 
ce  qu’il  y  a  d’honneftes  Marchands ,  mais  c  eft  en  malice  ,  &  ils  n’ont  appris 
cette  belle  fciencc  qu’à  deux  ou  trois  Marchands  qu’il  y  a  dans  chaque  grande 
Ville,  comme  à  Paris, Lyon,  Roüen,  &  autres. 

Pour  obvier  à  ces  abus ,  que  les  Malades  &  Ouvriers  neibient  point  trompez, 
&  que  les  Apoticaires  puiftent  vifiter  leurs  compofitions ,  ils  en  doivent  faire  la 
vifite  en  entrant  dans  les  Villes,  Bourgs,  ou  Villages ,  &  ne  point  permettre  qu  ils 
iè  déchargent  dans  leurs  Hôtelleries. 

Enfin,  je  crois  en  avoir  aftèz  dit  au  fujet  de  ces  Colporteurs ,  tarit  pour  empê¬ 
cher  que  le  Public  ne  foit  trompé,  que  pour  leur  procurer  leur  (alut.  Et  d’ailleurs 
les  Apoticaires ,  Chirurgiens ,  &  autres  doivent  confiderer  que  ce  font  de  pau¬ 
vres  gens  qui  ont  bien  de  la  peine ,  &  qui  font  de  grands  frais.  Ce  qui  les  oblige 

Nn  iij 


286  Hiftoire  generale 

à  tromper  de  la  forte ,  c’eft  le  bon  marche  que  Ion  leur  demande.  On  pourroit 
encore  remedier  a  ces  abus ,  en  les  contraignant  de  porter  des  Certificats  de 
ceux  de  qui  ils  ont  acheté  leurs  Marchandifes,  &  qu’ils  ne  la  débitalTent  que  dans 
des  pots  &  pacquets  de  differens  poids ,  &  cachetées  par  celui  qui  les  leur  auroit 
vendues.  Par  ce  moyen  on  obligeroit  ces  prétendus  Droguiftes  à  vendre  de  bel¬ 
les  &  bonnes  Marchandifes  :  je  crois  que  ce  feroit  la  plus  grande  charité  que  l’on 
pourroit  faire  j  car  il  eft  certain  qu’il  meurt  autant  de  perlonnes  par  les  méchan¬ 
tes  Drogues  que  l’on  leur  donne ,  qu’il  en  meurt  de  maladie ,  ainfi  que  l’on  a 
pu  remarquer  par  le  cours  de  ce  prclent  Ouvrage. 

A  l’égard  de  la  Térébenthine  de  Strafbourg ,  elle  vient  rarement  jufques  à 
nous ,  mais  elle  fe  débité  en  Hollande. 


CHAPITRE  LVl. 

Du  Barras. 

Gaiipot,  vendons  de  deux  fortes  de  Barras  ,  l’un  fous  le  nom  de  CnUpot ,  ou 

blanc:  &c  l’autre  fous  celui  à' incens  Marbré  y  ou  du  nom  Provençal 
MlTaré.  Madré.  Ces  Galipots  ne  different  qu  en  couleur  t  le  premier  qui  eft  le  blanc,  eft 
une  Réfine  qui  découle  parles  incifions  que  l’on  fait  aux  Pins  j  d’où  luy  eft 
Gomme ,  vcuu  le  uom  de  Gomme ,  ou  de  Réfine  de  Pin  &  lors  qu’il  découle  par  un  beau 
de  temps ,  il  eft  net  &  blanc  :  &  lors  qu’il  attrape ,  en  découlant,  quelque  partie  de 
fon  écorce ,  il  le  làlit ,  &  le  plus  fouvent  eft  tout  marbré  ;  &  pour  cette  mar¬ 
brure  ,  fiir  tout  quand  ce  Galipot  eft  beau  ,  les  Colporteurs  le  vendent  pour 
du  Benjoin ,  quoi  que  bien  different ,  en  ce  que  le  Benjoin  a  bonne  odeur  ,  Sc 
le  Galipot  madré  put  extrêmement  :  ce  qui  lui  a  fait  donner  les  noms  à' Encens 
commun,  ou  à' Encens  de  yilUge.  Quoi  qu  il  en  foit,  comme  le  Galipot  eft  une 
Marchandife  qui  a  plufieurs  ufages ,  &  que  c’eft  la  baze  de  toutes  les  Marchan¬ 
difes  qui  fe  trouveront  cy- après  décrites  ,  je  dirai  que  l’on  doit  choifir  le  Ga¬ 
lipot  blanc ,  bien  net ,  le  plus  fec  que  faire  fe  pourra, Outre  les  grands  ufages  que 
l’on  en  fait ,  on  s’en  fert,  affez  mal-à-propos ,  pour  mettre  dans  la  Cire,  ce  quife 
pratique  depuis  un  certain  temps. 

Qtiant  au  Madré ,  il  n  a  autre  ufàgc ,  que  je  fçache ,  que  pour  vendre  au  lieu 
de  Benjoin,  en  ce  qu’il  y  en  a  qui  lui  reffemble  fi  bien,  que  fi  cen’étoit  fbn  odeur, 
on  auroit  peine  d’en  faire  la  différence. 

On  fond  le  Galipot  blanc  ^  &  lors  qu’il  eft  fondu ,  on  le  met  dans  des  banques 
ou  demi  bariques,  qui  font  des  pièces  de  trois  cens  cinquante  jufques  àfept  cens 
GrofTc  Te-  livres  :  &  enluite  on  nous  les  envoie  fous  le  nom  de  Cmjje  Terebemhine ,  ou  de 
re  >cnt  inc.  conmune,  laquelle  doit  eftre  la  plus  cUire ,  &  fa  moins  remplie  d’eau 

qu’il  fe  pourra. 

Comme  la  Tcrebenthine  eft  une  Réfinc  qui  eft  plus  ou  mpins  claire ,  il  fç  ren¬ 
contre  des  bariques  de  cette  Marchandife ,  où  il  y  a  quelquefois  des  cinquante 
livres  de  cette  Tcrebenthine  claire  comme  de  l’eau ,  qui  nage  au  deftùs,  que  la 
plupart  la  vendent  pour  Tcrebenthine  de  Venife ,  ce  qui  fe  pourra  connoître  à 
fa  couleur  rouftè. 

La  Tcrebenthine  commune  eft  fort  en  ufage  par  les  Imprimeurs  en  Lettres, 
pour  lacompofition  de  leurs  Encres  ;  par  les  Maréchaux,  &  pour  faire  le  gros 
Vernix ,  qui  fe  fait  en  faifant  liquéfier  la  Tcrebenthine  commune  dans  l’huile  de 


des  Drogues.  Livre  V  î  I.  287 

Térébenthine:  mais  cell  unç  compofirion  qu’il  faut  faire  dans  des  lieux  eéar. 
tez ,  à  caufe  du  feu. 

On  diftilc  la  Terebenthine  dans  de  grands  Alambics ,  &  il  en  fort  une  eau 
enliiite  une  huile  blanche  j  puis  une  huile  rouge  ,  qui  eft  un  véritable  Bau¬ 
me  naturel ,  tant  pour  la  guérifon  des  plaies  ,  que  pour  gue'rir  les  engelures. 

Mais  comme  cette  Huile  blanche  &  rouge  n’efl:  pas  fort  iifitee ,  c’eft  pour  ce  fu- 
jet  que  nous  n’en  faÜons  aucun  négoce.  Mais  en  recompenfe  nous  faifons  un 
débit  confiderable  de  l’huile  que  l’on  tire  par  l’alambic  du  Galipot ,  âufli-toft 
qu’il  eft  forti  de  l’arbre.  Cette  huile  le  fait  en  quantité  dans  la  Foreft  de  Cugés , 
à  quatre  lieues  de  Marfèille,  &  dans  les  Landes  de  Bourdeaux  :  cette  huile  difti- 
lé^  du  Galipot  ,  eft  ce  que  nous  appelions  &  vendons  fous  les  noms  d'fiuile  EfTcncc, 
Ætherée ,  defprtt^  ou  àejjence  de  Terebenthine.  Du  refidu  qui  refte  dans  l’alambic, 
on  en  fait  du  Bray  fec,  qui  eft  ce  que  nous  appelions  ArcAn^on ,  &  de  U  Poix 
noire ,  comme  il  fe  verra  cy-aprés. 

L’Huile  de  Terebentine  ^  pour  eftre  bien  de  vente ,  &  propre  à  tous  ufages ,  doit 
eftre  claire  &  blanche  comme  de  l’eau  ,  d’une  odeur  forte  &  pénétrante.  C’eft 
encore  une  méchante  Marchandife  à  garder  par  le  gros  déchet  quelle  fait,  &le 
,  rifque  du  feu ,  fans  y  pouvôir  faire  aucun  profit,  fur  tout  ceux  qui  la  vendent  en 
gros;  c’eft  ce  qui* fait  que  la  plupart  n’en  veulent  pas  vendre.  Cette  Huile  eft 
aufli  fort  en  ufage  par  divers  Particuliers ,  comme  Peintres,  Maréchaux,  &  autres. 

Elle  eft  aufti  un  véritable  Baume  naturel ,  fort  propre  pour  toutes  (brtes  de  nou¬ 
velles  playes. 

Quelques  perlonnes  m’oftt  voulu  aflùrcr  que  l’huile  de  Terebenthine  qui  vc- 
noit  de  Marfèille  dans  des  bouteilles  de  fer  blanc,  croit  faite  avec  des  herbes  aro¬ 
matiques  ,  comme  Thin ,  Romarin ,  Lavande  ,  &  autres  femblables,  &  que  cette 
Huile  étoit  appellée  Huile  d Herbes,  Mais  cela  ne  m’a  pas  efté  confirmé  par  plu- 
fleurs  Lettres  que  j’ai  reçues  de  Marfcille^  Au  contraire ,  chacun  m’a  aüuré 
qu’elle  étoit  faite  avec  le  Galipot. 

On  fait  fondre  le  Galipot  avec  tant  foit  peu  d’huile  de  Terebenthine  ,  PoixgraiTej 
&  de  la  Terebenthine  commune,  &  enfuite  c’eft  ce  que  nous  appelions  Poix  blanche,  oU 
grajfe ,  ou  Poix  blanche  de  Bourgogne ,  à  caufe  que  l’on  prétend  que  la  meilleure  BoJ'rgîgne. 
&  la  première  s’eft  faite  à  faint  Nicolas  en  Lorraine  :  Ce  qui  eft  tout  le  contraire 
d’aujourd’hui  ;  car  la  meilleure  Poix  grafîè  vient  de  Hollande  &  de  Straftiourg, 
d’où  nous  la  faifons  venir.  Il  eft  à  remarquer  que  cette  Marchandife  ne  nous 
vient  incognito  j  car  fi  Ion  attrapoit  ceux  qui  l’apportent,  ils  fèroient  auffi- 
toft  punis  ,  eftant  une  Marchandife  de  contrebande  :  &  les  Hollandois  font 
comme  fi  l’on  ne  s’en  pouvoir  pafTer  en  France.  Il  eft  vrai  quelle  eft  la  plus  par¬ 
faite  :  mais  il  s’en  fait  en  divers  endroits  de  France ,  qüi  approche  fi  fort  de  celle 
de  Hollande ,  que  l’on  a  aflèz  de  peine  d’en  pouvoir  faire  la  differcnce. 

Je  crois  que  ce  qui  fait  que  la  Poix  graffe  que  nous  faifons  en  France ,  a  plus 
d’odeur  &  moins  de  corps >  &  eft  plus  blanchâtre  que  celle  de  Strafboui^,  c  eft 
que  nous  y  mettons  trop  d  huile  &  de  groflès  Terebenthines  :  je  penfe  mêire 
que  les  Hollandois  ne  fe  fervMtt  que  de  Galipot.  Cela  peut  provenir  auffi  des 
differens  climats.  Mais  quoi  cp  il  en  foit,  je  dirai  que  l’on  doit  choifir  la  Poix 
graffe,  vraye  Hollande ,  la  plus  blonde,  la  moins  remplie  d’eau,  &  la  moins 
coulante  que  Elire  fe  pourra.  Son  ufage  eft  pour  plufieurs  ouvrages,' ou  elle  eft 
rcquife.  On  s’en  fert  aufti  quelque  peu  dans  la  Medecine,  à  caufe  qu  elle  eft  fort 
attraélive.  Mais  c’eft  un  Emplâtre  bien  incommode  :  car  aufti  toft  quelle  a  été 


p.  ix  Refî¬ 
ne. 


Arrançon  , 
ou  Bray  ûc. 


Poix  noire. 


Huile  & 
Baume  de 


Bougie  noi* 


Poix  Na- 

valle.  Cou¬ 
dra  11  eom- 
po(é  ,  ou 
ZopiÂa- 


288  Hiftoire  generale 

quelque  temps  fur  la  chair,  il  l’y  faut  abfolument  laiiTer,  àmoins  que  de  l’ôter 
avec  de  l’huile  chaude. 

On  fait  encore  avec  le  Galipot ,  le  faifant  cuire  jufqu’à  une  certaine  conhftan- 
ce ,  ce  que  nous  appelions  Poix  R  éfine  ;  mais  celle  que  nous  vendons  eft  faite 
du  Galipot  qui  eft  ramalfé  aux  pieds  des  arbres ,  en  un  mot  de  celui  qui  eft  fale. 
Et  apres  avoir  efté  fondu ,  il  eft  jette  dans  des  bacquets,  pour  en  former  de  gros 
pains  de  cent  à  cinquante  livres ,  tels  que  nous  les  voyons.  La  plus  belle  Refîne 
vient  de  Bayonne  &  de  Bourdeaux  ^  &  pour  cftrc  de  la  belle  qualité ,  elle  doit 
eftre  féche,  blonde,  la  moins  remplie  d’eau  &:  de  fable  que  faire  le  pourra. 

Plufieurs  Particuliers  fe  fervent  de  la  Poix-Réfinc,  comme  les  Ferblantiers  & 
les  Chaudronniers ,  en  ce  qu’il  eft  impoflible  de  pouvoir  étamer  fans  cette  Pbix. 
Elle  a  auftî  quelque  peu  d’ulàge  dans  la  Médecine ,  entrant  dans  plufieurs  Oar 
guens  &  Emplâtres.  On  fait  de  plus  avec  le  Galipot ,  en  le  faifant  cuire  /ufqu’â 
ce  qu’il  foit  prefque  brûlé,  ce  que  nous  appelions  Arcmqon ,  ou  BrAy  fec.  Mais 
tout  celui  que  nous  vendons ,  vient  de  Bayonne  &  de  Bourdeaux  ;  &  ce  n  eft 
autre  chofe  que  ce  qui  eft  refté  dans  les  Alambics ,  après  en  avoir  tiré  1  huile. 
Cet  Arcançon  doit  eftre  fec ,  bien  transparent,  &  le  plus  foncé  en  couleur  que 
faire  fe  pourra,  , 

L’ Arcançon,  que  nous  appelions  mal  à  propos  Colophane j  eft  aufli  quelque 
peu  ufité  dans  la  Medecine  :  mais  fon  plus  grand  ufage  eft  pour  plufieurs  Ou¬ 
vriers  qui  s’en  fervent. 

Cet  Arcançon  eftant  encore  chaud,  on  jette  dedans  une  quantité raifonnablc 
de  Goudran  ou  Tare ,  afin  de  lui  donner  une  couleur  noire ,  &  enfuite  eft  ce  que 
nous  appelions  Poix  noire ,  dont  nous  en  avons  de  deux  fortes ,  qui  ne  different 
neanmoins  que  fiiivant  qu  elle  eft  dure  ou  molle. 

La  meilleure  &  la  plus  parfaite  Poix  noire,  eft  celle  qui  nous  vient,  auffi  bien 
que  le  Tare,  de  la  Norvège  &  de  la  Suede  ,  mais  principalement  de  StolKom  *, 
laquelle,  pour  eftre  de  la  bonne  qualité,  doit  eftre  d’un  beau  noir  luilant  faifant  le 
Soleil ,  &  en  un  mot  la  plus  approchante  du  Bitume  'de  )udée  que  faire  fe  pourra. 
On  fait  quelquefois  en  France  de  la  Poix  noire ,  mais  il  y  a  bien  à  dire  qu’elle  ne 
foit  fi  belle  que  celle  de  StolKom. 

La  Poix  noire  eft  fort  en  ufage  à  caufe  de  fes  grandes  proprietez,  tant  pour 
calfeutrer  les  Vaiffeaux,  que  parce  quelle  eft  employée  par  diverfes  profeffions , 
fur  tout  par  les  Orfèvres  en  cuir.  Elle  a  aufli  quelque  peu  d’ufage  dans  la  Mede¬ 
cine,  mais  le  peu  que  l’on  s’en  fert  ne  mérité  pas  la  peine  d’en  parler. 

On  tire  de  la  Poix  noire ,  par  le  moyen  d’une  Cornue ,  une  Huile  rougeâtre , 
â  qui  par  excellence ,  &  à  caufe  de  fes  grandes  proprietez ,  on  lui  a  donné  le  nom 
de  Baume ,  ou  de  Poix.  C’eftun  tres-bon  Baume  ^  &  l’on  prétend  que  fes 
qualitez  approchent  de  celles  du  Baume  naturel. 

On  fond  la  Poix  noire ,  &  enfuite  on  en  imbibe  des  mèches  i  &  étant  roulée 
&  refroidie ,  eft  ce  que  nous  vendons  fous  le  nom  de  Bougie  notre ,  dont  on  fe 
fervoit  autrefois  pour  noircir  les  fouliers.  Mais  depuis  que  l’on  a  fait  une  com- 
pofition  de  Cire  noire ,  on  ne  fçait  plus  ce  que  c^. 

Outre  cette  Poix  noire ,  il  y  en  a  encore  une  aWe  à  qui  les  Anciens  ont  don¬ 
né  le  nom  de  Zopijfa  ,  qui  eft  proprement  ce  que  les  Mariniers  appellent  Gou- 
dran^  dont  ils  fe  fervent  pour  goudronner  leurs  Vaiffeaux.  Ce  ZopifÊ  eft  une  corn- 
pofition  de  Poix  noire ,  de  Poix  Réfine ,  de  Suif,  &  de  Tare  fondus  enfèmble  ; 
Il  y  en  a  qui  prétendent  que  c’eft  la  vraye  Poix  Natalie  que  les  Apoticaires  doi¬ 
vent  employer  dans  les  compofitions ,  ou  la  Poix  Navalle  eft  requilè  :  c’eft  ce 

que 


des  Drogues.  Livre  V  I  î!  289 

que  je  ne  fçai  pas.  Mais  je  fçai  bien  qu’ils  ne  fe  donnent  pas  la  peine  d’em¬ 
ployer  dans  leurs  compofitions  celle  qui  a  efté  raclée  des  VaifTcaux  ^  mais  fe  fer¬ 
vent  de  la  Poix  noire  ordinaire. 


.  ’  CHAPITRE  LVIÎ. 

ï)u  T tre  J  OU  Qoudran. 

Le  Tarc^  ou  Goudran  ^  ou  Br>ty  liquide  ^  eft  une  liqueur  claire  &  graflêj 
qui  découle  du  tronc  des  vieux  Pins.  Lors  que  l’on  les  veut  faire  mourir, 
les  suédois  &  Norvegeois  les  incilent ,  &  enlïiite  coupent  l’écorce  tout  autour 
de  l’arbre.  L’écorce  de  ces  Pins  eftant  coupée  ,  au  lieu  de  jetter  du  Galipot 
Liane ,  ils  en  rendent  du  noir ,  qui  ell  le  Tare  -,  &  d’abord  que  toutle  Tare ,  qui 
eft  comme  la  gr  aille  de  l’arbre ,  eif  tombé ,  ces  arbres  meurent,  &  ne  fervent  plus 
qu’à  brûler. 

On  doit  eftre  defabufé  de  croire ,  comme  le  marquent  plufieurs  Autheurs  ; 
quidifent  que  le  Tare  eft  fait  en  brûlant  les  Pins  j  car  il  eft  certain  que  tout  le 
Tare  que  nous  vendons ,  fe  fait  de  la  maniéré  cy  dclfus ,  &  non  par  le  moyen  des 
Pins  que  l’on  brûle. 

Ce  qui  lé  trouve  de  clair  deftus  le  Tare ,  eft  appcllé  mal-à  propos ,  huile  de 
Cade,  ou  huile  de  Poix,  Le  Tare  eft  fort  en  ulage  par  les  Mariniers  &  les  Ma- 
réel  taux ,  tant  pour  marquer ,  que  pour  la  galle  des  Moutons  &  autres  animaux. 

Son  choix  eft  d  eftre  naturel  &  bien  net,  &  non  fait  avec  des  feffes  d’huile  &  de 
la  Poix  noire,  &  vei  i  able  StolKom. 

Nous  vendons  cette  Huile  claire  fous  le  iionâ  d  Huile  de  CadefAuJJe^  pour  la 
différencier  delà  véritable  Huile  de  Cade,  qui  eft  faite  de  la  manière  que  je  l’ai 
marqué  au  Chapitre  du  Genewe. 

L'on  fait  avec  la  Réfine  ou  avec  l’Arcançon  ,  un  Noir,  qui  eft  ce  que  nous  Noir  dt 
appelions  Noir  de  Fumée,  dont  nous  en  avons  de  deux  façons ,  fçavoir  en  pou- 
dre  &  en  maffe.  Celui  en  poudre  fe  vend  au  boiffeau ,  ou  dans  des  petits  barils 
longs ,  &  l’autre  fe  vend  au  poids.  Le  Noir  eft  employé  par  divers  Ouvriers  qui 
s’en  fervent.  C’eft  une  Marchandifè  ,  aufti-bien  que  tour  ce  qui  vient  de  la  Poix, 
qui  eft  extrêmemet  fujette  à  prendre  feu  ^  &  quand  une  fois  il  y  eft ,  on  a  bien 
de  la  peine  à  le  déteindre  Que  cet  avis  ferve  aux  Epiciers ,  &  qu’ils  foient  avertis 
de  ne  fe  pas  fier  à  des  Apprentifs ,  pour  aller  quérir  de  ces  fortes  de  Marchandi- 
fes  dans  une  cave  :  &  fi  on  eft  loge  au  large ,  on  doit  mettre  toutes  ces  fortes  de 
Drogues  feparées  des  autres ,  &  dans  une  cave  bien  voûtée  ;  afin  que  fî  par  mal¬ 
heur  le  feu  venoit  à  s’y  mettre^  il  n’y  eût  pas  d’autre  Marchandifè  perdue.  Quand 
il  eft  dedans ,  il  ne  faut  pas  fe  fervir  d’eau  pour  le  déteindre,  mais  il  faut  étouffer 
le  feu  avec  des  linges  ou  pailles  moüillées. 

La  plupart  du  Noir  que  nous  vendons  fe  fait  a  Paris ,  avec  les  menus  de  Poix 
Réfine  &  Arcançon ,  qui  après  avoir  efté  fondus  &  purifiez  d’une  partie  de  leurs 
ordures,  on  en  emplit  des  marmites  de  fer ,  &  après  on  y  met  le  feu  fbus  des 
cheminées ,  &  dans  des  endroits  ou  il  y  a  des  toiles  pour  en  recevoir  la  filmée  j 
&  lorfque  ce  qui  eftoit  dans  ces  marmites  eft  confumé ,  on  en  remet  d  autre ,  en 
continuant  toûjours  de  la  même  façon ,  jufqucs  à  ce  que  l’on  ait  affez  de  Noir. 

Enfuite  on  le  met  dans  des  tonneaux  ou  autres  vaîfléaux  pour  le  befoin. 


/  /.  Pâme, 


Oo 


1<)0 


Hiftoire  generale 


CHAPITRE  LVIII. 

De  la  Colo'phone.  '  . 

La  véritable  Colophone  eft  de  la  Terebenthine  fine,  &  cuite  dans  de  l’eau, 
jufqu’à  ce  quelle  ait  acquis  une  conbftance  folide ,  &  par  ce  moyen  ren¬ 
due  portative.  On  doit  donc  eftre  defàbufé  de  croire  ■  &  on  ne  doit  plus  ap-, 
peller  noftre  Arcançon  brun ,  &  duquel  on  fe  fert  à  dilFercns  ulages ,  Colopho^ 
nés  puifque  la  véritable  Colophone  cilla  Terebenthine  du  bois  dePilatre  cuite, 
endurcie  à  force  de  boüillir.  On  connoît  quand  cette  Terebenthine  eft  cuite,  lorf- 
qu’aulh-toft  qu’elle  eft  retirée  de  l’eau,  elle  lè  durcit  &  fecaftèj  cette  Drogue  ainft 
tîmfcmtc  cuite,  eft  ce  que  les  Apoticaires  appellent  Therebenthine  cuite  ,  &  de  laquelle 
eftant  encore  chaude ,  ils  en  forment  des  Pillules ,  qu’ils  roulent  enfuite  dans  de 
la  poudre  deReglifte,  ou  qu’ils  couvrent  de  feuilles  d’or,  &  enfuite  c’tft  ce  qu’ils 
rm nies  de  appellent  de  Terebenthine  ^  dont  ils  fe  fervent  pour  guérir  les  Maladies 

Terebinthe  yencrienncs.  Et  comme  cette  Colophone  ,  foit  enmaftè,  ou  en  pillules-, eft  fans 
_  aucun  mélange,  les  Marchands  Epiciers  en  pourront  vendre  de  même  que  les 

Apoticaires. 

Pour  ce  qui  eft  de  l’étymologie  du  nom  de  Colophone ,  l’on  prétend  qu’il 
dérive  du  nom  d’une  Ville  appcllée  Colophone  dans  l’Ionie ,  ou  elle  s’eft  faite  la 
première  fois. 


CHAPITRE  LIX. 

Du  Vernix. 

vernixsic.  vcndons  de  ftx  fortes  de  Vernix,  fçavoir  le  Vemix  Siccatif  ^  qui  eft  de 

Mtif"'’'  l’huile  d’Afpic,  de  la  Terebenthine  fine,  &  du  Sandarac  fondu  enfcmble.  Le 

vernix  fécond  eft  le  Vernix  blanc,  furnommé  de  Venife,  qui  eft  de  l’huilc  dé  Tcrcbenthi- 
alTenifc'"  ne, de  la  Terebenthine  fine,&  du  Maftic  fondu  enfemblc.  Le  troifiéme  eft  le  Vernix 
Vernix  â  Efprit  de  Vin ,  qui  eft  du  Sandarac ,  du  Karabé  blanc ,  de  la  Gomme  Elemi  &  du 
a  hfpnt  ac  Le  ^  eft  le  V ernix  doré,  qui  eft  de  l’huile  de  Lin,  du  Sandarac ,  de  l’Aloës , 

Vernix  ao-  jç  Gomme  Gutte,  &  de  la  Litarge  d’or.  Le  cinquième,  eft  le  Vernix  a  U  bron~ 
wic^ou  ^^jCude  la  chine ,  qui  eft  de  la  Gomme  Lacquc,dc  la  Colophone,  du  Maftic 
dciiciunc.  en  larmes,  &  dcl’Eiprit  de  Vin.  Le  fixiémeeftle  Vermx  Commun  ^  qui  n’eft  que 
Commun,  de  la  Terebenthine  commune,  fondue  dans  de  l’huile  de  Terebenthine ,  ainfi  que 
je  le  marque  au  Chapitre  de  la  greffe  Terebenthine. 

Il  y  a  un  feptiéme  Vernix  que  quelques  Religieux  font  :  mais  comme  nous  n’en 
faifons  aucun  commerce ,  c’eft  pour  ce  fujet  que  je  n’en  dirai  rien.  * 

A  l’égard  de  la  façon  &  de  la  doze ,  chacun  le  fait  à  fa  fantaifîe.  Mais  ce  qui 
eft  à  remarquer,  c’eft  de  prendre  garde  au  feu,  &  d’y  employer  tout  ce  qu’il  y 
a  de  plus  beau  j  car  on  ne  peut  faire  le  Vernix  trop  proprement. 


Tin  des  Comnés. 


291 


HISTOIRE 

GENERALE 

DES  DROGUES 


LIVRE  HUITIEME 

Des  Sucs. 

P  R  E  F  A  C  E. 

E  mot  de  Suc ,  ftgnfie  une  fibfiance  liquide ,  qui  fait  une  partie  de 
U  compofition  des  Plantes ,  qui  fe  communique  à  toutes  les  autres 

parités  ,  pour  fer^vir  ^  leur  nourriture  à  leurs  accroijfemens  s  gÿ 
le  Suc  ejl  aux  Plantes  ce  que  le  Sang  efl  aux  Animaux.  Le  Suc  Je 
prend  encore  pour  une  Liqueur  épaijfe ,  que  l'on  tire  des  Végétaux  , 
ou  de  leurs  parties  s  gÿ  par  le  moyen  du  Soleil  ou  du  feu,  font  réduits  en  conftflance 
d' EleÜuaires  liquides  ,  ou  d' Extraits  folides^,  &  en  état  de  fe  garder  fort  long¬ 
temps.  fe  ne  prêtent  point  parler  des  Sucs  liquides ,  mais  feulement  de  ceux  qui 
ont  ejîé  traaiaille^,  qui  font  partie  de  noftre  Négoces  fe  commencerai  par 
la  Scammonée  y  comme  ejlant  le  Suc  le  plus  cher ,  t^le  plus  ufté  que  nous 
ayons  ,  gÿ  dans  lequel  on  commet  le  plus  d'abus. 


O  O  ij 


IL  Partie. 


292- 


Hiftoire  generale 


CHAPITRE  I, 


Ve  la  Scammonèe. 


La  Scammonée  cft  le  Tue  épaiffi  de  la  racine  d’une  Plante,  rampante  le  long 
des  arbres  ou  des  murailles,  qui  a  les  feuilles  vertes  &  faites  cncϝr, 
apres  lefquelles  naiflènt  des  fleurs  blanches  en  forme  de  clochettes,  Cette  figu¬ 
re  de  fleur  efl:  la  caufe  que  quelques-üns  ont  écrit,  que  la  Plante  de  la  Scammo¬ 
née  étoit  la  cinquième  eipece  de  yolubilis.  Quoi  qu’il  en  (oit,  la  Scammonée  que 
nous  vendons ,  eft  le  fuc  épaiffi  par  le  moyen  du  feu ,  tiré  par  expreffion  de  la 
racine  de  cette  Plante,  qui  croît  en  abondance  en  pluficurs  endroits  du  Levant, 
mais  principalement  autour  d’Alep^&  de  Saint  Jean  d’Acre,  d’oû  la  meilleure 
Scammonee  nous  efl  apportée  j  &  qui,  pour  eftre parfaite ,  doit  être  véritable 
Alep,  legere ,  grife ,  tendre,  friable  ,  réfîneufe  ^  &  qu’en  l’écrafàht  entre  les 
doigts ,  la  poudre  en  loit^rifc,  accompagnée  dun  goût  amer,  &  d’une  odeur 
fade  &  aflèz  defagreable,  &  rejetter  celle  qui  cft  pefàntc ,  dure  &  noirâtre. 

A  l  égard  de  ceux  qui  achèteront  de  groflès  parties  ,  ou  des  bourfes  entières 
de  Scammonée  d’Alep,ils  prendront  garde  quelle foit  dedans  comme  deflîis  j  car 
je  puis  aftùrer  avoir  trouvé  dans  cette  Scammonée,  du  chai  bon  de  bois  de  plus 
qu’elle  étoit  toute  brûlée  dans  le  caur ,  enfortc  qu’il  n’y  avoir  que  l’épaiftcur 
d’un  pouce  de  tres-belle  Scammonée  tout  à  l’entour.  Je  ne  puis  m’empêcher 
de  croire  que  les  Levantins  nefaflènt  des  rouleaux  de  cette  Scammonée  brûlée, 
dont  le  cœur  eft  rempli  de  charbon  ,  de  pierres ,  &  autres  corps  étrangers  qui 
s’y  rencontrent  par  hazard ,  ou  par  la  malice  de  ceux  qui  la  travaillent ,  &  en- 
fuite  la  couvrent  d’une  pâte  de  belle  Scammonée,  de  la  mefme  maniéré  que  nos 
Faifeurs  de  Cire  â  cacheter,  couvrent  la  Cire  furnomméc  à'  Ffpagne ,  de  la  m⬠
chante  qualité,  ainfi  que  je  l’ai  fait  voir  au  Chapitre  de  la  Cire  des  Indes  j  & 


des  Drogues.  Livre  VÎIL  293 

apres  les  avoir  fait  Técher  au  four  ou  au  Soleil,  les  mettent  dans  des  bourfesde 
cuir ,  de  la  maniéré  que  nous  la  voyons. 

Il  eft  facile  de  juger  par  cette  Delcription,  que  la  Scammonée  n’eft  pas  faite 
au  Soleil ,  comme  plüfieurs  le  croient ,  tant  par  celle  que  nous  trouvons  alTez 
fouvent  toute  brûlée ,  que  parce  qu  un  de  mes  amis  Maiftre  Chirurgien  de  Mar- 
feille,  qui  a  demeuré  long-temps  à  Aiep,ma  confirmé  tout  ce  que  j’ai  marque 
ci'deflus  •  &  m’a  dit  de  plus ,  que  tous  les  Païlàns  qui  faifoient  de  cette  Marchan- 
dilc,  la  portoient  vendre  dans  Alep,  comme  nos  Païfans  nous  apportent  icy 
leurs  Denrées.  On  tire  de  la  Scammonée  d’Alep,  par  le  moyen  de  l’Efprit  de 
Vin  (  ainfi  que  l’enlèigne  Mônfieur  Lcmery  )  une  Réfine  qui  a  plus  de  vertus  que 
la  Scammonée.  Mais  comme  cette  Réfinc  eft  cliere,  elle  a  fi  peu  de  confomma- 
tion ,  que  cela  ne  vaut  prefque  pas  la  peine  d’en  parler  ;  ce  qui  eft  bien  contraire 
de  la  Scarrimohée  qui  l’eft  beaucoup  :  &  on  pourroit  l’appeller  avec  jufte  raifon 
des  Pilliers  de  là  Medecine.  Et  comme  c’eft  un  des  grands  Purgatifs  que  nous 
ayons,  la  plupart  de  ce  qu’il  y  a  d’habiles  Gens,  pour  lui  ôter  fa  malignité  ,  la 
préparent  en  diverfes  maniérés  ,  &  en  font  ce  que  nous  appelions  Diagredé  -, 
ou  Scammonée  Diagredé.  Les  uns  la  préparent  à  la  vapeur  du  fouffre,  les  autres 
en  la  pulverifant  avec  tant  (bit  peu  de  fouffre  vif-  d’autres  la  préparent  en  la  fai¬ 
sant  cuire  dans  un  coing.  Mais  la  meilleure  de  toutes  les  préparations,  c’eft  de  la 
difibudre  dans  de  l’Efprit  de  Vin ,  &  en  faire  ce  que  nous  appelions  Réfine ,  ainfi 
que  je  l’ai  dit  cy-deftus. 

Depuis  quelques  années  on  diftbud  de  la  Scammonée  en  poudre  dans  du  fiicre 
&  dans  de  l’eau  de  vie  j  &  apres  y  avoir  mis  le  feu  ,  &  avoir  laiffé  le  tout  enfèmble 
îufqu’à  ce  que  le  feu  s'eteigne ,  aufti  toft  que  la  flâme  eft  paflee ,  on  coule  cette 
Liqueur  au  travers  d’un  linge  fin  j  enfuite  e'tant  refroidie,  on  met  le  tout  dans 
Une  bouteille ,  &  l’on  s’en  fert  comme  d’un  tres-bon  Purgatif,  depuis  une  cuille¬ 
rée  jufqu’à  deux,  le  matin  à  jeun  :  &  c’eft  ce  que  nous  appelions  S^rop  de  Scam¬ 
monée. 

On  fait  de  plus  avec  la  Scammonée  d’Alep ,  la  Crème  de  Tartre 3  &  le  Diapho- 
rctique ,  une  Poudre  grife ,  qui  eft  ce  que  l’on  appelle  Poudre  de  Trois  3  ou  Pou¬ 
dre  Cornaéine.  Voyez  Mônfieur  Lemery ,  qui  la  décrit  affez  au  long. 


Chapitre  ii. 

De  la  Scammonée  de  Smyrne. 

Outre  la  Scammonée  du  Levant,  où  d’Alep,  nous  vendons  de  plus ,  quoi¬ 
que  trcs-mal  à  propos ,  une  Scammonée  noire  ,  pefaUte  ,  mollaffe,  rem¬ 
plie  de  pierres ,  de  coquilles,  Ô: autres  corps  étrangers  -,  en  un  mot  toute  oppofée 
en  tout  &  pour  tout  à  la  Scammonée  d’Alep  :  c’eft  pourquoi  elle  doit  eftre  en¬ 
tièrement  rejettee,  aufti  bien  qu’une  Scammonée  grife ,  aftèz  légère  ,  tendie,  & 
friable,  n’étant  qu’une  compofition  de  Poix  Réfine ,  dans  laquelle  on  a  fait  en¬ 
trer  quelques  poudres  viplentes ,  afin  de  lui  faire  changer  de  couleur ,  &  par  ce 
moyen  la  rendre  plus  de  vente.  11  faut  que  ceux  qui  font  cette  pernicieufe  Mar- 
chandife ,  foient  des  gens  fans  honneur  &  fans  confciencc ,  pour  inventer  de 
telles  friponneries ,  &  cela  pour  deux  raifons. 

La  première,  pour  la  méchante  qualité  de  ce  mélange,  ainfi  que  je  le  vais  faire 
Voir, 

Oo  iij 


Réfint  de 
Scanimo- 
néc. 


DIagtedê, 


Syrop  de 
Scamm»- 
nce. 

Pondre  de 
Cornachine 
ou  de  T  rois 


294  Hifcoire  generale 

La  fécondé,  par  la  différence  qu’il  y  a  du  prix  de  la  Poix  Refîne,  qui  vaut  or¬ 
dinairement  deux  lois  la  livre,  à  cette  prétendue  Scammonce  ,  qu’ils  vendent 
depuis  quarante  fols  jufqu’à  dix  francs ,  félon  le  peu  de  connoiffance  qu’en  ont 
ceux  qui  leur  demandent  delà  Scammonéej  &  pour  couvrir  leur  abominable 
malice ,  ils  lui  ont  donné  les  noms  de  Scammonée  des  Jndes ,  ou  de  U  Compagnie  : 
Bel  honneur  qu’ils  défèrent  à  Meffieurs  de  la  Compagnie,  qui  font  de  tres-hon- 
neltes  Gens,  aufquels  il  femble  que  ces  Impolfeurs  attribuent  la  faute  que  nous 
ayons  en  France  de  fi  méchantes  Drogues, 

Je  me  fens  même  obligé  de  relever  ces  abus ,  pour  dire  que  la  plupart  des  Mar- 
chandifes  qui  font  fophifliquées ,  l’ont  été  par  ceux  qui  en  font  le  débit  :  ainfi 
que  je  le  pourrois  bien  prouver ,  par  l’exemple  de  ceux  qui  vendent  de  l’Arcan-  ’ 
çon  pour  de  la  Gomme  de  Gayac  ^  fuffit  pour  faire  connoître  que  Meffieurs 
de  la  Compagnie  ne  vendent  leurs  Marchandifes  que  fuivant  qu’ils  les  ont  ache¬ 
tées  j  car  toute  la  Gomme  de  Gayac  qui  eft  venue  &  vient  par  leur  voie,  ell:  véri¬ 
table:  mais  quelques  perfonnes  qui  en  ont  acheté,  pour  gagner  davantage,  la 
contrefont  avec  de  l’ Arcançon.  Et  quand  par  malheur  ces  Meffieurs  auroient  efté 
trompez ,  c’eft  à  ceux  qui  achètent  d’eux  les  Marchandifes,  à  y  prendre  garde, 
&  les  leur  laiffer  ^  afin  que  lé  voyant  trompez,  ils  y  priffent  garde  une  autre  fois. 
Je  croi  en  avoir  affez  dit  pour  faire  remarquer  les  abus  qu’il  y  a  fur  les  Drogues, 
&  pour  faire  connoître  de  la  manière  que  les  pauvres  Malades  Ibuffrent ,  &  que 
les  Médecins  font  fruffrez  dans  leurs  attentes. 

J’avoue  que  je  n’anrois  jamais  crû  que  les  hommes  eufient  eu  tant  de  malice , 
fi  je  navois  vu  vendre  nombre  de  cette  méchante  Scammonée ,  ôc  fi  je  n’en 
avois  encore  entre  les  mains  ,  que  je  garde  depuis  long-tems,  pour  la  faire  voir 
à  ceux  qui  auroient  peine  à  me  croire.  Et  pour  mieux  faire  connoître  la  maligni¬ 
té  de  cette  méchante  Drogue ,  je  rapporterai  icy  le  Certificat  de  Monficur  de 
la  Tour  ,.Medcem  de  la  Faculté  de  Montpelier,aufixjet  de  cette  Scammonée. 

Il  nieÜ  Arrivé  qu  ayant  préparé  une  demie  once  d'une  drogue  quon  m'avoit 
vendue  pour  de  la.  Scammonee  ,  après  que  la.  préparation  en  a  efié  faite  ,  le 
Syrop  en  était  dune  couleur  verte ,  approchant  d'un  fuc  d’ Herbes  -,  ce  qui  me  ft 
juger  que  la  Drogue  etoit  mauvaije  :  l' expérience  authorifa  mon  fentiment  j  car  en 
ayant  donné  à  un  petit  [hien^  fon  corps  enfla  ,  en  fut  très  maUde  cinq  ou  fix 
jours  y  fans  neanmoins  être  purgé. 

De  laTour,  Médecin  de  Montpelier. 

Le  i6.  Septembre 

Voila  un  accident  d’autant  plusfùrprenant,  que  l’effet  ordinaire  de  la  Scam¬ 
monée  ell  de  purger. 


TcuirotTloir 


1  'opium  que  les  Turcs  appellent  Amphta,m  \  eft  une  liqueur  blanche  com-  Amphum^ 
^me  du  Lait ,  qui  découle  de  la  telle  des  Pavots  noirs,  par  le  moyen  des  in- 
cifions  que  l’on  leur  fait.  Cette  liqueur  étant  écoulée,  elle  s  epailTit ,  &  change 
fa  couleur  blanche  en  brune:  voilà  ce  que  ceft  que  le  véritable  Opium  y  dont 
les  Turcs  font  un  fi  grand  ufage,  &  dont  ils  fe  peuvent  nourrir  pendant  un  jour 
ou  deux ,  fans  prendre  aucune  autre  nourriture ,  ce  qui  leur  eft  d’un  grand  fe^ 
cours  -,  &  lors  qu’ils  veulent  fe  battre ,  ils  en  prennent  par  excès ,  ce  qui  les  met 
hors  du  bon  fens ,  &:  enfuite  vont  au  combat  tefte  bailTée  ,  fans  fe  foncier  du 


danger. 

Il  y  a  encore  une  autre  forte  ^ Opium  y  qui  découle  de  la  tefte  des  Pavots  noirs 
fans'aucune  incifion,  &  qui  en  tombant  le  congele  &  fe  brunit  par  le  moyen 
des  ardeurs  du  Soleil  j  &  c’eft  ce  Suc  épailfi  qui  peut  porter ,  préférablement  à 
celui  ci  dclïus ,  le  nom  ^  Opium  y  qui  dérive  du  mot  Grec  Opon  ,  ou  Opion  ,  qui 
fignifie  Suc.  Il  y  en  a  encore  un  troifiéme ,  qui  eft  tiré  par  l’incilîon  que  l’on  fait 
aux  telles  de  Pavots  blancs  ,  &  ce  Suc  qui  s  épailîit  de  la  même  maniéré  que  celui 
des  Pavots  noirs ,  eft  appellé  des  Turcs  Mejlac.  Mais  comme  ces  trois  fortes  d  O-  det 
piumne  viennent  pas  julqu’à  nous, c’eft  pour  çe  liijet  que  je  n’en  dirai  rien,afîn  de 
faire  connoiftre  que  ce  que  nous  appelions  &  vendons  pour  Opium,  cil  une  mallè 
noirâtre  que  les  Turcs  &  Levantins  nous  envoient ,  qui  eft  un  Suc  tire,  par  ex-‘ 
preftion  des  telles  &  des  feuilles  des  Pavots ,  &  enlùite  eft  réduit  en  confiftancc 
d’extrait  par  le  moyen  du  feu  ,  puis  ils  le  mettent  par  pains  de  differentes  grof- 
feurs,  &  pour  les  rendre  portatü^,  les  cnvelopent  de  feuilles  de  Pavot,  delà  manié¬ 
ré  que  nous  le  voyons.  Voilà  un  Opium  fait  à  peu  de  frais.  Le  plus  fouvent  même 
les  Turcs  tirent  le  Suc  d’une  Plante  que  l’on  appelle  Claucium.  Cette  Plante  eft 


296  Hilloire  generale 

femblable  au  Pavet  cornu, qLuls  njcOent  avec  le  flic  des  Pavots, &  du  toutenfem- 
ble  en  font  une  maffe  -,  &  il  elt  fi  vrai  que  \ Opium  que  nous  vendons ,  n’eft  qu’un 
Suc  tiré  par  expreffion ,  que  le  bon  marché  qu’on  le  vend ,  fait  aiTez  connoître 
que  cè  ne  peut  cftre  qu’un  mélange ,  &  non  un  Suc  découlé  naturellement. 

Et  comme  les  Anciens  n’ont  point  douté  Opium  que  nous  vendons, fût 
autre  chofe  qu’un  Suc  épaifïi ,  tiré  par  expreflion,  ils  lui  ont  donné  le  nom  de 
Mecenium.  Mecontum.  Qjclque  diligcnce  quej’aye  pu  faire,  il  m’a efté  impoffiblc  de  pou¬ 
voir  trouver  de  X Opium  blanc,  ainfi  que  le  marquent  quelques  Autheurs  Mo¬ 
dernes  :  je  ne  puis  croire  qu’ils  en  aient  vu  ,  ni  même  qu’il  y  en  ait  jamais  eu  5 
puis  qu’il  eft  probable  que  X Opium  fort  de  la  tefte  des  Pavots  blancs  comme  du 
*  lait ,  &  qu’il  ne  peuffe  durcir  fans  changer  de  couleur  ^  &  qiuls  n’ont  dit  qu’il  y 
avoit  de  X Opium  blanc  ,  que  lur  le  rapport  qui  leur  en  a  efté  fiit  par  des  per- 
fonnes  qui  l’avoient  oui  dire,  ou  qui  l’avoient  fùppofe,  ou  eux  mêmes  quifè  l’é- 
toient  imaginé  ,  en  nous  voulant  faire  croire  qu’il  y  avoit  des  Drogues  qui  n’ont 
jamais  été,  &  jamais  ne  feront  :  contre  lefquellcs  erreurs  je  me  trouve  obligé  d’é¬ 
crire  ,  pour  faire  connoître  au  Public  la  vérité  de  la  choie ,  &  que  ces  Autheurs 
n’ont  écrit  que  lur  le  rapport  d’autrui.  Il  auroit  mieux  valu  qu’ils  n’euftent  parlé 
que  ce  qui  étoit  de  kurs  minifteres/ans  s’airailcr  à  écrire  lür  des  matières  dont  ils 
n’ont  aucune  connoiflànce;  au  rneins  s’ils  en  ont ,  leurs  écrits  ne  le  font  pas  con¬ 
noître. 

Je  fuis  fâché  que  ma  plume  Toit  fî  médifante  ^  mais  en  vérité  c’eft  que  leurs  Livres 
font  caufe  de  tant  d’abus,  qu’il  auroit  efté  plus  à  propos  qu’il  n’euflènt  jamais  efté 
mis  au  jour,  j’entens  au  fujet  des  Drogues.  A  l’égard  de  X Opium  noir,  dur,  jaunâtre 
&  mol ,  ils  ont  raifon,  ce  n’eft  pas  une  nouvauté  ^  car  il  n’y  a  point  de  Caiffe  ou  dé 
Baril  àX  Opium  où  il  ne  s’en  rencontre  du  noir  ,  du  jaunâtre  ,  du  dur,  ou  du  mol  5 
car  chacun  fçait  que  plus  un  Suc  cpaifti,  vieillit,  plus  il  fe  féche  ,&  plus  il  noircir* 

5  il  y  en  a  de  jaunâtre ,  c’eft  faute  d’eftre  afTez  cuit  &  afièz  l'cc.  Et  quand  ils  di- 
fent  que  le  blanc  vient  du  grand  Caire ,  ôc.  que  les  Turcs  le  gardent  pour  eux,  je 
m’en  lîiis  enquis  à  des  perfonnes  qui  y  ont  demeure  long  temps ,  même  j’ai  des 
Lettres  qui  marquent  que  tout  1  Opium  qui  fe  voit  au  grand  Caire,  ôc  duquel  les 
Turcs  fe  fervent ,  eft  brun. 

La  penfée  de  Monficur  de  Furctiere  doit  être  auflî  rejettee,  quand  il  dit  que 
Voptum  fe  fait  en  battant  le  Suc  dans  un  vieux  Mortier ,  &  qu’étant  épaifti  on  en 
forme  des  Trochifques  j  ils  font  bien  mignons  ces  Trochifquesypuis  que  ce  font 
ordinairement  des  pains  de  la  groflèur  du  poing.  Enfin  je  ne  m’arrêterai  pas  da¬ 
vantage  à  vouloir  décrire  tous  les  contes  à  plaifîr  que  les  Anciens  &  les  Moder¬ 
nes  ont  faits  touchant  cette  Drogue,  non  plus  que  de  fès  qualitez,  pour  fçavoir  fi 
elle  eft  chaude  ou  froide^  je  dirai  feulement  que  l’on  doit  choifir  X  Opium,  ou 
plutôt  le  Méconium  que  l’on  nous  envoie,  le  plus  fec,  le  plus  uni,  le  plus  noirâtre , 
Sc  d’une  odeur  la  plus  fomnifèr  que  faire  le  pourra ,  &  qu’il  ne  foit  point  grom- 
melcLix ,  ni  adhérant ,  ni  tout  en  une  mafïè  ;  car  plus  il  eft  bien  conditionné , 
plus  il  eft  de  vente. 

Voptum  a  fort  peu  d’ufage  dans  ta  Médecine ,  mais  l’extrait  que  l’on  en  tire, 
par  le  moyen  de  l’eau  de  pluye  &  de  l’Efprit  de  vin ,  en  a  beaucoup.  Cet  Extrait 
Extrait  bien  préparé,  ainfi  que  l'enfeignent  Meflieurs  Charas  &  Lemcry,  eft  ce  que 
rf’apium,  nous  &  les  Apoticaires  appellent  Laudanum  11  y  a  un  autre  Laudanum  Opia>tum , 
**  une  compofirion  du  Laudanum  ,  d’Extj^ait  de  Saffran ,  du  Magifter  de 

Perles  de  Corail,  d’Huile  de  Girofle,  de  Karabé,de  Mufe  &  de  l’Ambre  gris: 

6  du  tout  cnfemble  on  en  compofe  un  Eleétuaire  mol.  Mais  comme  cet  Elec- 

tuairç 


des  Drog-ues.  Livre  VIII.  197 

tuaire  eft  un  fait  de  Pharmacie,  c’cft  pour  ce  fujet  que  nous  n’en  faifons  aucun 
commerce. 

a  Opium  J  le  Laudanum  fimple ,  font  deux  Drogues  dont  on  ne  doit  fe  fervir 
qu’avec  de  grandes  précautions ,  étant  des  Remedes  dangereux.  C’eft  pourquoi 
on  ne  doit  s  en  fervir  que  par  l’avis  d’habiles  Médecins ,  fur  tout  le  Laudanum ^ 
quand  il  a  efté  fidèlement  fait ,  &  par  d’habiles  gens ,  qui  eft  la  meilleure  con- 
noiflànce  que  j’en  puis  donner.  Il  doit  être  neanmoins  d’un  beau  noir  luifant,  & 
cuit  en  bonne  confiftancc. 

Quelques-uns  font  un  Extrait  à  Paris  avec  le  fuc  tiré  par  exprefiion ,  des  telles 
de  Pavots  noirs  &  blancs ,  qui  croifiènt  alTez  en  abondance  à  Aubervilliers  ,  & 
ils  appellent  cet  Extrait  Opium  ,  ou  Diacadum  fimple  ,  pour  le  différencier  du 
Diacodum  compofé  ^  dont  quantité  d’Autheurs  font  mention.  Ce  Diacodum^ 
ou  Opium  n’agit  pas  avec  tant  de  force  que  V Opium  que  nous  tirons  de  Mar- 
fêille. 

A  l’égard  du  Syrop  de  Diacodum  ou  Pavot  blanc ,  &  de  Pavot  rou^e  ,  ou 
Coquelicoq ,  je  n’en  dirai  rien ,  renvoyant  le  Leébeur  aux  Pharmacopées  qui 
en  traittent. 


De  î  Aloes. 


T  oif  moins  grande  ^  fui  vaut  dé  terroir 

■  jqu’clle  rencontre-,  ce  qui  adonné  occafion  à  quelques  uns  de  dire,  quil 
y  en  avoir  d’aufli  hautes  que  nos  plus  gros  &  grands  arbres  ;  lis  ne  le  (ont  pas 
tout-à  fait  trompez,  car  il  fe  trouve  en  Efpagne^  fur  tout  dans  les  Montagnes 
de  Strna  3torena ,  des  Plantes  d’Aloés  d’une  exceflive  hauteur,  &  dont  les  feuilles 
font  fi  épaifics ,  dures  &  picquantes ,  qu’il  y  a  des  feuilles  qui  feroitnt  capables 
de  feier  un  homme  en  deux.  Du  milieu  des  feuilles  fort  une  tige  de  la  Figure  ci- 
<leflùs ,  qui  renferme  une  graine  blanche ,  extrêmement  legerc,  ôc  a  demi  ronde. 

/ 1,  Partie.  P  p 


298  Hiftoire  generale 

Je  ne  m’arrêterai  point  à  rapporter  ici  ce  que  quantité  d’Autheurs  ont  dit 
touchant  la  Plante  de  l’Alocs ,  qu  elle  ne  fleurit  que  tous  les  cent  ans ,  &  que  lors 
que  fês  fleurs  forrent  elles,  font  un  grand  bruitj  ce  qui  cil  tout-à-fait  faux  :  puifque 
nous  avons  vu  de  nos  jours  fleurir  plufieurs  fois  au  Jardin  du  Roy  à  Paris,  la 
Plante  de  l’Aloés ,  &  qu’en  fleuriflant  elle  ne  fait  aucun  bruit  :  du  moins  fi  elle 
en  fait ,  ce  bruit  ell  fi  petit ,  que  l’on  auroit  affez  de  peine  à  l’entendre  :  &  il  me 
fera  facile  de  prouver  ce  que  j’avance,  par  la  I  hralè  Latine,  qui  eft  dans  le  Hortu^ 
Kegius  Parifienfis ,  à  la  page  8.  de  l’Article  des  Aloés ,  en  ces  termes  :  Floruit  in 
Horto  Regio ,  Amo  1663.  CS?  1664.  quod  ignotum  haSîems  fuerAt  Luutï& ,  idque  nuüo 
firepitu^müa  fubitanea  caufs  erupttone ,  ut  perper'am  multi  fabuUntur.  Mais  je 
dirai  feulement  que  beaucoup  de  perfonnes  feront  étonnées  de  ce  que  je  dis  que 
l’Aloés  produit  un  fruit  par  trochets,  de  la  Figure  ci  devant  reprefentée  jice  que 
je  n’aurois  pas  avancé ,  s’il  ne  m’en  avoit  été  donné  par  Monfieur  deTournefort, 
Dentelle  cucillie  lui  même  fur  la  Plante  en  Efpagne.  lia  de  plus  entre  Tes  mains 

H’Aiüé*.  environ  une  demie  -  aulne  de  Dentelle ,  de  la  hauteur  de  quatre  doigts ,  &  d’une 

%  couleur  rougeâtre,  qui  eft  faite  d’une  loye  que  l’on  tire  des  feuilles  de  cette  Plan¬ 

te. 

Cette  Defeription  d’ Aloés  eft  tout  à- fait  differente  de  celle  qu’en  a  fait  Mon- 
fieur  de  Furctieres,  en  ce  qü’il  confond  l  Arbre  du  bois  d’ Aloés  avec  la  Plante  que 
produit  l’Aloés  ,  ainft  que  je  l’ai  déjà  marqué  au  Chapitre  du  Bois  d' Aloés,  Mais 
quoi  qu’il  en  loir,  je  dirai  que  nous  vendons  de  trois  lorres  d’ Aloés,  fuivant  qu’ils 
(ont  plus  ou  moins  purs,&:  liiivant  les  lieux  où  ils  ont  été  fabriqucz,êc  félon  la  Plan¬ 
te  dont  il  a  efté  fait.  Le  plus  parlait  de  tous  les  Aloés,  eft  celui  que  nous  appelions 
Aloés  Ciccotrtn, OM Sucotrin^ioïi  à  caule  que  l’Aloés  tftun  fuc  concret,  que  les  La¬ 
tins  appellent  Succum  Concretum  j  ou  parce  que  le  m.eilleur  vient  de  l’ifle  de  Soc- 
cotra.  Les  FFabitans  de  cette  Ifle  tirent  le  Suc  de  la  racine  de  cette  Plante  j  ôc 
après  l’avoir  laiffé  repofer ,  ils  le  verfent  par  inclination  dans  un  Vaiffeau  capa¬ 
ble  de  refifter  au  feu  ;  &  après  l’avoir  réduit  en  conftftance  d’Extrait ,  ils  le  met¬ 
tent  dans  des  Vefties  extrêmement  minces ,  afin  de  les  rendre  portatifs ,  &  en  état 
de  fe  conferver  ft  long-temps  que  l’on  voudra. 

On  choifira  PAloés  Cicotrin,  friable,  Icger ,  clair  &  tranfparent,  de  la  Couleur 
d’un  beau  Vert  d’ Antimoine,  &  qu’étant  écrafé,  la  poudre  en  foit  d’un  beau  jau¬ 
ne  doré ,  qu’il  foit  d’un  goût  amer  &  prefque  fans  odeur ,  &  le  moins  rempli  de 
veffies  qu’il  fera  poffible. 

L’Aloés  Cicotrin  eft  afîèz  en  ufage  en  îyledecine ,  à  caufe  que  c’eft  un  grand 
Purgatif  j  &  pour  ce  fujet  il  n’y  a  que  lui  feul  qui  doit  eftre  employé  pour  prendre 
intérieurement,  &  même  pour  en  faire  les  deux  fortes  d’Extraits ,  que  nous  Sc  les 
Aloés  rofat  ^pocicaircs  appelions  Aloés  Ro/at  Çÿ  ,  qui  fe  font  en  diffolvant  de  très- bel 

Aloés  Cicotrin  dans  les  Sucs  de  Rofè  ou  de  Violette  :  &  après  avoir  filtré  la  diflb- 
ludon  ,  on  l’expofe  au  Soleil,  ou  fur  un  petit  feu  pour  la  réduire  en  conftftance 
d  Extrait  :  &  enfuite  on  en  fait  de  petites  Pillules,  à  qui  quelques-uns  ont  donné 
Piiiuksde  le  furnom  de  Pillules  de  Franc  fort,  ou  de  Pillules  Gourmandes,  &  .mêmc  de  Pil- 
ou^Gout-'’  If^les  Angeliq^^Fs  Ce  qui  eft  bien  éloigné  de  la  raifon,‘jEn  ce  que  les  véritables 
inandes.  piHules  Angcliques  font  une  compofttion  de  plufteurs  ingrediens  mêlez  cefem- 
ble ,  dont  la  baze  eft  l’Aloés, 


des  Drogues.  Livre  VIlL  2.99 


chapitre  V. 

Du  ÏAloès  Hépatique, 

DEpuis  un  certain  nombre  d’années  on  nous  envoie  des  Ifles  de  T  Améri¬ 
que  ,  un  Suc  épaifli ,  que  nos  François  tirent  de  la  racine  &  des  feuilles  de 
l’Aloés  de  l’Amérique ,  donc  ci-devant  eft  la  Figure ,  avec  fa  fleur  &  fon  fruit. 

Cet  Aloés  nous  eft  apportée  dans  des  Gourdes  ou  Calebaflès  de  diflerens  poidsj 
c  eft-  à  dire  depuis  deux  livres  jufqu  a  Cent ,  &  même  davantage,  ce  qui  eft  nean¬ 
moins  aflèz  extraordinaire  ^  ce  que  je  peux  certifier  par  une  Gourde  de  cet  Aloés 
que  j ‘ai,  qui  pefe  cent  deux  livres.  Quoiqu’il  en  foit,  on  doit  choifir  cet  Aloés  d’une 
couleur  de  Foye,  d’où  lui  eft  venu  l'on  frirnorn  à' Hépatique  y  du  mot  Grec  Hepar^ 
qui  fïgnifie  le  Foye  y  le  plus  fec ,  &  le  moins  puant  que  faire  fè  pourra.  Car  il  le 
rencontre  de  cet  Aloés  qui  eft  gras  ^  &  de  deux  fortes  de  couleurs  -,  l’un  de  couleur 
tannée,  &  l’autre  d’un  noir  luifant,  &  d’une  fi  puante  odeur ,  qu’il  eft  prefque 
impofliblc  de  la  pouvoir  fiipporter  ^  ce  que  l’on  m’a  afluré  provenir  de  ce  qu’il 
étoit  fait  des  feuilles  de  cette  Hante:  cela  peut  avoir  aflèz  de  vrai-femblancc,parce 
que  ces  feuilles  coupées  ou  rompues  ont  une  odeur  fi  puante,  qu’il  eft  prefque 
impofllble  de  les  pouvoir  porter  au  nez  :  ce  qui  eft  tout  different  de  celui  qui  eft 
fait  de  la  racine,  en  ce  qu’il  n’a  prclque  point  d’odeur  j  mais  en  recompenlc  il  eft 
beaucoup  plus  amer. 

Cet  Aloés  doit  cftrc entièrement  rejette  pour  l’ulàge  de  la  Médecine,  &ne 
doit  eftre  employé  que  pour  les  Chevaux ,  étant  beaucoup  meilleur  que  l’Aloés 
Cabalin,  dont  je  parlerai  ci-aprés. 

A  l’égard  des  deux  differentes  couleurs  qui  Te  rencontrent  dans  cet  Aloés,  cela 
ne  préjudicie  nullement  à  fa  qualité,  parce  que  cela  ne  provient  que  de  ce  que  le 
milieu  n’cft  pas  fi  fec  que  les  bordages,  pour  n’avoir  pas  eu  tant  d’air,  &  pour  avoir 
efté  enfermé  dans  les  Calebaflès  lors  qu’il  étoit  encore  chaud  -,  la  chaleur  s’étant 
concentrée  au  dedans ,  lui  a  donné  cette  couleur  noirâtre ,  &  cela  fait  aufli  qu’il 
eft  fi  mol  &  fi  adhérant. 

Le  troifiéme  Aloés  eft  celui  qui  eft  noir,  fec ,  &  prefque  fans  odeur,  que  trous 
appelions  Aloés  Cabalin ,  à  caulc  qu’il  eft  ordinairement  apporté  dans  des  paniers 
faits  de  Palmes  ou  de  jonc ,  que  les  Latins  appellent  Cabalmo  ,•  &  d’autres,  parce 
qu’il  ne  doit  fervir  que  pour  les  Chevaux  Ce  qui  eft  une  erreur  bien  grande, 
puis  qu’il  n’eft  propre  ni  pour  les  hommes ,  ni  pour  les  chevaux  ,  n’étant  que 
des  ordures ,  ou ,  pour  mieux  dire,  un  réfidu  brûlé ,  qui  n’a  ni  force  ni  vertu ,  &: 
qui  devroit  eftre  téjetté.  On  devroit  même  faire  défenfe  aux  Marchands  d’eti 
vendre,  aufli-bien  que  quantité  d’autres  Marchandifes  qui  font  préjudiciables^ 
fur  tout  celles  qui  font  deftinées  pour  l’ufage  de  la  Medecine. 


Pp  ij 


Àii^cs  Cà= 
balm. 


IL  Partie, 


Hiftoire  generale 


De  [ Hipodjlis. 


L'Hypociflis  que 
épaiffi ,  que  l’o 
lous-arbrifTeau  nommé  Cïftus 
nous 


appelions  aflèz  ordinairement  Hipochi^e ,  eft  un  filC 
d’une  efpece  de  rejetton  ,  qui  fort  de  la  racine  d’un 
en  Languedoc,  d’où 

_ faifons  venir  l’Hipochifte  que  nous  vendons. 

Monfieur  Charas ,  &  apres  lui  de  Meuve  fort  habile  Copille ,  ont  (î  bien 
décrit  la  Figure  &  couleur  de  ce  Rejetton ,  au/Ti-  bien  que  l’ArbrilTcau  qui  le  por¬ 
te,  que  je  n’ai  pas  jugé  à  propos  d’en  grolTir  cet  article,  m’étant  contenté  d’en 
reprefenter  la  Figure  que  j’ai  fait  graver  d’après  l’Original. 

On  doit  choifîr  l’Hypochifte  cuit  en  bonne  confîllance  ,  c’eft-à-dire  ferme , 
d’un  noir  luiiant ,  le  moins  brûlé ,  &  le  plus  aftringent  au  goût  qu’il  fe  pourra , 
&  véritable  Hypochifte.  Je  dis  que  l’on  le  doit  choifir  véritable  Hypochifte,  parce 
que  M"  de  Meuve  dit  que  les  Apoticaires  qui  veulent  tromper  le  monde  ,  ulènt 
ordinairement  du  Suc  de  la  racine  de  la  Barbe  de  Bouc  féchéc  au  Soleil  :  mais  je 
crois  que  c’eft  une  charité  qu’il  leur  prête  ^  car  je  fuis  certain  que  c’eft  à  quoi  ja¬ 
mais  Apoticaire  n’apcnfé,  pour  trois raifons.  La  première,  en  ce  que  l’Hypo¬ 
chifte  eft  un  Extrait  que  nous  établiftbns  à  fort  bon  marché,  tant  à  caufe  que  ces 
Rejettons  font  fort  communs  en  Provence,  que  parce  qu’ils  rendent  beaucoup 
de  Suc.  La  Iccondc  raifon ,  eft  que  l’Extrait  de  la  Racine  de  la  Barbe  de  Bouc  re- 
viendroit  à  plus  que  le  véritable  Hypochifte.  La  troifiéme  eft  qu’il  faut  que  tout 
cela  loit  venu  de  ion  crû  ,  puis  que  M'  Charas ,  dont  il  a  fi  bien  copié  le  Li¬ 
vre  ,  n’en  fait  aucune  mention  -,  &  qu’au  contraire  il  eft  d’un  fentiment  tout 
oppofe,  par  la  railon  que  j’ai  ci-devant  alléguée,  comme  étant  la  vérité  du  fait. 
Ainfî  on  doit  cftrc  defabufe  de  croire  que  l’on  contrefaftè  l’Hypochifte;  ôc  on  doit 


des  Drogues.  Livre  V  I II.  30Î 

cftt  e  certain  que  celui  que  les  Apoticaires  emploient,  ell  tel  que  nous  le  leur  ven¬ 
dons.  Il  eft  bien  vrai  que  ceux  qui  font  la  Thériaque  en  public ,  le  fondent  pour 
en  retirer  quelques  parties  terreftres  qui  peuvent  s  y  rencontrer ,  parce  que  les 
Provençaux  &c  Languedociens  qui  le  font,  ny  prennent  pas  garde  de  fi  pre's, 
tant  à  caufe  du  bon  marché  que  l’on  leur  demande,  que  par  la  grande  quantité 
qu’ils  en  font. 

Outre  l’emploi  que  l’Hypochifte  a  dans  la  Theriaque ,  quelques-uns  s’en  fer¬ 
vent  à  la  place  de  YJeaeU  vera^  tant  parce  qu’il  eft  à  beaucoup  meilleur  marché, 
qu’à  caufe  qu’ils  prétendent  qu’il  a  les  mêmes  qualitez.  Il  eft  aufliundes  ingre- 
diens  de  l’Emplâtre  noir  du  Prieur  de  Cabriere  ,  donc  Sa  Majefté  en  a  donné  la 
recepte  au  Pulîlic. 


CHAPITRE  VII. 

De  r  Acacia  Vera. 

L'Àcma,  Vertu,  eft  un  Suc  épaifli ,  fuivant  quelques  Autheurs ,  du  fruit  des  ar¬ 
bres  qui  portent  la  Gomme  Arabique ,  dont  la  Figure  eft  reprefentée  au 
Chapitre  des  Gommes, à  la  page  241.  Mais  comme  je  n’en  fuis  pas  certain  ,  je 
me  contenterai  de  dire  que  XAcacïo,  que  nous  vendons,  eft  un  Suc  épaiftl  & 
réduit  en  confiftance  folide ,  qui  nous  vient  du  Levant  en  boules  rondes  de  dif¬ 
ferentes  grofleurs  ,  enveloppeés  de  Veflies  fort  minces,  tant  pour  empêcher  qu’il 
ne  coule ,  que  pour  en  faciliter  le  tranfport. 

On  doit  choifir  XiAcacia  Vera  cuite  en  bonne  confiftance,  d’une  couleur  tan¬ 
née  ,  c’eft- à-dire  d’un  brun  tant  foit  peu  rougeâtre  j  ce  qui  ne  fe  rapporte  guère 
à  ce  que  quelques  Autheurs  nouveaux  en  ont  écrit ,  qui  difcnc  tous  d’un  com¬ 
mun  accord ,  comme  l’ayant  pris  les  uns  des  autres ,  qu  il  faut  que  \ Acacia,  yera^ 
pour  eftre  d’une  bonne  qualité ,  foie  d’un  Rouge  affez  beau  ,  quoi  qu’un  peu 
haute  çn  couleur.  J’ai  bien  vû  &  manié  de  ï Acacia  njera ,  &  je  n’en  ai  jamais  trou¬ 
vé  qui  ait  eu  cette  haute  Couleur.  C’eft  pourquoi  je  dirai  que  ceux  qui  en  au¬ 
ront  befoin  ,  préféreront  celle  qui  eft  d’une  couleur  tannée ,  pour  deux  raifons. 

La  première ,  parce  qu’étant  de  cette  couleur ,  c’eft  une  marque  quelle  a  été 
bien  cuite. 

La  féconde,  c’eft  que  ce  Suça  été  tiré  des  fruits  lors  qu’ils  étoient  meurs,  ce 
Suc  doit  être  aufli  uni ,  luifant ,  d’un  goût  aftringent ,  &  tant  foit  peu  defàgréa- 
ble. 

V Acacia  niera  a  fi  peud’ufage  ,  que  fi  cen’étoit  la  Theriaque  où  elle  entre , 
le  débit  que  l’on  en  feroit,  ne  meriteroit  pas  la  peine  d’en  parler.  Ceux  qui  en  ont 
befoin  pour  cette  grande  compofition ,  1  emploient  quelquefois  telle  que  nous 
la  vendons  ,  après  en  avoir  ôté  la  peau  qui  l’enveloppe  ;  &  d’autres ,  avec  des 
moules  en  font  diverfes  Figures ,  ce  qui  ne  fert  qu’à  embellir  le  fiijet,  &  non  pas 
pour  lui  donner  aucune  qualité. 

Outre  \  Acacia  niera  ^  dont  je  viens  de  parler ,  nous  en  vendons  une  autre ,  quoi 
que  fort  rarement ,  qui  eft  appelléç  Acacia  Germanica^  qui  eft  un  Suc  tire  de  nos  ''«cia 
Prunelles  fauvages ,  &  enfuite  cuit  en  confiftance  d’Extrait  folide  ,  puis  après  ./'ccmia- 
mis  dans  des  Veflies ,  comme  celui  d’Egypte,  auquel  il  reftemble  en  Figure,  & 
non  en  couleur  -,  parce,  que  \ Acacia  niera  vraie  eft  d’un  Rouge  tanné ,  comme 
je  l’ai  déjaflit ,  &  X Acacia  Getm^nica  eft  noire  comme  de  beau  Suc  de  Regliflé. 

Pp  iij 


302. 


Hilloire  generale 


"XcliiotIjOU 

Oilcancj 


CHAPITRE  VIII. 

Bu  Roucou, 


Le  Roucou,  que  les  Indiens  appellent  AcVioû^  ou  Ÿrucu  ^  ti  les  Holkn- 
dois  Orlexne ,  &  nous  Rt^ucou ,  eft  une  Pécule  que  les  Habitans  des  Ifles  dü 
Vent  &  de  Saint  Domingue  tirent  dune  petite  graine  rouge  qui  fe  trouve  dans 
une  goulTe ,  dont  la  Figure  eft  cy-defTus  reprefente'e ,  marquée  que  j  ai  fait 
graver  d’après  l’original  que  j’ai  entre  mes  mains. 

L’arbrifleau  qui  porte  le  RoucoU,  poufîè ,  fùivant  lePere  du  Tartre,  dés  fa  ra¬ 
cine,  plufieurs  branches  qui  croifTent  en  arbrilTcaux,  &  fe  divifent  en  plufieurs 
petites  branches.  Ses  feuilles  font  fort  femblables  à  celles  du  Lilac,  &  portent 
deux  fois  l’année  plufieurs  bouquets  de  fleurs  blanches  mêlées  de  rouge, &  fem¬ 
blables  en  leurs  forrnes  à  celles  de  Y  Ellébore  noire.  Ses  fleurs  foi^  remplies  d’une 
infinité  de  petites  etamines  jaunes  à  pointes  rouges  j  à  la  chute  de  fes  fleurs 
croiflènt  des  boutons  tannez  ,  tout  heriflez  de  petites  pointes  brunes  délicates , 
&  qui  ne  picquent  point.  Quand  ils  font  meurs,  il  y  a  dans  le  milieu  deux  doubles 
grains  ou  pépins ,  tout  environnez  d’un  certain  vermillon  ou  peinture  rouge  li¬ 
quide  ,  que  les  Sauvages  appellent  T{oucou.  C’eft  de  cette  peinture  qu’ils  fe  pei¬ 
gnent  lors  qu’ils  font  voyage  :  mais  auparavant  ils  la  diflbudent  avec  de  certai¬ 
nes  Huiles  qu’ils  font  exprès  de  quelques  graines. 

Les  Européens  l’accommodent  avec  des  Huiles  de  Lin  ,  la  battant  dans  un 
Mortier  avec  cette  Huile  j  &  après  l’avoir  réduite  en  maflè ,  ils  l’envoient  en 
France,  où  l’on  s’en  fert  pour  donner  couleur  à  la  Cire  jaune,  lors  quelle  eft 
trop  pâle.  On  s’en  Icrt  aufli  pour  donner  couleur  au  Chocolat.  Il  y  en  a  aufli 
qui  fe  contentent  de  la  mettre  dans  un  Mortier  fans  huile ,  &  de  la  réduire  en 
maife  ou  en  Tablettes  j  lefquelles  étant  diflbutes  avec  de  l’urine,  font  une  tein¬ 
ture  rouge,  qui  tient  aulîi  fort  que  les  meilleures  Teintures  de  l’Europe.  C’eft 


des  Drogues.  Livre  VIIL  303 

encore  une  afTez  bonne  Marchandife.  Au  refte,  ccc  ArbrilTcau  eft  celui  dont  Sca- 
ligcr  fait  mention ,  &  qu’il  nomme  Jrhor  finimn  regundomm  ^  Arbre  limitant  les 
pofTellions.  Cette  Rel.ition  du  Roucou  eft  tout  à  fait  differente  de  celle  du  S"  Fran¬ 
çois  Rouffeau ,  qui  m’écrit  que  c’eft  un  Arbre  de  huit  à  neuf  pieds  de  haut ,  qui  a 
lès  feuilles  à  peu  pre's  comme  le  Pêcher ,  apres  le! quelles  naiflènt  des  GoulTes  qui 
approchent  fort  de  la  couverture  de  nos  Châtaignes  ,  garnies  de  petites  épines 
ou  pointes  tout  autour.  On  trouve  dedans  une  petite  graine  rouge,  que  l’on 
brife  dans  un  Mortier ,  ou  lîir  une  pierre ,  &  de-là  on  la  m.et  dans  des  vailïèaux 
pleins  d’eau.  En  un  mot,  le  Roucou  fe  fait  aux  llles  de  la  même  maniéré  que  l’on 
fait  ici  l’Amidon  j  non  pas  de  la  manière  qu’en  a  écrit  Monfieur  de  Meuve  j  mais 
de  la  forte  que  nos  Amidonniers  le  font  -,  &  qu’aprés  avoir  efté  mis  en  pain  & 
i'eché ,  nous  eft  envoïé. 

Cette  derniere  Relation  eft  beaucoup  plus  jufte  que  la  première ,  en  ce  que  les 
gouffes  que  j’ai  fe  rapportent  en  tout  &  pour  tout  à  la  Lettre  dudit  S' Rouffeau.  Et 
de  plus  t’eft  qu’il  eft  facile  de  voir  parle  Roucou  que  nous  vendons, fîir  tout  quand 
il  eft  de  la  bonne  qualité,  qu’il  n’a  jamiais  efté  trempé  dans  de  l’huile ,  en  ce  que  la 
bonne  odeur  du  véritable  Roucou  fait  allez  cennoître  qu’il  n’eft  point  mélangé. 

On  fera  encore  delabulé  de  croire  que  l’Achiolt  fe  faftè  de  la  mianiere  que  l’a 
écrit  le  fieur  Blegny,  quand  il  dit  dans  Ion  Livre  à  la  page  m.  que  l'Alchiolt  eft  le 
Suc  épaifli  qu’on  tire  du  fruit  de  l’Achiolt,  arbre  ftuicier  del’Amerique.  Ce  fruit 
eft  une  Graine  rouge,  qui  fe  trouve  en  grande  quantité  dans  de  groffes  Gouflès 
rondes.  Quand  on  a  tiré  cette  graine  de  les  Gouffes ,  on  la  pde ,  &  on  l’exprime  à 
la  preflè  pour  en  tirer  le  Suc ,  que  l’on  expole  enliiite  dans  un  lieu  chaud ,  pour  en 
faire  évaporer  l’humidité ,  &  quand  ileft  épaiffî  à  peu  prés  comme  la  pâte,  on  en 
fait  des  maflès  de  differentes  formes  ,  qui  étant  entièrement  dcfféchées ,  font 
proprement  c  e  qu’on  appelle  A-.hioU-,  car  il  eft  certain  que  le  Roucou  ou  Achiolt 
fe  fait  comme  F  Amiâon ,  &  qu’il  eft  impoffible  d’en  tirer  le  Suc ,  puifque  la  ma¬ 
tière  dont  on  fait  le  Roucou ,  eft  une  matière  rougeâtre  &  veloutée ,  qui  fe  trouve 
attachée  à  la  graine  qui  eft  dans  les  Gouffes ,  &  qu’on  ne  la  peut  leparer  que  par 
le  moyen  de  l’eau  ,  en  y  procédant  de  la  même  maniéré  que  nos  Amidonniers 
feparent  la  farine  qui  eft  reftée  au  petit  Son ,  que  nous  appelions  ordinairement 
Reoupe  y  pour  en  Élire  de  l’Amidon  ^  &  non  pas  le  Suc  tiré  par  expieffion  de  fes 
graines,  ainft  que  cet  Auteur  le  marque. 

Quoi  qu’il  en  foit ,  on  doit  choifir  le  Roucou  d’une  odeur  d’iris  ou  de  Violette, 
véritable  Cayenne,  étant  l’ifle  de  toutes  celles  de  l’Amerique  où  il  fe  fait  le  mieux, 
le  plus  fec  ,  le  plus  haut  en  couleur  que  faire  fe  pourra.  Le  Roucou  de  cette  na¬ 
ture  eft  celui  epidoit  eftre  appellé  Ai^hiotl car  la  plupart  de  celui  que  nous  ven¬ 
dons,  eft  humide,  laie,  moifi ,  fentant  la  cave,  en  un  mot  incapable  d’entrer 
dans  le  corps  humain  ,  tant  pour  mettre  dans  le  Chocolat ,  que  pour  s’en  fervir 
contre  les  maladies ,  aufqiielles  le  fieur  de  Blegny  marque  qu’il  eft  propre,  à  quoi 
je  ne  puis  contredire,  pour  ne  l’avoir  pas  expérimenté. 

Le  Roucou  eft  fort  en  ufage  par  les  Teinturiers.  On  s’en  fert  auffi  pour  donner- 
une  couleur  jaune  à  la  Cire ,  y  prés  l’avoir  délayé  avec  tant  foit  peu  d  huile  de 
Noix ,  &  jetté  dans  la  Cire  fondue.  Mais  ce  qu’il  y  a  de  fâcheux,  c  eft  que  cette 
couleur  ne  dure  pas  beaucoup,  parce  que  l’air  la  mange. 

On  nous  envoyoit ,  il  y  3.  quelques  années ,  des  llles,  &  même  de  Hollande, 
un  Roucou  en  petit  Pain  ,  de  la  forme  &  figure  d’un  Ecu  blanc,  qui  etoit  doüé 
de  toutes  les  bonnes  quahtez ,  &  fort  propre  pour  l’intérieur ,  qui  eft  le  contraire 
de  celui  que.  nous  voyons  aujourd’hui ,  qui  eft  en  gros  pains  quarrez  comme  du 
Savon  de  Marfeülc ,  ou  en  boules  rondes  j  &  qui  eft  quelquefois  fi  vilain  &  fi 
puant,  qu’il  eft  prelque  impoffible  d’en  pouvoir  fleurer. 


Achiotlv 


Vcrd  de 
Veflic. 


Hydrago- 

gue. 


Elatetium 

blanc. 


304 


Hiftoire  generale  des  Drogues.  Livre  VII 1. 


Les  Américains  Cannibales  cultivent  les  Arbres  qui  portent  le  Roucou ,  avec 
grand  foin,  à  caule  des  grandes  utilitez  qu  ils  en  retirent.  La  première,  c  eft  qu’ils 
en  ornent  leurs  Jardins,  &  le  devant  de  leurs  cales  ou  habitations.  La  fécondé, 
ell  que  le  bois  de  cet  Arbre  ell:  fi  dur,  qu’ils  s’en  fervent  pour  faire  du  feu,  com¬ 
me  nous  nous  fervons  ici  du  pérîtes ,  ou  pierre  à  fafil.  La  troifiémc  ,  eft  qu’ils  fe 
fervent  de  fon  e'corce ,  pour  faire  des  cordages  &  de  la  Toile.  La  quatrie'me ,  eft 
qu’ils  mettent  de  fes  feuilles  &  de  fa  racine  dans  leurs  fauces ,  tant  pour  leur  don¬ 
ner  bon  goût,  que  pour  leur  communiquer  une  couleur  de  Saffran.  La  cinquiè¬ 
me  conhile  en  fes  graines  ,  dont  ils  tirent  le  Roucou ,  tant  pour  fe  peindre  le 
corps ,  délayé  dans  l’huile  de  .Carapa ,  fur  tout  les  jours  de  réjouiffance,  que  pour 
le  changer  contre  d’autres  Marchandifes  dont  ils  ont  befoin. 

Le  Roucou  m’a  donné  occafionde  parler  d’un  Extrait  tiré  des  bayes  duNoirprun, 
que  nous  appelions  mal  à-propos  Cet  Extrait  eft  un  Suc  tiré  des 

bayes  de  Noir  Prun  ,  fort  commun  dans  nos  Bois.  On  tire  le  Suc  de  ces  bayes, 
enfuite  on  y  mêle  du  vin  blanc  &  tant  foitpeu  d’alun  de  glace,  &  enfiiite  on  verfe 
le  tout  dans  des  Veffiesde  porc ,  &  on  les  pend  à  un  plancher  ,  afin  que  l’air  en 
diftipant  l’humidité,  il  fe  reduiie  en  confiftance  d’Extrait ,  &  à  force  de  vieillir  de¬ 
meure  dur  comme  de  la  pierre,  L’ufage  de  cet  Extrait  eft  pour  les  Peintres  en  mi- 
gnatures  ,  &  n*en  a  aucun  dans  la  Medecine  ;  &  pour  cftre  de  la  belle  qualité,  il 
doit  eftre  nouveau,  &  bien  travaillé-,  &;  qu’étant  pafte  fur  un  papier  blanc,  il 
f.flè  une  belle  couleur  de  vert  d’Herbes.  Ce  Vert  n’a  plus  tant  d’ufàge  qu’il  avoit 
il  y  a  quelques  années  j  c’eft-à  dire,  depuis  que  l’on  a  reconnu  que  la  Gomme 
Gutte  &  l’Inde  faifoit  un  plus  beau  Vert. 

Il  eft  donc  facile  de  juger  que  ce  Vert  eft  mal-à-propos  appellé  Vert-de-Vefpe ,, 
puis  que  ce  n’eft  qu’un  Suc  épaifti  des  bayes  de  Noir  Prun ,  &  non  tiré  des 
Veflies  de  quelques  animaux ,  comme  quelques-uns  le  croient. 

Ceux  qui  voudront  faire  ce  Vert  >  prendront  garde  que  ce  foit  de  Vtayes  bayes 
de  Noir- Prun  -,  dautant  que  la  plupart  des  Païfans  qui  nous  les  apportent ,  fubfti- 
tuent  des  bayes  de  la  Bourge-Epine  au  vrai  Noir  prun,  qui  s  apporte  à  Paris  vers 
les  Vendanges.  C’eft  de  ces  bayes  que  les  Apoticaires  compofenAe  Syropdc  Noir 
Prun,  qu’ils  appellent  ordinairement  Syrupus  Rhamms  Catarticus eft  admira¬ 
ble  pour  guérir  les  eaux  des  Hydropiques,  d’oû  lui  eft  venu  le  nom  de  Syrop 
d'hydntpoguey  parce  que  Hydros  eft  un  mot  Grec  qui  fignifîe  Eau.  C  eft  du  Suc  de 
ces  bayes  dont  fe  fervent  les  Peauciers  pour  verdir  la  Bafanne  j  &  ceux  qui  font 
le  Papier  verd,  s’en  fervent  aufti  prefentement  au  lieu  de  Verd  de  gris  &  de  tartre , 
en  ce  que  cela  leur  coûte  bien  moins. 

IL  y  a  encore  quantité  d’autres  fortes  d’Extraits  foliées  &  liquides  que  nous 
pourrions  vendre  fi  l’on  nous  en  demandoit.  J’entens  par  Extraits  liquides, 
ceux  qui  doivent  eftre  cuits  en  t  leétuaires ,  comme  font  les  Extraits  d’Ellebore 
noir  de  Peone  ^  du  fruit  de  Concombre  fauvage ,  que  les  Apoticaires  appellent 
BUtertum  ,  dont  l’ufage  eft  pernicieux  lors  qu’il  eft  nouveau  fait  -,  &:  tout  ce 
qu’il  y  a  de  bons  Autheurs  dirent  que  l’on  ne  doit  point  s’en  fervir,  qu’il  ne  foit 
extrêmement  vieux,  &  que  lors  qu’on  l’approche  de  la  chandelle,  il  ne  lafoufBe 
plus ,  &  qu’il  foit  d’un  noir  luifant ,  &  d’un  goût  fort  amer.  On  tire  aufti  de  ces 
fruits  une  Pécule,  qui  eft  ce  que  quelques  -  uns  appellent  Elaterium  blanc  ,  &: 
ainfi  de  plufteurs  autres  Extraits. 

A  l’égard  des  Solides,  qui  font  ceux  qui  font  portatifs ,  comme  le  Suc  de  Ré- 
gliftè ,  ou  l’Hypochifte,  il  y  en  a  encore  d’autres  que  nous  pourrions  vendre  s’ils 
nous  étoient  aufti  familiers  que  ceux-là,  comme  le  Lycium  des  Inde*,  de  Candie, 
&  autres  femblables. 

Fin  des  Végétaux. 


I 


HISTOIRE 


GENERALE 

DES  DROGUES 

SECONDE  PARTIE. 


LIVRE  PREMIER. 

Des  Animaux. 
PREFACE. 


fortes 

àe  bêtes  ^  tant  du  Ciel,  que  de  la  Terre  O"  de  la  Mer,  eir 
l'excellence  des  dons  que  Dieu  luj  a  départis  par  dejjus 
tout  ce  qui  a  mie  ,  .n  empêchent  pas  que  les  Naturalises, 
qui  ont  parlé  des  Animaux ,  ne  fc  foienc  compris  eux-mê- 
mes  dans  leur  nombre ,  du  moins  -  en  ce  qui  concerne  le 
corps;  &  que  l  expérience  que  plujteurs  ^Médecins  ont  fait 
en  divers  tems ,  des  bons  effets  des  parties ,  OH  descxcremens 
de  /  homme  mort  ,  ou  même  encore  vivant ,  pour  la  gueri- 
fon  ou  le  foulage  ment  de  fon  femblable  dans  fes  maladies  , 
ne  les  ajt  porte^  à  y  recourir  plutôt  qu'à  ce  qui  provient 
nême  à  donner  des  deferiptionse^  des  préparations  particulières  des  parties  de 
!î  ont  cru  le  mériter  ;  jufques  la  que  la  plus  part  des  Auteurs  qui  ont  traité 
,  &des  préparations  qu  on  en  peut  faire  pour  lufage  de  la  médecine ,  ont  or~ 
mmencé  par  la  defeription  de  l homme  entier,  ou  par  celle  de  fes  parties,  ^ 
irlé  des  autres ,  qu  apres  celles  de  leur  dominateur. 

ce  qui  m'oblige  à  les  imiter  en  cela ,  er  à  renvoyer  ce  que  je  veux  dire  des 
'a  fin  des  chofes  qui  regardent  celuy  qui  les  maîtrife,er  qui  en  peut  difpofer. 
*  part  les  ^andes  lumières  &  les  connoijjances  particulières  que  Dieu  adonné 
égard  de  (on  corps ,  (ÿ*  pour  trouver  en  luy  même ,  ou  dans  le  corps  de  fon 
vant  ou  mort,  dequoy  gutrir  ou  foulagerfes  maux  »  &  dequoy  prolonger  ou 
ours  en  fanté  iO' pour  me  rejjerrer  dans  les  chofes  qui  font  de  ma  portée, 
fein  que  j'ay  eu  de  m'attacher  uniquement  aux  chofes  que  les  Animaux ,  les 
les  Minéraux  fournijjent  de  propre  ^  particulier  a  la  Droguerie ,  j'ay  jugé  à 
mencerpar  laMumie  qui  contient  en  foy  toutes  les  parties  du  corps  humain. 


II.  Partie. 


A 


Hiftoire  senerale 


Des  Mumies. 


Aiicmied' 


N  T  R  E  tous  les  honneurs  que  l’antiquité  a  déféré  aux  hom¬ 
mes,  celuy  de  la  fcpulture  a  toujours  cfté  le  plus  eftimé,  vou¬ 
lant  par  cette  derniere  &  picufe  rcconnoilTance ,  honorer  &  con- 
ferver  la  mémoire  de  ceux  que  leurs  actions  &  leurs  mérités 
avoient  rendu  recommandables  pendant  leur  vie ,  &  trouvant 
en  cet  Office  la  charité,  la  confolation  des  furvivans,  la  paix  & 
le  repos  des  defFunts. 

Ces  admirables  Pyramides  d’Egypte ,  dont  je  parleray  cy-aprés ,  ces  obe- 
lifques  gravez  &  taillez  avec  tant  d’indufl:rie&  de  travail, ces  Maufolécs>  &  en¬ 
fin  tant  de  riches  &  fuperbes  monumens  difperfez  par  tout  le  monde ,  nous  font 
des  preuves  très  certaines  de  la  pieté  des  anciens  envers  les  morts.  ^ 
s  Mais  comme  il  y  a  eu  diverfes  Nations ,  &  des  Religions  difFerentc^  mÇj^nc 
elles  eu  des  coutumes  particulières  en  la  pratique  de  ce  dernier  devoir. 

Tous  les  Elemens  ont  partagé  la  dépoüille  des  morts,  la  Terre  n’ayant _pas 
cfté  jugée  capable  d’eftre  feule  chargée  de  ces  dépôts.  -  " 

L’Hiftoire  nous  apprend  que  le  feu  a  brûlé  &  confumé  lejr^orps  des  Grecs, 
des  Romains,  des  Gaulois,  des  Allemands, &  de  plufieurs  ,^ÿres  nations j  que 


des  Drogues,  Livre  Premier.  3 

ceux  de  laColchidependoienc  les  morts  en  rair,&  les  branchoientàdes  arbres-, 

&  que  les  vieillards  du  Septentrion  ont  trouvé  leur  fepulture  dans  les  abymes 
derOcean,aufli bien  que  les  Ethyopiens  dans  le  courant  des  eauxj  &:  que  les 
peuples  de  la  Froide  Scytie  ont  efté  enfevelis  dans  les  neiges:  mais  le  plus  ancien 
genre  de  fepulture,  a  efté  celuy  d’enterrer  &  d’inhumer  les  corps,  &  c’eft  ce 
qui  fait  croire  que  nôtre  premier  Pere  a  efté  enfeveli  de  cette  maniéré. 

C’eft:  de  l’Ecole  des  Juifs ,  que  les  Chrétiens  ont  appris  à  enterrer  les  morts, 
faifant  des  foftes  en  des  lieux  fouterrains  &  retirez,  appeliez  tombes  ou  cata¬ 
combes,  &  plus  ordinairement  Cimetières,  comme  qui  diroit  dortoirs ,  nom 
qui  dure  encore  aujourdhuy;  mais  auparavant  que  de  les  enterrer,  ils  les  em- 
baumoienc  comme  nous  allons  voir,  d'une  maniéré  aufli  curieufe  que  furpre- 
nante. 

Le  premier  embaumement  qui  fe  faifoir,&  le  plus  riche,  valoir  un  talent 
d’argent,  qui  eftoic  environ  huit  cens  cinquante  livres  de  nôtre  monoye  de  ce 
temps  là,  &  qui  feroit  à  prefent  plus  de  huit  mille  livres. 

Cet  embaumement  n’eftoit  que  pour  les  perfonnes  de  la  première  quali¬ 
té.  Trois  perfonnes  y  eftoient  employées;  une  efpece  de  Deftinateur  traçoit  au¬ 
tour  du  corps  étendu,  les  endroits  qu’il  falloir  ouvrir  pourvuider  les  inteftins-, 
un  DilTequeur ,  qui  avoir  un  couteau  fait  de  Pierre  d’Ethyopie ,  co’upoit  les  chairs 
autant  qu’il  eftoit  neceftaire,  &  que  la  Loy  le  permettoit ,  &  en  même  tems 
fuyoit  de  toutes  fes  forces,  parce  que  c’eftoit  la  coûtura'e  des  parens  &  des  do- 
meftiques  de  le  pourfuivre  à  coups  de  pierre,  de  luy  dire  quantité  d’injures, 
de  luy  faire  mille  autres  avanies,  le  traittant  comme  un  impie  &  le  dernier 
de  tous  les  hommes.  Après  cette  operation,  les  Embaumeurs, que  l’on  confi- 
deroit  comme  des  perfonnes  facrées,  entroient  pour  faire  leurs  offices, &  com- 
mençoient  les  uns  à  ôter  les  inteftins  fuperieurs  à  la  referve  du  coeur  &  des  reins, 
&  les  autres  à  purger  le  bas  ventre,  qu’ils  lavoient  de  vin  de  palmier,  ou  autres  li¬ 
queurs  aromatiques,  &  durant  l’efpace  de  plus  de  trente  jours,  ils  lavoient  le 
corps  de  Baume,  de  Gomme  ou  refîne  de  Cedre,&:  le  rempliffoient  de  poudre 
de  Mirrhe,d’Aloës,de  Nard  des  Indes,  de  Bitume  de  Judée,  &  autres  chofes 
femblables  -,  mais  ne  fe  fervoient  jamais  d’encens ,  que  nous  nommons  aujourdhui 
Oliban,foit  à  caufe  de  la  grande  vénération  qu’ils  avoient  pour  cette  drogue  , 
foit  à  caufe  de  fa  rareté.  A  l’égard  delà  tête,  ils  fe  fervoient  de  ferremens,  qu’ils 
faifoient  entrer  par  les  narines,  pour  tirer  dehors  toute  la  fuftance  du  cerveau, 
&  enfuite  ils  y  feringuoient  des  liqueurs  pretieufes  6c  odoriférantes. 

Le  deuxieme  embaumement  eftoit  d’un  demy  talent-,  qui  fervoit  aux  per¬ 
fonnes  de  moyenne  condition;  6c  pour  le  faire,  on  fe  contentoit  de  le  krin- 
guer  par  le  derrière,  &  y  faire  des  injeéfions  d’eau ,  ou  plutôt  une  décoftion 
faite  de  fimples,ou  autres  drogues,  6c  d’huille  de  cedre-  6c  enluitc  le  corps  ain- 
ü  accommodé,  eftoit  mis  dans  du  fel , l’efpace  de  foixante  6c  dix  jours;  le  tems 
expiré,  on  le  retiroit;&  apres  en  avoir  débouché  le  trou,  on  en  faifoit  fortirles 
inteftins  ,  qui  eftoient  prefque  tous  fondus  6c  confommez  ;  ces  préparations 
faites,  on  enveloppoit  tout  le  corps  de  bandelettes  de  fine  toile  de  lin, imbi¬ 
bée  (Je  Mirrhe&d’Afphalte;&  le  Delfinateur,  qu’ils appelloienr  Scribe,  couvroic 
ces  enveloppes  d’une  toile  peinte ,  ou  eftoit  reprefenté  le  Rit  de  leur  religion  avec 
^s  caraéferes  hierogliphiques,&  les  animaux  que  les  défuns  avoient  les  plus  aimé. 

de  toits,  ou,  celujpour  lequel  ils  avoient  plus  de  vénération  ,ejloit  l  Escarbot, 
tArtt  a  caufe  de  fon  admirable  naijjance  ^  que  parle  rapport  qu  ils  pretendoient  que  cet 
iufeéîe  ’avoït  avec  le-  Soleil  ;  &  en  effet ,  car  quelque  villain  que  foit  ce  petit  animal ,  çÿ* 
prefque  toujours  dam  l’ordure ,  il  a  un  inftin^  merveilleux  pour  agir  0*  conferver  Jon 
IL  Partie.  A  ij 


Hiftoii'c  de 
l’EscAnBor. 


4  HiPtoire  generale 

efpece.  Ce  pcth  Animal'/ entendre  de  luy  meme  ^  fans  l’aide  d'aucune  femelle  ;  car  quand 
le  mâle  njeut  produire ,  il  cherche  une  fante  de  Boeufs  ^  apres  l  avoir  trouvée ,  il  en  fait 
une  houle  ronde  ^  de  la  figure  du  monde ^  cir  enfuit e  il  la  roule  avec  fes  pieds  de  derrière  du 
levant  au  couchant ,  après  fe  tournant  vers  le  levant  ^  il  imite  les  mouvement  du 
monde  ^  car  alors  U  houle  va  du  levant  équinoêîiai  au  couchant  ^par  un  mouvement  contraire 
à  celuj  des  efioiles;  ayant  ainfi  roulé  fa  houle  ^  il  la  met  dans  terre  ^  Ij  laijfe  l'efpace  de 
vingt-huit  jours  ^  qui  efi  le  temps  que  la  Lune  efi  a  parcourir  les  fignes  du  fodiac^te ,  Ù' 
pendant  ce  temps  il  s'engendre  dans  cette  houle  de  petits  Efearhot  s-,  O"  le  vingt- neuvième  jour^ 
qui  efi  le  jour  de  conjonéîion  de  la  Lune  avec  leSoleifCT  temps  des  produèlions  qui  f 
font  dans  la  nature  ;  ce  petit  animal  roule  fa  houle  dans  l’eau ,  ou  elle  s’ ouvre, les  Efcarh(fts 
en  fartent;  c’efl  pour  pe  fujet ,  félon  quelques  uns,  qu'on  enafait  l'emhlemede  la  naijfance 
(yrlefymhole  des  Peres ,parceque  ces  infeèîes  nom  quunpere  ^  n'ont  point  de  mere.  Jls 
reprefntent  aujfi  le  monde ,  à  eau  fe  de  la  houle  qu’ils  forment  ^  qu'ils  roulent  ;  &  l’homme, 
parce  quiln'j  a  que  des  Efearhots  mâles:  il j  en  a  de  plufieursefpeces  ,mais  celle  pour  qui  les 
Egyptiens  aveient  plus  de  vénération  ^  efioit  de  ceux  qui  avoient  la  tète  femhlahle  â  unchaty 
accompagnée  de  quelques  rayons;  ce  qui  leur  donnait  fujet  de  croire  que  ces  animaux  avoient 
quelque  raport  avec  le  Soleil :&  déplus ,  cefi  que  cet  infeùle  â  trente  petites  pattes  faites  en 
forme  de  doigts ,  qui  reprefntent  les  trente  jours  que  le  Soleil  met  chaque  mois  k  parcourir 
un  des  fignes  du  ^odiaque. 

A  l'égard  des  autres  caraéteres  hierogliphiques,  riiifloire  feroic  trop  longue, 
on  pourra  voir  le  Pere  Kerker. 

Le  troifîéme  embaumement ,  eftoit  pour  les  pauvres  gens  ,  qui  eftoic  fait 
d’un  mélange  de  Poix  &deBitume  dc]udee,oubien,Ies  corps  eiioienc  deffechez 
avec  de  la  chaux ,  ou  autres  drogues  de  bas  prix ,  &  quelque  fois  ils  fe  fervoient  de 
Natrum d’Egypte, de  fcl,de  miel,&  de  cire;  quelque  fois aulïî ils faifoientboüil-. 
lit  les  corps  dans  riiuille  pour  en  confommer  l’humidité,  qui  feule  eft  la  caufe  de 
la  corruption;  ou  h  vous  voulez,  comme  l’a  fort  bien  remarqué  un  fçavant  de 
nôtre  temps,  le  principe  de  la  corruption,  eft  une  chaleur  humide  qui  s’in¬ 
troduit  dans  les  chairs  par  la  diifolution  de  leurs  parties ,  &  par  le  mélange 
des  corps  étrangers,  qui  vont  occuper  les  efpacesque  la  chaleur  a  ouvertes  & 
relâchées;  l’air  qui  eft  chaud  humide,  eft  le  diftbluant  le  plus  ordinaire  des 
corps  le  moyen  le  plus  fur  pour  les  conferver,eft  d’empêcher  l’air  d’y  entrer: 
à  quoy  il  faut  ajouter  que  Pair  que  nous  rcfpirons,  eftant  rempli  d’une  infini¬ 
té  d’infedes,  que  nous  ne  pouvons  pas  apperccvoir,à  caufe  de  leur  pcticeftc,ce 
font  ces  petits  infeéles,  qui  s  attachent  aux  chairs ,  àc  qui  les  rongent  j  &  com¬ 
me  ils  fe  multiplient  aifement,  il  y  a  des  temps  que  tout  l’air  en  eft  rempli, 
principalement  au  temps  des  peftes  &  des  maladies  contagieufes  ;  l’on  a  même 
obferve,  par  le  moyen  des  MicrofcopeSjque  ce  que  l’on  appelle  Gangrené 
qu’une  infinité  de  petits  infedes  qui  rongent  les  chairs, comme  les  Myrtes  ron¬ 
gent  le  fromage.  Il  faut  donc  pour  conferver  les  chairs, en  exclure  ces  animaux, 
ce  qui  fe  peut  faire  par  le  moyen  du  miel,  de  l’huille  ,  de  l’cfprit  de  vin,  &  de 
quclqu’autres  liqueurs  qui  enveloppent  ces  infedes,  les  engluent  &  les  font 
crever. 

Mais  la  curiofité  des  anciens  Egyptiens  a  efté  bien  plus  avant ,  à  caufe  de 
la  grande  vénération  qu’ils  ont  toujours  eu  pour  leurs  parents  trépaftez ,  &  ne 
pouvant  fe  reloudre  à  les  enterrer,  &  eftre  privez  de  leur  vctie  ,  ils  s’avilèrenc 
de  chercher  les  moyens  de  les  pouvoir  toujours  avoir  auprès  deux,  &  de  les 
avoir  continuellement  devant  les  yeux  ,  afin  d’imiter  leurs  adions,  c’eft  a  dire, 
de  vivre  avec  autant  d’honnêteté  comme  leurs  deffunts  parents  avoient  vécu 
eux-mêmes,  &c  fe  regler  fur  leur  conduite. 


des  Drogues ,  Livre  Premier.  $ 


C’eft  pourquoy  quand  quelques  uns  de  leurs  parents  eftôieht  inorts ,  ils 
les  accommodoientfr  adroitement, &  les  defTechoient  de  telle  maniéré , que  ces 
corps  egaloient  en  dureté  les  Statués  de  Marbre,  les  appellant  en  leur  langue 
GahUras^  qui  fignifie  Mumies,  &  leur  induitrie  à  les  accommoder  ciloit  fi  grande 
que  l’on  n’y  voyoit  jamais  rien  de  défiguré;  ils  leur  peignoient  le  vilage  déplu, 
ficurs  couleurs ,  même  avec  de  l’Or,  les  ayans  auparavant  bien  vuidez  &  cm-  phfi'^ur» Tu-'’' 
baumez,  mis  les  bras  croifez  l’un  fur  rautre,&  bandez  de  linge  fin, qu’ils  avoient  mTpcifî,  qui 
auparavant  trempez  dans  des  gommes  aromatiques,  &enfuitc  ils  metioicnt  fur 
leur  tête  une  toile  femblable  à  unecoëffe  de  femme  qui  pendoit  des  deux  cotez 
jufques  fur  leur  poitrine,  &  par  derrière  jufques  fur  leurs  épaules.  Ils  avoient  de  Bitume  de 
encore  fous  le  menton  une  barbette  tortillée,  qui  fervoit  à  leurs  prefTer  les  joués 
&  à  ferrer  les  mâchoires ,  de  peur  qu’ils  ne  baillaflcnt;  fi  bien  qu’à  les  voir,  on  qir!iT’iq“‘cs‘' 
les  auroic  plûtôt  pris  pour  des  perfonnes  dormantes,  que  pour  des  morts. 

Si  par  la  maladie, ils  avoient  efté  défigurez,  ils  leur  mettoient  des  mafques  vTc’d'cinT 
de  carton,  ou  de  toile  peinte,  à  la  rcfiemblance  de  la  perfonne  morte, &  enri-  ZlZmtouT- 
chie  de  plufieurs  couleurs  ;  au  contraire ,  fi  la  perfonne  n  cftoit  point  défigurée  ctTqucTs"' 
ils  luy  lailToient  la  face  &  les  oreilles  decouvertes  &  peintes  de  differentes  cou- 

j  '  *  toicnt  accom. 

leurs,  modecs. 


Ces  morts  ayant  efté  ainfi  accommodez,  ils  les  enfermoient  dans  de  grandes 
armoires  de  verre  faites  exprès,  fuivant  la  grandeur  des  perfonnes,  &  les  met- 
toient  après  dans  les  lieux  les  plus  élevez  de  leurs  maifons:  &  ce  leur  eftoient  des 
gages  fi  prétieux,&  une  telle  affurance  de  leur foy, que  fi  quelqu’un  d’entr’eux 
avoit  befoin  d’argent ,  il  n’avoic  pas  de  meilleur  nantiffcraenc  à  donner  que  les  corps 
embaumez  &  vitrez  de  fès  parents  ;&celuy  qui  prêtoic  fur  ces  fortes  d’afturances, 
ne  fe  metcoic  nullement  en  peine  de  fon  rembourfement ,  car  fi  par  malheur  Je 
débiteur  ne  pouvoir  rendre  ce  qu’il  avoit  emprunté,  &  retirer  fon  dépoft,  il  eftoic 
réputé  indigne  de  la  vie  civile*,  ce  qui  l’engageoit  indifpenfablcment  à  trouver 
les  moyens  de  retirer  fes  parens  dépofezdans  letems  prelcrit,  ou  à  eftre  blâmé 
de  tout  le  monde. 

Ils  fe  fervoient  encore  de  ces  morts  à  des  adions  plus  relevées;  car  ils  ne  fai. 
foient  jamais  de  feftins  qu’ils  ne  fe  fiffent  apporter  ces  Cadavres,  pour  ne  pas 
perdre  la  mémoire  de  la  necefïité  du  fcftin,&  qu’ils  feroient  un  jour  femblables 
à  ces  fimulacres. 

Les  mêmes  Egyptiens  ont  fait  encore  beaucoup  d’autres  dépenfespour  laconfcr- 
vacion  de  leurs  Cadavres  :  car  après  avoir  efté  bien  embaumez  ,  fans  nean¬ 
moins  eftre  deffechez  avec  des  drogues  Its  plus  pretieufes,  ils  les  envelopoient 
avec  des  grands  draps  de  toile  fine,  par  deflus  ;  &  ils  y  mettoient  quel¬ 
que  fois  plus  de  deux  cens  aunes  de  bandes  ,  fi  bien  que  l’on  ne  leur  voyoit 
que  le  vilàge,  &  quelquefois  rien  du  tout;  mais  auparavant  que  de  les  enfeve- 
lir,  ils  avoient  foin  de  leur  rougir  les  ongles  des  pieds  &  des  mains  avec  des 
feuilles  d’Alcana.  Eftant  ainfi  accommodez  ,  ils  les  enfermoient  dans  des 
cercueils  de  bois  pretieux,  que  les  défunts  mêmes  avoient  fait  faire  ,&  en  mê¬ 
me  temps  ils  enfermoient  avec  eux  l’Idole  qu’ils  avoient  adoré  pendantleur  vie. 

Les  Idoles,  ou  pagodes,  eftoient  fabriquées  d’or  &  d’argent  ou  d  autre  mécail , 
6c  le  plus  fouvent  de  terre  du  pays,  avec  des  caraéteres  hicroglifiques,  qui  mon- 
croient  les  qualitcz  du  défunt,  le  prix  de  l’embaumement, le  temps  du  deceds 
&  la  ville  d’où  il  cftoit. 

Enfuite  dequoy  ayant  bouché  les  cercueils,  on  les  portoit  en  grande  pompe  dans 
des  lieux  qu’ils  avoientaufli  fait  bâtir  durant  leurvie,  comme  il  fe  voit  encore  au* 
jourdhuy  par  les  Piramides  d’Egypte, qui  font  à  deux  ou  trois  lieués  du  grand 

A  iij 


(5  Hiftoire  generale 

Caire,  &:  les  Hiftoriensraportenr  que  Chemmis  Roy  d’Egypte  en  fit  faire  une,  ou 
•cent  mille  hommes  avoienc  efie'  employez  pendant  vingt  années,  laquelle  eftoic 
de  forme  quarrée;&:  avoir  de  profondeur  environ  quinze  pieds,  Ôc  la  face  de  cha¬ 
que  côté  de  la  bafe  huit  cens  pieds  de  large  &  autant  de  haut,  dan$  laquel¬ 
le  il  y  avoir  une  Lampe  perpétuelle. 

On  peut  voir  parla,  combien  ces  peuples  avoient  foin  des  morts,  &  on  doit 
cftre  defabufé  de  croire  que  lesMumies  que  Ton  nous  apporte, (oient  devrayes 
Mumies,  dautant  que  fon  n’auroit  pas  pris  tant  de  peine  pour  les  donner  à  fi 
vil  prix,  mais  que  ce  font  des  corps  empoilTez,  comme  il  (e  verra  cy  apres, 
Mumicsbiao-  Outrc  CCS  pretcnducs  Mumies ,  &  les  precedentes ,  il  s’en  rencontre  encore  d’au- 
‘  très ,  comme  celles  de  Ly  bic ,  que  l’on  nomme  Mumies  blanches  ;  qui  ne  font  au¬ 

tre  chofe  que  les  corps  de  ceux  qui  ont  cité  noyez  dans  la  mer,  lefquels  elfans 
jettezfurles  côtes  delaLybie,font  enfevelis  ôt  deflechez  dans  les  fables ,  qui  font 
extrêmement  chauds-, fi  bien  que  les  plus  forts  hommes, apres  y  avoir  cité  quel" 
que  temps,  nepefent  pas  trente  livres,  &  font  en  ctatd’ellre  gardez  pour  tou¬ 
jours.  Il  y  en  a  une  à  Paris,  dans  le  cabinet  de  M.  Boudet,  rue  Sainie  Croix  de 
la  Bretonnerie,  fils  de  feu  M.  Boudet  Médecin  du  Roy. 

Ces  fortes  de  Mumies  font  peu  en  ufage,  tant  à  caufe  de  leur  rareté,  qu’en 
ce  qu’elles  font  dénuées  de  vertu ,  n’eftant  que  du  parchemin  collé  fur  des  os. 

Voilà  ce  que  c’eft  que  lès  Mumies  blanches, nom  qui  leur  convient  fort  mal, 
dautant  que  le  nom  de  Mumic  fignific  un  corps  embaumé  de  drogues  aroma¬ 
tiques  pour  le  conferver  de  pourriture  ,  ce  qui  ne  fe  rencontre  pas  en  ces 
corps  delTechez.  Ainfi  on  fera  défabufé  de  croire  que  la  Mumie  que  nous  ven¬ 
dons,  foit  de  ces  corps  noyez  dans  l’eau  &  dclTechcz  dans  les  fables. 
fauffesMumies  Nous  allons  voir  maintenant  la  friponnerie  des  Juifs,  à  Tégard  des  Mu- 
mics  j  &  apres  eux,  celle  des  Chreftiens.  Je  dirai  donc  que  les  Mumies  qu’on 
nous  apporte  d’Alexandrie  d’Egypte,  de  Venite ,  &  même  de  Lyon ,  ne  font  au¬ 
tre  choie  que  des  Cadavres  de  gens  morts  de  differentes  maniérés ,  lefquels 
foit  qu’ils  ayent  efte  enterrez  ou  non,  après  avoir  cllé  vuidez,tant  des  entrailles 
que  du  cerveau,  font  remplis  de  pouflîere  de  Mvnhe,  Aloès  cabalin.  Bitume  de 
Judée,  de  Poix  noire  &  autres  Gommes  ;  &  enluite  entortillez  dune  méchante 
(èrpiliere,cmpoi(rée  de  la  même  compofitionj  ces  corps  eftanc  ainfi  accommodez, 
on  les  met  au  Four  ,  pour  en  faire  conlumcr  toute  l’humiditc  ,  ôc  efianc 
ainfi  bien  dclTechez  ,  ils  nous  les  envoyent ,  les  vendans  pour  vraies  Mu¬ 
mies  d  Egypte,  à  ceux  qui  ne  les  connoifient  pas,  &  ne  font  pas  informez  que 
les  Egyptiens  ont  efté  de  tous  tems  fi  curieux  d’enterrer  les  morts ,  qu’ils  n’y 
ont  rien  épargné,  dans  le  delfein  d’en  conferver  la  tnemoire  ,  &  non  pas  d^en 
faire  commerce,  pour  preuve  de  mon  dire,  je  rapporteray  ce  que  M.  Guy 
de  la  Fontaine  Médecin  du  Roy,  &  après  luy  le  ficur  Ambroife  Paré,  en  di- 
fent. 

Le  fieur  Guy  de  la  Fontaine  eftanc  en  Alexandrie  d’Egypte,  oüit  dire  qu’il  y 
avoir  dans  la  Ville  un  Juif  qui  faifoit  métier  &  marchandife  de  Mumies-,  la  cu- 
riofité  l’ayant  porté  à  en  elfre  témoin  oculaire,  il  (è  tranlporta  dans  la  maifon 
dece  Juif;  ôdayant  trouvé,  le  pria  de  luy  faire  voir  fa  marchandife,  ou  ces  corps 
mumicz  ,  dont  luy  ayant  d’abord  fait  quelque  difficulté,  il  luy  ouvrit  enfin  fon 
iTaagazinj  &  il  luy  montra  plufieurs  corps  entaffiez  les  uns  lur  les  autres.  Puis  apres 
une  réflexion  d’un  quart  d  heure  il  luy  demanda  de  quelles  drogues  il  fe  (ervoir, 
&  quels  corps  il  prenoit  -,  il  luy  répondit  qu’à  légard  des  morts,  il  prenoie  tous 
ceux  qu’il  pouvoir  avoir ,  qu  il  ne  fe  foucioir  pas  ce  que  fe  pouvoir  ertre ,  pourvu 
que  cefulTcnc  des  morts ,  qu’ils  fulTent  morts  de* maladie  ordinaire  ou  de  conta- 


des  Drogues ,  Livre  Premier.  7 

gion,  qu'il  ne  s’en  foucioic  pas  j  &  qu’à  l’cgard  des  drogues,  que  c’eftoitunamas 
de.pl ufieurs  vieilles  drogues  mêlees  enfèmble,  qu’il  accômmodoit  avec  ces  corps 
&  qu’aprés  les  avoir  fait  fecher  au  four,  il  les  envoyoit  dans  l’Europe  qu’il  s'é- 
lonnoic  comment  les  Chréiiens  elloient  amateurs  de  telles  vilenies. 

Voilà  qui  cft  bien  éloigné  de  ce  que  les  anciens  Médecins  ont  cru  ’,  quand 
ils  ont  ordonné  de  la  Mumie,  mais  comme  je  ne  fuis  pas  capable  d’empêcher 
tous  les  abus,  &  qu’il  fe  trouve  encore  des  perfonnes  qui  en  veulent  ufer,  je 
diray  que  l’on  la  choifira  belle,  luifant-e,  bien  noire,  non  remplie  d’os ,  ny  de 
poulîîere,  d’une  bonne  odeur,  laquelle  eftant  brûlée,  ne  fente  point  la  poix. 

On  l’eftimc  propre  pour  les  contulïons,&  pour  empêcher  que  le  fang  ne  fe 
caillebotte  dans  le^corps.  Mais  Ton  plus  grand  ufage  cft  pour  prendre  duPoif- 
fon. 

Quelques  Auteurs  veulent  que  la  graifle,  mélangée  de  Bitume,  qui  découle 
des  tombeaux, foit  l’Afphalte  &  vraye  Mumie-,  &  d’autres  difent  que  c’eft  la 
chair  confite  qui  a  efté  mile  en  ulage  par  la  malice  d’un  Médecin  Juif,  qui  a 
écrit  que  cette  chair  ainfi  confite  &  embaumée  ,  fervoit  à  la  curation  de  plu- 
fieurs  maladies,  fur  tout  de  celles  cy-deftus. 

On  a  donné  aufli  le  nom  de  Mumies  à  plufieurs  Bitumes  naturels ,  comme 
à  celuy  dejudée,  &  à  ceux  qui  découlent  de  plufieurs  montagnes  d’Arabie,  & 
autres  pays  chauds  -,  mais  c’eft  mal  à  propos,  n’eftant,  pour  ainfi  dire,  qu’une 
humeur  grafte ,  virqueufe  &  puante  qui  s’engendre  dans  les  entrailles  de  la 
terre. 

Des  autres  préparations  qui  fe  tirent 
du  corps  humain, 

OUcre  la  Mumie  qui  fe  trouve  dans  nos  boutiques;  nous  vendons  de  l’Axon- 
ge  humaine  ,  que  nous  faifons  venir  de  plufieurs  endroits.  Mais  comme 
chacun  fçaitjqu’à  Paris,  le  maître  des  Hautes- Oeuvres  en  vend  à  ceux  qui  en  ont 
befoin  ;  c’eft  le  fujet  pour  lequel  les  Droguiftes  &les  Appoticaires  n  en  vendent 
que  très  peu;  neanmoins  celle  que  nous  pourrions  vendre;  ayant  efté  préparée 
avec  des  herbes  aromatiques ,  féroit  fans  comparaifon  meilleure  ,  que  celle  qui 
fort  des  mains  de  l’Executeur. 

On  eftime  l’Axonge,ou  graifte humaine  fort  convenable,  pour  les  rhumatif- 
mes,  ou  autres  maladies  provenantes  de  caufe  froide. 

Outre  l’Axonge,  nous  vendons  le  fel  fixe  &  volatile  du  fàng,  du  crâne, 
des  cheveux,  d’urine  &  beaucoup  d’autres  préparations  chimiques,  que  l’on  trou¬ 
vera  fort  bien  décrittes  dans  la  Pharmacopée  Royale,  Galcnique  &  Chymique 
de  M.  Charas,à  la  page  771.  Ceux  qui  en  defireront  fçavoir  les  préparations 
pourront  y  avoir  recours  ,aufti  bien  qu’à  quantité  d’autres  Auteurs  qui  en  traitent. 

A  l’égard  du  choix,  il  eft  difficile  de  le  pouvoir  expliquer,  &  la  meilleure 
connoiffance  qu’il  y  a  ,  c’eft  de  les  acheter  d’honnêtes  Marchands,  &  ne  pas 
s’attacher  au  bon  marché,  en  ce  qu’il  eft  fort  facile  de  donner  aux  plus  habi, 
les,  les  unes  pour  les  autres; n’y  ayant  que  celuy  qui  les  a  préparées  qui  en  puif 
feiit  répondre;  principalement,  les  huilles  qui  ont  efté  tirées  par  la  cornue. 

De  l'Vfnee  humaine. 

LEs  Droguiftes  d’Angleterre,  fur  tout  ceux  de  Londres,  vendent  encore  des 
têtes  de  morts  ;  (ur  lefquellcs  il  y  a  une  petite  mouffe  verdâte  ,  à  qui  on 


Préparation* 

Chymiques. 


8  Hiftoice  generale 

a  donne  le  nom  d’Ufnce,  à  caufe  qu’elle  a  alTez  de  refemblance  à  i'üfnce  ou 
iPoufTe  qui  vient  fur  lesChefnes,  &  comme  M.  Charas  a  demeuré  long-temps 
en  Angleterre,  &  qu’il  en  avû  quantité  5  je  rapporterai  ce  qu’il  a  bien  voulu  me 
donner  fur  ce  fujet. 

L’Ulnée  eft  uneexcroiffance  femblable  à  une  moulTe  verte,  qui  naît  &  croît 
jufqu’à  la  hauteur  de  deux  ou  trois  lignes  j  au  defrus  &  aux  environs  du  crâne 
des  hommes  qu’on  a  pendu  &  laifle  un  très  long  tems  aux  fourches  patibulai¬ 
res;  elle  commence  iéulement  de  croître^ lors  que  le  pannicule  charneux  eftanc 
pourri  &  conlommé  par  les  injures  du  tems , a  abandonné  le  crâne, &  que  l’hu¬ 
meur  fuperfluë,  que  la  tête  avoit  accoûtumé  de  fournir  pour  la  nourriture  des 
cheveux  &  de  la  barbe;  ne  trouvant  plus  de  patrie  charneufe  pour  y  faire  fes 
produélions,  engendre  cette  moufle  en  manière  de  chevelure,  joignant  le  crâne 
où  elle  cil  fortement  attachée,  comme  la  moufle  l’efl  aux  rochers  ou  aux  chê¬ 
nes.  Les  Droguifles  Anglois  font  venir  ces  têtes  d'Irlande,  où  l’on  a  accoûtu¬ 
mé  de  laiflTer  au  patibulaire  les  corps  des  pendus,  jufqu’à  ce  qu’ils  tombent  en 
pièces. 

On  voit  à  Londres, aux  Boutiques  de  certains  Droguifles,  des  têtes  couver¬ 
tes  ,  ou  tout  â  fait ,  ou  en  partie  de  cette  Ufnée  verte,  mifes  en  montre,  parmi 
leurs  autres  Drogues;  ce  que  je  n’ay  jamais  vu  ailleurs.  On  ne  doit  pas  eflre  flir- 
pris  de  la  naiflance  de  cette  Ufnée  fur  le  crâne  des  pendus,  puis  qu’on  a  fouvent 
expérimenté  que  les  cheveux  &  le  poil  de  la  barbe  &  des  autres  parties  du 
corps  humain,  croiflent  apres  leur  mort,  aufli  long -tems  que  les  parties 
qui  les  portent  peuvent  fubfifler  &  leur  fournir  de  la  nourriture,  &  que  même 
quelques  uns  veulent,  que  la  même  chofe  arrive  aux  ongles  &  aux  dents.  Les 
mêmes  Droguifles  envoyent  aux  pays  étrangers  &  fur  tout  en  Allemagne ,  ces 
têtes  couvertes  de  leur  Ufnée,  pour  s’en  fervir  dans  la  compofition  de  l’onguent 
Symparatique  ou  Conftellé  ,  que  Croüius  a  décrit  dans  là  Royale  Chymie  ,  & 
fort  exalté  pour  la  guerifon  du  mal  caduc.  Ils  vendent  ces  têtes  vuides ,  parce 
que  le  mauvais  tems  a  confommé  la  cervelle,  les  yeux  &  tout  ce  qu’elles  con- 
tenoient  de  mol  &  de  corruptible.  On  peut  attribuer  quelque  vertu  au  crâne 
de  ces  têtes,  puis  qu’on  les  a  tirées  des  corps  des  pendus,  mais  on  doit  croire, 
que  la  chaleur  de  l’Eflé,  &  le  froid  de  l'Hyver,  en  ont  diflipé  la  plus  grande 
partie. 

Le  crâne  des  criminels  nouvellement  pendus,  dépouillé  de  fon  pannicule  char¬ 
neux,  vuidc  de  fa  cervelle,  &  de  tout  ce  qu’il  contient,  bien  lavé,  feché  6c  fè- 
paré  avec  une  feie  de  fa  partie  bafle,vaut  incomparablement  mieux;  c’efl aufli 
ccluy  que  les  Droguifles  vendent  fous  le  nom  de  crâne  humain. 


CH  A  P.  IL 


! 


(les  Drogues,  Livre  Premier.  P 

CHAPITRE  Ii; 


De  la  Licorne. 


La  Licorne,  eft  un  animal  que  les  Nacuraliftes  nous  dépeignent  fous 
la  figure  d’un  Cheval,  ayant  au  milieu  du  front  une  Corne  en  fpirale  , 
jx  à  crois  pied  de  long  :  mais  comme  l’on  n’a  pu ,  jufques  aujourd’huy ,  (çavoir 
la  vérité  de  la  chofe  ;  je  diray  que  celle  que  nous  vendons,  fous  le  nom  de 
Corne  de  Licorne,  eft  la  Corne  d’unPoiflbn  que  les  Iflandois  appellent  Narvual 
comme  on  le  verra,  cy-aprés,  au  chapitre  des  poiflbns. 

Cette  Corne  eftoit  autrefois  beaucoup  en  ulage,à  caufe  des  grandes  proprietez 
que  les  anciens  luy  actribuoienc,  principalement  contre  les  poifons,  c  eft  ce  qui 
faifoit  que  les  grands  Seigneurs  en  eftoient  fort  amateurs,  &  pour  ce  fujet  elle 
eftoit  vendue  au  poids  de  l’or.  Cette  erreur  a  efté  tellement  établie ,  &  il  y 
a  encore  quelques  perfonnes  qui  en  font  fi  fort  entêtées ,  qu’il  leur  en  faut  à 
quelque  prix  que  ce  foie. 

s>  Ambroilè  Paré,  dans  un  petit  Traité  qu’il  a  compofé  da  la  Licorne,  dit  que 
*>  dans  l’Arabie  deferte ,  il  s’y  trouve  des  Afnes  fauvages  ,qu  ih  appellent  Camphurs,  camphurs. 

portant  une  corne  au  front, avec  laquelle  ils  combattent  contre  les  Taureaux, 

»  &  dont  les  Indiens  fe  fervent  pour  fe  garantir  de  plufieurs  maladies,  parciculic- 
J'  remcnc  des  veneneufes-,  &  qu’en  Arabie,  prés  de  la  Mer  rouge,  il  fe  trouve  un 
//.  P  Ame,  B 


;  -h 


lo  Hiftoire  generale 

Piraffoup!.  autrc  animal  que  ces  peuples  appellent  PiraJ?ou^i,  qui  a  deux  Cornes  longues,’ 
droites  &  en  fpirale,  donc  les  Arabes  fc  fervent  lors  qu’ils  font  blelTez  ou  mor¬ 
dus  par  quelques  bêtes  veneneufes  -,  la  mettant  tremper  pendant  bx  ou  fcpt 
heures  dans  de  l’eau  qu’ils  boivent,  pour  fc  garantir.  Il  dit  que  cet  Animal  eft 
de  la  grandeur  &  à  fa  tête  quafi  femblable  à  celle  d’un  Mulet,  &  que  fon  corps 
cftvelu  comme  un  Ours  ,  un  peu  plus  coloré  tirant  fur  le  Fauve,  &  a  les 
pieds  fendus  comme  le  Cerf. 

Jonfionius  dit  dans  fon  Traité  des  Animaux,  qu’il  y  a  encore  d’autres  Li¬ 
cornes  ,  ou  le  Leéleur  aura  recours. 


CHAPITRE  III. 

Du  Bezpar, 


Le  BEzoARi  que  les  Indiens  appellent  Pa:^m^  eft  un  animal  qui  pro¬ 
duit  dans  foneftomachou  dans  fa  vcITie  une  Pierre  qui  porte  le  même  nom; 
à  qui  l’on  attribué  de  grandes  proprietcz,  ce  qui  la  failbit  autrefois  beau(X)up 
cftimcr ,  &  on  lavendoit  fort  cher,  demêmcqu’encoreaujourdhuiceluy  qui  eft 
de  la  bonne  qualité  &  véritable  Oriental,  tant  parce  que  l’on  a  beaucoup  de 
peine  à  en  trouver  de  naturel, depuis  que  certaines  perfonnes  ont  trouvé  le  fe- 
cret  de  le  contrefaire,  qu’à  caufe  que  ces  animaux  n’enproduifcnt  pas  beaucoup, 
y  en  ayant  même  plufieurs  qui  n’en  ont  point;  qu’il  vient  de  bien  loin  &c  paye 
de  gros  droits,  &  que  fi  les  Orientaux  n’avoient  l’adreffe  de  le  faire  paffer  fans 
le  faire  connoître(  de  même  que  le  Mufe  &  les  autres  marcharidifes  fines  )  ou 
de  s’accommoder  avec  les  Receveurs,  il  feroit  encore  plus  cher.  On  ne  con* 
vient  pas  mieux  de  là  nature,  de  la  figure  &  des  bonnes  marques  de  ces  Pierres 
que  de  celles  de  plufieurs  autres  drogues. 

M.  Tavernier  à  la  page  318.  de  fon  fécond  Tome,  rapporte  ce  qui  fuit,  tou¬ 
chant  le  Beaoar. 


II 


des  Drogues,  Livre  Premier. 

”  Lî  BeT^oar  vient  d’une  Province  du  Royaume  de  Golconde^  tirant  au  Nord- 
Ert.  Il  fe  trouve  parmy  la  fiente  qui  eft  dans  la  panfc  des  chèvres  qui  broutent 
un  arbrifleau  dont  j’ay  oublié  le  nom: Cette  plante  pouffe  de  petits  boutons, 
”  autour  de  quoy  &  des  extremitez  des  branches  que  les  chèvres  mangent,  fefor- 
me  le  Bezoar  dans  le  ventre  de  ces  animaux.  Il  y  prend  fa  forme  félon  celle 
”  des  boutons  &  des  bouts  de  branches,  &  c’eft  pourquoy  on  en  trouve  de  tant 
de  figures  differentes.  Les  payfansen  taftantle  ventre  de  la  chèvre  connoiffenc 
combien  elle  a  de  Bezoars,  &  la  vendent  à  proportion  de  la  quantité  qu’elle 
”  en  a.  Pour  le  fçavoir  ils  coulent  les  deux  mains  fous  le  ventre  de  la  chevre , 
”  &  battent  la  panfc  en  long  des  deux  cotez,  de  forte  que  tout  fc  rend  dans  le 
”  milieu  delà  panfc,  &  qu’ils  content  jufte  en  les  taftant  combien  il  y  a  de  Bezoars. 
”  La  rareté  du  Bezoar  eft  dans  la  groffeur,  bien  que  le  menu  n’ait  pas  moins 
”  de  vertu  que  le  gros:  Mais  dans  celuy  cy  on  cil  fouvent  trompé,  parce  qu’il  y 
”  a  des  gens  qui  grofliffent  le  Bezoar  avec  une  certaine  pâte  compolée  de  gom- 
”  me  &  d’une  autre  mitierc  de  la  couleur  du  Bezoar.  Ils  luy  fçavent  mc- 
me  donner  autant  d’cnvclopcs  que  le  Bezoar  naturel  en  doit  avoir.  On  peut 
”  connoître  cette  tromperie  principalement  par  deux  moyens.  Le  premier  cil , 
qu’il  faut  pefer  le  Bezoar,  &le  mettre  tremper  quelque  temps  dans  l’eau  tiede. 
”  Si  l’eau  ne  change  point  de  couleur,  &  (i  le  Bezoar  ne  perd  point  de  Ion  poids, 
il  n’efl  point  falfifié.  L’autre  moyen  eft  d’approcher  du  Bezoar  un  fer  rouge 
pointu,  fl  le  fer  entre  &  le  fait  nifolcr,c’cft  une  marque  qu’il  y  a  du  mélange, 
&  qu’il  n’cft  pas  naturel.  Au  relie  plus  le  Bezoar  eft  gros  &  plus  il  cil  cher  , 
haulfant  à  proportion  comme  le  diamant.  Car  fi  cinq  ou  fix  Bezoars  pefent 
une  once,  fonce  vaudra  depuis  quinze  jufqucs  à  dix-huit  francs;  mais  fi  c’eft 
un  Bezoar  d’une  once ,  fonce  vaudra  bien  cent  francs.  J’en  ay  vendu  ^  un  de 
’*  4r  onces  jufques  à  deux  mille  livres. 

J’ay  eu  la  curiofitéde  me  bien  inftruire  de  tout  ce  qui  fe  peut  fçavoir  du  Be- 
zoar,  &  j’avois  déjà  fait  pluficurs  voyages  i  Golconde  qui  eft  le  lieu  où  s’en  fait 
”  le  grand  débit,  fans  pouvoir  apprendre  en  quelle  partie  du  corps  de  la  chevre 
”  il  le  crouvoir.  A  mon  cinquième  voyage,  quelques  particuliers  qui  eftoient  au 
”  fervice  des  Compagnies  Angloife  &  Hollandoife,&  quin’ofoient  négocier  à  part, 
m’eurent  l’obligation  que  je  leur  fis  vendre  environ  pour  foixante  mille  roupies 
de  Bezoar,  Les  marchands  qui  l’avoient  vendu  voulant  me  témoigner  leur  rc- 
connoifTauce  &  me  faire  quelque  prefent,  je  le  refulay  &  leur  dis  que  je  n’en 
**  avois  jamais  pris  de  qui  que  ce  fût  pour  quelque  lervice  que  j’eulfe  pû  rendre. 
”  Mais  je  leur  fit  connoître  que  je  pourrois  encore  les  fervir  dans  la  moilfon 
prochaine,  &  qu’ils  m  obligeroient  auffi  de  leur  côté  s’ils  vouloient  m’aller  que- 
’’  rir  trois  ou  quatre  de  ces  chevres  qui  portent  le  Bezoar  ,  leur  promettant  de 
les  leur  payer  ce  quelles  vaudroient.  Ils  parurent  fort  furpris  de  cctte'drman-; 
de  que  je  leur  fis,  &  me  répondirent  que  la  dclfcnfe  cllok  fi  étroite,  que  fi  l’on 
p^voit  découvrir  quelqu’un  qui  osât  en  faire  fortir  de  la  province,  on  Icferoit 
mourir  fans  remiftîon.  je  vis  bien  que  cela  les  fâchoitj  car  d’un  côte  ils  crai- 
gnoient  le  châtiment,  &  de  l’autre  ils  apprehendoient  que  je  ne  les  empêchaffe 
de  faire  quelque  autre  vente,  ce  qui  leur  auroit  caufe  un  grand  préjudice,  ces 
pauvres  gens-là,  foit  qu’ils  vendent  ou  qu’ils  ne  vendent  pas,  eftant  obligez  de 
donner  au  Roy  pour  la  ferme  6000  Pagodes  vieilles,  qui  font  45000  livres  de 
nôtre  monnoyc.  Quinze  jours  après  ou  environ  ne  pcnfantplus  à  eux  il  en  vint 
trois  avant  jour  heurter  à  ma  porte.  Des  qu’ils  furent  entrez  dans  ma  chambre 
>>  où  j’eftois  encore  au  lit,  ils  me  demandèrent  fi  tous  rnes  fervitcurs  eftoient 
!>,  étrangers.  Coname  je  n’en  avois  aucun  de  la  ville,  &  qu  ils  eftoient  tous  Per- 
,3  II.  Partie.  B  ij 


Pezoar  do 
Vache.  ' 


Bcaoar  de 
Singe. 


12  Hiftoire  generale 

Tiens  eu  c3e  Surate,  je  leur  dis  qu’ils  eftoicnc  tous  etrangers ,  &  fur  cela  ils  Te 
retirèrent  fans  me  rien  répondre.  Une  demi-heure  apres  ils  revinre  nt  avec  fix 
de  ces  chevresque  je  confideray  avec  loifir.  Il  faut  avoüer  que  ce  font  de  bel- 
^Jes  bêtes,  fort  hautes,  ôc  qui  ont  un  poil  fin  comme  de  la  foye.  Auffi-tôt  que 
ces  chèvres  furent  dans  ma  fale,  le  plus  vieux  des  trois  marchands  qui  me  les 
avoir  amenées  prenant  la  parole  pour  me  faire  un  compliment,  me  dit  que  puif- 
^^que  je  n‘avois  pas  voulu  accepter  le  prefent  qu’ils  m’avoient  voulu  faire  pour 
leur  avoir  procuré  la  vente  d’une  fi  groffe  partie  de  Bezoar,au  moins  je  ne  de- 
^  vois  pas  refufer  ces  fix  chevres  qu’ils  me  donnoient  de  grand  cœur.  N’ayant  pas 
voulu  les  prendre  en  pur  don  comme  ils  le  fouhaittoient,  je  leur  demanday  ce 
qu’elles  pouvoient  valoir,  &  après  avoir  fait  grande  difficulté  de  me  le  dire  ,  je 
fus  enfin  fort  furpris  ôc  crus  qu’ils  fe  mocquoient  en  me  difant  qu’une  de  ces 
chevres  qu’ils  me  montroient  valoit  trois  roupies,  que  chacune  des  deux  autres 
qui  fuivoient  en  valoit  quatre,  &  que  chacune  des  trois  qui  reftoient  valoit  4^ 
roupies.  Sur  cela  je  leur  demanday  pour  quelle  raifon  ces  chevres  eftoient  plus 
chcres  les  unes  que  les  autres,  ôc  je  Iceus  que  c’efl  que  l’une  n’avoit  qu’un  Be- 
zoar  dans  le  ventre,  &  que  les  autres  en  avoient  ou  deux,  ou  trois,  ou  quatre, 
ce  qu’ils  me  firent  voir  à  l’heure-mêmc  en  leur  battant  le  ventre  de  la  manière 
que  j’ay  dit  plus  haut.  Ces  fix  chevres  avoient  dix-fept  Bezoars  ôc  une  moitié 
^  cômmc  une  moitié  de  noifette.  Le  dedans  eftoit  comme  d’une  crotte  dcchc- 
’’ vrc  molle,  ces  Bezoars  comme  j’ay  dit,  croiffant  parmi  la  liante  qui  cft  dans 
’’  le  ventre  de  la  Chevre.  Quelques- uns  me  difoient  que  ces  Bezoars  fe  prenoient 
’  contre  le  foye,  d’autres  foiitenoient  que  c’efioit  contre  le  cœur,  ôc  je  ne  pus 
jamais  me  bien  éclaircir  de  la  vérité. 

’’  Tant  en  Qrient  qu’en  Occident  il  y  a  grande  quantité  de  Beroars  qui  vien- 
’  nent  des  vaches,  ôc  il  s’en  trouve  tel  qui  pefe  jufques  à  dix-fept  &  dix-huit  on- 
ecs,  en  ayant  eu  un  qui  a  efié  donné  au  grand  Duc  de  Tofcanc.  Mais  on  ne 
”  fait  point  d’état  de  cette  forte  de  Bezoar,  fix  grains  de  l’autre  faifant  plus  d’effet 
’’  que  trente  de  celuy-cy. 

Pour  le  Bezoar  qui  vient  des finges  comme  croyent  quelques-uns,  il  cft  fi 
”  fort  que  deux  grains  font  autant  que  fix  de  ccluy  de  chevre  ;  mais  il  cft  fort 
”  rare,  ôc  il  fe  trouve  particulièrement  de  ces  fortes  de  finges  dans  Tlfle  deA/a-^ 
”  cajfar.  Cette  forte  de  Bezoar  eft  rond,  au  lieu  que  l’autre  cft  de  diverfes  figu- 
’’  res,  félon  quil  fe  forme  de  ces  boutons  ôc  de  ces  bouts  de  branches  que  les 
”  chevres  ont  mangé.  Comme  ces  pierres  que  l’on  croît  venir  des  finges  font 
beaucoup  plus  rares  que  les  autres  ,  elles  font  auffi  beaucoup  plus  chcres  & 
plus  recherchées ,  ôc  quand  on  en  trouve  une  do  la  groffeur  d’une  noix  ,  elle 
”  vaudra  quelquefois  plus  de  cent  écus.  Les  Portugais  fur  toutes  les  autres  na- 
**  rions  font  grand  cas  du  Bezoar,  parce  qu’ils  font  toujours  fur  leurs  gardes  les 
uns  contre  les  autres^ craignant  qu’un  ennemi  ne  les  veuille  empoifonner. 

”  Mais  ne  pouvant  fouferire  à  M.  Tavernicr  en  ce  que  s’il  avoic  veu  autant 
d’animaux  portant  le  Bezoar,  comme  il  dit  en  avoir  veu,  il  n’auroit  pas  maï- 
qué  d’en  faire  graver  la  figure  comme  il  a  fait  celle  du  Mufe,  c'eft  le  fujet 
pour  lequel  j’ay  mieux  aimé  m’en  rapporter  à  M.  du  Renou  ,  qui  marque 
dans  fon  Livre  à  la  page  451.  “  C’eft  un  animal  très  agile ,  qui  faute  de  rocher  en  ro  - 
cherà  fon  aife^  fort  cruel  &  qui  tue  bicnfouventlcsChaffeurs  Indiens  quand  ils  le 
*>  preffent  par  trop:outre  plus  il  a  les  ongles  des  pieds  fendus  en  <leux,ni  plus  nimoins 
qu’une  Chevre, fes  jambes  font  affez  groffes,fà  queue  courte  ôc  retroufrce,fbn  corps 
î)  velu  comme  celui  cl’unBouc,mais  d’un  poil  beaucoup  plus  court,qui  eft  de  couleur 
cendrée  tirant  fur  leroux,ou  plutôt  de  couleur  de  ventre  de  Biche,  fa  tête  cft  quafi 

i 


des  Drogues,  Livre  Premier.  13 

comme  celle  d’un  Bouc  &  eftarmé  de  deux  cornes  fort  noires ,  creulès  en  la  par- 
,j  tieinferieure&renvcrfées, prerquequaficommecouchéesrur  le  dos, fur  lequel 
„ elles  font  une  angle  obtus,  en  fe  réüniiïanr.  Ce  que  je  puis  alTurer  eftre  vray, 
daucanc  mieux  que  j’en  ay  veudcuxàCoubcrc  au  Château  de  Monfieur  le  Ma- 
re'chal  de  Vitry  ,&  de  plus  ce  qui  confirme  encore  le  dire  du  fieur  du  Renou, 
ceft  que  j  ay  recouvert  les  quatre  pieds,  la  corne  &  la  tunique  de  cet  animal, 
dont  la  corne  &  les  quatre  pieds  fe  rapportent  en  tout  à  ce  qu’en  dit  le  fieur  du 
Renou  j  pour  ce  qui  eft  de  la  tunique  c’eft  une  des  grandes  curiofitez  qui  fe 
foit  veué  depuis  long-temps  en  France,  au  rapport  de  tout  ce  qu’il  y  a  d’habil¬ 
lés  gens. 

Cette  Tunique  marque'e  cy-defius  A  eft  de  la  grofleurd’un  ceuf  d’Oye,  garnie 
au  dehors  d’un  poil  rude,  court,  d'une  couleur  tannée,  laquelle  cftant  coupée 
en  deuXjils’y  rencontreune  cocque,  marquée cy-dcfllis  B. mince  &  brune.,qui  iert 
de  couverture  aune  autre  cocque  blanche  &  dure  comme  un  os,  marquée  C.  ou  eft 
contenue  cette  pierre, à  qui  on  a  donné  le  nom  de  Be:^oar.  Voilà  qui  eft  bien 
contraire  à  ce  que  tous  les  Auteurs  en  ont  écrit,  &  je  n’aurois  pas  le  front  d’a¬ 
vancer  une  chofe  pareille,  fi  je  n’avois  l’original  à  la  main,  qui  fait  que  c’eft 
une  neccflïté  abrolue  qu’il  ne  fe  peut  pas  rencontrer  plus  d’un  Bezoar  dans  le 
ventre  de  chaque  animal,  par  la  grofteur  que  cette  Tunique  eft;  &  c’eft  appa- 
rament  le  grand  nombre  de  ces  animaux  qu’il  fe  rencontre  fans  Bezoar,  qui 
en  fait  la  cherté. 

Qu^y  qu’il  en  foit,  le  beau  &  bon  Bezoard  Oriental  doit  eftre luifant, d’une 
bonne  odeur ,tiranjç:  à  celle  de  l’Ambre  gris,  doux  à  la  main  ,  &  qu’en  le  frot¬ 
tant  fur  un  papier  frotté  de  cerufe,  il  la  faffe  devenir  jaune,  la  moins  brifée  &c 
remplie  de  morceaux  mal  faits  qu’il  fe  pourra,  &  prendre  garde  qu’il  n’y  en 
aye  de  contre-fait  mêlé  avec  le  bon,  fur  tout  lors  que  l’on  en  achcpee  de  grof 
fes  parties  ;  car  plus  il  eft  luifant ,  gros ,  uni  &  bien  rond ,  plus  il  eft  eftimé  j  mais 
à  l’égard  de  fà  figure,  elle  n’eft  d’aucune  confequience  pour  l’ufage  de  la  méde¬ 
cine,  non  plus  que  la  couleur ,  en  ce  quelle  eft:  fort  bigeare  ,  y  en  ayant  de 
rond,  de  long,  tortu  ,  boffu  ,  uni ,  graveleux  ,  de  blanc  ,  de  jaune,  de  gris  ; 
mais  fa  prÿ^cipalle  couleur  &  qui  le  rencontre  le  plus  ordinairement  eft  la 
couleur  d’Clive. 

L’ufage  du  Bezoar  eftoit  autre- fois  for^c  frequent,  mais  prefentement, 
on  ne  fçait  prefque  plus  ce  que  c’eft,  à  caufe  de  la  mifere  du  temps,  ou  de  fa 
cherté,  ou  parce  que  la  mode  en  eftpa(rée,quoy  que  ce  foit  neanmoins  un  fort 
excellent  remede ,  tant  pour  garantir  le  cœur  du  mauvais  air,  que  pour  ceux  qui 
ont  la  petite  verole,  ou  autres  maladies  peftillentielles.  On  l’eftime  aufti  fort 
propre  contre  les  vertiges  ,  l’épilcplic  &  palpitation  de  cœur ,  la  jauniflé ,  la  co¬ 
lique  ,Ia  dyffenterie,  la  gravelle  -,  contre  les  vers, les  fievres  malincs,  pour  faci¬ 
liter  l’accouchement  &  contre  les  poifons -,  ladoze  eft  depuis  quatre  grains juf- 
qu’à  fix  &  douze  en  poudre  dans  quelque  liqueur  appropriée  à  la  maladie: Les 
belles  qualirez  de  cette  Pierre  font  caufe  que  les  Hébreux  luy  ont  donné  le 
nom  de  Bel  Zaard,  qui  lignifie  maître  du  Venin. 

Du  Bexpar  Occidental. 

Le  Bezoar  Occidental  différé  de  l’Oriental,  en  ce  qu’il  eft  ordinairement 
plus  gros  ,  s’en  trouvant  quelque  fois  de  la  grofteur  d  un  petit  œuf  de 
poule:  il  eft  aufti  de  diverfes  couleurs,  mais  le  plus  fouvenr  d  un  blanc  grifatrcj 
il  eft: aufti  formé  par  écailles  comme  le  precedent,  niais  beaucoup  plus  épaiffes^ 

B  lij 


llfereneomre 
quelquefois  du 
Bezoar  Orien¬ 
tal,  patfemc  de 
paillettes  d’or  , 
qui  doit  eftre 
préféré  à  tout 
autre. 


14  Hifloire  generale 

S>c  cftant  ca’lTé  il  paroît  comme  s’il  avoir  efté  fublimé,  en  ce  que  l’on  y  voit 
reluire  quantité  de  petites  éguilles,  comme  celles  du  fcl  de  faturne,  &  le  deffus 
cft  doux  &  fort  uni,  d'un  gris  rougeâtre. 

Ce  Bezoar  nous  eft  apporté  du  Pérou, ou  il  fe  trouve  quelques-unes  de  ces 
Chevres,  Cerfs ,  ou  Animaux  portant  le  Bezoar,  &  comme  l’on  n’en  trouve  que 
rarement  dans  le  ventre  de  ces  animaux ,  c’eft  ce  qui  fait  que  nous  n’en  voyons 
que  très  peu  en  France;  il  a  auffi  une  odeur  très  fuave,&  même  plus  forte  que 
le  Bezoar  Occidental.  Or  comme  ce  Bezoar  efl:  fort  rare,  les  Hollandois  ou 
autres  nations  en  font  un  avec  une  pâte  grife,  qu’ils  mettent  en  boules  rondes 
de  telle  grofleur  qu’ils  fbûliaitenti&  je  puis  aflurer  en  avoir  vû  un,  de  la  grof- 
feur  d’une  boule  à  joüer  au  Mail,  qui  cftoit  au  milieu  d’une  foucoupc  de  vq:- 
meil  doré,  &: qui  efioit  attaché  d’une  manière  qu’il  ne  pouvoir  pas  remuer, 
cftant  dans  les  liqueurs  que  l’on  vouloir  mettre  dans  cette  foucoupe  ,pour  faire 
infufer  avant  que  de  boire. 


Le  M  u  s  c  eft  un  animal  qui  approche  affez  de  la  couleur  &  figure  d’une 
Biche,  fl  ce  n’eft  qu’il  ale  corps  plus  long,  fuivant  une  peau  que  j’en  ay 
veuë  à  Roüen  chez  le  fieur  Nicolas  Rondeau.  Il  y  a  quantité  de  ces  animauj^ 
aux  Royaumes  de  Tunquin  &  de  Boutan ,  &  en  plufieurs  endroits  de  l’Afie. 

Ce  que  nous  appelions  Mufe,  eft  unfang  corrompu  qui  s’amaftefous  le  ven¬ 
tre  de  cet  animal  en  forme  d’apoftume,  &  lors  quelle  eft  meure,  cette  bête  a 
l’inftinâ:  de  s’aller  frotter  contre  quelque  arbre  pour  fc  la  crever  ,  &  ce  fang 
pourri  cftant  deftcché  au  Soleil,  il  acquiert  une  odeur  forte  &  aftez  dcfagreable, 
qu’il  doit  avoir  quand  il  eft  pur ,  5c  qu’il  n'a  pas  pafte  par  les  mains  des  Juifs  tant 
d’Hollande,  que  des  autres  endroits,  ou  par  les  mains  de  quantité  de  gens  qui 


des  Drogues ,  Livre  Premier.  i? 

le  (ophiftiquent  avec  de  la  terre,  du  faiig  delTcché  &  autres  vilenies. 

On  fera  aulTi  dcfabufe  de  croire  que  ce  font  les  rognons  de  l’animal, comme 
quelques-uns  le  veulent, &  que  cet  animal  fe  châtre  lors  qu’il  eft  pourfuivi/çaehant 
bien  qu’on  ne  le  veut  prendre  que  pour  avoir  fes  teibcules,  mais  cela  vient  de 
ce  que  ceux  qui  le  mettent  en  vefTies,  les  taillent  en  figure  de  rognons.  D’au¬ 
tres  veulent  que  le  Mufe  foit  un  fang  meurtri,  qui  s’engendre  par  tout  le 
corps  de  cet  animal  par  le  moyen  des  coups  de  bâtons  qu’on  luy  a  donné 
&  on  le  met  enfuite  dans  des  morceaux  de  fa  peau  que  Ton  coupe  & 
coud  en  figure  de  rognons;  mais  comme  ces  deux  origines  de  Mufe  me  parod¬ 
ient  fort  bigaréesjj’ay  jugé  à  propos  de  rapporter  ce  qu’en  a  écrit  M.  Taver- 
nier  à  la  m  €316.  de  Ton  lécond  Tome,  afin  que  le  Lecteur  puilTe  prendre  le 
parti  qu  il  Ibûhaitera. 

JJ  La  meilleure  forte  &  la  plus  grande  quantité  de  Adufe  vient  du  Royaume 
JJ  de  Boiitan ^d’où.  l’on  le  porte  à  Patna  principale  Ville  de  Bengale  ,  pour  nego- 
cier  avec  les  gens  de  ce  pays-là.  Tout  le  Mufe  qui  fe  négocié  dans  la  Perle, 

„  vient  de  là,  &  les  marchands  qui  négocient  de  Mufe,  aiment  mieux  que  vous 
leur  portiez  de  l’ambre  jaune  &  du  corail  ,  que  de  l’or  ou  de  l’argent,  parce 
„  qu’ils  font  grand  cas  de  ces  deux  chofes. 

„  Après  qu’on  a  tué  cet  animal,  on  luy  coupe  la  vcllic,qui  paroît  fous  le  ven- 
,,  tre  de  la  grolTeur  d’un  œuf,  &  qui  eft  plus  pioche  des  parties  génitales  que  du 
J,  nombril.  Puis  on  tire  de  la  vellie  le  mufe  qui  s’y  trouve, &  qui  eft  alors  corn- 
„  me  du  fang  caillé.  Quand  les  Payfans  le  veulent  falfifier,  ilsjmettent  du  foye 
JJ  &  du  làng  de  l’animal  hachez  cnfcmble  :  en  la  place  jdu  Mufe  qu’ils  ont  tiré. 
Ce  mélangé  produit  dans  les  vcfiîe§  en  deux  ou  trois  années  de  temps,  de  cer¬ 
tains  petits  animaux  qui  mangent  le  bon  mule,  de  forte  que  quand  on  vient  à 
**  les  ouvrir,  on  y  trouve  beaucoup  de  dechet.  D’autres  payfans  quand  ils  ont 
”  coupé  la  veflîe,  &  tiré  du  mufe  ce  qu’ils  en  peuvent  tirer  fans  qu’il  y  paroiffe 
trop,  remettent  à  la  place  de  petits  morceaux  de  plomb,  pour  la  rendre  plus 
jj  pelante.  Les  marchands  qui  l’achetcnt  &  le  tranfpoitent  dans  les  Pays  étran- 
gers  aiment  bien  mieux  cette  tromperie  que  l’autre;  parce  qu’il  ne  s’y  engen¬ 
dre  point  de  ces  petits  animaux.  Mais  la  tromperie  eft  encore  plus  mal-ailée  à 
,  découvrir,  quand  de  la  peau  du  ventre  de  l’animal  ils  font  de  petites  bourfes, 
qu’ils  coufent  fort  proprement  avec  des  filets  de  la  même  peau  &  qui  rclTeni. 
blenc  aux  véritables  veflies  ;  &  ils  remplilfcnc  ces  bourfes  de  ce  qu’ils  ont 
ôté  des  bonnes  veflîes  avec  le  mélange  frauduleux  qu’ils  y  veulent  ajouter, à 
**  quoy  il  eft  difficile  que  les  Marchands  puilTent  rien  connoître.  Il  eft  vray  que 
”  s’ils  lioicnt  la  veffie  dés  qu’ils  l’ont  coupée,  lans  luy  donner  de  l’air  &  lailTer  le 
**  temps  à  l’odeur  de  perdre  un  peu  de  fa  force  en  s’évaporant  tandis  qu’ils  en  ti. 
**  rent  ce  qu’ils  en  veulent  ôter,  il  arriveroit  qu’en  portant  cette  veffie  au  nez  de 
’  quelqu’un  ,1c  fang  luy  fortiroit  auffi-tôt  pat  la  force  de  l’odeur,  qui  doit  necef. 

*  fairement  eftre  temperée  ,  pour  fe  rendre  agréable  ,  fans  nuire  au  cerveau. 
”  L’odeur  de  cet  animal  quej’ay  apporté  à  Paris  en  eftoit  fiforte,quil  eftoit  impof 
fible  de  le  tenir  dans  mes  chambres;  il  entêtoit  tout  le  monde  du  logis,  &  il 
fallut  le  mettre  au  grenier,  où  enfin  mes  gens  luy  coupèrent  la  veffie,  ce  qui 
n’a  pas  empêché  que  la  peau  n’ait  toujours  retenu  quelque  chofe  de  l’odeur. 
On  ne  commence  à  trouver  cet  animal ,  qu’environ  le  56.  degré;  mais  au  60. 
il  y  en  a  grande  quantité,  le  pays  eftant  rempli  de  Forefts.  Il  eft  vray  qu’aux 
JJ  mois  de  Février  &  de  Mars ,  apres  que  ces  animaux  ont  fouffert  la  faim  dans  le 
JJ  pays  où  ils  font ,  à  caufe  des  neiges  qui  tombent  en  quantité  jufqu’à  dix  ou 


i5  Hiftoire  generale 

douze  pieds  de  haut,  ils  viennent  du  côté  du  midy  jufqu’au  44.  &  au  45.  degré 
pour  manger  du  bled  ou  du  ris  nouveau  j  ôc  ceft  en  ce  temps-là  que  les  pay¬ 
sans  les  attendent  au  paflage  avec  des  piégés  qu’ils  leur  tendent,  &  les  tuant  à 
coups  de  fléchés  &  de  bâtons.  Qi^lques-uns  d  eux  m’ont  aflûré  qu’ils  font  fi 
maigres  &  fi  languiflans  à  caufe  de  la  faim  qu’ils  ont  fouflcrtc ,  que  beaucoup 
fc  laiflTent  prendre  à  la  courfe.  Il  faut  qu’il  y  ait  une  prodigieufe  quantité  de 
CCS  animaux,  chacun  d’eux  n’ayant  qu’une  veflie,&:  la  plus  grofle  qui  n’efl:  or- 
<linairement  que  comme  un  oeuf  de  poule,  ne  pouvant  fournir  une  demi-once 
de  mufe.  Il  faut  bien  quelquefois  trois  ou  quatre  de  ces  veflies  pour  en  faire 
une  once. 

Le  Roy  de  Boutan ,  craignant  que  la  tromperie  qui  fe  fait  au  muf?mefit  cef- 
fer  ce  négoce,  d’autant  plus  qu’on  en  tire  aufli  du  Tunquin&  delà  Cocinchi- 
ne  qui  eft  bien  plus  cher,  parce  qu’il  n’y  en  a  pas  en  fi  grande  quantité  ^  ce  Roy 
dis  je  ,  craignant  que  cette  marchandife  falfihée,  ne  décriât  le  commerce  de 
fes  Etats,  ordonna  il  y  a  quelque  temps  que  toutes  les  veflies  ne  fèroient point 
coufués,  mais  qu’elles  feroient  apportées  ouvertes  à  Boutan  ,qui  eft  le  lieu  de  fa 
refidence,pour  y  cftrevifttées  &  fcellécs  de  Ion  Iceau,  Toutes  celles  que  j’ay 
achetées  eftoient  de  cette  forte ,  mais  nonobftant  toutes  les  précautions  du  Roy 
les  payfàns  les  ouvrent  rubtilemcnt,& y  mettent  commej’ay  dit,  de  petits  mor¬ 
ceaux  de  plomb -,  ce  que  les  marchands  tolèrent ,  parce  que  le  plomb  ne  gâte  pas 
le  mufe,  ainfi  que  j’ay  remarqué,  &  ne  fait  tort  que  pour  le  poids. 

On  choifira  le  Mufe  en  veflies  bien  lec,  &  que  la  peau  qui  l’envelope  foie 
mince,  parce  qu’il  y  en  a  ou  il  y  a  plus  de  peau  Ôc  de  poil  que  de  marchandife, 
Sc  que  certe  peau  loit  peu  garnie  de  poil  ;  qu’il  loic  de  couleur  brune  ,  qui  eft 
la  marque  des  véritables  veflies  ou  rognons  de  Mufe  deTunquin,qui  eftbeau- 
coup  plus  eftimé  &  meilleur  que  ccluy  de  Bengale,  qui  eft  envelopc  de  vefl 
fies  garnies  de  poil  blanc.  Le  Mufe  feparé  de  fon  envelope,  fera  choifi  bien 
fec,  d’une  couleur  tannée,  d’une  odeur  forte  Ôc  infuportaDle  ,  d’un  gouft  amer 
ôc  le  moins  rempli  de  grumeaux ,  durs  ôc  noirs  ,  qu’il  le  pourra  5  &  lequel  cf 
tant  mis  fur  le  feu  ,  brûle  ôc  fc  confume;  quoy  que  cette  réglé  ne  foie  pas  ge¬ 
neral,  n’eftant  bonne  que  pour  ccluy  qui  eft  mélangé  de  terre,  car  celuy  qui  eft 
mélangé  de  fang,  le  feu  n’y  fait  rien:  d’autres  veulent  que  le  bon  Mufe  doit  |et- 
cer  une  graifle  en  le  preflant  entre  les  doigts  j  neanmoins  comme  c’eft  une  mar¬ 
chandife  fort  difficile  à  connoître,&  que  les  plus  fubtils  y  font  attappez  ;  cela 
a  donné  occafion  à  quantité  de  perfonnes  de  le  mélanger  ,  ôc  pour  cela  même 
l’on  ne  doit  pas  s’attacher  au  bon  marché,  mais  faire  en  forte  de  l’achcptcc 
d’honnétes  marchands ,  ôc  rejetter  entièrement  tous  ces  mufes  que  plufieurs 
Colporteurs  vendent  en  veflie  ôc  hors  de  veflic,  en  ce  que  ce  n’cft  que  de  l’or¬ 
dure  ,  ôc  pour  couvrir  leur  friponnerie  ôc  perfuader  aux  perlonncs ,  qui  en  achètent 
qu’ils  en  font  bon  marché,  ils  leur  font  accroire  qu’ils  l’ont  apporté  du  pays 
eux  mêmes ,  Sc  qu  ils  en  ont  fauvé  les  doüanes ,  qui  font  à  la  vérité  fort  grofles, 
ou  qu’ils  font  matelots  &  que  leur  Capitaine  le  leur  a  dîonné  pour  recompenfc;ou 
par  d’autres  raifons  qu’ils  allegucnt,ilsont  l’adreffedc  fe  défaire  de  leurs  méchan¬ 
tes  drogues  ,&  donner  plus  de  marchandife  pour  vingt  fols,  qu’un  honnête 
marchand  n’en  donneroit  pour  10  liv.  ôc  avec  tout  ce  bon  marché  ne  laiflenc 
.  pas  d’y  faire  un  grand  gain.  Je  dis  donc  qu’à  l’égard  de  celuy  qui  eft  mélangé 
de  terre,  il  fera  facile  à  connoîtrc;  parce  que  fi  l’on  en  met  tant  foie  peu  fur  du  char¬ 
bon  allumé,  s’il  y  a  de  la  terre  elle  reftera;  ôc  qu’au  contraire  ,  s’il  eft  mélan¬ 
gé  avec  du  fang ,  ou  du  foix  de  cet  animal  ,  il  ne  reftera  que  fort  peu  de 

cendre 


des  Di'ogues,  Livre  Premier.  17 

cendre, OU  poudre  grife;  qu’il faur  rejetcer  aufli  bien  que  celuy  donc  lodeur  efl: 
agréable  j  en  ce  qu’il  n’acquiert  cccre  bonne  odeur, que  lors  qu’il  eft  addition¬ 
né  de  quelques  drogues  qui  en  e'cartenc  les  parrics. 

L’ulâge  du  Mufe  n’eft  pas  fort  frequent  dans  la  médecine,  à  caufe  qu’il  eft 
extrêmement  contraire  aux  femmes,  mais  bien  chez  les  parfumeurs  j  &  il  s’en 
faut  bien  que  l’on  en  employé  prefencement  autant  que  l’on  failbic  le  temps 
pafle, à  caufe  que  les  Parfums  ne  font  plus  fi  en  régné. 

Les  Latins  ont  donné  divers  noms  au  Mufc;  fçavoir,  Mofehus ,  Mofehius  I 
■Mojchi  Caj^roelus  ,  Dorcas  Mofehi,  Ga'^^elU  parce  que  les  anciens  ont  ap¬ 

pelle  l’animal  qui  porte  le  Mufc,G^:^e//e. 


CHAPITRE  V. 

De  la  Civette. 


Cacette 


La  Civette  eft  une  liqueur  onélueufe  &  epaifle  qui  fc  trouve  dans 
une  poche  qui  eft  fous  la  queue  &  proche  l’Anus  d’un  animal,  fcmbla- 
ble  àtn  Chat  d’Efpagnc  ,’mais  beaucoup  plus  fauvage,  &  grand  carnaefer;  cet 
animal  porte  aufli  le  nom  de  Civette,  &  eft  fort  commun  dans  la  Chine,  aux 
Indes  tant  Orientales  qu’Occidcntalcs,&  même  en  Hollande. 

Les  Auteurs  font  extrêmement  partagez  fur  la  nature  de  cet  animal ,  &  fur 
ce  que  nous  en  tirons.  Mais  comme  mon  but  n’eft  pas  de  répéter  ce  qu  ils  ont 
écrit,  je  diray  ce  que  j’en  ay  pratiqué  moy  même  fur  une  Civette  que  j  ay  eu 
vivante  pendant  un  an  ,  reprefentée  cy  -  deffus.  Elle  avoir  efté  apportée  de 
la  Chine  par  une  perfonne  de  la  fuite  des  Ambaffadeurs  de  Siam,  qui  Payant 
donnée  à  un  de  mes  amis,  celuy  cy  m’en  fit  prefentenl’anne  1688.  Ayant  donc 
gardé  cet  animal  pendant  quelques  jours,j’apperceusqucle  mur&  les  barreaux 
qui  rcnfermoicnt,eftoicnc  tout  remplis  d’une  humeur  onélueufe  ,  epaifle  &  fort 
brune  ,  d’une  odeur  forte  ôc  défagrcable,  fl  bien  que  pendant  tout  le  temps 
IJ.  Partie.  ~  G 


La  Civette  ai¬ 
me  extraordi¬ 
nairement  les 
méchantes  o- 
dcutSi  audibiea 
que  les  Rats  3C 
les  Souris. 


Civette  d’Hol- 
lanac. 


Civette  de 
Guynéc  ou  du 
Brtiil. 


Civette  Occi- 
doitalle. 


i8  Hiftoire  generale 

que  je  garday  cette  bête,  je  la  faifois  curer  cous  les  deux  jours,  non  pas  fans  pei¬ 
ne  nyfans  rilque,  en  ce  que  cela  luy  caufoit  quelque  douleur,  ou  du  moins  de 
1  appiehenfion-,  &  ayant  fait  cela  pendant  quelques  mois,  j’en  ramalTay  la  valeur 
d*une  once  ôc  demies  ellant  certain  que  ü  l’on  y  avoit  apporté  tous  les  foins 
ncccfTaires ,  &  que  l’on  eut  pu  empêcher  cette  bête  de  fe  frotter ,  l’on  en  eût  re¬ 
cueilli  bien  davantage  j  mais  ce  qui  me  fît  négliger  l’une  &  l’autre  ,  c’cfl  que 
la  couleur  de  cette  drogue  n’accommodoit  pas  ceux  àqui  jela  montrois  ,quoy 
quelle  n’euft  pas  moins  d’odeur,  &  qu’elle  fuft  du  moins  aulTi  bonne  que  celle 
que  l’on  nous  envoyé  d’Hollande. 

Il  n’y  a  donc  nulle  raifon  de  croire  que  la  Civette  foit  la  fiance  ou  la  Tueur 
dccct  animal, comme  quelques- unsl’onc  cru,  &  qui  même  ont  écrit  que  cet 
animal  ne  rendoit  point  de  Civette  qu’aprés  avoir  cfté  bien  battu  ;  ôc  que 
plus  il  eltoic  en  colere,  &  plus  il  rendoit  de  civette  fous  Ton  ventre  &c  encre 
lès  jambes,  ce  qui  eft  bien  contraire  de  la  vérité,  ainfi  qu’on  l’a  pû  remar¬ 
quer  par  ce  que  j’en  ay  dit;  &  à  l’égard  de  la  couleur  blanche  qui  fe  rencontre 
en  celle  d’Hollande,  cela  ne  provient  que  de  ce  que  les  Hollandois  qui  en  font 
un  grand  négoce,  nourriffent  ces  animaux  de  lait  &  de  jaunes  d’œufs. 

Outre  la  Civette  d’Hollande,  il  nous  en  vient  quelques  fois  du  Brefil  qui 
eft  brune,  toute  fcmblable  en  couleur  &  en  odeur  à  celle  que  j’ay  tirée  de  ma 
Civette,  &l’on  luy  a  donné  le  nom  de  Civette  de  Guinée  ou  du  Brcfîl. 

Il  y  en  a  encore  une  troifiéme  appellée  Civette  Occidentale,  dont  je  nepar- 
leray  point  pour  eftre  trop  commune,  Ôc  pour  n’avoir  aucune  relation  à  ce  cha¬ 
pitre,  renvoyant  le  Ledleur  à  quantité  d’Auteurs  qui  en  ont  .écrit. 

On  doit  choifir  la  Civette,  nouvelle,  d’une  bonne  confîftance,  c’eft  à  dire, 
qu’elle  ne  foit  ny  trop  dureny  trop  molle,  d’une  couleur  blanche, d’une  odeur 
forte  ôc  affez  defagreable.  Cette  marchandife  n’eft  pas  moins  difficile  à  con- 
noîrre  que  le  Mule.  C’eft  pour  ce  fujet  que  les  Hollandois  ont  foin  de  mettre 
fur  les  pots  de  Civette  de  petits  imprimez,  ou  des  billets  écrits  à  la  main  en  leur 
langue,  pour  faire  foy  qu’elle  eft  pure  Ôc  non  falcifiée  ôc  qu’elle  eft  comme  elle 
fort  de  la  poche  des  Civettes:  mais  la  plus  grande  connoiifance  que  l'on  en  peut 
avoir,  c’eft  de  l’achepter  d’honrkêtes  marchands,  fans  s’arrêter,  ny  aux  écri¬ 
teaux,  ny  à  la  couleur,  en  ce  qu’elle  peut  eftre  d’une  couleur  dorée,  Ôc  eftre  bon¬ 
ne  j  car  pour  le  peu  que  l’on  la  garde,  quand  même  les  pots  n’auroienc  jamais 
efté  ouverts,  le  deffius  ne  laiffe  pas,  de  blanc  qu’il  eftoit,  de  devenir  jaune  ôc 
doré,  en  forte  que  plus  elle  vieillit*, plus  elle  brunit. 

Quantité  de  perfonnes  foûtiennent  que  quand  on  a  frotté  un  papier  de  Ci¬ 
vette  ôc  que  l’on  peut  écrire  deflus,  c’eft  une  marque  infaillible  qu’elle  eft  na¬ 
turelle,  ce  que  j’ay  trouvé  bien  faux,  pour  l’avoir  éprouvé  plufieurs  foi^  Ainfi 
outre  le  foin  que  l’on  aura  de  l'achepter  de  marchands  de  probité, on  prendra  garde 
fi  en  la  gardant  elle  ne  fe  moifît  ôc  ne  fe  corrompt  point,  parce  que  celle  qui  eft 
mélangée ,  en  la  gardant  fe  chanfit  deffus ,  ou  deffous  -,  principalement  quand 
il  s  y  rencontre  du  vuide,ôc  elle  devient  d’une  odeur  rance  ôc  affez  defagreable:  ôc 
lors  que  cela  arrive  à  ceux  qui  l’ont  falcifiée  ôc  qu’elle  eft  hors  de  vente  ,  tant 
pour  fa  méchante  couleur ,  que  pour  l’odeur  differente  de  la  véritable  Civette-,  ils 
la  colorent  avec  quelque  drogucs,Ôc  s’en  défont  enfuite  fous  le  nom  de  Civette 
de  Guinée,  ce  qui  fe  connoîtra  facilement  par  fa  couleur  rougeâtre  qu’ils  luy 
donnent  ordinaiiement,  ôc  en  fè  défiant  des  écriteaux  imprimez  en  Hollandois 
ou  en  François ,  qu’ils  y  mettent ,  qui  ne  fervent  qu’à  couvrir  leur  friponne¬ 
rie,  ôc  à  tirer  vingt  ou  vingt-deux  livres  d’une  once  de  marchandife  qui  ne  leur 
revient  pas  à  quarante  fols. 


des  Drogues,  Livre  Premier,  19 

On  ne  (è  fert  que  très  peu  de  la  Civette  en  Medecine  :  ainfi  Ton  principal 
ufage  cû  pour  IcsConfilTeurs  &  Parfumeurs ,  qui  s'en  fervent  pour  parfumer  & 
donner  de  l’odeur  à  plufieurs  ingrediens.  L  employ  de  cette  marchandife  fe  doit 
faire  avec  bien  de  la  modération ,  en  ce  que  pour  peu  que  l’on  excede  la  jufte 
quantité  qu'il  en  faut  mettre,  au  lieu  de  rendre  une  odeur  fuave  &  agréable,  elle 
en  communiqueroit  une  trcs-mauvaife. 


CHAPITRE  VI. 

Du  Ca/Ior. 


Le  Castor  ou  Bie'vre,  nommé  des  latins  Cajlor  ou  Fiher^  eft  un  animal  à 
quatre  pieds,  que  l’on  met  au  rang  des  Amphibies ,  qui  vivent  également 
lur  la  terre  &  dans  l’eau.  Il  fe  nourrit  fur  terre  de  divefs  fruits,  defcüiiles  &  d’é¬ 
corces  de  quelques  arbres,  &  fur  tout  des  Saules-,  &  dans  les  grandes  Riviè¬ 
res  ,  il  vit  de  PoifTons  ou  d’Ecrevifles  qu’il  peut  attraper.  Cette  diverfîté  d’ali- 
mens  eft  caufequefes  membres  de  derrière  jufqu’aux  côtes,  ont  le  gouftdepoif- 
fon  ,&  qu’on  lesmange  comme  tels,  les  jours  maigres,  &  tout  le  refte  du  corps 
qui  a  le  gouftde  viande ,  dont  Ton  ne  doit  ufer  qu’au  temps  de  chaî  nage. 

Le  Caftor  à  la  tête  prefque  femblable  à  celle  d’un  Rat  de  Montagne  ,  mais 
un  peu  plus  grande  &:  proportionnée  à  la  grandeur  de  fon  corps,  qui  eft  maf- 
fif,  &  à  peu  prés  de  la  grandeur  &  grofteur  d’un  cochon  de  fix  mois;  il  eft  ar.. 
mé  de  bonnes  &  aftez  grandes  dents, dont  celles  de  devant  font  incifoires;  fon 
col  eft  long  d’un  demy  pied  ,  fon  corps  dun  pied&  demi  jufques  a  deux,  fon 
ventre  aftez  grand,  &  fes  jambes  courtes,  fur  tout  celles  de  devant;  il  a  les 
pattes  de  devant  fcmblablesà  celles  du Blereau,& celles  de  derrière  a  celles  des 
Cignes.Toutefa  peau  eft  couverte  de  deux  fortes  de  poil  fort  doux,  1  un  un  peu 
plus  long  que  l’autre-,  celuy  là  eft  de  la  couleur  deceluy  des  Loutres  dans  fà  fu- 
perfîcie,  mais  grisâtre  au  dedans,  ce  qui  paroîtlors  qu  on  a  arraché  le  plus  long 
//.  Partie.  C  ij 


20 


Hiftoire  generale 

poil  que  loti  n’a  laifTé  que  le  fin  duvet,  qu’on  employé  à  faire  les  Chapeaux 
de  Caftor. 

Tous  les  Caftors  ont  la  queue  plate,  cchancrce,  joignant  fa  racine,  large 
<lc  quatre  doigts,  cpaifie  d'un  pouce,  longue  d’un  pied  :  elle  à  la  couleur ,  & 
prefque  la  figure  des  Soles,  &c  elle  eft  (oûtenuë  par  de  fortes  vertèbres ,  arti¬ 
culées  les  unes  avec  les  autres  jufqu’au  bout  de  la  queue. 

Le  Caftor  cftant  redoutable  par  les  fortes  dents,  il  femble  que  la  nature  ait 
echancré  fa  queue  vers  la  racine,  pour  le  l^ifir  ou  le  lier  par  là,  &  pour  s’en  af- 
furer  &  le  conduire  là  ou  l’on  veut.  La  queue  des  Caftors  de  France,  eft  tout  à 
fait  dénuée  de  poilj  mais  j’ay  en  mon  pouvoir  la  peau  d’un  Caftordc  Dantzic, 
avec  toute  la  queue,  qu’un  amy  ma  vendue,  dont  le  poil  couvre  la  longueur  de 
quatre  à  cinq  pouces  le  commencement  de  la  queue,  &  le  furplus  eft  làns  poil. 

Je  n’encreprens  pas  de  contefter  l’exiftence  des  petits  tefticules,  aftbrtis  de 
tous  leurs  vaifleaux  neceftàires  à  la  génération ,  que  Meftieurs  de  l’Academie 
Royale  des  Sciences,  découvrirent  il  y  a  quelques  années  au  dedans  des  cuiftes 
êc  prés  des  aines  d’un  Caftor,  qu’ils  diftequoyenc  j  mais  n’ayant  jamais  vû  met¬ 
tre  ces  petits  tefticules  au  rang  des  drogues,  ny  vendu  pour  Cafioreum  ,  autre 
chofe  que  cette  partie  de  l’animal  que  les  anciens  ont  nommé  fihri  tefles^  fans 
me  mettre  en  peine  fi  ce  font  vrays  tefticules  ou  non,  ne  s’agiftant  pas  icy  delà 
génération,  il  me  fuffit  d’en  donner  une  defeription  jufte  &  exaéle,  laquelle  je 
crois  d’autant  plus  neceftàircjque  jene  fçache  aucune  partie  d’animal  plus  fujet- 
teà  eftre  fophiftiquée  que  celle-là. 

On  appelle  Cafioreumy  la  fiibftancc  charneufe  ,  contenue  au  bas  de  deux 
CiRorcum  bourfcs,  cgalcs ,  diftiiidcs ,  placécs  latéralement  Time  prés  de  l’autre  & 

enveloppées  d’une  bourfe  commune,  un  peu  plus  grande,  fichée  au  deflbus  du 
fondement  de  l'anhnal,  entre  Tes  deux  cuiftes ,  couverte  de  la  tunique  commu¬ 
ne,  qui  enveloppe  tout  le  ventre,  &  y  reprefentent  extérieurement  deux  icf- 
ticuleSjfort  femblables  à  ceux  des  Pourceaux,  ou  des  Verrats,  lefquels  quoy 
qu’internes’,  on  peut  diftinguer  au  travers  delà  peau,  &  même  prendre  à  la 
poignée,  quoy  qu’ils  ne  foient  pas  pendans ,  comme  le  font  la  plufpart  des 
tefticules  des  autres  animaux.  Ayant  ouvert  cette  tunique  velue  ,  on  y  trouve 
la  première  bourfe  commune,  &  dans  icelle,  les  deux  diftinétes  moyennes  l’une 
&  l’autre  qui  contiennent  lamatierequ  on  nomme  &  qui  reprefentent 

enfemblc  deux  vrays  tefticules  d’animal. 

On  a  accoutumé  de  lier  ces  deux  bourfes^  en  l’état  auquel  on  les  trouve, 
par  leur  col,  &  de  les  pendre  fous  Fa  cheminée,  les  y  laiftànc,  jufqu’à  ce  qu’el¬ 
les  foient  bien  deftechées  ,  &  la  matière  contenue  tout  à  fait  endurcie,  &  que 
la  bourfe  extérieure  ait  contracté  une  couleur  brune. 

Ouvrant  alors  ces  bourfes  internes,  on  trouve  dans  la  partie  baffe  de  cha¬ 
cune  une  matière  charneufe, folide,  pulverable, de  couleur  approchante  de  la 
Candie,  entrelaftee  &  entrecoupée  défibres  &  de  membranes  fort  déliées, 
&  d’une  odeur  extrêmement  forte.  On  trouve  aufli  dans  chacune  de  ces  moin¬ 
dres  bourfes,  un  peu  au  dcfîus  de  la  matière  charneufe,  une  autre  bourfe  enco¬ 
re  diftinéle,  mais  beaucoup  plus  petite,  adhérente  à  celle  qui  l’enferme  ,  qui 
contient  une  humeur  ondueufe,  d'une  odeur  aufti  forte  que  le  refte,  laquelle 
eftant  nouvelle,  retire  à  de  beau  miel  preft  à  fc  coaguler,  mais  prend  la  couleur 
^l’épaifteur  du  fuif, lors  quelle  vieillit. 

Ce  font  là  les  vrayes  marques  du  Cafloreum  ,  que  nous  vendons ,  pour  ena- 
ploycr  dans  la  Theriaque  ou  dans  le  Mithridat,  &  dans  plufieurs  autres  corn- 
pofitions  &  remèdes  céphaliques,  ou  hyftcriques-,  ce  que  je  certifie  véritables, 


21 


des  Drogues ,  Livre  Premier. 

pour  en  avoir  beaucoup  acheté  &  vendu,  &  pour  cftre  certain  qu’aucune  per- 
lonne  entendue  n’oferoit  me  contredire.  Mais  j’en  pais  encore  parler  avec  beau¬ 
coup  plus  de  certitude  fur  ce  que  M.  Charas,  ayant  autrefois  habité  alTez  prés 
du  Rône,  &  des  lieux  où  l’on  prend  de  temps  en  temps  quelques  uns  de  ces 
animaux,  me  confirmant  toutes  ces  chofes,  m’a  afiuré  d'avoir  alors  acheté  de 
la  fille  d’  un  payfan,  les  bourfes  d'un  Caftor,  tirées  nouvellement  du  corps  de 
l'animal  j  lefquclles  eftans  de  couleur  de  chair  &  relTcmblans  à  delà  chair,  rem- 
plilToicnt  une  alTez  grande  écuelle ,  &  quoy  que  la  fille  qui  portoit  vendre  ces 
bourfes  nofafl:  pas  les  nommer  par  leur  nom , il  les  connut  bien-tôt  par  leur  odeur 
forte;  fi  bien  qu’ayant  achep/lç  ces  bourfes,  &  les  ayant  liées  par  le  col  en  les 
pendant  fous  la  cheminée,  elles  parurent  comme  deux  tcfiicules  ;  dont  en 
fe  fechant,  elles  conlerverent  &  retinrent  la  figure  ;  &  eftant  bien  fcches  elles 
peferent  quatorze  onces  ;  apres  quoy  les  ayant  ouvertes  ,  il  y  trouva  les 
parties  du  dedans  telles  que  je  les  ay  décrites.  Il  m’a  encore  alTuré  qu’ayant 
quelque  temps  apres  demandé  au  même  payfan  un  Cafioren  vie,  il  le  luy  por¬ 
ta  au  bout  de  quelques  jours  dans  une  cuve,  conforme  en  toutes  chofes  à  la 
defeription  que  j’en  ay  donnée, &  principalement  aux  bourfes ,  lefquelles  eftant 
fituées  au  même  endroit  que  le  font  celles  des  Verrats,  eftoient  fi  greffes ,  qu’il 
luy  eftoit  impolTible  de  les  bien  empoigner. 

Les  Caftors  eftans  de  diverfe  grandeur,  leurs  bourfes  y  correfpondent, d’où 
vient,  que  les  achetant  fcches,  on  en  trouve  qui  pefent  quatre  onces ,  les  au¬ 
tres  fix,  les  autres  huit,  les  autres  douze,  &  les  autres  jufqu’à  feize. 

Ces  animaux  font  ordinairement  leur  retraite  dans  des  cavernes  ou  grands 
creux  qu’ils  trouvent  dans  les  bords  des  grandes  rivières,  &  entr’aurres  duRô- 
ne,  de  la  Lifere  &  de  l’Oifc  en  France ,  où  l’on  en  prend  q^uelque  fois  ,  mais 
on  en  prend  beaucoup  plus  le  long  de  l’Elbe  ,  &  de  pluficurs  autres  gran¬ 
des  rivières  de  la  Pologne  6c  de  l’Allemagne,  &i  fur  tout  de  la  grande  rivicre 
de  Canada. 

La  cherté  du  Cafloreumt&c  l’avarice  de  certaines  perfonnes  de  mauvaife  foy, 
les  porte  à  faire  leurs  efforts  pour  le  contre  faire  ;  Ces  gens  font  un  mélange  de 
poudre  de  vray  Caftor  &  de  gommes  qu’il  n’cft  pas  befoin  de  nommer,  donc 
ils  rempliftent  des  bourfes  qui  ont  contenu  des  tcfticules  d’Agneaux,*  ou  de  Che¬ 
vreaux,  &  les  ayant  liées  &  pendues  quelque  temps  fous  la  cheminée ,  lors  quel¬ 
les  font  bien  endurcies,  ils  les  vendent  pour  véritable  Caftor  à  ceux  qui  n’en 
fçavcnt  pas  faire  le  difeernement;  mais  il  cft  très  aifé  d’en  découvrir  la  trom¬ 
perie,  en  fendant  ces  bourfes  &  y  cherchant  les  marques  que  j’ay  données,  donc 
la  plus  eftentielle  eft  qu’on  n’y  trouvera  ny  fibres,  ny  pellicules ,  naturellement 
entrelaftees,  &  qu’au  lieu  qu’on  peut  piler  6c  paffer  au  tamis  de  foye  le  vray 
Cajîoreum,  &i  voir  refter  fur  la  foye  pluficurs  petites  membranes:  les  gommes 
ny  pouvant  pafter,  y  relieront  en  maffe,  fans  pellicules. 

]e  laifte  à  part  ce  que  pluficurs  Auteurs  renommez  ont  écrit  du  Caftor,  que 
fe  voyant  pourfuivi  par  les  Chalfeurs,  il  coupe  ou  arrache  avec  les  dents  festef 
ticu1cs,&  les  leur  jette  pour  rançon;  veu  qu’il  ne  luy  eft  non  plus  poftiblc  de 
ployer  fon  corps  &  d’y  atteindre  de  fes  dents ,  qu’il  le  feroic  à  un  Sanglier  ôc 
que  ne  s’éloignant  pas  des  rivières ,  il  luy  cft  très  facile  de  s’y  aller  plonger. 

On  recommande  beaucoup  le  Caftor  diverfement  préparé  contre  les  mala¬ 
dies  du  cerveau  &  celles  de  la  matrice,  tant  intérieurement  qu  extérieurement. 
On  employé  fa  liqueur  ondueufe  en  on6lion,&  dans  la  compofition  de  l’huillc 
ùe  Caftor. 

J*  Il  a  cfté  dilTequc  un  Caftor  à  l'Academie  de&Scicnccs,  qui  eftoit  long  de 

C  iij 


Il 


Hiftoire  t^eneralc 

”  trois  pieds  ôi  demi  depuis  le  mufcau  jufqu’à  l’extremicé  de  fa  queue  ,  fa  plus 
grande  largeur  eftoic  de  douze  pouccs,«3«:  il  pefoit  plus  de  trente  livres,  fa  cou- 
”  leur  elloic  brune  ôc  fort  luifante, tirant  fur  le  Minime,  fon  plus  long  poil  elloic 
d’un  pouce  &  demi,  délié  comme  des  cheveux ,  &  le  plus  court  diin  pouce  , 
**  doux  comme  le  duv-ct  le  plus  fin  ,  fes  oreilles  efioient  rondes ,  &  fort  courtes, 
fans  poil  par  dedans,  velues  par  dehors:  il  avoic  quatre  dents  incifives ,  com- 
”  me  les  Ecureils,les  Rats,&:  autres  animaux  qui  aiment  à  ronger  ^  la  longueur  de 
**  celles  d’en- bas  cfioit  de  plus  d’un  pouce,  ôc  celles  d’enhaut  qui  fe  gliffent  au 
’’  devant  des  autres,  ne  leur  ertoienc  pas  direéfement  oppofcejiTiais  eftoientdifpo- 
’’  fecs  à  agir  à  la  maniéré  desoizeaux,  enpaffant  l’un  Contre  l’autre,  &  eftant  fore 
”  tranchantes  par  le  bout  &  taillées  en  bizeau  j  leur  couleur  elloit  blanche  par 
''  dedans  &  d’un  rouge  clair  par  dehors  tirant  fur  un  jaune  de  fafran  batard  :  il 
avoit  feize  dents  molaires ,  huit  de  chaque  côte'.  Les  doigts  de  derrière  cfloienc 
joints  par  une  membrane  ,  comme  ceux  d’une  Oye  ,  ceux  de  devant  efloicnt 
fans  membrane  lémblables  à  ceux  des  Rats  de  montagnes  ,  &  ils  s’en  fervent 
’’  comme  d’une  main,  de  même  que  les  Ecurcils;  fes  ongles  eftoient  taillez  de 
”  biais  &  creux  par  dedans  comme  des  plumes  à  écrire.  La  queue  de  cet  animal 
”  tient  plus  de  la  nature  du  poifTon,  que  de  celle  des  animaux  tcrrelles,  aufli 
*’  bien  que  fes  pieds  qui  en  ont  le  goull-,  elle  cftoit  couverte  d  écailles  de  l’épaif- 
”  feur  d’un  parchemin,  longues  d’une  ligne  &  demy  ôc  d’unefigure  hexagone,  ir- 
reguliere  qui  formoient  une  épiderme  ou  pellicule  qui  les  joignoic  cnfemble  ; 
”  elle  avoit  onze  pouces  de  long  Ôc  eiloit  de  figure  ovale,  large  en  fa  racine  de 
quatre  pouces  &  de  cinq  au  milieu,  cet  animal  s’en  fert  avec  fès  pieds  de  der- 
ricre  i  nager,  elle  luy  fert  auffi  de  battoir  pour  battre  le  mortier,  dont  il  abc- 
foin  quand  il  fe  bâtit  une  maifon,  cjui  a  quelque  fois  deux  ou  trois  étages.  Scs 
tcfiicules  n’efloient  pas  attachez  à  l’épine  du  dos  comme  difent  Mathiole, 
Amatus,  Lufitanus  &  Rondelet,  mais  ils  eftoient  cachez  aux  parties  latérales  de 
l’os  pubis,  à  l’endroit  des  aines,  &  ne  paroilToient  point  au  dehors  non  plus  que 
la  verge  ,  &  l’on  ne  peut  les  retrancher  fans  le  faire  mourir.  Il  avoic  qua- 
tre  grandes  poches  fuuées  au  bas  de  los  pubis  j  les  deux  premières  plus  élevées 
quelesdeuxaucresavoienclafigured’une  poire  ou  d’un  V  fort  ouvert, &  fecommu- 
”  niquoienc  cnfemble  j  elles  avoient  une  tunique  intérieure  charnue,  d’une  cou- 
leur  cendrée,  rayée  de  plufieurs  lignes  blanches,  quiavoieric  plufîcurs  replis  fem- 
”  blablcs  à  ceux  de  k  caillette  d’un  mouton,  &  de  l’étendue  de  deux  pouces,  on 
”  y  trouva  les  reftes  d’une  matière  grisâtre, qui  avoit  une  odeur  foctidc,  &  fort  ac- 
cachée;  c’eft  là  le  Cafloreum  donc  on  parle  tant. 

On  doit  choifîr  le  Caflor  ,  ou  Cafloreum  ,  vray  Dantzic  comme  eflant 
beaucoup  plus  gros  &  d’une  plus  forte  odeur  ,  que  celuy  de  Canada,  qui  cft 
ordinairement  fec,  kle  ,  &  prefque  de  nulle  odeur  ;  que  les  rognons  en  font 
gros,  pefans,  &  bien  charnus;  &  prendre  garde  qu’ils  ne  foient  remplis  de 
miel,  ou  autres  vilenies,  comme  j’ay  déjà  dit;  ce  ejui  fe  connoîtra  facilement 
ence  que  ceux  qui  en  font  remplis,  font  bourfouflez  ,  unis,luifans,  &  pour  peu 
que  l’on  les  preffes,  il  en  fort  un  miel  liquide  &  puant;  au  contraire  de  ceux- 
là  qui  font  pefans ,  durs ,  &  qu’en  les  coupans  on  trouve  qu’ils  font  remplis 
de  quantité  de  petits  filamens,  &  qu’ils  font  d’une  odeur  forte  &  pénétrante. 

A  l’égard  du  poil  de  Caflor  dont  on  fait  des  Chapeaux,  c’efl  une  des  belles 
&  riches  marchandifes  c]ue  nous  ayons  en  France  ,  &  qui  paye  de  plus  gros 
^  droits:  &  comme  ces  Peaux  garnies  de  leur  poil,  font  aufli  en  quelque  façon 

caft”?*  partie  de  nôtre  négoce;  c’efl  le  fujet  pour  lequel  on  les  choifira  ;  fçavoir,  les 

Caflors  gros, maigres,  que  le* poil  en  foit  long,  doux  ,  &  foyeux  ,  &  les  gras 


des  Drogues,  Livre  Premier.  23 

doivent  aufli  avoir  le  poil  doux ,  &  foyeux ,  &  que  le  cuir  en  foie  moilleux  comme 
celuy  d’un  LieVre  nouvellement  tue'.  Le  Caftor  gras  j  cft  beaucoup  plus  cftimé 
que  le  maigre. 


CHAPITRE  VIL 

Dâ  L’Elan. 

\  I  JClaJzè 


L’Elan  eftun  animal  fauvageî  qui  fe  trouve  fort  communément  dans  les 
pays  froids,  fur  tout  en  Suede,  en  Norvège  ,  en  Canada,  &  autres  en¬ 
droits.  Cet  animal  eft  de  la  hauteur  d’un  Cheval  de  Carofle,ou  d’un  grand 
Bœuf,  il  a  la  tête  fort  grofle ,  les  yeux  étincelans ,  il  porte  un  bois  femblable 
à  celuy  du  Daim,  il  a  les  jambes  hautes  &  menues  ,  les  pieds  noirs  &  fendus 
comme  ceux  d’un  Bœuf  ou  d’une  Vache,  à  l’égard  de  fbn  poil  il  eft  aflèzdoux 
d’un  jaune  noirratre.  Je  ne  m ’arrefteray  point  à  décrire  ce  que  quantité  d’Au- 
teurs  ont  dit  touchant  cet  animal  j  je  diray  feulement  que  le  nom  d’Eland  ou 
Elan ,  luy  a  efté  donné  par  les  Allemands ,  qui  fignifie  Mifcre^  tant  à  caufe  qu’il  ne 
vit  que  dans  des  lieux  inhabitez,  comme  les  bois,  ou  autres  endroits,  que  par¬ 
ce  qu’il  eft  extrêmement  fujetà  tomber  du  haut  mal  j  &  auhi  -  tô.c  qu’il  en 
eft  attaqué,  il  ne  manque  pas  de  fe  mettre  le  pied  gauche  dansfon  oreille  gauche 
pour  fe  guérir  de  cette  maladie  :  ce  qui  a  donné  ftijet  aux  anciens  de  croire  , 
que  l’ongle  ou  la  corne  du  pied  gauche  de  cet  animal, eftoit  un  remede  fpeci, 
fique  pour  fe  garantir  de  l’Epilepfte^  du  haut  mal,  ou  mal  caduc,  que  noqs 
appelions  ordinairement.  Mal  de  Saint,  ou  de  S.  Jean.  De  tout  cet  animal, 
on  nefe  fert  en  Medecine  que  du  pied  gauche  de  derrière,  tant  à  caufe  qu’il  eft 
cftimé,  comme  j’ay  déjà  dit,  fort  convenable  pour  fou.Uger  ceux  qui  fon  atta¬ 
quez  des  maladies  cy-deflus  nommées  j  C’eft  le  fujet  pour  lequel  ceux  qui  au- 
*’ont  befoin  de  pied  d’Elan  ,  auront  le  foin  qu’il  foit  véritable ,  &  que  ce  ne 
foie  le  pied  de  quelque  autre  animal  femblable, ce  qui  eft  aftez  difficile  à  cpn- 


L’Eléphant  cft  un  animal  qui  furpafle  en  grandeur  &  en  grofleur  tous  les 
animaux  cerreftres,  il  a  beaucoup  de  connoilTance,  d’adrelTe  &  de  docili¬ 
té,  il  eft  armé  d’une  longue  trompe  charnue  &  nerveufe,  qui  luy  fert  de  bras 
&  de  main  en  pluiieurs  chofes  ;  il  a  aulïi  alTez  de  difeernement  pour  allonger  & 
ployer  Ton  corps  pour  entrer  &  forcir  par  une  porte  de  quelques  pieds  plusbaf- 
l'c  que  Ton  corps ,  pourveu  quelle  foie  fufEfamment  large  pour  fa  grolTeur. 
]c  ne  crois  pas  qu’il  foie  necelTaire  de  faire  une  plus  particulière  deferip. 
lion  de  cet  animal,  puis  qu’on  en  a'fouvent  vu  dans  la  plus  parc  des  bon¬ 
nes  villes  de  la  France  j  je  diray  feulement  qu’on  fait  venir  ces  animaux  des  In¬ 
des  Orientales,  &  fpecialement  du  pays  du  Grand  Mogol  -,  qu’il  y  en  a  de  mà- 
IjTS  &  de  femelles,  que  ce  font  les  feuls  mâles  qui  font  armez  de  grandes  dents 

plantées 


des  Drogues,  Livre  Premier.  25 

plantées  au  bouc  de  leurs  mâchoires  inferieures,  car  les  femelles  n’en  ont  point 
de  pareilles,  &  que  ces  dents  font  le  vray  Ivoire,  dont  on  fait  tant  de  beaux  ou¬ 
vrages,  &  quantité  de  remedes,ou  autres  chofes  neceflaireà  la  vie. 

Je  ne  m’arreteray  pas  à  vouloir  décrire  tous  les  difeours,  foie  vrays  ou  faux^ 
que  les  anciens  on  fait  touchant  l’Elephant,  non  plus  que  les  hautes  cftimes 
que  Ion  en  fait  en  plufieurs  endroits  du  monde,  tant  parce  que  pluficurs Au¬ 
teurs  en  ont  parlé,  &  que  cela  feroic  trop  long ,  &  ne  regarde  aucunement  la 
matière  donc  je  traite.  Je  diray  feulement  qu’il  n’y  a  efpece  d’animal  qui  vive 
plus  long-temps*,  ce  n’eftoic  les  Dragons  volans,  donc  il  y  en  a  de  deux 
forces  J  qui  les  font  mourir,  ou  que  l’on  les  tuent  exprès ,  l’Ivoire  feroic  beau¬ 
coup  plus  rare  qu’il  n’eft. 

Ambroife  Paré  traite  de  ces  deux  Dragons,  qui  font  mourir  les  Elephans , 
en  cette  maniéré. 

Ces  Dragons  s’entortillent  autour  des  jambes  des  Elephans ,  &  enfuice  ca¬ 
chent  leurs  têtes  dans  leurs  narrines,  leurs  crèvent  les  yeux,  les  piquent  &  en 
fûllenc  le  fang  jufqu’à  ce  qu’ils  foicnc  morts. 

Be  l’Ivoire. 

L’Ivoire  que  les  Latins  appellent  Ebur,  font  les  dents  ou  plutôt  delFenfes 
des  Elephans  mâles,  donc  le  meilleur  &  le  plus  blanc  vient  de  la  Province 
ci  Angolle  &  de  Ceilan  &  autres  endroits  des  grandes  Indes. 

Le  commerce  de  l’Ivoire  ou  des  dents  d’Elephant  eft  confiderable  en  France,  fiir 
tout  de  celuy  qui  cft  de  la  bonne  qualité,  tant  pour  quantité  de  beaux  ouvrages 
que  l’on  en  fait,  que  pour  les  remedes  &  autres  chofes,  ou  il  efl:  employé.  On  tire 
de  l’Ivoire  par  la  cornue,  un  Efpric ,  &  un  Sel  volatil  qui  eft  eftimé  dans  les 
maladies  du  cœur  &  dans  celles  dü  cerveau. 

La  rapure  d’ivoire  eft  fort  ufitéeavec  celle  de  corne  de  Cerf  pour  faire  despti- 
fànnes  aitringentes.  Et  comme  cette  marchandife  eft  de  peu  de  valeur  à  caufe 
que  les  ouvriers  qui  travaillent  en  Ivoire  ,  la  donnent  prefque  pour  rien  :  c’eft 
le  fujet  pour  lequel  elle  n’eft  fujette  à  aucune  falfification. 

Du  Noir  d Ivoire, 

Le  Noird  Ivoire,  eft  de  l’Ivoire  que  l’on  brûle,  &  lors  qu’il  eft  devenu  noir 
on  le  retire  en  feuille-,  on  le  broyé  à  l’eau  &  on  en  fait  des  petits  pains 
plats  ou  trochifques,dont  l’on  fe  fert  pour  la  peinture  j  &  à  qui  on  a  donné  le  nom 
de  iVoir if ’Z-voirr, ou  de  Velours^  lequel  pour  cftre  de  la  bonne  qualité, il  faut 
qu’il  loit  bien  broyé,  tendre  &  friable. 

Les  Appocicaires  ou  autres,  qui  pouflent  de  l’Ivoire  par  la  cornué,  au  lieu  de 
jeccer l’Ivoire  brûlé  qui  refte  dans  la  cornue,  comme  la  plupart  le  font,  pour¬ 
ront  le  faire  broyer  &  mettre  en  petits  pains  ou  rrochifques  de  la  maniéré  que 
je  viens  de  dire,  &  enfuite  le  vendre  à  ceux  qui  auront  befoin  de  Noir  d’ivoire, 
ou  bien  le  mettre  dans  un  bon  feu  de  charbon,  pour  le  réduire  en  blancheur 
&  en  faire  ce  que  nous  appelions  Spode,  ou  Ivoire  brûlé. 


Dragons  qui 
tuënc  les  Lie. 
pljans, 


Il  y  a  au(E 
de  l'Ivoire  ver- 
dâcre,  qui  n’eft 
pas  le  moindre. 

Efprit  &  Sel  vo- 
latil  d'ivoire. 


Noir  de  Vc3 
lour, 


II.  Partie. 


O 


26 


Hiftoire  generale 
Du  Spode. 

LESpode,ou  Ivoire  brûlé  ou  calciné  en  blancheur  ,  eft  de  l’Ivoire  que  l’on 
brûle  expiés,  afin  de  le  pouvoir  employer  dans  la  medecine,  oîi  il  eft  re¬ 
quis. 

Le  meilleur  Spode  ell  celuy  qui  eft  blanc  deftus  &  dedans ,  pefant,  facile  à 
cafter,  en  belles  écailles,  le  moins  rempli  de  menu  &  d’ordures  qu'il  fera  pof- 
fîble.  On  broyé  le  Spode  fur  une  écaille  de  mer  ou  autre  pierre, & on  le  réduit 
en  trochifque,qui  eft  ce  que  nous  appelions  Ivoire  ou  Spode  Trochifque  ou  pré¬ 
paré.  On  attribue  les  mêmes  proprietez  au  Spode  Trochifque  ,  qu’au  Corail 
ou  autres  Alkali. 

Les  anciens,  outre  l’Ivoire,  brûloient  des  Cannes  ou  des  Rofeauxj&ces  Can¬ 
nes  réduits  en  cendre  cftoient  appellées  aufli  bien  que  Tlvoirc brûlée, ou 
Autifpodc.  ^ntifpode. 

Du  Rhinocéros. 

Le  Rhinocéros  eft  un  animal  à  quatre  pieds,  de  la  grandeur  d’un 
Taureau,  dont  le  corps  approche  de  la  figure  du  Sanglier;  il  eft  ainfi  nom¬ 
me  a  caule  de  la  corne  qu’il  porte  fur  les  narines  ,  laquelle  eft  noire,  longue 
d’une  coudée, dure,  pyramidale,  folide,  &  dont  la  pointe  eft  tournée  vers  le 
haut,  tendant  vers  le  derrière;  il  aaufti  une  autre  Corne  de  même  couleur  & 
dureté  fiir  le  milieu  du  dos,  dont  la  pointe  regarde  de  même  le  derrière  ,  mais 
dont  la  longueur  n’eft  que  d’une  paume.  Cet  animal  a  tout  fon  corps  couvert 
&  armé  de  fortes  écailles,  &  quoy  que  beaucoup  moindre  en  grandeur,  il  com¬ 
bat  contre  l’Êlephant ,  &  même  il  en  triomphe  quelquefois  j  tant  par  fa  gran¬ 
de  force  naturelle,  capable  de  foûtenir  le  corps  de  l’Elephant  s’il  vouloir  tom¬ 
ber  fur  luy ,  que  parce  qu’il  ne  cefte  de  combattre  avec  la  Corne  qu’il  a  fur  fes 
narines ,  jufqu’àce  qu  il  ait  percé  le  ventre  de  fon  ennemi  avec  celle  qu’il  a  fur  le 
dos. 

Le  Rhinocéros  eft  un  animal  fî  doux  lors  qu’on  ne  luy  fait  point  de  mal  qui 
fe  laifte  manier  de  tous  les  cotez  jufqu’à  luy  mettre  la  main  dans  fa  bouche, 
fe  laifte  prendre  la  langue,  ainfi  du  refte-,  ce  qui  eft  bien  contraire  à  ce  que  les 
.anciens  en  ont  écrit,  quand  ils  difent  qu’il  eft  fî  farouche,  que  l’on  ne  le  peut 
aborder,  &  ce  que  je  ne  pourrois  contredire  >  fi  un  de  mes  amis  qui  en  a  vûëun 
en  Angleterre,  ne  me  l'euft  aft'uré. 

L’on  attribué  a  l’une  &  à  l'autre  de  ces  Cornes ,  des  vertus  égales  à  celles 
de  la  Licorne,  foit  en  en  donnant  la  raclure  en  fubftance,  ou  en  infufion  , 
depuis  un  fcrupule  jufqu’à  deux  ou  trois,  foit  en  en  faifant  des  taftes  pour  y 
laifter  repofer  U  vin  avant  que  de  le  boire,  ou  pour  s’en  fervir  à  l’ordinaire, 
comme  d’un  verre  à  boire,  dans  la  penfée  que  l’on  a  que  ces  taftes  empêchent 
l’effet  de  toutes  fortes  de  poifbns. 

Les  Griffes  &  le  fang  du  Rhinocéros  font  fî  eftimez  des  Indiens,  qu’ils  n’ont 
prefque  point  de  remedes  plus  convenables,  pour  la  guerifon  des  maladies  con- 
iagieufes,&  s’en  fervent  comme  nous  faifons  icy  de  la  Theriaque  ou  autres 
antidotes  -,  de  fa  peau  ils  en  font  des  cuiraftes ,  dont  ils  fc  couvrent  pour  aller 
contre  leurs  ennemis. 


des  Drogues^  Livre  Premier. 


27 


CHAPITRE  IX. 


Du  chameau. 


Le  Chameau  eft  un  animal  domeftique  fort  doux.  Il  y  en  a  quantité 
par  toute  l’Afrique,  &  particulièrement  dans  la  Barbarie,  &  aux  Defcrts 
Getulie,&de  la  Lybic.  Les  Arabes  n’ont  point  de  plus  grandes  richeffes. 

Ceux  d’Afrique  font  meilleurs  que  les  autres,  parce  qu’ils  fe  pafTent  durant  qua¬ 
rante  &  cinquante  jours  à  manger  de  l’Orge,  &  qu’ils  (ont  dix  ou  douze  jours  lans 
boire  ny  manger.  La  femelle  porte  Ton  fruit  onze  mois,&  des  aulfLiôt  qu’il  eft  né  on 
luy  plie  les  quatre  pieds  fous  le  ventre j  on  luy  met  un  tapi-S  fur  le  dos, dont 
les  bords  font  chargez  de  pierres,  afin  qu’il  ne  fe  puiffe  relever  pendans  vingt 
jours  -,  &  lors  qu’ils  ont  atteint  un  âge  raifonnable,  on  s’en  fert  comme  nous 
faifons  icy  des  Chevaux.  Lors  que  les  Chameaux  marchent  en  caravane  ,  ou 
en  campagne ,  ccluy  qui  les  conduit  chante  &  fifle  le  plus  qu’il  peut,  car  plus 
on  rejoüit  ces  animaux  ,  plus  ils  marchent,  &  on  n’a  autre  foin  d’eux,  que  de 
leur  fecouer  la  peau  avec  une  petite  baguette  pour  ôter  la  poudre  qui  eft  fur  leur  dos 
&  de  leur  mettre  de  la  paille,ou  des  tapis  fous  les  pieds,  quand  ils  doivent  paiTcr 
fur  quelques  terres  gliffantes ,  pour  les  empêcher  de  s’écarteler,  à  quoy  ils  font  fort 
fujets  :  Et  quand  on  les  a  déchargez,on  les  met  paître  dans  les  champs ,  du  ils  brouJ 
cent  des  herbes,  des  épines,  &  des  branches  d’Arbres,  &  ruminent  le  long  du 
jour  ce  qu’ils  ont  mangé  la  nuit.  Il  y  a  trois  fortes  de  Chameaux.  Ceux  qu’on 
nomme  Hegin,  font  les  plus  gros  &  Les  plus  grands,  &  portent  jufqu’à  un  mil- 
lier.  Les  féconds ,  qu’on  appelle  Bechet ,  ont  deux  bolTes  fur  le  dos ,  que 
l’on  charge  toutes  deux ,  &  outre  cela  ils  en  font  plus  propres  à  monter ,  mais  il  n’y 
en  a  qu’en  Afie.  Les  troifiémes  s’appellent  Dromadaires ,  qui  font  plus  petits  DromaJairc*. 
^  délicats,  mais  ils  ne  fervent  que  de  monture:  &  ils  font  fi  vîtes,  qu’il  y  en  a 
^ui  font  trente-cinq  ou  quarante  lieues  en  un  jour,  &  continuent  de  la  forte 
//.  Fàrm*  D  ij 


28  Hiîîoire  generale 

huit  &  dix  jours  parles  Defercs,  fans  manger  que  fort  peu.  Quand  on  les  char¬ 
ge,  on  ne  fait  que  leur  toucher  les  genoux  &  le  col  d'une  baguette,  auflî-tôcils 
le  bailfenc  jufqu  a  terre,  &  tandis  qu’on  les  charge,  ils  demeurent  en  cet  état,  ru- 
minent  continuellement,  &c  jettent  des  cris,  s’ils  font  jeunes.  Lors  qu’ils  Icn- 
cenc  qu’ils  font  chargez,  &  que  celuy  qui  les  garde,  leur  ôte  un  anneau  oùcft 
attachée  une  corde,  pour  les  conduire  en  façon  de  bride,  ils  fè  lèvent  aufli  tôt 
avec  leur  charge.  Les  Chameaux  endurent  patiemment  la  faim  &lafoif,  &  on 
les  abreuve  tous  les  tfois  jours  au  plus,  ôc  d’autres  dilent  qu’ils  gardent  l’eau  dans 
leur  elfomach  fort  long -temps  pour  le  rafraîchir,  par  le  moyen  d’un  grand  ven¬ 
tricule  qu’ils  ont,  autour  duquel  on  trouve  un  nombre  confiderable  de  facs  en¬ 
fermez  entre  fes  tuniques,  dans  lefquels  il  y  a  apparence  que  ces  animaux  met¬ 
tent  leur  eau  en  referve^ôc  c’elfee  qui  a  fait  dire  à  quelques  perfonnes  que  lors 
que  les  Turcs  vont  en  Caravane  ,  ou  à  la  Mecque ,  &  que  l’eau  vient  à  leur 
manquer,  ils  tuent  les  Chameaux  afin  d’avoir  l’eau  qu’ils  portent  dans  leur  ven¬ 
tre,  pour  boire. 

C’ell  encore  deecs  animaux  dont  on  nous  apporte  le  poil,  qui  en  porte  le 
nom  &  duquel  on  faitplufieurs  belles  étoffes,  &  dont  le  meilleur  cft  celuy  du 
dos ,  &  qui  ell  le  moins  rempli  de  blanc. 

Enfin  le  Chameau  ell  de  tous  les  animaux  le  plus  doux  &  celuy  quieft  le  moins 
à  charge  à  fon  Maître,  &  qui  rapporte  le  plus  de  profit. 

Sel  Ammoniac  natureL 


leScI  Ariro-  T  E  Sel  Armoniac  ou  plutôt  Ammoniac  naturel,  ell:  un  Sel  blanc  deffus  & 

fcrfiflo.rnc'iie’.  J _ /dedans,  d’un  goufi:  falé  &  affez  femblable  à  celuy  du  fel  commun, à  la 

oicniài'au.  jelerve  qu’il  eft  plus  acre.  On  nous  l’apportoit  autrefois  de  l’Arabie,  ou  de 
la  Libic,  mais  pour  le  prefent  on  n’en  voit  que  très  peu,  c’eft  le  fûjet  pour  le¬ 
quel  les  Vénitiens  &  les  Hollandois  ont  cherché  les  moyens  d'en  pouvoir 
compofev  un  qui  pût  approcher  des  mêmes  proprietez  ^  ou  ils  ont  beaucoup 
mieux  réülli  qu’à  la  figure,  en  quoy  le  Sel  Armoniac  naturel  eft  tout  diftérenc 
de  l’artificiel ,  ainfi  qu’il  fe  verra  dans  la  fuite  de  ce  difeours. 

Lors  que  lesTurcs  &  autres  Nations  de  l’Afic ,  ou  de  l’Afrique ,  font  des  coiirfes 
ou  des  caravanes,  leurs  Chameaux  paffantdans  les  defertsôc  urinant  dans  les  fa¬ 
bles  &  le  Soleil  donnant  aufti  tôt  deffus  cette  urine,  elle  ne  manque  pas  de  fc 
deffecher&  de  fe  réduire  en  maffe  blanche  ,  de  la  maniéré  que  je  Le  vay  décrire  j 
ce  que  je  puis  certifier  eftre  véritable,  par  l’examen  que  j'ay  fait,  d’un  morceau 
que  M  -dcTornefortm’eTiadonné,le  6.  Mars  1695.  dont  la  figure  eft  cy-deftus  mar¬ 
quée  A.  &  que  je  garde  comme  une  chofe  aftez  rare,ence  que  l’on  n’en  voit  plus,oti 
bien  peu.  Ce  Sel  eft  criftalifé,  c’eft  à  dire,  qu’il  paroît  deffus  des  maniérés  d’cguil- 
les,  comme  au  Salpêtre  rafiné,&  le  deffous  eft  comme  creux  ou  il  y  a  encore  quel¬ 
que  peu  de  fable,  qui  fait  voir  que  ce  Sel  s’eft  fublimé  de  luy  -  même  ,  par  le 
moyen  du  Soleil,  &  s’eft  élevé  hors  des  fables ,  qui  font  extrêmement  chauds. 
Les  anciens  ont  tous  d’un  commun  confentemenc  ,  dit  qu’il  y  avoitdu  Sel  Am¬ 
moniac  naturel  ,  que  ce  Sel  fe  trouvoit  dans  les  fables  de  la  Libie,  &qu’il  eftoit 
formé  de  l’urine  des  Chameaux  qui  alloient  auTcmple  de  Jupiter  Ammon,d’oii 
luy  eft  venu  fon  nom  ;&  d’autres  difent  que  le  motd’Amoniac,eft  venu  du  nom 
'Grccy^woj,  qui  fignifie  Sahle  ou  &  qu’il  ne  faut  pas  dire  comme 

Autre  Sel  Ar-  l’appelle  Ordinairement.  Il  fc  trouve  encore  un  autre  Sel  Ammoniai ,  ou  Armo-^ 
nioiiiac  naturel,  natutcl ,  OU  pour  micux  dire  artificiel ,  qui  fe  fait  de  la  même  maniéré  que  nous 

faifons  icy  le  Salpêtre,  qui  eft  ciré  d’une  maniéré  de  terre, ou  écume  làlée ,  qui 


des  Drogues,  Livre  Premier.  29 

fort  des  vieilles  Cavernes ,  &  des  fentes  des  Rochers  qui  font  entre  Labor ^ 

Tiianaflcri  à  Tzahint;  niais  comme  ces  deux  Sels  nous  font  prefque  incon¬ 
nus  ôc  qu’il  ne  s’en  trouve  que  très  peu-,  c’effc  le  fujet  pour  lequel  nous  devons 
nous  contenter  de  celuy  que  nous  tirons  de  Venife  ,  ou  d’Hollande  ,  dont  le 
dernier  dl  prefquc  le  feul  que  nous  voyons  à  Paris,  fur  tout  en  temps  de  paix. 

Bu  Sel  Armoniac  artificiel. 

Le  Sel  Armoniac,  ou  plutôt  Acrimoniac  ,  ou  félon  quelques-uns  Acrimo-  on  nous»?- 
niai ,  eft  une  ma/Te  de  differente  couleur  ,  faite  en  forme  de  couvert  de  fojldcvwïclc 
pot,  que  les  Vénitiens  ou  Hollandois  tirent  (au.rapport  de  plufeurs  Auteurs) 
dune  compofition  faite  d’urine  d’hommes,  ou  d'animaux,  de  fel  commun  ,&  fait  en  pain  de 
de  fuye  de  cheminc'cj  &  par  le  moyen  des  vaiffeaux  fublimatoires,  ils  en  font  beaucoup  plus 
des  pains  de  la  maniéré  que  nous  le  voyons.  que“rsvoïl“s 

Quelques-uns  m’ont  afTuré  que  le  Sel  Armoniac ,  efloic  auffi  compofe  de  pteùntcmem. 
toutes  fortes  de  fang,ce  que  je  ne  puis  certifier  ,  pour  ne  l’avoir  jamais  veu 
faire. 

Quoy  qu’il  en  foie,  le  Sel  Armoniac  de  la  bonne  qualité,  ^oit  eftre  blanc 
clair  àc  tranfparant  ,  lequel  eftant  caffé  ,  il  y  paroiffe  comme  des  éguilles  , 
le  plus  fcc  ôc  le  moins  craffeux  qu’il  fera  pofrible,&  rejetter  celuy  qui  n’cllque 
trop  ordinairement  noirâtre  deffous  &  defius,  &  quieffant  cafTé  fe  trouve  pref- 
que  tout  gris  ou  tout  noir ,  &  qui  eft  tranfparant  comme  une  muraille  de  fix  pieds 
d'épaiffeurjCe  qui  ne  provient  que  de  la  force  du  feu,  qui  fait  monter  les  par. 
ties  les  plus  grollîeres  &  terieftcs  de  la  compofition  dont  il  cft  tiréj  &  c’eft  le 
fujet  pour  lequel  nous  en  voyons  oiiilfè  rencontre  defrus,&  quelquefois  dedans 
de  l’épaiffeur  de  deux  écus,  une  crafle  noire,  aftez  femblable  à  la  fuye  de  che¬ 
minée  ,  ôc  cette  imperfection  ne  provient  que  de  l’avarice  &  du  bon  marché ,  q  ue 
ceux  qui  le  travaillent  font  obligez  de  faire,  ôc  de  pouffer  le  feu  fi  fort,  qu’ils 
enferoient  monter  toutes  les  parties  s’ils  pouvoient,  afin  de  tirer  quelque  petit 
profit  fur  une  marchandife  qu’ils  font  obligez  de  donner  prefque  pour  rien. 

Et  rien  ne  me  furprend  plus  que  de  voir  ceux  qui  fabriquent  cette  mar-  * 
chandife ,  la  puilTent  établir  à  fi  bon  marché  j  cependant  il  feroit  bien  plus 
a  propos  quelle  fût  de  la  bonne  qualité, &  l’acheter  plus  cher  que  d'avoir  de 
ce  Sel  à  feize  &  dix-huit  fols  la  livre  ,  au  lieu  que  lors  qu’il  eft  fondu  &  puri¬ 
fié  il  revient  à  plus  de  cinquante  fols,  y  ayant  plus  de  la  moitié  de  déchet. 

L’ufage  de  ce  Sel  eft  fort  confiderablc  en  France,  tant  pour  en  tirer  plufieurs 
préparations  Chymiques,  fort  neceffaires  à  la  médecine,  que  pour  quantité  d’ou¬ 
vriers  qui  s’en  fervent,  comme  Tcinturiers.Orfcvres,  Fondeurs,  Epinghers, Mare- 
chaux  ou  autres  ,&  ce  Sel  cft  fi  acre  &  fi  mordicant,  que  lors  qu’il  eft  diffoud 
dans  l’eau  forte,  ou  dans  l’efpric  de  Nitrej  il  a  le  pouvoir  de  faire  diffoudre  l’or; 
ce  que  refpric  de  Nitre,ou  l'eau  forte  ne  pourroienc  faire  fans  Ton  addition. 

JLe  Sel ‘Armoniac  ïeduic  en  poudre  impalpable  ,  eft  un  remede  infaillible 
pour  manger  les  tayes  des  yeux  qui  viennent  aux  Chevaux  ou  autres  bêtes  de 
pareille  nature  ’ en  le fbuflant  danslesyeux  avec  un  tuyau  de  plume.  Ce  remede 
ne  feroie  pas  moins  bon  pour  les  hommes,  fi  ce  n’cftoit  fa  grande  violence, 
ôc  les  grandes  douleurs  qu  il  fait  fouffrir  j  ce  qui  fait  que  je  ne  confeille  à  per- 
fonne  de  s’en  fervir,  y  ayant  affez  d’autres  remedes  qui  ont  a  peu  prés  le  mê¬ 
me  effet,  à  la  referve  qu’ils  n’agiffent  pas  avec  tant  de  violence,  commepour- 
roit  élire  le  Sucre  Candy- réduit  en  poudre  impalpable,  de  l’Eau  Roze  ou  de 
Plantain,  dans  laquelle  on  aura  fait  diffoudre  quelque  peu  de  couperofe  blan- 

Diij 


30  Hiftoire  generale 

chc ,  de  Sucre  Candy  &  d’Aloes  Cicotrin  ;  ou  bien  de  l’Eau  diftillec  de  fleurs  de  pa- 
quettes  ou  Marguerites, qui  croiflcncfort  communément  dans  nos  Prez  &dans 
nos  jardins.  Cette  Eau  eft  un  remede  infaillible  ,  mais  qui  agir  prcfque  avec 
autant  de  violence  que  le  Sel  Armoniac ,  à  la  referve  que  la  douleur  cil:  pref- 
que  aufli-tôt  paflee ,  quelle  y  eft  applique'e. 

L’on  peut  tirer  du  Armoniac,  diverfes  préparations  Chymiques  que 
nous  faifons  ordinairement  venir  d’Hollandeitant  parce  que  lesHollandois  les  font 
beaucoup  meilleures  &  plus  belles  que  parce  qu’ils  les  établiflent  à  beaucoup 
meilleur  marche,  que  ne  pourroient  faire  nos Chy milles,  foit  faute  de  bonne 
matière,  ou  qu’ils  ne  foient  fi  habiles  qucux.;&  l’on  pourroit  dire  en  cet  arti* 
de  comme  en  toutes  les  autres  préparations  deChymie,  que  celles  que  nous 
tirons  dedifFerens  endroits,  font  beaucoup  plus  belles  ôc  à  plus  jufte  prix, que 
celles  qui  fc  pourroient  fabriquer  à  Paris,  ainfî  qu’il  le pourra  voir  dans  tout  le 
cours  de  ce  prefent  ouvrage. 

Purification  du  Sel  Armoniac. 

La  première  préparation  que  l'on  fait  du  Sel  Armoniac,  ell  la  purification 
qui  s'en  fait  par  le  moyen  du  feu,  de  l’eau,  &  du  papier  gris;  &  qui  apres  avoir 
ellé  defleché  &  réduit  en  Sel  très  blanc, eft  un  admirable  remede  pour  provo. 
quer  les  urines  &  les  fueurs,pour  refifter  à  la  pourriture,  pour  les  fievres  qiiar- 
tres,  contre  la  gangrène,  &  dans  les  colyres  pour  les  yeux.  Sa  doze  eft  depuis 
huit  julqii  a  vingt  quatre  grains,  dans  quelque  bouillon,  ou  autre  liqueur  con¬ 
venable.  On  réduit  le  Sel  Armoniac  en  fleurs,  par  le  moyen  du  Sel  commun. 
Décrépite,  ou  de  la  Limaille  d’ Acier  ,  ^  d’un  vailTeau  fublimatoire,  on  le 
réduit  en  des  fleurs  blanches,  tout  à  fait  lèmblables  à  de  la  folle  farine^  ces 
fleurs  agiflent  avec  beaucoup  plus  de  force  que  ne  fait  le  Sel  Armoniac  puri¬ 
fie  ,  c’eft  le  fujet  pour  lequel  on  les  ordonne  en  bien  plus  petite  doze,  la  plus 
grande  n’eftant  que  de  quinze  grains. 

Efiprit  volatil  du  Sel  Armoniac. 

ON  tire  du  Sel  Armoniac  ,  par  le  moyen  du  Sel  de  Tatre,  de  la  chaux 
vive,  de  la  cendre  de  bois  de  chefne,&  d’une  grande  cornue  de  grais  bien  lu- 
tée,  6c  d’un  grand  récipient  aufli  bien  lutc  &  joints  enfemble  ,  un  efprit  volatil 
fort  puant  6c  fort  pénétrant,  capable  de  renverfer  la  plus  forte  perfonne  aufli- 
tôt  que  l’on  l’approche  du  nez,  principalement  celuy  qui  a  efté  bien  déflegmé , 
tel  qu’eft  celuy  que  nous  faifons  venir  d’Hollande.  Cet  Efprit  volatil  eft  un  ex¬ 
cellent  remede  pour  faire  revenir  ceux  qui  font  tombez  en  Apoplexie  ,EpiJep- 
fîe  ôc  Lctargie;  &  il  a  quantité  d’autres  ufages ,  ainfi  que  l’on  le  pourra  voir  dans 
la  Pharmacopée  Chymique  de  M.  Charas ,  à  la  page  859.  ou  il  traite  de  fes 
qualitez  fort  amplement ,  aufll  bien  que  de  toutes  les  préparations  que  l’on  peut 
tirer  du  Sel  Armoniac,  ou  le  Leéleur  pourra  avoir  recours, comme  aufli  à  quan¬ 
tité  d’autres  livres  dcCbymiequi  en  traitent,  comme  Glafcr,  Lefnery,Ôc  autres. 

Efprit  acide  du  Sel  Armoniac. 

ON  tire  encore  du  Sel  Armoniac  par  le  moyen  du  Bol,  ôc  d’une  cornue  , 
un  Efprit  Acide,  qui  eft  un  des  grands  dilTolvans  que  nous  ayons,  tant 
pour  diflbudre  l’or  ôc  autres  métaux,  que  parce  que  c’eft  un  Acide  le  plus 


des  Drogues ,  Livre  Premier.  31 

agréable  que  nous  ayons,  ainfi fort  propre  pour apaifer  l’ardeur  des  fievres&pour 
faire  uriner-,  eftant  pris  dans  quelque  liqueur  convenable,  jufqucs  à  acidité 
agréable,  ou  depuis  fix  goûtes  jufqua  trente. 

Du  Sel  Amoniaefixe. 

ON  peut  fixer  le  Sel  Armoniac  par  le  moyen  des  coquilles  d’oeufs  ou  de  U 
chaux  vive  &  du  feu ,  &  on  le  réduit  en  maffe  claire  &  tranfparcnte  , 
comme  du  Crifl:al,  qui  cft  un  fort  bon  cauftique,mais  fort  facile  à  fe  refoudre 
en  liqueur;  c*eft  pourquoy  ceux  qui  defireront  le  garder,  le  mettront  dans  une 
bouteille  de  verre  bien  bouche'e,  de  peur  que  l’air  n’y  encre.  Ce  Sel  Armoniac 
fixe  &  réduit  en  liqueur,  eft  ce  que  quelques-uns  appellent  improprement  Huil- 
le  de  Sel  Armoniac ,  &  donc  pluficurs  perfonnes  fe  fervent  pour  la  refufcitation  AimonUc 
du  mercure  coulant,  ou  vif  argent. 

C  H  A  P  I  T  R  E  X. 

Du  "taureau. 


Le  Taureau,  le  Boeuf,  le  Bellier,&  le  Mouton  font  des  animaux  fi  connus  de 
tout  le  monde,  qu’il  m’eft  inutille  d’en  faire  la  defeription,  &  fi  ce  n  eftoic 
lei  divers  ufàges  que  l’on  en  tire,  &  qui  font  partie  de  nôtre  négoce,  je  nen 
n’aurois  pas  parlé. 

Be^par  de  Bœuf,  ou  Pierre  de  Fiel. 

ON  trouve  quelques  fois  dans  la  vefiîe  des  Bœufs  une  Pierre  de  la  cou¬ 
leur  &  figure  d’un  jaune  d’oeuf,  mollaffe  &  tout  par  écailles ,  comme  le 
Bezoar;  c’eft  le  fujet  pour  lequel  on  luy  a  donné  le  nom  de5e:^04rdfe  Bmf,ou 


32  Hiftoire  generale 

M  Pierre  de  piel.  Cette  Pierre  pour  eftre  de  la  qualité  requife,  doit  eftre  haute 
en  couleur  &  bien  fechejCar  lors  qu’elle  eft  fraîchement  tirée  de  l’animal, elle 
diminue  beaucoup  en  fe  fechant,  &  caufe  de  la  perte  à  ccluy  qui  l’a  achepte'e  , 
en  ce  que  cette  Pierre  ell  vendue  aflez  chèrement,  fur  tout  quand  elle  fort 
des  mains  des  perfonnes  qui  en  fçavent  la  valeur. 

Son  plus  grand  ufage  ell  pour  peindre  en  mignature,  &  l’on  s’en  fert  comme 
de  Gomme  gutee.  On  luy  attribue  aulïi  les  mêmes  qualitez  qu’au  Bezoar.  Mais 
comme  cette  Pierre  ne  vient  pas  de  bien  loin,c’ell:  le  fujet  pour  lequel  l’on  en  a  pas 
tant  d’ellime  que  du  Bezoar  Oriental. 

On  trouve  aulTi  quelquefois  dans  le  cœur  des  Bœufs  un  cartillage  ,  comme 
au  Cerf,  à  qui  on  a  donné  le  nom  d'Os  de  cœur  ' de  ‘Bœuf  ^  qui  eft  quelquefois 
ufité  dans  la  médecine, à  la  place  de  ccluy  de  Cerfj  quoy  qu’aftez  mal  à  pro¬ 
pos. 

Noir  dOs. 


ON  brûle  les  Os  deBœuf  &  on  en  fait  un  noir,  qui  eft  (apres  eftre  broyé) 
ce  que  nous  appelions  Noir  d Os.  Il  doit  eftre  tendre  ,  friable,  luifant  &c 
bien  broyé  -,  Ton  ufage  eft  pour  la  peinture. 

Des  cartillages  &dcs  nerfs  de  Bœuf,  après  avoir  cfté  bien  bouillis  dans  l’eau, 
on  en  fait  une  colle, que  l’on  jette  dans  des  moules,  pour  la  mettre  en  feuilles 
&  la  faire  fechcri  laquelle  eftant  feche  eft  appellée  colle  de  Taureau,  ou  colle- 
forte,  dont  nous  faifons  un  débit  confidcrable  en  France,  fur  tout  de  celle  qui 
eft  faite  en  Angleterre,  ou  en  Flandre. 

La  Colle  Forte  d’Angleterre  doit  eftre  choifie  bien  cuite,  feche,  claire  ôc 
tranfparante,  d’un  rouge  brun, facile  à  cafter  avec  le  poignet, point  graveleule, 
ny  falle  ;  mais  la  plus  unie  &  propre  que  faire  fe  pourra  j  rejettant  celle  qui 
eftant  fondue ,  put  extrêmement ,  aufli  bien  que  toutes  lesColles  Fortes ,  qui  ont 
■efté  fabriquées  à  Paris,  ou  aux  environs, qui  font  beaucoup  moins  eftimées  des 
ouvriers ,  que  celle  que  nous  tirons  d’Angleterre. 

La  Colle,  furnommée  de  Flandre  doit  eftre  aufti  feche ,  bien  cuite, claire,  & 
XoiiedeFian-  tranfparante,  d’un  rouge  tirant  un  peu  fur  le  brun,  car  celle  qui  eft  d’un  aftez 
Quelques-uns  bcau  Touge,  u’cft  pas  eftimée  la  meilleure,  quoy  quelle  paroifte  plus  de  vente 
f^JcTaCoiK  n’eftant  pas  aftez  cuite.  L’ufagc  de  cette  Colle  eft  pour  les  Chapeliers  ,  s’en 
de*  Servant  beaucoup  plus  que  de  celle  d’Angleterre  &  pour  pindre  en  détrampe. 
Peaux  d’Ei«i,&  Meilleurs  de  la  Compagnie  des  Indes  Occidentales  de  France,  nous  envoyenc 

niait  jamais  de  fur  tout  à  Roüen  ,  une  très  grande  quantité  de  Cuirs  de  Bœuf  de  Barbarie, 
PwuxdcMou.  ^  Marchands  de  Rouen  font  un  confidcrable  négoce  ;  mais  à  Paris , 

BœufdcBat-  nous  ftcu  vcudous  quc  très  peu.  La  plus  grande  partie  vient  du  Sénégal  ,avec  la 
Comme,  &  l’Or  en  poudre,  &  fi  ce  n’eftoit  pour  aller  quérir  les  Cuirs  que 
Me  flieurs  de  la  Compagnie  y  ont  ,  on  ne  fe  donneroit  pas  la  peine  d’aller  au  Sc- 
xiegal,  pour  apporter  en  France  de  la  Gomme. 

Comme  les  Marchands  Efpifliers  de  Roüen  font  obligez  de  faire  jufqu’à  trois  an¬ 
nées  de  crédit  aux  Tanneurs  3  fi  par  hazard  un  Tanneur  vient  à  manquer  ,  ou 
à  déceder,&  que  fa  fucceftion  ne  foit  pas  fuftifante  pour  les  payer  j  il  eft  permis 
aux  Marchands  de  faire  ouvrir  la  fofte,  &  de  retirer  leurs  marchandifes. 
caiisdHon-  Nous  pouvous  vendrc  encore  les  Cuirs  d’Hongrie:  les  meilleurs  font  les  plus 
gtie.  blancs  cftans  coupez,  6c  véritables  Hongrie,  parce  qu’ils  font  beaucoup  meil- 

veauxd  Ar  fabrique  en  France.  Les  Veaux  d’Angleterre  &  autres 

gieteirc.  Cuits  ians  poil,  que  nous  faifons  venir  de  divers  endroits,  aulïi  bien  que  la 
feS  boure  &  U  cram  frifé  ou  nom  frifé. 


CHAP.  X' 


des  Drogues,  Livre  Premier.  33 

Outre  toutes  ces  differentes  marchandifcs  que  nous  tirons  du  Bœuf,  nous 
vendons  de  plus  quantité  de  fuif,  que  nous  faifons  venir  d'Irlande,  lequel  pour 
eilrc  de  la  qualité  rcquife,  il  doit  dire  nouveau  &  blanc. 


CHAPITRE  XI, 

Du  Bellier. 

LEBellieRjOuIc  Mouton,  eft  un  animal  dont  nous  ne  tirons  pas  moins  de 
choies  neceilàires  à  Thomme,  que  du  Bœuf.  La  drogue  la  plus  ufitee  en 
médecine  cil  l’Oefpe. 

L’Oefipe  que  les  Latins  appellent  Oefpus  humida  ,  eft  une  efpcce  de  GraiiTe  , 
que  l’on  trouve  nageant  fur  l’eau,  &:  qui  eft  adhérante  à  la  laine  des  Moutons  &:  L  OESiPE 
Brebis,  fur  tout  a  celle  d’entre  les  cuiiTes,  &  de  la  gorge.  Ceux  qui  lavent 
les  laines  ont  foin  de  ramafter  cette  graifte,  &  de  la  pafter  par  une  me'cbante 
toille,&  de  la  mettre  enfuice  dans  des  petits  barils ,  pour  l’envoyer  en  diffe¬ 
rents  endroits. 

Le  Berry,  la  Beauffe,  &  la  Normandie,  font  les  endroits  d’où  l’on  nous  en^- 
voye  le  plus  de  cette  marchandiie,  mais  le  peu  d’ufage  fait  qu’il  s’en  [débité 
très  peu. 

On  doit  choifir  TOeftpe  nouvellement  faite,  d’une  confillance  moyenne ,  en 
ce  que  plus  elle  vieillit,  plus  eft  durcit,  &  devient  par  la  longueur  du  temps 
dure  comme  du  Savon  bien  fcc  :  il  fautauftique  fbn  odeur  fbit  fuportable,  parce 
qu’il  y  en  a  qui  put  fifort, qu’il  eft  impolfible  d’en  approcher  j  que  fa  couleur 
foit  d’un  gris  de  fouris,  ôc  finalement  qu’elle  foit  la  moins  remplie  de  falletcz, 
que  faire  fc  pourra. 

On  remarquera  que  cette  graifte,  toute  puante  quelle  foit,  apres  avoir  efté 
gardée  un  grand  cfpace  de  temps,  perd  fa  puanteur  acquiert  une  odeur  affez 
agréable,  tirant  tant  foit  peu  à  celle  de l’Ambre-gris.  Je  ne  parle  point  parouy 
dire  ,  mais  pour  en  avoir  un  morceau  qui  eft  devenu  tel  que  je  le  viens  de  dé- 
I  crirc. 

Cette  Graifte,  ou  Axonge,  cil  de  quelque  peu  d’ufage  dans  la  médecine,  en 
ce  quelle  entre  dans  quelques  compofitionsGaleniques. 

Les  Médecins  ordonnent  affez  fouvent  à  ceux  qui  ont  des  fluxions  de  gorge 
de  fefervirdci’huillede  lys  &  de  camomille,  avec  de  la  laine  grafre,fur  tout'  delà 
noire  qui  fe  prend  dans  les  cuiffes,  &  à  la  gorge  des  moutons,  à  caufe  de  cette 
graiffe  qui  s’y  rencontre;  c’eft  le  fujet  pour  lequel  ceux  qui  ne  pourront  trou, 
ver  de  cette  forte  de  laine ,  pourront  fe  fervir  de  l’Oefipc ,  fondue  dans  les 
huilles'de  lys  de  camomille.  ' 


NOMS  DES  LAINES. 


N  O  us  faifons  un  affez  gros  négoce  de  Laines  :  &  entr  autres  des  Laines  de 
Perfè,  dont  la  meilleure  eft  celle  qui  eft  douce,  la  moins  remplie  de  poil 
long,  qu’il  fera  poflible. 

Laines  d'Ef pagne. 


Laines  de  Vigogne,  Segovie  très  fine  ,  Ditto  fine,  Soria  Segovianc,  de  los 
II.  Partie,  E 


34  Hifloire  generale 

Rios,  Soria  ordinaire,  Petite  Scgovie  &  Caferes,Segew’ensSegoviane,Segevcn- 
fc,  de  Moline,  de  Caftille,  Florettonnes  de  Segovie,  Ditto  Ordinaire,  de  Na¬ 
varre  ,  &  d’Arragon ,  Cabefa  del  buei  ôc  Extramad.  fine  AlbafT.  petit  Campo  , 
de  Seville,  de  Mallagis,  de  Portugal. 

jégnelim^  ou  Laines  d'J^neaux. 

Laines  de  Segovie  lave'e,  Sor.  Segovi,  Segovic  non  lavée  ,  Sdr.  SegoviCjMo- 
line  ôc  de  Caftille,  de  Albaftin  &  de  Navarre. 

Laines  d' Allemagne, 

Laines  de  Roftoc  &  de  Gripfw,  de  Stralfunt  &  d’Anclam,  de  Nieumarc  & 
de  Wc-ydacker,  de  Stettin,  del  boom ,  de  Dantzic  &  de  Pruftie,  de  Kolberg  , 
de  Lunebourg  &  de  Breme  ,  Agnelins  de  Pologne,  Ditto  de  Thoorn  ,  Laine 
d’Efté  de  Pologne,  de  Halberftad  non  lie'c  ,  Fine  Grife  ,  Bluette  ordinaire  da 
Rhin,  Ditto  liée,  Laine  furnommée  Kiftc,  Plure  de  Mulhoufe,  Ditto  du  Rhin, 
Ditto  de  Wifmar,  Laine  de  Bruvyere,  Ditto  d'Yrlande. 

Il  y  a  de  plus  les  Laines  de  Berry  &  autres  endroits  de  la  France.  Finalemenn 
le  Rifflard,qui  eft  la  plus  longue  laine  qui  fe  trouve  fur  les  Peaux  de  Mou¬ 
ron  non  apprêtées,  qui  ferc  aux  Imprimeurs  ;  pour  mettre  dans  les  Balles, 
donc  ils  le  fervent  pour  prendre  l’encre  avec  quoy  ils  impriment. 

Les  Peaux'  de  Mouton,  &  deChevre,  eftans  bien  préparées,  font  propres  pour 
faire  du  Parchemin;  &  celles  de  Veau  font  propres  pour  faire  du  Vélin. 
suifdcMouton  Oiure  l’Oefîpe  &  les  Laines  il  fe  faicun  gros  négoce  de  fuif  de  mouton,  que 
nous  faifons  venir  de  dilFercns  endroits,  mais  fur  tout  d’Hollande  ,  parce  quil 
eft  le  meilleur,  apres  celuy  de  place,  c’gft  à  dire,celuy  que  nos  Bouchers  ven¬ 
dent  à  paris, dont  nous  ne  failons  aucun  commerce. 

Le  fuif  de  Marque,  ou  d’Hxdlande,  doit  eftre  dun  blanc  clair  ,& pur  fuifde 
Mouton,  car  quand  il  y  a  du  fuif  de  Bœuf  mêlé  avec  ,  il  eft  d'un  blanc  jaun⬠
tre. 


CHAPITRE  XII. 

Lu  Cerf. 

1E  Ce  RT  eft  ün  animal  fi  connu  de  tout  le  monde,  qu’il  eft  prefque 
7  inutil  d’en  donner  la  defeription  ;  je  diray  feulement  que  nous  n’avons 
point  d’animâl  de  fi  longue  vie,  ainfi  qu’on  le  peut  voir  par  un  bois  de  Cerf  qui 
eft:  au  Château  d’Amboil'e,  dune  prodigieufe  longueur  ,  &  qui  témoigne  une 
extrême  vieillefTe.  Nos  Hiftoriens  raportent  que  le  Roy  Charles  VI.  tua  un 
Cerf  dans  la  Foreft  de  Senlis,  qui  avoir  un  collier  d’or,  où  eftoient  gravez  ces 
mots  latins ,  hoc  (^afar  me  donavit. 

Il  n’y  a  aufti  point  d’animal  dont  on  puiffe  tirer  tant  de  remedes,  ny  de 
chofes  neceftaires  â  la  vie ,  que  du  Cerf 

La  première  chofe  que  l’on  peut  tirer  du  Cerf,  eft  l’eau  que  l’on  fait  de  fes 
cornichons  par  la  diftillation,  que  Pon  appelle  ordinairement  Eau  de  tête^  ou 
gu^detéte  de  cm  de  Cer/-  qui  eft  un  remede  fouverain  pour  faciliter  l’accouchement,  ôc 
contre  les  fievres  malignes.  Ceux  qui  en  auront  befôin  feront  avertis  de  ne  l’a- 


des  Drogues,  Livre  Premier.  35 

cheter  que  d’honnêtes  Marchands,  dlanc  une  Eau  aflfcz  rare,  tant  pour  le 
peu  d’ulage  que  l’on  en  fait,  que  parce  quelle  elt  alTez  difficile  àtrouver. 

De  fa  Corne  on  en  fait  de  la  rapure,  donc  on  fait  des  tifanncs  aftringen- 
rcs,  comme  celle  d’ivoire  ;  on  en  faicauffi  de  la  gelée,  qui  porte  le  furoom  de 
Corne  de  Cerf.  Cette  rapure  doit  eilre  nouvelle  râpée  &c  véritable,  en  ce  qu’il  y 
en  a  qui  vendent  des  os  de  Bœuf  râpé,  ce  qui  ert  facile  à  connôîcre  ,  pour  le 
peu  que  l’on  connoiffie  la  Corne  de  Cerf.  La  meilleure  connoiffiance  que  j’en 
puis  donner,  c’eft  de  l’acheptcr  d’honnêtes  Marchands,  ou  la  faire  râper  de¬ 
vant  foy. 

On  rire  par  la  cornue  un  Efprit  6c  un  Sel  volatil  de  Corne  de  Cerf,  qui  eft 
fort  eftimé  dans  les  maladies  du  cœur  &  du  cerveau.  On  en  tire  auffi  une  huil- 
Ic  noire  que  l’on  peut  redifîer,  qui  eft  un  fouverain  remede  pour  guérir  les  Dar¬ 
tres.  Ce  qui  reftedansla  cornue,  qui  eft  noir,  fe  peut  broyer  à  l’eau  ,&  en  faire 
un  noir  qui  fera  prefque  auffi  beau  que  celuy  d’ivoire;  cette  Corne  noire  calci¬ 
née  en  blancheur,  peut  fervir  au  mêmeufage  que  l’Ivoire  brûlé,  &  peut  eftre  ap¬ 
pelle  auffi  Spode,&fe  peur  préparer  &  réduire  en  trochifque,  &  a  les  mêmes 
<iualitcz. 

L’os  ou  le  cartillage  qui  fe  trouve  dans  Ton  cœur,  à  qui  on  a  donné  le  nom 
d’Oj  de  cœur  de  Cerf^  eft  un  fort  bon  cordiaque.  C’eft  le  fùjet  pour  lequel  il  eft  un 
ftes  ingrediens  de  la  confeéfion  d’Hyacinthe. 

Ils  doivent  eftre  moyennernenc  gros ,  blancs  ,  &  véritables  Os  de  cœur  de 
Cerf,  en  ce  qu’il  y  en  a  qui  vendent  des  Os  de  cœur  de  Bœuf,  &  il  n’y  a  au¬ 
tre  différence  ,  finon  que  ceux  de  Bœuf  font  plus  gros  ôc  ne  font  pas  ü  trian¬ 
gulaires. 

Nous  vendons  de  plus  la  moelle  de  Cerf  qui  eft  forte  eftimée  pour  guérir 
les  humeurs  froides,  for  tout  lors  quelle  a  efté  fondue  avec  un  peu  d’Efpricde  vin. 

La  véritable  moelle  de  Cerf  doit  eftre  d’un  blanc  doré,&  doit  eftre  employée 
comme  elle  fort  des  Os. 

Le  Suif  de  Cerf  a  à  peu  prés  les  mêmes  proprietez ,  mais  il  n’agit  pas  avec 
tant  de  foccez^  il  doit  eftre  pur  &  non  mélangé  de  fuif  de  bœuf , ou  de  mou¬ 
ton,  On  prétend  que  ce  fuif  a  les  mêmes  proprietez  que  la  Cire  blanche. 

Son  Priape  paffie  pour  un  fort  bon  remede  pour  faire  uriner.  Sa  veffie  appli¬ 
quée  for  la  tefte  d’un  teigneux,  le  guérit.  Ses  larmes  dcftechées  dans  le  coin  de 
fes  yeux ,  paftenti^r  Bezoardiques  ;  enfin  comme  quelques-uns  l’ont  dit ,  le  Cerf 
eft  un  monde  de  remedes ,  de  commoditez  ,  &  d’avantages  pour  l’homme.  Je 
laifte  à  parler  de  fa  peau,  6c  de  fa  chair ,  dont  l’une  eft  propre  pour  faire  plufieurs  ou¬ 
vrages,  comme  desGands,  &c.  6c  l’autre  pour  mettre  fur  la  table  des  Grands, 
eftant  un  excellent  manger. 


E  ij 


Rapurcd’IvoIrC 


Erprit  &  Scivoi 
laiil,  &  Huiile 
noue  de  Ccif. 


Noir  de  Cerf. 

Cotnc  de  Ccif 
préparée. 


Os  de  Ccrui  de 
Cerf. 


Moelle  de  Cerf 


Suif  de  Cerf, 


Priape,  vcflîe , 
&  larmes  de 
Cerf, 


//.  Partie, 


35  Hiftoire  generale 


HciLC-ejtuuv 


CHAPITRE  XIII. 

Bu  Bouc. 

3ûuc  Jiroutant  dw  CistuJ 


Le  Bouc  eft  un  animal  aufli  fort  connu  ,  tant  en  France,  qu’en  Italie,  en 
Chipre,  en  Candie,  &  autres  endroits.  La  principale  marchandifè  que 
nous  vendons,  qui  fe  tire  des  Boucs,  ou  des  Cbevres  eÂune  cfpece  de  grailTe 
qui  fe  trouve  attachée  à  la  barbe  de  ces  animaux,  fur  tout  de  ceux  qui  ncfe  nour- 
riflcttt  que  des  feüilles  d’un  arbrifléau  fort  commun  dans  les  pays  chauds,  à  qui 
les  Botaniftes  ont  donné  le  nom  de  Ciftus  JUdum.  Ses  feüilles  font  longues  ôc 
aflez  étroites ,  rudes ,  fort  gluantes ,  d’un  verd  obfcur  &  vertes  toute  l’an¬ 
née.  ^ 

Les  habitans  des  lieux  ramaflènt  cette  graiffe  avec  des  inftrumens  de  bois 
faits  en  maniéré  de  peignes,  &  enfuite  mettent  cette  grailTe,  qui  eft  ordinai¬ 
rement  pleine  de  poil  &  autres  fâlete2,en  ma{re,ou  en  pains,  de  différend  poids 
î^Wanum  voyoit  autrefois, &  c’eft  ce  qu’on  appelloit  Labdanum  ou  Ladanton 

narmd  ou  en  naturcl,  ou  en  barbe  *,  mais  depuis  que  ces  inlulaires  ont  fçeu  qu’il  y  avoic 
dans  cette  Graiffe  une  odeur  douce  &  agréable,  &  que  lors  qu’elle  eftoit  pu¬ 
rifiée  des  faletez  qui  s  y  rencontrent ,  elle  ne  manquoitpas  d’eftre  bien  eilimée  ; 
c’eft  le  fujet  pour  lequel  ils  prennent  foin  de  la  faire  liquifier  &  de  la  paffer 
par  une  toile,  tant  pour  en  ôter  les  impuretez  que  pour  luy  donner  une  meil¬ 
leure  odeur;  ayant  cfté  ainfi  purifiée,  ils  l’envelopent  dans  des  velîies  extrê¬ 
mement  minces ,  ainfi  que  nous  le  voyons;  &  à  qui  on  a  donné  le  nom  de 
Labdanum  Labdunum  liquide  ou  de  Beaume  noir;  cette  graiffe  ainfi  préparée  eft  fort  en  ufàge 
mïïïirr  en  Angleterre,  à  caufe  de  fon  odeur  agréable,  car  pour  le  peu  qu’il  s’en  emploie 
en  France,  cela  ne  mérité  pas  d’en  parler  ,  n’y  ayant  que  les  Parfumeurs  qui  la 
mette  en  ulage;  foit  à  caule  de  fa  cherté, ou  que  cela  vienne  de  ce  qu’elleeftpeu 
connue. 


des  Drogues ,  Livre  Premier.  37 

Du  mar  de  ce liquide,  ils  en  font  des  rouleaux  qu'ils  tortillent 
de  la  même  figure  d'un  pain  de  bougie  ployé  en  rond,  ainfi  que  nous  levoyonsj 
à  qui  l’on  a  donné  le  nom  de  Laudanum  en  tertis. 

On  doit  choifir  le  Ldbàanum  en  barbe,  le  plus  odorant,  &  le  plus  net  qu’il 
fera  poflible.  Le  Liquide  doit  eftrc  d’une  confiftance  fblide,  d’un  beau  noir  de 
jayet ,  d’une  odeur  douce  &  a-ffez agréable,  cirant  à  celle  de  l’Ambre  gris;  ce  qui 
a  donné  fujet  à  plufieurs  Marchands  de  vendre  du  Labdanum  liquide^  pour  de 
l’Ambre  noir.  A  l’égard  deceluy  entortis,ildevroic  eftre rej erré, comme n’eftahc 
que  de  la  terre  ,  ou  du  fable ,  ainfi  que  l’on  le  peut  voir  par  fa  pefanteur  &par 
quantité  de  petits  brillans  quiyparoilTenc;  nonobftant  cette  méchante  qualité, 
on  nq  laifTe  pas  d’en  employer  beaucoup, tant  à  caufe  du  bon  marché  qu’on  en 
fait,  que  parce  qu'il  eft  facile  à  réduire  en  poudre.  Ce  Labdanum  eil  employé 
par  les  Parfumeurs,  tant  pour  faire  desPaftilles  communes,  que  pour  faire  des 
Pots  pourris.  Le  Labdanum  en  tortis  bien  roulé,  &  en  petits  pains  icparez,  doit 
eftre  préféré  à  celuy  qui  eft  tout  en  mafle,  eftant  d’une  plus  belle  vente. 

Outre  ces  differentes  fortes  de  Labdanum ^  on  préparé  le  Sang  de  Bouc,  dont  s^gacBouc 
on  fe  fert  en  medecine;  Sc  pour  que  ce  Sang  foie  doué  des  bonnes  qualitez 
que  les  anciens  luy  ont  attribuées,il  fiut  que  l’on  l’aye  nourri  pendant  quelque 
temps  d’herbes  aromatiques ,  &  propres  à  rompre  la  pierre ,  ôc  qu’il  n’ait  au 
plus  que  quatre  ou  cinq  ans  j  &  l’ayant  égorgé,  on  ne  relèrve  que  le  fang  du  mU 
lieu,  c’eft  à  dire,  que  le  premier  fang  qui  fort  de  l’animal,  eft  jecté  à  caufe 
qu  il  eft  trop  rempli  d'humidité  j  le  fécond  eft  celuy  qui  eft  refervéj  &  le  troifié- 
me  fera  aufli  jerté,  parce  qu’il  eft  trop  groflier. 

Ce  fécond  fera  mis  dans  un  plat  de  fayance,  couvert  d’un  linge  clair  ,  pour 
empêcher  qu’il  n’y  tombe  des  ordures ,  Sc  cnfuice  fera  expofé  au  Soleil ,  ou  à 
l’ombre  ,  &  lors  qu’il  fera  bien  Cec  ,  il  faut  le  ferrer  dans  un  vaifTeau  de  verre 
ou  de  fayance,  pour  le  befbin.  On  préparé  ordinairement  le  fang  de  Bouc  au 
mois  de  Juillet ,  lors  que  l’animal  a  eu  le  temps  de  fe  nourir  de  plantes  aroma¬ 
tiques. 

Vanhelmont  veut  qu  ayant  fufpendu  le  Bouc  par  les  Cornes ,  &  ployé  les 
pieds  de  derrier,  du  côté  de  fa  tête,  en  cette  maniéré  on  luy  coupe  fes  tefti* 
culcs,  &  après  avoir  recueilli  le  fang  qui  en  fort,  on  le  fait  fechcr,&il  devient 
dur  comme  du  verre,  &  fort  difEcile  à  battre,  6c  tout  différend  de  celuy  de  la 
gorge;  il  affure  aufli  qu’en  ayant  pris  le  poids  d’un  gros,  il  appaife  &  guérie 
infailliblement  la  plcurtfie,fans  aucune  feignée;  à  l’égard  du  Sang  de  Bouc  or¬ 
dinaire,  on  l’eftime  admirable  pour  brifer  la  pierre,  pris  l’un  &  l’autre  dans 
quelques  liqueurs  convenable  aux  maladies. 

Nous  tirons  d’Auvergne,  du  côté  de  Lion  ,  Ôc  de  Nevers,  quantité  de  Suifdcboucoa 
Suif  de  Bouc  &  de  Chevre,  tant  à  caufe  qu’il  eft  quelque  peu  d’ufage  dans 
la  medecine ,  fur  tout  celuy  de  Bouc  ,  qui  eft  propre  à  quantité  de  profeflions 
qui  l’emploient. 

Il  doit  eftre  fec ,  d’un  blanc  clair  deffus  ôc  dedans ,  &  prendre  garde  qu’il 
n’ayc  efte  mélangé  de  Suif  de  Mouton,  ce  qui  eft  allez  difficile  à  connoître  ; 
c’eft  le  fujet  pour  lequel  on  ne  l’acheptera  que  des  Marchands  incapables  de  le 
frauder. 

A  l’égard  de  fa  Peau  elle  eft  fort  en  ufage,  tant  pour  tranfporter  dedans  les 
Vins,  Huillcs  d’Olives ,  Therebentinc  ôc  autres  liqueurs.  Les  Orientaux  s’en 
fervent  aufli  pour  pafler  les  Rivicres  à  la  nage,&  pour  foûtenir  les  Radeaux 
qui  tranfportent  les  marchandifes  fur  l’Euphrate,  ou  autres  Rivières  des  In¬ 
des  Orientales. 

Eüj 


38  Hiftoire  generaie 

Outre  ces  diffcrens  ufàges  ,  les-  Levantins  préparent  les  Peaux  de  Bouc , 
de  Chevre,  &  de  Menon ,  &  apres  les  avoir  paffees  ou  tannées,  &  leur  avoir 
donné  une  vive  couleur  rouge  ,  par  le  moyen  de  la  Lacc[ue  en  bâton  &  au- 
Maroquin  rou-  tfes  diûgues ,  &  cnfuitc  ed:  ce  que  nous  appelions  Adaroquin  de  Levant  ^  &du- 
oe  U  (.v«nr.  f^jjons  uiv  ncgocc  confiderablc ,  à  caulc  du  grand  ufage  qu’il  a  en 

France,  pour  plufieurs  ouvrages  ou  il  eft  requis.  • 

Le  véritable  Maroquin  de  Levant  doit  eftre  d’un  très  beau  rouge  d’écar- 
latte,  doux  fouslamain,  &  d’un  beau  grain , d’une  aflez  bonne  odeur, &qu’en 
le  maniant  il  crie. 

On  en  fabrique  auffi  à  Marfeille,  &  même  à  Paris;  mais  il  n’eft  pas  d’un 
Maronuin noir  ^  bcau  tougc,  ny  d’unc  fl  longue  durée:  à  l’égard  du  Maroquin  noir,  le  meil- 
ac  Barbarie,  vient  dc  Barbarie,  en  ce  qu’il  clt  d’un  plus  bcau  noir  ôc  d’un  plus  beau 

Peaux  fraîches.  fabriquc  à  Roiien  que  l’on  appelle  Peaux  fraîchts  ,  mais  il  y  a 

bien  à  dire  qu’il  ne  loit  aufii  bon,  ny  aulîi  beau  que  celuy  de  Barbarie. 

A  l’égard  des  Peaux  de  Boucs  que  nous  voyons  à  Paris ,  qui  ont  fervi  à  ap¬ 
porter  les.Huilles  de  Provence,  nous  les  vendons  à  de  certaines  perfonnesqui 
les  palTcnt  en  Chamois  qui  fervent  à  plufieurs  ufages. 

Quelques  -  uns  veulent  que  le  nom  de  Bouc  foit  dérivé  du  nom  Allcmend 
-Bock  ou  de  l’Italien  Becco,  les  Latins  appellent  le  Bouc  Hirens. 


CHAPITRE  XIV. 


Du  Bouc  ejlam. 

Le  Bouc  estain,  ou  Bouc  fauyage,cft  un  animal  peu  connu  en  France, 
mais  beaucoup  dans  la  SuilTe  ;  c’eft  le  fujet  pour  lequel  j’ay  trouvé  à 
propos  de  rapporter  ce  qu’en  a  écrit  Pierre  Belon  du  Mans,  à  la  page  i4.de 
les  voyages ,  dont  en  voicy  la  teneur. 

T  Es  Loups  ne  vivent  point  en  l’Ifle  de  Crete,  par  quoy  oient  feurement  laif- 
Lfer  touts  leurs  animaulx  aux  camps  paiftre  de  nuit  fans  en  avoir  crainte  , 
î»  &  principalement  leurs  Brebis  &  Moutons.  Si  les  habitans  du  pays  peuvent 
-»j  prendre  ics  faons  des  Boucs  eflains  (  dont  il  y  a  grande  quantité  )  errants  par 
J)  montagnes,  ils  les  nourrilTent  avec  les  Chevres  privées  ,  &  les  rendent  appri- 
voilez.  Mais  les  fauvages ,  font  à  ceux  qui  les  peuvent  prendre  ou  tuer.  Leur 
grandeur  n’excede  point  la  jufte  corpulence  d’une  Chevre  privée  :  mais  Mies 
ont  bien  autant  de  chair  comme  un  grand  Cerf,  couvertes  de  meme  poil  faulve 
&  court,  non  pas  de  Chevre.  Les  malles  portent  grande  barbe  brune ,  choie 
JJ  qui  n’advient  à  nul  antre  ayant  le  poil  de  Cerf.  Hz  deviennent  gris  en  vieillif- 
'j  fine,  ài  portent  une  ligne  noir  dclTus  l’efchine.  Nous  en  avons  aufli  en  nos 
JJ  montaignes,&  principalement  en  lieux  precipiteux  de  difficile  accès.  C’cll  bien 
JJ  de  quoy  feefmerveillcr  de  vcoir  un  fî  petit  animal  de  porter  de  (i  pefances  bran- 
>j  ches  de  cornes,  defquelles  en  ay  tenu  de  quatre  couldées  de  long.  Elles  ont  au- 
jj  tant  de  rayes  par  le  travers  comme  les  Boucs  ou  Chevres  ont  d'années.  Aulfi 
enay  trouvé  deux  différences,  comme  j’ay  fait  apparoiftre  par  la  diverlîté  de 
,> «fleurs  cornes  apportées  de  Cypre  &  Crete,  dont  ay  fait  prefent  à  Monfieur  le 
,1  Bailly  des  moncaignes  de  LyQn.  l’ay  quelques  fois  prins  loifir  de  les  vcoir 
,»  prendre  ôc  vanner  aux  chiens  des  habitans  de  Grece.  Il  y  a  des  payfants  fur 
,jj  la  fummicé  des  haultes  moncaignes  de  Crete  fi  bons  tireurs  de  l’arc  ,  &  prin- 


des  Drogues^  Livre  Premier.  39 

jjCipalement  entourla  moncaigne  de  la  Sphachie  &  Madara,  qu’ilz  les  navrent 
,,  de  leurs  fléchés  de  vingt  &  cinq  pas  de  loing  ,  &  à  ce  faire  mènent  des  fe- 
,,  melles  qu'ilz  ont  nourries  &  apprivoifées  de  jeuneflfe  ,  &  les  lient  à  quelque 
5,  pafTage  en  la  montaigne  ,  ou  les  raafles  ont  accouftumé  pafler.  Le  tireur  le 
3,  tient  à  cofté,  caché  derrière  quelque  buiflon  à  l’oppofice  du  vent,  Tachant 
„  bienquelc  Bouc  ellainefi:  de  fi  grand  fens  d’odorer,  qu’il  le  fentiroie  de  cent 
,,  pas.  Le  mafle  trouvant  la  femelle  en  Ton  chemin,  s’arrefl:e,&  lors  le  payant  luy 
„  tire  de  Ton  arc.  Et  fl  d’aventure  le  Bouceftain  n’eft  guère  navré  ,  ou  que  le  fer 
3,  luy  foit  demeuré  au  corps, il  efl:  maiftre  à  (è  mediciner  :  car  il  va  trouver  du 
3,  Diétamum ,  quiell  une  herbe  attachée  aux  rochers  de  Crete,  laquelle  il  broufte 
„  &  par  tel  moyen  fe  gucrift  bien  toft. 

Les  Suifles  vont  à  la  chafle  de  ces  animaux,  tant  pour  les  manger,  que  pour 
en  avoir  le  fang,  qu’ils  préparent  &  font  fechcr  comme  le  precedent,  &  dont  ils  san»  ,3c  bouc- 
fc  fervent  pour  brifer  la  pierre, parce  qu’il  a  beaucoup  plus  de  vertu  que  lefang'^“‘“' 
de  Bouc  ordinaire, principalement  quand  il  a  efté  nourry  de  Saxifrage,  ou  au¬ 
tres  herbes ,  qui  ont  la  faculté  de  brifer  la  pierre. 

A  l’égard  de  Ton  choix,  pourveu  qu’il  foit  fidclle,c’efl:  à  dire  ,vray  fang  de  Bouc 
cftain,  ôc  qu’il  aye  efté  bien  préparé,  cela  fuffira. 


CHAPITRE  XV. 
Z>u  chamois. 


IL  fe ‘trouve  dans  nos  montagnes,  fur  tout  dans  les  Pyrennees,  une  efpecc 
de  Chevres  fauvages ,  à  qui  on  a  donné  le  nom  d’Yfard  ou  Chamois. 
Nous  faifons  un  fort  gros  négoce  de  fa  peau  lorsqu  elle  eft  paftee  en  huille,& 
l’on  s’en  fert  pour  faire  plufieurs  ouvrages. 

Le  Chamois  eft  un  animal  fortfauvage,  qui  ne  fe  plaît  que  fur  les  plus  hauts  ro- 
cherç  ôc  montagnes  J  c’eft  pourquoy  les  Latins  luy  ont  donné  le  nom  de 


Miroir  fur  les 
Peaux  de  Cha¬ 
grin, (îgnifiecc- 
Juy  qui  cft  fans 
aucun  grain  , 
c’eft  à  oiie.rout 
uni,  &  qui  cft 
xeluifanc  com¬ 
me  un  miroir 
d’où  cft  venu  ce 
nom. 


40  Hifloire  generale 

capra^  &  ne  fe  nourrit  le  plus  fouvent  que  du  Doronic  romain. 

Il  fe  rencontre  quelquefois  dans  la  veflie  de  ces  animaux,  une  pierre,  de  dif¬ 
ferentes  couleurs  &  grolTeurs,  qui  cft  appellée  Bezoard  d’Allemagne;  en  ce 
que  les  Allemands  attribuent  autant  de  qualité  à  cette  pierre  qu’au  Bezoard 
Oriental. 

L’Yfard,  ou  Chamois  efl:  de  la  grandeur  d’une  Chevre  ,  il  a  les  cornes  fort 
petites,  noires,  recourbées  &  fort  aiguës,  fi  bien  qu’affez fouvent  en  fe  voulant 
gratter  le  derrière  il  fe  les  enfonce  luy  même  dans  la  feffe  ,  &  qu’à  force  de 
tourner  il  meurt,  ou  il  emporte  la  piecc;  là  queue  n  a  guere  que  trois  pouces 
de  longueur;  il  a  de  grands  yeux,  &  ne  marche  jamais  que  fur  la  pointe  du  pied, 
fbn  poil  eft  de  couleur  fauve,  ayant  une  raye  tout  le  long  du  dos. 


CHAPITRE  XVI. 

Du  Chaorin. 

O 

Le  Chagrin  efl: la  peau  d’un  animal  fort  commun  en  Turquie,  &  en 
Pologne,  duquel  les  Turcs  &  les  Polonois  fe  fervent  pour  porter  leurs 
bagages,  comme  nous  faifbns  icy  des  Mulets;  lors  que  cet  animal  efl;  mort  , 
ils  en  prennent  la  peau  de  derrière  qu’ils  étendent  à  l’air  ,  apres  avoir  femée 
deffus  cette  peau,  lors  qu’elle  efl  encore  toute  fraîche,  de  la  lemence  de  mou¬ 
tarde.  Ils  les  laiflent  ainfi  expofecs  aux  injures  du  temps, pendant plufîeurs  jours 
&  puis  ils  les  retirent,  &  les  tannent,  &  lors  qu’elles  font  accommodées,  ils  nous 
les  envoyent.  Cette  peau  eft  extrêmement  dure  lors  qu’elle  eft  fcche,  &elle  cft 
molle  quand  elle  a  efté  trempée  dans  l’eau.  L’on  prétend  &  l’on  m’a  afluréquecc 
qui  rendoit  cette  peau  fî  dure,  c’eft  que  cet  animal  s’aflîe  &  fe  couche  fur  fes 
fefles.  On  nous  apporte  de  Turquie  ,  de  deux  fortes  de  Chagrin  ;  fçavoir  le 
Chagrin  gris,  qui  eft  le  plus  eftimé,  &  le  blanc  ou  falé  ,  qui  eft  le  moindre. 

On  doit  choifir  les  Peaux  de 'Chagrin  de  Turquie&de  Conftantinople,  com¬ 
me  eftant  beaucoup  plus  eflimées  que  celles  d’Alger  &  de  Tripoli;  il  en  vient 
encore  de  Pologne,  qui  doivent  eflre  rejettées,en  ce  qu’elles  font  trop  feches, 
&  repouflent  l'alun,  lors  qu’on  les  paftent  à  la  teinture.  On  doit  auflî  choifir  les 
peaux  grandes  ,  belles ,  égales ,  d’un  petit  grain  rond  bien  forme,  les  moins 
remplies  de  Miroirs,  que  faire  fe  pourra,  quoy  que  neanmoins  celles  qui  font 
d’un  gros  grain  &  inégalés,  ne  foient  pas  moins  bonnes  pour  l’ulàge,  mais  ne 
font  pas  tant  de  vente. 

L’ufage  du  Chagrin  eft  pour  couvrir  les  Livres  qui  font  le  plus  en  ufage , 
particulièrement  les  Heures  ,  &  autres  uftancilles  ,  comme  Ecritoires,  Boëtes 
de  montre , Tablettes, &  autres.  On  donne  au  Chagrin  telle  couleur  que  l’on 
veut;  c’eft  pourquoy  l’on  en  voit  de  noir, de  vert,  &  de  rouge-, le  plus  beau  &: 
le  plus  cher  eft  le  rouge,  à  caufe  qu’il  eft  rougi  avec  du  Vermillon  &  du  Car¬ 
min.  On  connoît  le  véritable  Chagrin  d’avec  le  Maroquin  pafte  en  chagrin, 
parce  qu’il  ne  s’écorche  point. 


CHAP.  XVII. 


des  Drogues,  Livre  Premier.  41 

OUtrc  les  parties  d’animaux  à  quatre  pieds  décrits  cy-defTus  ,  nous  ven¬ 
dons  de  plus  la  graifle  &Iefuif  d’Ours,que  nous  faifons  venir  des  mon-  Guiffedouis, 
tagnes  deSuiffcjde  la  Savoye,  &  du  Canada. 

La  grailTe  d’Ours  pour  eftre  de  la  bonne  qualité  doit  eftre  nouvelle  fondue , 
grisâtre,  gluante,  d’une  odeur  forte  ,  &  afïez  mauvaifle ,  d’une  confiftance 
moyenne,  c’eft  à  dire,  entre  le  mol  &  le  dur,  &  reietter  celle  qui  eft  blan¬ 
châtre  &  dure,  eftant  mélangée  de  fuif. 

Cette  Axonge,  ou  graifle  efi:  un  fouverain  remede  pour  guérir  les  humeurs 
froides  &  rhumatifmcs,  elle  efl:  aufli  fort  eflimée  pour  appailer  les  goûtes,  en 
frottant  la  partie  affligée,  &  pour  faire  croître  les  cheveux,  principalement 
quand  on  y  a  incorporé  des  Abeilles  pulverifiécs ,  &  de  l’huille  de  noirettes,elle 
efl:  quelque  peu  ufltéc  en  medecine  ,  parce  quelle  entre  dans  plufieurs  com- 
pofitions  galéniques,  comme  le  mondificatif  d’ache  &  autres. 

A  l’égard  du  fuif  d'Ours,  nous  n’en  faifons  venir  que  tres-peu,  parce  qu’il 
n’a  pas  grand  ufage  en  France,  ne  fervant  qu’à  ceux  qui  ne  veulent  pas  mettre 
le  prix  à  la  graifle. 

Nous  vendons  aufli  de  la  graifTe  de  Blaireau  ou  Taiflbn,  à  caufe  qu’elle  efl  Blaireau, 
fort  fouveraine  pour  guérir  les  maux  de  reins,  &  goûtes  feiatiques ,  comme  aufli 
les  Pinceaux  faits  de  poils  de  Blaireau ,  qui  font  aufli  d’ufage  pour  les  Peintres, 

Les  foyes  &c  boyaux  de  Loup  deflechez,  font  aufli  eflimez  fort  convenables 
pous  guérir  ceux  qui  font  fujets  aux  maladies  de  fûye,&  aux  coliques. 

Nous  vendons  encore  la  graifTe  &  les  poulmons  de  Renard  deffechés  ;  la  c  aiiTe  &■  poni- 
graifle,  parce  qu’elle  efl  admirable  pour  guérir  les  douleurs  d’oreilles,  6c  pour  Ruaid 
frotter  les  membres  de  ceux  qui  font  fujets  à  tomber  en  convulfion  :  ôc  les 
poulmons  deflechez  &  mis  en  poudre,  fbulagent  les  pulmoniques,&  ceux  qui  ont 
la  courte  haleine,  eflant  fort  convenables  pour  aider  à  la  refpiration. 

Le  caillé  de  Lièvre,  que  Ton  prétend  que  cefoit  un  contrc-poifon,&qu  ila  caiiiédcLicvrc 
le  pouvoir  de  diffoudre  le  fang  caillé  dans  le  corps. 

Nous  vendons  de  plus  les  dents,&  des  pinceaux  de  Sanglier,  les  Jambons  furnom- 
mezde  Mayence,  de  Bayonne, d’Anjou,  ôc  même  de  ceux  qui  fe  font  autour 
de  Paris  ;  les  SaucifTons  de  Bologne ,  les  Mortadelles  de  Provence ,  les  Fromages 
de Parmezan,le  Plaifantin,celuy  qui  fc contrefait  en  Normandie,  le  vray  Roc-  Bo,.iognc 
fort  de  Gafeogne  ou  de  Rouërguc,  celuy  d’Auvergne,  le  Gruyere,  le  Vache- 
lin,  le  Berne,  celuy  de  Roche,  THollandc  ,  ôc  quantité  d’autres  fortes  de  Fro¬ 
mages,  que  nous  faifons  venir  de  differents  endroits. 

Outre  les  Fromages  nous  faifons  un  négoce  confiderable  de  Beure  fàlé,quc 
nous  faifons  venir  d’Hollande, d’Angleterre, d’Irlande,  de  Bretagne,  de  Lanion 
ôc  de  d’ifigny  en  Normandie,  d’où  nous  tirons  la  plus  grande  quantité  de  ce¬ 
luy  que  nous  vendons  à  Paris. 

Des  ^ats 

Ceux  qui  reviennent  des  Ifles  de  TAmerique  nous  apportent  les  rognons  de 
petits  animaux  ,  que  les  Ameriquains  appellent  Ratsmufquez,  ou  Piloris  jà  cau-  devroua/oir 
fe  de  la  reflemblance  qu’ils  ont  à  nos  Rats,  à  la  referve  qu’ils  font  beaucoup  S'cdiiMuic^ 
plus  grands.  Ils  vendent  ces  rognons  pour  des  rognons  de  Mufe  ,  aux  perfon- 
nes  qui  n’en  ont  aucune  connoiffancei  mais  il  fera  facile  de  les  connoître,  par¬ 
ce  qu  ils  font  de  la  longueur  ôc  grofleur  du  petit  doigt  d  un  enfant. 

Les  Piloris,  ou  Rats  mufqucz,  fuivant  le  Pere  du  Tartre  ont  la  même  forme  Sqtr 
nos  Rats  ,  mais  font  d’une  fî  prodigieufe  grandeur  ,  que  quatre  de  nos 
Rats  ne  pefent  pas  un  Piloris.  Us  ont  le  poil  du  ventre  blanc  ôc  le  dos  noir  , 

Jl.  Partie.  p 


CaniJiwrules . 


42  Hiftoire  generale 

ils  fcntenc  fi  fort  le  mule  qu’ils  embaument  tout  l’air  voifin  des  lieux  où  ils  re- 
paifient,  ils  nichent  meme  jufques  dans  les  caves ,  mais  ne  peuplent  pas  tant 
que  les  autres  Rats  communs.  Les  habitans  de  la  Martinique  les  mangent  » 
mais  ils  font  contraints,  apres  les  avoir  écorchez ,  de  les  laiiTcr  expoféz  à  l'air  , 
une  nuit  enriere,  &  même  d’en  jetter  le  premier  boüillon,pour  en  ôter  la  trop 
grande  fenteur  de  mufe. 

Ces  Rats  font  naturels,  dans  Tlfle  de  la  Martinique,  &  non  pas  les  autres 
communs ,  qui  n’y  ont  paru  que  depuis  quelques  années  quelle  eft  fréquentée 
des  Navires. 

Voilà  toutes  les  parties  des  animaux  à  quatre  pieds  que  nous  négocions; 
&  quoy  qu’en  petit  nombre,  ne  laiffent  pas  d’eftre  d’une  grande  utilité ,  confom- 
ment  bien  de  l’argent, payent  des  droits  confiderables ,  tant  pour  l’entrée  que  pour 
la  fortie  :  fi  ce  n’avoit  efté  le  gros  commerce  &  que  c’eft  prefque  tout  le  né¬ 
goce  de  la  plufpart  des  Efpifliers  de  Paris, que  je  fuis  obligé  d’expliquer  félon 
le  titre  de  cet  ouvrage,  je  n’en  aurois  pas  parlé. 


CHAPITRE  XVII. 


I^e  t  Autruche, 


des  D  rogues ,  Livre  Premie  r.  45 

Les  Autruches  fc  cliafTent  en  Afrique  j  elles  font  fi  communes  au  Pérou  quelles  « 
vont  par  troupes,  comme  le  bétail.  Les  Sauvages  en  mangent  la  chair,  &  leurs  ce 
oeufs  font  bons,  quoy  que  de  difficile  digeftion  ;  les  femelles  font  prefque  <c 
toutes  mêlc'es  de  gris,  de  noir  ,  &  de  blanc  j  les  mâles  font  blancs  &  noirs  6c  cc 
font  bien  plus  elHmez,  parce  que  leurs  plumes  font  plus  larges  &  mieux  four-  <c 
nies,  leurs  bouts  plus  touffus  &  leurs  foyes  plus  fines;  on  ne  leschaffent  qu  apres  cc 
leur  mue  &  lors  que  leur  plumage  cil:  fec;  ce  font  des  Oyfeaux  fort  vîtes,  que  ce 
l’on  chaffe  avec  des  Barbes  harpez ,  comme  lévriers ,  qui  les  attrapent  à  la  ce 
courfe.  L’Autruche  fe  fert  de  fes  ailes,  non  pas  pour  voler,  mais  pour  aider  à  fa  cc 
courfe  lors  que  le  vent  luy  eft  favorable,  car  alors  elles  luy  fervent  comme  les  ce 
voiles  font  aux  Navires;  lors  que  l’Autruche  voit  que  fes  œufs  font  prêts  à éclor- 
re,  elle  en  caffe  quatre,  qui  le  corrompent,  il  s  y  engendre  quantité  de  vers,  cc 
dont  fes  petits  fc  nourriffent,  comme  le  témoigne  le  Perc  Acaret ,  dans  la  rela-  ce 
tion  du  Pérou.  Ælian  avoit  dit  autrefois  quelque  chofe  de  femblable.  jOn  aveu  «c 
vers  le  Cap  de  bonne  Efperance  des  ceufs  d’Autruche  fi  gros,  qu’un  feul  fuf-  «c 
fifoic  pour  donner  à  manger  à  fept  perfonnes.  On  a  fait  la  diffeélion  de  plu-  ce 
fieurs  Autruches,  dans  l’Academie  des  Sciences;  la  plus  grande  cfloic  de  fept  ce 
pieds  &  demy  de  haut,  depuis  la  tête  jufqu’à  la  terre.  L’Autruche  à  l’œil com-  « 
me  l’homme  en  ovale,  ayant  de  grands  cils,  &  la  paupière  d’enhaut  mobile  ,  ce 
contre  l’ordinaire  des  oyfeaux,  avec  une  paupière  au  dedans ,  comme  l’ont  la  ce 
plufpart  des  brutes,  fon  bec  eft  court  &  pointu,  fa  langue  petite  &c  adhérente  ce 
comme  aux  poiffons ,  fes  cuifTcs  groffes,  charnues  &  fans  plumes ,  couvertes  d'une  ce 
peau  blanche,  un  peu  rougeâtre,  rayée  par  des  rides  qui  reprefentenr  un  refeau 
dont  les  mâles  pourroicnc  laifTcr  entrer  le  bout  du  doigt  ,  fes  jambes  font  cou-  *« 
vertes  pardevant  de  grandes  écailles  en  table,  fes  pieds  font  fendus  ôc  compo-  ce 
fez  feulement  de  deux  doigts  fort  grands  ôc  aufli  couverts  d’écailles ,  avec  des  ce 
ongles  aux  grands  doigts  &  non  pas  aux  petits;  elle  n'a  pas  des  plumes  de  diverfes 
fortes  comme  les  autres  oyfeaux,  qui  en  ont  de  molles  &lagineufes,  pour  leur  fer- 
vir  de  fourrure,  &  d’autres  dures  &  fermes  pour  voler  ;  celles  de  l’Autruche  font  ‘c 
toutes  molles  &  effilées  comme  le  duvet ,  elles  ne  fervent  ny  à  voler ,  ny  à  les  <« 
vêtir,  elles  ont  le  tuyau  juftement  au  milieu  de  la  plume,  c’eft  pourquoy  les  ‘f 
Egyptiens  reprefente  la  Juftice  par  une  plume  d’Autruche  ;  la  peau  de  fon  col  “ 
eft  de  chair  livide,  couverte  d’un  fin  duvet  blanc,  clairfemé,  &  luifanc ,  qui  “ 
tient  plus  du  poil  que  de  la  plume,  fon  corps  eft  couvert  de  plumes  blanches,  «« 
noires,  &  grifes,  celles  que  l’on  voit  d’autres  couleurs  ,  font  feulement  teintes, 
les  grandes  qui  forcent  des  ailes  &  de  la  queue  font  ordinairement  blanches  , 
celles  du  rang  d'après  font  noires,  celles  qui  garniffcnc  le  ventre  ôc  le  dos  font  “ 
noires  ou  blanches,  les  flancs  n  ont  point  de  plumes ,  non  plus  que  les  cuiffes 
ôc  le  deflbus  des  ailes,  au  bout  de  chaque  aîle,  il  y  a  deux  efpeces  d’*argots  ‘f 
longs  d’un  pouce,  creux,  &  reffemblants  à  de  la  corne,  à  peu  prés  fcmblablcs  *c 
aux  éguillons  d’un  Porc-épic  ;  quant  au  dedans  on  y  a  trouvé'cinq  diaphragmes  «< 
ou  cloifons  qui  divifent  le  tronc  en  cinq  parties,  dont  il  y  en  a  quatre  qui  ont 
leur  fituation droite  de  haut  en  bas,  &  un  cinquième  fitué  à  travers  fes  ventri- 
cules,  lefquels  ont  efté  trouvez  remplis  d’herbes,  de  foin  ,  d’orges ,  de  feves ,  cc 
d’os ,  ôc  de  cailloux,  dont  il  y  en  avoir  de  la  groffeur  d’un  œuf  de  poule,  on  a  <« 
trouvé  dans  un  jufquà  foixante  &  dix  doubles,  la  plufpart  ufez  &  confommez,  ce 
apparemment  par  leur  frottement  mutuel,plûtôc  que  par  corrofion.  Mais  il  faut  <c 
remarquer  que  les  Autruches  avallenc  le  fer  de  même  que  les  oyfeaux  avallent 
les  cailloux,  pour  aider  à  broyer  leur  nourriture,  non  pas  pour  s’en  nourrir  ôc  ** 
pour  les  digerer  comme  ont  cru  les  anciens,  au  contraire  elles  meurent  quand  elles  ‘c 
//.  Partie,  p  ij 


44  Hifloire  generale 

„  en  ont  beaucoup  avale'.  Quelques-uns  appellent  cet  oyfeau,  Cerf,oifeaH,6zks 
,,  latins  Strucie  camelus ,  qui  fignifie  Coque -chameau. 

De  ce  grand  oyfèau  nous  ne  vendons  que  les  plumes,  les  os,  &  la  graiffe. 

CHAPITRE  XVIII.  . 

De  l'Aigle. 

■J*  ’Aigle  cft  auflî  un  grand  oyfeau,  qui  a  un  bec  long,  noirâtre  &  cro^ 
J[ _ J  chu,  qui  a  les  jambes  jaunes,  couvertes  d  écaillés.  Ton  plumage  eft  de  dif¬ 

ferentes  couleurs.  Cet  oyfeau  eft  fort  frequent  en  plufieurs  endroits  de  l’Euro¬ 
pe  ,  &  meme  en  Provence. 

De  tout  cet  oifeau,  nous  ne  vendons  qu’un  efpece  de  pierre  qui  fc  trouve 
Pierre -d’Aigic.  à  l’entréc  dcs  trous  ou  les  Aigles  font  leur  nid,  pour  garantir  leurs  petits  delà 
foudre  &  de  l’injure  du  temps.  Cette  Pierre  nous  ell  apportée  par  les  Pelle- 
rins  de  S.  Jacque  en  Galice.  Les  Pierres  d’Aigle  les  plus  eftimées  font  celles 
qui  font  plattes ,  noirâtres  ,  chagrinées,  &  bien  fonnanccsi  c’eft  à  dire,  que 
lors  que  l’on  les  remué  proche  l’oreille  elles  faffent  du  bruit,  ce  qui  ne  pro¬ 
vient  que  d'une  pierre  dure  ou  molle  qui  le  rencontre  dedans.  On  attribue 
de  grandes  proprietez  à  cette  pierre  ^  fçavoir ,  de  faire  accoucher  les  femmes 
heureufcmcnt;&  d’empccher  quelles  ne  tombent  lors  quelles  font  grolTcs. 
Quelques  -  uns  ont  écrit  que  les  Aigles  vont  chercher  cette  Pierre  jufquc  dans 
les  grandes  Indes,  pour  faire  éclorre  leurs  petits. 

CHAPITRE  XIX. 

Du  Vautour, 

Le  Vautour  eft  un  oyfeau  deproye,  qui  ne  vit  que  de  corps  morts  & 
autres  charognes,  il  approche  aflez  de  la  figure  de  l’Aigle ,  même  quel¬ 
ques-uns  veulent  que  s'en  foit  une  efpece.  De  cet  animal  nous  ne  vendons  que  la 
pefuxï'vau-  graifle,  laquelle  eft  fort  eftimée  contre  les  maladies  des  nerfs,  La  peau  des  Vau- 
tour.  tours  eft  trcs-bclle ,  &  îiinfi  fort  recherchée  de  plufieurs  particuliers. 

CHAPITRE  XX. 

De  la  Frelate. 

i  ^  ^ 

La  Frégate  eft  un  oyfeau  que  les  Indiens  appellent  ainfi,  à  caufe  delà  vicefte 
de  fon  vol ,  cet  oyfeau ,  n’a  pas  le  corps  plus  gros  qu’une  poule,  mais  il  a  l’efto- 
macli  extrêmement  charnu.  Toutes  les  plumes  des  mâles  font  noires  comme 
celles  du  Corbeau  :  il  a  le  col  moyennement  long ,  la  tête  petite ,  deux  gros 
yeux  noirs,  &  la  veué  autant  ou  plus  perçante  que  l’Aigle:  il  a  le  bec  aficz  gros , 
tout  noir,  long  de  fix  à  fept  pouces ,  tout  droit  j  mais  le  deffus  cft  recourbé  par 
l’extremité,  en  forme  de  crochet:  il  a  les  pattes  fort  courtes,  deux  griffes  com> 
me  celles  d’un  vautour ,  mais  toutes  noires  :  fês  »îles  font  fi  prodigieufemenc 
grandes,  que  de  l’exrremité  de  l’une  à  l’autre,  il  y  a  quelquefois  fept  à  huit  pieds 
&:  ce  n’eft  pas  fans  fujec,  puifquc  fes  aîlcs  luy  font  abfolumenc  neceffaires ,  s’é¬ 
cartant  quelquefois  de  terre  de  plus  de  trois  cens  lieues.  Il  a  beaucoup  de 


des  Drogues,  Livre  Premier.  45 

peine  àfè  lever  de  deffus  les  branches; mais  quand  il  a  une  fois  pris  Ton  vol, 
on  luy  void  fendre  lair  d’un  vol  paifible, tenant  les  ailes  c'tcndues  fans  prefque 
les  remuer,  ny  fe  fatiguer  aucunement.  Si  quelquefois  lapefanteur  de  lapluye, 
ou  l’impetuofité  des  vents  l’importune;  pour  lors  il  brave  les  nues,  fe  guindé 
dans  la  moyenne  région  de  l’air, &  fe  dérobe  à  la  veuë  des  hommes.  Mais  quel¬ 
que  haut  qu’il  puiflc  eftre,  il  ne  laifTc  pas  de  reconnoître  fort  clairement  les 
lieux  où  les  Dorades  donnent  la  chalTe  aux  poifTons  volans:  &  alors  il  fe  préci¬ 
pité  du  haut  de  l’air  comme  un  foudre,  non  toutefois  jufqu’au  raz  de  l’eau  ;  car 
ü  feroit  bien  en  peine  pour  s’en  relever ,  mais  quand  il  en  efl  à  dix  ou  douze 
toifes,  il  fait  une  grande  caracole,  &  fe  baiffe  comme  infcnhblemeht,  jufqu’à 
venir  rafer  la  mer,  au  lieu  où  la  chafl'e  fe  donne,  &  en  pafTant  il  prend  le  petit 
poiflbn  au  vol  dedans  l’eau,  dil  bec  &  des  griffes,  &  fouvent  de  tous  les  deux 
enfemblc. 

Le  mâle  porte  une  grande  crête  rouge  comme  celle  du  coq  ,  non  pas  fer  la 
tête ,  mais  fous  la  gorge.  Cette  crête  ne  paroît  pourtant  qu’à  ceux  qui  font 
bien  vieux.  Les  femelles  n’en  ont  point ,  mais  elles  ont  les  plumes  plus  blan¬ 
ches,  particulie^ment  fous  le  ventre. 

Or  tout  ainfi  que  dans  l’Europe, les  Hérons  ont  des  hcronieres ,  qui  font 
certains  petits  cantons  de  bois  qui  leur  fervent  comme  de  lieu  de  refuge  où  ils 
s’afT'emblent ,  fe  repofent,fe  confervent,  &  multiplient  leur  cfpcce  ;  de  même 
CCS  oyfeaux  ont  eu  fort  long- temps  une  petite  Iflc  dans  le  petit  cul-de-fàc  delà 
Guadeloupe,  qui  leur  fervoit  comme  de  domicile,  ou  plutôt  d  une  fregatiere  , 
ou  toutes  les  Frégates  des  environs  venoient  fe  repofer  la  nuit,  &  y  faire  leur 
nid  dans  la  fàifon.  Cette  petite  ifle  a  efté  nommée  [’Jjlctte  aux  Frégates  ,  eu 
porte  encore  le  nom  ,  quoy  qu  elles  ayent  change'  de  lieu  :  car  es  années  mil 
üx  cens  quarante-trois  &  mil  fix  cens  quarante-quatre,  pluCeurs  perfbnnes  leur 
firent  une  fi  rude  chafl'e,  quelles  furent  contraintes  d’abandonner  cette  Ifle. 

Le  R.  P.  du  Tertre,  de  l’Ordre  des  Frères  Prêcheurs,  de  la  Congrégation  de 
S.  Loüis,  Miflionnaire  Apoftolique  dans  les  Antilles, eftant  poufle  par  les  avan¬ 
tageux  récits  qu’on  luy  failoit  de  l’huille  qu’on  tire  de  ces  oyfeaux,  leur  fit 
donner  la  derniere  chafl'e,  &  a  l’ayde  de  trois  ou  quatre  perfonnes,  il  en  prit 
plus  d’un  cent  en  moins  de  deux  heures.  Ils  furprenoient  les  grandes  fur  les 
branches,  ou  dans  leur  nid;  &  comme  elles  ont  beaucoup  de  peine  à  pren¬ 
dre  leur  vol,  ils  avoient  le  temps  de  les  aflbmer  des  coups  de  bâtons  ,  (  qu’ils 
avoient,  longs  comme  des  piques)  au  travers  des  ailes,  &  elles  demeuroienc  tout 
court  à  demy  étourdies.  Il  n’y  en  eut  pas  une  de  toutes  celles  qui  prirent  le 
vol,  qui  n’eut  mal  au  cœur  en  partant,  &  qui  ne  leur  vomit  deux  ou  trois  poif- 
fons  grands  comme  des  harans  à  demi  cuits,  il  crut  que  c’eftoic  pour  fe  déchar¬ 
ger,  afin  de  voler  avec  plus  de  facilité. 

L’huile  ou  la  graifle  de  ces  animaux  eft  un  foiiverain  remede  pour  la  goûte 
fciatique,&  pour  toutes  les  autres  provenantes  de  caufe  froide.  On  en  fait  un 
grand  cas  dans  toutes  les  Indes,  comme  d’un  médicament  précieux. 


CHAPITRE  XXL 

• 

Des  Nids  d' Oyfeaux. 

LEs  Nids  d’Oyfeaux  que  les  Siamois  ont  apportez  en  France  il  y  a  quel¬ 
ques  années,  font  la  bave,  ou  l’excrement  de  certains  oifeaux  nommez 
-Alcyon, fort  frequents  en  France  principalerncxic  en  Normandie.  Les  Alcyons 

F  iij 


Hui  lie 
Frcgaie. 


4(j  Hiftoire  generale 

de  France  font  des  Oyfeaux  fréquentant  la  mer  &  les  marêts-,  ils  font  de  la 
grolfeur  d’une  Hy rondelle,  ou  d'une  Caille,  leur  plumage  &  leur  bec  font  de 
differentes  couleurs,  coçnme  vert ,  rouge,  &  bleu.  Ces  Oyfeaux  ont  difïercns 
Ak'on-martinct  noms,  commc  Alcyon-mattinec, Martinet  pcfcheur,Oyfeau  de  faint Martin ,  ou 
thcui,  Oyfcitt  Drapier;  ces  animaux  font  ordinairement  leur  nid  entre  les  rofeaux,  ou  fur  les 
Les  Alcyons  des  Indes,  fur  tout  ceux  de  la  côte  du  Royaume  de  Cam- 
ba,Iors  qu’ils  font  en  amour,  jettent  par  leur  bec  une  écume  blanche  avec  quoy 
ils  bâtilfent  un  nid  de  la  grandeur  &  figure  d’une  taffe  ronde ,  dont  ils  fe  fervent 
pour  couver  leurs  œufs,  &  faire  éclorre  leurs  petits  ;  ces  nids  font  d’une  cou¬ 
leur  blanche  tirant  fur  le  jaune,  d’une  confiftance  folide  &  feche,  d’un  gouft 
infipide,  &  affez  approchant  de  celuy  du  Ver-michel. 

Les  Chinois  font  fi  amateurs  de  ces  Nids  d’oyfeaux,quc  c’eft  une  chofepref 
que  incroyable  de  la  quantité  qui  s’en  cranfporte  à  Pequin ,  ville  Capitale  de 
la  Chine  ,  &  y  valent  ordinairement  cinquante  Tahers  le  cent,  qui  eft  environ 
fix  cens  livres  de  notre  monnoye.  Ils  leur  attribuent  de  grandes  proprietez  , 
car  outre  l’ufage  continuel  qu’ils  en  font  pour  fe  nourrir,  eftans  cuits  dans  de 
l’eau  avec  une  volaille  &  du  Gingembre,  ils  les  eftiment  fort  propres  pour  gué¬ 
rir  les  maux  d’cftomac,  &  pour  foulager  ceux  qui  font  en  langueur. 

Ces  Nids  nous  eftoient  autrefois  peu  connus,  &  l’on  croyoit  que  ces  Nids 
eftoient  formez  de  l’écume  de  la  mer  j  mais  depuis  que  les  Siamois  npus.  en  ont 
apporté  ,  ils  font  devenus  aflez  communs. 

Il  y  a  encore  queiques-autres  parties  d’Oyfeaux  que  nous  vendGns,&  dont 
nous faifons un  négoce  confidcrable, comme  des  plumes  &  pinceaux  de  Cigne, 
de  la  plumet  du  duvet  d’Oyes,  ou  autres  volailles,  que  nous  faifons  venir  de  la 
Pierre  Gafeogne,  de  la  Normandie,  &  du  Nivernois ,  comnie  aulTi  des  Pierres  d’Hy- 
londciic.  rondelles,  Oyleaux  fort  communs  en  France,  fur  tout  au  Prin-temps;  dont  on 
fe  fert  comme  l’on  fait  des  petites  Pierres  d’Ecrevifies ,  pour  ôter  les  ordures 
qui  font  dans  les  yeux. 


CHAPITRE  XXII. 

Des  Cantharides. 

LEs  Cantharides  font  des  Mouches  que  les  payfans  d’autour  de 
Paris  nous  apportent,  qui  fe  trouvent  en  quantité  lut  les  Frefncs ,  fur 
les  Rofiers ,  &  fur  les  bleds  ^  ces  Mouches  ont  les  ailes  d’un  vert  luifant  & 
fort  belles  à  voir ,  à  caufe  de  leur  couleur  azurée  parmy  un  jaune  doré,  mais 
en  recompenfe  fort  veneneufes  &  d’une  odeur  fort  puante.  M  fe  trouve  de  grofi 
fes  Cantharides  en  Italie, qui  ne  font  d’aucun  ufage  en  France. 

On  doit  choifir  les  Cantharides,  nouvelles,  léchés,  &  bien  entières,  car  dés 
aulTi  tôt  quelles  ont  deux  ou  trois  ans,  elles  fe  mangent  en  elles  mêmes  &  fc  re- 
duifent  tout  en  poudre. 

L  ufage  des  Cantharides  eft  pour  l’cxterieur ,  eftant  un  fort  grand  veflicatoi- 
rej  c’eft  le  fujet  pour  lequel  les  Appoticaires  en  font  la  baze  de  l’emplâtre ,  fur- 
nommé  veflicatoire.  Les  Maréchaux  ^’en  fervent  beaucoup,  tant  pour  guérir  le 
farcin,que  d'autres  maladies  qui  arrivent  aux  Chevaux,  â  quoy  elles  font  fort  con¬ 
venables;  mais  c’eft  un  des  grands  poifons  que  nous  ayons  &  dont  l’ufage  intérieur 
doit  eftre  abfolument  défendu,  &  ne  pas  fe  fier  à  ce  que  quelques-uns  en  ont 
écrit,  qui  veulent  quelles  fe  peuvent  prendre  intérieurement,  lors  que  les  ailes. 


îïViW 


CHAPITRE  XXIII, 


LEs  Abeilles  ou  mouches  à  miel  font  de  petits  infedes  dont  la  nature  ôc 
la  conduite  ne  font  pas  moins  admirables  que  leur  travail  efî:  neceffaire,  pu  if 
qu’ils  nous  fourniflcnt  le  miel  &  la  cire,  dont  nous  faifons  un  négoce  confidc- 
rablcj  comme  je  n’ay  jamais  élevé  d’Abeilles,  j’ay  efté  obligé  de  m’en  rappor¬ 
ter  à  un  de  mes  amis,  lequel  ayant  pendant  plufieurs  années  pratiqué  &  fait 
ce  négoce,  a  bien  voulu  me  donner  ce  qu’il  a  pu  remarquer,  pour  le  conférer 
avec  ce  que  les  Auteurs  en  ont  écrit. 

Quelques  Nat uraliftes  veulent  que  l’origine  des  Abeilles  vienne  du  Lion  & 
du  Bœuf  mort,  &  qu’au  lieu  devers  qui  fortent  ordinairement  ^u  corps  des  au¬ 
tres  animaux,  il  fort  du  corps  du  Lion  &  du  Bœuf,  des  Abeilles  ou  Mouches  à 
miel. 

Cette  naiffance  ,  ou  origine  me  paroîc  dautanc  plus  éloignée  de  la  veriré, 


des  Drogues ,  Livre  Premier.  47 

la  tête  &  les  pieds  en  ont  cfté  ôtées  j  c’eft  ce  qui  fera  que  les  EfpilTiers  &  les 
Appoticaires  n’en  vendront  à  qui  que  ce  foit,  qu’ils  ne  les  connoilfent  bien  & 
qu’ils  ne  foient  feurs  que  c’eft  pour  employer  extérieurement,  &:  ils  auront  foin 
d’en  tirer  des  billets  ainfî  que  l’Ordonnance  du  Roy  le  porte,  comme  des  au¬ 
tres  poifons  qui  feront  marquez  dans  cet  ouvrage. 


Des  Abeilles, 


48  Hiftoire  generale 

cju’un  particulier  ayant  voulu  faire  rexpcrience  de  ce  que  Virgile  a  die  au  qua¬ 
trième  de  fes  Bucoliques,  n’a  rien  trouvé  de  femblable  ;  le  fait  eft  rapporte  dans 
un  petit  traité  imprimé,  attribué  à  un  Curé  de  campagne,  qui  dans  la  quatorziè¬ 
me  page  de  fon  livre,  en  parle  de  la  forte. 

Le  Seigneur  Virgile  me  parut  un  Auteur  allez  grave  pour  établir  une  opi¬ 
nion  probable,&  qui  meritoiclur  fa  parole  que  j‘en  filTe  l’experiencc -,  jelafis  donc, 
à  la  mal-heure ,  &  je  penfay  empoilonner  tout  le  village ,  je  fis  étrangler  un  jeune 
Taurcàu ,  Bina  cornnaft€rens  y  ôc  luy  fis  donner  mille  coups  de  bâton  en  mou¬ 
rant,  quoy  qu’il  ne  pufi  mais  des  folies  du  Poète;  pour  lepulcrc  on  le  mitain- 
^  fi  mutilé  de  tous  fes  membres  avec  fes  deux  cornes,  au  fond  d’un  grand  ton¬ 
neau  de  bois,  avec  quatre  petites  fenêtres  aux  quatre  vents,  afin  comme  dit 
*  Virgile,  d’en  faire  fortir  des  milliers  de  Mouches  à  miel.  Le  Roy  fort  de  la  cer- 
’  vclle,  les  menageres  de  l’eftomac,  &  les  fainéantes  du  bas  ventre  ;  les  Rois 
font  la  guerre  à  leurs  voifins ,  par  mer  &  par  terre,  ils  rangent  leurs  armées 
en  bataille,  ils  recompenfent  les  Capitaines,  &  les  Generaux  ,  ils  puniflent  les 
lâches,  les  font  palTer  par  les  armes,  &  donnent  l’eftrapade  aux  larrons  ôc  dé- 
fertiLirs ,  ainfi  de  mil  autres  balivernes  que  quantité  de  pcrlonnes  ont  cru  ôc 
^  croy  ent  encore;  au  lieu  de  milliers  d’ERains  de  mouches  à  miel  e]ui  dévoient  fortir 
du  corps  de  cet  animafil  n'en  forcit  que  des  milliaces  de  gros  vers,  avec  une  puan- 
teur  inlliporiable  qui  penfa  infecter  tout  le  canton,  &  la  puanteur  eftoic  fi  grande 
que  tout  le  pays  fe  crut  menacé  de  la  pefte.  Voilà  des  opinions  bien  diife- 
rentes ,  &  comme  je  ne  fuis  point  capable  d’en  juger,  c’eft  le  fujet  pour  lequel 
je  me  contenteray  de  faire  quelques  obfervations  fondées  furl’experience  jour¬ 
nalière,  ainfi  qu’il  fe  vera  dans  la  fuite  j  &  ceux  qui  defireront  s  en  inftruirc 
davantage,  pourront  lire  Grenade, ou  avoir  recours  au  traite  qu’en  a  fait  ce  Cure 
de  campagne,  ou  à  un  autre  petit  livre  imprimé  à  Paris  depuis  peu, qui  a  pour 
titre  Traité  des  Mouches  à  miel  ^ou  font  marquées  les  maniérés,  &  les  règles  de  les 
bien  gouverner ,  &  le  moyen  d’en  tirer  un  profit  confidcrable  par  la  récolte  de 
la  cire  Sc  du  miel. 


Remarques  fur  les  Abeilles  ^  fuivant  l  écrit  qui  m'en  a  ejlé  donné  par  un  particulier, 

La  produdion  des  Abeilles  a  pour  principe  ce  qui  les  engendre  qui  eft  une 
clpece  de  petit  germe ,  ou  freflement  tout  blanc  lequel  cil  pôle  au  fond  des 
petits  trous  ou  creufccs,qui  compofent  les  golfes  ou  rayons  de  cire, que  les 
Mouches  font  &  batifient  en  leurs  ruches,  &  quelles  commencent  par  le  fond  de 
la  ruche  ou  efl:  attachée  la  poignée  ^  ce  germe  aide  de  la  chaleur  naturelle  des 
Abeilles,  groflit  &  forme  un  elpece  de  ver  blanc,  qui  au  commencement  de 
la  formation  n’a  rien  de  femblable  à  la  Mouche  j  mais  dans  l’efpace  d’un  mois 
devient  comme  une  mouche,  de  la  même  couleur  que  le  ver,  &  ayant  pris  peu 
à  peu  cette  forme, il  noircit  ôc  éclos  hors  de  fon  creulct:&  c’eft  ainfiquecom- 
mencela  génération  des  Abeilles  depuis  le  mois  de  Février  julqu’à  la  fin  d’Odo- 
bre  à  ce  que  j’en  ay  remarqué,  tellement  que  leurs  ruches  s’cmpliflant  à  la  fa¬ 
veur  d’une  bonne  température,  elles  eftainent  aux  mois  de  May  &  Juin  jmais 
les  cflains  de  May  font  les  plus  eftimez  en  ce  qu’ils  deviennent  plus  forts  que 
ceux  qui  font  tardifs  j  car  ordinairement  c’eft  alors  que  le  temps  eft  doux,  &  la 
chaleur  temperée,  au  lieu  que  les  eftains  de  Juin  ne  peuvent  pas  fi  bien  réüftîr 
cftans  furpns  pour  l’ordinaire  d’une  trop  grande  chaleur  &  lechcrefté ,  &  mê¬ 
me  le  plus  fouvent  ils  ne  trouvent  pas  aftez  de  quoy  fe  munir,  ny  affez  de  pro- 
vifions  pour  le  garantir  d’un  hyver  qui  feroit  long. 


49 


.  des  Drogues,  Livre  Premier. 

De  leur  T ^avail. 

CE  que  j’en  ay  remarqué  par  un  foin  particulier,  &  par  mon  aflîduité  ex¬ 
traordinaire;  ayant  paiTé  beaucoup  de  temps  auprès  des  ruches  &  à  tou¬ 
te  heure  du  jour ,  pour  fatisfaire  ma  curiohté  de  les  voir  ménager  ;  &  ayant 
même  employé  pour  cela  quelques  ruches  demenuiferie  ou  il  y  a  des  panneaux 
de  vitres. 

Ceft  que  vers  la  fin  de  rhyver,aufli.  tôt  qu’il  fait  doux, comme  il  arrive  quel* 
quefois  &  que  l’air  commence  à  fe  purifier  des  grandes  froidures,  dés  le  mois 
de  Février  elles  fortent  de  leurs  ruches, elles  vont  aux  champs  &  apportent  de 
la  cire  de  differentes  couleurs  ,  comme  blanchâtre  ,  jaune  ,  citronnée  ,  &  rou¬ 
geâtre  J  laquelle  eft  attachée  en  forme  de  petites  lantilles  à  leurs  pattes  de  der^ 
riere,  &  dequoy  ellant  entrées  en  leur  vaiffeau,  elles  fe  d'epeftrent  indufirieu- 
fement  &  en  forment  les  trous  ou  logemens  de  formation ,  dans  lefquels  elles 
travaillent  pour  les  conlfruire  à  fix  pans ,  les  rendans  plus  minces  que  le  plus 
fin  talc  &  prcfqu’aulli  tranfparans.  Il  efl  â  remarquer  que  ces  mêmes 
trous,  ou  creufets,  font  ceux  oii  elles  pofent  leur  germe  ou freflement  qui  en- 
gendrenr  d’autres  Abeilles,  &  qui  font  remplis  de  miel  àmefure  qu’ils  devien¬ 
nent  vuides  par  la  fortie  des  jeunes  mouches  qui  éclofcnt. 

Les  Abeilles  prennent  la  cire  lur  toutes  fortes  de  fleurs,  excepté  celles  des 
rofes,les  fleurs  d’oranges,  de  pois,  &  de  marguerites.  Elles  en  apportent 
dune  force  ,  de  couleur  purpurine,  qui  feel  aufli  fort  comme  les  cires  mol¬ 
les  donc  nous  nous  fervons  pour  le  fceilc  que  l’on  appofe  fur  le  bois  ,  &  au¬ 
tres  fceaux  de  juftice;  &  elles  fe  fervent  de  cetc^irc  pour  fermer  les  trous 
qui  fe  repeontrent  aux  panniers  qui  leur  fervent  de  ruches  j  de  même  qu’à  cel¬ 
les  de  bois,  dont  je  me  fert  &  qui  font  de  deux  pièces  pour  en  boucher  la 
jointure,  lors  qu’il  s’y  rencontre  du  jour  :  Elles  fe  prennent  fi  bien  à  luter  ces 
•deux  pièces  avec  leur  cire  molle  ,  de  couleur  purpurine  ,  quelles  font  aufli  fer¬ 
mes  que  fi  elles  avoientefté  mafliquées  de  main  d’homme  j  cette  cire  efl:  d’une 
odeur  plus  forte, &  differente  de  celle  que  l’on  fond, pour  mettre  en  pain. 

De  la  manière  quelles  recueillent  le  miel ^  ^  du  temps 
qui  leur  eft  plus  favorable  pour  faire  leur  moijfon. 

Le  temps  le  plus  propre  pour  recueillir  le  miel  efl:  à  peu  prés  vers  la  fin  du 
mois  d’Avril  &  dç  May  plus  qu’en  aucun  autre  mois  de  l’année  -,  elles  fortent 
dés  l’aube  du  jour  par  un  temps  doux  &  ferain,vont  à  la  campagne  recueillir  la  ro- 
fée,  qui  efl  plus  frequente  en  ce  temps  là, qu’en  toute  autre  faifon  del’annéci 
elles  retournent  aufli  promptement  quelles  peuvent  en  leurs  ruches  pour  y  vomir 
dans  les  trous  ou  creufets  fus  défignez,  la  rofée  qu’elles  ont  humée  &  lefehée 
fur  les  fimples  de  la  campagne ,  qu’elles  ont  au  dedans  de  leur  corps  &  qu  elles  en 
fbntfortirde  la  maniéré  que  font  les  Pigeons  la  nourriture  de  leurs  petits.  Et 
quand  elles  ont  rempli  le  trou  ou  creufet  de  cette  rolée  3  elles  le  ferment  &c 
fcellent  d’une  petite  pelliculle  de  cire  blanchâtre  pour  en  éviter  la  perte  qui  en 
pourroit  arriver  par  l’épanchement. 

Vers  la  fin  de  Juin  ôc  Juillet ,  que  les  rofées  ne  font  plus  fi  abondantes 
que  pendant  les  mois  d’Avril  &  May ,  il  arrive  encore  quelques  matinées 
de  rofées  que  les  Abeilles  ne  font  pas  moins  foigneufes  qu  auparavant  de  faire  leur 
//.  Partie.  G 


50  Hiftoirc  generale 

récolté  :  &  amfi  arrive,  t’il  fouvent  (  par  un  malheur  pour  les  biens  de  la  ter¬ 
re,  comme  les  bleds  &  autres) de  certaines  petite»  bruines  &  pluyes^  qui  s’at¬ 
tachent  tant  fur  les  bleds  que  fur  les  noyers  qui  les  gâtent,  &  qui  (ontfavora^ 
blés  pour  les  mouches,  au  contraire  pour  leur  cueillette  &  moiffon  mielleufe. 
Et  quand  leur  récolté  efl:  faite,  elles  ne  laiflent  pas  toutefois  de  s’occuper, s’at¬ 
tachant  à  ramalTcr  la  cire  quelles  recueillent  fur  toutes  fortes  de  fleurs,  ex¬ 
cepté  celles  cy-deffus  nommées. 

Il  cft  remarquable  que  quand  elles  eflaiment ,  &c  auflî-tôt  que  les  jeunes  qui 
compofent  Icflaim,  font  forties  de  la  ruche,  quelles  font  comme  une  nue  de 
mouches  en  l’air,  qui  paroît  noire, &  qui  fe  forme  à  mefure  qu’elles  en  fortenc 
attroupées  comme  une  armée  combatancc;  elles  s’attachent  à  fuivre  la  prin¬ 
cipale  d’entr’elles,  qui  cft  plus  longue  que  les  autres,  &  qui  a  toutefois  les  ai¬ 
les  fort  courtes  ,  moins  longues  que  celles  des  autres  &  qui  eft  d’une  couleur 
rougeâtre;  quand  elles  la  perdent,  elles  deviennent  vagabondes,  &  cet  acci¬ 
dent  en  caufe  bien. tôt  apres  la  perte  au  proprietaire:  quand  l’effaim  cft  forty 
elles  s’arreftenc  d’ordinaire  à  l’ombre  de  quelque  branchage,  plutôt  qu’en  aucun 
autre  endroit  -,  cftans  aiîifcs,  il  faut  le  plus  promptement  que  faire  fe  peut  les  ap- 
pcllcr  &  les  mettre  en  leur  ruche,  de  crainte  qu’elles  ne  defertent  jcar  fi  on  les 
laiffoit  aflifes  fans  les  relTerrcr,  le  Soleil  venant  à  les  découvrir  ,  elles  s’éveil¬ 
lent  6c  s’envolent-,  &  quand  elles  (ont  en  leur  ruche,  il  eft  à  propos  de  la 
mettre  â  l’abry  du  Soleil,  de  peur  que  la  chaleur  ne  fafle  f«ndrc  leur  nouvelle 
ciré. 

Il  cft  bon  encore  de  remarquer  que  leur  cire  pendant  trois  ans  eft  fort  ge- 
ncrative,  produdive  &  abondante  pour  la  formation  des  mouches;  &  que 
l’âge  de  la  cire  cft  fort  faS'e  à  connoître  par  fa  couleur,  car  dés  la  première 
année,  elle  eft  blanchâtre;  la  féconde,  elle  cft  jaune;  &  la  troifiéme,  elle  eft 
brune  .-quand  elle  cft  plus  vieille,  elle  devient  noire, fort  fterile  &  fans  produc¬ 
tion  ,&  môme  les  mouches  n’y  refferrent  ny  miel  ny  frefle. 

Il  eft  à  propos  démettre  fous  la  ruche  de  reffaim  des  autres  ruches,  &  des 
tables  blanches,c’cft  à  dire,  déplâtré,  couleur  plus  remarquable  que  toute  au> 
trc;cc  n’cft  pas  que jemc fuis  trouvé  aufli  bien  d’y  mettre  des  planches. 

J’ay  eu  des  mouches  lefquellcs  pour  n’avoir  pas  amaflfé  afîcz  de  miel  pour* 
leur  fubfiftance,  j’ay  efté  obligé  de  les  nourrir  fur  la  fin  de  l’hyver  jufquà  ce 
qu  elles  ayent  atteint  le  beau  tcmps,ô<:  qui  par  après  fe  font  trouvées  des  meil¬ 
leures  qui  me  fuffent  reftées.  Plus  l’elfaimeft  gros  de  mouches,  &  plutôt  la  ru¬ 
che  eft  pleine  de  cire  &  de  miel,  il  en  cft  auffi  meilleur  de  beaucoup  ôc  il  jet¬ 
te  de  bon  heure  l’année  fuivance. 

Comme  il  arrive  fouvent  qu’il  y  en  a  de  parefTeufes;,,  elles  font  fur  l’arrie- 
re  faifon  chaffées  ou  tuées  par  les  plus  fortes  &  les  plus  foigneufes. 

La  produdion  des  mouches  cefTe  au  mois  d’Oeftobre ,  &  ne  recorpmencc 
que  quand  la  terre  commence  à  mouvoir,  c’eft  à  dire,  à  produire,  comme  au 
mois  de  Février. 

J’ay  dit  cy-deffus  que  j’avois  des  ruchesde  deux  pieces,el!es  font  en  forme  de  baril 
ou  de  pain  de  fucrc, coupées  par  le  milieu,  afin  de  ne  pas.faire  mourir  les  mouches, 
il  faut  couper  CCS  ruclies  d’année  en  année,  en  enlevant  une  année  une  partie  & 
l’année  fuivante  1  autrc,felon  qu’elles  fe  trouvent  pleines, &  au  lieu  de  pleines  on  en 
met  de  vuides;  ou  les  mouches  travaillent, c’eft  ce  qu’on  appelle  châtrer;  ils  y 
rciifllfleiit  quelquefois,  &  meme  d’une  feule  que  j’avois  coupée ,  comme  j’ay  dit 
cy-deffus,  j’en  ay  fait  dcux,&  au  lieu  des  deux  moitiées  pleines  j’y  en  joignis 
deux  yuides,  qui  rcuflarent  fort  bien  ;  mais  peu  réufliffent  de  la  forte  en  ces  quar- 


des  Drogues ,  Livre  Premier.  p 

tiers,  en  ce  qu’ils  font  trop  arides.  En  effet  les  mouches  Te  plaifent  grande¬ 
ment  auprès  des  eaux,  &aux  lieux  aquatiques, prenant  beaucoup  d’eau  pour  les 
aidera  faire  leur  miel. 

Je  me  fuis  rencontré  chez  plufieurs  de  mes  amis ,  6c  particulièrement  chez 
un  Officier  du  Roy  qui  en  avoit  dans  Ton  jardin  à  Argenccüil,  ou  il  y  avoitun 
vivier,  ou  elles  alloient  &  venoient  fans  dilcontinuer  prendre  de  l’eau  pour  por¬ 
ter  à  leur  ruche,  furquoy  luy  ayant  demandé  ce  qu’il  en  penfoit,il  me  dit  que 
c  efloit  une  chofè  qu’il  avoit  toujours  remarquée 'depuis  qu’il  avoit  des  mou¬ 
ches. 

Il  eft  à  craindre  de  laifficr  quelque  efpace  ou  des  trous  vuides ,  dans  le  haut 
ou  dans  le  bas  de  la  rucher  car  aux  mois  de  Juillet  &  Aouft,  il  fè  forme  des  Pa¬ 
pillons  qui  y  entrenr,y  font  leur  pontc&  engendrent  de  gros  vers  courts  &  durs,qui 
forment  des  traces  &  toilles  d’araignées  qui  joignent  les  gauffes  ou  rayons  cn- 
fcmble  &  y  mettent  le  feu-  tellement  qu’en  moins  de  deux  ou  trois  jours  les 
mouches  en  fortent  &  abandonnent  la  ruche ,  après  l’avoir  pillée.  Ces  vers 
pour  peu  qu’ils  y  loient ,  multiplient  tellement ,  qu'en  moins  de  cinq  ou  fîx 
jours,  l’on  ne  peut  pas  retirer  plus  d’une  once  de  cire  de  celle  que  les  mouches  y 
avoient  amafïécs,&  pour  toute  recompenfe  les  vers  y  pondent  des  germes  & 
cocques  fort  dures,  qui  avec  les  toilles  d’araignées  qu’ils  y  ont  formées,  ne 
font  plus  qu’une  pelotte  dans  la  ruche. 

De  plus  il  eft  à  remarquer  que  parmy  les  Abeilles  il  y  a  des  mouches  qui  font 
fainéantes  &  ne  vont  point  en  campagne, ou  bien  peu,  &  ne  fortent  gucres  avant 
midy  jufquesfur  les  quatre  heures  de  relevée, &  ne  rapportent  aucun  butin;  au 
contraire  elles  mangent  la  moiftbn  des  autres,  &  les  bonnes  tuent  les  feneanres 
autant  qu’elles  peuvent  dans  la  faifon  d’Aouft.  Elles  font  beaucoup  plus  groffics  &: 
plus  noires  que  les  autres,  6c  n’ont  point  d’aiguillon  pour  piquer,  mais  quand 
on  Uurprefreje  derrière  ,  il  paroît  deux  petites  cornes  comme  des  peaux  tranf- 
parentes,  qui  font  jaunes  par  i’extremité. 

En  Pologne  &  en  Molcovie  les  Abeilles  font  leurs  ruches  dans  le  tronc  des 
vieux  arbres,  &  outre  les  commoditez  que  les  peuples  retirent  des  mouches 
en  ce  qu’ils  ne  vivent  prcfque  de  miel  ,  c’eft  que  les  mouches  fe  cultivent 
d’elles  mêmes,  fans  l’affiftance  de  perfonnes;  ce  qui  eft  bien  contraire  des 
nôtres. 

Sur  cela  Munftcr  &  Guyon  rapportent  une  chofe  fùrprenante.  Un  Payfàn 
eftant  tombé  dans  un  de  ces  arbres,  où  les  Abeilles  font  leur  miel, aux  grandes 
Forefts  de  Mofeovie ,  où  il  avoit  efté  chercher  de  la  cire,  6c  n’en  pouvant  for- 
tir,  parce  que  le  creux  de  ccc  arbre  eftoic  fort  profond  6c  large,  un  Ours  vint 
en  ce  lieu  par  la  Divine  Providence,  pour  fe  repaître  du  rrtel  des  mouches; 
auffi-tôt  le  Payfan  prit  cet  animal  par  un  pied  avec  les  mains,  6c  fut  ainfi  tiré 
hors  du  péril  évident  de  périr  dans  cet  arbre. 


CHAPITRE  XXIV. 

Bu  Miel. 

NOiis  voyons  en  France  de  trois  cfpeçcs  de  miel  que  nous  faifons  venir 
de  differents  endroits;  fçavoir  le  miel  blanc  tiré  fans  feu,  a  qui  quelques 
uns  ont  donne  le  furnom  de  miel  vierge,  tant  àcaufequ  il  fort  de  luy  même ,  que 
parce  qu’il  fe  tire  des  rejettonsde  l’année  ,  ou  des  gâteaux  nouvellement  faits , 
//,  Partie.  G  ij 


Miel  blanc  de 
Narbonne. 


Miel  blanc  de 
Provence. 


Miel  bJan: 
de  Pays. 


Miel  jaurc 
de  Champagne- 


52  Hiftoire  generale 

pour  tirer  ce  miel,  Ton  coupe  ou  l’on  rompe  ces  gâteaux,  ou  bien  on  les  met  tous 
entiers  fur  des  nattes  d’ozier  pofées  fur  un  vaiffeau  bien  net,  de  terre  ou  de  bois, 
&  le  miel  qui  en  de'coule  eft  très  excellent,  d’un  blanc  clair ,  qui  ne  manque 
pas  en  peu  de  temps  de  fe  congeler,  &  devient  dur  &  bien  grenu.  Le  fécond 
fe  tire  de  toutes  fortes  de  gâteaux  que  l’on  met,  apres  avoir  efté  bien  nettoyez 
dans  des  facs  de  corde  &  par  le  moyen  d’un  prefToir  ,  on  en  fait  lortir  un  miel 
blanc  ,  mais  bien  different  du  premier,  tant  à  caufe  qu’il  n’eft  pas  fi  blanc  , 
que  parce  que  fon  goufl:  n’eft  pas  fi  agréable.  Le  troibe'me  eft  le  jaune  qui  fe 
tire  de  tous  les  gâteaux  que  l’on  mec  fur  le  feu  dans  des  chaudières  avec  tant 
foie  peu  d’eau;  &  enfuite  on  les  mec  dans  des  facs  ôc  on  les  prefte,  ce  qui  en 
fort  eft  le  miel  jaune,  qui  eft  plus  ou  moins  beau,fuivancle  peu  de  chaleur  qu’il 
a  reccii,  car  s'il  avoir  efté  trop  chaufé,  au  lieu  d’eftre  d’un  beau  jaune ,  il  le- 
roit  d’urr  jaune  brun  &  d’une  mauvaife  odeur.  On  prétend  aufli  que  le  miel  eft 
moins  beau  &  bon,  fuivanc  la  quantité  d’eau  que  I  on  a  mis  pour  le  faire  chau- 
fcr. 

Le  miel  le  plus  beau  &  le  plus  eftimé,  eft  celuy  du  Languedoc  qui  eft 
blanc,  principalement  celuy  de  la  Corbière  petit  Bourg  à  trois  lieues  au  de-là 
de  Narbonne,  qui  eft  l’endroit  d’où  nous  vient  le  plus  beau  miel  blanc,  &  qui 
communément  eft  appcllé,  miel  de  Narbonne,  ce  qui  eft  bien  faux,  car  dans 
Narbonne  on  ne  fçaic  ce  que  c’eft  que  miel  de  Narbonne  ,  mais  bien  celuy  de 
la  Corbière  5  mais  ce  furnom  luy  a  efté  impofé  à  caufe  que  Narbonne  eft  une 
grande  Ville  plus  connue  que  la  Corbière  qui  n  eft  qu’un  Bourg. 

Le  véritable  miel  de  la  Corbière  ou  de  Narbonne,  pour  eftre  de  la  qualité 
reqiiife  doit  eftre  nouveau,  épais,  grenu ,  ^  tout  à  fait  femblable  à  du  fucre 
royal, d’un  gouft  doux  &  piquant,  d’une  odeur  douce  &  tant  (oit  peu  aroma¬ 
tique.  Celuy  d’après  eft  celuy  des  autres  endroits  du  Languedoc  ôi  de  la  Pro¬ 
vence,  mais  qui  eft  bien  different  de  celuy  de  la  Corbière  ,  tant  parce  qu’il 
n’tft  jamais  d'un  fi  grand  blanc,  que  parce  qu’il  n’eft  pas  fi  agréable  au  gouft 
&  n'a  pas  cette  odeur  de  romarin,  à  moins  que  ce  ne  foie  par  artifice  ,  com¬ 
me  il  n’arrive  que  trop  fouvent,  ainfi  que  nous  le  rcconnoiftbns  par  la  quanti¬ 
té  de  fleurs  de  Romarin  qui  fe  trouve  mélangez  dans  le  miel  blanc  de  Proven¬ 
ce,  ou  du  Languedoc;  &même  j’en  ay  vû  des  Barils  au  fond  defquels  il  s’eftoit 
trouvé  de  la  grofleur  d’un  gros  oeuf  de  ces  fleurs,  qui  y  avoient  efté  mifes  ex¬ 
près,  pour  donner  du  gouft  ôc  de  1  odeur  au  miel  afin  de  le  faire  paffer  pour 
véritable  miel  delà  Corbière  ou  de  Narbonne.  Le  troifieme  &  dernier  eft  le  miel 
blanc  des  environs  de  Paris,  ou  même  de  vingt  &  trente  lieues  à  la  ronde,  à 
qui  on  a  donné  lé  nom  de  miel  de  pays  ôc  il  s’en  rencontre  quelquefois  de 
fi  parfait  qu’à  la,  referve  du  gouft  &  de  l’odeur,  qu'il  ne  cede  en  rien  à  celuy 
de  la  Corbière:  ce  quin’eftpas  fort  difficile  à  croire  ,  en  ce  que  le  gouft  &  l’odeur 
du  miel  neconfiftent  que  dans  la  bonté  des  fleurs  dont  les  Abeilles  fè  font  nour¬ 
ries;  Ôc  comme  le  Languedoc  ôc  la  Provence  font  des  pays  chauds, &  par  con- 
fequent  plus  remplis  de  fleurs  ôc  de  fimples  aromatiques,comme  Thim  ,  Romarin, 
StoechaSjôe  autres, c’eft  le  fujet  pour  lequel  le  miel  en  eft  meilleur  ôc  d’une  odeur 
plus  agréable ,  ainfi  le  plus  recherché,  principalement  pour  faire  dcsTifannes 
pecforalles,  qui  eft  fon  principal  ufage;  ôc  celuy  de  pays  eft  employé  aux  mê¬ 
mes  ufages ,  ou  pour  faire  des  compofitions,  ou  des  confitures, où  il  eft  requis 
en  guife  de  fucre,  ou  pour  manger  en  Carême. 

A  l’égard  du  miel  jaune,  le  meilleur  que  nous  voyons  à  Paris,  ôc  le  plus  re¬ 
cherché  eft:  celuy  de  Champagne,  lequel  pour  eftre  de  la  bonne  qualité  doit 
eftre  nouveau,  d’une  bonne  confiftance,  d’un  jaune  doré  ,  le  plus  grenu  ôc  le 


des  Drogues,  Livre  Premier. 

moins  chargé  de  cire  que  faire  fè pourra;  ce  défaut  ne  provient  que  de  la  mal- 
façon,  &  pourveu  que  l’odeur  en  îbic  fupportable,  &  véritable  Champagne  ,  il 
cft  beaucoup  plus  de  vente  &  d’une  meilleure  qualité  que  tous  les  autres  miels  que 
nous  faifons  venir  de  differents  endroits,  comme  dé  la  Touraine,  de  la  Picar¬ 
die,  &  fur  tout  celuy  de  Normandie  en  ce,  qu’il  ell:  puant ,  rougeâtre,  &c  d’une 
très  mauvaife  vente,  quoy  qu’il  foit  plus  purgatif  que  celuy  des  autres  endroits  ; 
le  Miel  de  Normandie  cft  affez  facile  à  connoître,  tant  par  fa  couleur  &  odeur 
que  parce  qu’il  nous  vient  ordinairement  dans  des  Pots  de  grais,que  nous  ap¬ 
pelions  Talevannes,  ou  Pots  â  heure,  qui  font  les  mêmes  pots  dans  quoy  nous 
faifons  venir  le  beurre  d’ifigny  en  Normandiej &ce  miel  eff  admirable  pour  les 
Appoticaires,  eftant  fort  propre  &  convenable  pour  faire  les  miels  compofez, 
comme  le  Violât ,  le  Nénuphar  &  autres. 

L’ufage  du  miel  jaune  eff  fi  commun  ,  fur  tout  à  Paris ,  qu’il  n’y  a  penfonne 
qui  ne  fçache  (es  facultez  ,  c’eft  le  fujet  pour  lequel  je  n’en  parle  point-, je  di- 
ray  feulement  qu’aucant  que  fes  ufages  font  connus, autant  fonemploy  eff-il  ig¬ 
noré-,  car  la  plulpart  de  ceux  qui  fondent  le  miel,l’écument  tant  qu’il  mouffe, 
ce  qu’il  ne  faut  pas  faire,  en  ce  qu’il  écume  jufqu’à  la  derrière  goutte,  mais  le 
contenter  de  le  faire  liquifier  ou  bouillir  un  boüillon,  &  enfuite  le  retirer  de 
deffus  le  feu,  &  eftant  à  demi  refroidi  il  le  faut  palfer  par  un  linge*&  en- 
fuite  s’en  fervir.  Outre  l’ufage  ordinaire  du  miel,  il  eft  auffi  fort  ufité  par  les 
Pain  d’e'piciers,  qui  s'en  fervent  pour  faire  le  pain  furnommé  d’épice,  dont  le 
débit  eft  fort  grand  en  France,  fur  tout  à  Rheims,  parce  qu’ils  le  font  meilleur 
à  caufe  de  la  bonté  de  leurs  miels  de  Champagne  ,  que  parce  qu’ils  y  ajoutent 
des  épices  ,  comme  poivre  &  autres,  qu’ils  le  lardent  d’écorce  de  Citron, ou 
d’Orange  ,  &  qu’ils  le  lâupoudrent  de  petites  nompareilles. 

Quere  ces  differents  ufages,  nous  tirons  du  miel  par  le  moyen  de  la  diftiîa- 
tion  une  eau, un  efprit  &une  huille  qui  font  eftimez  propres  pour  faire  croître  esike 
les  cheveux,  &  pour  effacer  les  tachesdu vifage  :  On  acciibué  à l’cfprit  demiel, 
bien  redlifié  la  faculté  de  diffoudre  l’or  Scie  plomb.  Onpeut  aulîi  tirer  du  miel 
qui  à  fermenté  un  vinaigre ,  mais  le  peu  d’ufage  que  l’on  en  fait  eft  U  caufe  que 
je  aie  confeille  à  perfonne  de  s’y  amufer,  auffi  bien  qu’à  vouloir  tirer  l’huillc  & 
le  fel  du  miel,  parce  qu’il  n’en  rend  que  très  peu. 


CHAPITRE  XXV. 

De  la  Cire  jaune. 

Outre  ces  differentes  fortes  de  miels,  &  les  ufages  que  l’on  en  peut  faire, nous 
faifons  de  plus  un  très  gros  négoce  de  Cire  jaune  &  blanche  3  la  premiè¬ 
re  Cire  que  l’on  tire  eft  la  jaune  qui  fe  fait  en  mettant  ce  que  l’on  a  tiré  de 
deflus  les  clayes  &  dedans  les  facs  que  l’on  a  tiré  du  Preffoir ,  qpe  l’on  met 
dans  de  grandes  chaudières,  avec  une  quantité  fuffifàntc  d’eau ,  &  lors  que  le 
tout  eft  tondu,  on  la  paffe  par  une  toile  &  on  la  met  au  preffoir  pour  cti  faire 
fortir  toute  la  cire;  cette  cireeftantcoulée,  repofécêc  encore  chaude,  on  en  doit 
retirer  l’écume  ou  mouffe  qui  fe  rencontre  deffus,  avec  unq  tuile,  ou  un  mor¬ 
ceau  de  bois  moüillé;  cette  cire  écumée  &  refroidie, fera  retiré  des  vaiffeaux, 
où  elle  aura  efté  jettéepour  mettre  en  painj  &  enfuite  s’il  s’y  rencontre  du  pied 
comme  il  n’arrive  que  trop  fouvent ,  on  l’ôtera  avec  un  couteau  ou  autre  inf 
trumenc  de  fer  fait  exprès:  avant  que  de  mettre  la  cire  chaude  dans  les  moul- 


Huilic  ou  bcu- 
ic  de  cire. 


Mare  de  mou- 
cIks. 


Piopolis. 


54  Hiftoire  generale 

les  foie  de  bois,  de  cuivre,  ou  autre  me'cail,  on  les  frottera  de  miel  ou  d’huil- 
le  d'olive  ,  ou  de  noix,  ou  avec  de  l’eau  pour  empêcher  que  la  cire  ne  tienne 
au  vailTeau.  Quelques  uns  pour  mieux  purifier  la  cire  le  fervent  du  vitriol  romain 
ou  autres  coupcrolcs;  mais  pour  mon  particulier,  le  meilleur  fecret  que  jayepù 
trouver  c’ell  de  la  bien  fondre  &  .purifier. 

Ce  que  nous  appelions  cire  ,  ell  à  proprement  parler  ce  qui  contient  le 
miel  dans  les  ruches,  &  ce  qui  relie  dclTus  les  clayes  &  dans  les  lacs,  apres 
que  I  on  en  a  tiré  le  miel,  comme  j’ay  déjà  dit. 

La  Pologne,  la  Barbarie  ,  la  Bretagne,  la  Campagne,  &  autres  endroits  de 
la  France  nous  fournillènt  quantité  de  cire  jaune,  &  de  quelque  endroit  quelle 
vienne,  pourveu  quelle  foit  de  la  bonne  qualité,  &  qu’elle  ne  foit  point  addi¬ 
tionnée,  il  n’importe  ^  quoy  que  les  cires  de  Dantzic  ,  de  Bretagne,  &  de 
Champagne ,  palïent  pour  les  meilleures.  On  doit  choifir  la  cire  jaune  haute 
€11  couleur,  dune  bonne  odeur ,  facile  à  calTer  ,  quelle  n’adhere  point  aux 
dents,  &  prendre  garde  qu’elle  ne  foit  pas  chargée  de  pied,  c’ellà  dire,  qu’elle 
foit  bien  purifiée,  que  le  defibus  foit  comme  le  defius ,  ôc  prendre  garde  aulfi 
fur  tout  quand  ceft  des  gros  pains,  comme  eft  celle  de  Dantzic,  qu’il  n’y  ait 
de  l’eau,  des  pierres,  ou  de  la  terre  da#s  le  milieu,  enfin  qu’elle  foit  naturelle, 
&  nofrmêlangée  derefinc,  galipot  ,  ou  poix  grafie ,  ny  colorée  avec  le  terra  mérita, 
•ou  roucou. 

L’ufage  de  la  cire  jaune  eft  pour  faire  plufieuts  ouvrages  ,  comme  cierges , 
bougies,  &  autres  ouvrages  de  cire.  La  Cire  jaune  eft  d’un  grand ufage  dans 
la  médecine,  car  elle  fert  pour  donner  du  corps  aux  unguents&erapâtres;  elle 
a  aufti  quelque  ufage  chez  quantité  d’ouvriers  qui  s’en  fervent  pour  plufieurs 
chofes,  dont  ils  ont  befoin  ;  on  s’en  fêrr  aufti  pour  fceller  les  parchemins  qui 
porte  Privilèges  &  autres  chofes  femblablcs.  Quelques  uns  veulent  que  la  cire 
jaune  n’ait  aucun  qualité  en  médecine. 

On  tire  de  la  cire  jaune  par  le  moyen  d’une  cornue  de  verre, ou  de  terre, 
&  du  bol,  ou  autres  terres  infipides  ,  ou  de  la  cendre  de  bois  de  Chefnc,une 
,  huille  blanche , cpaifle,  toute  femblable  à  du  beurre,  c’eft  pourquoy  oii  luy  a 
donné  le  nom  de  beurre  de  eire, lequel  doit  cftre  blanc  &  d'une  odeur  de  cire; 
de  ce  beurre  de  cire  en  y  incorporant  de  la  poudre  de  bol,  ou  de  la  chaux  en 
poudre,  par  le  moyen  d’une  cornue  de  verre  mile  fur  un  feu  de  fable,  on  en  re¬ 
tire  une  huillc  claire  &  blanche  comme  de  l’eau,  &  d’une  odeur  aftez  agréable. 
Le  heure  &  l’huillc  de  cire  font  beaucoup  eftimez  pour  la  gucrifon  des  enge¬ 
lures,  lur  tout  de  celles  qui  font  crevées, &  autres  maladies  dépareillé  nature. 

Ce  qui  refte  dans  les  facs  de  toile ,  apres  que  la  cire  en  a  efté  preftée  ,  qui 
n’cft  que  des  mortuaires  de  mouches  &  autres  ordures, eft  fort  employé  parles 
Marefehaux,  qui  eft  ce  que  nous  appelions  marc  de  mouches. . 

Il  fe  rencontre  encore  dans  les  ruches  une  efpecç  de  cire  rouge,  à  qui  quel¬ 
ques  uns  ont  donné  le  nom  de  cire  vierge,ou  de  propolis  qui  eft  cettecire  dont 
les  abeilles  fe  fervent  pour  maftiquer  &  boucher  les  fentes  ou  trous  de  leurs 
ruches,  de  peur  que  l’air  n’y  encre, ainfi  plus  il  y  aura  de  fentes  ou  de  trous  à 
une  ruche  &  plus  il  y  aura  de  Propolis. 

L’ufàge  du  propolis  eftoit  autrefois  aftez  grand,  mais  pour  le  prefent  on  ne 
fçait  prelque  plus  .ce  que  ceft,  quoy  que  ce  foit  un  fort  bon  remede  pour  gué¬ 
rir  les  maladies  des  nerfs. 


55 


des  Drogues  J  Livre  Premier. 

De  la  Cire  blanche. 

La  Cire  blanche  ell:  de  la  cire  jaune  fondue  &  par  le  moyen  de  la  fon¬ 
te  &  de  l’eau  cit  réduite  en  grain  ou  en  petite  parcelle,  &  enfuite  étendue 
lur  des  toilles  plantées  fur  des  piquets  &  cxpofce  à  l’air  nuit  &  jour  du  depuis  le 
mois  d’Avril  jufqu’à  la  fin  d’O^obre.  Il  efl:  à  remarquer  que  lors  que  cette  cire  DmsicLjn- 
a  efté  deux  ou  trois  jours  fur  les  toilles, on  la  refond  jufqu’à  trois  &  à  quatre  fois,  df'^mcîuc  'u 
fuivantle  beau-temps  &  la  quantité  dergfée&la  force  du  Soleilj  eftant  bien  blan- 
che,  on  la  refond  dans  de  grandes  chaudières  ,  &  enfuite  par  le  moyen  d’un 
vaifleau  de  fèr  blanc  fait  exprès  ;  on  l’écoule^  c’ell  à  dire,  on  la  verfe  fur  une  «  forme  de 
table  où  il  y  aplufieurs  trous  en  rond  de  la  figure  des  petits  pains  de  cire  blan-  qu"iscxpJe« 
che,  dans  lelquels  on  a  pafie  auparavant  de  l’eau  fraîche,  pour  empêcher  que  "jf paCpcrl 
la  cire  n’adherre  au  bois,  &  enfuite  efl  mifc  fur  les  toilles  pendant  deux  jours 
&  deux  nuits ,  pour  la  rendre  plus  tranfparantc  &  la  faire  fecher.  qu’elle  tic  fon- 

La  meilleure  cire  &  la  plus  propre  a  blanchir  efl:  la  cire  jaune  de  Bretagne, 
laquelle  lorsqu’elle  efl:  bien  blanche ,  comme  efl:  ordinairement  celle  de  Châ-  o'^iduSoicii, 
teau-  Gontier, ville  à  huit  lieues  d’Angers,  qulefi  &  qui  pafie  pour  le  meilleur 
blanchiment  de  France,  doit  cfire  blanche,  claire  ,tranlparante  ,  en  pains  épais 
&  qu’efianccafiee  fous  les  dents  n’aye  aucun  mauvais  goulî  &  n’adherc  nullement 
fous  les  dents,  comme  n’efianc  mélangée  d’aucune  chofe  &  toujours  pure. 

C’efl:  avec  cette  belle  cire  que  nous  faifons  les  beaux  ouvrages  de  cire  blan. 
che  ,  comme  cierges  ,  bougies,  flambeaux,  figures  ,  &  autres  ou  v<*ges  de  cire: 
après  la  cire  de  Château  Gontier,  la  féconde  eft  celle  d’Angers,  la  troifiéme 
celle  du  Mans,  la  quatrième  celle  d’HoIlaude qui  nous  vient  ordinairement  dans 
des  grandes  caifies  de  quatre  à  cinq  cens,&  la  première  forte, eft  ce  que  nous  appt  I-  KÆccue'b.în' 

Ions  cire  royale  d’HollandCjla  cinquième  cfi  celle  d’Amboife,lafixiémeeft  celle  de 

Chaumont  proche  de  Troyes,  enfin  la  feptiéme  &  la  pire  efl  celle  de  Roiien, 
à  caufe  de  la  force  addition  de  luif  qu’ils  mettent  dedans  la  cire  blanche  &  t  fl:  plus 
eu  moins  bonne  ,  fuivanc  le  peu  de  fuif ,  Bouc ,  Chevre  ou  Mouton  qu’ils  y 
mettent,  &  il  n’y  a  fort  peu  d endroits  où  l’on  ne  fafie  de  plufieurs  forces  de 
cire  blanche  à  la  referve  de  TAnjou,  c’efl:  lefujet  pour  lequel  elle  eft  plus  cbere 
&  plus  eftimée  pour  les  beaux  ouvrages. 

Outre  que  Ion  doit  eftre  curieux  d’avoir  de  belle  cire,  on  doit  prendre  garde 
que  les  cierges  &  bougies  de  table  foient  faites  avec  du  cotton,  les  bougies  filées 
foit  en  baril, ou  en  rond  avec  du  fil  de  Guibray  j  la  bougie  de  Venife,  avec  du 
...fil  de  Cologne  ou  de  Guibray  bien  fin,  &  la  bougie  à  lampe  avec  du  cotton  ; 
car  celle  qui  efl:  faire  avec  du  fil  s’étaint  &  ne  dure  que  fort  peu  allumée.  Les 
Flambeaux  foit  blancs  ou  jaunes  doivent  eftre  à  collets  blancs,  cflâns  plus  pro¬ 
pres  &  plus  de  vente  i  nous  faifons  de  plus  de  la  bougie  en  billot  ou  à  bougier 
dont  fe  fervent  les  Tailleurs  pour  bougier  leurs  écofFes. 

Outre  toutes  les  differentes  préparations  de  la  cire  blanche,  nous  la  faifons 
fondre,  &  enfuite  par  le  moyen  de  Tean  fraîche,  d’une  écumoire,  ou  d’une  poi¬ 
gnée  de  verge,  Q.n  la  réduit  en  petit  grain  qui  efl:  ce  que  nous  appelions  Cire 
grenéc,  dont  la  plus  belle  &  la  pins  blanche  efl:  celle  d’Anjou  ;  il  en  vient  du  .  ^ 
Languedoc  ,  mais  elle  n’cfl:  pas  fi  belle,  ny  fi  bonne,  en  ce  qu’au fli-tôc  qu’elle 
efl  fondue,  elle  devient  jaune.  Cette  cire  n’a  autre  ufage  que  pour  faire  des  pom¬ 
mades  &  pour  adoucir  le  tein  des  Dames ,  en  y  incof  poranc  dp  blanc  de  Baleine, 
du  Borax,  du  Talc  de  Venifè,  Vautres  femblabjes. 


5<r  Hiftoire  generale 

La  plus  grande  partie  de  la  cire  grenee  que  nous  vendons  à  Paris ,  y  eft  aire 
car  le  peu  d’ufage  qu  elle  a,  ne  mérité  pas  den  faire  venir. 

Delà  Cire  molle  ^  rouge  ^  verte. 

La  Cire  molle  rouge  eft  de  la  Cire  blanche  fondue  avec  de  la  Terebentine 
lavee,  &  enfuite  eft  rougie  avec  du  V ermillon  ,  ou  de  l’Orcanetcc .  Cette  Cire 
pour  eftre  de  la  belle  qualitée,  doit  eftre  en  bonne  confiftance,.&  d’un  beau 
rouge  &proprement  faite.  Son  ufage  eft  pour  les  Commiftaires,  pour  ap- 
pofer  les  fcellcz. 

La  Cire  verte,  eft  de  la  même  compofitionj  la  différence  qu’il  y  a,c’eft  que 
l’on  la  verdi  avec  le  Ver  de  gris.  Son  ufàge  eft  pour  guérir  les  corps  des  pieds, 
&  pour  la  campagne  qui  s’en  fervent  aufli  bien  que  de  la  rouge  ,  pour  verdir 
les  bouts  des  cierges  ou  flambeaux. 

Cire  à  "orner.  Nous  faifons  de  plus  de  la  cire  à  gommer  les  coutils,  qui  eft  de  la  cire  blan¬ 
che,  ou  jaune  fondue  avec  de  la  terebentine,  ou  de  la  poix  grafl’e  ,  &  enfuite 
eft  mife  en  petits  pains ,  par  le  moyen  des  moules  de  fer  blanc  en  forme  de  gobe¬ 
lets.  Cette  cire  eft  en  ufage  par  les  Tapiflîers. 

Nous  vendons  encore  quantité  d'autres  ouvrages.de  cire,  comme  figures,  fruits 
&  autres ,  de  toutes  couleurs,  &le  tout  eft  plus  ou  moins  beau  &bon,  fuivant 
que  le  Cirier  fçait  travailler  &  eft  honnefte  homme. 

•  De  la  Cire  noire  des  Indes. 

En  plufîeurs  endroits  des  Indes  tant  Orientales,  qu’Occidentalcs,  il  s’y  trouve 
de  petites  Abeilles  qui  font  leurs  ruches  dans  le  creux  de  certains  arbres, 
dont  la  figure  eft  reprefentee  cy-  devant.  Ces  Abeilles  font  leur  miel  dans  de 
petits  vaiffeaux  de  cire  noire ,  qui  font  de  la  groffeur  &  figure  des  oeufs  de  Pi¬ 
geons,  ce  miel  eft  très  agréable  &  d’une  couleur  d’Ambre:  Les  Indiens  fe  fer¬ 
vent  de  cette  cire  pour  faire  des  Cierges,  &  pour  recueillir  de  l’arbre  le  baume 
furnommé  de  To/wj  ainfi  que  je  l’ay  marqué  cy-devant. 

Qi^lques  Auteurs  dilent  qu’il  y  a  un  animal  qui  eft  femblable  à  un  chat 
qui  eft  noir,  que  les  Indiens  appellent  Heirat ,  ou  Bête  k  miel^  qui  le  plus  fou- 
vent  monte  deffus  ces  arbres  &  mange  tout  le  miel,  ôc  ce  qui  eft  plus  furpre- 
nant,c’eft  que  cette  animal  tire  les  rayons  du  miel  avec  la  patte,  &  ne  fait 
aucun  mal  aux  mouches,  &  les  mouches  ne  luy  en  font  point  aufli,  parce  quelles 
n  ont  point  d’eguillon  comme  les  nôtres. 

Cette  Cire  eftoit  autrefois  fort  en  ufage  en  Efpagne  &  quelque  peu  en  Fran¬ 
ce,  mais  à  prefènt  on  ne  fçait  plus  ce  que  c’eft,eftant  une  des  plus  rares  dro« 
gués  que  nous  ayons. 


CHAP.  XXVII. 


des  Drogues ,  Livre  Premier. 


CHAPITRE  XXVI. 

De  { Ambre  ms. 

O 

L’Ambre  gris  eft  la  marchandife  la  plus  precieufe  &  la  plus  chere  que  nous 
ayons  en  France,  &  la  drogue  la  moins  connue,  &  donr  la  nature,  &  l’o- 
rigine  eft  la  plus  conteftée,car  ii  je  rapportois  ce  que  tous  les  Auteurs  en  ont 
écrit ,  j’aurois  aftez  de  cette  matière  pour  faire.  üh;.v.olume  entier  :  mais  pour 
ne  blâmer  perfbnne,&  ne  point  repeter  ce  qué-q^iShtité  d’Auceurs  en  ont  écrit  j 
je  diray  que  l’Ambre  gris  que  nous  faifons  venir  de  plufteurs  endroits,  mais  prin¬ 
cipalement  de  Lilbonne,  n’eft  autre  chofe  qu’un  amas  des  rayons  de  mouches 
qui  tombent  de  deftlis  les  rochers  dans  la  mer,  ou  qui  font  arrachez  par  les  va¬ 
gues  de  la  mer,  foit  par  la  violence  des  vents,  ou  autrement:  Ces  rayons  de 
cire  remplis  de  miel  eftans  dans  la  mer,  foit  par  une  propriété  de  l’eau  ma¬ 
rine,  ou  par  la  venu  |des  rayons  du  Soleil,  font  rendus  liquides  &  flortans  fur 
l’eau  ,  comme  il  s’en  rencontre  aftez  fouvent. 

Quantité  de  perlonnes  feront  furprifès  de  ce  que  j'avance,  que  l’Ambre  gris 
dont  la  nature  a  efté  jufqu’à  prefent  fi  peu  connue,  ne  loit  que  de  la  cire,  ce 
que  je  ne  ferois  pas ,  fi  un  de  mes  amis  ne  m’avoit  afturé  en  avoir  veu  tin  mor¬ 
ceau  qui  eftoit  moitié  Ambre,  &  moitié  Çirej  &  pour  confirmer  mon  dire, 

M.  de  Monconys  Lieutenant  general  de;LyQiXr,'à  la  page  71.  de  les  voyages, af 
furc  qu’il  a  appris  en  Angleterre  que  l’Ambre  gris  eftoit  la  cire  &  le  miel  que 
les  Abeilles  font  contre  les  grands  rochers  qu’i^ya  au  bord  delà  mer  des  Indes  j 
ces  ruches  cuites  par  le  Soleil,  fe  détachent  &  tombent  dans  la  mer,  qui  par 
fon  agitation,  achève  de  les  perfeiftionner,  &  qu’ainfi  ayant  rompu  une  grofte 
piece  d’Ambre  qui  ne  devoir  pas  encore  eftre  arrivée  à  fa  perfeélion,  on  y  avoit 
trouvé  dans  le  milieu  de  fa  fubftancejlc  rayon  de  cire  &  de  miel  tout  enfem- 
blei&  pour  une  plus  ample  confirmation,  quand  on  fait  la  diftolution  de  l’Am¬ 
bre  gris  avec  de  refprit  de  vin  pafte  fur  le  tartre ,  il  refte  à  la  fin  une  matière  tou¬ 
te  femblable  au  miel. 

Et  pour  faire  voir  que  l’Ambrc-gris  ne  peut  eftre  que  de  la  cire,  parla  gref¬ 
fe  quantité  qu  il  s  en  trouve  quelquefois,  non  pas  des  morceaux  de  trois  cens 
livres,  comme  quelques-uns  l’ont  écrit  ,  mais  de  trente  à  quarante  livres;  je 
rapporteray  ce  qu’en  dit  M.  Tavernier,  à  la  page  313.  de  fon  fécond  Tome, ce 
qui  fuit  : 

On  ne  fçait  pas  trop  bien  comment  il  fe  forme,  ny  où  ü  f^  forme;  mais  il 
y  a  bien'de  l’apparence  que  ce  ne  peut  eftre  que  dans  les  mers  d'Orient,  bien  <c 
qu’on  en  ayt  quelquefois  trouvé  fur  les  coftes  d’Angleterre  &  autres  de  nôtre  ce 
Europe.  La  plus  grande  quantité  s’en  trouve  à  la  cofte  de  Melinde,  principa- 1.- 
lement  vers  les  embouchures  des  rivières,  ôc  fur  tout  à  l’embouchure  de  celle  cc 
qui  s'appelle  Hio  di  Sem.  Quand  le  Gouverneur  de  Mozembique  revint  à  Goa  ce 
au  bout  de  trois  ans  que  le  temps  de  fon  gouvernement  eft  fini ,  il  apporte  d’or- 
dinaire  avec  luy,  environ  pour  trois  cens  mille  Pardos  d’ambre- gris.  H  s’en  c,  lePardo^cft 
trouve  quelquefois  des  morceaux  d’une  srofteur  &  d’un  poix  confiderable.  L’an 

.  O  -.j  II  '  ,  —  “W  “nôrre  muiiKovc 

162.7,  vailleau  Portugais  partant  de  Goa  pour  les  Manilles ,  apres  qu  il  eue 
pafte  le  détroit  de'Malacca  fe  trouva  engagé  dans  une  tempefte  qui  dura  plu  » 
fîeurs  jours  &  plufieurs  nuits;  le  ciel  eftant  toujours  couvert, &  ellant  impof  cc 
fible  au  pilote  de' prendre  les  hauteurs.  Cependant  le  ris  ôc  autres  vivres  venant  «c 
II.  Partie,  H 


58  Hiftoirc  generale 

”  à  manquer,  ils  mirent  en  deliberation  s’ils  jetteroient  dans  la  mer  desNegres 
’’  qui  eltojcnc  dans  le  Vaifleau  pour  conferver  les  vivres  pour  les  hommes  blancs  , 
Ôi  ils  eltoientfur  le  point  dcl  exccuter  lors  qu’un  matin  le  Soleil  fe  montrant  leur 
découvrit  une  111e  dont  ils  eftoient  alTez  proches,  &  où  ils  ne  purent  pourtant 
aller  moiiiller  que  le  lendemain,  la  mer  eftanc  haute  &  le  vent  leur  eftanc 
”  peu  favorable.  Il  y  avoic  dans  le  vaifleau  un  François  nommé  Marin  Renaud, 
”  natif  d’Orléans  &  fon  frere ,  lefquels  eftant  à  terre  trouvèrent  une  riviere&  fu- 
”  rent  lè  baigner  avec  deux  Caporaux  Portugais  &  un  Sergent  à  rcmbouchurc  de 
cette  rivière.  Un  des  Caporaux  en  ce  baignant  apperçût  dans  l’eau  un  gros 
’’  morceau  qui  flotoit  prés  du  bord,  &  qu’il  prit  en  s  en  approchant  pour  quelque 
”  morceau  de  pierre  fpongieufe,  qu’il  laifla  là  làns  autre  reflexion,  de  meme  que 
’’  les  quatre  autres  qui  furent  aufli  le  voir  &  le  manier  fans  pouvoir  connoîtrece 
”  que  c’efloir.  Ertans  de  retour  au  vaifleau  ce  même  Caporal  fongea  la  nuit  à  ce 
morceau  dont  il  n’avoic  pas  bien  pû  reconnoître  la  nature, &  ayant  oüy  parler 
de  l’ambre  gris  femit  dans  iefprit  que  s’en  pouvoir  eftre,  en  quoy  il  ne  fetrom  - 
**  poit  pas.  Le  lendemain  fans  en  rien  dire  à  fes  camarades,  il  prend  un  fac,  fc 
fait  mettre  à  terre,  &  allant  à  la  rivière  comme  s’il  eut  voulu  encore  fe  baigner, 
trouve  le  morceau  d’ambre  gris,  &  l’emporte  fecrctement  au  vaifleau  où  il  le 
met  dans  fon  coffre,  il  ne  put  s'empêcher  de  communiquer  la  chofe  dés  le  hoir 
”  même  à  Marin  Renaud,  qui  ne  voulut  pas  croire  d’abord  que  ce  morceau  fût 
un  morceau  d’ambre- gris  -,  mais  qui  l’ayanc  bien  confideré  crut  à  la  fin  que  le 
Caporal  ne  fe  trompoic  pas.  Celuy-  cy  à  tout  hazard  offrit  le  morceau  à  Marin 
’’  pour  deux  pains  d’or  de  la  Chine  ,  &  le  pain  d'or  eft  fix  cens  livres  de  nôtre 
monnoye;  mais  Marin  s’opiniâtrant  à  n’en  vouloir  donner  qu’un  ,  l’autre  tint 
**  bon  de  fon  côté  &c  garda  le  morceau  dans  fon  coffre.  Peu  de  jours  après,  foie 
que  le  dépit  de  n’avoir  pu  avoir  le  morceau  d’ambre  gris  pour  ce  qu’il  en  avoic 
”  offert  eut  fait  parler  Marin,  foit  que  la  chofe  eut  efté  découverte  par  d’autres 
’’  voyeî ,  le  bruit  s’étant  répandu  dans  le  vaifleau  que  le  Caporal  avoic  un  mor- 
ceau  confidcrable  d’ambre  gris  dans  fon  coffre ,  &  qu’il  l’avoit  fortuitement 
”  trouvé  fur  le  rivage  de  cette  ifle  où  les  Portugais  eftoienc  à  l’ancre,  les  mace- 
*’  lots  &  les  foldats  voulurent  aufli  en  avoir  leur  part.  Marin  Renaud  par  une  pe- 
”  tite  vengeance  pouflbic  à  la  roue  &  leur  faifoit  leur  leçon.  Ils  dirent  au  Capo- 
”  ral  qu’eltans  tous  camarades  &  courans  tous  les  mêmes  dangers  ,  il  eftoic  jufte 
qu'ils  euflenc  tous  parc  aux  mêmes  biens  que  la  fortune  leur  offroic  en  com- 
**  mun ,  puifqu’il  n’efloit  pas  le  feul  à  qui  elle  eut  fait  découvrir  ce  morceau  d'ani- 
bre-gris ,  qui  dévoie  par  confequent  eftre  partagé  à  tout  le  vaifTeau.  Le  Caporal 
”  fe  défendit  de  fon  côté  le  mieux  qu’il  luy  fut  poflible,  &  comme  il  s’en  trouva 
”  quelques-uns  qui  tinrent  fon  parti  fous  l’efpcrance  d’avoir  meilleure  parc  au 
morceau  s’il  y  avoic  peu  de  precendans-,  cette  difputc  commençant  à  s’échauf- 
fer  donnoic  déjà  le  branle  à  une  fedition  que  le  Capitaine  du  vaifleau  feeut  in, 
”  continent  appaifer  par  fa  prudence.  Il  reprefenta  aux  matelots  &  aux  foldats 
**  que  ce  gros  morceau  d’ambre  gris  qu’il  fit  pefer  en  leur  prefcnce ,  &  qui  fc 
’’  trouva  de  trente-trois  livres,  eftanc  une  piece  rare  Sc  digne  d’eftre  prefèntee  au 
Roy,  c’eftoic  dommage  de  la  rompre  en  tant  de  petits  morceaux j  qu’ils  rrou- 
»  veroienc  bien  mieux  leur  conte  à  la  garder  jufqu’à  leur  retour  à  Goa,  où  la  pre- 
„  fentanc  au  Vice.roy  il  ne  manqueroie  pas.de  la  bien  payer,  &  que  de  cette  force 
„  ils  en  auroient  chacun  bien  davantage.  Cetc^  expédient  que  trouva  le  Capi- 
taine  fut  gencralemenr  approuvé,  ils  pourfuivirenc  leur  route  jufqu’aux  Manil- 
les,  ôc  à  leur  retour  à  Goa,, le  morceau  d’ambre  gris  fut  porté  au  Vicc-roy.  Le 
,,  Capitaine  luy  avoic  dit  auparavant  de  qu’eile  maniéré  la  chofe  s’eftoic  pafréc,&: 


des  Drugues, Livre  Premier. 


19 


ils  avoicnt  concerté  enfémblc  les  moyens  d’avoir  lambrc-gris  fans  qu’il  en  coû¬ 
tât  rien  au  Vice-roy.  Ceux  qui  le  luy  prcfcnrerenc  de  la  parc  des  marelocs  & 
des  foldats  en  furent  remerciez,  &  le  Vice-roy  leur  dit  qu’il  leur  fçavoic  bon 
grc  d'un  fi  beau  prefent  qu’il  envoyeroic  au  Roy,  qui  eftoic  alors  Philippe  IV. 
auquel  le  Portugal  efloic  encore  fournis.  Ainfî  cous  les  pretendans  au  morceau 
d’ainbre-gris  d'echeu  ent  de  leurs  efperances,  &  ny  du  Vice-roy  ,  ny  du  Roy 
même  à  qui  l’ambre-gris  fut  envoyé  ils  ne  reçurent  aucune  douceur. 

Je  diray  encore  un  mot  d’un  autre  morceau  d’ambre-gris  pefant  quarante- 
deux  livres.  L’an  1646.  ou  1647.  un  Zelandois  d’une  des  meilieures  familles  de 
Middelbourg,  lequel  commandoit  pour  la  compagnie  Hollandoife  dans  l’Ifle 
Maurice  qui  cft  à  l’Eif  de  celle  de  S.  Laurens ,  trouva  ce  morceau  hirlc  rivage 
&  l’envoya  à  la  Compagnie.  Comme  ces  gens-là  ont  toujours  des  ennemis , 
&  fe  trouvant  une  marque  au  morceau  comme  fi  l’on  en  eut  rompu  une  par¬ 
tie,  le  Commandeur  fut  aceufé  d’en  avoir  pris  la  moitié,  dequoy  il  fe  julfifia  à 
Batavie.  Mais  le  foupçon  eftant  toûjours  demeuré  dans  les  clprits  deplufieurs, 
ôc  le  Commandeur  voyant  qu’on  ne  luy  donnoit  point  d’autre  charge,  irretour- 
na  en  Zelande  en  l’an  1649.  fur  le  même  vaiffeau  où  j’eftois. 

Quoyqu’il  en  foit,on  doit  choifîr  l’Ambre  gris, à  qui  quelques-uns  ont  don¬ 
né  le  nom  de  Succin  Oriental, en  beaux  morceaux-  d’un  gris  au  delTus,  d’un 
gris  marqueté  de  petites  taches  noires  au  dedans,  d’une  odeur  douce,  fuave  & 
fort  agréable,  &  rejetter  celuy  qui  eft  molafle,  crafTeux,  moifi  au  deffus  &  au 
dedans  jCrouteux ,  rempli  de  becs  de  Perroquets  qui  s’y  font  mélangez  dans  le 
temps  de  leur  mu,ë,,&  que  l’Ambre  gris  cftoit  encore  liquide  ,  auili  bien  que 
d’autres  corps  étrangers  qui  ne  s’y  rencontrent  que  trop  lôuvent. 

L’ufage  de  l’Ambre  gris  ell  pour  les  Parfumeurs,  aufli  bien  que  pour  quantité 
d’autres  perfonnes  qui  s’en  fervent  à  caufe  de  Ion  odeur  agréable. 

L'Ambre  gris  a  au  (fi  quelque  ulage  en  medecine,  mais  à  caufe  que  fon  odeur 
eft  contraire  aux  femmes,  c’eft  le  lujer  pour  lequel  on  ne  s’en  fert  que  très 
peu. 

Comme  l’AmLre  gris  eft  une  marchandife  extrêmement  chere  ,  ceux  qui 
en  achèteront  une,  quantité  raifonnable  ,  prendront  garde  qu’il  n  y  ait  d’au¬ 
tres  drogues  mêlées  avec  ,  ou  qu’il  ne  foit  contrefait. 

BJfènce  d’ Ambre  ^is. 

ON  tire  de  l’Ambre  gris  par  Te  moyen  de  l’efprit  de  vin  &  du  mufe,  & 
d’un  peu  de  Civette,  une  ElTencc  fort  odorante,  donc  on  (e  (èrt  comme 
de  l’Ambre  gris, à  plufieurs  ufages,  principalement  les  Confifeurs,  Parfumeurs 
Ôc  autres. 

La  véritable  effence  d’Ambre  gris  doit  cftre  faite  de  bonne  Ambre  gris , 
celle  d’Hollande  &  de  Portugal  eft  plus  eftimée  que  celle  qui  fe  fait  en  France, 
en  ce  qu  elle  eft  plus  douce ,  à  caufe  de  la  petite  quantité  de  mufe  &  de  ci¬ 
vette  que  l’on  y  met,&:  qu’ainfielle  fent  moins  l’cfpric  de  vin. 

Outre  l’Ambre  gris,  nous  vendons  encore  une  autre  forte  d'Ambre  que 
nous  appelions  Ambre  blanc ,  lequel  n  a  autre  ufage  que  pour  les  perfonnes  de 
qualité,  qui  le  prennent  dans  des  bouillons,  pour  fe  réjouir  le  cccur  &  pour  réta¬ 
blir  la  chaleur  naturelle. 

Il  y  a  encore  une  troifiémeefpece  d’Ambre,  qui  eft  noir  &  tout  àfait  fembla- 
ble  au  Lahdaniim  liquide ,  a  qui  quelques-uns  ont  donné  le  nom  d  Ambre  renar¬ 
de  ,  parce  qu’ils  prétendent  que  cette  couleur  noire  luy  vient  d  avoir  féjourné 
IL  Partie.  H  ij 


Lefujet  pont 
lequel  il  fe  ren¬ 
contre  quelque¬ 
fois  deçà ns 
l’Ambre  des 
becs  lie  ^e^o- 
quets  ,  ceft  que 
CCS  O  y  féaux  en 
font  fort  anu- 
teuis. 


Amble  blan: 


Ambre  noir  ou 
rciuidé. 


6  O  Hiftoire  generale 

dans  l’cftomac  de  certains  poifTons  qui  l’ont  rejette  j  ce  que  je  ne  puis  afliirer  , 
ne  l’ayant  pas  vû. 

L’Ambre  noir  a  quelque  peu  d’ufage  chez  les  Parfumeurs ,  tant  à  caufe  de 
fon  agréable  odeur,  que  parce  qu’il  cft  à  beaucoup  meilleur  marche  que  l’Am¬ 
bre  gris.  Ces  trois  fortes  d’Ambrc  fe  trouvent  indifféremment  par  tous  les  ri¬ 
vages  de  la  mer,  mais  la  plus  grande  quantité  vient  de  l’Archipel, à  caufe  des 
tremblemens  de  terre,  à  quoy  cette  région  eft  fujette,qui  font  renverfer  tou¬ 
tes  les  ruches  qui  font  fur  les  rochers ,  aux  rivages  de  la  mer. 

Pour  employer  l’Ambre  gris,  le  Mufe,  &la  Civette, on  les  doit  bâtre  &  mê¬ 
ler  avec  tant  foie  peu  de  fucre  en  poudre. 


CHAPITRE  XXVII. 


De  la  Vipere, 


La  V I  p  e R  e  eft  une  efpece  de  Serpent  qui  fè  trouve  en  abondance  en 
plufieurs  endroits  de  la  France,  mais  principalement  dans  le  Poitou  d’oii 
nous  faifons  venir  prefque  toutes  les  Viperes  que  nous  vendons  à  Paris. 

Autant  que  ces  animaux  ont  cfté  en  horreur  à  tout  le  monde  le  temps  paC 
fé,  autant  font  ils  communs  prefentement ,  en  ce  qu’il  y  a  fort  peu  de  gens 
de  qualité  quin’en  ufent  comme  d’un  fort  bon  manger, &  d’un  remede  fpeci- 
fique  contre  plufieurs  fortes  de  maladies,  ainfi  que  l'on  le  pourra  voir  par  le 
livre  qu’en  a  compofé  M.  Charas,  qui  a  fait  toutes  les  remarques, &  a  dit  tout 
ce  qu’on  peut  dire  au  fujet  de  ces  animaux, où  le  leéteur  pourra  avoir  recours  j 
c’eft  pourquoy  que  je  me  contenteray  de  dire  que  l’on  doit  choifir  les  Viperes 
groftes,  bien  vives, &  nouvellement  prifes,  &  eftre  foigneux  de  les  mettre  dans 
des  lieux  temperez,  en  ce  que  le  grand  froid  &  la  grande  chaleur  leur  eft  fort 
contraire  ;  on  fera  aufli  foigneux  à  leur  arrivée  de  les  ôter  des  caiftes  ;  &  d’en 
ôter  les  mortes,  comme  ils  ne  s’en  rencontre  que  trop  fouvent,  &  les  mettre 


des  Drogues ,  Livre  Premier.  6x 

dans  un  tonneau  avec  du  fon ,  ou  de  la  moufle  ,  non  pas  pour  leur  fervir  de 
nourriture,  comme  quelques-uns  le  croyent,  en  ce  que  dés  que  ces  animaux 
font  pris  ,  ils  ne  mangent  plus ,  &  né  vivent  que  de  l’air  ,  &  cependant  ils 
peuvent  vivre  en  cet  état  pendant  fîx  mois  :  on  remarquera  auffi  de  ne  'les 
point  prendre  que  par  le  bouc  de  la  queue,  ou  pour  mieux  faire  avec  des  pin¬ 
cettes,  en  ce  que  cet  animal  fe  Tentant  prefîe,  mord  ce  qu’il  rencontre  ,  &  ; 
comme  la  morfure  en  eft  extrêmement  dangereufe  &  même  mortelle,  c’eft 
le  fujet  pour  lequel  l’on  s’en  donnera  de  garde  j  l’on  les  mettra  dans  des  lieux 
où  il  n’y  ait  que  ceux  qui  les  fçavenc  manier  qui  y  aillent,  prenant  garde  auffi 
que  ces  animaux  ne  forcent  du  vaiffeau  ou  on  les  aura  mis,  en  ce  que  fi  par 
malheur  ces  animaux  elloiént  épars  dans  une  maifoiij  outre  la  peine  que  l’on 
auroic  à  les  trouver,  l’on  coureroit  de  grands  rifques,  fur  tout  où  il  y  a  des  i 
enfans.  ' 

Nous  faifons  venir  de  Poitiers ,  quantité  de  Vipères  feclies  jlefquelles  pour 
eftre  de  la  qualité  requife,doivent  eüre  pefances, greffes,  longues,  bien  ftches 
&  les  plus  nouvelles  tuées,  qu’il  fera  pofïiblc  j  car  peu  de  temps  après  qu’elles 
font  tuées  les  vers  les  mangent  d’une  telle  maniéré  qu’il  n’y'rclfe  que  l’ar¬ 
rête  i  il  faut  eftre  foigneux  auffi  que  chaque  paquet  de  Vipères  qui  eft  ordi¬ 
nairement  d’une  douzaine,  foit  garni  de  leur  cœur  &;  de  leur  foye,eftant  la  par¬ 
tie  la  plus  noble  de  l’animal,  &  du  poid  de  trois  oiiccs  &  demie,  car  de  quatre 
onces,  il  s’en  rencontre  très  peu;  &  qu’il  n’y  aye  point  de  Viperes  mortes  d’elles 
mêmes:  ce  qui  fc  pourra  connoître  facilement,  parce  qu’elles  font  plus  noires. 

Quelques-uns  veulent  qu’il  y  en  ait  qui  vendent  des  couleuvres,  ou  des  af- 
pics  lecs,  pour  des  Viperes  j  mais  je  n’ofe  affurer  cela,  ne  l’ayant  jamais  vû  fai¬ 
re  à  Poitiers. 

Nous  faifons  venir  aufli  quantité  de  poudre  de  Viperes ,  mais  ceux  qui  en 
auront  befoin,  ne  s’attacheront  pas  au  bon  marché,  en  ce  qu’il  n’y  a  prefque  vip«c. 
point  de  drogue  plus  fujette  à  eftre  falcifîéc-,  ainfi  ils  doivent  l’acheter  d’honnê¬ 
tes  marchands,  ou  la  faire  eux  mêmes,  cela  eftant  fort  facile,  puif  que  ce  ne  font 
que  des  Viperes  feches,  garnies  de  leur  cœur  &  de  leur  foye,  réduites  en  pou¬ 
dre  &  paffées  par  un  tamis  de  fbye. 

Les  Viperes  feches, réduites  en  poudre,  fontappellées  de  quelques-uns  Bezoar 
animal,  en  ce  qu  ils  prétendent  que  cette  poudre,  fur  tout  quand  le  coeur  & 
le  foye  y  font  mêlez,  ait  autant  de  qualité  que  le  Bezoar  animal  donc  j’ay  par¬ 
lé  cy-devant. 

Nous  tirons  déplus  de  Poitiers  le  Sel  volatil  &  fixe  de  Viperes, la  graiffe  & 
l’huille  noire  tirée  par  la  cornue  ,  dont  les  vertus  fe  trouvent  décrites  les 
unes  après  -les  autres,  dans  le  livre  qu’en  a  fait  M.Charas. 

■  Le  moyen  d'empêcher  que  les  Viperes  feches,  cœurs  &foyes  entiers,  ou  en 
poudre,  ne  foienc  mangez  des  vers,  l’on  n’aura  qu’à  les  mettre  dans  des.vaifl 
féaux  bien  clos  avec  def  l’argent  vif ,  ou  de  l’abfmthe. 

Outre  toutes  ces  préparations  de  Viperes  mentionnées  cy-deffus,  nous  fai¬ 
fons  venir  d’Italie,  fur  tout  de  Padouç  ,ou  de  Montpellier  une  compofition 
faite  de  poudre  de  Vipere,ou  de  Vipere  bouillie  dans  de  l’eau  avec  de  l’Aneth 
&  par  le-  moyen  de  la  racine  de  Didamc  rdiuitc  en  poudre,  ou  de  la  mie  de 
•  pain,  de  l’huille  de  mufeade ,  ou  du  Baume  de  Judée,  ou  du  Pérou,  on  en. 
fait  des  tablettes  excrcmemenc  minces,  de  la ‘grandeur  d  une  pièce  de  trente  fols 
à  qui  l’on  a  donné  le  nom  de  Trochifqucs  ^oii  Pajî-illes  de  f^tperes  lerquelles  nous 
vendons  aux  Appoticàires, ou  autres  perfonnes  qui  veulent  compoler  la  Théria¬ 
que  eftant  un  des  principaux  ingrediens.  Ces Trochifques  pour  eftre  de  la  qua- 

H  iij 


Bezoar  animal 


Sel  five  &  vo- 
lïtii  Giaiirc& 
Huillc  de  Vi¬ 
père. 


T  rochifques  Je 
Vipere  de  Pi7 
doue  ou  de 
Montpellier. 


Paftilies  de  Vi¬ 
pere. 


Les  Trochil- 
accs  de  Vipère 
de  Padouü  Ibnt 
jiune  ,  &  ceux 
de  Moncpcllirt 
ioiu  noirs,  en  ce 
que  ceux  de  Pa- 
douë  l'ont  fait? 
avec  de  l’huillc 
de  mufeade ,  & 
ceux  de  Mont¬ 
pellier  avec  k 
Baume  du  Pc_ 
rou. 


62  Hiftoire  generale 

lice  requife , doivent  eflre  nouveaux  &  fidellemenc  faits,  &  ceux  qui  font  faits 
avec  la  racine  de  Didame  ,  doivent  elbe  préférez  à  ceux  qui  ont  elle  faits 
avec  de  la  mie  de  pain,  quoy  que  ce  ne  foie  pas  le  fentimenc  des  anciens. 


CHAPITRE  XX  VIII. 

De  la  Theriaque, 

La  Thériaque  eft  une  conapofition  de  drogues  choifies,  prepare'es,  pulve- 
rifées  &  réduites  en  opiat,  ou  éleduaire  liquide,  par  le  moyen  du  miel, 
comme  il  fe  verra  cy.  apres. 

La  Theriaque  a  tiré  fon  nom  de  la  Vipere,  que  les  Grecs  appellent  Therion , 
ou  Thjrwn^  &  a  elfe  compolée  par  Andromaque  le  pere,  natif  de  Candie,  & 
premier  Médecin  de  Néron. 

Les  Vénitiens  fe  font  acquis  depuis  quelques  fiecles,  la  réputation  decre 
les  leuls  qui  avoient  la  véritable  maniéré  de  préparer  la  Theriaque,  &  à  pre- 
fent  les  Appoticaires  de  Montpellier  en  préparent  une  fi  grande  quantité  que 
l’on  ne  voit  dans  Paris  autre  chofe  que  des  Barils  de  Theriaque,  qui  le  donne 
à  un  prix  fi  modique,  que  la  livre  de  miel  blanc  revient  à  davantage  que  cette 
prétendue  Theriaque  j  &  s’il  m’écoic  permis  de  publier  les  malverfations  qui  fe 
commettent  en  préparant  cet  Antidote,  je  fuis  leur  que  lesMagiftrats  ne  man- 
queroienc  pas  d'en  empêcher  bien- rôt  l’abus,  tant  à  l’égard  de  celle  quife  vend 
dans  les  Foires,  comme  à  Beaucaire,  à  la  Guibray ,  &  autres-, que  de  celle  que 
l’on  débite  à  Paris  à  feize  ou  dix- huit  fols  la  livre:  car  encore  bien  qu’elle  fe 
donne  à  fi  bas  prix  ,  ceux  qui  la  vendent  ne  lailTent  pas  d’y  faire  un  très  gros 
profit,  en  ce  que  ce  n'elt  que  du  miel  jaune  fondu,  dans  lequel  ils  ont  incorporé 
quantité  de  méchantes  racines  pourries,  gâtées,  vermoulues j  &  pour  le  mieux 
vendre,  on  couvre  les  pots  qui  font  de  fayance,d’un  papier  fur  lequel  font 
peintes  deux  Vipères  qui  forment  un  cercle  couronné  de  Fleurs  de  Lys  qui  enfer¬ 
me  ce  J  Theriaque  fine  de  f^eni/e  ,  quoy  quelle  foie  faite  à  Orléans  ,  ou  à 
Paris. 

A  l’égard  de  celle  de  Montpellier,  je  puis  alfurer,  pour  lavoir  faite  moy- 
même  plufîeurs  fois  à  Montpellier,  quelle ‘efi:  préparée  avec  toute  l’exaditu- 
de  poffiblej  mais  comme  cette  marchandife  doit  eftre  tranfportée  aux  Foires, 
ou  on  la  donne  à  huit  &  dix  fols  la  livre  ,celuy  qui  l’a  compofée  voyant  qu’elle 
luy  revient  à  trente  huit  &  quarante  fols  la  livre,  fans  y  comprendre  quanti¬ 
té  de  petits  frais,  &  le  grand  temps  qu’il  faut  pour  parfaire  cet  ouvrage,  ne  man¬ 
que  pas  de  la  furcharger  d’une  grande  quantité  de  miel  cuit ,  &  ainfi  ceux  qui 
croyent  avoic  fix  livres  de  Theriaque  n’en  ont  qu’une  ;  &  ces  fabriqueurs  de 
Theriaque  font  appeliez  des  honnêtes  Appoticaires,  moutardiers, ou  marchands 
de  moutarde,  par  dérifion. 

Pour  ce  qui  cfl  de  la  Theriaque  de  Venife  je  n’en  puis  r^en  dire  ,  pour  ne 
pas  fçavoir  pofîtivement  de  quelle  maniéré  elle  fort  de  leurs  mains  -,  mais  pour  ne 
point  s'expofèr  à  y  efire  trompé.,  on  pourra  fe  fervir  de  la  Theriaque  que  phi- 
fîeurs  perfonnes  d’honneur  ont  compofée  à  Paris,  avec  fuccés ,  comme  Mef-^ 
fleurs  Charas  pere, Geoffroy,  Joffon,  Boulduc  &  Rouviere  ,àqui  j’en  ay  veu  pré¬ 
parer  avec  tous  les  foins  imaginables.  Je  puis  auflî  affurer  avec  vérité,  en  avoir 
fait  au  mois  de  Mars  1688.  une  quantité  confiderable,  fans  aucun  fübflituc  ôc 
avec  les  plus  belles  drogues  &  les  mieux  choifies  que  l’on  puifie  jamais  voir. 


des  Drogues^  Livre  Premier.  53 

&  de  plus  c’eft  qu’elles  avoient  efte  deftine'cs  pour  un  chef  d’ccuvre  j  mais  corn- 
mc  nous  ne  fommes  pas  immortels, &  afin  que  ceux  qui  en  vendent,  en  puiflent 
connoître  la  véritable  compofition,  &  la  faire  eux  même  dans  les  règles  pour 
obvier  aux  abus,  ils  en  trouveront  cy-aprés  la  véritable  dirpenfation,  ce  que  je 
naurois  pas  fait  fî  les  Auteurs  &M.  Charas  qui  a  fait  un  petit  Traité  particu¬ 
lier  delà  Theriaque,  eut  mis  le  nom  des  drogues  en  Françoisjcelivreapour  titre 
Hifloire  naturelle  des  minimaux  ^  des  Plantes,  e's*  des  Minéraux  qui  entre  dans  lacompo- 
fition  de  ta  Theriaque  d  Andromaque. 


THERIAQUE  D’ANDROMAQUE 
le  Pere. 

Renez  Trochifques  de  Scilles  6  onces 

Trochifqucs  de  Viperes,  de  Hedychroy,  Poivre  long.  Opium  préparé j  de 
chacun  ....  .  .  .  .  •  3  onces 

Rofes  rouges,  Iris  de  Florence,  Suc  de  Reglifie ,  Semence  de  Naveau  fau- 
vage.  Baume  de  Judée,  Canellc  fine^  Agaric  -,  de  chacun  .  i  once  &  demie. 

Mirrhe  trayée,  Coftus  Arabie,  Safran  du  Gatinois,  Cafiia  lignea ,  Nard  in- 
dic,  Fleur  dcSchænanchc,  Oliban en  larmes.  Poivre  blanc  &  noir ,  DuSiame de 
Candie,  Boutons  de  Muruble  blanc ,  Rhapontic  de  Levant ,  Srœcas  Arabie ,  Se¬ 
mence  de  Perfil  de  Macedoine,Calamentede Montagne,  Terebentine  de  Chio, 
Racine  de  Qmnte-feüille,  Gingembre;  de  chacun  .  .  6  gros. 

Polium  Montanum,  Chamæpitis,  Storax  en  larmes, Mehon  Athamantique, 
Àmomum  Racemofum  ,  Valerienne ,  Nard  Celtique  ,  Terre  Sigclée,  Chamæ- 
dris  Folium  indum  ,  Calcifte  naturelle, Racine  de  Gcntianne ,  Semence  d’Anis, 
Suc  d’Hipochifte,  Carpobalfamum ,  Gomme  Arabie ,  Semence  de  Fenoüil ,  Pe¬ 
tite  Cardamome,  Sefely  de  Marfeille,  Thlafpi,  Aipmi,  Fleurs  de  Millepertuis, 
Acatia  Vera,  Gomme  Séraphin  en  larmes  i  de  chacun  .  .  .  gi’os. 

Rognons  de  Caftor  de  Dantzic,  Ariftoloche  tenuis,  Daucus  de  Candie,  Bi¬ 
tume  de  Judée,  Fleur  de  petite  Centaure,  Opopanax  en  larme,  Galbanum  en 
larme  i  de  chacun  .  •  zgros 

Miel  de  Narbonne,  trois  fois  autant  pefant  que  de  poudre* 

♦Vin  d’Efpagnc,  autant  quil  en  faut. 


64  Hiftoire  generale 

DES  TROCHISQUES  DE  SCILLES. 

Il  onces 
•8  onces 


Ulpe  de  Scilles 
Farine  d’Orobe 


DES  TROCHISQUES  DE  VIPERES. 


CHair  de  Vipere  cuite  dans  de  l’eau,  avec  de  l’Aneth,  &  du  Sel,&  monde 
de  fes  arrêtes  i  de  chacun  .....  8  onces 

Mie  de  Pain  feche ,  &  tamife  ,  .  i  .  .  z  onces  &  demie 

Où  lüivanc  M.  Charas,avec  de  la  racine  de  Diâiame,  au  lieu  de  mie  de  pain. 


DES  TROCHISQUES  DHEDYCROY- 


P  Renez  Marum  ,  Petite  Marjolaine ,  Azarum ,  Afpalatum ,  de  cha¬ 
cun  .  ...  .  .  .  ...  2  dragmes 

Schænante,  Calamus ,  Aromaticus , Grande  Vâlerienne,XiIobahàmum , Opo- 
ballamum,  Canelle,  Coft us  Arabicus;  de  chacun  .  .  .  5  dragmes 

Mirrhe  irayée.  Folium  Indum,  Safran  de  Gatinois,  Nard  indic,  Caffia  lig- 
neaj  de  chacun  .  .  .  •  •  .  .  .  6  dragmes 

Amomum  Racemofum  ,  .  .  1  once  &  demi 

Maftic  en  larme  .  \  .  .  .  .  .  une  dragme 

Vin  d’Efpagne  ce  qu’il  en  faut  ,  pour  en  former  une  pâte. 

La  maniéré  de  préparer  ces  trois  fortes  de  Trochifques,  fc  trouvera  de'- 
critc  dans  tous  les  Difpenlâires ,  comme  dans  la  Pharmacopée  de  Paris ,  de  Ban¬ 
derons  ,  de  Charas ,  &  autres. 


des  Drogues ,  Livre  Premier.  dj 


THERIAQUE  REFORMEE 
de  Monfieur  d'Aquin. 

Renez  de  Viperes  feches ,  le  cœur  &  lefoyc,  .  .  Z4  onces 

Trochifques  de  Scillc,  Extraie  d’Opium J  de  chacun  .  .  12,  onces 

Racines  de  Concra-yerva,  de  Vipérine  virginienne,  d’Angelique,  de  grande  Va* 
lerianc,  de  Mehon  AtharaantiCj  de  Gentiane,  d’Ariftoloche  léger,  de  Coftus , 
de  Nard  indique,  &  de  Nard  celtique,  Cinnamomc,ou  Canelle,  Huille  de 
mufeade  tire'c  par  exprelTion,  Safran  ,  Didamede  Crete,  Feüille  d’Inde  ,  Scor- 
dium,  Calamenthe  de  montagne,  Polium  de  montagne  à  fleurs  jaunes,  Chamæ- 
pytis,  Fleurs  de  petite  Centaurée  &  de  Milpertuis,  Fleurs  de  Stœchas  arabique, 
grains  d’Amomum  en  grape,  &  de  petite  Cardamome  ;  Semence  de  Perfll  de 
Macedoine, d’Ameos,  de  Scfely  de  Marfeille,&  Myrrhe  traiéc ,  de  chacun  8  onces. 

Refine  de  Storax,  Opopanax  en  larmes,  Sagapenum  en  larmes ,  ôc  Caflor 
mondé,  de  chacun  .  ...  ...  4  onces 

Extrait  Mellagineux  de  grains  de  Genevre  .  .  .  yz  livres. 

Vin  de  Malvoifie,une  livre  &  demie, poids  de  Medecine. 

Qiielque  bien  receue qu’ait  eftélaTheriaqued’Andromache  depuis plufieurs fié- 
<îlcs,&  qu’elle  le  foit  encore  aujourd’huy  de  quelques-uns, le  nombre  excelfif  de  fes 
ingrediens  &  le  peu  de  vertu  de  plufieurs  d’entr’eux,  ayant  porté  Monfieur 
d’Aquin  premier  Médecin  de  Sa  Majefté  à  en  ôter  le  fuperflu  &  à  y  ajouter 
ce  qui  pouvoir  y  manquer  j  j’ay  crû  devoir  ajouter  ici  la  delcription  qu’il  luy 
plût  en  donner  à  M.  Charâs  pour  l’inférer  dans  fa  Pharmacopée  Royale  Gale- 
nique. 

A  l’égard  des  proprietezde  la  Theriaque,  je  nem‘y  arrefle  point,  parce  qu’il 
y  a  plufieurs  Auteurs  qui  en  traitent,  &que  l’on  ne  voit  autre  chofe  à  Paris  que 
des  imprimez  qui  viennent  de  Vcnife,ou  de  Montpellier,  qui  en  expliquent 
rufage,&;  qu’il  y  a  même  des  Apoticaires  qui  en  débitant  leur  Theriaque  don¬ 
nent  de  ces  imprimez. 

L’on  trouve  dans  plufieurs  difpenfaires  une  troifiéme  Theriaque  furnommée 
Diatejferon  y  à  eau fe  qu’elle  cft  compoféc  de  quatre  drogues  j  qui  font  la  Gentia- 
ne ^  1‘ Arijioloche  ronde ,  tes  Bayes  de  Laurier,  cy-  la  Mirrhe^ie  tout  réduit  en  poudre 
&  enfuite  par  le  moyen  du  miel  blanc  &.de  l’extrait  de  Genevre, on  en  compo- 
fe  un  Opiat,  ou  Eleduaire  liquide. 

Cette  Theriaque  quoy  que  peu  compofée  &  de  peu  de  valeur  ne  laifle  pas 
d’avoir  de  bonnes  qualitcz,  &  cfl:  fort  propre  pour  toutes  fortes  de  befliaux. 
Quelques  perfonnes  luy  ont  donné  le  furnom  de  Theriafic  des  Pauvres,  ondes 
allemands. 

Avec  la  Theriaque  que  nous  faifons  venir  de  Montpellier,  on  nous  envoyé 
une  eau  furnommée  à  caufe  que  la  Theriaque  en  efl:  la  bafe,&:  quel¬ 

le  a  quelque  chofe  d’approchant  de  fes  vertus ,  qui  mérité  qu’on  foit  exad  à 
ne  la  prendre  que  de  perfonnes  fideles  &  entendues,  telqu’eftoit  le  fieur  Pele-- 
rin  perc,  autrefois  mon  maître,  &  Maître  Apoticaire  à  Montpellier,  dont  les 
rcmedes  eftoient  préparez  avec  autant  de  perfedion  que  de  fidelité  ;  &  ils 
eftoient  fi  renommez  que  pour  marque  de  leur  perfedion,  c  eftoit  aflez  de  dire 
qu’ils  eftoient  faits  à  la  Pelerine. 


Tlieriaque 

Diaccdeion. 


Theriaque 
des  Pauvres,  ou 
des  Allemands. 


II.  Partie. 


I 


66 


Hiftoire  generael 

Eau  Theriacale  de  Montpellier  ;  de  Bauderon, 

JP  Renez  Theriaque  fine  ...  ...  5  onces 

Racines  de  Tormencille,  d’Angelique,  de  Scorfonnere,dc  Didame  de  Can¬ 
die  &  Saflafras ,  de  chacun . .  .  %  onces 

Bol  de  Levant  .  ....  .  .  i  once 

Graines  ou  Bayes  de  Genevre,  Pépins  de  Citron  mondez,  Semence  de  Chardon 
bénit,  d'Ozeille ,  de  Pourpie',  de  chacun  .  ...  demi-once 

Betoinc,  Soucy,  MelifTc,  Scordium,  Bourache  &  Bugloze  ,  de  chacun  une 
poignée. 

Canelle  fine  &  Malïis ,  de  chacun  *  .  .  2  dragmes 

Vinaigre  rofat,  fait  de  vin  blanc  .  ,  .  2  livres 

Jus  de  Citron  &  Verjus,  de  chacun  ...  .  6  onces 

On  doit  choifir  &  préparer  toutes  les  drogues  ainfi  que  Tcnfeignc  la  Phar¬ 
macopée  de  Bauderon,  à  la  page  756.  &  en  tirer  par  l’Alambic  de  verre,  une 
eau  claire,  d’une  odeur  forte  ,de  Theriaque  qui  peut  avoir  fes  vertus-,  mais  de¬ 
puis  que  le  fieur  Pelerin,  dont  j’ay  parlé  cy  -  deflus  ,  eut  confiderc  le  peu  de 
difpofition  qu’avoit  le  Vinaigre,  le  Suc  de  Citron  &  le  Verjus,  à  dilToudre 
faire  monter  avec  eux  la  vertu  des  aromats  dans  la  diftillation,  il  renonça  volon. 
tier  à  cette  recette,  pour  fuivre  celle  que  M.  Charas  a  donné  dans  fa  Pharma¬ 
copée,  page  1030.  qui  luy  parut  beaucoup  plus  railonnable,  &  qui  le  fit  refou-.' 
dre  à  n’employer  l’ancienne,  que  pour  le  Vinaigre  Theriacal. 

Eau  Theriacale  de  M.  Charas. 

JP  Renez  racines  de  Gentiane,  d’ Angélique,  d’Imperatoire,  de  Valériane,  & 
de  Contra'Yerva ,  de  chacun  .  .  .  .  .  2  onces 

D’Ecorces  de  Citron  &  d’O  range  non  confites ,  mais  feches ,  Canelle  fine ,  Gi¬ 
rofle  &  bayes  de  Genevre,  de  chacun  .  .  .  .  I  once 

De  Scordium  fleuri,  de  Rue  &  de  Millepertuis,  de  chacun  une  poignée. 
Efprit  de  Vin, Eau  de  Noix,&  de  Chardon  bénit,  de  chacun  2  livres 
Theriaque  fine  ....  ....  4  onces 

De  tous  ces  ingrediens  préparez  ainfi  que  l’enfcigne  le  meme  Auteur,  & 
par  le  moyen  d’un  Alambic  de  verre,  on  tire  une  Eau  plus  odorante,  plus  ef¬ 
ficace  ,  &  mieux  en  état  de  fe  conferver,  c^ue  ne  peut  cftrc  la  première. 

On  s’en  fert  fort  à  propos  pour  refifter  a  toutes  fortes  de  venins.  La  dozeefi: 
depuis  un  gros  jufqu’à  quatre,  dans  une  liqueur  convenable.  On  la  donne 
aulTi  quelquefois  feule  en  bien  petite  quantité. 

M.  Charas  dit  qu’il  y  en  a  qui  font  une  Eau  Theriacale  en  diflbluant  de  la 
Theriaque,  dans  parties  égales  d’Efprit  de  Vin  &  de  Vinaigre  diftillé. 

On  pourroit  aufli  fe  contenter  de  la  diflbudre  dans  de  l’Efprit  de  vin,  fur 
tout  pour  l’exterkur,  pour  avoir  fur  le  champ  une  bonne  Eau  Theriacale  ,  ou 
vùaisre  Je  ^  diflbudtc  dans  du  fort  Vinaigre  ,  pour  avoir  un  Vinaigre  Theriacal,  pro- 
ihctucai.  ^  contre  le  mauvais  air ,  &  à  s’en  frotter  les  poignets  &  les  mains, les 
temples  ôc  les  narines. 


des  Drogues  ^  Livre  Premier.  67 

Outre  l’Eau  Theriacalcj  au  commencement  que  l’Orvietan  de  Rome  eftoie 
connu  en  France,  nous  en  faifions  venir  de  Rome  &de  quelques  autres  endroits 
d’Italie, comme  d’Orviette,d’oùeft  venu  Idn nom,  mais  depuis  que  lefieur  Con- 
tugi  eft  venu  à  Paris,  &  que  fous  pretexte  d’une  pcrmifïion  de  Sa  Majefté  ,  il  a 
prétendu  s’entendre  le  maître;  les  Droguiftes  avoient  abandonné  ce  commerce, 
loit  par  une  terreur  panique,  ou  parce  que’ le  débit  n’en  eltoit  pas  grand;  mais 
enfuite  ils  ont  reconnu  que  quand  Sa  Majefté  a  donné  le  Privilège  au  fieur  Con  tugi 
de  vendre  &  débiter  l’Orvietan  à  Paris,  elle  n’a  pas  entendu  en  exclure  les  Mar¬ 
chands  Epiciers  d’en  faire  venir,  ny  même  les  Apoticaircs  de  Paris  d’en  faire, 
comme  ilacfté  jugé  par  Arreft  j  pour  ne  pas  priver  la  France  d’un  remede  fi  au¬ 
thentique  &  fi  necelTairc  au  public  :  eftant  certain  d’ailleurs  que  nonobftant 
toutes  les  précautions  que  le  fieur  Contugi  ait  jamais  pris  à  difpenfer  cet  anti¬ 
dote,  il  n’a  jamais  pu  le  faire  comme  en  Italie,  en  ce  que  les  ingrediens  qui 
font  en  grand  nombre  n’ont  pas  les  mêmes  proprietez  en  France  que  dans  l’I¬ 
talie,  comme  eftant  un  pays  chaud,  oii  les  hmplesont  beaucoup  plus  de  vertu. 
Enfin  le  fieur  Contugi  &  la  femme  eftaiis  morts,  je  m’étois  propofé  d’en  don¬ 
ner  au  public  la  véritable  defeription,  aufli  bien  que  de  quantité  d’autres  rece- 
tes  que  j’ay  acquifes  dans  les  difterens  endroits  où  j’ay  eftéjmais  le  vol  qui  m’a 
efté  fait  d’une  bonne  partie  de  mes  papiers  &  mémoires,  dont  le  Procez  eft  à  la 
Cour,  a  retardé  mon  entreprife  &  m’a  jette  dans  une  cxcellive  dépenfe  que  je 
luis  obligé  de  faire  pour  l’impreftion  de  ce  livre,  après  la  dépenfe  confiderable 
que  j’ay  faite  pendant  pluf  de  feize  à  dix-fept  années,  pour  acquérir  une  con- 
noiftance  particulière  des  drogues  les  plus  rares,  &  faire  toutes  les  expériences 
poflibles  en  cette  matière,  par  rapport  à  ma  profeflion,&au  deflein de c-ct  Ou¬ 
vrage. 


ORVIETAN. 

P  Renez  racines  d’Efeorfonaire ,  de  Carline ,  d’Imperatoire ,  d’Angelique  de 
Boëme,  de  Bitume,  d’Ariftoloche  leger,  de  Contra- Yerva,  de  Didamc 
blanc ,  de  Galanga ,  de  Gentiane ,  de  petit  Coftus  arabique  ,  vray  Acore ,  femen- 
ce  de  Perfil  de  Macédoine ,  Feüilles  de  Sauge ,  de  Romarin ,  de  Galega ,  de  Char¬ 
don  bénit, de  Didtame  de  Candic,Baye  de  Lauric,de  Gencvre,de  chacun  une  once. 

Canelle ,  Giroffle,  de  chacun  ...  .  .  .  demi  once 

Vipères  feches  garnies  de  leur  cœur  &  de  leur  foye.  Thériaque  vieille,  4  onces 
Miel  blanc  écume,  huit  livres,  poids  de  Mcdecine  qui  eft  de  douze  onces 
chaque  livre,  c’eft  à  dire  ,  fix  livres  poids  de  marc,  ou  de  marchand  pour  ne  pas 
faire  comme  quelques  Apoticaires ,  qui  faute  d’y  penfer  ,lou  de  le  fçavoir  j  ou 
fi  je  l’ofe  dire,  peut  eftre  par  avarice,  ne  fe fervent  que  de  la  livre  demarchand, 
ou  de  marc,  &  de  cette  maniéré  augmentent  de  vingt-cinq  pour  cent,  toutes  les 
compofitions  qu’ils  font. 


I  ij 


IL  Partie, 


68 


Hiftoîre  generale 


CHAPITRE  XX IX. 
Du  Stinc  Marin. 


Stûic  cy^arttv 


1E  Stinc  Marin  eft  un  animal  amphibie  ,  aflcz  approchant  de  la  figu- 
d’un  petit  Lézard.  Cet  animal  a  environ  demi  pied  de  long  &  un 
pouce  de  diamètre,  ayant  le  mufeau  pointu ,  couvert  d’écaillcs,&  deux  petits 
yeux  penetrans,  avec  une  gueule  fendue  jufqu  a  l’endroit  ou  feroicntles  oreilles, 
fi  cet  animal  en  avoitj  il  a  quantité  de  petites  dents  blanches  &:  rouges:  cette 
bête  fe  foûtient  fur  quatre  pieds  d'environ  un  pouce  de  hauteur,  qui  reffemblent 
fort  à  ceux  d’un  finge  -,  elle  çft  couverte  de  petites  écailles  rondes ,  diffe¬ 
rentes  de  celles  de  la  tête,  qui  font  longues  &  larges ,  elles  font  d’un  gris,  bordé 
de  brun  fur  le  dos,  hc  d’un  gris  argenté  fous  le  ventre,  &  le  corps  de  cet  ani¬ 
mal  va  toujours  en  diminuant  jufqu’au  bout  de  la  queue,  comme  la  Vipère. 

On  trouve  quantité  de  ces  petits Stincs  dans  le  Nil  en  Egypte,  d’où  ils  nous 
font  apportez  par  Marfeillc,  àlarcfcrvc  des  entrailles,  &  du  petit  bout  de  la 
queuc- 

On  les  choifîra  gros,  longs,  larges,  pefans,  fecs,  entiers,  &  lés  moins  man¬ 
gez  de  vers  qu’il  fe  pourra,  à  quoy  ils  font  fujets.  .  .f 

On  les  eftimc  propres  pour  réchauffer  les  vieillards,  &  font  un  des  ingrediens 
du  Mitridat. 

Le  R.  R  du  Tertre  dit  qu’il  a  veu  non  feulement  dans  la  Guadeloupe,  mais 
encore  dans  les  autres  lües,  de  véritables  Stincs,  tout  femblablcs  à  ceux  qu’on 
nous  apporte  de  l’Egypte.  C’efl  une  forte  de  Lézard,  que  les  habitans  de  la 
Guadeloupe  appellent  Maboüya,  &dans  quelques  autres  Iflcs  Brochet  de  terre, 
je  ne  fçay  pour  quelle  railon;je  crois  pourtant  que  c’eft  plutôt  broche  de  ter¬ 
re  que  l’on  a  voulu  dire,  parce  que  cet  animal  efl  prcfque  toujours  dans  la  ter¬ 
re  j  ôc  que  lors  qu’on  luy  a  coupé  les  pieds ,  il  femblc  que  ce  foit  une  broche  , 


des  Drogues,  Livre  Premier. 

&  ïion  pas  un  brochet,  comme  a  voulu  dire  le  fieur  de  Rochefort ,  qui  pour 
s’accommoder  au  nom  qu’on  a  donné  à  cet  animal,  écrit  avecautam  de  hardielîc 
que  de  faufleté  qu’il  a  la  figure  entière,  la  peau,  &  la  hure  de  nos  brochets. 
Ces  Stincs  font  plus  charnus  que  les  autres*  Lézards,  ont  la  queue  plus  grofle, 
&  les  jambes  ou  pattes  fi  courtes,  qu’ils  rampent  contre  terre:  toute  leur  peau 
cfl  couverte  d’une  infinité  de  petites  écailles,  comme  celle  des  Couleuvres ,  mais 
d’une  couleur  jaune,  argentée  &  luifànte  comme  s’ils  avoienteftégraiflcz  d  ouil¬ 
le:  leur  chair  eft  bonne  contre  les  venins  6c  les  blefiures  des  flèches  empoifon- 
nées,  pourveu  que  l’on  en  ufe  modérément,  car  ils  déflcchent  plus  les  humeurs 
que  les  autres  Lézards. 


DU  MIT  RI  DAT. 


P  Renez  Mirrhechoifie,  Safran  de  Gatinois,  Agaric  blanc,  Gingembre  Canelle 
fine, Nard  lndic,Oliban,  &  fcraenccdeThlarpi;  de  chacun  lo  gros 


Sefeli  de  Marfeille  ,  Baume  de  Judée,  Schænanre  ,  Stæchas  Arabique, 
Coftus  Arabique,  Galbanum,Therebentine,  Poivre  long,  Caftor,  Suc  d’hipo- 
chiftis,Storax  en  larmes, O poponax, &  Feüiiles  d’Inde: de  chacun  une  once 

Caflîa  lignea  ,  PoliumMontanum,  Poivre  blanc, Scordium  de  Candie,  Dau- 
cus  de  Crète,  Fruit  de  Baume,  Trochifques  de  Ciphi ,  &  Bdælium  j  de  cha¬ 
cun  ....  .  .  .  .  .  .7  gros 

Nard  Celtique,  Gomme  Arabique,  Vermiculée, Perfil  de  Macedoine, Opium, 
petite  Cardamome,  Fenoüil ,  Gentiane,  Rofes  rouges  ,&  Didame  de  Candie; 
de  chacun  ........  j  gios 

AnisjAcore  vray.  Arum,  petite  Valériane,  &  Gomme  Serapin  ;  de  cha¬ 
cun  .  .  .  .....  .  .  5  gros 

Mehon  Athamantique,  Acatia  vray  &  Stinc  Marin  ,  Semence  de  Mille¬ 
pertuis  ;  de  chacun  .  .  ....  Z  gros  &  demi 

Vin  d’Efpagne,  quantité  fuflîfànte. 

Miel  de  Narbonne,  neuf  livres,  huit  onces,  deux  gros. 


DES  TROCHISC^UES  DE  CIPHI- 

RAifins  gras,  Therebcntinc  ,  Mirrhc  choific,  Schænante,  Canelle  fine  , 
Calamus  Aromaticus,  Bdælium,  Spienard , Caflia  lignea,  Souchet  Bayes 
de  Genevre,  Afpalath ,  Safran  du  Gatinois,  Miel  de  Narbonne,  Vind’Efpagne. 

Là  maniéré  de  compofer  le  Mitridat  ne  diffère  en  rien  de  celle  de  la  Thé¬ 
riaque  ;  c’eft  ce  qui  fait  que  je  n’en  parleray  pas  plus  au  long,  finon  que  je  di- 
ray  que  la  plufpart  de  ceux  qui  vendent  la  Thériaque  commune,  la  nomment 
Mitridat,  &  la  vendent  fous  ce  nom,  difànt  que  cette  compofition  coûte  beau¬ 
coup  moins  que  la  Theriaque,  ce  qui  n’eft  pas  vray,&  Us  fervent  de  ce  pré¬ 
texté  pour  couvrir  leur  friponnerie. 

A  l’égard  des  Trochifques  de  Ciphi ,  les  Pharmacopées  de  Bauderon  &  de 
Charas  enfeignent  la  maniéré  de  les  préparer. 


LEs  Vers  a  Soyi  font  de  petits  infedes  dont  l’origine  eft  tout  à  fait  fur- 
prenante,  aufli  bien  que  les  diverfes  figures  &  les  divers  changemens 
qui  arrivent  à  ce  petit  animal  ;  divers  Auteurs  en  ont  parlé ,  &  entr’autres 
M.  lihar  dans  un  petit  traité  qu’il  a  fait  des  Vers  à  foyc  ,  en  rapporte  la 
nailTancejà  la  page  deux  cens  cinquante-quatre  en  ces  termes:  Au  temps  que  les 
,,  feüillcs  du  meurier  font  preftes  à  cueillir,  qui  peut  eftre  quinze  jours  apres 
,,  leur  boutonnement*  au  commencement  du  Printemps  j  on  prend  une  Vache 
J,  laquelle  eft  prête  à  faire  fon  Veau,  on  la  nourrit  tout  de  feuilles  de  Meurier, 
5, fans  luy  donner  aucune  autre  mangeaillc,  ny  herbe,  ny  foin  ,  ny  paille,  ny 
„  grain,  jufqua  ce  qu’elle  aye  fait  fon  Veau,  &  on  continue  encore  huit  jours  de 
„  même  j  après  lefquels  on  fait  manger  au  Veau  &  à  la  Vache  aufii  des  mê- 
„mcs  fcüilles  de  meurier  pendant  quelques  jours,  encore  fans  aucun  mêlan- 
„  ge  des  alimens  cy-deiTus;  on  tue  ce  Veau  apres  eftre  ralTafié  de  feüillcs  de 
J, meurier  &  du  lait  de  la  Vache, on  le  hache  par  morceaux  ,  jufqu a  la  corne 
„  des  pieds,  &  fans  rien  ôter  on  met  tout  cnfcmblc,  la  chair,  le  làng,  les  os, 
„  la  peau ,  les  Inteftins ,  tout  pêle  mêle  ,  dans  un  auge  de  bois  ,  fur  le  haut 
JJ  d’une  maifon, dans  un  grenier  ou  autre  part,  jufqu’à  ce  que  la  pourriture  s’y 


des  Di'ogueSj  Livre  Premier.  71 

i,  mette;  Et  de  cette  corruption  fortcnt  de  petits  vers,  Icfquels  on  amafle 
5,  avec  des  feuilles  de  meurier,  pour  les  élever  enfuicede  la  même  maniéré  que 
3,  ceux  qui  o.nt  efté  formez  de  graine:  Ce  qu’il  y  a  de  plus  aux  Vers  à  (oye 
J,  qui  font  formez  de  la  chair  de  Veau,c’eft  qu’ils  font  incomparablement  plus 
„  fruélifîans  que  ceux  de  graine;  c’efl:  pourquoy  ceux  qui  en  font  un  grostra- 
J,  fie,  ne  manquent  pas  tous  les  dix  ou  douze  ans  d'en  faire  naître  de  cette 
3,  maniéré. 

Il  y  a  tant  de  particularitez  &  de  fujedion  à  gouverner  ôc  à  élever  ces  pe¬ 
tit^  animaux  qu’il  feroit  ennuyeux  de  s’arrêter  à  vouloir  décrire  ce  feul  article: 

Outre  que  cela  ne  regarde  aucunement  mon  négoce;  &que  M.  Ifnard  en  ayant 
fait  un  livre  entier,  ceux  qui  defireront  en  Içavoir  davantage  pourront  y  avoir 
recours. 

Ces  petits  animaux  nous  fourniffent  une  marchandife  fi  precieufe  qu’il  n’y 
avoit  autrefois  que  les  perfonnes  de  la  première  qualité  qui  en  eftoient  ha¬ 
billez.  Il  y  ade  plufieurs  coulcursde  foye, comme  delà  blanche, de  la  jaune, & 
autres;  Ces  differentes  foyes  fe  trouvent  fur  de  petits  coucons  de  la  groffeur 
&  figure  d’un  oeuf  de  Pigeon;  &  par  le  moyen  de  l’eau  chaude  &  de  certains 
dévidoirs  on  la  file  &  enfuite  avec  diverfes  drogues  on  la  teint, &  on  luy  don¬ 
ne  telle  couleur  qu’on  veut. 

Je  ne  m’arrêteraÿ  point  à  vouloir  décrire  toutes  les  differentes  foyes  que  nous 
faifons  venir  de  plufieurs  endroits,  me  contentant  feulement  de  dire  que  celle 
qui  eft  uficée  en  Médecine  eft  la  naturelle,  c’eft  çl  dire  ,  en  coucons  ,  ou  qui  a 
efté  filée  naturellement  &  fans  avoir  paflé  à  l’eau  chaude,  à  qui  les  anciens  SoyeGrcfre.oû 
ont  donné  le  nom  de  fbye  crue,  fbye  grege,  ou  en  mataffe.  emaaufle. 

Cette  foye,  après  avoir  efté  réduite  en  poudre,  ce  qui  n’eft  pas  fort  facile  , 
entre  dans  plufieurs  compofitions, comme  dans  la Confedlion  d’alkermes , celle 
d’Hyacinthe,  &  autres.  On  fe  fert  aufîi  de  *la  foye  teinte  en  écarhitre  ,  pour 
faire  prendre  aux  femmes  groffes  qui  font  tombéds,  au  heu  de  graine  d’écarîat- 
te.  Quelques  Auteurs  veulent  que  la  foye  ait  la  faculté  .^e  réjoiiir  le  coeur,  for¬ 
tifier  les  dprits,  &  de  purger  le  fang. 

Ceux  qui  emploieront  les  coucons  de  foye,  auront  foin  avant  que  de  les  ré¬ 
duites  en  poudre  ,  de  les  couper  en  deux  &  d’en  tirer  le  ver  qui  eft  dedans, 
quelquefois  entier  &  quelquefois  en  pourriture,  avec  la  première  peau  qui  l’en¬ 
veloppe  ,  eftant  incapable  d'entrer  dans  le  corps  humain  ;  &  ceux  qui  défire- 
ront  encore  mieux  faire,  ne  fè  ferviront  que  de  la  foye  filée,  parce  que  le  refte 
n’efl:  que  de  la  bourre  &  du  parchemin.  On  peut  réduire  la  foye  en  poudre,  en 
la  coupant  extrêmement  menue ,  en  forte  qu’elle  puiffe  pafTer  par  un  tamis  ;  car 
vouloir  s'amufer  à  labattfe,c’efl:une  chofe  bien  iono-ue,&  d’ailleurs  il  s’en  éva¬ 
pore  la  moitié. 

Pour  ce  qui  eft:  de  Confedion - d’alkermes ,  &  d’Hyacinthe,  la  foye  cramoi- 
fie  doit  eftre  préférée  à  toute  autre,  quoyque  prefque  tous  les  Auteurs  deman¬ 
dent  de  la  foye  crue,  qui  eft  celle  qui  eft  blanche  ou  d’une  couleur  dorée,  & 
qui  n’a  foufert  aucune  teinture. 

Il  y  a  quantité  d’autres  reptiles  que  nous  vendons;  comme  les  Sangfuës  sang$üis. 
qui  fe  trouvent  dans  les  foffez  deGentilli  prêt  de  Paris,  &  dont  les  Chirurgiens 
fe  fervent  pour  appliquer  fur  diverfes  parties  du  corps,  principalement  fur  celles 
où  les  ventoufes  ne  peuvent  tenir.  Il  y  a  plufieurs  fortes  de  Sangfuës  ;  les  meil¬ 
leures  font  les  petites ,  qui  ont  une  petite  tête  ,  le  ventre  rougeâtre  ,  &  le  dos 
vert  rayé,  de  couleur  d’or ,  lefquelles  fe  trouvent  dans  les  eaux  claires  Secouran¬ 
tes;  ôc  l’on  doit  rejetter  celles  qui  font  venimeufes,  qui  ont  une  grofte  tête  de 


Sri  vo^ï'i\tc  & 
!'  iilic  Je  Cia- 
P- 

Craj^udinc, 


Sel  . 

&  puJtc  de 


Hiiüle  deScor- 

i  i  >ij,  timjilt  & 

cuii'{)oiec. 


72  Hiftoire  generale 

couleur  verte ,  c[ui  reluifent  comme  des  vers  ardens ,  qui  font  rayées  de  bleu  & 
qui  ont  cfté  trouvées  dans  des  eaux  bourbeulcs -,  car  au  lieu  de  ioulager  le  ma-- 
laJe,  ils  luy  caufent  des  inflammations, des  apoftumes ,  des  fièvres  ,& des  ulcé¬ 
rés  malins,  qui  font  quelquefois  incurables. 

Pour  conferver  les  Sangfuës,  il  les  faut  tenir  dans  de  l'eau  ,  en  la  renouvel- 
knt  de  temps  en  temps;  quelques-uns  y  ajoutent  du  fable  &  de  la  terre. 

Nous  vendons  encore  la  poudre,  le  ftl  volatil ,  &  l'huille  de  Crapau  ,  aufli- 
bien  que  la  pierre  qui  fe  trouve  dans  la  tête  des  gros  &  des  vieux,  à  qui  on  a 
donné  le  nom  deCrapaudine,  &  à  qui  les  anciens  ont  attribué  de  grandes  pro- 
pnetez,  principalement  M.  Charas  qui  en  traite  fort  amplement  dans  fa  Phar¬ 
macopée  Chimique,  page  794.  où  ceux  qui  defireront  en  fçavoir  davantage, 
pourront  avoir  recours. 

Quelques-uns  mettent  la  crapaudine,  ou  pierre  decrapeau,  aurang  des  pier¬ 
res  préciw^ufes,  tant  à  caufe  qu’elle  eft  rare  à  trouver, que  parce  quelle  efl douée 
de  très  grandes  vertus ,  étant  propre  pour  refifler  à  toutes  fortes  de  venins.  La 
plus  c filmées  efl  celle  qui  efl  de  couleur  blanche,  quoyque  celle  qui  fe  ren¬ 
contre  d’autre  couleur,  ne  foit  guère  moins  remplie  de  vertu.  On  fupofe  à  la 
place  de  la  Crapaudine  une  petite  Pierre  ronde,  ou  longue  qui  fe  trouve  en  plu- 
fieurs  endroits  de  l’Europe  &  même  en  France,  comme  il  le  verra  cy-aprés. 

Nous  vendons  de  plus  le  fel  volatil ,  l’huille  ,  &  la  poudre  de  Cloportes  à 
qui  M.  Charas  attribue  encore  de  grandes  proprietez,  aufli-bien  qu’au  fel  vola¬ 
til  de  Cantharides,  de  vers  de  terre,  &  fourmis,  ainfi  qu’on  le  peut  voir  dans 
fa  Pharmacopée  Chimique;  comme  aufli  les  huilles  de  Scorpion  fimples,ou 
compofées,  que  nous  faifons  venir  de  Provence  &  de  Languedoc,  &  que  nous 
pouvons  établir  à  meilleur  marché  que  celles  que  les  Apoticaires  font  à 
Pari»,&  qui  fans  contredit  font  beaucoup  meilleures ,  parce  que  les  Scorpions 
font  bien  plus  frequens  dans  ces  Provinces,  &  que  les  fimplcs  dont  celle  de 
Mathioleell  compoléc,  ont  beaucoup  plus  de  vertu  à  caufe  que  le  pays  efl  plus 
chaud,  La  première  efl  celle  qui  efl  appellce  huillc  de  Scorpion  fimple,  en  ce 
qu’elle  n’cfl  compofée  que  de  Scorpion  &  d’huille  d’amandes  ameres.  La  fécon¬ 
dé  ell  1  huille  de  Scorpion  compofée,  furnommée  de  Mathiolc.  Voicy  le  nom 
des  drogues  donc  cette  dernierc  efl  compofée  ;  fçavoir  ,  de  Scorpions  ,  d’huille 
d  Olive  vieille ,  de  fleurs, fcüilles  &  graine  de  Millepertuis,  de  Chamadrys,  de 
Catameniede  montagne,  de  Chardon  benit,de  Scordium  ,de  petite  Centaurée, 
dcVervene,de  Diélame  de  Candie, de Zedoare,  de  Diélame  blanc,  de  Gentia¬ 
ne,  de  Tormcntille,  d’Arifloloche  ronde,  de  Storax  en  larmes,  de  Benjoin,  de 
Baye  de  Genevre,  de  Nigelle  romaine,  de  Canelle  fine,  de  Jonc  odorant,  de 
Süuchet,  de  Santal  blanc,  de  Rubarbe,  de  Mirrhe,  d’Aloes,  de  Nard  indique, 
de  Safran,  de  Theriaque,  de  Micridat,&:  de  Vin  blanc  ;  ôc  du  tout  enfemblc 
on  en  compofe  une  huille,  en  fuivant  les  dofes,  ainfi  que  Mathiole  l’enleigne 
dans  fon  fixiéme  livre  des  Venins  ,  ou  dans  la  Pharmacopée  de  Bauderon,  ou 
de  Charas,  où  ceux  qui  defireront  d’en  faire,  pourront  avoir  recours. 

Cette  Huille  efl  une  des  difficiles  compofitions  qu’il  y  ait  dans  la  Pharmacie 
à  caufe  des  differentes  reprifes  qu’on  met  à  la  faire,  &  la  difficulté  qu’il  y  a  de 
pouvoir  faire  venir  des  Scorpions  vivans ,  de  la  Provence, ou  du  Languedoc; 
ce  qui  efl:  caufe  que  celle  qui  fe  fait  à  Paris,  comme  j’ay  déjà  dit  ,  revient  à 
bien  plus  cher  que  celle  que  nous  faifons  venir  de  Montpellier ,  &  des  autres 
endroits. 

L’Huille  de  Scorpion,  fur  tout  la  compofée  ,  efl  doüée  de  très  grandes 
proprietez , ainfi  que  le  marque  M.  Charas  dans  fa  Pharmacopée, page  457.  qui 
efi  celuy  qui  l’a  mieux  décrite,  &  avec  moins  d’embarras. 


des  Drogues ,  Livre  Premier, 


CHAPITRE  XXXI, 


De  la  Baleine, 


La  Baleine  eft  le  plus  gros  de  tous  les  poiffons ,  qui  erouverîs 
dans  Ja  mer  du  nord  >  puifqu’il  s’eft  veu  à  Paris  en  iCjS.  Je  fquelettc 
d’une  Baleiné  donc  le  crâne  croit  defeifeà  dix- fept  pieds  ,  pefanequatre  mil  (ix 
cens  livres  les  mâchoires,  dedix  pieds  d’ouverture,  &  quatorze  pieds  de  longueur, 
pefant  chacune  onze  cens  livres;  les  nageoires  qui  reflembJoient  a  des  mains ,  de 
douze  pieds  de  long ,  pefant  chacune  fix  -  cens  livres  j  les  cotes  de  douze  pieds  & 
demy  ,  pefant  chacune  quatre-vingts  livres  j  les  noeuds  de  l’échine  depuis  la  tête 
jufqu’au  bouc  de  la  queue  de  quarante- cinq  pieds  de  long,  les  premiers  nœuds 
I  /.  Partie.  K 


74  Hifloire  generale 

pefanc  cinquante  livres  ,&  les  autres  diminuant  jusqu’au  bout.  Je  ne  m’arréteray 
point  à  d’écrire  tout  ce  qui  concerne  cet  animal  >  ny  de  la  manière  que  l’on  le 
prend  ,  parce  qu’il  y  a  quantité  d’ Auteurs  qui  en  traitent;  je  me  contenteray 
de  dire  (èulement  qu’il  y  a  de  deux  efpeccs  de  Baleine,  dont  l  une  cft  appcllée 
c-tchuot  Cachalot ,  qui  drlFctc  de  celle  qui  eft  appellce  Baleine  ,  en  ce  que  la  gueule 
Fanons  de  Ba-  du  Cichalot  cft  gamie  de  petites  dents  plattes  fans  fanons ,  qui  eft  le  contraire  de 
b^^rbeqnipcnd  cclle  qui  potte  le  nom  de  Baleine,  qui  n’a  que  des  fanons.  Ceft  du  lard  de  ces 
ï  ia‘*<'ucidîde  animaux  dont  on  tire  l’huile  furnommée  de  Baleine  ,  de  laquelle  noos  faifons  un 
“efi  dcSVa-  négoce , fur  tout  en  temps  de  paix  ,  à  caufe  du  grand  ufage  quelle  a  en 

lions  ou  ba.be,  France ,  tant  pour  biûler,  que  pour  plusieurs  ouvrages ,  orl  l’on  auroit  bien 
après ks  avoir  dc  la  peine  a  s  en  paüer ,  prmcipalemeiat  pour  rahnet  le  louftre ,  &  pour  la  prepa- 
ration  de  certains  cuirs ,  où  il  en  faut  neceffairement. 

Ouvrages.  Nous  voyofis  à  Paiis  de  deux  fortes  d’huile  de  Baleine,  dont  la  meilleure  eft 
cclle  que  nous  appelions  huile  de  Grande  Baye ,  qui  eft  faite  par  les  Franrjois  tout 
fluffi-toft  qu’ils  ont  tiré  le  lard  de  la  Baleine  ,  d’où  vient  que  les  huiles  Françoi- 
fes  ne  Tentent  pas  fi  mauvais  que  celles  faites  en  Hollande  ;  parce  que  les 
Hollandois  ne  font  pas  leurs  huiles  aufti  toft  qu’ils  ont  tiré  le  lard  de  la  Baleine , 
mais  le  tranfportent  en  Hollande  pour  le  fondre  ;  ainfî  l’on  doit  prefefer  les 
huiles  Franijoifes  à  celles  d’Hollande,  ce  qui  fe  pourra  connoître  ,  en  ce  que 
celles  d  Hollande  font  extrêmement  rouges  &:  puantes  cependant  bien  clai¬ 
res  &  fort  peu  garnies  dc  faille.  Les  huiles  de  B  ileine,  la  plus  grande  partie  , 
viennent  de  la  mer  glaciale,  principalement  celles  d'Hollande,  parce  que  c’eft 
l’endfûit  où  il  fe  trouvent  un  plus  grand  nombre  de  Baleines. 

Du  blanc  de  Baleine, 


Le  blanc  dc  Baleine  ,  que  tous  les  anciens  &  modernes  ont  appelle ,  &  qu’on 
appelle  encore  aujourd’huy  très  mal-à-propos ,  fperme  ,  ou  nature  de  Ba¬ 
leine  ,  cft  la  Cervelle  d’une  cfpccc  de  Baleine ,  que  les  Bafques  appellent  Byaris  > 
&:  ceux  de  S  Jcàn  du  Luz  Cachalot.  Cet  animal ,  fuivant  quelques  uns,  eft  appeU 
lé  Baleine  male ,  &  des  Latins  Orca.  Il  a  environ  vingt- cinq  pieds  dc  long&  douze 
dc  haut,  Ôi  chacune  de  fes  dents  pefe  une  livre,  qui  font  très  propres  à  faire 
divers  ouvrages. 

Ces  animaux  font  fort  communs  au  cap  de  Phenifter  en  la  côte  de  Galice,  & 
même  en  Norvège.  En  1688  il  en  fut  pris  un  par  un  navire  Efpagnol  qui  le 
mena  à  S.  Sebafticn  ,  dc  la  icte  duquel  on  tira  vingt  quatre  bariques  de  cer¬ 
velle,  &  dc  fon  corps  quatre  vingt  leife  bariques  de  lard.  On  fera  donc  defabufe 
de  croire  que  le  blanc  dc  Baleine  foit  autre  chofe  que  la  cervelle  des  Cachalots  ; 
&  j’en  puis  parler  jufte,  tant  pour  en  avoir  veu  préparer  que  pour  en  avoir 
préparé  moy-même,  ainfi  qu’il  fuit. 

Le  blanc  de  Baleine  fe  préparé  ordinairement  à  Bayonne  ,  &  à  Saint  Jean  du 
Luz  ,  ôc  cette  fabrique  eft  ft  rare  en  France ,  qu’il  n’y  a  pour  le  prefenc  que  deux 
perfonnes  à  S.  Jean  du  Luz  qui  le  fjavenc  bien  préparer,  entre-autre  le  Sieur 
Jean  de  Haraneder  Monfequir. 

Ceux  qui  travaillenr  à  cette  préparation,  prennent  la  cervelle  de  cet  animal, 
la  fondent  fur  un  petit  feu,enfuite  la  mettent  dans  des  moules  faits  comme 
ceux  où  l’on  jette  le  fucre,  &  après  qu’elle  cft  refroidie  &  égoûtée  de  fon  hui¬ 
le  ,  ils  la  retirent  &  la  refondent,  &  ils  procèdent  toûjours  delà  même  manière 
jufqu’à  ce  qu’elle  foie  bien  purifiée  &  tres-blanche  , alors  pat  le  moyen  d’un  cou¬ 
teau  fait  exprès ,  ils  la  coupent  pour  la  réduire  cij  écailles  de  la  manière  que  nous 


des  Drogues,  Livre  Premier.  75 

la  voyons.  Comme  cette  marchandife  eft  aflez  de  confequencè  à  catifé  dé  fori 
prix  >  je  diray  qu’on  doit  la  choifir  en  belles  écailles  blanches  >  claires  &  iranfpâ- 
rentes ,  d’une  odeur  fauvagine ,  &  prendre  garde  qu’elle  ne  foit  augmentée  avec 
de  la  cire  blanche  ,  comme  il  n’arrive  que  trop  fouvent  ;  ce  qui  fera  facile  à  con- 
noître ,  tant  par  fon  odeur  de  ciré ,  que  parce  qu’elle  eft  extrêmement  menue 
d'un  blanc  mat. 

On  remarquera  auffi  que  ce  foit  de  celle  qui  a  été  faite  de  la  cervelle  dé  l’ani¬ 
mal  ,  en  ce  que  celle  qui  eft  faite  de  graifte  eft  facile  à  fe  jaunir  j  c  eft  ce  qui  fait 
qu’il  y  a  des  blancs  de  Baleines  qui  jauniflent  aufli  roft  qu’ils  font  expofez  à 
l’air. 

Nous  n’avons  point  de  marchandife  qui  âpprehende  plus  l’air  que  le  blanè  de 
Baleine, c’eft  le  fu/ec  pour  lequel  on  fera  foigneux  de  le  conferver  dans  des  vaif- 
feauxde  verre  ,où  dans  les  barils  dans  quoy  il  vient,  les  tenant  bien  bouchez  dè 
peur  que  l’air  n’y  entre  ,  &  que  cette  drogue  nefe  jaunifle. 

L’ulàge  du  blanc  de  Baleine  eft  pour  les  Dames  de  qualité,  foit  pour  faire  dü 
fard,  ou  pour  faire  des  pâtes  dont  elles  fe  lavent  les  mains. Il  eft  aufti  quelquepèu 
en  ufage  pour  la  médecine  ,  mais  c’eft  fi  rarement  que  cela  ne  vaut  pas  la  peine 
d’en  parler. 


CHAPITRE  XXXIL 
Colle  de  Poiffon^ 


IcÛuo-CoUe 


CE  que  nous  appelions  Colle  de  PoifTon ,  les  Latins  Çittteii  alcana^  , les 
Grecs  léîhjyocoüe ,  ôi  les  Arabes ,  Jlcana ,  ce  font  les  parties  mucilagineufcs 
d’un  Poiflbn,  dont  le  dos  eft  rempli  de  petites  écailles  blanches,  piquantes  & 
ires-bien  arangées,  que  l’on  trouvefort  communément  dans  les  Mers  de  Mof- 
covie ,  c’eft  lefujet  pour  lequel  prefque  toute  la  Colle  de  Poiffon  que  nous  fai- 
fons  venir  d’Hollandc  ,  y  eft  apportée  d’ Archange!  >  qui  eft  la  Ville  où  fe  tient 
IL  Partie,  K  ij 


76  Hifîoire  generale 

tous  les  ans ,  cette  fameufe  Foire  furnommée  d’Archargel ,  (quelques  uns  qui  ont 
écrit  duPoilTon  donc  onfaitla  Colle, cntre-autrcsRondclct , ont  ditqu’il  étoit 
fansos,  c’eft  cequia  donné  occafion  de  l’appeler  Poiffon  fans  os;ils  prétendent 
aulTi  qu’il  n’a  aucunes  épines ,  ce  qui  eft  bien  éloigné  de  la  vérité  ,  puis  qu’il  en 
a  le  dos  fi  garni ,  qu’il  n’y  a  point  de  Poiflbn ,  fi  fore  qu’il  puifle  tftre  ,  qui  oze  le 
mordre,  en  ce  que  ces  écailles  quoy  que  petites,  font  extrêmement  aiguës,  dont 
la  Figure  qui  eftcy-defluscfl:  conforme  à  l’original  que  j’ay  entre  mes  mains. 
Les  Anciens  prétendent  aufli  que  ce  foie  un  Poifibn  Cetacée  ,  c’eft  à-dire,  qui 
approche  de  la  nature  &'  grandeur  des  Baleines  &  Dauphins ,  parce  que  fa  tefte  cft 
extrêmement  grolTc  ,  pefantc  &  large  ,  fa  gueule  fort  grande  &  béante,  &  qu’à  fa 
mâchoire  fuperieure  eft  attachée  une  certaine  longue  production  pendante  en  bas 
en  forme  de  Barbe  :  quant  à  fa  chair ,  elle  cft  dou(jatrc  &c  gluante ,  &  par  con(c- 
quent  de  peu  de  goût ,  fi  elle  n’cft  falée  long-  temps  auparavant  que  de  la  man¬ 
ger.  A  l’égard  de  la  manière  donc  on  fait  la  Colle  de  Poiffon  ,  les  Mofeovires 
prennent  les  parties  nerveufes  du  Poiffon  qui  après  être  boüillies  font  affez 
fcmblablcs  à  la  vifeofite  qui  fe  rencontre  à  la  peau  des  Moliics  ,  &  enfuite  les 
font  cuire  en  confiftancc  i  &  après  avoir  étendu  cette  matière  fur  des  inftrumens 
faits  exprès  pour  la  mettre  de  l’épaiffeur  d’une  fcüille  de  papier ,  &  lorfqu’elle  cft 
prefquc  fcichc,  ils  en  font  des  Pains  de  differentes  grofleurs  &  figures,  ainfi 
que  nous  les  voyons 

Prefquc  toute  la  Colle  de  Poiffon  que  nous  faifons  venir  d’Hollande  prcfcntc- 
ment  eft  en  cordons ,  c’eft  à  dire ,  pliée  en  forme  de  croiffant ,  &  pour  être  de  la 
qualité  rcquife ,  elle  doit  être  blanche  ,  claire  &  tranfparcnte,  de  nulle  odeur  ,  Se 
la  moins  fourrée  que  faire  fe  pourra  ,  en  ce  qu’il  y  en  a,  fur  tout  celle  qui  cft  en 
gros  cordons ,  qui  eft  fourrée,  ou  remplie  d’une  Colle  jaune  , fcichc  aride,  & 
quelquefois  bien  puante  j c’eft  le  fujet  pour  lequel  la  plus  part  de  ceux  qui  ont 
befoinde  Colle  de  Poiffon  ,  s'attachent  à  celle  qui  cft  en  petits  cordons  d’une 
once ,  ou  d’une  once  &  demie,  parce  qu’elle  cft  moins  fujctc  à  être  fourrée,  ce 
qui  n’cft  pastout  à  fait  hors  du  bon  Cens, quoy  que  neanmoins  ce  ne  foit  pas 
une  règle  generale ,  s’en  trouvant  quelque  fois  des  petits  cordons  aufli  defe- 
éfueuxquedes  gros, ainfi  on  ne  doit  s’attacher  nullement  à  la  figure  ny  à  la 
groffci  r, mais  feulement  à  voir  qu’elle  foit  de  la  qualité  cy-dcffus;cc  qui  fe  pourra 
connoîcrc  facilement  en  la  rompanten  deux,  &  en  fapprcchant  du  nez,  pour  voir 
fi  elle  n’a  point  quelque  mauvaifc  odeur.  A  Icgarddc  ceux  qui  cnachcttcront  les 
boucaux  entiers  ,ils  ncfeconicnrctoni  pas  d’en  voir  une  douzaine  de  Cordons, 
mais  la  verront  entièrement ,  dautant  que  c’eft  une  marchandife  où  il  s’en  trouve 
toujours  de  defcéfucufe  mêlée  avec  la  bonne.  Il  y  a  des  boucaux  bien  plus  char¬ 
gez  de  cordons  fourrez  l’un  que  l’autre,  ce  qui  n’cû  pas  d  une  petite  confcqucnce, 
parce  que  c’eft  une  marchandife  affez  chère, On  doit  être  foigneux  de  la  tenir  dans 
des  Vaiffeaux  bien  clos,  en  ce  que  c’eft  une  marchandife  à  qui  l’air  peut  faire 
un  notable  préjudice. 

L'ufagc  de  la  colle  de  Poiffon  cft  fort  frequent  en  France ,  non  pas  pour  la 
Médecine ,  car  le  peu  qui  s’y  en  confomme ,  ne  mérite  pas  d’en  parler,  &  fi  ce  n’é- 
toit  qu’elle  cft  un  des  ingrediens de  l’emplâtre  de  diachilon,  je  crois  que  tous  les 
Apoticaircs  de  Paris  cnfcmblc  n’en  confommeroient  pas  une  livre  par  an:  mais 
:n  recompenfe  elle  cft  fort  ufitéc  par  les  Marchands  de  vin  &  Cabarcticrs,qui  s’en 
fervent  pour  faire  éclaircit  leur  vin,  ce  que  les  Anciens  ont  beaucoup  blâmé, 
quoyquc  mal- à-propos.  Ceft  une  erreur  fi  fort  établie  ,  que  la  plufpartdcs  gens 
croyent  encore  que  la  Colle  de  Poiffon  cft  une  drogue  mortelle  ,  cependant 
il  cft  certain  qu’elle  n’a  aucune  mauvaife  qualité  ,  &  que  le  Poiffon  donc 


des  Drogues,  Livre  Premier.  77 

elle  provient,  cft  une  des  principales  nourritures  des  Mofeovites,  &  fi  ce  n’étoit 
fon  goût  douceâtre, ce  feroit  un  excellent  mangcr.Cctte  colle  n’a  donc  point  d’au¬ 
tre  propriété  à  l’égard  du  vin,  finon  que  dés  aufli-  toft  qu’elle  a  été  jeitée  fur  du 
vin  trouble  ,  elle  vient  à  s’étendre  fur  la  lupcrficic  de  cette  liqueur  comme  une 
peau,  &  ne  manque  pas  enlbitcdc  le  précipiter  &  d’entraîner  avec  clic  toute  la 
lie  au  fond  des  tonneaux  ,  &  pour  preuve  de  mon  dire  ,  c’eft  qu’outre  qu’il  y  a 
quantité  de  gens  qui  fijavent  cela  par  expérience ,  il  n’y  a  qu’à  regarder  dans  les 
tonneaux  où  l’on  en  aura  mis  on  la  trouvera  mélangée  avec  la  lie  jenfortc 
que  fi  IcsCabaretiers  ne  faifoient  jamais  d’autres  mixtions  à  leurs  vins  on  ne  ver- 
roit  pas  tant  de  maladies  ny  de  morts  fubites  que  l’on  en  voit.  Outre  ce  grand 
ufage  î  cette  Colle  cft  propre  à  quantité  d’Ouvriers  en  loyc  qui  s'en  fervent  pour 
donner  du  luftre  aux  rubans,  ou  autres  ouvrages  de  foyc.  On  s’en  fert  aufli 
pour  blanchir  les  gazes  >&  c’eft  une  des  principales  drogues  de  la  compofition 
qui  fert  à  contrefaire  les  perles  fines  Orientales.  Le  nom  de  Colle  luy  a  été  donné 
en  ce  que  nous  n’avons  gucrcs  de  Drogues  qui  collent  mieux  la  Pourfclainc  &  la 
Fayance  ,  que  la  Colle  de  Poiflbn  détrempée  dans  de  l’eau  de  vie  ,  ou  de  l’cfprit  de 
vin,  Qi^clqucs-uns  s’en  fervent  aufiî  étant  détrempée  dans  de  l’eau  commune 
pour  fc  laver  &  cmbclir  le  vifage  &  les  mains. 

Nous  tirons  d’Angleterre ,  d’Holandc ,  &  autres  endroits,  une  Colle  de  Poif- 
fon  pliée  en  petits  livrets ,  qui  a  fort  peu  d’ufage  en  France ,  en  ce  qu’elle  cft  fort 
difficile  à  fondre,  &  en  ce  qu’elle  n’cft  jamais  guère  blanche  .•  quelques  perfonnes 
m’ont  afluré  qu’elle  étoit  compoféc  des  reftes  de  celle  qui  eft  faite  en  petits 
cordons}  &  d’autres  veulent  quelle  foie  faite  des  parties  mucilagineufes  d’un 
PoifTon  que  quelques  Auteurs  appellent  Silure,  &  Nous  Etourgeon  ,  qui  cft  un 
PoifTon  aflczrarccn  France  :  il  s’en  trouve  quelquefois  dans  nos  Rivières,  mais  à 
caufe  de  cet  ufage  ,  &  de  la  rareté  de  ce  PoifTon .  &  qu’il  cft  fort  gros ,  &  d’un  très- 

bon  goût»  ceux  qui  en  trouvent  le  vendent  jufqu’à  trois  ou  quatrc-ccns  livres* 


K  iiij 


78 


Hiftoire  generale 


C  H  AP  I  T  R  E  XXXIIÎ, 

Du  Namal. 


Tricorne  ^ifer 


Le  NarwAl  ainfî  appelle  des  Iflandois,  &  de quclques*autres  Rhoar  , 
de  nous  Licorne  de  Mer  >  eft  un  gros  Poiflbn  que  quclque«-uns  cftimenc 
être  une  efpece  de  Baleine,  qui  fc  trouve  en  quantité  dans  la  Mer  glaciale ,  ou  du 
Nord,  principalement  le  long  des  côtes  d’Iflande  te  Grocnlandc.  Ce  monftre 
marin  porte  au  bout  de  Ton  nez  une  corne  blanche,  pefante,  luifantc  &  de  figure 
fpiralc,  telle  qu'eft  celle  de  faint  Denis  en  France:  Il  y  en  a  dediflerentcs  groC- 
feurs  &  pefanteurs ,  que  l’on  peut  voir  dans  les  cabinets  des  Curieux ,  comme  eft 
celle  de  Monfieur  Morin  Médecin  de  feu  Mademoifelle  de  Guife ,  que  j’ay  veue  & 
maniée,  &  qui  eft  reprefentee  cy-defius.  M‘  Charas  ma  dit  en  avoir  eu  une  qui 
étoit  plus  haute  &  plus  grofle  que  celle  du  Trefor  de  S.  Denis.  Ce  font  les  tron¬ 
çons  de  cette  corne  que  nous  vendons  à  Paris ,  comme  ils  fc  vendent  ailleurs ,  pour 
véritable  corne  de  Licorne,  à  laquelle  quelques  perfonïies  attribuent  de  grandes 
proprietez  ,  ce  que  je  ne  veux  ny  autorifer  ny  contredire ,  pour  ne  l’avoir  pasex- 
perimenié  ,  n’ayant  trouvé  loccafion  d’en  avoir  des  preuves  fuffifantes. 

Il  fc  trouve  encore  un  autre  Poiflbn  à  qui  l’on  a  donné  le  nom  de  Licorne  de 
Mer,  qui  fe  trouve  en  difFerens  endroits.  .  MonfieuF  Dumantel  dit  en  avoir 
veu  une  prodigieufe  au  rivage  de  l’Ifle  de  la  Tortuë  proche  S.  Domingue  en 
l’année  Cette  Licorne  ,  dit-il  >  pourfuivoit  une  Caranguc  ,  ou  un  autre 

Poilfon  médiocre,  avec  une  telle  impetuolité ,  que  ne  s’appercevant  pas  quelle 
avoir  befoin  de  plus  grande  eau  qu’elle  n’en  avoir  pour  nager  ,  elle  le  trouva  la 
moitié  du  corps  à  fcc  ,  fur  un  grand  banc  de  fable,  d’ou  elle  ne  pût  regagner  la 
grande  eau  ,  ô^où  leshabitans  de  fille  falTommerent.  Elle  avoir  environ  dix- huit 
pieds  de  long ,  étant  de  la  grolfeur  d’une  barique  au  fort  du  corps.  Elle  avoir 
fix  grandes  nageoires femblables  dans  leurs  extreraitez  aux  rames  de  galcre,  dont 


des  Drogues.  Livre  premier.  79 

<^eux  étoient  placées  au  défaut  des  oüies ,  &  les  quatre  autres  i  côté  du  ventre 
en  égale  diftance  j elles  croient  d’un  rouge  vermeil  Tout  le  deflus  de  (on  corps 
étoit  couvert  de  grandes  écailles  de  la  laigeur  d’une  pièce  de  cinquante  huit 
fols ,  lefquelles  étoient  d’un  bleu  qui  paroilToit  comme  parfemé  de  paillettes 
d’argent.  Auprès  du  col  fes  écailles  étoient  plus  ferrées,  &  de  couleur  brune  ,  ce 
qui  luy  faifoit  comme  un  collier.  Les  écailles  fous  le  ventre  étoient  jaunes  :1a 
queue  fourchue;  la  telle  un  peu  plus  grolfe  que  celle  d’un  Cheval,  Si  prefque 
de  la  même  figure}  Elle  étoir  couverte  d’une  peau  dure  &  brune.-  Si  comme  la 
Licorne  a  une  corne  au  front ,  cette  Licorne  de  mer  en  avoir  aufli  une  parfaite¬ 
ment  belle  au  devant  de  la  telle,  longue  de  neuf  pieds  &  demy.  Elle  étoit  entiè¬ 
rement  droite,  &  depuis  le  front  où  elle  prenoit  fa  naiflance ,  elle  alloic  toujours 
en  diminuant  jufqu’à  l’autre  bout ,  qui  étoit  fi  pointu  qu’étant  pouflée  avec  for¬ 
ce  ,  elle  pouvoir  percer  les  matières  les  plus  folidcs.  Le  gros  bout  qui  lenoit  avec 
la  tête ^  avoir  feize  pouce  de  circonférence,  &  de  là  julques  aux  deux  tiers  de  la 
longueur  de  cette  merveillcufe  corne,  il  étoit  en  forme  d’une  vis  de  preflbir  ,  ou 
pour  mieux  dire, façonné  enondes,comme  une  colomne  rorfe  ,hoirmisque  les  en- 
fonçuresalloient  toûjoursen  amoindriirantdufques  à  ce  qu’elles fuflent  remplies  Sc 
terminées  par  un  agreableadouci(rcmenr,qui  finiflbitdcux  pouces  au  delTus  du  qua¬ 
trième  pied.  Toute  cette  partie  bafle  étoit  encroûtée  d’un  cuir  cendré  ,  qui  étoit 
couvert  par  tout  d’un  petit  poil  mollet  ,&  court  comme  du  velours  de  couleur 
de  feüille  morte }  mais  au  defl'ous  elle  étoit  blanche  comme  y  voire.  Quant  à  l’au¬ 
tre  partie  qui  paroifloit  toute  nue  «elle  étoit  naturellement  polie  d’un  noir  lui- 
fanc ,  marqueté  de  quelques  menus  filets  blancs  &  jaunes ,  &  d’une  telle  folidité , 
qu’à  peine  une  bonne  lime  en  pouvoit  faire  fortir  que  quelque  menue  poudre  , 
Elle  n’avoit  point  d’oreilles  élevées,  mais  deux  grandes  ouïes  t^mme  les  autres 
Poiflbns.  Ses  yeux  étoient  de  la  grolTeur  d’un  œuf  de  poule.  La  prunelle  qui 
croit  d*un  bleu  celefte  émaillé  de  jaune ,  étoit  entourée  d’un  cercle  vermeil ,  qui 
étoit  fuivy  d’un  autre  fort  clair,  &luifant  comme  criftal.  Sa  bouche  étoit  af- 
fez  fendue  &  garnie  de  plufieurs  dents  ,  dont  celles  de  devant  étoient  poin¬ 
tues  &  tranchantes,  &  celles  de  derrière,  tant  de  l’une  que  de  l’autre  mâchoire  , 
larges  &  relevées  par  petite  boffes.  Elle  avoitune  langue  d’une  longueur  &  épaif- 
feur  proportionnée, qui  étoit  couverte  d’unepeau  rude  Si  vermeille.  Au  relie, 
ce  PoilTon  prodigieux  avoir  encore  fur  fa  telle  une  efpece  de  couronne  rthauflee 
par  dclfus  le  relie  du  cuir ,  de  deux  pouces  ou  environ ,  &  faite  en  ovale  ,  de  la¬ 
quelle  les  extremitez  aboutiflbient  en  pointe;  Plus  de  trois  cens  perfonnes  de 
cette  Ille-là  mangèrent  de  fa  chair  en  abondance,  Si  la  trouvèrent  extrêmement 
délicate.  Elle  étoit  entrelardée  d’une  grailTe  blanche, &  étant  cuite  elle  fe  levoic 
par  écailles  comme  la  moluë  fraiche;  mais  elle  avoir  un  goût  beaucoup  plus  fa- 
vourcus. 

Ceux  qui  avoient  veu  ce  rare  Poillon  envie ,  &  qui  luy  avoient  rompu  l’échinc 
à  grands  coups  de  leviers ,  difoient  qu’il  avoit  fait  un  prodigieux  efforts ,  pour  les 
percer  avec  fa  corne,  laquelle  il  manioit  ôitournoit  de  toutes  parts  avec  une  dex¬ 
térité  &  une  vitefie  incomparable ,  Si  que  s’il  eut  eu  alTez  d’eau  pour  fe  foutenir  Sc 
pour  nager  tant  (oit  peu,  il  les  eut  tous  enfilez  Q^nd  on  l’eut  éventre  on  recon¬ 
nut  aifement  qu’il  fe  nounilToit  deproye,car  on  trouva  en  fes  boyaux  beaucoup 
d’écailles  de  Poifibns. 

Les  rares  dépouilles  de  ce  merveilleux  animal ,  &  fur  tout  fa  tête  ,  Si  la  riche 
corne  qui  étoit  attachée  ,  ont  demeuré  prés  de  deux  ans  fufpendues  au  corps  de 
garde  de  fille,  jufques  à  ce  que  Monfieur  le  Vafleur  qui  en  etoit  Gouverneur, vou¬ 
lant  gratifier  Monfieur  des  Trancaiis  ,  Gentilhomme  de  Saintonge  ,  qui  l 'étoit 


8  O  Hifloire  generale 

venu  voir ,  luy  fit  prcfent  de  cette  corne.  Mais  quelc[ue  peu  apres  m’etanr  em» 
barque  dans  un  vaifTeau  de  FlefTingue  avec  le  Gentilhomme  qui  avoir  cette  pre- 
cieufe  rareté  en  une  longue  caifle  ,  nôtre  vaifleau  fe  bnfa  prés  de  riflcdcla 
Fayale.  qui  cft  l’une  des  Açotes.  De  forte  que  nous  fîmes  perte  de  toutes  nos 
hardes  &  de  toutes  nos  marchandifes.  Et  ce  Gentilhomme  regretta  fur  tout 
fa  caifle.  ^ 

On  fera  donc  defabufé  de  croire  que  ce  que  nous  appelions  corne  de  Licorne , 
&  des  Latins  Vnicornis ,  &des  Gïccs  Monoceros ,  fort  la  corne  d’un  animal  ter- 
relire  dont  il  eft  parlé  dans  l’Ancien  Teftament  >  où  la  corne  de  ces  animaux  cy- 
devant  reprefentez  au  Chapitre  des  Licornes,  mais  n’eft  autre  chofè  que  la  corne 
du  Narwal  l’égard  de  fon  choix,  elle  n’en  a  point  d’autre  fînon  d’eflre  bien 
blanche  ,  les  pluseftimées  font  les  plus  hautes^  groflTes ,  pefantes ,  cannelées  &  lui- 
fintes.  Autresfois  ces  cornes  étoient  fi  rares  queMonfîeur  André  Racq  Médecin 
de  Florence,  dit  qu’un  Marchand  Allemand  en  vendit  une  à  un  Pape  4500.  livres, 
ce  qui  eft  bien  contraire  du  prcfent,  en  ce  qu’il  s’en  trouve  de  très- belle  que  l’on 
peutavoirà  beaucoup  meilleur  marché. 


CHAPITRE  XXXIV. 


Du  cheval  Adarin. 


Chet^atÆcvrinj  ' 


Jdîfrpapatams. 


Le  Nil ,  le  Niger ,  t>L  autres  lieux  d’Afrique ,  nous  produifent  un  animal  afiez 
femblable  à  un  Boeuf,  dontj’ay  jugé  à  propos  d’en  faire  icy  Ihiftoire,i 
caufe  de  fes  dents  que  nous  vendons. 

„  Cot  animal  nereflemble  du  tout  point  a  un  Cheval ,  mais  plutôt  à  un  Bœuf 
„  à  caufe  de  fa  grandeur  ,  &  fes  jambes  font  fcmblables  à  celles  d’un  Ours,  il  a 
,,  treize  pieds  de  long  ,  quatre  pieds  &  demy  de  larges  »&  trois  pieds  ôedemy 
,,  depuis  Ton  ventre  eft  plutôt  plat  que  rond  ,fes  jambes  ont  trois  pieds  de  circuit , 
,,  &  fon  pied  un  pied  de  large  ,  &  chaque  ongle  a  trois  efpeces  de  doigts ,  fa 


des  Drogues ,  Livre  Premier.  8 1 

tête  a  deux  pieds  &  demy  de  larges,  trois  pieds  dé  long,  neuf  pieds  de  circuit,  & 
paroît  fort  groflo ,  par  rapport  au  refte  du  corps ,  fa  gueule  cft  grande  d’un  pied , 
l'on  nez  charnu  &  recroufTé,  fcs  yeux  petits  &  large  d’un  pouce  &  long  de  deux , 
fcs  oreilles  font  petites  &  courtes,  £<:  n’ont  pas  plus  de  trois  pouces  de  longueur, 
il  eft  foi  t  g^as  pat  tout  le  corps ,  ces  ongles  font  fendues  en  quaties  &:  relTemblent 
à  ceuxd’unbœuf, &  fa  queue  à  celle  d’un  pourceau  ou  d’un  Ours,fes  narines 
vont  en  ferpenrant,  &  a  deux  pouces  &  demy  de  profondeur  ,  Ton  mufeau  a 
quelque  conformité  avec  celuy  d’une  lionne  ou  d’une  chate,&  cft  velu,  quoy 
qu’il  n’ait  point  de  poil  dans  tout  le  refte  du  corps }  il  a  fix  dents  dans  la  mâchoi¬ 
re  de  delTous,  &:  les  deux  qui  font  à  l’extremité,  ont  demy  pied  de  long  ,  deux 
pouces  ôc  demi  de  larges,  &un  demy  pied  dépais  de  chaque  côté,  on  voit  fept 
dents  machelieres , courtes,  mais  épaifles,  il  en  a  tout  autant  dans  la  mâchoire 
de  defliis,  laquelle  il  remue  de  même  que  le  crocodile  jfes  dents  (ont  aufli  dures 
qu’une  pierre  à  feu,  &  meme  il  en  fort  des  étincelles  quand  on  les  frape  avec  un 
coûteaUjCe  qui  rend  vray  femblable  le  fentiment  des  anciens,  qui  ont  crû  que 
cet  animal  vomiflbit  du  feu  enfrapantfes  dents  l’une  contre  l’autre  j  fou  vent  il 
fort  du  Nil ,  court  le  pais,  &  après  s’y  eftre  rempli  de  grain ,  fe  va  replonger  dans 
l’eau,  pour  tromper  les  pay  fans  J  &  afin  que  les  chafleurs  ne  puilfent  pas  découvrir 
fa  pifte ,  il  n’eft  pas  moins  mal  faifant  que  le  crocodile ,  lors  qu’il  eft  trop  chargé 
de  gr  ai  fie  il  fe  frotte  contre  des  rofeaux,  jufqu’à  ce  qu’il  s’ouvre  une  veine,  ôi  la 
ferme  en  fuite  avec  de  labouë,quand  il  s’efl;  déchargé  d’une  quantité  fuffirante  de 
fang. 

Les  Ethiopiens  mangent  fa  chair,  au  laport  deClufiusjqui  dit  que  le  Capi¬ 
taine  Vander  Hagen  l’a  veu  dans  la  Guinée,  auprès  du  Cap  Lopezgonzalvez  ,  & 
qu’il  a  trouve  dans  la  ville  de  Libetto  plufieurs  têtes  de  Chevaux  Marins  ,  d’où 
fon  monde  a  arraché  des  dents  d’une  prodigieufe  grolTcur;  les  Egyptiens  en  at¬ 
tachent  fur  leur  corps  contre  les  hemoroides,  ou  portent  une  bague  faite  de  Tes 
xlents.  Les  Negres  s’en  fervent  encore  contre  d’autres  maladies. 

Pierre  de  VandenbrocK ,  dit  qu’il  a  veu  quatre  Chevaux  de  Mer  paître  dans  le 
pais  de  Lavango, pendant  fon  voyage  Dangole,qui  rcflembloient  à  de  gros  bu  files , 
leur  peau  croit  prefque aufli  luilante  que  celle  des  lapins,  leur  léie  cioit  comme 
celle  des  jumens,  leurs  oreilles  courtes,  leurs  narines  larges  >  &  ils  avoienc  deux 
dents  crochues  dans  la  gueule  comme  les  langliers,  les  jambes  courtes,  les  pieds 
faits  comme  des  feuilles  de  pas  d’âne  &  hannilfoient  comme  des  chevaux ,  à  la  vûê 
des  Matelots  ils  s'arrêtèrent  tout  court,  puis  fe  retirèrent  à  petit  pas  dans  la  mor; 
quelquesfois  ils  ievoient  le  nez  au  defliis  de  l’eau,  mais  ils  s’y  replongcois  des 
qu’ils  appercevoient  les  matiniers,  de  forte  qu’ils  n’en  purent  tuer  aucuns,  queU 
que  ruze  dont  ils  fe  ferviflenr. 

De  tout  cet  animal ,  nous  ne  voyons  en  France  que  ces  dents,  defquclles,  à  caufe 
de  leur  grande  blancheur  &  dureté ,  on  s’en  (ert  à  contrefaire  les  dents  que  l’on 
met  dans  la  bouche  de  ceux  à  qui  ils  en  manquent. 

Ses  dents  n’ont  point  d’autres  choix ,  que  d’étre  véritables  &  bien  blanches. 

Il  y  a  encore  un  autre  animal  d’écrit  dans  plufieurs  Auteurs,  â  qui  on  a  donné 
le  nom  comme  à  celuy  cy  ,  d’Hypopothame,ou  de  Cheval  Marin,  qui  n’aaucun 
ufage  dans  la  Médecine ,  ni  ailleurs  que  je  fejache  }  c’eft  le  lujet  pour  lequel  je 
JC  n’en  parlcray  point. 

Neanmoins  Maihiole  dit  dans  fon  Livre  à  la  page  que  la  cendre  de  ce 
Cheval  Marin  incorporécavec  poix  liquide ,  ou  autres  grailles,  fait  revenir  Iq 
poil. 


//.  Pdrlie, 


L 


Hiftoire  generale 


8z 


CHAPITRE  XXXV. 

Bu  Lamantin, 


Le  Lamantin  »  ou  Vache  Marine  ,  au  rapport  du  R.  Pere  du  Ter¬ 

tre  ,  cft  un  Poiflbn  tout  à  fait  inconnu  dans  l’Europe  ;  il  porte 
quelquefois  jufqu’à  quinze  à  feize  pieds  de  longueur  >  &  fept  ou  huit  de  ron¬ 
deur  de  corps.  Il  a  le  mufle  d’un  bœuf,  &les  yeux  d’un  chien,  il  a  la  vûë  fort 
foible,  &  n’a  point  d’orcilles;  mais  en  leur  place  il  a  deux  périt  pertuis  ^  où  à 
peine  pourroic-on  fourrer  le  doigt  ;  il  entend  fi  clair  par  ces  pertuis  >  que  la  foi- 
blcfle  de  fa  veuc  cft  fuffiramment  fupplcéc  par  la  fubtilitc  defon  oiiie.  Au  dé¬ 
faut  de  la  tefte  j  il  a  fous  le  ventre  deux  petites  pares  en  forme  de  mains ,  ayant 
chacune  quacre  doigts  fort  court  &  onglez  ;  &  c’efl:  ce  qui  l’a  fait  appeller  Ma^ 
par  les  Efpagnols ,  comme  qui  diroit  PoifTon  pourveu  Jde  mains  :  depuis  le 
nombril  il  appenfle  tout  a  coup,  &  ce  qui  tefte  de  fbn  corps  depuis  cette  par¬ 
tie,  cft  ce  qui  compofé  fa  queue  ,  laquelle  a  la  forme  d’une  pelle  à  four  j  elle  cft 
large  d’un  pied  &  demy  ,  épaifle  de  cinq  à  fix  pouces ,  revêtue  de  la  mcfmc 
peau  de  fon  corps  »  &  toute  compofee  de  graifte  &  de  nerfs.  Ce  Poiffon  n*a 
point  d’écailles  comme  les  autres  poiftbns ,  mais  il  cft  revêtu  d’un  cuir  plus  épais 
que  celuy  d’un  bœuf.  Sa  peau  eft  de  couleur  d’ardoife  fort  brune ,  &  parfemcc 
fort  clairement  d’un  poil  de  couleur  d’ardoize  ,  femblable  à  celuy  du  loup  ma¬ 
rin.  Sa  chair  ale  goût  de  celle  de  veau  ,  mais  elle  cft  beaucoup  plus  ferme,  & 
couverte  en  plufieurs  endroits  de  trois  ou  quatre  doigts  d’épais  de  lard  ,  duquel 
on  fc  fert  à  larder,  à  barder,  &  à  faire  tout  ce  qu’on  fait  du  lard  de  porc. 
Ce  lard  eft  excellent  ,  &  plufieurs  le  fondent  &cn  tirent  la  graifte,  qu’ils  man¬ 
gent  fur  le  pain  en  guife  de  beurre.  La  viande  de  cet  animal  étant  falée  ,  perd 
beaucoup  de  (on  goût  ,  &  devient  feiche  comme  du  bois.  Je  crois  pour¬ 
tant  que  cela  fe  doit  attribuer  au  fcl  du  pais, qui  cft  extrêmement  corrofif. 


des  Drogues,  Livre  Premier.  83 

On  trouve  dans  la  tefte  de  cet  animal  quatre  pierres ,  deux  greffes  &  deux  pe¬ 
tites  ,  aufquelles  on  attribue  la  force  défaire  diflbudre  la  pierre  dans  la  veflie ,  Sc 
de  faire  jetier  le  gravier  des  reins  :  mais  je  n’en  fçaurois  approuver  l’ufage  ,  dau- 
tant  que  ce  remede  eft  fort  vomitif  >  ôc  fait  de  grandes  violences  à  l’efto- 
mach. 

La  nourriture  de  ce  Poiflbn  eft  une  petite  herbe  qui  croît  dans  la  Mer ,  laquelle 
il  paift  tout  de  même  que  le  boeuf  fait  celles  des  prés  :  &  après  s’étre  faoulé  de 
cette  pâture,  il  cherche  les  rivières  d’eau  douce  >  cù  il  boit  &  s’abreuve  deux  fois 
le  jour.  Après  avoir  bien  beu  &  bien  mangé ,  il  s’endort  le  mufle  â  demy  hors  de 
l'eau,  ce  qui  le  fait  connoître  de  bien  loin  par  les  Pefeheurs,  qui  ne  manquent 
point  de  luy  courir  fus ,  &  l’attraper  en  la  maniéré  fuivante. 

Ils  fe  mettent  trois  ou  quatre  au  plus ,  dans  un  petit  Canot  (  qui  eft  une  petite 
naflelle  toute  d’une  pièce,  faite  d’un  arbre  creufe  en  forme  de  chaloupe)  leCaba- 
rcur  eft  fur  l’arriere  du  Canot ,  qui  remue  à  droit  &  â  gauche  la  pelle  de  fon  avi¬ 
ron  dedans  l’eau  ;  de  forte  que  non- feulement  il  gouverne  le  Canot,  mais  encore 
le  fait  avancer  aufli  vite  que  s’il  étoit  pouffe  d’un  petit  vent  &  à  demy  voiles.  Le 
Vareur  (  qui  eft  celuy  qui  darde  la  befte  )  eft  tout  droit  fur  une  petite  planche  au 
devant  du  Canot ,  tenant  la  varre  en  main  (  c’eft  à  dire ,  une  fat^on  de  picque ,  le 
bout  de  laquelle  eft  emboiic  dans  un  harpon ,  ou  javelot  de  fer.  Letroifiéme  eft 
dans  le  milieu  du  Canot ,  qui  difpofe  la  ligne ,  qui  eft  attachée  au  harpon  pour  la 
filer  lors  que  la  befte  lcra  frapée. 

Tous  gardent  un  profond  filence  ;  car  cet  animal  a  l’ouïe  fi  fubtile,  qu’une 
feule  parole  ou  le  moindre  clabotrement  d’eau  contre  le  canot  ,  eft  capable  de 
luy  faire  prendre  la  fuite  ,  &  fruftrer  les  Pefeheurs  de  leur  efperance.  Il  y  a  du 
plaifir  à  les  voir  ,car  le  Varreur  palpite  de  peur  que  la  bête  ne  luy  échape  ,  &  s’i¬ 
magine  toûjoursque  fon  Cabarcur  n’employe  que  la  moitié  de  fes  forces  ,  quoy 
qu’il  falTe  tout  ce  qu’il  peut  de  fes  bras  ,&  ne  détourne  jamais  fes  yeux  de  defliis 
la  Varre ,  du  bout  de  laquelle  le  Varreut  luy  montre  la  pifte  qu'il  qu’il  doit  tenir 
pour  arriver  à  la  bête  qui  les  attend  toute  endormie. 

Lors  que  le  canot  en  eft  à  trois  ou  quatre  pas ,  le  Varreur  darde  fon  coup  de 
toute  fa  force,  &luy  enfonce  le  harpon  pour  le  moins  demy-pieddans  la  chair. 
La  Varre  tombe  dans  l’eau»  &  le  harpon  demeure  attaché  à  la  bete,  laquelle  eft 
a  demy  pnfe.  Alors  cet  animal  fc  fentant  fi  rudement  frapé  ,  ramaffe  toutes  fes 
forces  &  les  employé  à  fe  fauver  :  il  bondit  comme  un  cheval  échapé ,  fend  les 
ondes  comme  l’aigle  fend  l’air ,  &  fait  ccumer  &  blanchir  la  mer  par  tous  les  lieux 
où  il  palTe.  Il  croid  s’éloigner  de  fon  ennemy  ,  mais  il  le  porte  par  tout  après  foy; 
de  forte  qu’on  prendroit  le  Varreur  pour  un  Neptune  conduit  en  triomphe  par 
ce  monftre  marin.  Enfin  ,  après  avoir  bien  traîne  fon  malheur  en  queue  ,  &  perdu 
une  bonne  partie  de  fon  fang  ,  les  forces  luy  manquent,  l'haleine  luy  défaut,  & 
comme  réduit  aux  ahms,  il  eft  contraint  de  s'arrêter  tout  court  pour  prendre  un 
peu  de  repos  :  mais  il  n’eft  pas  plutôt  arrête  que  le  Varreur, tirant  fa  ligne  fe  rapro- 
che  de  luy,  &  luy  darde  un  fécond  coup  de  harpon  plus  violent  que  le  premier  ;  à 
ce  fécond  coupla  bête  fait  encore  quelques  foibleseflorts»  mais  en  peu  de  temps 
elle  eft  rcduiteàl’extremiié,&  lesPeftheurs  l’entraînent  aifcmcm  à  la  rive  du  pre- 
micr  iflet,cù  ils  l’embarquer, t  dans  leur  canot, s’il  eft  aflez  grand  pour  le  contenir, 

La  femelle  fait  deux  petits  qui  la  fuivent  partout  :  elle  a  fous  le  ventre  deux  te- 
tins ,  delquels  elle  les  allaidc  dans  la  mer ,  comme  une  vache  allai^te  fon  veau  fur 
la  terre.  Si  on  prend  la  mereon  cil  affuré  d’avoir  les  petits  ;  car  ils  fenient  leur 
mere,&  ne  font  que  tournoyer  au  tour  du  canot  ,jufqu’â  ce  qu’on  les  ait  fait  com¬ 
pagnons  de  Ion  malheur. 

//.  Parité.  L  ij 


84  Hiftpire  generale 

La  chair  de  cct  animal  fait  une  bonne  partie  de  la  nourriture  des  habitans  de 
ce  païs.  On  en  apporte  tous  les  ans  de  la  terre  ferme  &  des  ifles  circonvoifines , 
pluheurs  navires  chargez  -,  &  tant  à  la  Guadeloupe,  à  faint  Chtiftophe ,  à  la  Mar¬ 
tinique,  qu’aux  autres  Illes  prochaines ,  la  livre  s’y  vend  une  livre  &  demie  de 
Petun  ou  Tabac. 


CHAPITRE  XXXVL  . 

Des  trois  fortes  d’efpeces  de  Tortues  ;  fçavoir  la  Tormë 
Tranche  ^  le  Caret  &  la  Kaoüanne^ 


La  figure  que  je  donne  de  la  TortuH  cft  fi  exaâ:c>  dit  le  R.  P.  du  Tertre ,  que 
ce  feroit  perdre  le  temps  de  m’arrêter  à  faire  aucune  defeription  de  fa  foime> 
Je  me  contcnicray  de  décrire  feulement  ce  que  celles  des  Ifles  ont  de  particulier , 
&  ce  qui  les  diftinguede  celles  de  l’Europe. 

L’on  peut  dire  en  commun  de  ces  trois  fortes  dcTortuës ,  que  ce  font  des  ani¬ 
maux  ftupides,  pefans ,  fourds)  &fans  cervelle  ,  car  dans  toute  la  tête  {  qu’elles 
ontgroffe  comme  celle  d’un  Veau)  il  ne  s’en  trouve  pas  plus  gros  qu’une  petite 
fève.  Elles  ont  la  vûc  excellente  ,  leur  grandeur  cft  fi  prodigieufe ,  que  la  feule 
écaille  de  deflus  porte  quelquefois  cinq  pieds  de  long  &  quatre  de  large  :leut 
chair  { particulièrement  celle  de  la  Tortue  franche  )eft  fi  femblable  à  celle  d’un 
boeuf,  qu’une  pièce  deToriuë  mife  auprès  d’une  pièce  de  bceuf,  ne  fi^auroitêtre 
diftinguéeque  par  la  couleur  de  la  graifle,  qui  eft  d’un  jaune  verdâtre.  Il  y  a  des 
Tortues  franches, qui  toutes desoflées  donnent  plus  d’un  demy  baril  de  viande  , 
fans  y  comprendre  la  tête,  le  col,  les  pattes ,  la  queue  ,  les  trippes  &  les  ceufs  ; 
defquels  trente  homincs  pourroient  faire  un  bon  répas  ;  &:  outre  cela  on  tira 


des  Drogues ,  Livre  Premier.  85 

quelquefois  tant  des  pânnes  que  de  la  graille  fupei  flue  >  on  a  dequoy  faire  quinze 
ou  vingt  pots  de  d’huile  ,  jaune  comme  de  l’or  ,  excellente  pour  les  fritures  & 
pour  toute  fortes  de  fauces  >  pourveu  qu’elle  foit  nouvelle  ;  car  lorfqu’elle  eft 
vieille, elle  ne  ferc  plus  que  pourles  lampes.  La  chair  de  ces  Tortues  cft  fi  remplie 
d’efprit  vital ,  qu’éianc  coupée  par  morceauz  dés  le  foir,  elle  remue  encore  le. 
lendemain. 

J'ay  crû  fort  long  temps  que  les  Tortues  de  ces  quartiers  avoient  trois  cœurs/ 
car  au  delîus  du  cœur  (  qu’elles  ont  gros  comme  celuy  d’un  homme  )  fort  un  gros 
tronc  d’artcrcs ,  aux  deux  cotez  duquel  font  attachez  deux  autres  faqons  de  cœurs, 
gros  comme  des  œufs  de  poule,  &  de  la  même  forme  &  fubftance  que  le  pre¬ 
mier  :  mais  j’ay  depuis  changé  d'opinion ,  &  crois  fermement  que  te  ne  font  que 
les  oreilles  du  cœur.  Q^oyqu’il  en  foie ,  il  cft  certain  que  cela  bien  ajufté  fui  une 
table,  compofe  une  fleur  de  Lys,  d’eû  on  peut  tirer  une  conjecture  allez  avanta 
geufe  du  progrez  de  nos  Colonies  Franqoifesdans  l’Amerique ,  puifque  la  Provi¬ 
dence  de  Dieu  ne  fait  rien  en  vain  ,  a  plante  lafleur  de  Lys  au  coçur  l’animal  qui 
çft  le  Hiéroglyphe  du  pais. 

De  la  KaGüanne. 

La  Kaoüanne  différé  de  la  Tortue-Franche  ,  en  ce  qu’elle  a  la  tête  beaucoup 
plus  greffe  à  l’équipolent  du  corps  que  le  relie  des  autres  Tortues.  Elle  eft 
plus  méchante ,  &:  le  défend  de  la  gueule  &  des  pattes,  lorfquon  fe  met  en  devoir 
de  la  prendre  &:  de  la  tourner:  Et  quoy  qu’elle  foie  la  plus  grande  des  trois  efpe- 
çes,  elle  eft  neanmoins  fort  peu  eftiméc  ,  parce  qu’elle  a  la  chair  noire  ,  quelle 
fenr  la  marine  ,  &  qu’elle  cft  d’un  aifez  mauvais  goût.  Ceux  qui  la  vont  pefeher 
aux  KaymanSjla  mêlent  avec  la  Tortue-Franche  pour  en  avoir  le  débit ,  mais  elle 
luy  communique  fon  mauvais  goût.  L’huile  qu’on  en  tire  eft  acre,  &  gâte  les 
fauces  dans  lefquelles  on  la  met»  l’on  n’en  mange  qua  faute  d’autre  :  elle  n’eft 
pas  pourtant  inutile ,  car  l'on  s’en  fert  à  brûler  dans  les  lampes. 

Quelque  temps  après  que  la  grande  écaille  de  la  Kaoüanne  eft  dépouïllée ,  & 
que  les  cartilages  commencent  à  fe  pourrir ,  il  fe  détache  de  deffus  huit  feuilles 
beaucoup  plus  grandes  que  celles  du  Caret,  mais  plus  minces ,  &  maibrécs  de 
blanc  &  de  noir,  l  a  plufpart  des  grands  miroüers  en  (ont  garnis ,  &  il  eft  certain 
queft  elles  écoient  plus  épaiffes  ,  elles  iroienc  du  pair  avec  l’ccailledu  Caret. 

Bu  Caret. 

Le  Caret  cft  la  plus  petite  de  toutes  les  trois  efpeces  de  Tortues ,  la  chair  n’en 
cft  pas  fl  bonne  que  celle  de  la  Tortue-Franche  5  mais  elle  eft  beaucoup  meiU 
Icure  que  celle  de  la  Kaoüanne.  L’huile  qu’on  en  cire  cft  excellente  pour  les  de- 
biiitez  de  nerfs ,  goûtes  fyatiques ,  &  pour  toutes  les  fluxions  froides.  Je  connois  Carec 
desperfonnej  qui  s’en  font  fervies  fort  utilement ,  pour  des  maux  de  reins  caufez 
par  des  efforts. 

Mais  fur  tout  ce  qui  le  fait  eftimer ,  eft  l’ccaillc  qu’il  porte  fur  le  dos ,  qui  vaut 
jufqu’â  fix  francs  la  livre.  Toute  la  dépouille  d’un  Caret  confifte  en  treize  fcml^ 
les,  huit  places  &'  cinq  en  d’os  d’âne. 

Des  huit  plactcs  il  y  en  a  quatre  grandes  ,  qui  doivent  porter  jufqu’â  un  pied 
de  haut  &  Icpc  pouces  de  large.  Le  beau  Caret  doit  être  épais,  clair ,  tranlparenr, 
de  couleur  d’antimoine ,  &  jalpé  de  minime  &  de  blanc.  11  y  a  des  Carets  qui  por¬ 
tent  (ix  livres  de  feuilles  fur  les  dos.  On  s’en  ferc  à  faire  des  peignes ,  ôc  d’auiic^ 

I  iij 


8  6  Hiftoire  generale 

petits  ouvrages ,  qui  font  d’une  exquife  beauté  &  de  prix.  Voicy  la  faconde  lever 
ces  feuilles  de  deflus  la  grande  écaille  ,  qui  eft  proprement  la  maifon  du  Caret. 
Après  en  avoir  ciré  toute  la  chair  on  fait  du  feu  deffous  ,&  ces  feuilles  venant  à 
feniir  le  chaud  ,  le  lèvent  ailément  avec  la  pointe  d*un  couteau. 

L’huile  que  l’on  tire  des  pannes  &  de  la  graifle  du  Caret ,  eft  chaude  &  eftiméc 
des  Sauvages»  6c  des  habitans  Frantjois  qui  s’en  fervent  contre  lés  fyatiques,  6c 
les  goûtes  froides ,  les  goûtes  crampes  >  &  engourdiftèmenc  de  net  fs. 

Dâ  la  façon  de  pefeher  les  T onuës, 

La  pefche  des  Tortues  fe  fait  en  trois  façons ,  fçayoir  au  Chevalagc ,  à  la  Vat* 
re,  &  quand  elles  terrilfent. 

La  Tortue  Chevallejc’eft  à  dire  s’accouple,  depuis  le  commencement  de  Mars 
jufqu'à  la  my  May.  Je  lailTe  toutes  les  circonftances  de  cette  aékion  ,  c’eft  aflez  de 
dire  que  celafe  fait  lur  l’eau  ,:eriforte  qu’elles  peuvent  être  facilement  découver¬ 
tes  .-alors  deux  ou  trois  perfonnes  fe  jettent  promptement  dans  un  Canot ,  leur 
courrent  lus  ,  &lcs  abordent  facilement  \  ils  leurs  palîent  un  lacs  coulant  dans  le 
col ,  ou  dans  une  patte ,  ou  bien  n’ayant  point  de  corde  on  les  prend  avec  la  main 
par  delTus  le  col  au  défaut  de  l’écaille.  On  les  prend  quelquefois  toutes  deux , 
mais  pour  l’ordinaire  la  femelle  échapc.  Pour  lors  les  mâles  font  fort  maigres  & 
durs  »  ^  les  femelles  en  très  bon  point. 

La  Varre  de  la  Tortue  fe  fait  de  la  même  façon  que  celle  du  Lamantin  ,  ex¬ 
cepté  qu’au  lieu  de  harpon  au  bout  de  la  Varre  ,  on  y  enclave  un  cloud  carré  long 
de  la  moitié  du  doigt ,  6c  fort  pointu  ,  auquel  eft  attaché  la  ligne.  La  Varie  étant 
jetiée  furie  dos  de  la  Tortue,  le  cloud  s'enfonce  jufqu’à  la  moitié  dans  l’écaille, 
qui  eft  toute  compofee  d’os»&  y  tient  comme  fi  elle  eftoit  fichée  dans  du  chê¬ 
ne.  La  Tortue  fe  feniant  frapée ,  fait  les  mèches  efforts  que  le  Lamantin ,  6c  les  Var- 
reurs  les  mêmes  diligences.  Quelqu’uns  difent  que  fes  forces  luy  iranquenc 
à  caufe  du  fang  qu’elle  a  perdu  ,  mais  il  ne  fçavent  pas  que  la  Tortue  ne 
perd  pas  une  feule  goûte  de  fang  par  cet  endroit  où  elle  a  été  bleffée,  jufqu’à  ce 
que  le  clou  en  ait  été  tiré. 

Le  Terriffagc  .des  Tortues  ,  fe  fait  depuis  la  Lune  d’Avril  jufqu’à  la  Lune 
d’ Aouft  :  car  alors  la  Tortue  fe  fentant  incommodée  par  1  accroiffement ,  la  pc- 
fanteur,  &le  grand  nombre  de  fes  œufs,  qui  font  quelquefois  jufqu’au  nombre 
de  plusde  deux  mille ,  étant  contrainte  par  uncneceflité  naturelle,  qui  ne  fe  peut 
différer  ;  elle  quitte  la  mer  pendant  la  nuit ,  &  vient  reconnoître  le  long  de  la  rive 
un  lieu  propre  pour  fe  décharger  de  fon  fardeau  ,  ou  au  moins  d’une  partie.  En 
ayant  reconnu  un  propre  pour  cet  effet ,  qui  eft  toujours  une  Ance  de  fable  ;  elle 
fe  contente  pour  cette  nuit  de  reconnoître  la  place,  &  fe  retire  doucement  dans 
la  mer,  remettant  la  partie  à  la  nuit  fuivante ,  ou  à  une  autre  bien  prochaine.Touc 
le  jour  elle  fe  promene  paiffant  l  herbe  fur  des  rochers  dans  la  mer ,  fans  toutes- 
fois  s’éloigner  du  lieu  où  elle  doit  pondre. 

Le  Soleil  venant  fur  fon  déclin  on  la  voit  paroître  tout  proche  de  la  Lame,  re¬ 
gardant  deçà  6c  delà  , comme  fi  ellefe  défioitdes  embûches  ;  6c  comme  fa  veuc 
eft  fort  perçante,  fi  elle  voit  quelqu’un  fur  le  bord  du  rivage,  elle  va  chercher  ail¬ 
leurs  un  lieu  plus  affuréiquefielle  n’apperçoit  perfbnne  elle  vient  à  terre  à  la  fa- 
veut  de  la  nuit,  &  apcés  avoir  bien  regardé  de  tous  cotez,  ellefe  met  à  travailler 
6c  à  creufer  dans  le  fable  avec  les  pattes  de  devant ,  fait  un  trou  tout  rond ,  large 
d’un  pied  ,&  profond  d’un  pied  &  demy  ice  qui  étant  fait  elle  s’ajufte  là  defTus, 
6c  fait  tout  d’une  fuite  deux  ou  trois  cens  œufs ,  gros  6c  ronds  comme  des  balles  de 


des  Drogues.  Livre  premier.  87 

jeu  de  paume.  L’écaille  de  ces  œufs  eft  fouple  comme  du  parchemin  moüïllé  ; 
leur  blanc  ne  cuit  jamais ,  quoyque  le  ^aune  durcilTe  facilement.  La  Tortue  de¬ 
meure  plus  d’une  bonne  heure  occupée  à  pondre,  &  pendant  ce  temps  un  chariot 
luy  pafleroit  fur  le  corps,  fans  qu’elle  fe  bougeât  de  la  place.  Ayant  achevé  de 
pondre  fans  qu’on  l’ait  interrompue,  elle  bouche  fi  proprement  le  trou,  &  re¬ 
mue  tant  de  fable  tout  autour,  qu’on  a  toutes  les  peines  du  monde  à  trouver  les 
œufs.  Cela  fait  j elle  les  abandonne  &  retourne  à  la  mer.  Les  œufs  fe  couvent 
d’eux- mêmes  dans  le  fable,  où  ils  (ont  quarante  jours,  àu  bout  defquels  les  pe¬ 
tites  Tortuéi>  fortent  grofies  comme  des  petites  cailles ,  &:  fuyent  droit  à  la  mer, 
fans  qu’on  leur  en  ait  montré  le  chemin.  Efiant  prifes  avant  que  d*y  être  arrivées, 
on  lesfricaflc  toutes  entières,  &  c’eft  un  mets  délicieux. 

Quantité  dcReifuiems»  &  autres  grands  PoilTons ,  leur  font  une  cruelle  guerre , 
&  en  avalent  quafi  autant  qu’il  en  décend  en  la  met  ;  ôi  c’eft  un  dire  commun  des 
Iiabitans ,  que  fi  de  chaque  ponailon  il  en  réchapoic  deux  ,  toute  la  terre  en  foroic 
couverte.  Celles  qui  échapent  (e  retirent  dans  des  marefts  ou  étangs  d’eau  falée, 
fous  des  roches ,  &  dans  des  racines  de  Parétuviers ,  dont  les  arcades  font  fi  cm- 
barralfées  l’une  dans  l’autre ,  que  les  grands  Poilfons  carnafliers  n’y  peuvent  en¬ 
trer  ;  &  elles  y  demeurent  jufqu’à  ce  qu'elles  foient  en  état  de  fuît  où  de  fe  défen¬ 
dre.  Elles  ne  terrilTenc  jamais  que  de  nuit,  &  même  elles  attendent  que  la  Lune 
foie  couchée.  Quand  il  pleut,  qu’il  éclaire  qu’il  tonne  à  tout  rompre,  c’elt 
alors  quelle  tcrrit  en  plus  grande  abondance. 

Si-toft  que  la  Tortue  commence  à  terrir  ,  nos  François ,  dans  tous  les  quartiers 
où  il  y  a  de  bonnes  Ances ,  y  envoyenc  des  hommes  ,  &  l’on  diftribue  également 
la  viande  que  l’on  a  prifè  àceux  qui  s’y  font  trouvez;  d’autres  fe  mettear  fix  ou 
fepe  enfcmble  ,  &  équippenc  un  Canot  qui  porte ,  dix ,  douze ,  ou  quinze  barils  , 
ou  quelquefois  trois  ou  quatre  conneaux,  &  vont  chercher  les  Ances  les  plus  fré¬ 
quentées  des  Tortues,  &  là  diyifant  la  nuit  en  quatre,  chacun  garde  &  fait  fenti- 
nclle  le  quart  de  la  nuit ,  &  des  revûës  de  temps  en  temps  tout  le  long  de  l’ance. 
Ayant  rencontré  quclqye  Tortue ,  ils  la  tournent  fur  le  dos  ,  &  la  iaiflent-là  juf- 
qu’au  lendemain ,  fans  craindre  qu’elle  fe  puilfe  retourner.  Quelques-  uns  ont  dit 
qu’étant  ainfi  tournée ,  elle  foûpiroit  &  pleuroit  ;  les  foûpirs  (ont  véritables ,  mais 
pour  les  larmes  ce  n’cft  autre  chofe  que  certaines  glaires  qui  luy  iortenc  des  yeux, 
que  l’on  fait  palTcr  pour  larmes. 

S’il  arrive  qu’elle  foir  fi  grande  qu’un  homme  n’en  puifle  venir  à  bout  ;  il  la 
mec  aifémenc  à  la  raifûn,luy  f  apant  quatre  ou  cinq  coups  de  maffuëfur  le  bec* 
Ceux  qui  fe  veulent  donner  du  piaifir  fe  mettent  fur  fon  dos  ,  luy  bouchent  les 
yeux  de  leurs  doigts,  &  la conduifenc  où  bon  leur  fcmble  }  mais  fut-elle  à  dix 
lieues  fur  la  terre  ,  fi  on  la  laifle  en  liberté',  elle  prend  fa  route  droit  à  la  mer, 
quand  même  on  luy  auroit  fait  faire  cent  tours.  Chacun  contribue  également  aux 
viétuailles,  &  aufelpour  Caler  la  viande  :&  au  retour  on  parcage  également  tome 
la  viande,  mais  il  y  a  un  lot  particulier  pour  celuy  auquel  appartient  le  cours. 

Le  Caret  vient  reconnoîire  la  terte  dix-fept  jours  auparavant  que  de  pondre  fes 
œufs  j  de  forte  que  rencontrant  un  tram  de  Caret ,  fi  on  ne  trouve  point  fes  œufs, 
il  y  faut  venir  le  dix-feptiéme  jour  enfuivant,  &  indubitablement  on  1  attra¬ 
pera. 

Le  Caret  eft  aufiî  méchant  que  la  Kaoüanne  ,  mord  plus  ferré  &  tient  plus 
opiniâtrément.  Un  jour  ayant  voulu  en  apporter  un  vif  jufqu’à  notre  Cale, 
attaché  par  les  deux  pieds  de  derrière  ,  à  un  levier  qui  étoic  fur  les  épaules  de 
deux  de  nos  valets  ,  il  en  mordit  un  par  la  feffe  ,  qui  fe  prit  à  crier  fi  ef¬ 
froyablement  ,  que  tous  les  domeftiqucs  y  accoururent ,  chacuQ  fe  pm  a 


R  ouffcttcs 
ou  Dou¬ 
cettes. 


88  Hiftoire  generale 

fraper  deflus  ,  à  le,  brûler  ^  &  tâcher  de  luy  ouvrir  la  gueule  avec  des  mor¬ 
ceaux  de  fer  >  mais  on  ne^  luy  peut  jamais  faire  lâcher  prife,  qu’aprés  luy  avoir 
coupé.: la  gorge. 

.1^- - ^ - 

CHAPITRE  XXXVII. 

^  Du  Chien  de  Mer. 


C  hee^  de 


Le  chien  de  Mer  eft  un  PoifTon  alTez gros  >  qui  fe  trouve  en  differents  en¬ 
droits,  mais  fur  tout  en  Elpagne  &  à  Bayonne.  De  tout  ce  Poiflbn  nous 
n’en  vendons  que  la  peau  ,  à  caule  du  giand  ulage  que  les  Ouvriers  en  bois 
en  font  ,  étant  fort  propre  â  le  polir.  Les  véritables  peaux  de  chien  ,  pour 
être  belles ,  doivent  être  grandes  &  larges  ,d’un  grain  rude,  ny  trop  gros  ny  trop 
petit ,  &  gainy  de  (es  oreilles  &  nageoires.' 

On  nous  apporte  encore  de  la  Hougue,  en  baffe  Normandie ,  la  peau  d’unPoif- 
fonaffez  fcmblable  au  Chien  de  Mer,  â  qui  l’on  a  donné  le  nom  de  Doucette  ou 
Roufetie,  dont  quelques  Ouvriers  fe  fervent  comme  de  peaux  de  Chien,  quoy 
qu’il  y  ait  bien  de  la  différence ,  en  ce  que  la  peau  de  Chien  eft  extrêmement  rude» 
la  Roufette  ne  Teft  que  fort  peu  \  &  de  plus,  c’eft  que  la  peau  de  Chien  eft  tou¬ 
jours  brune,  Ôi  les  Rouffettes  iont  de  differentes  couleurs»  &  toujours  garnie  fur 
le  dos  de  petites  étoiles,  Ôc  font  beaucoup  plus  petites,  c’eft  le  fujet  pour  lequel 
ces  peaux  des  Rouffettes  font  fort  peu  uficécs  à  Paris.  &  ne  s’employent  guere  que 
pour  l’Auvergne. 

Outre  l’ufage  que  les  Ouvriers  en  bois  font  de  ces  deux  fortes  de  peaux, elles 
font  encore  mifes  enufage  par  d’autres  Corps  de  Métiers,  comme  Gainiers  & 
autres. 

Noiis  vendons  de  plus  une  autre  peau  de  Poiffon»  que  quelques- uns  veulent  que 
ce  fou  une  efpece  de  Rets  qui  n’a  autre  ufage  tant  en  France  ,en  Angleterre 
autres  endroits  ,que  pom  fane  des  manches  de  couteaux. 


des  Drogues,  Livre  I.  89 

CH^APITRE  XXXVin. 

Du  Thon  ou  de  la  Thonine-. 


Le  Thon ,  que  les  Latins  appellent  Thumuî ,  eft  un  t^oiffon  alTez  grand ,  maf- 
fif&  ventru  ,  qui  fe  trouve  en  abondance  dans  la  Mer  mediteranée,  prin¬ 
cipalement  en  Provence ,  comme  à  Paint  Tropez  &  à  Nice ,  d’où  nous  vient  tout 
celuy  que  nous  vendons.  Il  s’en  pePeheaufli  quantité  en  EPpagne ,  mais  ccluy-ià 
ne  vient  pas  jufqu’à  nous. 

La  pefehe  du  Thon  fe  fait  pendant  les  mois  dfe  Septembre  &  Odobre  (&  cette 
pefehe  a  tant  de  particularitez ,  que  les  pefeheurs  la  font  voir  aux  étrangers  j  qui 
cil  le  temps  que  les  Thons  Portent  de  la  mer  Oceanné  ,  pour  entrer  dans  la  mec 
Mediteranée,  pour  s  en  aller  au  Levant  comme  les  Anchois  ;  je  laide  à  part  tou¬ 
tes  les  particularitez  de  cette  pefehe  ,  pour  dire  que  lorfquè  le  mois  de  Septem¬ 
bre  approche  les  Provençaux  jerrent  dans  la  mer  de  grandes  rets  faites  de  cordes 
de  jonc  qu’ils  appellent  la  Madrague ,  ces  Rets  ou  Madrague  font  enjancez  d’une 
maniéré  qu’il  y  a  plufieurs  feparations  en  maniéré  de  Chambre ,  donc  la  premiè¬ 
re  eft  plus  grande  que  les  autres  ,  afin  que  les  Thons  entrant  par  là  plus  grande 
dans  les  autres,  n’en  puilfe  teflortir  aufli  toft  que  la  xMadrague  eft  pleine  ,  ou  que 
les  pefeheurs  en  ont  aftez,  ce  qui  fe  fait  enbien  peu  de  temps,  tant  parjaaraude 
II.  Par  lie.  M  ^ 


go  Hiftoire  generale 

quantité  qui  s’y  en  trouve  que  parce  que  dés  qu’un  Thon  eft  entre  dedans ,  les 
autres  le  Tuivent  ainû  que  font  les  moutons.  La  Madrague  craat  retirée  de 
la  mer  ,  tous  les  Thons  meurent  d’eux-ménieS)  ne  pouvant  vivre  hors  de  l’eau 
criluite  on  les  pend  en  l’air ,  on  les  vuide  &  on  leur^ôte  la  tete  ,  &  apres  on 
les  coupe  par  tronçons,  on  les  fait  rôtir  fur  des  grandes  grilles  de  fer  ,  ôc  on  les 
fricaflTe  dans  de  l’huile  d’olive ,  &  apres  avoir  été  aflTaifonné  defel ,  de  poivre, 
gerofle  ,  de  quelque  fcüillesde  Laurier:  on  le  met  dans  des  petits  barils  ainfî 
tout  cuit  J  &  prêta  manger  avec  d’autres  huiles  d’olives  &  un  peu  de  vinaigre, 
pour  le  tranfporter  en  différends  endroits ,  où  il  eft  appellé  >  à  caufe  de  cette  pré¬ 
paration  ,  Thon  ou  Thonine  marine. 

Nous.voyons  &:  vendons  à  Paris  de  deux  fortes  de  Thon,  qui  ne  diftere  nean¬ 
moins  qu’en  ce  qu’il  y  en  a  dont  les  araites  ou  vertebresfontotces>  &  à  qui  pour 
Thondef-  cet  effet  on  a  donné  le  nom  de  Thondefoffez,  &  que  l’on  met  ordinairement 
dans  des  petits  barils  de  bois  blanc ,  large  par  le  bas  &  étroit  par  le  haut ,  &  celuy 
qui  n’eff  pas  defoffez  dans  des  petits  barils  ronds. 

On  doit  choifir  le  Thon  defoffez  >  ou  non  defoffez >  nouveau ,  ferme, bien  en- 
huilé  de  bonne  huile ,  &  d’une  chair  blanche  femblable  à  celle  de  veau. 


L’ufage  du  Thon  cft  fort  commun  en  Europe,  &  memes  en  plufieurs  autres  en¬ 
droits  >  tant  parce  quil  eft  preft  à  manger  i  que  parce  qu’il  cft  d’un  très  bon  goût 
&  approche  de  celuy  du  veau. 

On  pcfche  ordinairement  avec  les  Thons  un  autre  Poiffon  que  les  Provençaux 
appellent  Imperador,  &  nous  Empereur,  on  y  voit  aufli  des  Daufins  qui  font 
«TDauttus'.  toûjours  dcux  à  deux,  puifque  ayant  accoutumé  de  fauter  en  l’air  tous  deux  en 
un  même  moment,  foriant  des  filets  ils  ne  fe  laiffent  pas  prendre ,  il  y  a  lieu  de 
les  admirer,  (ortant  également  de  l’eau  l’un  auprès  de  l’autre,  ôi  retombant  en- 
femble  dans  la  mer  dans  le  même  moment  comme  s’ils  croient  accouplez. 


CHAPITRE  XXXIX. 

Des  Anchois  &  Sardines, 

Outre  leThon  nous  vendons  de  plus  des  Anchois  que  nous  faifons  venir  des 
mêmes  endroits  que  le  Thon ,  &  comme  nous  faifons  un  fort  gros  négoce 
de  ce. Poiffbn,  on  les  doit  choifîr  petits  >  nouveaux,  blancs  deffus  &  vermeil  de, 
dans ,  bien  ferme ,  ayant  le  dos  rond  »  en  ce  que  l’on  prétend  que  les  gros  &  pla!;s 
foient  les  Sardines ,  &  qu’en  débouchant  les  barils  la  fauce  foit  d’un  bon  goût , 
&  qu’elle  ne  fente  point  le  vent. 

La  pefche  des  Anchois  lè  fait  en  differens  endroits  >  comme  dans  la  Rivière  de 
Gennes  >  en  Catalogne , à  Nice  >  à  Cannes ,  à  Antibes,  faint  Tropez ,  &  autres  en¬ 
droits  de  la  Provence.  Cette  pefche  ne  le  fait  guère  que  la  nuit ,  &  toûjours  dans 
les  mois  de  May ,  Juin  &  Juillet ,  qui  font  les  trois  mois  de  l’année  qu’elles  for- 
tent  de  la  mer  Oceanc  pour  entrer  dans  la  mer  Medilcrannée  pour  aller  au  Le¬ 
vant. 

Lorfque  l’on  veut  aller  à  la  pcfche  des  Anchois  >  &  que  l’on  veut  en  pefeher 
quantité,  on  allume  du  feu  fur  une  grille  de  fer  à  la  poupe  du  barreau  ,  à  celle 
fin  que  ces  petits  poiffons  enfuivant  la  clairté  fe  laiffent  prendre,  mais  ce  qu’il  y 
a  de  remarquable  à  cette  pcfche,  c’eft  que  les  Anchois  qui  ont  cfté  pris  par  le 
moyen  du  feu  ,  ne  font  pas  fi  bons .  nv  fi  ferme  i  ny  d’uae  ii  bonne  garde  que 


des  Drogues ,  Livre  Premier.  9 1 

tcux  qui  ont  été  plis  fans  feu ,  loifque  la  pefche  eft  faite ,  on  leur  arrache  à  tous 
la  tête ,  afin  d’en  tirer  par  le  même  moyen  les  tripaillcs  qui  font  fuperflues  ,  & 
les  différencier  d’avec  les  Sardines  à  qui  on  la  laiffe ,  qui  pourroient  les  faire  cor¬ 
rompre  ,&  non  pas  comme  dit  Monfieur  de  Furetiere  ,  à  caufe  de  leur  fiel,  qui 
marque  dans  fon  livre  être  dans  leurs  têtes.  A  l’égard  de  la  maniéré  qu’on  les  ac¬ 
commode,  on  ne  fait  que  les  arranger  dans  des  petits  barils  de  differens  poids , 
dont  les  plus  gros  ne  pefent  au  plus  que  vingt-cinq  à  vingt-fix  livres  3  en  y  met¬ 
tant  du  fel  une  quantité  raifonnablc  avec  les  Anchois.  Nous  faifons  auffi  venir, 
mais  fort  rarement,  des  Sardines  feches ,  préparées  tout  de  mêmes  que  les  harens  sardines 
fors  ,  mais  le  peu  de  confommation ,  &  le  peu  de  goût  que  l’on  a  trouvé  a  ce  pe- 
tit  poiffon,  a  fait  que  ceux  qui  en  ont  fait  venir  Une  fois  j  ny  ont  pas  retour¬ 
né  unefccondci 

Etant  à  Royan  ,  petite  ville  de  Xaintonge  ,  où  il  fc  trouve  le  plus  de  Sar¬ 
dines  ,  quoy  (Ju’il  y  en  aye  beaucoup  en  Italie  &  en  Provence,  quelques  Pef- 
cheurs  m’ont  afliiré  que  ces  poiffons  ne  marchoient  jamais  qu’en  troupes ,  de 
que  par  la  conduite  de  leur  Roy  &  Capitaines  comme  les  abeilles; 


CHAPITRE  XL. 


Du  Marfoüw, 


LEMarfoüin,  ou  Cochon  de  Mer,  eft  un  gros  Poiffon  fort  connu  ,  &  dont 
l’ufage  eft  affez  grand  à  caufe  qu’il  eft  d’un  affez  bon  manger  j  c  eft  ce  qui 
fait  que  quclqu’uns  l’ont  mis  au  rang  des  Poiffons  Royaux:  de  tout  ce  Poifl'on 
nous  n’en  vendons  que  lagraiffe,oules  huiles  aromatifez,  ou  non  aromatifez,  di 
quin’cft  autre  chofe  qUe  delà  graiffe  fondue ,  &  par  le  moyen  de  quelques  ^to- 
mats,  on  luy  fait  changer  fa  puante  odeur  à  quelque  agréable.  On  attribue  à  la 
graiffe  &  aux  huiles  de  Marfoüin ,  la  propriété  de  guérir  les  humeurs  froides. 
Quelques  Apoticaires  tirent  du  Marfoüin ,  par  le  moyen  d’une  cornue  ,  phi-, 
fleurs  préparations  a  qui  ils  attribue  des  differentes  proprietez. 

Il,  Partie .  M  ij 


Hifloire  generale 


Des  os  de  Seiches, 


CE  que  nous  vendons  &  appelions  os  de  Seiches ,  &  les  Latins  w  ,  cft 
le  dos  d’un  Poiflbn  fort  commun  danslamcrOceanc_,  &même  dans  laMe- 
diteranée  ;  les  Seiches  font  des  PoilTons  fort  ideux ,  &  d’une  nature  fort  lùrprc- 
nante ,  il  s’en  mange  en  differentes  Villes  de  France ,  conameà  Lyon ,  Bordeaux ,  la 
Rochelle,Nantes Vautres.  L’os  de  ce  PoifTon  eft  de  differentes  grandeurs,  les 
plus  grands  nepaffant  neanmoins  pas  un  demy  pied  ;  ces  os  font  blancs ,  dur  d’urv 
côté  &  tendre  de  l’autre  ;  c’eft  pour  ce  fujet  que  les  Orfèvres  s’en  fervent  pour 
mouler'i  quelqu’uns  fe  fervent  des  os  de  Seiches  pour  fe  nettoyer  les  dents,  mais 
leur  plus  grand  ufage  cft  pour  les  Orfèvres  ,&  pour  ceux  qui  font  lalacque  fur^ 
nommé  de  Venize. 


CHAPITRE  XLIL 


Du  Soldat  ou  Gancelles. 


^oLLit 


Hifrruu’s 


E  Soldat ,  dit  le  R. P.  du  Tertre,  cft  une  cfpccc  de  petit  cancre,  long  de 
trois  ôu  quatre  pouces  au  plus  :  il  a  la  moiâ.c  du  corps  femblablc  à  une 


Des  Drogues.  Livre  prèmier.  93 

fauterelle  marine  ,  mais  revêtu  d’une  écaille  un  peu  plus  dure:  quatre  pieds  alTez 
lemblables  à  ceux  d’une  Crabe;  deux  mordans^  dont  l’un  n’eft  guère  plus  gros 
qu’un  de  fes  pieds ,  &  l’autre  cft  plus  large  que  le  pouce,  rond  ,  qui  ferre  étran¬ 
gement,  ôc  bouche  tout  le  trou  de  la  coquille  où  il  loge.  Tout  le  refte  du  corps 
n’ell:  qu’une  efpecc  de  boudin ,  d’une  peau  alTez  rude  Seépailfe,  gros  comme  le 
doigt,  long  de  la  moitié ,  ou  un  peu  plus.  Au  bout  il  y  a  une  petite  queue  3 
compofée  de  trois  petites  ongles,  ou  trois  petites  écailles  ,  comme  la  queue 
d’une  fauterelle  de  mer.  Toute  cette  moitid  du  corps  eft  remplie  d’un  Taumaly^ 
femblablc  à  celuy  qui  fe  trouve  dans  la  coquille  d’une  Crabe  :  mais  rouge,  &  qui 
étant  expofé  au  feu  ou  au  Soleil ,  fe  fond  &  fe  refoud  en  huile  ,  qui  eft  un  véri¬ 
table  baûme  pour  les  playes  recentes.  J’en  ay  fait  moy-même  l’experience  fur ,,, 
plulieurs  perfonnes  avec  de  tres-heureux  fuccez.  Tous  les  habitans  en  font  grand 
cas ,  &  il  s'en  trouve  peu  qui  n’en  falfent  provilion. 

Ils  defeendent  tous  les  ans  une  fois  au  bord  de  la  met ,  je  ne  fc^ay  il  c’eft 
pour  s*y  baigner ,  &  y  jetter  leurs  œufs  comme  les  Crabes  5  mais  je  f(^ay  bien  que 
c  eft  aulli  pour  y  changer  de  coquille ,  car  la  nature  qui  les  fait  naître  le  derrière 
tout  nud ,  leur  a  donné  l’inftimft  d’y  pourvoir  en  nailfant  j  car  à  peine  font-ils 
monde ,  qu’un  chacun  d’eux  cherche  une  petite  coquille  proportionnée  à  fa  gran¬ 
deur  ,  fourre  fon  derrier  dedans ,  l’ajufte  fur  foy ,  &  ainfi  revêtus  des  dépouilles 
d’autruy,&: armez  comme  des  Soldats  de  ces  coquilles  étrangères j  gagnent  la 
montagne,  repairent  dans  les  rochers  ôi dans  des  arbres  creux  Comme  font  les 
Crabes ,  vivent  comme  elles  de  fcüilles  de  bois  pourris  &  de  fruits  ;  &  quelque¬ 
fois  aufli  de  pommes  de  Mancenille.  D’où  vient  qu’encore  qüc  nos  habitans  en 
mangent ,  &  les  eftiment  fort,  ils  font  tres-dangereux.  J’ay  une  fois  penfé  ren¬ 
dre  l’amc  ,  pour  en  avoir  mangé  deux  dans  la  grand?  terre  ^  fous  des  Mance- 
nillcs. 

Cependant ,  nos  Soldats  croilfent  dans  la  montagne ,  &  la  coquille ,  qui  n’a  pas 
été  exprelfément  faite  pour  eux,  commence  aies  preirer&  à  leur  ferrer  ii  étroi¬ 
tement  le  derrière ,  qu’ils  font  contraints  de  defeendre  au  bord  de  la  mer  pour 
changer  de  maifon.  Les  curieux  qui  ont  pris  garde  à  ce  qui  fe  palfe  dans  ce  chan¬ 
gement,  avoüer  ont  ingenuëment  avec  moy ,  qu’il  y  a  un  plaifir  extrême  à  les 
voir  faire.  Ils  s’arrêtent  à  toutes  les  coquilles  qu’ils  rencontrent,  les  confiderent, 
attentivement,  &  en  ayant  rencontré  quelqu’une  qu’ils  crôyent  leur  être  propre, 
ils  quittent  incontinent  la  vieille  ,&  fourrent  fî  promptement  le  derrière  dedans 
l'autre ,  qu’il  femblc  que  l’air  leur  falTe  mal ,  ou  qu’il  ayent  honte  de  leur  mon¬ 
trer  à  nud. 

Ariftotequiaditqueles  animaux  ne  combatoient  qüe  pour  le  manger  ôc  l'ac- 
éouplemcnt ,  auroit  ajoûté  ,  s’il  avoir  fçû  ce  que  font  ces  petits  animaux,  &c  pour 
lé  logis  :  car  fi  deux  fe  rencontrent  en  même  temps  dépoüillez ,  pour  entrer  en 
une  même  coquille ,  ils  s’entrcmôrdent  &  fe  battent ,  jufqu’à  ce  qu’en  le  plus 
foible  cede ,  &  quitte  la  coquille  au  plus  fort  3  qui  en  étant  revêtu  fait  trois  ou 
quatre  caracoles  fur  le  rivage  ;  que  s’il  trouve  que  ce  ne  foit  pas  fon  fait ,  il  la 
quitte  &  recourt  promptement  à  fon  ancienne ,  &  en  va  chercher  une  autre  ail¬ 
leurs.  Ils  changent  fouventjufqu’â  cinq  ou  fut  fois ,  avant  que  d’en  trouver  une 
pîêopre. 

Ils  portent  dans  leurs  coquilles  environ  une  demy  cucillcree  d  eau  claire  ,  la¬ 
quelle  cft  un  fouverain  remede  contre  les  puftulcs  &  veflies  ,  que  le  lait  ou 
l’eau  qui  tombe  de  delTus  les  branches  de  Mancenille  ,  fait  élever  fur  la 
peau. 

Quand  on  le  prend,  ù  fait  paroître  de  lacolere^  jettant  un  petit  cry  ,  comme 

M  iij 


Cheli  Cari- 
trtrHm. 


Pierres 

d’EcreviX- 

f«V. 


94  Hifioire  generale 

qui  diroit ,  grc ,  grc ,  grc ,  &  tâche  d’attraper  avec  fon  gros  mordant ,  celuy  qui 
le  tient  J  &  dctlors  qu’il  a  une  lois  mordu,  on  le  tuéroit  plûtôt  que  de  luy  l:aii« 
lâcher  prile.  13  n  de  ces  Soldats  m’ayant  une  lois  pris  par  le  bout  du  doigt  ,  me 
ht  par  l’cfpace  de  deux  heures  loulfrir  d’étranges  douleurs ,  fans  que  j’y  pufl’e  ap¬ 
porter  aucun  rcmede.J’ay  apris  depuis  qu’il  ne  faut  que  luy  chauffer  la  coquille; 
car  alors  non  feulement  il  démord  ,  mais  même  abandonne  fa  maifon  &  fc 
fauve. 

Les  habitans  des  Ifles  pefehent  ce  Poilfon ,  &  auffi-toft  qu’il  eft  pris  ils  l’enhlent 
par  la  tête  &l’cxpofc  au  Soleil  ;  qui  le  fait  fondre  en  fortt  qu’il  n’y  relie  que  le;» 
araites.  Ils  rc(joivent  l’huile  qui  en  fort ,  qui  eft  épailfc  comme  du  beurre  ,  &: 
d’une  odeur  extrémemeut  puante.  Avec  cette  grailfc  il  découle  une  eau  roulTe, 
qui  empêche  que  cette  huile  ne  fe  rencilfe.  Sa  vertu  éft  admirable  pour  IcsRu- 
matifme,  &  les  guérit  fi  promptement,  que  ceux  qui  ontrefl'enti  les  effets ,  ont 
plûtôt  attribue  cela  à  une  efpecc  de  miracle  qu’à  un  rcmede  humain  ;  &  les 
Sauvages  qui  font  fort  fujet  â  ce  mal ,  ne  fe  fervent  point  d’autres  remedes , 
c’eft  ce  qui  fait  qu’ils  vendent  cette  huile  fi  chere  ,  &  quelle  eft  fi  rare  en 
France. 

Q^el qu’uns  m’ont  affuré  que  le  Soldat  étoit  un  Poiffon  de  la  ftgure  d’un  Efper- 
lan ,  mais  comme  le  R.  P.  du  Tertre ,  en  a  fait  une  jufte  defeription ,  &  qu  elle  m’a 
été  conftrmée  par  le  R.  P.  Plumiers  ,  j’ay  crû  mieux  faire  de  les  fuivre  que  de 
m’en  rapporter  à  des  perfonnes  qui  ne  l’ont  fqû  que  par  ouy  dire,  &  quelque  di¬ 
ligence  que  j’aye  fait,  je  n’en  ay  pû  avoir  qu’une  coquille,  &  delà  graiffeou 
lîuilc. 


CHAPITRE  XLilI. 

Des  ËcrevijJ'es  de  Mer  &  de  Civières, 

IL  y  a  deux  fortes  d’Ecreviffes  de  mer  ,  dit  le  R.  P.  du  Tertre,  que  l’on  appelle 
communément  Homars  ,  qui  ne  font  different  qu’en  ce  que  les  uns  ont  deux 
o-ros  mordans  ,  plus  longs  &  plus  larges  que  la  main  ,  &  beaucoup  plus  fort  que 
ceux  des  Crabes ,  les  autres  n’en  ont  point  ;  niais  ils  ont  deux  grands  barbillons 
hcriflcz  comme  les  pieds  de  nos  Crabes,  communs  &  longs  comme  le  bras  ;  je 
croy  que  c’eft  ce  que  nous  appelions  le  Pan  de  mer.  Ils  croiffent  d’une  grandeur 
extraordinaire  ;  car  il  y  en  a  qui  ont  prés  de  trois  pieds  de  long.  Leur  chair  eft 
blanche,  Sautant  ou  plus  favoureufe  que  celle  des  crabes,  mais  bien  plus  dur» 
plus  indigefte ,  elle  fe  mange  avec  le  jus  de  citron  &:  le  poivre. 

On  les  va  pefeher  la  nuit  au  flambeau  dans  les  lieux  pierreux  ,  &  d’où  la 
mer  s’étant  retirée  j  il  ne  laiffe  pas  d’y  demeurer  de  petites  mares  ou  fofles  plei¬ 
nes  d’eau ,  où  on  les  foin* ,  harponne  ,  ou  bien  on  les  coupe  en  deux  avec  un 
coutelas. 

De  ces  écreviffes  de  Mer  ou  Homals ,  on  ne  fe  fert  en  medecine  que  des  groffes 
pattes  noirâtres ,  que  quelques-uns  nomment ,  fur  tout  en  Angleterre  (^heit 
cxorim. 

Pour  ce  qui  eft  des  Ecreviffes  de  Rivières  ,.  nous  ne  vendons  pour  l’ordinaire 
qu’une  petite  pierre  blanche  faite  en  forme  dé  yeux  ,  d’où  eft  venu  leurs  noms , 
qiioyque  fort  improprement  ,  puifque  ce  ne  font  que  des  petites  pierres  qui  fc 
trouvent  dans  la  tête  des  groffes  Ecreviffes  de  Rivières. 


des  Drogues ,  Livre  Premier.  95 

Ces  pierres  que  la  plufpart  appellent  yeux  d’EcrevilTes  ,  ou  Oculi  Cancri,  ne  fe 
trouve  gucrcs  que  dans  les  mois  de  May  &  de  Juin  ,  qui  eft  le  temps  que  les 
Ecrevillcs  polent  leurs  écailles. 

Les  pierres  d’Ecrevifl'e  que  nous  vendons  à  Paris,  viennent  d’Hollande  ;  &  fi 
on  en  veut  croire  le  Médecin  de  l’Envoyé  de  Pologne ,  qui  cil;  un  fort  honnête  & 
habile  homme,  qui  a  demeuré  long-temps  en  Hollande ,  m’a  dit  &  alfuré  que  ce 
que  nous  vendions  fous  le  nom  de  yeux  d  Ecrevifl'e,  n’étoit  qu’une  terre  blanche 
lavée,  &  miles  en  petites  paftilles  ou  trochefques,  &  cachetez  avec  un  petit  inf- 
trument  fait  exprès ,  pour  y  former  ce  petit  trou  qu’on  y  voit ,  &  après  avoir 
été  cuit  au  four  elles  nous  font  envoyées. Et  pour  prouver  fon  dire,il  m’a  alluré  qu’il 
y  avoir  à  Amfterdam  deux  perfonnes  qui  ne  faifoient  autres  négoces  que  contre¬ 
faire  ces  petites  pierres ,  ce  que  je  n’ay  pû  fçavoir  par  lettres ,  quelque  diligences 
que  j ’aye  fait.  ^ 

Il  pourroit  y  avoir  quelque  vray  femblables ,  en  ce  qu’il  n’eft  pas  pollible  que 
l’on  puiffe  trouver  en  Hollande  &  autres  endroits ,  afl’cz  d’écrevilTes  pour  pou¬ 
voir  retirer  toutes  les  pierres  qui  fe  confomment  en  Hollande  ,  en  ce  qu’il  y  a 
fort  peu  d’Hollandois  qui  n’en  ufe ,  &  qu’il  n’en  ait  aduellement  dans  la  bou¬ 
che  ,  fans  ce  qui  peut  s’employer  en  medecine  ,  fans  compter  toutes  celles  qui 
s’empl'oyent  en  France  &  autres  endroits  ;  &:  j’ay  veu  des  temps  à  Paris  que  ces 
pierres  d’Ecreviffes  y  étoient  à  fi  bon  marché  qu  elles  s’y  font  données  à  des  vingt 
&  vingt  deux  fols  la  livre.  D’un  autre  côté,  je  ne  puis  croire  que  fî  c’étoit  une 
terre  pteparéc  que  les  Hollandois  ,  qui  font  gens  d’efprit  6c  fort  éclairez ,  fuf- 
fent  affez  fîmples  pour  faire  un  ufage  continuel  d’un  remede  qui  ne  feroit  que 
de  la  terre.  Ainfi  n’ayant  pû  m’éclaircir  fur  cet  article  ,  je  le  lailTeray  à  décider 
à  d’autres  plus  habiles  que  moy  ;  &  cependant  je  diray  que  l’on  doit  choifir  ces 
pierres  foit  naturelles  ,  ou  fabriquées  telles  que  l’on  nous  les  envoyé,  bien  blan¬ 
ches,  &  les  plus  groffes  que  faire  fe  pourra.  L’ufage  de  ces  pierres  eft  prefente- 
ment  fort  eftimé  ,  principalement  depuis  que  l’on  a  reconnu  que  c’étoit  un 
puiffant  Akali ,  6c  qu’elles  étoient  fort  convenables  pour  arrêter  les  vomifTe- 
mens  ;  on  ne  doit  fe  fervir  de  fes  pierres  qu’aprés  qu’elles  auront  été  bien  broyées, 
on  les  prend  au  poids  d’un  demy  gros  dans  du  boüillon,&  autres  liqueurs  con¬ 
venables  ,  on  fe  fert  des  plus  petites  6c  entières ,  que  l’on  met  dans  les  yeux  pour 
en  tirer  les  ordures.  Monheur  Charas  m’a  dit  avoir  tiré  beaucoup  de  fel  volatillc 
d’huile  6c  de  teinture  de  fes  pierres  d’écrevifles  ,  6c  même  le  marque  dans  fa 
Pharmacopes  à  la  page  797.  ce  que  je  crois  être  véritables ,  n’étant  pas  un  hom¬ 
me  à  avancer  une  chofe  tpi  ne  feroit  pas ,  ce  qui  ne  fe  rapporte  guere  à  ce 
que  m’en  a  dit  ce  Médecin  ;  car  nous  fejavons  par  expérience  qu’une  terre  inci- 
pidc  telle  qu’eft  la  terre  blanche  d’Hollande,  ne  peut  donner  d’Huile  n’y  de  Sel. 

Et  de  plus ,  c’eft  que  ces  pierres  d’écrcvilTes  étant  mife  fur  un  charbon  allumé , 
fe  noircifl'ent  &  fe  calcine  comme  font  tous  les  os. 

Outre  les  pierres  d’écrevilTcs  nous  en  vendons  les  cendres,  que  l’on  fait  faci- 
Icmcnt  en  brûlant  les  Ecrcvilfes  dans  un  pot  capable  dcrcfifter  au  feu  5  fes  cen- 
dres  doivent  être  jaunes  6c  bien  préparées,  car  celles  qui  font  noires  ne  valent 
rien ,  ayant  été  trop  brûlée.  Ces  cendres  n'ont  pas  grand  ufage  en  Medecine  , 
n’étant  ulitées  que  pour  quelque  compofition  galcnique ,  comme  le  Mondificatif 
d’Ache,  ainfi  qu’il  eft  plus  au  long  d’écrit  dans  la  Pharmacopée  de  Monlieur 
Verny  ,  Maître  Apoticaire  à  Montpellier  ,  avec  qui  j’ay  eu  I  honneur  de  con- 
verfer  plufieurs  fois  aulfi  ,  qui  a  Commenté  fur  celle  de  Monfieur  Bauderon 
pcrc*  Maître  Apoticaire  à  Maçon. 


96 


Hiftoire  generale 


CHAPITRE  XLIV. 

De  La  Boutarque  &  du  Cavial, 

La  Boutarquc  eft  les  œufs  d’un  Poiffon  que  les  Provençaux  appellent  Muge  ou 
Mujon ,  fort  frequent  dans  la  Mediteranée  :La  meilleure  Boutarque  eft  celle 
qui  vient  de  Tunis  en  Barbarie  ^  il  s’en  fait  aufli  au  Martegue  à  huit  lieues  de 
Marfeille la  plus  eftimée  eft  celle  qui  eft  rougeâtre,  on  la  mange  les  jours  mai¬ 
gres  avec  de  l’huile  d’olive  &  du  citron. 

Le  Cavial  que  nous  faifons  venir  d’Italie  ,  fc  fait  en  plufieurs  endroits  du  Le¬ 
vant,  aufli  d’œufs  dePoiflbn,que  quelqu’uns  m’ont  afliiré  être  ceux  de  l’étur- 
geon,ceque  je  ne  puis  certifier  pour  ne  le  fçavoir  pofitivement  i  je  diray  feule¬ 
ment  qu’il  s’en  mange  beaucoup  en  Italie  &  peu  en  France,  n’étant  prefquc  con¬ 
nu  de  perfonne  aufli-bien  que  la  Boutarque ,  principalement  à  Paris. 


CHAPITRE  XLV. 

Du  Requiem. 

CEPoiflbn  eft  appelle  par  les  Efpagnols  Phihuron^  par  les  Holandois  Haye  I 
&  par  les  François  'F^c^uiem ,  parce  qu’il  dévore  les  hommes ,  &  fait  chanter 
P^ecjuiem  pour  eux.  Il  eft  en  tout  &  par  tout  feinblable  au  Chien  de  Mer. 

C'eftbienle  plus  glouton  animal  du  monde  5  toutes chofes  luy  font  bonnes, 
ne  fuflent  que  des  morceaux  de  bois ,  pourveu  qu’ils  foient  un  peu  oraiflez 
d’huile.  Il  avale  tout  fans  mâcher  j  il  eft  furieux ,  hardy ,  &  fe  jette  quelquefois 
fur  la  rive ,  jufqu’à  demeurer  à  fec ,  pour  engloutir  les  palTans.  Il  y  en  a  quelque¬ 
fois  qui  mordent  les  rames  à  belles /dents ,  de  rage  &  de  dépit  de  ne  pouvoir  avoir 
les  hommes  qui  font  dans  les  Canots. 

On  trouve  dans  fa  tête  deux  ou  trois  cueillerées  de  cervelle  blanche  comme 
neige,  qui  étant fechée,mife en  poudre, &:prifd  dans  du  vin  blanc,  eft  excel¬ 
lente  pour  la  gravelle.  L’on  fait  de  l’huile  â  brûler  de  fon  foyc. 

Le  ReverendP.  du  Tertre  fait  un  long  difeours  de  cet  animal,  où  le  Ledeur 
pourra  avoir  recours.  Qi^lques-uns  ont  donné  â  ce  Poiflbn  le  nom  de  Tibe- 
rons ,  &  d’autres  ccluy  de  Poiflbn  â  deux  cens  dents ,  eft  fi  furieux  qu’il  coupc 
la  cuilfe  d’un  homme  d’un  feul  coup  de  dents. 

Outre  tous  les  animaux , ou  leurs  parties  dont  j’ay  parlé  cy-devant ,  nous 
vendons  encore ,  mais  fort  rarement ,  les  os  de  tête  de  Tiberons  ceux  des 
têtes  de  Crocodilles ,  de  Carpes ,  de  Perches ,  de  Merlans ,  &  les  mâchoires  des  Bro¬ 
chets.  Finalement  il  eft  permis  aux  Marchands  Epiciers  de  faire  venir  toutes 
fortes  de  Poiflons  falc  ,  &lcs  vendre  en  gros  &  en  détail. 


des  Drogues ,  Livre  Premier. 


97 


CHAPITRE  XLVI. 
Des  Perles. 


LEs  Perles  font  des  petits  cotps  ronds  ou  baroques ,  qui  fc  trouvent  dans  les 
Mers  tant  d’Orient  que  d’Occident.  Il  y  a  plufieurs  fortes  de  Perles ,  qui  font 
plus  ou  moins  eftimées ,  fuivant  qu’elles  font  grolfcs ,  rondes  &  d’une  belle  eau, 
&  fuivant  l’endroit  où  elles  ont  été  pefehées  -,  comme  il  fc  trouvera  par  la  fuite  du 
prefent  difcours  ,&  comme  Monfieur  Tavernier  dansfes  voyages  en  a  fait  une 
curieufc  recherche ,  j’ay  jugé  à  propos  j  fans  renvoyer  le  Lcélcur  à  fon  Livre , 
de  rapporter  icy  ce  qu’il  en  a  dit ,  dont  voicy  la  teneur. 

Il  lé  trouve  des  Perles ,  diC-il,dans  les  mers  d’Orient  &dans  les  mers  d’Occi¬ 
dent  i  &  tant  pour  la  fatisfaftion  du  Ledeur ,  que  pour  ne  rien  omettre  fur 
cette  matière ,  bien  que  je  n’aye  pas  été  en  Amérique ,  je  remarqueray  neanmoins 
tous  les  endroits  où  il  y  a  des  pefeheries  de  Perles ,  commençant  par  celles  de  1 0- 
rient. 

Premièrement, il  y  a  une  pefeherie  de  perles  autour  de  l’ifle  de  Bahrcn  dans  le  Golfe 
Perfique. Elle  appartient  au  Roy  de  Perfe,  &  il  y  a  une  bonne  for  ter  efle  ou  il  entre¬ 
tient  une  garnifon  de  300.  hommes. L’eau  qu’on  boit  dans  cette  lfle,&  celle  de  la  côrc 
de  Perfe.ellcommelalce&  de  mauvais  goût,&  il  n’y  a  que  ceux  du  païs  qui  en  puil- 
fent  boire.Pourcc  qui  cft  des  étrangers  il  leur  coûte  allez  pour  en  avoir  de  bonne  j 
car  il  faut  qu’on  l’aille  puifer  dans  la  mer  depuis  une  dcmi-lieuc  de  1  iflcjufquesà 

II.  Fartte.  N 


98  Hiüoire  generale 

prés  de  deux  lieues.  Il  faut  que  ceux  qui  la  vont  quérir  foicnc  cinq  ou  flx  daR§ 
unebarque,defquelsun  ou  deux  vont  au  fond  de  la  mer.  avec  une  bouteille  oiî 
deux  pendues  à  leur  ceinturci  Icfquellcs  ils  ciTipliiTenc  d’eau  §:  enfuitc  les  bou¬ 
chent  bien.  Car  au  fond  delà  mer  environ  deux  ou  trois  pieds,  i’eau  cft  doue? 
&  des  meilleures  que  l’on  puifl'e  boir«.  Quand  ceux  qu’on  dévale  au  fond  de  la 
mer  pour  puiter  cette  eau  ,  tirent  une  petite  corde  qui  cft  attachée  à  un  de  ceux 
qui  font  reftez  dans  la  barque  ,  c'eft  le  f^^l  afin  que  leurs  capaar^ides  les  reçU 
renr. 

Pendant  que  les  Portugais  tenoient  Ormus  &  Mafcaié  ,  chaque  Ter^cc  ou  batr 
gue  qui  alloit  pefeher ,  ctoit  obligée  de  prendre  d’eux  un  palTeport  qui  coûtoig 
quinze  Abaflîs;  &  ils  tenoient  toûjours  là  plufieurs  brigantins ,  pour  couler  à 
fond  celles  qui  n’en  avoient  pas  voulu  prendre.  Mais  depuis  que  les  Arabes  onç 
repris  Mafcaté  ,&  que  les  Portugais  ne  font  plus  forts  fur  le  Golfe, chaque  hoPl- 
me  qui  va  pefeher  paye  feulement  au  Roy  de  Perfe  cinq  abaffis ,  foit  que  fa  pelcjaç 
foit  bonne»  foit  qu’il  ne  trouve  rien.  Le  Marchand  donne aulîi  au  Roy  quelque 
peu  de  chofe  de  chaque  milliers  d’huitres. 

La  fécondé  pefcherie  de  perles  eft  vis  à  vis  de  Rahrcn  fur  la  côte  de  l’Arabie 
heureufe  proche  la  ville  de  Catifa.  qui  appartient  à  un  Prince  Arabe  avec  toute 
la  contrée  d’alentour.  Toutes  les  perles  qui  fe  pefehenc  dans  ces  lieux-là  fe  yeu- 
dent  la  plufpart  aux  Indes ,  parce  que  les  Indiens  ne  font  pas  fi  difficiles  que  nous, 
tout  y  palfeaifément  >  les  baroques  âuffi  bien  que  les  rondes,  &  chaque  chofe  à 
fon  prix  .  on  fe  défait  de  tout.  Il  s’en  porte  aufli  quelqu’unes  à  Balfara  Celles  quj 
vont  en  Perfe  &  en  Mofcovie,fe  vendent  au  Bander- Congo  à  deux  journées  d’Qrr 
mus  Dans  tous  les  lieux  que  je  viens  de  nommer  &  autres  endroits  de  l’Afe,  il§ 
aiment  autant  feau  tirant  un  peu  fur  je  jaune  que  l’eau  blanche ,  parce  qu’ils  difeng 
que  les  perles  dont  l’eau  eft  un  peu  dorée,  dcmcurçni;  toûjours  dans  leur  viva¬ 
cité  &  ne  change  jamais  i  mais  qu’étant  blanches  elles  ne  durent  pas  trente  an§ 
fans  perdre  leur  vivacité,  &  tant  à  caufe  de  la  chaleur  du  puisque  delafueur  de 
la  perfonne  elles  prennent  un  vilain  jaune. 

Avant  que  de  forrit  du  Golfe  d  Ormus,  je  pat Icray  un  peu  plus  au  long  que  je 
n’ay  fait  dans  mes  Relations  de  la  Perfe»  de  cette  admirable  perle  qu’a  le  Prince 
Arabe  ,  quiôra  Mafcaté  aux  Portugais.  Il  prit  alors  le  nom  d’imeneçt  Prinçe  de 
MafcatCjS appellant  auparavant  Aceph  Ben  Ah  Prince  de  Norenvaé.  Ce  n’eji 
qu’une  petite  Province,  mais  la  meilleure  de  toute  l’Arabie  heureufe,  Il  y  creje 
tout  ce  qui  eft  necefiaire  à  la  vie  de  l’homme  ,  mais  particulièrement  de  beaux 
fruits,  &  fur  tout  d’excellensraifins ,  dont  on  pourroit  faire  de  bon  vin.  C’eft  çç 
Prince  qui  a  la  plus  Belle  perle  qui  foit  au  monde ,  non  pas  tant  pour  fa  grofleur  ; 
car  elle  ne  pefe  que  douze  carats ,  &  ny  pour  fi  parfaite  rondeur  ,  mais  parce 
qu’elle  eft  fi  claire  &  fi  iranfparente  que  l’on  voit  prelque  le  jour  au  travers.Com- 
me  le  Golfe  vis  à  vis  d’Otmus  n’a  gueres  que  douze  lieuçs  de  large  de  l’Arabie 
heureufe  à  la  côte  de  Perfe,  &  que  les  Arabes  étoient  en  paix  avec  les  Perfans  , 
le  Prince  de  Mafcaté  vint  rendre  vifiteau  Kan  d’Ormus  qui  le  traita  magnift- 
quement, priant  auffi  du  feftin  les  Anglois  &  les  Hollandois,  &  quelques-autrcç 
Francs  du  nombre  defquels  je  fus.  A  l’ilTuë  du  feftin  le  Prince  tira  cette  pcrlç 
d’une  petite  bourfe  qu’il  avoir  pendue  à  fon  cou ,  &  la  montra  au  Kan  &  à  tou¬ 
te  la  compagnie.  Le  Kan  la  voulut  acheter  pour  en  faire  prefent  au  Roy  de  Per¬ 
le,  &  en  offrit  jufqu’à  deux  mille  tomensjmais  il  ne  s’en  voulut  pas  défaire.  Dcr 
puis  je  paffay  la  met  avec  un  Marchand  Banian,  que  le  Grand  Mogol  avoii  eor 
vpyé  à  ce  Prince  pourluy  offrir  quarante  mille  écus  de  fa  perle  ,  ce  qu’il  ne  vou¬ 
lût  pas  accepter.  Cette  hiftoitc  fait  voir  que  pour  ce  qui  regards  les  joyaux  )ÇS 


des  Drogues.  Livre  premier.  99 

qui  cft  beau  ne  fc  doit  pas  toûjours  apporter  en  Europe ,  mais  plûtôt  d’Europe  en 
Àfie  comme  j’ay  fait  ,  parce  qu’on  y  fait  grand  cas  des  pierreries  &  des  peiles 
quand  elles  ont  une  extraordinaire  beauté  >  à  la  referve  de  la  Chine  &  du  Japon 
où  l’on  ne  s’en  foucie  en  aucune  forte. 

L’autre  endroit  de  l’Orient  où  fl  y  a  unepefeherie  de  perles,  eft  dans  la  mer , 
qui  vient  battre  un  gros  bourg  appelle  Manar  en  l’ifle  de  Ceylan.  Ce  font  les 
plus  belles  pour  l’eau»  &c  pour  la  rondeur  de  toutes  les  autres  pefeheries ,  mais  ra^ 
icment  en  trouve-t-on  qui  paflTent  trois  ou  quatre  carats. 

Il  y  a  enfin  fur  la  côte  du  Japon  des  perles  de  fort  belle  eau,  &  afiez  grolTesjniais 
elles  font  fort  baroques.  Toutefois  on  ne  les  pefche  point ,  parce  que  comme  je 
viens  de  dire ,  les  Japonois  ne  font  point  d’eftime  des  joyaux. 

Bien  que  les  perles  qui  fe  trouvent  à  Bahren  &  à  Catifa  >  tirent  un  peu  fur  le  jau- 

8  c,  on  en  fait  autant  de  cas  que  de  celles  de  Manar,  comme  je  l’ay  remarqué;  & 
ans  toutfOrient  on  dit  quelles  font  meures  ou  cuites, &  quelles  ne  changent 
jamais  de  couleur. 

Je  viens  aux  pefeheries  de  l’Occident  qui  font  toutes  dans  le  Grand  Golfe  de 
Mexique  le  long  de  la  côte  de  la  nouvelle  Efpagne,&il  y  en  a  cinq  quifefuivent, 
d’Orient  en  Occident. 

La  première  eflle  long  de  l’Iüe  de  Cubagua,  qui  na  que  trois  lieues  de  circuit, 
&  eft  éloigné  de  cinq  ou  environ  de  la  Terre  ferme.  Elle  eft  à  dix  degrez  &  de¬ 
mi  de  Latitude  Septentrionale ,  &  à  cent  foixante  lieues  de  S.  Dominique  dans 
l’ifle  appcllée  Efpagnole.  C’eft  une  terre  fort  infertile  qui  manque  de  toutes  cho- 
fes ,  &  particulièrement  d’eau  que  les  habitans  font  obligez  d’aller  prendre  dans 
la  Terre- ferme.  Cette  Ifle  eft  renommée  dans  tout  l’Occident ,  parce  que  c’eft  où 
fe  fait  la  plus  grande  pefche  de  perles,  quoyque  les  plus  grofles  ne  paifent  pas 
cinq  carats. 

La  fécondé  pefeherie  eft  a  l’ifle  de  laMarguerite,c’eft  à  dire  l’ifle  des  perles  à 
une  lieue  de  Cubagua,  qu’elle  furpafle  de  beaucoup  en  grandeur.  Elle  produit 
tout  ce  qui  eft  neceffaire  à  la  vie ,  finon  qu’elle  manque  d’eau  de  même  que  C 1- 
bagua ,  &  elle  va  s’en  pourvoir  à  la  riviere  de  Cumana  proche  de  la  nouvelle  Ca- 
dis.  Cette  pefeherie  n’eft  pas  la  plus  abondante  de  toutes  les  cinq  de  l’Amérique; 
mais  elle  eft  eftimée  la  principale ,  parce  que  les  perles  que  l’on  y  trouve  furpaf- 
fenc  les  autres  en perfeiftion,  tant  pour  l’eau  que  pour  lagrofleur.  Une  des  der¬ 
nières  que  j’ay  eues  en  main  ,  bien  formée  en  poire  &  de  belle  eau,  pefoit  cin- 
quante  cinq  carats ,  &  je  la  vendis  à  Cha  Eft  Kan  ,  oncle  du  Grand  Mogol. 

Plufieurs  s’étonneront  de  ce  qu’on  porte  des  perles  de  l’Europe  en  Orient ,  d’où 
il  en  vient  quantité;  mais  il  faut  remarquer  que  dans  la  pefeherie  de  l’Otienc , 
il  ne  s’en  trouve  point  de  fi  grands  poids  qu’en  Occident  ;  joint  que  tous  les  Rois 
&  Grands  Seigneurs  de  l’Afie ,  payent  bien  mieux  que  l’on  ne  fait  en  Europe ,  non 
feulement  les  perles,  mais  toutes  fortes  de  joyaux  quand  ils  ont  quelque  chofe 
d’extraordinaire,  excepté  le  diamant. 

La  troifiéme  pefeherie  eft  à  Comogote ,  aflez  proche  de  la  Terre-ferme. 

La  quatrième  eft  au  Rio  de  la  Hacha,  le  long  de  la  même  côte. 

La  cinquième  &  derniere  eft  à  Sainte-Marthe ,  à  foixante  lieues  du  Rio  de  la  Ha¬ 
cha.  Toutes  ces  trois  pefeheries  produileiit  des  perles  d’alfez  bon  poids  ;  mais 
d’ordinaire  elles  font  mal-formées  &  ont  l’eau  plombcufe. 

Pour  ce  qui  eft  enfin  des  Perles  d’Ecofle ,  &  de  celles  qu’on  trouve  dans  une  des 
Rivières  de  Bavière ,  bien  qu’il  s’en  faflé  des  colliers  qui  valent  jufqu’à  mille  écus 
&  au  delà,  elles  ne  peuvent  entrer  encomparaifon  avec  cellc$  dçs  Orientales  ôc 
Occidentales. 

II.  Partie,  M  ij 


1  oo  Hiftoire  generale 

Peiir-eftre  cju  aucun  de  ceux  qui  ont  écrit  des  perles  avant  moy,  n’ont  pas  re¬ 
marqué  que  depuis  quelques  années  on  en  a  découvert  une  pefeherie  en  un  certain 
endroit  des  côtes  du  Japon ,  &  j’en  ay  vu  quelques-unes  que  les  Hollandois  en  ont 
apportées.  Elles  font  de  fort  belle  eau  l’on  en  trouve  de  grolTes ,  mais  toutes 
baroques.  Les  Japonois,  comme  j’ay  dit  ailleurs  ,  ne  font  point  de  cas  des  perles, 
&  s’ils  en  étoient  curieux ,  il  fc  pourroit  faire  que  par  leur  moyen  on  decouvri- 
roit  quelques  bancs  où  il  s’en  trouveroit  de  plus  belles. 

Avant  que  de  finit  ce  Chapitre ,  je  feray  une  remarque  foit  confiderablc  tou¬ 
chant  lés  perles  &  la  différence  de  leurs  eaux ,  les  unes  étant  fort  blanches ,  d’autres 
tirant  fur  le  jaune,&  d’autres  fur  le  noir^ôi  qui  font  comihe  plombeufes.Pour  ce  qui 
cil;  de  ces  dernieres  il  ne  s’en  trouve  que  dans  l’ Amérique ,  Sc  cela  vient'de  la  nature 
du  fond  qui  eft  plus  rempli  de  vafe  qu’en  Orient.  Dans  uii  retour  de  carguai- 
fon  que  le  feu  Sieur  du  Jardin,  ce  fameux  Joüaillier  avoir  dans  les  Gallions  d’Ef- 
pagne ,  il  fe  trouva  fix  perles  parfaitement  rondes  ,  mais  aufli  noires  que  dji 
jayet,  6e  qui  l’une  pour  l’autre  pefoient  douze  carats.  lime  les  donna  a\^c  d’au¬ 
tres  chofes  pour  porter  enOricnt,  6e  voir  h  l’on  s’en  pourroit  défaire  i  mais  je 
les  luy  rapportay  ,  6e  je  ne  trouvay  perfonne  à  qui  cela  donnât  dans  la  vûë. 
Pour  ce  qui  eft  des  perles  qui  tirent  fur  le  jaune  ,  cela  vient  de  ce  que  les  pef- 
cheurs  vendant  les  huitres  par  monceaux  ,  6e  les  marchands  attendant  quel¬ 
quefois  jufquesâ  quatorze  ou  quinze  jours  quelles  s’ouvrent  d’elles  mêmes  pour 
en  tirer  les  perles,  quelques  unes  de  ces  huitres  venant  pendant  ce  temps-lâ  â 
perdre  leur  eau ,  elles  fe  gâtent  ^s’empuantilTent,  &:  la  perle  fe  jaunit  par  l’infec¬ 
tion,  ce  qui  eft  fi  véritable  qué"  dans  toutes  les  huîtres  qui  ont  confervé  leur  eau 
les  perles  font  toûjours  blanches.  Or  on  attend  quelles  s’ouvrent  d’ellc-mêmes, 
parce  que  fi  on  les  ouvroit  de  force  comme  nous  ouvrons  nos  huîtres  â  l’écaille, 
on  pourroit  endommager  Sc  fendre  la  perle.  Les  huîtres  du  détroit  de  Manar 
s’ouvrent  naturellement  cinq  ou  fix  jours  plûtôt  que  celles  du  Golfe  Perfique, 
parce  que  la  chaleur  eft  beaucoup  plus  grande  â  Manar  qui  eft  au  dixiéme  degré 
de  Latitude  Septentrionale,  qu’a  l’Ifle  de  Bahren  qui  eft  environ  au  vingt-fept. 
Et  ainfi  entre  les  perles  qui  viennent  de  Manar  il  s’en  trouve  peu  de  jaune.  En¬ 
fin  tous  les  Orientaux  font  fort  de  nôtre  goût  en  matière  de  blancheur,  6«:j’ay 
toûjours  remarqué  qu’ils  aiment  les  perles  les  plus  blanches  ,  les  diamans  les  plus 
blancs,  le  pain  le  plus  blanc,  6^  les  femmes  les  plus  blanches. 


CHAPITRE  XLVII. 

JDâ  quelle  maniéré  les  Perles  s'engendrent  dans 
les  Huitres. 

JE  fi^ay  que  fur  le  témoignage  de  quelques  anciens  Auteurs  qui  n’ étoient  pas 
bien  inftruits  des  chofes ,  on  croit  vulgairement  que  la  perle  s’engendre  de 
la  rolée  du  Ciel ,  6«:  qu’il  ne  s’en  trouve  qu’une  dans  chaque  huître;  mais  l’expc- 
tiencc  fait  voir  le  contraire.  Car  pour  ce  qui  eft  du  premier ,  l’huître  ne  bouge 
du  fond  de  la  mer  où  la  rofée  ne  peut  penctrer,  àc  quelquesfois  mêmes  il  faut 
plonger  jufqu’à  douze  braffes ,  comme  nous  verrons  bien-tôt  ;  6e  pour  l’autre ,  il 
^ft  conftant  qu’il  fe  trouve  jufqu’â  fix  où  fept  perles  dans  une  feule  huître  ;  car 
J  enay  eu  une  entre  les  mains  où  il  y  en  avoir  jufqu’â  dix  qui  etoit  en  train  de 


des  Drogues ,  Livre  I.  i  o  i 

fe  former.  Il  eft  vray  qu  elles  ne  font  pas  toutes  de  même  grofleut ,  parce  que 
s’engendrant  dans  l’huître  de  même  que  les  œufs  dans  le  ventre  de  la  poule , 
comme  l’œuf  le  plus  gros  s’avance  vers  l’orifice  &c  fort  le  premier ,  les  petits  œufs 
demeurent  au  bas  pour  achever  de  fe  former  iainfi  la  perle  la  plus  grolTe  s’avan¬ 
ce  la  première,  &  les  autres  plus  petites  &  n’ayant  pas  toute  leur  perfedion ,  de¬ 
meurent  fous  l’huître  au  fond  de  la  coque  ,  jufqu’à  ce  qu’elles  ayent  atteint  la 
groflêur  que  la  nature  peut  leur  donner.  Mais  ce  n’eft  pas  à  dire  qu’il  y  ait  des 
perles  dans  toutes  les  huîtres ,  &c  l’on  en  ouvre  plufieurs  où  il  ne  s’en  trouve 
point  du  tout. 

Au  refte,  il  ne  faut  pas  s’imaginer  qu’il  y  ait  grand  bénéfice  pour  ceux  qui 
pelchent  les  perles  j  car  li  les  pauvres  gens  qui  s’y  occupent  avoient  dequoy  s’oc¬ 
cuper  à  autre  chofe ,  ils  quitteroicnt  cette  pefche  qui  les  empêche  feulement  de 
mourir  de  faim.  J’ay  remarqué  dans  mes  relations  de  la  Perfe ,  que  depuis  Balfara 
jufqu’au  Cap  de  Jafque ,  de  côte  de  d’autre  du  Golfe  Perfique ,  la  terre  ne  produit 
rien.  Le  peuple  y  eft  fi  pauvre  &  vit  d’une  maniéré  fi  pitoyable  ,  qu’il  ne  voit  ny 
pain  ny  ris ,  de  ne  mange  que  dej  dates  avec  du  poiftbn  falé  j  de  il  faut  faire  prés  de 
vingt  lieues  dans  la  terre  avant  cjue  de  rencontrer  de  l’herbel 

Cette  pefche  dans  les  mers  d’Orient  ,fe  fait  deux  fois  l’an ,  la  première  en  Mars 
&  Avril  j  la  fécondé  en  Aouft  de  Septembre  ;  de  pour  la  vente  elle  le  fait  depuis  le 
mois  de  Juin  jufques  au  mois  de  Novembre.  Mais  cette  pefche  ne  fefait  pas  tous 
les  ans.  Car  ceux  qui  font  pefeher  veulent  fi^avoir  auparavant  s’ils  y  trouveront 
leur  compte.  Pour  ne  fe  pas  tromper  ils  envoyeur  fur  les  bancs  où  l’on  pefche  fept 
ou  huit  barques ,  qui  rapportent  chacune  environ  un  millier  d’huîtres  lefquelles 
on  ouvre ,  de  s’il  ne  fe  trouve  pas  dans  chaque  millier  d’huîtres  pour  la  valeur  de 
cinq  fanos  de  perles ,  qui  font  demi  écu  de  nôtre  monnoye ,  c’ert  figne  que  la  pcf* 
chenefera  pas  bonne  ces  pauvres  gens  nepourroient  pas  retirer  les  frais  qu’il 
leur  faudroit  faire.  Car  tant  pour  leur  équipage  que  pour  fe  nourrir  pendant  le  tems 
de  la  pefche,  ils  empruntent  de  l’argent  à  trois  de  quatre  pour  cent  par  mois.  Ainli  à 
moins  que  le  milliers  d’huîtres  ne  rapporte  pour  cinq  fanos  de  perles,ils  ne  pefchenr 
point  cette  année-là.  Il  faut  que  les  Marchands  achètent  ces  huîtres  au  hazard , 
&  qu’ils  fe  contentent  de  ce  qu’ils  trouvent  dedans.  Ce  leur  eft  un  grand  bon¬ 
heur  quand  ils  trouvent  de  grofl.es  perles  ;  mais  c’eft  rarement ,  de  fur  tout  à  la 
pelcheriede  Manar,qui  n’apporte  rien  de  gros  comme  j’ay  dit.  Ce  font  pour 
la  plus  grande  partie  ,  des  perles  à  l’once  &  à  piler  :  Il  y  en  a  quelqu’unes  d’un 
demy  grain  de  d’un  grain,  &  c’eft  un  grand  hazard  quand  il  s’en  trouve  de  deux 
ou  de  trois  carats.  Il  y  a  des  années  que  le  millier  d’huîtres  vaut  jufqu’à  fept  fanos, 
éc  que  la  pefche  monte  à  cent  mille  piaftre  de  au  delà.  Pendant  que  les  Portugais 
étoient  maîtres  de  Manar,  ils  prenoientun  droit  fur  chaque  barque  depuis 
que  les  Hollandois  le  leur  ont  pris,  ils  tirent  huit  piaftres  de  chaque  plongeur, 
&  quelquefois  jufqu’à  neuf.  Cela  leur  eft  revenu  dans  la  plus  haute  année  juf¬ 
ques  à  dix-fept  mille  deux  cent  reales.  La  raifon  pourquoy  les  Portuguais  pre- 
noient  ce  tribut  de  ces  pauvres  gens ,  de  pourquoy  les  Hollandois  le  prennent 
encore,  qu’il  faut  qu’ils  les  maintiennent  contre  les  Malavares  leurs  enne¬ 
mis  ,  qui  viennent  avec  leurs  barques  armées ,  pour  tâcher  de  prendre  ces  pef- 
cheurs  &  les  faire  efclaves.  Tandis  que  la  pclche  dure ,  les  Hollandois  ont  toujours 
en  mer  deux  ou  trois  barques  armées  du  côté  que  les  Corfaires  peuvent  venir, 
&  de  la  forte  ils  font  qu’ils  travaillent  en  repos.  Ces  pefeheurs ,  pour  la  plus  gran- 
de^artie ,  font  Idolâtres ,  &  il  y  en  a  aufll  de  Mahoinetans  qui  ont  leurs  barquds  à 
part.  Ils  ne  fe  mêlent  point  enfemble ,  de  les  Hollandois  prennent  plus  de  ces  der¬ 
niers  que  des  autres.  Car  outre  que  les  Mahometaiis  payent  autant  que  les  Idola- 

^  N  iij 


I  ox  Hiftoire  generale 

très ,  ils  donnent  de  plus  toute  la  pefch-c  d’un  jour  ,  lequel  jour  eft  au  choix  des 
Hollandois. 

Plus  il  tombe  de  pluyes  dans  l’année  plus  la  pefchc  des  perles  cft  bonne.  Mais 
pluheurs  s'étant  imaginez  qu’au  plus  profond  que  l’huitrc  fc  trouve,  la  perle  ed: 
d’autant  plus  blanche ,  parce  que  l’eau  n’y  eft  pas  fi  chaude ,  &  que  le  Soleil  trouve 
plus  d’empêchement  pour  donner  au  fond  ;  il  faut  fe  defabufer  de  cette  erreur. 
O  npelche  depuis  quatre  jufqu’a  douze  bralTes  de  profondeur,  &  cette  pefche  le 
fait  fur  des  bancs  où  il  fe  trouve  quelquefois  jufqu’à  deux  cens  cinquante  barques. 
Dans  la  plus  grande  partie  ilnyaqu’i^n  plongeur,  &  dans  les  plus  grandes  il  y 
en  a  deux. 

Ces  barques  partent  tous  les  jours  de  la  côte  avant  Icfoleil  levé,  avec  un  vent 
de  terre  qui  ne*manquc  point,  qui  dure  jufques  furies  dix-heures  du  matin. 
L’aprefdinée  elles  reviennent  avec  un  vent  de  mer  qui  fuccede  au  vent  de  terre,  & 
qui  ne  manque  point  à  fe  lever  fur  les  onze  heures  ou  midyfi-tôt  que  l’autre  a 
celfé.  Les  bancs  fur  lefquels  ils  pefehent  font  à  cinq  ou  fix  lieues  en  mer,& 
lors  qu’ils  font-là  ,  voicy  de  quelle  maniéré  ils  fe  prennent  à  pefeher  les  huî¬ 
tres. 

On  lie  une  corde  fous  les  bras  de  ceux  qui  plongent,  de  laquelle  ceux  qui  de¬ 
meurent  dans  la  barque  tiennent  le  bout.  Us  tiennent  attachée  à  leur  gros  ortcuïl 
une  pierre  de  dix-huit  à  vingt  livres  ,  de  laquelle  aulTi  ceux  qui  demeurent  dans  la 
barque  tiennent  un  bout.  Il  y  a  déplus  un  rets  fait  comme  un  fac,  dont  la  bou¬ 
che  eft  entourée  d’un  cercle  pour  la  tenir  entre-ouverte  ,  &  ce  rets  eft  attaché 
comme  le  relie.  Alors  le  plongeur  dévalé  dans  la  mer ,  &  lî-toft  qu’il  eft  au  fond, 
où  il  fe  rend  promptement  par  le  poids  de  la  pierre  qu’il  a  attachée  au  gros  or- 
teuïl ,  il  l’ôte  en  diligence ,  &  ceux  qui  font  dans  la  barque  la  retirent.  Tant  que  le 
plongeur  peut  tenir  fon  haleine  il  met  des  huîtres  dans  les  rets ,  &  fentant  qu’il  ne 
peut  plus  tenir  bon ,  il  tire  la  corde  dont  il  eft  lié  fous  les  bras ,  qui  eft  le  lignai  afin 
que  l’on  le  retire ,  ce  que  ceux  qui  font  dans  la  barque  font  le  plus  vîte  qu’ils  peu¬ 
vent.  Ceux  de  Manar  font  plus  habile  à  la  pefehe,  &:  demeurent  plus  long-temps 
fous  l’eau  que  les  pefeheurs  deBahren  &  de  Catifa  ;  car  ils  ne  mettent  point  à  leur 
nez  de  pincetes ,  ny  de  cotons  à  leurs  oreilles  de  peur  que  l’eau  n’y  entre ,  comme 
l’on  fait  au  Golfe  Perfique. 

Après  qu’ils  ont  tiré  le  plongeur  dans  la  barque ,  ils  tirent  le  rets  où  font  les  huî¬ 
tres  ,  &  il  fe  palfe  environ  un  demi-quart  d’heure ,  tant  à  ôter  les  huîtres ,  qu’à 
donner  au  plongeur  le  temps  de  reprendre  haleine  ,  après  quoy  il  retourne  au 
fond  delà  mer  comme  auparavant ,  ce  qu’il  fait  par  diverfes  fois  pendant  dix  ou 
douze  heures ,  éepuis  il  revient  en  terre.  Ceux  qui  ont  affaire  d’argent  vendent 
d’abord  ce  qu’ils  ont  pefché  ^  mais  ceux  qui  ont  dequoy  vivre  les  gardent  jufqu’à 
ce  que  toute  la  pefehe  foit  finie.  Ils  laifl'ent  les  huîtres  fans  les  ouvrir  ,  &  à  mefure 
quelles  fe  corrompent  elles  s’ouvrent  d’elles -mêmes.  Tl  y  a  de  ces  écailles  qui 
font  quatre  fois  aufti  grandes  que  celles  de  nos  huîtres  de  Roüen,  &  comme  la 
chair  des  huîtres  dont  nous  parlons ,  eft  fade  &  de  mauvais  goût,  on  n’en  mange 
point  &  on  la  jette. 

Pour  conclufîon  du  difeours  des  perles ,  il  faut  remarquer  que  dans  toute  l’Eu¬ 
rope  elles  le  vendent  au  poids  de  carat  qui  eft  de  quatre  grains ,  de  même  que  le 
poids  des  diamans  s  mais  que  dans  l’Afic  on  a  divers  poids.  En  Perfe  on  pefe  les 
perles  par  Abas ,  &  un  Abas  eft  un  huitième  moins  que  nôtre  carat.  Aux  Indes , 
&  fur  tout  dans  les  terres  du  Grand  Mogol  ,&  des  Rois  deGolconda  &  deVifa- 
pour  ,  on  les  pefe  par  Ratis ,  &  le  ratis  eft  aufli  un  huitième  moins  que 'le 
carat. 


des  Drogues ,  Livre  Premier.  i  o 3 

Goa  etoit  autrefois  le  lieu  où  le  faifoit  le  plus  grand  négoce  de  toute  l’ Afie  j 
pour  ce  qui  étoit  des  diamans,  des  rubis,  de  faphirs,  des  topafes,  ôc  d’autres 
pierreries.  Tous  les  Mineurs  &les  Marchands  s’y  rendoient  pour  y  vendre  cc 
quils  avoient  apporté  de  plus  beau  des  mines,  parce  qu’ils  avoieht-là  toute  li¬ 
berté  de  vendre ,  au  lieu  qu’en  leur  païs  quand  ils  montroient  quelque  chofe  aux 
Rois  ou  aux  Princes  ^  il  falloit  la  leur  donner  pour  le  prix  qu’ils  vouloienti  C’é- 
toit  auffi  à  Goa  où  le  faifoit  le  grand  commerce  des  perles ,  tant  de  celles  qui  ve- 
iioient  de  l’Ille  de  Bahren  au  Golfe Perlique,  que  de  celle  qui  le  pefehentau  dé¬ 
troit  de  Manarfur  la  cote  de  l’Ifle  de  Ceylan  ,  comme  aulli  de  celles  qu’on  ap- 
portoit  de  l’Àmerique.  Il  faut  donc  f^avoir  que  dans  Goa,  &  dans  tous  les  autres 
lieux  que  les  Portugais  tiennent  aux  Indes,  ils  ont  pour  les  particulier,  ce  que  l’on 
h’a  point  dans  tous  les  autres  lieux  où  le  fait  le  négoce  des  perles  ,  ni  dans  l’Eu-J 
rope,  ni  dans  1  Alie,  ni  dans, l’Amérique.  Je  ne  parle  point  de  l’Afrique,  parce 
que  cette  marchandile  n’y  eft  point  connue,  &  que  dans  cette  partie  du  monde 
les  femmes  fe  contentent  pour  tous  joyaux  de  quelques  morceaux  de  cryllal ,  ou 
de  quelques  grains  de  corail  faux,  ou  d’ambre  jaune  3  dont  elles  fe  font  des  col¬ 
liers  &  des  bralTclets  qu’elles  portent  aux  bras  &aux  jambes. 

Les  Portugais  donc  dans  tous  les  lieux  des  Indes  où  ils  commandent,  vendent 
les  perles  a  un  poids  qu’ils  appellent  Chegos  j  mais  ils  les  achètent  des  Marchands 
Iclon  les  lieux  d’où  ils  les  apportent ,  par  carats  3  ou  par  abas ,  ou  par  ratis; 

A  l’égard  des  perles  que  nous  vendons  ordinairement ,  ce  ne  font  que  de  celles 
que  nous  appelions  perles  a  l’once ,  à  piller  ou  à  broyer  ,  &  qlielquesfois  aulB 
femencede  perles ,  non  qu’elles  fervent  à  en  produire  d’autres ,  mais  parce  qu’el-  sommet  d* 
les  font  petites  ,  &:  pour  être  delà  qualité  requife,  elles  doivent  être  blanches  3 
claires  &  tranfparentes  ,&  véritables  Orientales ,  &  rejetter  celles  qui  font  d’un 
blanc  mat  ôc  rempli  de  mille  impuretez.  Il  fe  trouve  tant  de  fortes  de  perles, 
que  j’aurois  alfez  de  peine  de  les  pouvoir  toutes  définir  j  m»is  comme  on  ne 
doit  vendre  pour  l’ufage  de  la  medecine  ou  autres  3  que  des  perles  Orientales  j  on 
doit  rejetter  toutes  les  autres  qualitcz  de  perles ,  principalement  fes  petites  per¬ 
les  rondes  ée  d’un  blanc  de  farine ,  que  nous  appelions  ordinairement  perles  d’E- 
code  ou  de  Bruxelle ,  n’étant  que  du  ver  3  à  l’égard  de  la  grolfeur  il  n’importe, 
pourveu  qu’ elles  foient  d’une  belle  eau  &  véritable  Orientales. 

L’ufage  des  perles,  eft  pour  mettre  dans  les  potions  3  ou  autres  compofitions 
cordiales  -,  après  qu’elles  ont  été  bien  broyée  les  Dames  de  qualitez  s’en  fervent 
àuflipour  s’embelir  Icvifage* 

On  tire  des  Perles  Orientales  par  le  moyen  de  quelque  acide  ou  avec  d’autres  .1.* 
liqueurs ,  un  Magiftcr  &  un  Sel  de  perlé  à  qui  on  attribue  de  grandes  propriétez ,  ;ioh‘’drpcù 
&  comme  ces  deux  drogues  font  extrêmement  chere  3  ceux  qui  en  auront  befoin 
ne  les  achèteront  que  d’honnêtes  Marchands.  A  l’égard  de  l’Huile  de  Perle,  cc 
n’eft  que  du  Sel  de  Perle  refou  à  la  cave ,  a  qui  on  a  donné  le  nom  d’Huile  de  Perle 
par  défaillance.  Il  y  a  encore  quantité  d’autres  préparations  imaginaires  de  perles3 
comine  les  blancs  ou  arcanne ,  les  fleurs ,  les  cfphts ,  les  effences ,  les  teintures 
autres  femblables  ,  qui  font  plus  propres  à  atéfaper  l’argent  des  idjots  ,  que 
d’apporter  aucun  foulagement  ;  la  meilleur  préparation  qu’il  y  ait  aux  perles  , 
c’eft  de  les  bien  broyer. 


104 


Hiftoire  generale 


CHAPITRE  XLVIII. 

Des  Nacres  de  Perles. 

N  O  us  voyons  à  Paris  de  grandes  coquilles  grifatres  &  rabotteufcs  au  dcf* 
fus,  &  d’un  blanc  tant  foit  peu  verdâtre  au  dedans^  à  qui  on  a  donné, 
mal-àpropos  le  nom  de  Nacre,  ou  de  mere  de  Perles ,  non  pas  â  caufe  que  les 
perles  s’y  engendrent  comme  beaucoup  de  perfonnes  le  croyent ,  mais  parce 
qu’ elles  font  dedans  d’une  couleur  &:  d’une  eau  de  Perles  Orientales ,  de  me¬ 
me  que  le  deflus  ,  principalement  lors  qu’on  l’a  ôté  par  le  moyen  de  l’eau 
forte. 

L’ufage  de  CCS  coquilles  eft  pour  faire  pluficurs  ouvrages  j  quantité  de  perfon¬ 
nes  les  préparent  &  les  broycnt ,  &  après  les  avoir  mis  en  trochifqucs ,  les  ven¬ 
dent  pour  perles  préparées. 


CHAPITRE  XLIX. 

Des  Porcelaines  en  Coquillage. 

CE  que  nous  appelions  Porcelaines  en  Coquillages,  &  les  Latins  Concha  'tie- 
nerea  ,  font  des  petites  coquilles  blanches  que  l’on  nous  apporte  de  plufieurs 
endroits  deHndestant  Orientales  qu’Occidenrales ,  enfilées  en  maniéré  de  Cha¬ 
pelets  &  par  pantes  ",  fi  bien  que  dans  un  paquet  où  il  y  a  plufieurs  de  fes  pantes , 
il  s’y  trouvera  plus  d’un  millier  de  ces  petites  coquilles  :  Les  Siamois ,  les  Aroüar- 
gucs  &  les  habitans  de  la  Nouvelle  El  pagne ,  fc  fervent  de  fes  petites  coquilles 
comme  nous  faifons  icy  de  la  monoyes.  Ces  coquilles  n’ont  autre  ufage  dans  la  mé¬ 
decine  que  pour  quelque  compofition  galcnique  où  elles  entrent  i  on  s’en  fert 
après  les  avoir  broyées  comme  des  Perles. 

A  l’égard  du  choix  on  doit  prendre  les  plus  petites  &les  plus  blanches. 

Il  y  a  plufieurs  efpeces  de  coquilles  que  l’on  appelle  porcelaine,  ainfi  que  l’a  fort 
bien  d’écrit  Jonfton  ^  mais  comme  on  ne  doit  (e  fervir  que  de  celles  dont  la  fi¬ 
gure  eft  dépeinte  àl’étampe  des  Perles  ,  je  n’ay  pas  jugé  â  propos  d’en  faire  au¬ 
cune  defeription. 


chapitre  l. 

Du  Dentale, 

• 

Le  vray  Dentalé  ou  Dantalium  &  non  pas  Dentalis ,  comme  la  plulpart  Pappel- 
lent ,  eft  un  tuyau  d’environ  trois  pouces  de  long ,  gros  par  un  bout  &  menu 
par  l’autre,  fait  en  forme  de  dent  de  chien  ;  ce  tuyau  eft  d’un  blanc  verdâtre, 
luifant  j  garni  de  lignes  droites  qui  vont  d’un  bout  à  l’autre  j  il  eft  creux,  léger. 


des  Dî-ogues ,  Livre  Premier.  i  o  5 

de  la  grofTeur  du  tuyau  d’une  plume  par  ion  gros  bout ,  en  diminuant  toujours 
jufqu  à  l’autre. 

Ce  véritable  Dentale  cil  fi  rare  qu’il  n’a  jamais  été  d’écrit  de  perfonne  ,  &:  fi 
çe  n’avoit  été  Monfieur  de  Tornefort  qui  m’en  a  donné  un  dont  la  figure  fc 
trouvera  aufli-bicn  que  des  autres  coquillages  d’écrits  cy-aprés  à  l’Eftampes  des 
Perles ,  j’aurois  été  contraint  de  le  paiTer  foûs  filence  ,  &  de  dire  comme  du  Re- 
nou,Scrodcr,&plufieurs, autres ,  que  ce  petit  tuyau  creux  de  differentes  couleurs 
qui  fe  trouvent  fort  communément  au  rivage  de  la  mer,  &  qui  fe  vend  dans 
nos  boutiques  auroit  été  le  véritable  qui  eft  celuy  dont  les  Apoticai- 

res ,  mal  à  propos ,  fe  fervent  dans  quelques  compofitions  galéniques ,  er' 
autres  l’onguent  citrin  j  je  diray  neanmoins  qu’ils  ne  font  pas  tout-à-fait 
ma ble ,  tant  parce  qu’ils  n’en  onteu  jufques  àprefent  aucune  connoiflance ,  v  ue 
parce  qu’ils  eft  extrêmement  rare, 

'  Quelques-uns  fuppofent  auifi  pour  le  véritable  Dentalé  l’os  de  la  tête  d’un 
poiflon  de  mer  ,  dont  je  n’ay  pû  pofitivement  fçavoir  le  nom  5  cet  os  eft  blanc 
deffus  &deffous,  &  dentelé  tout  au  tour,  &  tout  à  fait  femblables  en  groffeur 
^  figure  à  un  clo- porte. 

A  l’égard  des  proprietez  ^  on  veut  qu’il  foit  étant  bien  broyé  ,  un  tres-bon 
Alï^ali, 


CHAPITRE  LI. 

Du  Antalè  ou  Amalium^ 

Le  vray  xAnuVt  n’a  pas  etc  mieux  connu  que  celuy  cy-deffus ,  puifque  les 
Apoticaires  ont  toûjours  employez  pour  vray  tantale  on  Anuiium^  un 
tuyau  creux  de  differentes  couleurs  &groffeurs,  ne  paffant  neanmoins  celle  du 
tuyau  d’une  greffe  plume  5  ces  tuyaux  fe  trouvent  dans  le  fond  de  la  mer  &  fur 
les  rochers ,  tantôt  feparé  ài  tantôt  plufieurs  cnfemble  ^  ils  fervent  de  retraite  à 
de  petits  vermiffaux  marins ,  à  qui  quelques  Auteurs ,  entre-autres  Rondelet ,  fa¬ 
meux  Médecin  de  Montpellier,  a  donné  à  ce  tuyau  le  nom  de  Tuhuli  Marini  \  je  ^ubuii 
ne  m’arréteray  point  à  rapporter  tout  le  long  difcours  que  du  Renou  dit  dans 
fon  Livre ,  pour  dire  que  le  vray  Antalé  (  fuivant  Monfieur  de  Tornefort ,  l’homme 
le  plus  éclairé  ,  tant  fur  les  plantes  que  fur  les  coquilles ,  qu’il  y  ait  du  en  Europe 
depuis  plufieurs  fiécles  )  eft  un  autre  forte  de  tuyau  qui  naift  auffi  dans  le  fond 
de  la  mer  5  ce  tuyau  eft  long  d’environ  un  pouce  &demy,  de  la  groffeur  d’une 
groffe  plume  par  le  gros  bout ,  &  de  celle  d’une  petite  plume  par  l’autre  ,  il  eft 
creux  ,  large  par  un  bout  &  étroit  par  l’autre  j  il  eft  garni  de  petite  lignes  droi¬ 
tes  éc  creufes ,  qui  vont  d’un  bout  à  l’autre.  A  l’égard  de  la  couleur  elle  eft  toû¬ 
jours  blanche,  mais  differente,  s’en  trouvant  de  blanc  verdatrç  ,  de  blanc  mat, 
ainfi  du  refte. 

A  l’égard  du  choix  de  ces  deux  tuyaux  ,  ils  n’en  ont  point  d’autres  que  d’êtr^ 
Ycritable ,  pour  les  proprietez  de  \'  Antalé  il  ne  différé  en  rien  du  Dentals^ 


Il  P^trtk, 


9 


Neriu. 


I  o6  Hiftoire  general 


CHAPITRE  Liî. 

Da  N'omhril  Mann. 

CE  que  nous  appellonsNombril  Marin,  &  les  Latins 'U  mmnm  ^  c'ft 

le  couvercle  d'une  Coquille  ou  LimalTon  de  Mer,  alTei  commun  dans  la 
MediterancCjà  qui  Rondelet  a  donné  le  nom  dcCocleaCMataiCt  couvercle  ell 
attaché  à  une  des  extremitez  de  ce  PoilTon  qui  loge  dans  cette  coquille ,  &  lorr* 
que  cet  animal  fe  retire  dans  le  fond  de  fa  loge,  il  entraine  le  couvercle  \  &  fer¬ 
me  fi  exadement  l’ouverture  de  fa  coquille,  que  l’eau  delà  mer  n’y  f^auroit  en¬ 
trer,  Rondelet  nous  avertit  avec  raifon,que  le  véritable  Nombril  Marin  eft  une 
coquille  fort  differente  de  ce  couvercle ,  il  a  d’écrit  dans  les  Chapitres  trente-huit 
ôc  trente-neuf  du  même  Livre,  mais  l’ufage  a  décidé  pour  le  couvercle ,  &  il  faut 
s’en  fervir  quand  on  ordonne  le  Nombril  Marin,  Ce  nombril  Marin  cft  de  dift'e- 
rentes  groffeurs ,  mais  ceux  que  nous  voyons  ordinairement ,  ne  font  gucreplus 
grand  qu’un  dernier  ,  &  de  l’épaiffeur  d’un  écu  blanc  ,  quoy  qu’il  s’en  trou¬ 
ve  de  bien  plus  gros  -,  car  Monfieur  de  Tornefort  en  a  qui  pefent  juf- 
qu’à  une  demi  livre  i  ce  que  je  n'aurois  crû  fi  je  ne  l’avois  veu  ,  en  ce  que  le 
plus  gros  que  j’ayc  pu  trouver  ,  n’ell  que  de  la  groffeur  du  pouce.  Ces  couver¬ 
cles  font  appeliez  nombrils,  à  eau  fe  de  la  grande  reffemblance  qu’ils  ont  avec 
le  nombril  de  l’homme,  &  fonttoûjours  à  demy  plats  &  de  differentes  couleurs, 
ayant  le  côté  plat  ,  quelquefois  tout  blanc  j  mais  le  plus  fouvent  d’un  brun 
mêlé  de  noir  ,  faifant  enfcmblc  une  fort  belle  jafpure  ,  &  le  côté  rond ,  qui 
cft  le  dehors  cft  d’un  blanc  mêlé  de  rouge ,  qui  fait  un  affez  beau  vermeil ,  quoy- 
que  CCS  petits  Nombrils  marins  ne  foient  pas  tout  à  fait  rares.  Quelques-uns 
emploient  à  leurs  places  la  coquille  d’un  Limaffon  appellé  Ncrità  ,  dont  voicy 
ce  que  m’en  a  dit  Monfieur  de  Tornefort. 

L’hiftoire  du  Neritu  cft  fort  confus  dans  les  Auteurs  anciens  &  modernes  ;  celle 
que  Rondelet  prend  pour  le  Nerita  Dtelian ,  eft  une  cfpccc  de  Lima<çon  de  mer  qui 
fe  trouve  dans  la  Meditcranéc  ,  &  que  les  vagues  jettent  fur  le  fable  dans  les 
mêmes  endroits  que  le  Solen.  Ce  Limaçon  eft  gros  comme  les  Limaçons  de  ter¬ 
re  ,  &  d’une  figure  à  peu  prés  fcmblablcs  j  mais  il  cft  plus  épais ,  poli  &  rouge⬠
tre  ordinairement  en  dedans  j  pour  ce  (jui  cft  du  dehors  on  le  trouve  de  dîilfc- 
rentes  couleurs.  Rondelet affurc  que  l’cfpecc  dont  il  parle,  cftpointilléc  de  noir, 
mais  cette  efpccc  eft  rare  j  j’en  ay  veu  quclqu’uns  qui  font  tous  blancs  ;  d’autres 
qui  font  comme  couleur  de  roze,  quclqu’uns  rouffatre  ou  grifatre  tirant  fur  le 
fauve,  traver fez  de  quelques  bandes  fpiralcs ,  blanchâtres  ou  rouges,  entrecou¬ 
pées  de  brun,  ou  mêlées  de  quelques  taches  affez  femblables  â  un  V.  rcnvcrfé.Ccllc 
dont  parle  Bcllon  livre  deuxieme  de  417.  approche  affez  par  fa  figure 

de  celle  de  Rondelet ,  mais  il  n’en  d’écrit  pas  la  couleur ,  cet  Auteur  affure  que  l’on 
l’appelle  J^trlisz  Paris  ,  ou  en  Bretagne. 

Outre  fes  ,  quelques  Apoticaires  confondent  une  petite  plante,  dont  les 

feüillcs  font  rondes  &  épaiffes ,  a  qui  les  anciens  ont  donné  le  nom  dc(^otylerJon  , 
ou  d'Urnhelicut  V rneris ,  à  caufe  que  fes  fcüiles  approchent  affez  de  la  figure  d’un 
Nombril.  Cette  plante  cft  affez  rare  â  Paris ,  mais  fort  commune  dans  le  Lan¬ 
guedoc,  &  il  y  a  peu  de  maifon  où  il  ne  s’en  trouve  deffus  la  couverture  j  ainfi 
ceux  qui  auront  befoin  de  Nombril  Marin ,  ne  s’attacheront  qu’â  la  couverture 
de  cePoiflbn  dont  j’ay  parlé  cy-deffus. 


cits  Drogues ,  Livre  Premier. 


107 


CHAPITRE  Llir. 

Z)aBlatta  Bizantia. 


Le  BUtta  'Bix.otntix ,  unguis  oJoratus ,  ou  ongles  odorant ,  eft  aufli  le  couvercle 
d’une  coquille  appellée  des  Latins  cette  couverture  eft  de  diiFe- 

rentes  grandeurs^  mais  pour  la  figure  elle  rcflemblc  aux  griffes  de  quelques  ani¬ 
mal,  elle  eft  mince,  d’une  couleur  brune  facile  à  brûler  ,  &  d’une  odeur  affez 
defagreable ,  fcmblable  à  celle  de  la  corne  ;  ce  qui  eft  bien  contraire  du  nom 
qu’eUe  porte,  ôe  je  ne  puisfi^avoir  par  qu’elles  raifons les  anciens  luy  ont  donné 
le  nom  d’ongles  odorant ,  tant  parce  qu’il  ne  rcffemble  nullement  aux  ongles , 
ce  n’eft  aux  iiargots  ou  griffes  de  quelques  animal  i  &  parce  que  fon  odeur 
^i^igné  d  être  agréable  eft  fort  puante.  Difeoride  appelle  ce  couvercle  Onguu 
jnt  onix  :  ce  couvercle,  dit-il  ^  eft  femblable  à  ccluy  de  la  pourpre  ;  celuy  qui  fc 
trouve  dans  les  lacqs  des  Indes  Orientales  parmy  le  nard  ,  eft  d’une  odeur  fort 
agréable ,  à  caufe  que  le  Poiflbn  qui  le  produit  en  mange.  Cet  Auteur  préféré 
celuy  qui  vient  de  la  Mer  Rouge  j  a  celuy  quife  trouve  du  côté  de  Babylone ,  qui 
eft  noirâtre  &  plus  petit  5  oh  bruloit  de  fon  temps  l' un  &  l'autre  pour  les  vapeurs, 
à  caufe ,  dit-il ,  que  cette  odeur  approchoit  de  celle  du  Caftoreum  ,  ce  qui 
confirme  affez  mon  dire,  en  ce  que  l’odeur  du  Caftor  &  de  ce  Couvercle  eft 
fort  defagreable  i  ainfi  il  ne  doit  plus  être  appellé  Ongle  Odorant  ,  mais 
feulement  Blatta  qui  fignifie  Blatte  dcBizanceou  de  Conftantinoplc  j 

comme  ce  couvercle  de  poiffon  eft  affez  rare,  la  plufpart  fuppofent  à  fa .  place  les 
Solen  ,  mâle  ou  femelle^  dont  voicy  la  deferipuon. 


CHAPITRE  LIV. 

Du  Solen-. 

Le  5a/f«  eft  une  coquille  de  deux  pièces,  qui  font  articulées  enfembles  par  un 
bout ,  longues  de  quatre  â  cinq  pouces ,  fur  fept  â  huit  lignes  de  large ,  creufes 
engoutieres, voûtez  par  deffus ,  minces  ,  coupées  quarement  par  les  bouts,  &  qui 
joints  enfembles  reflemblent  affez-bien  à  un  petit  coffre ,  ou  â  ces  étuis  où  l’on 
met  un  coûteau  de  table  &  unecueillere. 

Rondelet  appelle  Solen  mâle  celuy  dont  la  coquille  eft  bluatre ,  ou  couleur  d’ar- 
doife,  &1I  à  fuivi  en  cela  la  penfée  d’Apulée  ,  il  nomme  Solen  femelle  celuy 
dont  les  coquilles  font!  blanches  ou  rouffatres  ,  Sc  qui  font  ordinairement  plus 
petites  que  les  autres  *,  ces  deux  efpeces  font  affez  communes  dans  laMeditcranée, 

&  j’en  ay  amaflé  fur  le  fable  dans  les  Ifles  d’Hyeres,&du  côté  du  Martigues  en 
Provence,  &  dans  le  Languedoc  ,  du  côté  de  Peraut  &  de  Cete }  on  trouve  encore 
une  efpece  de  Solen  fur  les  côtes  de  Normandie  ^  dont  les  coquilles  font  blanches 
tirent  furie  Purpurin,  mais  elles  font  plus  épaiffes  que  celles  delà  mediteranéc^ 
ôj  long  d’environ  fept  pouces ,  fur  un  pouce  de  large.  ,  , 

Outre  les  Coquilles  dont  j’ay  parlé  cy-deffus ,  nous  vendons  les  deffous  des  huî¬ 
tres  â  l’écailles,  apres  qu’elles  ont  été  calcinées  en  blancheur  &  mifes  en  tro-  ^„\tTcs 
chifques.  On  remarquera  qu’il  eft  affez  difficile  de  pouvoir  conferver  ces  tfo- 
II.  Partie.  O  ij 


io8  Hifloire  generale 

c'hifques  en  leurs  eilticTS ,  parce  qu’elles  fe  reduifent  en  poudre  comme  la  chaux^ 
-çes  huîtres  calcinées  font  une  tres-bonne  chaux  ,  ce  qui  fait  que  les  Hollandois 
ne  fe  fervent  point  d’autres.  Quelques  Auteurs  comme  Monlieur  EttmulerMc- 
•  -decin  Allemand ,  dit  dans  fon  Livre  au  Traité  des  animaux  à  la  page  300.  que  les 
huitres  brûlées  font  fort  propres  pour  guérir  les  bubons  pelfilantiels ,  étant  ap¬ 
pliquez  delTus^  il  dit  aufli  que  l’on  peut  fe  fervir  du  PoilTon  j  il  marque  encore 
que  l’on  peut  s’en  fervir  au  heu  de  perles ,  ce  que  je  ne  puis  aprouver  ,  non  pas 
parce  qu’ils  ne  peuvent  avoir  les  mêmes  proprietez  ,  mais  parce  qu’il  y  a  bien 
différence  de  prix;  &  en  cet  article  comme  en  toutes  les  autres  -,  on  ne  doit  ja¬ 
mais  donner  l’un  pour  l’autre ,  quand  même  ils  feroient  de  la  même  qualité  &  du 
même  prix ,  n'étant  pas  à  faire  à  nous  autres  Marchands  de  faire  des  Subftituts. 
Outre  les  coquilles  dont  j’ay  parlé  cy-devant  ,il  y  en  a  quantité  d’autres  dont  je 
ne  fais  aucune  relation  pour  trois  raifons.  La  première  pour  n’êtie  pas  en  ufa- 
ges  ;  la  deuxième  J  en  ce  que  je  n’y  ay  aucune  connoiffance  ;  en  troifiéme  heu^j,g|^ 
en  ce  que  MonheurdcTornefort,  qui  a  une  connoiffance  parfaite  fur  cette 
ble  &  agréable  curiolité ,  efpere  avant  qu’il  foit  peu  d’en  donner  au  public  une 
jufte  connoiffance , ce  qu’il  pourra  faire  avec  beaucoup  de  facilité,  tant  par  fa 
grande  connoiffance  que  par  le  grand  norribre  qu’il  en  a  ,  qui  va  a  plus  de  trois 
milles  toutes  differentes ,  &  l’on  peut  dire  que  c’eft  dans  ce  grand  nombre  de 
coquilles  où  l’on  peut  admirer  les  yeux  de  la  natur  e. 


ïindes  Animaux  ou  de  leurs  Parties ,  tant  Terrefires  que  Aquatiques^ 


I 


des  Drogues ,  Livre  Premier. 


HISTOIRE 

GENERALE 

DES  DROGUES 


TROI  s  I ESM  E  PARTIE. 


LIVRE  PREMIER. 

Des  Fojffilles. 

PREFACE. 


■  *  entends  par  le  mot  de  ToJJiüe  generaîement  îùutte  qui  fe  rencontré 
dans  les  entrailles  de  la  Terre  ,  comme  font  les  Métaux  >  les  demy- 
MéîoMX^  les  Minéraux^  les  Bitumes  *  les  Pierres  ^  les  Terres  :  Or 
comme  mon  but  eft  de  commencer  par  les  Métaux  s  je  dîray  que  ce  que 
l  on  entend  par  le  mot  de  Metail  eji  un  corps  dur  ^  d'une 
fuhfiance  égale  en  toutes  fes  parties  qui  fe  fond  au  feu  ,  qui  efî  duMe  ,  (y  qui  s'étend 
fous  le  Marteau^  ^  qui  ejl  different  des  Minéraux  ,  Bitumes  ^  Pierres  çÿ*  Terres, 
comme  il  fe  verra  cy^aprés  :  il  y  a  bien  de  la  contefiation  touchant  le  nombre  des  Métaux, 
les  uns  veulent  qtt'tly  en  ait  neuft  les  autres  huit  Jes  autres  fept,  tir  les  autres  fix*  en 
ce  qu'ils  veulent  que  le  vif  argent ,  l'eftain  >  glace  ty  U  fonte  pajfent  pour  Métaux ,  mais 
comme  cette  opinion  nef  ps  bien  fondée  en  ce  que  l'Efain ,  Glace  ^  la  Fonte  font  des 
chofes  faites  ,  je  maintitndray  a  ceux  qui  ont  conclu  quil  ny  en  avoit  que  fept  qui 
réponde  aux  fept  Planettes*  &  aux  fept  jours  delà  Semaine  fScavoir  >  l'Or  au  Soleil, 
^  au  "Dimanche  ;  l' Agent  à  la  Lune  f0  au  Lundy  j  le  Fer  à  Mars  CT  au  Mardy  5  U 
vif  Argent  >  au  Mercure  (yauMercredyil’EJîain  à  Jupiter  f^aujeudy  ;  le  Cuivre  à  V enus 
^  au  V'endredy  j  finalement  le  Plomb  àSaturne  &  au  Samedy. Quelques  Perfonnes  veulent 
que  le  ^^ercure  ne  fait  qu'un  derny- /[détail  >  mais  comme  fay  jugé  à  propos  de  nen 
rien  dire  icy  »  je  renvoyé  le  Leéîeur  au  Chapitre  du  gerçure  ou  Argent  vif^  pour  com^ 
mençer  par  l'or  comme  étant  le  plus  beau  de  tous  les  JHetaUX, 


Hiftoire  generale 


CHAPITRE  L 

De  1  ok 

L'Or  cft  un  Mctail  jaune  ,  doux  &  mallcabk,  le  plus  noble  ,  le  plus  puî, 
le  plus  preticuxj&leplus  pcfahtdctous  les  Métaux,  On  nous  apporte  TOr 
de  plulieurs  endroits  du  monde  i  mais  la  plus  grande  quantité  vient  des  Miniè¬ 
res  de  Caravana  au  Pérou ,  &  de  Valdivia  au  Chili ,  où  il  eft  fi  commun  qu’ils  s’en 
fervent  de  la  même  manière  que  nous  nous  fervons  de  l’étain,  du  cuivre  du 
fer ,  èc  quoyquc  ce  foit  le  meilleur  païs ,  le  plus  abondant  en  or  qu’il  foit  venu 
à.  nôtre  connoilTance.  Les  hommes  y  font  fort  pauvres  ^  parla  grande  cherté  que 
font  les  vivres.  Il  y  a  beaucoup  d’autres  endroits  ou  l’on  trouve  de  l’or  ,  mais  la 
plus  grande  quantité  vient  du  Pérou,  c’e'ft  parce  qu’il  s’y  trouve  plus  commu¬ 
nément,  ô:  fe  rafine  avec  bien  moins  de  peine  &:de  dépenfe, 

L’Afrique,  l’Afic  &  l’Europe,  produilént  de  l’or  en  quatres  maniérés.  S^avoir, 
en  morceaux  de  differentes  gtolTeurs ,  lequel  cft  fi  pur  &  fi  mol,  qu’avec  un  ca¬ 
chet  l’on  y  peut  graver  tout  ce  que  l’on  veut,  comme  fic’étoit  de  la  cire.  Cet 
Or  vierge  ot  natutcl  cft  appelle  Or  vierge. 

«2  nataici.  Le  deuxième  fc  trouve  en  grain,  le  troificme  en  pierre  ,  le  quatrième  en  fable 
D  fFcrcmer  ,  OU  paillette.  Ces  trois  derniers  Ors  fc  trouvent  ordinairement  apres 

foncsd’oi  les  grandes  pluyes  aux  endroits  oûkstorrens  d’eau  ont  pafte,  &  même  au  fond 
des  rivières ,  principalement  de  celles  qui  ont  palTe  au  travers  de  quelque  mines 
d’or,  comme  font  celles  dcDatzin&dc  Diguvira  en  Afrique ,  où  il  y  a  des  Nè¬ 
gres  qui  ne  font  autre  metié  que  d’aller  quérir  de  l’or  au  fond  de  Tes  rivières, 
La  plufpart  de  l’Or  que  nous  voyons  en  France  vient  du  Pérou ,  d’où  il  eft  ap¬ 
porté  en  barre  ou  lingots  à  Cadix  par  les  Galbons  d’Efpagnc.  McITieurs  de  la 
Oïjn  An- Compagnie  de  France  font  venir  du  Senega  un  Or  appelle  en  aurillet,  c’eft-à-dirc 
ouvrages  des  mains  des  Sauvages ,  qu’ils  tirent  du  Royaume  de  Galan ,  qui  cft  voi- 
fin  de  celuy  dcTombut.  Les  Hollandois  apportent  aufli  de  l’Or  de  Sumatra,  & 
autres  endroits  des  grandes  Indes,  avec  des  Poivres,  &  autres  Marchandifes  de 
Or  des  Al- ces  quarcicrs-là.  Il  y  a  encore  une  autre  efpcce  d’Or  qui  eft  celuy  des  Alchi- 
miftes ,  duquel  je  ne  diray  rien  pour  n’en  avoir  aucune  connoiflance ,  lailTant 
cela  à  ceux  qui  ont  k  temps  de  s’y  amufer ,  &  de  chercher  la  ruine  de  leurs  fa¬ 
mille,  dans  une  operation  où  il  n’y  a  guère  de  poftibilité,  pour  dire  que  comme 
Roy  des  Métaux ,  on  luy  a  donné  k  nom  de  Roy  des  Mé- 

Metaux,  taux ,  &  que  l’on  en  tire  par  k  moyen  de  la  Chimie  ,  plufieiirs  chofes  neceflai- 
rcs  à  la  vie.  La  premicre  préparation  que  l’on  fait  à  l’Or  ,  cft  la  purification  la¬ 
quelle  fefait  en  quatre  manière.  Sejavoir,  par  l’Antimoine  qui  eft  la  meilleur  j 
la  fécondé  par  la  Coupelle  ^  la  troifiéme  par  l’Eau-Forte  ^  &  la  quatrième  par  le 
Diverfes  Cimcnt.  On  appelle  Or  de  Ceupclk  celuy  qui  a  été  purifié  par  k  moyen  du 
hS’”  î  ^  cendres  privez  de  leurs  fel  ou  des  os  brûlez ,  qui  eft  celuy  dont  fc 

fervent  les  Batteurs  d’Or,  pour  le  réduire  en  feüillc.  Celuy  qui  a  pafte  par  l’Eau- 
Forte,  eft  appelle  Or  de  départ  j en  quatrième  lieu  ,  celuy  qui  cft  appellé  Or  de 
ciment,  cft  celuy  qui  a  été  rafinépar  le  moyen  d’une  pâte  compolee  de  brique, 
de  fel  commun,  de  fel  armoniac,  defel  gcfme  &  d’urine.  Il  y  a  encore  une  cin¬ 
quième  purification  d’Or  par  k  Mercure  ,  &  comme  ces  matières  feroient  trop 
longues  â  décider ,  on  pourra  avoir  recours  â  quantité  de  Livres  de  Chimie 
qui  en  traitent. 


des  Drogues,  Livre  I. 


S 


CHAPITRE  IL 

Du  recule  d  or. 

Le  régule  d’Or  cfldcTOr  paffé  par  l’Antimoine  ,  &  cnfuicc  verfé  dans  un 
petit  culot  ou  mortier  de  fonte ,  chauffé  &  graiffé  d^a  même  maniéré  que 
ceux  dans  quoy  on  jette  le  régulé  d’Antimoine.  Cette  operation  eft  fort  peu  en 
ufage  àcaufe  de  fa  grande  cherté  j&il  n’y  a  guere  que  les  curieux  qui  s’y  amu- 
fent ,  tant  pour  fatisfairc  leur  cunofité  ,  que  pour  avoir  un  Or  extrêmement 
pur. 


CHAPITRE  III. 

De  l  or  en  feuille. 

NOus  appelions  Or  en  feuille  l’Or  qui  a  pafle  par  la  coupelle ,  &  par  le  moyen 
de  quelque  parchemin ,  ou  de  boyaux  de  bœuf  (  que  les  Ouvriers  nom¬ 
ment  Baudruche  )  àc  des  coups  des  marteau  eft  réduit  en  feuilles  extrêmement 
minces  &  légères. 

C’eft  une  chofe  furprenante  de  fçavoir  qu’un  Batteur  d’Or  réduira  une  once 
d’or  en  i6oo.  feuilles ,  qui  auront  chacune  trente-fept  lignes  en  quarré.  Et  Mon- 
lîcur  de  Furcticre  dit  que  l’on  réduit  lOr  en  cent  cinquante-neuf  milles  quatre- 
vingt-douze  fois  plus  que  fon  volume  ;  &  les  Tireurs  en  fix  cens  cinquante  un 
mille  cinq  cens  quatre-vingt  dix  fois.  On  trouve  chez  les  Batteurs  d’Or  de  Paris  uîTersor 
de  cinq  fortes  d'Or  en  fcüiUe  jle  plus  beau  &  le  plus  fort  eft  celuy  qu’ils  vendent 
aux  Fourbiffcurs ,  pour  dorer  ces  belles  épées  Damafquinez. 

Le  deuxième  eft  celuy  qu’ils  vendent  aux  Serruriers  &  Armuriers  pour  dorer 
le  fer  &  les  armes ,  qui  n’eft  plus  guercs  en  ulagc.  Le  troiliéme  eft  celuy  que  l’on 
employé  â  dorer  les  livres.  Le  quatrième  eft  celuy  des  d’Orcurs  en  bois  &  des  pein¬ 
tres.  Le  cinquième  &le  dernier,  eft  celuy  dont  on  fc  fert  en  Médecine,  &  que 
les  Apoticaires  mettent  dans  plufîeurs  poudres  ou  confedions  ,  tant  pour  leurs 
donner  quelque  vertu  que  pour  l’ornement. 

On  broyé  ces fcüillcs d’Or,  ou  les  rogneures  que  l’on  appelle  Badreole  ,  avec  Baareoie, 
du  miel  blanc ,  &  enfuite  on  les  met  dans  des  petites  coquilles  de  moules ,  c’eft  ce  ot  en  co- 
qui  luy  a  donné  le  nom  d’or  en  poudre  ou  en  coquille  \  cet  or  ainli  préparé  fert  JÏÏrç?'" 
à  peindre  en  mignature. 


CHAPITRE  IV. 

De  I  or  fulminant  ou  fafran  d  or^ 

L’Or  fulminant  eft  de  l’Or  en  Grenaille,  diffoud  dans  l’eau  rcgale,  &  préci¬ 
pité  en  poudre  brune  par  l’huile  de  tatre  faite  par  défaillance,  yerfez  fur  U 


4  Hiftoire  generale 

difTolution  *,  ccttc  poudre  defeichec  a  beaucoup  plus  de  force  beaucoup  plusl 
enflamable  <jue  la  poudre  à  canon  î  cette  préparation  dor  cft  un  fud  orihquc 
fort  convenable  à  ceux  qui  ont  la  petite  verole  ,  donné  depuis  deux  grains  jul' 
eju’a  fix  i  il  eft  aufli  propre  pour  appaifer  le  vomilTement ,  éc  à  reprimer  la  trop 
grande  aebon  du  mercure. 


.CHAPITRE  V. 

De  [Or  en  poudre  ou  Moulu. 

ON  calcind  l’or  avec  le  mercure  &  le  Tel  armoniac ,  &  cette  calcination  eft 
appellée  or  en  poudre  ou  amalgamé  cet  or  en  poudre  ou  amalgamé  ^ 
fert  aux  d’oreurs  en  ce  qu’il  s’étend  facilement  »  il  y  en  a  qui  ne  fe  fervent 
point  de  fel  armoniac  pour  réduire  for  en  poudre ,  &  ne  fc  fervent  que  de  mer¬ 
cure  i  il  y  a  encore  quantité  d’autres  préparations  d’or  ,  comme  les  tentures , 
les  extraits ,  le  prétendu  or  potable  i  mais  comme  toutes  ces  préparations  ne  font 
pas  remues  de  tout  le  monde*,  je  diray  avec  eux  que  la  plus  grande  propriété  que 
peut  avoir  l’or ,  c’eft  de  donner  toutes  fortes  de  perfections  à  ccluy  qui  le  pof  ■ 
fede. 


CHAPITRE  VI. 

Des  Marcafltss. 

SOus  le  nom  de  Marcafite ,  fuivant  Monficut  Morin  Dodeur  en  Médecine  de 
la  Faculté  de  Montpellier, on  entend  un  Minerai  métallique, qui  eft  embarrafté 
avec  le  fouffre  &  la  terre  i  cclle-cy  abforbe  la  matière  métallique  qui  fe  détache  j 
le  fouffre  enleve  celle  qui  étant  plus  fubtiles  &  mercuriales  &  moins  fixes  fe  fubli-. 
me ,  de  forte  qu’il  ne  refte  qu’un  coups  vitrifié  6c  inutile  que  l'on  nomme 
Lctje/,  Letier. 

Quoyque  ce  minerai  imparfait  ne  donne  rien  pat  le  feu  de  fiifion  ,  quelque 
bon  fondant  qu’on  y  meîle ,  il  eft  très  recherché  par  tous  les  vrays  Alchimif- 
tes  ,  &  préféré  à  celuy  dont  on  tire  les  métaux,  que  quelques-uns  nomment 
improprement  Marcafite,  &  l’eft  avec  jufte  raifon ,  car  les  principes  n’étant  point 
encore  bien  liez,  il  eft  moins  difficile  de  les  defunir,  par  la  fuite  les  détermi¬ 
ner  &  les  multiplier  pour  leurs  operations. 

C’eft  pour  cette  raifon  que  ceux  qui  travaillent  aux  mines  ,  les  rejettent  &î 
les  feparent  d’avec  la  mine  ,  qui  eft  dautant  meilleur  qu’elle  contient  moins 
de  fouffre  &:  de  terre. 

Il  eft  facile  de  concevoir ,  apres  ce  que  je  viens  de  dire ,  que  chaque  métail 
a  fa  Marcafite  propre  ,  qui  en  eft  comme  le  germe  ,  &  que  plus  il  fermente 
&  plus  il  approche  de  la  perfedion  métallique ,  plus  il  eft  éloigné  du  nom  de 
Marcafite. 

Il  eft  neanmoins  à  remarquer  que  nous  ne  vendons  pour  l’otdinairc  que  de 
trois  fortes  de Marcafites ,  qui  font  celle  d’or,  celle  d’argent ,  &  celle  de  cuivre. 
(Celle  d’or  eft  ordinairement  en  petite  boule  ronde ,  fort  pefantc ,  &  difficile  à 

cafTcf 


Des  Drogues.  Livre  premier.  5 

cafler.  Celle  d'argent  cft  à  peu  prés  de  la  mêrne  frgiire ,  mais  elle  cïl  moins  colorée. 
Celle  de  cuivre  elt  ronde  ou  longue ,  le  plus  fouvent  bofluë ,  delà  grolTeut 
d’une  balle  à  joüer  :  cette  Marcabte  eft  tort  dure  ,  neanmoins  fi  on  la  laiîle  dans 
un  lieu  humide  ,  l’humidité  la  pénétré  ,  la  convertit  toute  en  vitriol  & 
devient  à  rien ,  lorfque  bon  call'e  èc  divile  en  parcelle  ces  Marcafiftes  de  cuivre  j 
foit  la  ronde  que  l’on  appelle  A  rognon,  ou  la  longue  furnomnée  A  boudin,  eft 
d’un  jaune  doré,  &  tout  par  éguiîle,  failant  comme  uneefpcce  de  foleil.  Voilà 
à  peu  prés  la  définition  des  trois  Marcafiftes  dont  l’on  le  fert  ordinairement  i  car 
pour  celles  de  fer ,  d’étain  &  de  plomb ,  je  n’ay  pu  jufqu’aujourd’huy  fi^avoir 
pofinvement  ce  que  c’ eft.  Il  y  en  a  qui  veulent  afteurer  que  l’aymant  foit  la  Mar- 
cafite  de  fer,  le  bifmuth  ou  étain  de  glace  naturel  :  celle  de  l'étain  &  le  zain  mi¬ 
nerai ,  celle  du  plomb  ,&  d’autres  qui  difentque  l’étain  &:  le  plomb  font  la  même 
chofe  ,  &  ne  diferent  qu’en  couleur ,  fe  fondant  fur  ce  que  les  anciens  ont  ap- 
pcllé  l’étain  plomb  blanc,  &  le  plomb  plomb  noir;  ainfi  il  ne  peut  y  avoir  de 
deux  fortes  de  Marcafites  ,  &  mon  fentimens  feroit  bien  le  leurs  m’ayant  été 
tout  à  fait  impoflible  de  pouvoir  trouver  de  l’étain  ,  glace  naturelle  ,  comme  je 
diray  cy-aprés.  D’autres ,  ctmime  Monfieur  de  Furetiere  difent ,  que  les  Marcafites 
de  plomb  fervent  à  vernir  les  pots  de  terre,  mais  il  fe  trompe  ;  car  la  matière  dont 
on  vernit  les  pots ,  eft  ce  que  nous  appelions  plomb  minerai  ou  alquifoux ,  &:  avec 
jufte  raifon ,  puifque  c’eft  dequoy  on  fait  le  plomb  en  faulmon ,  &  par  confe- 
quent  mine  &  non  pas  Marcafite. 

Il  cft  à  remarquer,  quoy  que  je  dife  que  nous  ne  Vendons  quedd  trois  fortes  de 
Marcafiftes,qu'il  y  a  tres-peu  de  bonne  boutique  de  Droguiftes  6ù«$|^e  s’en  trouve 
de  plufieurs  autres  fortes,  comme  de  quarrée,  deplatte  ,  degrife,  dc  noire,  de 
jaune  j  ainfi  du  refte  :  &  cela  provient  que  tout  ce  que  l’ori  ne  connbjic  pas  ,  & 
que  l’on  croît  être  minerai ,  onluy  donne  le  nom  de  Marcafite  ,  &  comme  le  plus 
fouvent  ceux  qui  les  achètent  ne  les  connoiffenc  non  plus  que  ceux  qui  les 
vendent,  c’eftcc  qui  eft  caufe  que  ceux  qui  les  travaillent  font  trompés  &  travail-»- 
lent  en  vain. 

]’ay  en  mon  pouvoir  une  Marcafite  blanche  remplies  de  vaines  d’or  ,  quia  été 
apportée  des  Ules,  que  l’on  m’a  afl'uré  être  de  la  vraye  mine  d’or. 


CHAPITRE  VIL 

[Argent, 

L’Argent  que  les  Efpagnols  du  Pérou  appellent  Platta,  cft  un  mctail  le  plus 
beau  &  le  plus  parfait  de  tous  après  l’Or.  Il  eft  blanc  ,  dur,  extinfiblc,  & 
fort  agréable  à  la  vûë.  Les  plus  fameufes  mines  d’ Argent ,  font  celles  de  Rio,  de 
la  Platta ,  qui  fignific  Rivière  d* Argent  ,  &  de  Potocchi  au  Pérou ,  qui  furent 
découverte  en  l’année  154;.  l’enclos  qui  en  borne  l’étendue  s’appelle  Potofi  ;  c’eft 
une  Montagne  feituée  en  rafe  campagne  ,  qui  a  la  forme  d’un  pin  de  fu- 
cre  ,  &c  a  plus  d’une  lieue  de  circuit  par  en  bas  ,  &  par  en  haut  un  quart  de 
licLië.  Il  y  a  quantité  de  mines  d’Argent  aux  Indes ,  en  Europe,  &  même  en 
France  ,  on  affine  l’Argent  en  Portant  de  la  mine  avec  le  Mercure  au  Vif- 
Argent  ,  &  il  y  a  eu  des  années  où  l’on  a  tire  de  ces  mines  trois  milles  quintaux 
d’Argent  pur  net,  &  pour  l’avoir  on  employé  jufqu’à  fix  ou  fept  mille  quin¬ 
taux  d’Argent -Vif  ,  car  plus  on  l’affine  avec  l’Argent-Vif,  plus  il  eft  beau, 
II/.  Partie.  p 


./ 


6  Hiûoire  generale 

Comme  l’Argent  cft  aufli  un  Métail  trcs~pur ,  principalement  quand  il  a  etc 
bien  purifié ,  on  en  fait  par  le  moyen  de  la  chimie  quelques  operations  dont  la 
première  eft  fa  purification. 


CHAPITRE  VIII. 

Deîjirgent  de  coupelle, 

L’Argent  de  coupelle  cft  de  l'Argent  que  l’on  met  dans  du  plomb  fondu , 
&  par  le  moyen  du  feu ,  &  d’une  qualité  fecrette  du  plomb  ,  il  agit  fur 
l’Argent  comme  fait  le  blanc  d’œuf  furie  fucrej  lorfqu’il  eft  bien  purifié  on  le 
met  en  grenaille ,  de  la  maniéré  que  nous  le  voyons ,  lequel  pour  être  de  la 
bonne  qualité  doit  être  bien  purifié  ,  blanc  &  bien  luifant  i  l’argent  de  coupelle 
eft  celuy  dont  on  fe  fert  pour  faire  quelques  operations  de  Chimie ,  comme  il 
fe  verra  cy-aprés. 


CHAPITRE  IX. 

Bes  Crijlaux  d argent  ou  vitriol  de  lune, 

ON  tire  les  Criftaux  d  argent ,  de  l’argent  de  coupelle  difibud  dans  l’efprit 
de  nitre ,  &  lorfque  l’humidité  en  eft  prefque  évaporée ,  on  en  tire  les 
criftaux ,  Icfquels  étant  îyppliqucz  fur  la  chair,  y  font  des  écarts  comme  la  pierre 
infernale^ 


CHAPITRE  X. 

De  la  Pierre  infernale  ou  lune  cauftique ,  ou 
cauftique  perpétuelle. 

La  Pierre  infernale ,  ainfi  appellée  à  caufe  de  fa  qualité  brûlante ,  &  de  fa  cou¬ 
leur  noire ,  eft  de  l’argent  de  coupelle  difibud  dans  l’efprit  de  nitre  ,  puis 
confommée  au  feu  &  verfé  dans  une  lingotiere  ,  chauffée  &  graifiee  au  dedans ,  ou 
s’étant  refroidie  elle  fe  coagule  &  devient  pierre  de  la  figure  que  la  lingotiere 
luy  a  donné. 

On  doit  choifir  cette  pierre  en  petits  motceaux  ,  longs  comme  le  doigt  fecs  & 
folides ,  de  couleur  brune  tirant  fur  celle  du  fer ,  qui  ne  brûle  ni  les  doigts  ni  le 
papier  lorfqu’ils  ne  font  pas  moüillez  ,  &  qui  ne  fe  liquide  qu’avec  peine  expofez  à 
l’air ,  mais  qui  brûle  fur  le  champ  quelque  endroit  que  ce  foit  lorfqu’on  l’a  un  peu 
moüillé,qui  font  les  vrayes  marques  de  la  Pierre  infernale  préparée  avec  de  l’argent 
de  coupelle  jil  faut  rejetter  celle  qui  eft  verte, qui  verdit  le  papier  dans  lequel  on  Pen- 
vclopc,&  qui  s’humeéle  &  fe  liquifie  facilement  àl’air,parce  quelle  eft  faite  avec  du 
cuiv  re, quel  qu’uns  y  employent  l’argent  de  vaifielle,ou  des  vieilles  dantellcs  d’argent 
brûlées, mais  la  pierre  qu’ils  en  font  ne  fe  garde  pas  fi  bien  que  celle  qui  eft  faite  avec 
l’argent  de  coupelle  j  d’autres  en  font  aufli  avec  des  pièces  faufics ,  qui  ne  peut  pas 


des  Drogues ,  Livre  Premier.  7 

égaler  en  bonté ,  celles  de  l’argent  bien  afiné.  Cette  pierre  eft  beaucoup  en  ufa- 
ge  chez  les  Chirurgiens,  qui  s’en  fervent  pour  brûler  &  confommer  les  chairs 
mortes  ôi  iuperfluës,mais  il  faut  dautant  prendre  garde  de  ne  toucher  la  chair  vive, 
que  la  pierre  ne  manqueroit  pas  de  brûler,  &  de  faire  fouffrir  aux  malades  des 
douleurs  mfupportables ,  principalement  fi  on  avoit  moüillé  l’endroit. 

La  pierre  infernale  a  la  propriété  de  peindre  fur  le  marbre,  &  d’entrer  de¬ 
dans  ,  enforte  qu’en  feiant  le  marbre ,  la  même  figure  qui  paroît  deffus ,  fe  trou¬ 
ve  dedans ,  &  ne  s’efface  jamais  ;  &  pour  s’en  fervir  on  ne  fait  que  definer  com¬ 
me  fi  c’étoit  du  crayon.  Sa  couleur  ell  noire. 


CHAPITRE  XL 

De  la  teinmre  d'amnt, 

O 

T  A  teinture  d’argent  eft  une  diffolution  de  l’argent  dans  l’efprit  de  nitre, 
^  dont  on  fait  précipiter  l’argent  par  le  moyen  de  feau  faléc, duquel  mis  dans 
Tefprit  de  vin  renforcé  de  fel  volatil  détartré ,  &  de  fel  volatile  d’urine  ;  on  en  tire 
une  teinture  d’un  beau  bleu  celefte  ,  fort  recommandée  contre  l’épilepfie ,  la 
paralifie ,  l’apoplexie,  &  les  autres  maladies  du  cerveau ,  la  doze  eft  depuis  fix  juf- 
qu’à  quinze  ou  feize  goûtes. 


CHAPITRE  XII. 

Du  fer  OU  Mars. 

Le  Fer ,  que  les  Chimiftes  appellent  Mars  ,  à  caufe  des  influences  qu'ils  préten¬ 
dent  qu’il  en  reçoit ,  eft  un  Métail  le  plus  dur ,  le  plus  fec ,  &  le  plus  difficile  à 
fondre  de  tous  les  Metaux.Ce  Metail  eft  compofé  d’une  terre, cfun  fcl,&  d’un  fouf- 
fre  mal  digéré  &:  mal  uni,  ce  qui  le  rend  fujet  àla  roüille.  On  trouvedes  mines 
de  fer  en  Efpagne,  en  Allemagne  &  en  Suède  j  mais  il  y  a  bien  de  la  différence 
qu’elles  foient  fi  abondantes  que  celle  de  France.  Les  meilleures  mines  ou  mi¬ 
nières  que  nous  ayons  en  France ,  font  celles  de  Champagne,  de  Lorraine  &  de  Nor¬ 
mandie  J  il  y  en  a  encore  en  d’autres  Provinces ,  comme  en  Bourgogne,  en  Berry,  & 
autres  endroits  :  la  mine  de  fer  fe  trouve  quelquefois  à  un  pouce  de  terre,  quel¬ 
quefois  auffi  d’un,  deux,  trois  ,  quatre, cinq  &  fix  pieds  en  fonds.  Cette  mine 
fè  trouve  de  differentes  maniérés  ,  quelquefois  en  morceaux  de  la  groffeur  de 
nos  truffes ,  quelquefois  auffi  en  fable ,  je  ne  marréteray  point  l  d’écrire  la  ma¬ 
niéré  dont  les  Jongleurs  fe  fervent  pour  trouver  les  mines  avec  leurs  baguette 
de  coudre.  Monfieur l’Abbé  deVallemont  en  ayant  depuis  peu  fait  un  traité 
fort  exatfti 


P  v 


III.  Partie. 


8 


Hiftoire  generale 


CHAPITRE  XIII. 

Mankre  de  tirer  le  Fer  de  la  Mme  pour  en  faire 
du  Fer  de  Fonte. 

A  Prés  avoir  tiré  le  Fer  de  fa  minière ,  on  le  lave  dans,  une  eau  courante,  afin 
d’en  feparer  la  terre ,  &c  enfuitc  on  porte  cette  mine  lavée  dans  des  grands 
fourneaux ,  &:l’on  y  met  par  deflus  des  caîllous  de  largille,  ou  de  la  terre  que  l’on 
nomme  la  caftine  du  charbon ,  &  par  le  moyen  de  deux  grands  foufflets  de  cuir 
ou  de  bois ,  &de  l’eau  qui  les  fait  agir  ,  cette  mine  devient  comme  du  plomb 
fondu  J  &  après  l’avoir  écumée  d’une  craffe  qui  étant  refroidie,  eft  comme  du 
verre,  on  arrête  les  foufflets  on  débouché  le  trou  avec  une  barre  de  fer,  qui 
eft  au  bas  du  fourneau,  (&:aufri-rôt  il  en  fort  comme  une  rivière  de  feu  ,  qui 
tombe  dans  des  trous  faits  en  manière  de  lingots  ,  qui  font  de  fix ,  fept  jufqu’à 
dix  pieds  de  long,  &:jufqu’aun  pied  d’épailTcur.  Le  Fer  ainfî  jette  en  Lingots,  eft 
ce  que  les  Forgerons  appellent  Gueufe  :  il  eft  à  remarquer  que  lorfque  l’on  veut  fai¬ 
re  des  boulets  de  canon,  des  mortiers,  des  poids  à  pefer ,  des  contre-cœur  de  chemi¬ 
née  ,  ou  autres  ouvrages  de  ces  gueufes ,  ou  pour  mieux  dire  de  ce  fer  de  fonte  :  on 
prend  le  métail  fondu  avec  des  grandes  cucilleres  de  fer,  àc  on  verfe  dans  les 
moulas.  Ces  moules  font  faits  en  plein  fable,  ou  bien  delà  même  matière  ,  c’eft 
à  dire  de  fer  de  fonte. 

Il  eft  à  remarquer  que  plus  on  veut  qùe  les  ouvrages  foient  délicats  &  fines ,  & 
plus  on  laifTe  la  mine  enfufion  ,  car  quand  c’eft  pour  faire  de  gros  ouvrages, 
on  ne  laifTc  cette  matière  au  feu  que  douze  heures  ,  &  aux  ouvrages  fines  jufqu’à 
quinze  &  dix-huit  heures  :  le  fer  de  fonte  de  France  ne  fe  peut  limer  ,  mais  fc 
polit  avec  du  grés  ou  de  lemeri  &  à  force  de  bras.  Le  Fer  de  fonte  d’ Alcmagnc|, 
&dc  quelques-autrcs  endroits  ,  fouffre  la  lime. 


CHAPITRE  XIV. 

JDu  Fer  en  barre  ou  autres  maniérés, 

LOrfquel’om  veut  réduire  le  Fer  en  véritable  Fer ,  on  prend  un  de  ces  lingots 
de  fer  de  fonte ,  que  l’on  porte  à  l’affinerie ,  c’eft  à,  dire,  dans  une  efpece  de 
Forge,  qui  eft  à  ras  dé  terre  dans  le  milieu  ,  duquel  eft  un  trou  ou  découle  la 
matière  à  mefure  qu’ellé  fc  fond.  On  fond  ce  métail  par  le  moyen  du  charbon,  & 
deux  grands  foufflets  qui  font  aufli  conduit  par  l’eau  à  mefure  que  cette  ma¬ 
tière  font ,  l’Affineur  la  remue  avec  une  barre  de  fer ,  &  plus  la  matière  eft  remuée 
avec  vigueur ,  plus  le  fer  en  eft  doux  &  d’une  bonne  qualité  \  apres  avoir  efte 
bien  remué  on  porte  la  matière  qui  fc  fait  avec  des  fortes  pincettes  fur  Un  enclume,, 
par  le  moyen  d’un  gros  marteau  qui  frape  dclTus ,  on  en  fait  fortir  la  grailfe ,  ou 

Î)our  mieux  dire  la  terre  ou  autres  corps  étrangers  qui  pourroit  y  être  reftez ,  alors 
e  fer  eft  fait  ,  &  ne  fe  peut  plus  refondre  &  fouffre  la  lime.  Qiwnd  il  eft 
qucftioi;x  de  le  réduire  en  bwrç  ou  d’autre  manicrcp  on  prend  cette  maife  que  les 


des  Drogues, Livre  I.  9 

Forgerons  appellent  la  pielTe,  on  la  porte  dans  une  autre  forge  appelléela  chauf¬ 
ferie  ,  &:  par  le  moyen  du  charbon  &  de  deux  foufflets  que  deux  hommes  font 
aller ,  &  lorfque  cette  malTe  eft  alTez  chauffée  ,  on  la  porte  fur  cette  enclume , 
&  par  le  moyen  du  gros  marteau  de  bois  aufli  ferré  par  le  bout ,  l’on  l’alongc 
&  l’on  la  met  fi  mince  &  de  telle  manière  que  le  marteleur  fouhaite.  Il  y  a  icy  un 
chofe  à  remarquer  J  ce  qui  n’elf  pas  d’une  petite  confequcncc ,  qui  eft  que  com-* 
me  le  Marteleur  ne  peut  réduire  que  la  moitié  de  cette  mafle  en  barre,  en  ce 
qu’il  eft  obligé  de  la  tenir  par  un  bout ,  &  afin  qu'elle  foit  plûtôt  refroidie 
pour  refaire  l’autre  bout,  il  la  jette  dans  l'eau, &  voila  ce  qui  caufe  que  le  fer  de 
France  eft  caffant ,  à  quoy  il  feroit  facile  de  remédier,  puifqu’il  n’y  auroit  qu’aie 
laiftcr  refroidir  deluy  même  ;  on  me  pourra  peut  ctreobjeder  que  ce  n*eft  pas  tout 
SL  fait  d’avoir  mis  le  fer  dans  l’eau  qui  le  rend  fi  aigre  &  fi  caftant,  &  que  cela  dé¬ 
pend  de  la  minc,&  fuivant  qu’il  a  été  bien  remue  ,  je  n’en  difeonvient  pas, 
mais  il  y  a  un  Proverbe  qui  dit  que  ,  mal  fur  mal  n’cft  pas  fanté  ,  ainfî  a  ce 
que  l’on  peut  remedier  facilement ,  il  eft  toûjours  bon  de  le  faire.  Voila  de  la 
manière  dont  on  met  le  fer  en  barre  ou  barreau. 


CHAPITRE  XV. 

Du  Fer  en  Verge  ou  Fil  de  Fer. 

Le  Fer  en  verge  eft  du  Fer  en  barre ,  que  l’on  a  chauffé  dans  une  cfpece  dé 
four ,  &  avec  des  roues  d’acier  eft  fendu  de  la  forme  &  figure  que  nous  les 
voyons.  A  l’égard  du  fil  de  fer,  cefontdcfes  verges  de  fer  ,  que  l’on  pafte  par 
des  petits  trous  de  la  même  maniéré  que  l’on  fait  la  bougie.  •  En  commen¬ 
tant  par  le  plus  grand  trou  &  finiftant  par  le  plus  petit ,  allant  toûjours  en  dimi¬ 
nuant. 


CHAPITRE  XVI. 

De  la  Tôle  à'  du  Fer  ^oir  &  hlanc. 

La  Tôle  eft  du  fer  en  barre  que  l’on  fait  chauffer  ,  &  avec  des  marteaux  on 
les  rends  fort  minces.  Il  y  a  de  deux  fortes  de  Tôle  ,  ftavoir  la  grande  & 
la  petite  :  on  fait  de  plus  du  fer  noir  en  battant  la  tôle  avec  des  petits  manelets  x 
outre  le  fer  noir  on  fait  furtçut  en  Allemagne  un  fer  blanc  qui  eft  fort  en  ufag« 
pour  plufieurs  ouvriers.  Ce  fer  eft  un  fer  doux ,  réduit  en  plaques  mince ,  &  en- 
fuite  eftamé  avec  l’étain,  quelques-uns  difent  que  l’onfc  fert  de  l’eau  forte.  H 
fc  fait  du  fer  blanc  dans  leNivernois,  mais  il  n’eft  pas  tant  eftimé  des  Ouvriers 
que  celuy  d’Allemagne,  en  ce  qu’il roüille  &  celuy  d’Allemagne  ne  ro^e  pas  , 
&  déplus  c’eft  qu’ifeft  plus  blanc  &  plus  luifantj 


10 


Hiftoire  generale 


CHAPITRE  ;cvii. 

De  [ Acier. 

1*Acier  cft  un  fer  pluficurs  fois  fondu ,  &  trampé  dans  de  l’eau  commu- 
^ne ,  ou  dans  une  eau  compofée  de  plufieurs  drogues  comme  il  fe  verra 
cy-aprés. 

Le  meilleur  acier  cft  celuy  que  l’on  nous  envoyé  d’Allemagne ,  à  qui  on  a  don¬ 
né  le  nom  d  Acier  de  Carme,  à  caufedu  nom  d’une  ville  d’Allemagne  appelléc 
Kernentjou  fe  fait  le  meilleur  acier, Cette  forte  d’acier  eft  appelle  auffi  acier  à  la  dou¬ 
ble  marque ,  &  ne  fert  que  pour  faire  des  ouvrages  extrêmement  fines ,  comme  ra- 
foirs ,  lancettes ,  &  autres  outils  de  Chirurgie,  des  filières  pour  les  Tireurs  d’or , 
des  burins  pour  les  Graveurs ,  ainfi  de  refte.  La  deuxieme  forte  d’acier  cft  celuy 
que  l’on  appelle  acier  à  la  rofe,tant  parce  qu’étant  cafté  il  y  paroît  dedans  une 
maniéré  de  petite  rofe ,  d’une  couleur  d’œil  de  perdrix  s  6c  de  plus ,  c’eft  que  les 
barils  qui  font  de  fapin  6c  en  oval  font  marquez  d’une  rofe  :  cet  acier  cft  en  peti¬ 
te  barre  j  depuis  un  pied  jufqu’à  deux  de  longueur ,  fur  un  demi  pouce  de  large.  Il 
y  a  de  plus  des  aciers  mois ,  qui  font  les  rebuts  de  l’aeier  à  la  rofe ,  que  quelqu’uns 
appellent  acier  de  la  fimple  marque.  Nous  avons  encore  des  aciers  de  Hongrie, 
d’Italie  ,  de  Piémont,  6c  de  quantité  d’autres  fortes  qui  fe  font  en  France ,  com¬ 
me  font  ceux  de  Vienne ,  6c  de  Rive  en  Daufine,  de  Clamccy  en  Auvergne  ,  de 
faint  Dificr  en  Champagne ,  il  s’en  fait  aufii  à  Nevers  &  à  la  charité  ,  que  l’on 
appelle  acier  foret  ou  commun. 

Il  eft  à  remarquer  que  tous  les  aciers  de  l’Europe  n’approchent  pas  en  bonté 
de  celuy  de  Kernent ,  tant  parce  que  de  plus  de  cent  cinquante  mines  de  fer  que 
les  Allemands  ont,  il  n’y  a  que  ceux  de  Kernent  qui  peuvent  faire  le  bon  acierj 
&de  plus  c’eft  qu’il fi^avent  au  juftcla  quantité  d’arfenic, de  reagal,  d’orpin,  de 
fublimé,  d’antimoine,  decouperofe  blanche  ,  Vautres  droeues  dont  ils  compo- 
fent  leurs  eau  ou  trempe  ;  6c  voila  en  deux  mots  la  caufe  qu’il  n’y  a  qu’en  Allema¬ 
gne  où  on  peut  faire  de  bon  acier,  6c  ce  quiacauféla  ruine  à  plufieurs  qui  fe  font 
voulu  mcler  de  le  contrefaire.  Pour  ce  qui  eft  delatrampc  des  aciers  communs,  on 
ne  fe  fert  ordinairement  que  d’eau  commune. 

Autrefois  on  voyoit  de  l’acier  de  Damas  qui  étoit  tres-bon,  6c  fi  on  en  veut 
croire  Monficur  de  Furetierc  qui  dit  que  la  trampe  de  l’acier  de  Damas  ,  fc 
fait  par  les  impreflions  de  l’air ,  lors  qu’un  cavalier  courant  à  toute  bride ,  le  tient 
a  la  main  6c  en  fait  la  roue  dans  l’air.  Il  ditaufti  que  l’on  le  trempe  en  le  paftantfur 
un  chamois  moüillé,  en  paftant  fon  tranchant  deftus  comme  fi  on  vouloit  cou¬ 
per  le  chamois. 

Le  bon  acier  doit  être  caftant ,  d’un  grain  fin  ,  6c  le  plus  blanc  que  faire  fc 
pourra.  A  l’égard  de  la  figure  il  y  en  a  de  bien  de  fortes ,  mais  la  plus  ordinaire  eft 
en  bille  pu  en  barre. 

L’ufage  de  l’acier  eft  pour  faire  quantité  d’outils  propre  à  couper  le  fer ,  bois 
&  autres  choies.  On  en  tire  par  le  moyen  de  la  Chimie  plufieurs  operations, 
comme  il  fc  verra  cy-aprés.  Pour  ce  qui  eft  de  la  limaille  d’acier  elle  eft  quelque 

f>cu  en  ufage  en  Médecine  ,6c  h  meilleure  6c  la  plus  naturelle ,  cft  celle  des  aiguil- 
es  ,  fon  épreuve  cft  de  la  mettre  fur  une  chandelle  allumée,  celle  qui  ne  brûle 
qu’à  moitié,  qui  fouffle  la  chandelle,  eft  mélangée  de  limaillcde  fer. 


des  Drogues ,  Livre  Premier. 


1 1 


CHAPITRE  XVIII. 

Du  Safran  de  Mars. 

T  E  Safran  de  Mars ,  furiiommez  apéritif  ,  eft  une  préparation  de  Fer  ou 

j^  d’ Acier ,  qui  fe  fait  en  trois  manières. La  première,  en  expofant  des  lames  de 
fera  la  roféc.  La  fécondé  ,  en  arrofant  de  la  limaille  de  fer  avec  de  l’eau  de 
pluye,  ou  de  l’eau  miellée  j  &  au  bout  de  quelque  temps  on  en  retire  une  roüillc 
d’une  couleur  brune.  Ces  préparations  de  Fer  ou  de  Mars ,  font  fort  longues  , 
mais  fort  propres  pour  les  maladies  cy-aprés  déclarées  j  mais  comme  ces  deux 
Safran  de  Mars  font  comme  j’ay  déjà  dit,  d’un  long  travail  &  d’une  très  vilaine 
couleur  :  on  s’attache  à  la  troifiéme  faiçon  qui  fe  fait  par  le  moyen  d‘une  bille 
d’acier ,  que  l’on  fait  blanchir  dans  un  feu  deMarefchal  ou  de  Serrurier  ,  &  par 
le  moyen  d’un  canon  de  foufre  que  l’on  approche  contre  j  on  le  fait  fondre  & 
réduire  en  poudre  i  cet  acier  fondu  eft  enluite  mis  dans  un  creufet  avec  du  fou¬ 
fre,  &  par  le  moyen  d’un  feu  de  reverbere ,  eft  réduit  en  une  poudre  d’un  alTcz 
beau  rouge.  D’autres  fe  fervent  de  limaille  de  fer  au  lieu  d’acier. 

Ce  Safran  de  Mars  apéritif ,  fort  communément  appellé  Croc«5  Martis  d()eritivM 
Ou  aperiens ,  eft  un  fort  excellent  remede  pour  l’hydropilîc ,  &  pour  g|Vierir  les  pâles 
couleurs  des  filles. 

LaDoze  eft  depuis  dix  grains  jufqu’â  quarante,  dans  quelque  opiat,  eonlcrvc 
ou  tablette,  ou  comme  dit  Monficur  Lemcry,  avec  quelque  purgatifs; 


CHAPITRE  XIX. 

Bu  Safran  de  mars  aftringent. 

Le  Safran  de  Mars  aftringent ,  aufli  appelle  Croem  Màftis  aftringens ,  eft  une 
de  fes  préparations  de  Mars  cy-deflus,  lavée  pluficursfois  avec  du  vinaigre, 
&enfuite  mis  dans  un  creufet  ,&  par  une  forte  calcination  de  cinq  â  fix  heures, 
eft  réduit  en  une  poudre  rougeâtre ,  mais  moins  belle  que  celle  ey-deflus. 

L  ufage  de  ce  Safran  eft  pour  arrêter  le  fang ,  tant  ccluy  qui  fe  perd  par  le  haut 
que  par  le  bas.  Il  fe  prend  en  pareille  doze  que  ceux  cy-delTus ,  &  dans  des  remedes 
convenables  â  la  maladie. 

Les  anciens  ont  donné  le  nom  de  Safran  â  ces  deux  préparations  comme  à  beau¬ 
coup  d’autres ,  â  caufe  de  leurs  couleurs  rougeâtres. 


CHAPITRE  XX. 

Du  Sel  ou  vitriol  de  Murs, 

L  y  a  de  deux  fortes  de  Sel  de  Mars ,  ou  de  Fer,  mais  le  mcillcul:  eft  ccluy  qui  le 
fait  en  mettant  de  l’huile  de  vitriol  &de  l’elprit  de  vin  dans  un  poêlon  de 


I  ^  Hiftoire  generale 

fer ,  &  après  y  avoir  féjourné  trois  femaincs  ou  un  mois  ,  il  fe  rencontre  au 
fonds  un  fel  grifatre  que  l’on  fait  fccher ,  &  que  l’on  garde  pour  le  befoin. 
L’autre  fel  de  Mars  fe  fait  en  mettant  de  la  limaille  d’acier  dans  du  vinaigre  diftillé , 
en  y  procédant  de  la  même  maniéré  que  fi  on  vouloir  faire  du  fel  de  faturne  j  ainli 
qu’il  fe  pourra  voir  fi  après.  Cepremicr  Sel  de  Mars  eft  un  excellent  remede  con¬ 
tre  les  obftruûions.  Ladozeeft  depuis  quatre  jufqu’à douze  grains, dans  quel¬ 
que  liqueur  convenable  à  la  maladie.  Al’égard  de  fon  choix  le  plus  blanc  &lc 
plus  fcc ,  doit  être  cftimé  le  meilleur . 


CHAPITRE  XXI. 

De  l  Huile  de  mars. 

ON  appelle  improprement  Huile  de  Mars  ou  de  Fer,  un  Sel  de  Mars  refont 
en  liqueur  à  la  cave.  Quelques  perfonnes  fe  fervent  de  cette  Huile  com¬ 
me  du  fel  ,  avec  cette  différence  qu’il  l’ordonne  en  plus  grande  doze. 


CHAPITRE  XXII. 

DesCriftaux  demars. 

ON  tire  du  Marsdes  Criftaux  ,  en  mettant  de  la  limailled’acier  dans  de 
l’ean  ,  &  jettant  defîus  de  bon  efprit  de  vitriol  j  &  par  le  moyen  de  la  cave 
l’on  en  tire  des  Criftaux  verdâtres ,  qui  apres  être  fechez  l’on  s’en  peut  fervir  aux 
mêmes  ufages  que  le  fel  &  l’huile,  à  la  referve  qu’il  les  faut  donner  en  plus  petite 
doze  ^  à  caufe  de  leur  grande  acrctè.  Quelques  perfonnes  prétendent  que  l’on 
peut  tirer  de  fes  Criftaux  par  le  moyen  d’une  cornue  un  efprit  de  vitriol,  mais 
comme  cet  efprit  eft  affez  foible ,  je  ne  confeille  à  perfonne  de  s’y  amufer. 


CHAPITRE  XXIII. 

De  la  Teinture  ou  Sirop  de  mars  avec  le  tartre. 

ON  tire  de  la  roüille  ou  de  la  limaille  de  fer ,  par  le  moyen  du  tartre  &  de  l’eau 
boüillantc ,  une  teinture  noirâtre,  qui  après  avoir  été  évaporée  &  réduite  en 
conliftance  de  firop,  eft  ce  que  l’on  appelle  Teinture  ou  Sirop  de  Mars  j  d’autres 
en  faifant  evaporer  prefque  toute  l’humidité  ,  en  font  une  autre,  qui  eft  ce  que 
Tcîmuve  uous  appclloiis  Teintute  épaiffedeMars. 

‘Iraiîn.''”  Cn  attribue  à  ces  Teintures  ,  ou  Sirops  de  Mars  ,  la  propriété  d’être  de 
très  bons  apéritifs.  Leurs  doze  eft  dffierentes ,  en  ce  que  plus  ces  teintures  font 
épaiffes  moins  on  en  prend  >ainfi  la  doze  ordinaire  doit  être  depuis  un  gros  juf¬ 
qu’à  une  demie  once. 


Vc 


des  Drogues,  Livre  Premier. 


n 


CHAPITRE  XXIV. 

De  la  teinture  ou  Sirop  de  mars  aftringent. 


ON  tire  encore  de  la  roüille  de  fer  ,  avec  du  gros  vin  ,  ou  du  fuc  .de 
coing,  ou  de  quelques-autres  fucs  aftringens ,  une  teinture ,  un  firop ,  ou 
extrait,  à  qui  on  attribue  la  qualité  de  referrer,  la  doze  cft  auflî  fuivant  leur 
épaifrcur,maisla  plus  ordinaire  eft  depuis  dix  grains  jufqu  a  un  demy  orosdans 
quelques  liqueurs  aftringentes. 


CHAPITRE  XXV. 

Du  Mats  diaphoretique. 

Le  Mars  Diaphoretique ,  cft  de  la  roüillure  de  fer  mêlée  '  avec  partie  égale 
de  fel  armoniac  ,  &  avec  un  vaiffeau  fublimatoire  ,  on  en  tire  des 
fleurs  que  Ton  dilToud  dans  de  l’eau  ,  &  que  l’on  fait  précipiter  en  verfant.  def- 
fus  la  dilTolution  de  l’huile  de  tartre  par  défaillance  j  on  fait  fechcr  cette  pou¬ 
dre,  laquelle  étant  lechée  eft  ce  que  Ton  appelle  Mars  Diaphoretique ,  quoyquc  la 
vertu  Diaphoretique  qu’elle  a  pû  tirer  du  fel  armoniac ,  ne  foit  pas  grande  ,  puif- 
que  l’eau  a  prefque  tout  emporté. 


C  HAPITRE  XXVI. 

De  t  Argent-vifs. 

CE  que  nous  appelions  Argent-vif,Vif-argenc,Mercure  crud,Mercurc  coulant 
ou  courant,hydrargyre,argent  aqueux,  ou  eau  d’argent  prothée  de  la  nature, 
fel  fugitif ,  ou  efprit  minerai ,  eft  félon  Monfieur  Charas  une  liqueur  métallique  , 
ou  minerai ,  d’une  nature  volatile  trouvée  dans  les  mines,  &  compofée  comme 
on  croît  d’une  terre  fulphurée  blanche,  &  de  fon propre  mercure  interne  ,  que 
les  Philofophes  croyent  être  un  de  ces  principes ,  &  qui  eft  de  même  que  fon  fel 
&  fon  foufre.  Qi^lqu’uns ,  entr’autres  le  même  Auteur  ,  difent  que  le  mercure 
n’a  pas  été  mis  au  rang  des  Métaux ,  mais  on  luy  a  donné  le  nom  de  demy  mé- 
tail,  parce  que  n’étant  ny  dur  ny  malléable,  comme  le  font  les  vrays  métaux, 
il  fe  joint  neanmoins  facilement  à  tous  ,  &  furtout  à  l’or  auquel  même  il  ferc 
fouvent  d’intermede  pour  le  joindre  à  d’autres  métaux.  Sa  couleur  d’argent,  & 
la  difpofition  qu’il  a  àfe  mouvoir  ,  font  caufe  qu’on  l’a  nommé  Argent-vif  de 
même  que  fa  couleur  &  fa  fluidité  l’ont  fait  nommer  Hydrar^ymm ,  c'eft  à  dire , 
Argent  aqueux ,  ou  eau  d’argent.  On  l’a  nommé  mercure,  à  caufe  de  l’analogie 
qu’il  a  avec  la  planette  qui  porte  le  même  nom.  On  a  pu  aufli  luy  donner  ce 
riom  à  caufe  du  rapport  qu’il  a  au  changement  de  figure  ,  que  les  payens  attri- 
buent  à  Mercure ,  l’un  de  leurs  faux  Dieux.  C’eft  encore  pour  la  même  raifon ,  & 
pour  la  diverfité  de  couleur  qu’on  peut  luy  donner  ,  qu’on  l’a  nommé  eaa 
J II.  Partie.  Q_ 


1 4  Hiftoire  generale 

prothcc  ,  &  c’eft  pour  fa  fluidité  &  pour  fa  volatilité  que  quelques-uns  l’ont 
nommé  Tel  fugitif. 

On  trouve  r  Argent-vif  dans  les  mines  en  diverfes  maniérés,  tantôt  renfermé 
dans  fa  propre  mine ,  &  quelquefois  aufli  fluide  de  coulant  de  la  figure  que 
nous  le  voyons,  &:  à  caufe  qu’il  fe  trouve  naturel.  Quelques-uhs  luy  ont  donné 
Mercure  Ic  nom  deMctcute  vierge  ;  on  le  trouve  aufli  quelquefois  parmy  des  terres  &  des 
pierres ,  &c  aiTcz  fouvent  aufli  corporifié  en  cinabre  naturel ,  comme  il  fe  verra  cy 
•après  .  Ceux  qui  tirent  l’ Argent-vif  de  fa  mine ,  (  ou  pour  mieux  dire  des  endroits 
où  il  fe  trouve ,  )  fe  fervent  pour  le  feparer  de  fa  mine  ,  ou  autres  corps  durs  avec 
iefquclles  il  eft  joint  de  grandes  cornues  de  fer  ,  &  par  le  moyen  du  feu  &  de 
l’eau Iraîche  dans  laquelle  il  tombe  ils  le  rendent  fluide  tel  qu’il  eft  ordinairement. 
La  mine  de  mercure  eft  fi  femblable  à  l’Antimoine  de  Poitou ,  que  fi  ce  n’étoit  que 
Mercure,  les  éguillcs  Cil  foiit  tant  foit  peu  plus  blanches ,  il  n’y  auroit  point  d’hommes  qui 
en  pourroit  faire  la  différence,  &  lorfqu’il  fe  trouve  coulant  dans  la  terre ,  les  for- 
(Jats  qui  lé  tirent,  ne  font  que  le  pafferparunc  peau  de  chéimois ,  pour  le  nctoycr 
de  fes  impuretez.  Il  n’y  a  gueres  que  deux  endroits  en  Europe  où  l’on  tire  le 
Vif-argent  qui  font  la  Hongrie  &  l’Efpagne ,  dont  ccluy  d’Hongrie  eft  tranlporté 
â  Vienne  en  Autriche, Sé  delà  Hollande  d’où  nous  le  faifons  venir  j  &  ccluy 
d’Efpagne  cfttranfporté  au  Pérou ,  pour  fervir  à  la  purification  de  l’or&del’ar- 
gent, comme  j’ay  dit  cy- devant.  Le  Mercure  d’Efpagne  étoit  affez  commun 
par  le  paffé  en  France ,  &c  â  caufe  que  ce  mercure  étant  mis  fur  de  l’argent  tant 
Ibit  peu  chaufé  ,  avoit  la  propriété  de  dorer  la  fupcrficie  ,  &  de  rendre  cet  ar¬ 
gent  d’une  tres-bellc  couleur  de  vermeil.  Cette  haute  propriété ,  fuivant  quelques 
Alchimiftes ,  &  qui  au  fond  n’eft  rien ,  &  la  difficulté  qu’il  y  a  d’en  avoir  prefen- 
tement ,  à  caufe  que  le  Roy  d’Efpagne  a  défendu  expreffement  d’en  tranfporter  en 
d’autres  Royaumes ,  c’eft  ce  qui  fait  qu’il  eft  aujourd'huy  fi  recherché,  aufli-bicn 
que  le  cinabre  naturel.  Quelques  Auteurs  modernes  ont  écrit  que  l’on  trouve  du 
mercure  aux  Indes ,  en  Pologne ,  en  Allemagne ,  &  même  en  France ,  ce  qui  peut 
être  vray  j  mais  quelque  foin  que  j’aye  pris  ,  je  nay  pu  découvrir  la  vé¬ 
rité  de  lachofe,  il  eft  bien  vray  que  l’on  a  trouvé  depuis  peu  en  Normandie, 
entre  faint  Lo  &  Charentan  ,  prés  un  lieu  appelle  le  Foffé-Rouge  ,  une  mine 
de  cinabre -,  mais  la  grande  dépenfe  que  l’on  auroit  été  obligé  de  faire,  a  été  la 
caufe  que  l’on  l’a  rebouché.  MonfieurLcmcry  dit  que  le  Mercure  fe  trouve  or-- 
dinairement  deflous  les  montagnes ,  couverts  de  pierres  blanches ,  &  tendres  com¬ 
me  de  la  chaux.  Les  plantes  qui  croiffent  fur  fes  montagnes,  femblent  plus  ver¬ 
tes  &:  plus  grandes  qu’ailleurs;  mais  les  arbres  qui  font  proche  de  la  mine  du  vif- 
argent  ,  produifent  rarement  des  fleurs  &  des  fruits  ,  leurs  fcüilles  mêmes  font 
plus  tardives  à  paroitre  que  dans  les  autres  lieux. 

Un  des  indices  pour  découvrir  la  mine  du  Vif-argcnt,  c’eft  quant  au  matin 
des  mois  d’ Avril  &:  de  May  J  il  fort  d’un  lieu  particulier  des  vapeurs  ou  broüil- 
lards  épais ,  qui  ne  s’élèvent  que  peu  dans  l’air ,  à  caufe  de  leur  pefantcur  ;  on  s’at¬ 
tache  à  ces  lieux-là  pour  rechercher  le  métail ,  &  principalement  quand  ils  font 
par  hazard  fcimezài’opofite  du  vent  feptentrionnal  ;  car  alors  on  croit  la  mine 
tres-abondantes  :  on  trouve  aufli  beaucoup  d’eau  aux  environs  de  ces  mines. 

Qui  en  voudra  fcjavoir  davantage  touchant  l’Or,  l’Argent,  le  Vif-argcnt,  life 
uiccojU  »  &  le  Mercure  Indien ,  en  ayant  traité  fort  amplement. 

Q^y  qu’il  en  foit,  on  doit  choifir  l’Argent-vif  blanc,  coulant ,  net ,  bien  vif 
&  d’une  belle  eau ,  de  rejetter  ccluy  qui  étant  mis  dans  quelque  vaifleau  de  cui¬ 
vre  ,  comme  balance  de  autres ,  paroît  plombé ,  c’eft  à  dire ,  lorfque  fa  couleur  en 
eft  brune ,  de  qu’il  fait  des  queux  ou  trainées  ,  comme  s’il  étoit  gras ,  ou  qu’en 
le  maniant  il  adhéré  aux  mains ,  de  fe  convertiffe  en  petites  boules  rondes ,  ce 


des  Drogues ,  Livre  Premier.  1 5 

qui  n’cft  pas  d’une  petite  confequcncc ,  en  ce  que  la  plufpart  de  l’Argcnt-vif 
quife  confomme,  elt  pour  les  Miroitiers,  Orfèvres,  Fourbifl'eurs ,  d’Oreurs  ÔC 
autres,  &fi  par  malheur  ou  par  fourberie  ,  fur  un  boüillon  d* Aro-ent-vif ,  il  y 
avoir  dedans  une  livre  de  plomb  ,  cela  feroit  capable  de  leur  gâter  leurs  Ou-* 
vrages. 

Outre  les  qualitcz  cy-defTus  que  doit  avoir  l’ Argent-vif ,  on  peut  réprouver 
en  en  mettant  tant  foit  peu  dans  une  cueillcrc  d’argent,  &  l’ayant  fait  évaporer 
fur  le  feu  s’il  refte  une  tache  jaune,  c’eft  une  marque  qu’il  elt  naturel  j  &  au 
contraire  s’il  refte  une  tache  noire,  c’eft  une  marque  qu’il  eft  mélangé  de  plomb 
ou  d’étain.  LcVif-argent  eft  une  matière  fi  pefantc,  qucMonfîeur  de  Furetiere 
dit  que  le  pied  cube  de  Mercure  peze  5)47.  livres  j&ccluy  d’eau  de  Seine  nepeze 
que  foixante  dix  livres ,  c’eft  â  dire  unvaifteau  qui  contiendra  trente-cinq  pA  tes 
d’eau  de  la  Riviere  de  Seine ,  mefure  de  Paris,  peut  contenir  neuf  cent  quarante 
fept  livres  de  Vif-argent.  Si  le  Vif-argent  eft  extrêmement  pf’zant,iln’en  eft  pas 
moins  fort ,  puis  qu’un  poids  de  cinquante  livres  de  fer  mis  fur  un  boüillon  de 
Vif-argent,  qui  peze  ordinairement  tel  qu'il  vient  d’Hoilande,  cent  foixante  ou 
cent  quatre-vingt-livres ,  n’enfonfc  non  plus  dedans  comme  li  l’on  y  mettoit 
une  once  ;  ce  que  je  n’aurois  jamais  crû  fi  je  ne  Pavois  expérimenté  moy-même. 
A  l’égard  des  proprietez  de  l’Argent-vif  elles  font  fi  grandes  quelles  furpalTenc 
l’imagination  i  &même  quelques  perfonnes  prétendent  qu’un  gros  pezant  d’ Ar¬ 
gent-vif  a  la  meme  propriété  que  telle  quantité  que  l’on  en  pourrcit  faire  pren¬ 
dre,  &  que  fi  on  en  ordonne  quelquefois  en  grande  doze,  furtout  pour  les  coli¬ 
ques  de  mifererc  ,  c’eft  afin  qu’il  pafte  plus  vite  ,  &c  que  fon  grand  poids 
fafle  dénouer  les  boyaux.  C’eft  aufîi  une  chofe  furprenante  que  de  quelque  ma¬ 
nière  que  Pon  puifTe  metamorphofer  le  mercure,  on  le  pcuttoûjours  faire  reve¬ 
nir  dans  fa  première  nature  ,&  avec  tres-peu  de  diminution.  Chimiqu® 

Danois,  dit  dans  fa  Chimie  qu’ayant  tourmenté  pendant  un  an  du  Mercure,  Sc 
l’ayant  réduit  en  plufieurs  manieres,il  reprit  fa  première  forme  dans  k  milieu  du  feu 
par  le  moyen  du  fel  de  tartre.  La  grande  confommation  que  Pon  fait  du  mercure 
dans  tous  les  Royaumes ,  furtout  en  France,  eft  la  caufe  que  les  Hollandois  Pont 
augmenté  de  deux  fols  par  livre  monnoye  d’Hollande,  qui  eft  prés  de  trois  fols 
d’icy,  &  comme  cette  marchandife  a  été  depuis  long-temps  en  party  ,  elle  ne  s’y 
vendoit  que  trente-fix  fols  la  livre.  Je  lailTc  encore  â  part  le  grand  nombre  de 
vertu  que  Pon  attribue  â  ce  demy  mécail ,  en  ce  que  plufieurs  Auteurs  en  trai¬ 
tent,  &  même  à  décider  s’il  eft  chaud  ou  froid,  pour  dire  qu’il  eft  d’une  nature 
extérieure  fi  froide,  qu’il  eft  impofîible  de  pouvoir'durer  la  main  dans  un  boüil¬ 
lon  d’Argent-vif  un  quart-d’heure  de  temps  ,&  pour  dire  auffique  cet  un  abus 
de  croire  comme  quelques  Auteurs  modernes  ont  écrit,  que  les  Hollandois  pren¬ 
nent  la  peine  démettre  le  mercure  en  cinabre  pour  le  tranfporter  en  plufieurs 
endroits  pour  trois  raifons.  La  première,  parce  qüil  fetranfporte  fort  facilcmenc 
dans  des  cuirs  de  Mouton,  liez  ôc  enfermez  dans  des  cailfes  ou  barils  de  bois, 
dont  le  vuide  eft  rempli  de  fon,  de  feieurede  bois ,  ou  de  paille  coupée.  La  fé¬ 
condé  ,  en  ce  que  fi  nous  étions  obligez  de  revivifier  le  cinabre  en  mercure ,  nous 
ne  pourrions  pas  l’établir  au  prix  que  nous  l  etablilTons  j  &  tout  le  mercure  qui  eft 
réduit  en  Hollande  en  cinabre ,  eft  pour  broyer  ou  pour  confommer  en  France  ou 
autres  endroits  aufli  en  cinabre,  â  moins  que  ce  ne  foit  quelque  curieux  qui  foit 
bien  aife  d’avoir  un  mercure  pur  &  net,  qu’il  fe  donne  la  peine  de  le  revivifier ,  & 
la  chofe  eft  fi  réelle  que  fi  nous  faifons  venir  tous  les  ans  unmilier  d  Argent- vif 
5c  autant  de  vermillon  broyé  ,  nous  ne  faifons  venir  au  plus  que  cinquante  li¬ 
vres  de  cinabre.  Entroifiéme  lieu,  quand  les  Hollandois  ont  envie  de  le  rendre 
I  IL  Partie,  Q^ij 


1 6  Hifloire  generale 

portatif,  il  le  fixc&  Tarreftc  avec  tres-peu  de  chofe  ,  &  le  mettent  dans  toutes 
fortes  de  vaHlcaux ,  &  même  dans  du  papier ,  &  l’envoyent  à  ceux  qui  ont  le  fe- 
cret  de  le  rendre  coulant  fans  faire  aucune  dépenfc. 


CH  APIT  RE  XXVII. 

Du  Cinahre  Minerai  ou  naturel. 

Le  Cinabre  Minerai  eft  une  pierre  rouge  ,  pefante  &  brillante ,  que  Ton 
trouve  en  divers  endroits  du  monde ,  mais  le  meilleur  &  le  plus  eftimé ,  eft 
d’Efpagne  j  j’ay  eu  beaucoup  de  peine  de  fejavoir  le  nom  du  véritable  en¬ 
droit  d'où  fe  tire  le  Cinabre,  en  ce  qu’une  perfonne  de  mérité  m’a  alluré,  & 
pour  en  avoir  veu  &  ramalfé ,  que  celuy  de  la  meilleure  qualité  fe  trouvoit  dans 
T'Andaloulie  ,  furies  Terres  des  Religieux  de  faint  Jerome,  &  que  l’on  mar- 
choit  dell'us  comme  on  fait  icy  fur  les  pierres ,  mais  ne  pouvant  croire  la  cho¬ 
fe  Il  commune  ,  j’ay  été  obligé  de  m’en  informer  à  Monfieur  Charas  ,  le¬ 
quel  m’a  àfluré  qu’il  y  avoit  dans  les  Montagnes  de  Sierra  Morena  ,  de 
grandes  mines  de  cinabre  ,  &  que  pour  en  tirer  le  mercure  pour  envoyer  au 
Pérou  ,  le  Roy  d’Efpagne  y  entretenoie  à  fes  frais  &  dépens  plulîcurs  Ouvriers  : 
&  comme  cette  derniere  relation  me  paroît  plus  jufte,  je  crois  que  l’on  peut  s’aC- 
furer  que  la  plus  grande  quantité  de  cinabre  que  l’on  voyoit  icy  par  le  palTé  , 
&  qui  fc  voit  encore  aujourd’huy ,  mais  rarement  venoit  des  Montagnes  de  Sierra 
Morena  ,  &  que  le  bon  marché  auquel  il  étoit  en  ce  tcmps-là ,  nous  fait  alTez 
connoltre  qu’il  n’ étoit  pas  fort  difficile ,  ny  de  grandes  dépenfes  à  tirer  de  fes 
minières  s  ce  qui  pourroit  favorifer  en  quelques  manières  le  fentiment  de  la  per¬ 
fonne  qui  m’a  alluré  qu’il  fe  trouvoit  aulli  communément  que  les  pierres ,  &  qui 
ne  coutoit  qu’à  ramaller. 

On  doit  choifir  le  Cinabre  minerai ,  haut  en  couleur ,  le  plus  brillant  &  le  moins 
chargés  de  roche  que  faire  fe  pourra depuis  que  le  véritable  cinabre  d’Elpagnc 
eft  devenu  rare  en  France,  on  en  voit  de  tant  de  fortes  que  j’aurois  alTez  de  pei¬ 
ne  aies  pouvoir  toutes  définir  5  &  à  caufe  de  cette  grande  rareté  on  ne  voit  au¬ 
tre  chofe  prefentement  que  demander  du  véritable  Cinabre  d’Efpagne  j  &  com¬ 
me  la  plufpart  de  ceux  qui  en  vendent  ne  font  pas  de  fcrupule  de  donner  l’un  pour 
l’autre ,  donnent  de  celuy  de  faint  Lo ,  quoyque  bien  different ,  en  ce  que  celuy 
d  Efpagne  eft  d’un  rouge  brillant  j  &  celuy  de  faint  Lo  eft  d’un  rouge  mat , 
beaucoup  moins  abondant  en  mercure  ,  quoyque  quelques  perfonnes  m’aye 
voulu  foûtenir  que  le  Cinabre  de  faint  Lo  rendroit  auffi-bien  quatorze  onces 
de  mercure  par  livre  comme  celuy  d’Efpagne  :  à  quoy  je  ne  puis  contredire  pour 
ne  l’avoir  expérimenté. 

Le  Cinabre  minerai  d’Efpagne ,  quoyque  fort  recherché  ,  n’a  autre  propriété 
que  je  fijache,  que  pour  en  tirer  le  mercure  dont  les  habiles  Alchimiftes  préten¬ 
dent  en  faire  du  vermeil ,  &  même  en  faire  de  l’or  en  le  fixant ,  &  luy  donnant  la 
teinture  ;  car  à  l’égard  du  poids  il  approche  fort  du  véritable  or.  Monfieur  Le- 
mery  dit ,  que  le  Cinabre  naturel  ou  minerai ,  eft  un  mélange  de  mercure  &  de 
foufre ,  qui  fe  font  fublimez  enfcmblc  par  le  moyen  de  quelque  chaleur  foûter- 
raine ,  &  cela  fe  fait  naturellement  à  peu  prés  de  la  même  manière  que  le  Cina- 
Bre  artificiel. 

Monfieur  de  Furetierc  marque  dans  fon  Livre ,  qu’il  y  a  un  Cinabre  minerai 


des  Drogues ,  Livre  Premier.  ï  7 

quUft  une  pierre  fort  rouge,  lourde  &pcu  dure  ,  reifcmblant  à  de  rhæmatitc 
qui  contient  du  Vif-argent ,  lequel  en  dégoûte  de  luy-même  &  fans  le  fccour  dù 
feu  :  il  dit  qu’il  fe  trouve  vers  la  Carniole,  &  que  c’eft  la  même  chofe  que  le  Mi¬ 
nium  des  anciens  &eft  un  poizoïii  il  dit  encore  que  le  mot  de  Cinabre  vient  du 
mot  Grec  Kinabra,  qui  lignifie  1  odeur  des  boucs  une  odeur  inlupportable  > 
parce  que  quand  on  tire  de  terre  une  efpccede  cinabre  fofîllc,  il  jette  MonMa- 
thiolcjune  odeur  fi  étrange  que  l’on  eft  obligé  de  fe  boucher  le  nez  ,  &  de  fe 
couvrir  le  vifage  de  peur  d’en  être  infedé  ;  je  n’aurôis  pas  parlé  de  ce  dernieï 
cinabre,  en  ce  que  je  crois  que  c’eft  une  faulTeté  j  &  fi  ce  n’étoit  que  Mathiole 
&deFuretiere  font  decedez  ,  je  leurs  dirois  en  cet  article  comme  en  beaucoup 
d’autres,  qu’ils  ont  écrit  ce  qu’ils  n’ont  jamais  veu,&  ce  qui  eft  même  hors,  du 
bon  fens  j  &c  afin  de  dilTuader  ceux  qui  pourroient  croire  qu’il  y  a  du  cinabre 
minerai,  dont  le  mercure  en  découlé  naturellement^ 


CHAPITRE  XXVIIL 

Du  Cinahre  artificiel. 

Le  Cinabre  artificiel  ou  en  pierre ,  eft  un  mélange  de  rtiercüte  &  de  foufre^ 
6c  enfuite  fublimé  &  réduit  en  pierre,  de  la  maniéré  que  nous  le  voyons. 
Onchoifira  le  Cinabre  en  pierre ,  en  belles  éguilles,6<:  le  plus  haut  en  couleur 
que  faire  fe  pourra. 

L’ufage  de  ce  Cinabre  eft  comme  j’ay  déjà  dit  y  pour  en  tirer  un  mercure  par 
ceux  qui  veulent  avoir  un  Vif- argent  pur  &  net  ,  tant  pour  faire  la  panacée 
mercurielle,  que  pour  plufieurs  autres  operations  ou  le  mercure  revivifié  du  ci¬ 
nabre  eft  requis. 

Le  Cinabre  en  pierte  éft  aufti  quelque  peu  ufité  par  les  peintres  ,  après  l’avoir 
broyé ,  à  caufé  qu’il  eft  d’un  rouge  plus  vif  que  celuy  qui  vient  tout  broyé  d’Hol¬ 
lande  ,  mais  ce  qu’il  y  a  de  fâcheux ,  c’eft  que  l’on  a  bien  de  la  peine  â  le  faire 
fecher:il  a  encore  quelque  peu  d’ufage  en  Médecine ,  tant  pour  faire  des  fumi- 
gatoires  que  pour  employer  dans  plufieurs  remedes ,  tant  intérieurement  qu’ex- 
terieurement  ;  je  diray  neanmoins  que  le  cinabre  n’eft  guère  en  ufage  pour  Lin- 
terieur,  fi  ce  n’eft  pour  les  chevaux  ,  pour  en  faire  une  compofition  dè  pilule 
furnommé  de  cinabre^  Tour  le  cinabre  entier  ou  broyé  ,  vient  d’Hollande ,  6c 
c’eft  une  chofe  furprenante  que  de  fi^avoir  que  ceux  qui  le  font  ,  en  font  des 
pains  de  trois  à  quatre  cens  pezant,  ce  qu’ils  font  fans  aucune  peine  en  mettant 
vingt-cinq  livres  de  matières ,  c’eft  â  dire  de  foufre  &  de  mercure  ,  &  lorfque  ces 
vingt-cinq  livres  font  fublimez,  ils  en  remettent  vingt-cinq  autres,  6c  continue 
toujours  de  la  même  maniéré  jufqu’â  ce  quele  vaifteau  foit  plein  j  6c  c  eft  ce  qui 
fait  que  le  cinabre  en  pierre  que  nous  voyons  eft  difpofé  par  lits.  ^ 

A  l’écrard  du  vermillon  ce  n’eft  que  du  cinabre  en  pierre,  broyé  avec  de  l’u¬ 
rine  ou  avec  de  l’eau  de  vie,  6c après  avoir  été  fcché  eft  tranfporte  en  differents 
endroits. 

Il  nous  vient  d’Hollande  de  deux  fortes  de  vermillon  îfi^avoir  3  du  rouge  6c  du 
pâle,  ce  qui  ne  provient  que  fuivant  qu’il  a  été  plus  ou  moins  broyé  3  car  plus 
il  eft  broyé  plus  il  eft  fin,  plus  il  eft  pâle  6c  plus  il  efteftime  ,  principalement 
pour  ceux  qui  l’cmployent  â  rougir  la  cire  d’Elpague. 

On  doit  choifir  le  vermillon  bien  broyé ,  fcc, le  moins  terreux, le  plus  pur  64 


D’où  vicnï 
que  le  ci¬ 
nabre  eft 
difpofc  pal 
lits. 


Vermillon. 


1 8  Hiftoire  generale 

le  plus  net  que  faire  fe  pourra  j  il  eft  d’une  neceflîté  abfoluë  que  les  Hollandois 
mêlent  dans  le  vermillont  broyé  de  la  mine  de  plomb ,  ou  autres  drogues  ficcati- 
ves ,  en  ce  que  le  cinabre  en  pierre  broyé ,  comme  j’ay  déjà  dit ,  a  bien  de  la  peine 
à  feclier,  qui  eft  le  contraire  de  celuy  qu’ils  nous  envoyent  tout  broyé. 

Le  vermillon  eft  fort  en  ufage  en  France ,  tant  par  les  faifeurs  de  cire  d’Erpagne,' 
que  par  les  peintres,  &  parce  qu’il  entre  dans  plufieurs  Ouvrages  où  il  eft  requis. 

On  fera  averty  de  ne  fe  jamais  fervir  du  cinabre  broyé  &  mélangé  avec  quelque 
grâilfe  pour  s’embelir  le  vifage  ,  ainfi  que  l’a  fort  bien  remarque  Monlieur  Le- 
mery ,  en  ce  que  ce  fard  eft  dangereux ,  &  qu’il  en  pourroit  arriver  de  fâcheux 
accidens  ;&:on  pourra  employer  â  fa  place  du  vermillon  furnommé  d’Efpagne, 
duquel  l’on  fe  peut  fervir  avec  toute  fureté,  n’étant  fait  que  du  fafran  du  levant 
ou  Safranum. 

Du  Mercu-  Cinabre  ou  du  Vermillon ,  par  le  moyen  du  feu,  &  de  la  limaille  d’a- 

encinibre"  ^  cHaux  vivc  mife  dans  une  cornue,  un  Vif-argent  très  pur  &fort  pro¬ 

pre  à  tous  les  ufages  ,  où  le  Vif-argent  eft  requis  ,  mais  comme  ce  mer¬ 
cure  eft  beaucoup  plus  cher ,  tant  à  caufe  des  frais  qu’il  faut  faire  que  par  le 
déchet  j  ceux  qui  ont  befoin  de  Vif-argent,  â  moins  que  ce  ne  foit  quelques 
curieux,  ils  fe  fervent  de  celuy  d’Hollande. 

A  l’égard  du  choix  de  ce  mercure  il  doit  être  extrêmement  blanc  &  bien  vif. 


CHAPITRE  XXIX. 

Du  Suhlme  corrofif. 

Le  Sublimé  Corrofif  que  nous  tirons  d'Hollande  oudeVenife,  eft  du  Mer¬ 
cure  ordinaire  ou  revivifié  du  cinabre,  de  i’cfprit  denitre,  du  vitriol  cal¬ 
ciné  en  blancheur  &  du  Tel  marin  decrepité  j  bc  par  le  moyen  d’un  vailTeau  fubli- 
matoire ,  il  eft  réduit  en  une  maife  blanche  &  brillante. 

On  doit  choihrle  fublimé  foit  d’Hollande,  {bit  deVenife,  bien  blanc, le  plus 
brillant, le  moins  pefant ,  le  moins  compacte  qu’il  lera  polTible  5  &rejctter  tant 
qu’il  fe  pourra ,  le  fublimé  de  Smyrne ,  qui  eft  pefant ,  remply  de  miroirs ,  en 
ce  qu’on  prétend  qu’il  eft  fait  avec  de  l’arfcnic ,  ce  que  je  n’ofe  afturer  pour  n’en 
être  pas  certain  ,  &  la  meilleur  connoilfance  que  j’en  puis  donner  i  c’eft  d’y 
jetter  dclTus  quelque  goûte  d’huile  de  tartre  fait  par  défaillance ,  ou  le  frotter 
avec  tant  foit  peu  de  fcl  de  tartre  i  s’il  jaunit  ,  c’eft  une  marque  infaillible  qu’il 
eft  fait  de  mercure ,  &  qu’il  eft  de  la  qualité  requife  j  au  contraire  s’il  noircit  c’eft 
une  marque  qu’il  n’eft  pas  d’une  bonne  qualité ,  &  qu’il  doit  être  rejetté. 

L’ufagedu  fublimé  corrofif  eft  pour  plufieurs  perfonnes ,  comme  Chirurgiens, 
Orfèvres ,  Maréchaux  &  autres  \  il  eft  aufli  ufité  en  Médecine  pour  l’extérieur, 
mais  comme  c’eft  un  des  plus  forts  poizons  que  nous  ayons ,  on  ne  s’en  doit  fer¬ 
vir  qu’avec  de  grandes  précautions  ,&  les  Marchands  qui  le  débitent  n’en  doi¬ 
vent  vendre  qu’à  ceux  d’une  profcftîon  à  en  avoir  befoin  ,ainfî  que  les  Ordon¬ 
nances  du  Roy  le  portent ,  dans  lefquclles  il  eft  exprelTément  défendu  â  tous 
Marchands  de  vendre  toutes  fortes  de  poizons  qu’au  fcul  Maître  de  famille ,  &  de 
tirer  des  certificats  de  celuy  qui  l’achetc,  &  de  fi^avoirce  qu’il  en  veut  faire, 
Marchand  qui  le  vend  de  le  tenir  fous  la  clef ,  &  qu’il  n’y  aye  que  luy  qui  en 
faftelc  débit.  Je  ne  croy  pas  que  l’on  trouve  cet  avcrtiiTcmcnt  mauvais ,  puifqu’il 
eft  fait  pour  la  lureté  publique. 


Des  Drogues.  Livre  premier. 


19 


chapitre  XXX. 

Du  Suhlimè  doux. 

Le  Sublimé  ou  Mercure  doux  ,  ou  dulcifié  ^  aufli  appelle  t^cfuiU  alba  i 
cft  du  Sublimé  corrofif ,  &  du  Mercure  crud  réduit  en  mafie  blanche  par 
de  petites  éguillcs ,  par  le  moyen  du  feu  &  de  plufieurs  matras  ou  phioles  de 
verre. 

Le  Sublimé  doux  ou  Mercure  dulcifié  3  doit  être  blanc ,  brillant ,  garni  de  pe¬ 
tites  éguilles  dures ,  qui  étant  pofé  fur  la  langue  font  d’un  goût  incipide ,  &  qui 
étant  réduit  en  poudre,  il  foit  d’un  blanc  tant  foit  peu  jaunâtre.  On  fera  averty 
de  bien  prendre  garde  qu’il  ait  été  dulcifié  au  moins  trois  fois  ;  car  à  moins 
que  cette  marchandife  ne  foit  de  la  qualité  rcquife,  c’eft  à  dire  d’un  goût  fort  in¬ 
cipide,  il  feroit  capable  de  produire  de  fâcheux  accidents.  Ceux  qui  le  feront  ve¬ 
nir  d’Hollande,  ne  s’attacheront  pas  tanta  la  grande  beauté  que  les  Hollandois 
le  font  J  mais  qu’il  foit  fans  aucun  goût,  S>c  je  puis  afiureren  avoir  tiré  d’Hollan¬ 
de,  que  fi  je  n’y  avoit  pris  garde  il  en  feroit  arrivé  de  très  méchantes  fuites  :  ce 
qui  ne  provenoit  que  de  ce  qu’il  n  avoit  été  fublimé  ,  ou  dulcifié  qu’une 
fois. 

Le  Sublimé  doux  bien  préparé ,  cft  un  fort  excellent  remede  pour  guérir  les 
maladies  fècrettes ,  &  pour  faire  mourir  les  vers  ftxr  tout  des  petits  enfans  j  la  doze 
ordinaire  cft  depuis  deux  grains  jufqu’â  trente  pris  en  bol  ,  foit  dans  quelques 
remèdes  purgatifs ,  ou  dans  quelque  conferve. 


CHAPITRE  XXXI. 

De  la  Panache  mercurielle. 

ON  appelle î^anaccemcrcur^lcjUnSubiimé  doux  fait  dcmcrcurcj  revivi- 
fié  de  cinabre,  &  ditlcifié  ou  fublimé  jufqu’â  huit  fois.  Je  ne  m’étendray 
point  fur  cet  article ,  en  ce  que  les  Diredeurs  de  l’Hôpital  des  invalides  en  ont 
fait  faire  un  imprimé  qui  en  traite  fort  au  long  ,  je  diray  feulcmint  que  ce  re- 
,mede  cft  fort  recherché  &  eftimé ,  tant  â  caufe  de  fa  nouveauté  que  parce  que 
l’on  prétend  que  c’eft  un  remede  general  pour  la  guerifon  des  maladies  cy-def. 
fus,  &onluy  attribue  tant  de  qualité  que  l’on  luy  a  donné  le  nom  de  Panacée* 
qui  veut  autant  dire  que  remede  univerfeL  On  met  ordinairement  cette  Panacée 
en  petites  pilules ,  avec  des  mucilages  de  gomme  adrangant ,  &  lorfqu  elles  font 
fcches,  ne  different  en  rien^  tant  en  couleur  qu’en  grolfeur  âla  coriandre  en 
dragée. 


20 


Hiftoire  generale 


CHAPITRE  XXXII. 

JDu  Précipité  hlanc. 

Le  Précipité  blanc  eft  un  vif-argent  diflbud  dans  refprit  de  nitre ,  &  préci¬ 
pité  parle  fel  en  poudre  blanche.  Cette  poudre  après  avoir  été  bien  lavée 
&fcchéc,eftce  que  nous  appelions  vray  Précipité  blanc  de  mercure,  pour  le 
différencier  d’avec  deux  autres  fortes  de  Précipités  blancs ,  dont  l’un  eft  fait  de 
Sublimé  corroftfjdifToud  dans  une  eau  compofée  de  fel  armoniac,  &  réduit  en 
poudre  blanche,  en  jettantfur  la  diflblution  de  l’huile  détartré  par  défaillance, 
&enfuite  lavé  &fechc  comme  celuy  cy-defTus.  Le  troifiéme  fe  fait  encore  de 
Sublimé  corrofif  réduit  en  poudre ,  &  mis  dans  de  l’eau  chaude  ;  &  'apres  avoir 
jetté  fur  cette  diffolution  de  l’cfprit  volatil  de  fel  armoniac  ,  on  en  retire  une 
poudre  blanche ,  qui  après  avoir  été  aufli  lavée  &  fechée,a  les  mêmes  proprie- 
tez  que  les  deux  autres ,  qui  eft  pour  exciter  le  flux  de  bouche ,  ou  mélangé  dans 
quelques  graiffes  ou  pomades ,  pour  guérir  les  dartres  &  même  pour  la  galle. 

Comme  ces  précipitez  &  generalement  tout  ce  qui  vient  du  mercure ,  font 
des  remèdes  violents ,  auquel  il  peut  y  avoir  quelques  rifques  j  l’on  ne  doit 
s’en  fervir  qu’avec  de  grandes  précautions ,  &  par  l’avis  d’habiles  gens.  Le  Pré¬ 
cipité  blanc  de  mercure  pour  être  de  la  bonne  qualité ,  il  faut  qu’il  foit  blanc , 
pefant,  &  fidclement  fait  j  ce  qui  fe  pourra  connoitre  en  en  mettant  tant  foit 
peu  fur  un  charbon  allumé  ,  s’il  s’exale  c’eft  une  marque  qu’il  eft  bon  j  &  au 
contraire  s’il  refte  fur  le  feu ,  ou  qu’il  en  découle  du  plomb  ,  c’eft  une  preuve 
infaillible  que  ce  n’eft  que  de  la  cerufe  broyée ,  ou  quelque-autre  blanc  comme 
de  celuy  de  Roiien  &  autres  femblables. 

A  l’égard  du  précipité  fait  avec  le  Sublimé,  il  doit  être  extrêmement  blanc,  & 
beaucoup  plus  leger  que  celuy  qui  eft  fait  avec  le  mercure  i  ce  qui  femblc  affez 
extraordinaire ,  en  ce  que  tout  ce  qui  eft  de  mercure  eft  ordinairement  pefant  : 
&  c’eft  ce  qui  fait  que  ceux  qui  ne  s’y  connoiffent  pas  n’en  veulent  point ,  quoy 
qu’il  foit  aufli  beau  &  bon  que  celuy  qui  eft  ^t  avec  le  mercure. 


CHAPITRE  XXXIII. 

Précipité  rouge. 

Le  Précipité  rouge  eft  du  Mercure  diffoud  dans  l’cfprit  de  nitre,  ^'cnfliitc 
rougi  au  feu,jufqu’à  ce  qu’ils  aye  acquis  une  couleur  rouge  &  brillante, 
tel  qu’eft  celuy  qui  nous  vient  d’Hollande.  A  l’égard  des  Précipitez  rouges  qui 
fe  font  par  les  Artiftes  à  Paris ,  ou  autres  villes  de  France,  il  eft  prefque  autant  de 
differentes  couleurs  comme  il  y  a  de  gens  qui  l’ont  travaillez ,  &  il  y  a  tres-peu 
de  fes  Artiftes  qui  le  faffent  comme  en  Hollande  .C’eft  ce  qui  fait  que  la  plufpart 
des  Précipitez  rouges  que  les  Apoticaires  vendent  ,  font  tantoft  rouges ,  tantôt 
orangé  &  jamais  brillant ,  à  moins  qu’il  ne  Paye  acheté  des  Droguiftes  qui  l’ont 
fait  venir  d’Hollande  \  je  ne  veux  neanmoins  pas  dire  qu’il  ne  foit  aufli  bon  j 
mais  il  n’eft  pas  tant  de  vente.  Il  y  a  encore  deux  autres  fortes  de  Précipité 


des  Drogues ,  Livre  Premier.  1 1 

tou  gc,  dont  lu  n  cft  de  couleur  de  rozc ,  t:ela  ne  provenant  qu’au  lieu  de  mettre 
au  feu  la  diflolution  du  mercure  dans  refprit  de  nitre,  on  verfe  defl'us  de  l’urine 
chaude,  &  auffi-tôt  il  fe  fait  un  précipité  decoùleür  de  roze,  qui  après  avoir 
cte  lave  elt  tort  convenable  pour  tuer  les  vers ,  pour  le  Icorbut ,  pour  la  o-allc ,  & 
même  on  s’en  peut  fervir  aux  mêmes  ufages  que  celuy  qui  a  été  rougi  au  feu. 

Le  troifiéme  précipité  rouge  fe  fait  avec  du  fublimé  diflbud  dans  l’eau  chaude, 
fur  laquelle  on  verfe  de  l’huile  de  tartre  par  défaillance.  Monfieur  Lemery  dit 
que  cette  préparation  de  fublimé  elf  le  veritable^precipité  rouge ,  mais  qu’il  n’a-  yr»y  pre* 
git  pas  avec  tant  de  violence  que  celuy  de  mercure  ;  ces -deux  derniers  Precipi- 
tez  font  fort  peu  en  ufage  ,  en  ce  que  l’on  fe  fert  du  premier  ,  lequel  pour 
être  bon  doit  être  fidèlement  fait  ,  prendre  garde  qu’il  ne  foit  mélangé  de 
mine  de  plomb  ,  ce  qui  fe  pourra  connoître  facilement  en  en  frottant  une  piece 
d’otjcar  s’il  la  blanchit  c’ell  une  marque  qu’il  eft  bon,  &  qu’il  efi:  fait  de  mer¬ 
cure  j  au  contraire  s’il  la  noircit  c’eft  un  figne  qu’il  tient  du  plomb  ,  &  qu’il 
en  cft  mélangé  j  on  le  peut  encore  mettre  fur  le  feu ,  s’il  s’exhale  c’eft  une  bonne 
marque  ;  je  diray  neanmoins  que  l’on  doit  préférer  celuy  d’Hollande ,  tant  à 
caufe  qu’il  eft  plus  beau  ôc  ainfi  plus  de  vente ,  que  parce  que  nous  le  pouvons 
établir  à  meilleur  marché  fur  tout  en  tcrnps  de  paix,  que  celuy  que  fe  pourroit 
faire  en  France. 


CH  AP  I  T  R  E  XXXIII. 

De  (arcane  Coralin, 

L‘On  appelle  Arcanc  Coralin  un  Précipité  rouge  de  mercure ,  fur  lequel  ori 
a  fait  brûler  de  bon  efprit  de  vin  ,  en  réitérant  jufqu’à  fix  fois ,  &  c’eft  de 
cet  Arcane  Coralin  ,  ou  Précipité  ROuge  préparé  que  l’on  doit  fe  fervir  pour 
l’intérieur ,  en  ce  que  l’cfprit  de  vin  Pa  adoucy  ,  &  luy  a  ôté  ce  qu’il  y  avoit  de  plus 
pernicieux. 


CHAPITRE  XXXIV. 

Du  Précipité  jaune. 

LÉ  Précipité  jaune ,  ou  Turbith  minerai ,  eft  dû  mercure  revivifié  du  cinabre  ; 

dilfoud  dans  de  l’huile  de  vitriol  ,  &  enfuite  avec  de  l'eau  tiede  on  en  fait 
précipiter  une  poudre  jaune ,  qui  après  avoir  été  bien  lavé  &  fechéjons’en  fert 
comme  d’un  puilTant  purgatif  &  vomitif.  On  fait  encore  un  Précipité  jaune  en 
diflblvant  du  fublimé  en  poudre  dans  de  l’eau  chaude ,  &  y  verfant  defius  de  l’eau 
de  chaux ,  la  poudre  jaune  qui  fe  trouvera  au  fond ,  après  avoir  été  aulli  lavée 
&fechéc,  peut  paffer  pour  Précipité  jaune  ou  Turbith  minerai.  Monfieur  Lemery 
dit  que  Cette  diflolution  ou  eau  jaune  ,  cft  appcllée  eau  Phageudenique  ou  Ulce- 
rcrc,  parce  qu  elle  eft  propre  pour  deterger  &  pour  guérir  les  Ulcérés  jles  Chi¬ 
rurgiens  s’en  fervent  fort  fouvent ,  principalement  dans  les  Hôpitaux  j  mais  ^ 
l’eau  Phageudenique  ordinaire  eft  de  l’eau  de  chaux  ,  dans  laquelle  on  y  a  mis  phageudej 
quelque  peu  de  fublimé. 

///.  Pmii.  R 


22 


Hifloire  generale 

CHAPITRE  XXXV. 

JD^  Précipité  verd. 

Le  Précipité  verd  eft  du  Mercure  &  du  Cuivre  dijÛfoud  dans  l’efprit  de  nitrc  ^ 
&  enfuite  avec  du  vinaigre  diftillé  on  en  fait  une  poudre  d’une  couleur 
Verte,  dont  on  fe  fert  pour  purger  par  le  haut  par  le  bas  j  &  même  quelques- 
uns  prétendent  que  c’eft  un  fpecifique  pour  guérir  les  Maladies  Veneriennes. 
Ceüx  qui  préparent  ces  Précipitez  trouvent  une  poudre  jaune  qui  eft  alTez  fem- 
blables  au  Turbith  minerai. 

Il  eft  à  remarquer  que  plus  on  fait  entrer  du  Cuivre  dans  cette  operation , 
plus  il  ad’acrcté  &  plus  il  a  d’effet.  Ce  Précipité  eft  fort  peu  en  ufage  ,  &  eftoit 
peu  connu  avant  que  le  Sieur  Matte  de  la  Faveur ,  Diftillateur  du  Roy  à  Montpel¬ 
lier  en  eut  donné  la  deferiptipn. 


CHAPITRE  XXXV 1. 

De  / H^ile  de  mercure. 

L’Huile,  ou  pour  mieux  dire ,  Liqueur  de  Mercure ,  eft  un  Vif-argent  diffoud 
dans  de  l’Huile  de  vitriol ,  &  réduite  en  maffe  blanche  par  le  moyen  du  feu,, 
&  cette  maffe  eftant  mife  à  la  cave  ne  manque  pas  de  diffoudre  &  de  fe  réduire 
en  eau.  On  peut  faire  une  autre  Huile  de  Mercure  plus  douce,  en  diffolvant  du 
Vif-argent  dans  l'efprit  de  vin ,  &  de  laquelle  on  fe  peut  fervir  avec  plus  de  fu¬ 
reté  ;  on  en  peut  faire  encore  avec  le  Sublimé  doux  &  le  Sel  armoniac ,  ou  au  lieu 
de  fel  armoniac  on  fe  peut  fervir  du  fel  faturne ,  &:  au  lieu  du  fel  de  faturne  de 
fucre  candy  ,  ainfi  que  de  beaucoup  d’autres  fortes  dont  la  plufpart  des  Au¬ 
teurs  font  remplis. 


CHAPITRE  XXXVII. 

De  î Etain. 

L’Etain  que  les  Anciens  ont  appelle  plomb  blanc ,  eft  un  métail  blanc  qui 
n’eft  pas  li  dur  que  l’argent ,  &  plus  dur  que  le  plomb.  Qj^lques-uns  ont 
donné  à  l’étain  le  nom  de  Jupiter  ,  en  ce  qu’ils  ont  prétendu  qu’il  tir  oit  des  in¬ 
fluences  de  cette  fauffe  Divinité  :  ils  prétendent  aufli  qu’il  foit  formé  de  deux 
matières ,  ftjavoir  de  plomb  &  d’argent,  en  ce  qu’il  fe  trouve  quelquefois  dans 
les  mines  d’étain ,  de  l’argent  &  du  plomb ,  &  quelquefois  aufli  des  diamans  qui 
font  attachés  à  la  roche  dont  on  tire  l’étain  ;  Ils  font  naturellement  polis  ,  quar- 
ré  &  pointus  ,  &  font  de  differentes  groffeurs  ,  s’en  trouvant  de  celle  d’une 
noix ,  mais  ils  ne  font  ny  fl  durs ,  n’y  n’ont  pas  l’enfoncement  des  véritables  dia- 
mans.  On  veut  aufli  qu’il  foit  compofé  d’une  terre ,  d’un  foufre  impur ,  d’un  fel 
métallique  ,  &  d’un  mercure  un  peu  plus  pur  &  mieux  digéré  que  celuy  du 
plomb ,  &  qu’ij  eft  ennemy  de  l’or  &dc  l’argent ,  &  quand  ils  font  un®  fois  mêlé 
cnfemblç ,  on  a  de  la  peine  à  les  feparer. 


des  Drogues ,  Livre  Premier.  2  3 

Laplufpart  de  rétain  que  nous  voyons  en  France,  nous  vient  en  faumons  de 
différents  poids  d’Angleterre,  furtout  de  la  Province  de  Cornoüaille,  &:  il  y  a  des 
I  fies  en  Angleterre  qui  font  fi  abondantes  en  étain ,  quelles  en  portent  le  nom. 

Nous  voyons  à  Paris  de  trois  fortes  d’étain  :  f(^avoir,  l’étain  plané  ,  l’étain  fo- 
nant ,  &  l’étain  commun.  L’étain  plané  qui  eft  le  plus  beau  &  le  meilleur,  cft  de 
l’étain  d’Angleterre  tel  qu’il  vient  de  la  mine  :  &  pour  Touvrager  on  y  incor¬ 
pore  del’étaindecrlace,du  cuivre,  de  rofette,  &  tant  foit  peu  de  Zaïn  pour  le  Etain  plané 
^ecralfer.  _  ^  “ 

L’ étain  fonant  eft  de  l’étain  d’Angleterre  qui  a  été  abaiffé  par  des  étains  plus  |oi"o£ii- 
trommuns  ;  ainft  l’étain  fonnant  étant  compofé  d’étain  glacjp  Sc  de  cuivre ,  c’eft 
ce  qui  caufe ,  comme  la  trcs-bien  remarqué  M.Lemcry ,  que  ces  matières  qui  font  étain  à-i*’ 
compofées  de  parties  roides  &  calfantcs ,  étant  unie  avec  l’étain  affermiflént  fes  ou“ctâm 
parties,  &  rendent  lemétail  plus  dur,  plus  folide  &  plus  compare ,  c’eft  par  cette  «  "c-eTu 
raifon  cju’il  devient  fonant  ;  car  il  faut  de  neceflité  qu’une  matière  fonante  foit 
compolee  de  parties  roides ,  &  difpofées  en  forte  qu’étant  frappée  elles  s’agi¬ 
tent  fe  tremouifent  en  fc  hurtant  les  unes  contre  les  autres  ;  ce  qui  ne  fepeuc 
pas  faire  dans  l’étain  pur  qui  eft  molacc  &  pliant.  L’étain  commun  eli  de  l’é¬ 
tain  d’Angleterre  ,  &  du  plomb  allayé  de  cuivre  jaune  que  Ion  incorpore 
dedans.  Pour  f^avoirà  quel  degré  de  bonté  eft  l’étain,  on  prend  une craye  blan¬ 
che  qui  fe  trouve.proche  de  Tonnerre  en  Bourgogne  j  de  cette  craye  on  en  fait 
une  efpece  de  lingotiere ,  dans  laquelle  l’on  y  verfe  de  l’étain  fondu  ,  Sc  par  le 
moyen  de  cette  craye  les  Potiers  d’étain  voyent  â  quel  titre  il  eft ,  par  de  pe¬ 
tites  rayes  qûi  s’y  forment  ,  ou  bien  ils  rcmpliifent  des  moules  de  balles  de 
îUoufquet  d’étain  fondu  ,  ôc  celuy  qui  fc  trouve  le  plus  leger  eft  cftimé  le 
meilleur.  Q^lques  Auteurs  difent  que  l’étain  ou  plomb  blanc  ,  fe  trouve 
à  fleur  de  terre  parmy  les  fabloniercs ,  &  les  rorrens  fechez  &  taris ,  àc  qui  fe  trou¬ 
ve  en  grenaille  j  qui  après  avoir  été  lavé  par  les  Arpailleurs ,  eft  fondu  jetté  dans 
des  moules  pour  le  mettre  en  faumons  de  la  figure  que  nous  le  voyons.  Outre  ïcience  des 
les  differens  ufages  que  nous  tirons  de  l’étain,  on  en  tire  par  le  moyen  de  la  chi- 
mie  pluficurs  operations ,  comme  il  fc  verra  cy-apres.  «iSXÏ 

Outre  l’étain  d’Angleterre ,  il  nous  en  vient  quelquefois  de  l’Allemagne ,  mais  cettc“\r' 
il  n’eft  pas  fi  bon ,  en  ce  que  ce  n’eft  que  le  rebut  de  celuy  qui  afervi  à  eftamer  le 
fer  blanc.  On  nous  en  apporte  aufli  quelquefois  de  la  Lorraine. 


CHAPITRE  XXXVIII. 

De  l  Etain  en  feuilles, 

L’Etain  en  feuille  ou  appeau ,  eft  de  l’étain  battu  que  les  Hollandois  ont  peint 
d’un  côté ,  par  le  moyen  d’un  verni  de  telle  couleur  qu’ils  ont  voulu.  C’eft 
ce  qui  fait  qu’ils  nous  en  envoyent  de  jaune,  de  rouge,  de  noir,  de  blanc  d’au¬ 
rore,  Vautres  Couleurs-. 

On  doit  choifîr  cet  appeau  ou  étainenfeüille,uni,  bien  verni ,  entier ,  &  le 
mieux  roulé  qu’il  fe  pourra  j  les  Hollandois  nous  envoyent  cet  étain  dans  des  pe¬ 
tites  boctes  qui  contiennent  ordinairement  une  grolTc ,  qui  eft  douze  douzaine. 
L’étain  en  feüilles  étoit  autresfois  fort  en  ufages  j  à  caufe  que  les  Ciriers  s’en 
fervoient  pour  mettre  aux  torches ,  &  autres  ouvrages  de  cire ,  mais  pour  le  prefent 
on  ne  s’en  fert  que  lorfqu’il  eft  mort  quelques  perfonnes  de  qualité  pour  mettre  à 
leurs  armoiries. 

/  /  /.  Partiel  ^  ij 


24 


Hiftoire  generale 


CHAPITRE  XXXIX. 

Y^et Etain  en  poudre. 

ON  réduit  l’étaîn  en  poudre  en  deux  maniérés  .  fçavoir  avec  du  charbon 
pillé,  ou  avec  de  la  craye ,  comme  il  fe  verra  cy-aprés  à  l’article  du  plomb. 
Ceux  qui  travaillent  fur  l’étain  au  lieu  de  le  mettre  en  poudre  le  brûlent ,  c’eft 
à  dire*  le  calcinent,  &  le  reduifent  en  poudre  grifatrCjqui  eft  ce  que  Nous 
pothéc.  les  Potiers  d’étain  vendent  fous  le  nom  de  Pothée  d’étain  ,  &  s*en  fervent  pour 
frotter  leurs  marteaux ,  &  d’autres  pour  polir  les  miroirs  d’acier.  Ceux  qui  défirent 
rendre  cette  Pothée  extrêmement  blanche  ,  la  calcine  jufqu’à  ce  qu’elle  foit 
d’un  très  beau  blanc.  Cet  étain  calciné  en  blancheur  .cft  ce  que  les  Chimiftes 
ceruze  ou  appellent  ccrufc  ou  chaux  d’étain ,  ôc  d’autres  blanc  d’Efpagne  ou  bezoard 
jovial.  .  ,  ‘ 

ÏÏSrd  Auteurs  alTurent  que  l’on  peut  réduire  Tctain  en  chaux  ou  en  ceru- 

joviai.  fc  par  le  moyen  de  l’urine,  &  que  Turine  agit  fur  l’étain  comme  le  vinaigre  fur 
le  plomb.  Outre  les  ufages  que  les  Chimiftes  tirent  de  cct  étain  calciné,  il  s’en 
employé  beaucoup  par  les  Faycnciers,  pour  faire  ce  beau  verni  ou  émail  blanc  qui 
cft  fur  la  Faycnce  j  mais  il  y  a  icy  une  chofe  à  remarquer ,  que  cette  cerufe  d’étain 
ne  peut  fervir  aux  Faycnciers  qu’elle  n’aye  été  auparavant  expofée  un  an  aux 
injures  du  temps ,  afin  que  l’air  falfc  une  fécondé  calcination,  mais  ce  qu’il  y  a 
à  prendre  garde  c’eft  que  cette  cerufe  d’étain  ne  loit  point  remplie  de  faleté; 
car  ce  feroit  autant  de  taches  fur  lafayancc. 


C  HAPIT  RE  XL. 

Se/  d étain. 

Le  Sel  d’Etain  eft  de  Pétain  calciné ,  fur  lequel  on  verfe  du  vinaigre  diftillc  y 
&  par  le  moyen  du  feu  &  d’un  lieu  frais ,  on  en  tire  un  fel  blanc,  en  petits 
criftaux ,  duquel  on  fe  feit  pour  les  dartres  mêlé  dans  quelque  pomades,  il  doit 
être  fcc  ,  blanc ,  leger ,  &  en  petites  éguillcs. 


chapj^tre  xli. 

Des  T  leurs  détain  ou  de  ïupiter. 

ON  tire  de  l’étain  avec  le  Sel  armoniac  ,  par  le  moyen  d’un  vailfeau  fubli- 
matoire ,  des  Fleurs  blanches ,  au  lieu  du  Sel  armoniac  :  D’autres  fe  fervent 
Salpêtre  rafiné.  On  peut  faire  des  Fleurs  d’étain  par  le  moyen  del’efprit  de 
^  volatil  de  Sel  armoniac ,  ou  de  l’huile  de  tartre  fait  par  défaillance ,  un  magifter 
d'éuS  ^  d’étain  qui  après  avoir  été  dulcifié  &;lavédansde  l’eau  ô«:feché,  eft  un  très  beau 
blanc,  qui  étant  mis  dans  quel  que  pomades,  on  s’en  peut  fervir  comme  de  fard. 


d  e  s  Drogues ,  Livre  Premier.  2  5 

Et  même  on  peut  employer  des  Fleurs  d’étain ,  aux  memes  ufages  que  le  ma- 
gifler. 


CHAPITRE  XLII. 

Du  diaphoretique  dEtuin. 

Le  Diaphoretique  d’étain  que  Monfieur  Lemery  appelle  Diaphoretique  jovial 
ou  antiheétique  de  Poterius  ^  eft  de  l’étain  fin  d’Angleterre  &  du  régulé 
moine  fait  avec  le  mars  fondu  enfemble  ,  &  enfuite  avec  du  falpêtre ,  &: 
de  diverfes  lotions  5  on  en  retire  une  poudre  dont  l’on  fe  fert  pour  les  maladies 
du  foye,  pour  les  fièvres  malines ,  pour  la  petite  verol| ,  &  autres  maladies^  ainfi 
que  l’enfeigne  le  même  Auteur. 


CHAPITRE  XLIII. 

De  î etain  de  qlace  naturel. 

O 

Quelque  diligence  que  j’aye  fait  pour  pouvoir  découvrir  s’il  étoit  vray 
qu’il  y  eut  de  l’étain  de  glace  naturel ,  il  m’a  cfté  impoflible  de  le  pouvoir 
apprei^dre,  &  tous  ceux  avec  qui  j’en  ay  conféré  débouché  ou parTettres , ils 
m’ont  tous  dit  d’un  commun  accord  qu’il  n’y  avoit  point  d’autre  étain  de  glace 
que  celuy  que  nous  vendons ,  qui  eft  un  étain  de  glace  artificiel ,  comme  il  fe 
verra  au  chapitre  fuivant.  Je  ne  voudrois  pas  neanmoins  alTurer  qu’il  ne  s’en 
pût  trouver  ,  mais  il  n’eft  pas  venu  a  ma  connoillance  ^  ainfi  je  ne  puis  con¬ 
tredire  ceux  qui  ont  écrit  que  Pétain  de  glace  eftoit  une  marcafite  fulphureule 
que  l’on  trouve-  dans  les  mines  d’étain  aufti-bicn  que  ceux  qui  ont  dit  que  c’etoit 
«n  corps  minerai  à  demy  métallique ,  compofé  delà  première  matière  de  l’étain, 
qui  eft  encore  imparfait,  &  qui  difent  que  l’on  le  trouve  dans  les  mines  d’étain  , 
^  que  fa  fubftance  eft  fort  dure  ,  pefantc  ,  caflante  ,  d’un  grain  gros  ,  poly, 
blanc  &  éclatant.  Ils  difent  encore  qu’il  eft  appellé  étain  de  glace ,  parce  qu’étant 
briféjil  fait  voir  plufieurs  petites  fubftances  polies  comme  une  glace  j  ils  1  ap¬ 
pellent  aufli  marcafites  par  excellence ,  à  caufe  qu’il  furpalTc  les  autres  en  blan¬ 
cheur  &  en  beauté  i  ils  veulent  qu'il  contienne  un  fel  arfenical ,  qui  eft  dangereux 
à  prendre  intérieurement.  Q^y  qu’il  en  foit ,  je  fuis  feur  que  ceux  qui  en  ont 
ainfi  parlé,  om  crû  que  l’étain  de  glace  que  nous  vendons  étoit  naturel. 


CHAPITRE  XLIV. 

De  t etain  de  glace  ordinaire. 

L’Etain  de  glace  que  quelques-uns  appellent  Bifmuth  ,  eft  un  mélange  d’é¬ 
tain  ,  de  tartre  &  de  falpêtre  ,  &  par  le  moyen  du  feu  &  d’un  treulct ,  on 

R  iij 


ïicurs  ^ 
Magiflei- 
de  Bif- 
Kiuch. 


felanc 
Perles  o 
d’HIl'agr 


26  Hiftoire  generale 

■on  retire  un  étain  de  glace  très  blanc  &  très  pur,  &  beaucoup  plus  beau  &  plus 
blanc  que  l’étain  de  glace  que  nous  faifons  venir  d’Angleterre.  Et  cette  différence 
ne  provient  à  ce  que  l’on  m’a  affuré,  que  de  ce  que  les  Anglois  y  meflent  du 
Cuivre,  pour  liiy  donner  cet  oeil  rougeâtre  qu’il  a. 

On  poLiiToit  fort  à  propos  donner  -à  l’étain  de  glarele  nom  de  régulé  d’étain,' 
puirqueeffedivement  il  eft  jc’eft  une  chofe  fi  probable  &  fi  a{ruréc,que  l’étain 
déglacé  que  nous  vendons  eft  artificiel,  que  fa  figure  le  demonltre,  en  ce  qu’il 
efl:  facile  de  voir  que  C’ eft  ml  métail  fondu  &:  jette  dans  un  mortier ,  auparavant 
chauffé  &  graiffé  comme  on  fait  les  autres  régulés  5  &  il  eft  fi  vray  que  cet  étain 
de  glace  eft  artificiel  que  j’en  ay  fait  moy-meme ,  &  que  je  fuis  preft  de  faire  voir 
à  ceux  qui  auront  de  la  peine  à  me  croire. 

On  doit  choifir  l’ctain  de  glace  ou  régulé  d’étain  ,  en  belles  écailles ,  larges^ 
blanchesde facile  àcaffer,  &  rejetter  celuy  qui  eft  en  petites  écailles,  &  qui  en 
un  mot  approche  de  la  figure  du  régulé  d’antimoine  ,  aufïi-bien  que  celuy 
qui  étant  caffé  paroit  moitié  en  grandes  écailles  moitié  en  petites ,  &  d’une 
couleur  fombre. 

■L’ufage  de  l’étain  de  glace  eft  pour  les  Potiers  d’étain,  qui  s’en  fervent  prefen- 
tement  au  lieu  de  régule  d’antimoine ,  ou  pour  en  tirer  par  le  moyen  de  la  Chi¬ 
mie  des  fleurs ,  ou  un  magifter  ou  précipité  blanc. 

Pour  tirer  des  fleurs  de  l’étain  de  glace  on  le  calcine  ,  U  avec  du  fcl  armo- 
niac  Sc  un  vaiffeau  fiiblimatoire  ,  on  en  tire  des  fleurs  qui  après  être  dif- 
foud  dans  l’eau ,  &  précipité  avec  de  l’efprit  de  fel  armoniac  ou  avec  l’huile  de 
tartre  j  on  peut  s’en  fervir  comme  du  magifter  de  Bifmuth  dont  je  vais 


CHAPITRE  XLV. 

Du  Magifter  de  Bifmuth  ordinaire. 

Le  Magifter  de  Bifmuth ,  que  quelques-uns  nomment  fort  mal  à  propos ,  Wanc 
d’Efpagne  ou  de  perles ,  eft  de  l’étain  de  glace  diffoud  dans  l’efprit  de  ni- 
tre  &:  précipité  en  poudre  blanche,  avec  tant  foie  peu  de  fel  marin,  &  enfùite  bien 
lavée  avec  de  l’eau  claire  &  fechéc  :IIy  a  des  Perruquiers  qui  fe  fervent  quoy- 
que  très  mal  à  propos  de  ce  magifter ,  pour  donner  une  couleur  blonde  aux 
che^x  roux  j  cette  fourberie  fera  facile  à  connoître,  en  ce  que  cette 'cou¬ 
leur  ne  dure  pas  long-temps  ,  principalement  quand  la  perruque  a  efté  portée 
à  la  pluye. 

Le  Magifter  de  Bifmuth  eft  quelque  peu  ufité  pour  blanchir  le  vifage  en  le 
mettant  dans  des  pomades  ,ou(hlayé  dans  de  l’eau  de  lys  ou  deTeve.  Il  eft  fort 
“bon  aufli  pour  guérir  la  gratelle  5  parce  qu’il  mange  fuivant  Monfieur  Lcmcry, 
les  acides  où  les  fels  qui  fomentent  cette  maladie.  On  fera  averty  de  ne  pas 
faire  grande  provifion  de  ce  Magifter  de  Bifmuth  ,  en  ce  qu’en  vieilliC- 
fant  fa  couleur  blanche  fe  change  en  jaunâtre  ,  ^  devient  enfin  hors  de 
vente. 

Ce  Magifter  doit  être  acheté  d’honnêtes  Marchands  ;  car  il  s’y  fait  bien  de  la 
fe'urberie,&il  n’y  a  que  celuy  qui  la  fait  qui  en  puiflé  répondre  \  c’eft  pour  ce 
Tujet  que  l’on  ne  doit  pas  s’attacher  au  bon  marché. 


Des  Drogues.  Livre  premier. 


2-7  . 

CHAPITRE  XLVI. 

Des  Emaux. 


LEs  Emaux  font  de  vitrifications  faits  avec  de  l’étain  ,  du  fablon,  &de  la 
foudc  d’alican ,  à  qui  on  a  donné  divcrfcs  couleurs  avec  differents  métaux , 
comme  il  fc  verra  par  la  fiiitc. 

Les  Emaux  viennent  de  Venife  &  d’Hollande ,  ^  font  par  petits  pains  plats 
de  differentes  grandeurs ,  &  marqué  de  differentes  marques  i  il  y  en  a  de  mar¬ 
qué  d’un  norn  de  Jefus ,  d’une  fireine ,  d’un  finge ,  d’un  îbleil ,  &  autres  fembla- 
blés ,  &  les  differentes  marques  ne  viennent  que  des  Ouvriers  qui  les  ont  fabri-^ 
quez. 

Le  premier  eft  l’émail  blanc ,  qui  cft  la  bafe  des  autres  Emaux ,  eft  de  l’étain  cal¬ 
ciné  ou  potée,  du  fablon&  de  la  foudc,  qui  après  avoir  fouffer-t  un  grand  feu 
font  réduits  en  pâte,  &  étant  refroidie  font  dure  comme  de  la  pierre  ;  c’eft  cet  émail 
blanc  que  l’on  employé  aujourd’huy  pour  \ernir  la  fayence ,  ne  fe  fervant  plus 
prefentement  de  l’étain  calciné  &  expofé  un  an  aux  injures  du  temps ,  cet  ou¬ 
vrage  étant  trop  longue.  L’émail  blanc  eft  employé  par  les  Emailleurs,  Orfè¬ 
vres  &  autres»  A  l’égard  du  choix  il  n’y  a  que  ceux  quil’employent  qui  enpuiffent 
connoître  la  beauté  &  la  bonté  s  pour  cc  qui  eft  de  la  blancheur  il  eft  plus  ou 
moins  blanc  fiiivant  qu’il  cft  fait  de  belle  étain. 

Le  deuxième  Email  eft  le  gris-dedin  tirant  fur  l’ardoiffc ,  qui  cft  de  l’émail  blanc 
coloré ,  avec  de  l’azur  ou  émail. 

Le  troifiéme  cft  le  bleu  celcfte ,  qui  cft  de  l’émail  blanc  coloré  avec  du  cuivré 
de  rofette ,  &  du  vitriol  de  cypre. 

Le  quatrième  eft  le  couleur  de  chair,  qui  eft  de  l’émail  blanc  coloré  avec  du 
perigucur. 

Le  cinquième  cft  le  jaune,  qui  eft  de  l’émail  blanc  ^  coloré  avec  la  rouille  de 
fer. 

Le  fixiéme  cft  le  vert ,  qui  eft  de  l’émail  blanc  coloré  avec  de  la  limaille  d’épin¬ 
gle,  ou  d’autres  cuivres  jaunes. 

Le  feptiéme  cft  le  bleu ,  que  les  Emailleurs  appellent  Faux-lapis ,  qui  eft  de  l’é-  raux-iapi*; 
mail  bleu  coloré  avec  le  faphre  j  on  donne  â  ces  Emaux  encore  dift'crcntes  cou¬ 
leurs  ,  c’eft  â  dire  que  d’une  même  couleur  on  en  fait  de  plufieurs  en  y  metÎÉÎiÇ 
plus  ou  moins  de  métail. 


.  28  Hiftoke  generale 


CHAPITRE  XL  VU. 

Du  Cuivre. 

Le  Cuivre  cft  un  métail  qui  fc  trouve  en  plufieuts  endroits  de  l’Europe  J 
mais  principalement  enSuede  &  en  DannemaiK  ,  d’où  on  nous  apporte 
prefque  tout  celuy  que  nous  vendons.  Le  Cuivre  fc  tire  de  fa  mine  en  fable  & 
en  pierre  à  peu  prés  tomme  le  fer,  &  après  avoir  été  lavé  &  purifié  d’une  terre 
dont  il  eft  mélangé ,  cft  jette  dans  des  moules  de  differentes  figures  -,  pour  le 
rendre  en  véritable  cuivre  de  rofette  ,  on  le  refond  une  fécondé  fois ,  &  lorf- 
qii’il  eft;  bien  purifié  on  le  jette  dans  des  moules  de  fables ,  pour  en  faire  des  pains 
ou  des  plaques  mal  unies  telles  qu’eft:  le  cuivre  de  rofettes.  Lorfqu  on  veut  rendre 
îî.f«tc  Cuivre  de  rofette  propre  àfouffrir  le  marteau  ,  on  lexefond  pour  latroifiémc 
fois,  &  enfuite  on  en  forme  des  pains  de  trois  pouces  d’épaiffeur ,  &  environ 
de  quinze  pouces  de  diamettre.  De  ces  pains  en  les  mettant  ati  feu  entiers  oU 
par  quartiers,  on  en  fait  des  plaques*  &  de  ces  plaques  des  chaudrons ,  Se  autres 
uflanciles  femblablcs  ,  ce  qui  fe  Fait  facilement  par  le  moyen  de  certains  pilons 
qui  font  conduits  par  des  moulins  à  l’eau  ,&  les  plaques  de  cuivre  font  formées 
en  chaudrons  par  un  homme  qui  tourne  ces  plaques  avec  ces  jambes,  qui  font 
garnies  de  peaux  de  mouton,  à  les  met  de  telles  formes  qu’il  fouhaite  ,  fans  fe 
fervir  prefqne  de  fes  mains.  Le  Cuivre  eft  un  métail  fort  dur  &  fcc  avant  que 
d’être  fondu,  &  lorfqu’il  a  été  bien  fondu  il  devient  dudille  ,  &  prefque  aufti 
malléable  que  l’or  &  l’argent.  Q^lques-uns  appellent  le  Cuivre  Venus  ,  en  ce 
qii’ils  croyent  que  cette  Planette  verfe  fes  influences  fur  ce  métail.  On  tire  du 
Cuivre  par  le  moyen  de  la  Chimie  quantité  de  chofes  neceflaires  &  propres  à 
divers  ufages ,  comme  il  fe  verra  cy-aprés. 


CHAPITRE  XLVIII. 

Bu  Cuivre  ^aune. 

Le  Cuivre  Jaune  eft  de  la  mitraille  ou  vieux  cuivre  rouge  fondu ,  &  ïéndu  jau^ 
ne ,  par  le  moyen  de  la  véritable  pierre  calaminaire  j  la  plus  grande  partie  du 
’  Cuivre  jaune  fe  fait  en  Allemagne  &  en  Flandres  :  l’on  bat  ce  cuivre  &  on  le  ré¬ 
duit  en  fcüille  de  l’épailfeur  d’une  feiiille  de  papier  ,  &  c’eft  ce  que  l’on  appelle 
Aatipeau.  Auripeau  ou  Clincant  j  on  rebat  cet  auripeau  &  on  le  réduit  extrêmement  mince ^ 
que  l’on  met  enfuite  dans  des  livrets  de  papier  j  &  c’eft  ce  que  l’on  appelle  or 
Or  d'Aiic-  d’Allemagne.  On  broyé  cet  or  d’Allemagne  pour  en  faire  de  la  bronze  qui  a  plus 
Qy  moins  de  couleur  ,  fiiivant  les  degrez  de  feu  que  l’on  luy  a  fait  fou  fSir  î 
on  rebroye  cette  bronze,  &  lorfqu’clle  cft  en  poudre  impalpable,  on  la  vend 
fous  le  nom  d’or  d’Allemagne  en  poudres.  D’autres  mettent  cet  or  en  poudre 
dans  des  petites  coquilles  de  moule ,  &  enfuite  eft  appelle  or  en  coquille.  L’or  en 
coquille  le  plus  eftimc  cft  celuy  qui  vient  d’Auftbourg  en  Allemagne ,  &  qui 
ot  d’Aiie- porte  le  nom  d’un  nommé  Augufta.  A  l’égard  du  choix  de  l’or  d’Allemagne, 
foie  en  feüille,  en  poudre  ou  en  coquille,  celuy  qui  cft  le  plus  fin  &  le  plus  haut 


des  Drogues ,  Livre  Premier.  2  9 

en  couleur  cfl;  cftimé  le  meilleur.  Pour  ce  qui  cft  des  bronzes ,  clics  fe  font  à  Broaïei 
Paris. 

L’ufage  de  l’or  d’Allemagne  eft  pour  les  Peintres,  fur  tout  pour  la  mignaturc. 

La  bronze  fert  aufli  pour  les  Peintres ,  mais  Ton  plus  grand  ulàgecft  pour  bron¬ 
zer  des  figures  de  plâtres  ou  autres. 

Outre  les  differentes  préparations  qüc  l’on  tire  du  cuivre  jaune  j  les  Vénitiens 
en  font  à  ce  que  l’on  m’a  affuré  ,  ce  que  nous  appelions  Purpurine,  dont  on  fc 
fervoit  le  temps  pafle  pour  bronzer  les  caroffes.  Du  cuivre  jaune  on  en  fait  par 
le  moyen  du  feu  5  cette  efpecc  de  vitrification  que  les  Èmailleurs  appelîtni. 
Avanturinc  j  &  on  prétend  que  ce  nom  luy  a  etc  donné ,  parce  que  cctcc  ope-  aitifickika 
ration  fut  trouvée  fans  y  penrer,&  s’étoit  faite  par  des  limailles  de  cuivre  jau¬ 
ne  ,  qui  étoit  tombée  dans  un  fourneau  de  Verrier.  L’Avanturine  eft  toute 
garnie  de  petites  paillettes  d’or. 

Il  y  a  une  autre  Avanturinc  qui  fe  trouve  naturellement  en  plufîeurs  endroits  Avan-urinà 
de  France,  laquelle  pluficurs  perfonnes  fe  fervent.  L'on  m’a  affuré  que  les  pail- 
lettes  de  cuivre  que  l’on  met  fit  le  papier  étoit  une  avanturinc. 


CHAPITRE  XLIX. 

Du  Pompholix. 

LÈ  Pômpholix  appelle  calamine  blanche^  «//,  nihil ,  fiihili ,  éilttum  ou  fleur* 
d’airain ,  &mal  à  propos  cendre  de  bronze,  cft  ce  qui  s’attache  au  carreau  qui 
couvre  le  creufet  &  à  la  hapcou  tenailles  des  fondeurs  3  quand  ils  fondent  le  cuivre 
jaune ,  &  il  cft  certain  qu’il  n’y  a  que  le  cuivre  jaune  qui  donne  la  vraye  calamine  3 
&  non  pasia  bronze  ny  le  métail ,  ny  le  potiii,  comme  la  plufpart  des  Auteurs 
l’ont  écrit ,  n’y  ayant  humainement  que  le  Icton  ou  cuivre  jaune  ,  qui  donne 
delà  Calamine  ou  Pompholix. 

Quoyque  ce  Pompholix  foit  fott  facile  à  trouver  3  il  n’y  a  guère  de  dro¬ 
gues  plus  inconnues  ,  ce  qui  ne  provient  que  de  la  négligence  ou  ignoran¬ 
ces  des  Apoticaircs,  en  ce  que  la  plufjpart  croyent  que  la  Tutic  &  le  Pompho¬ 
lix  font  la  même  chofe  j  ainfî  ils  employent  toûjours  la  Tutie  pour  le  Pom¬ 
pholix. 

La  plus  belle  Calamine  Vient  d’Hollande ,  ce  n’eft  neanmoins  pas  pour  qu’el¬ 
les  foit  meilleure ,  mais  parce  qu  elle  cft  plus  proprement  ramafice. 

On  doit  choifir  le  Pompholix  bien  blanc ,  léger  ,  fryablc,  net,  d’Hollande  où 
de  France  il  n’importe  pas ,  pourveu  qu’il  foit  bien  blanc. 

Ceux  qui  fondent  les  cloches  en  pourroient  recueillir  quelque  peu  3  mais  la 
petite  quantité  ,  &  parce  quelle  n  eft  pas  fi  belle  3  ne  mérite  pas  la  peine  d’en 
faire  aucune  recherche. 

Le  Fondeur  où  j’ay  veu  faire  la  Calamine  m’â  affûté  qu’il  n’en  vendoit  jamais 
a  pcifonne  ,  fi  ce  n’eft  à  quelques  particuUers  qui  en  viennent  demander  urx 
gros  pefant  pour  prendre  avec  dü  vin  pour  fe  guérir  des  fièvres  3  &  m’a  certifié 
que  c’étoit  un  remede  affuré ,  &  qüc  cela  guerifîoit  toutes  fortcl  de  fièvres  ,  ce 
que  je  n’ay  pas  éprouvé  ,  &  je  ne  confcille  à  perfonne  de  s’en  fervir  qu’avec  dè 
grandes  précautions ,  en  ce  que  le  Fondeur  m’a  dit  que  c’étoit  un  remede  forÉ 
Violent. 

ni.  partie,  S 


3° 


Hiftoire  generale 


CHAPITRE  L. 

De  /Æs  Uftum, 

L'Æs  Vftm  ou  Cuivre  brûlé ,  cft  du  cuivre  rouge  coupé  en  petites  plaques 
&  mifcs  dans  un  creufee  avec  du  foulfrCj  &  quelque  peu  de  fel  marin, 
tum  fuper  Jîratum ,  &  mis  dans  un  grand  feu  de  charbon  ,  &  lorfque  le  fouffre  cft 
brûlé  on  retire  le  cuivre  qui  fe  trouve  d’une  couleur  de  gris  de  fer  au  deflus ,  di 
d  un  gris  rougeâtre  &  brillant  en  dedans  &  fort  caftant. 

VÆs  Vfium ^our  qu’il  foit  de  la  bonne  qualité,  doit  être  moyennement  épais 
delà  couleur  cy-deflus  ,& qu’étant  frotté  l’un  contre  l’autre  fafle  un  rouge  de 
cinabre ,  ce  que  VÆs  Vjlum  ou  cuivre  brûlé  ne  peut  faire ,  à  moins  que  l’on  y  ait 
ajoûté  du  fcl,  qui  eft  le  fecret  des  Hollandois ,  &  ce  qui  fait  qu’ils  le  font  plus 
beau  qu’en  France. 

VÆs  Vfîum  a  quelque  peu  d’ufage  dans  la  médecine  en  ce  qu’il  eft  deterfif  » 
mais  ceux  qui  s’en  fervent  le  font  rougir  au  feu  jufqu’à  neuf  fois ,  &  l’éteignent 
chaque  fois  dans  l’huile  de  lin  ,  &c  apres  l’avoir  mis  en  poudre  ils  s’en  fervent 
pour  manger  les  chairs,  &  on  appelle  cette  poudre  d’Æs  Uftum  ainli  préparée 
cuivre.  Crocus  OU  Safran  de  cuivre. 


CH  APIT  RE  LL 

JD  U  Verd^^de  ^ris  natureL 

Le  Verd-de-gris  naturel  eft  uncefpccc  de  marcafitc  verdafTe,  femblablcàdu 
mâchefer  qui  fe  trouve  dans  les  mines  de  cuivre  ,  &  qui  n’eft  d’aucuû 
ufage  que  je  ftjache. 


CHAPITRE  LU. 

IDu  Verd^de^ojris. 

O 

LEVerdetou  Verd-dc-gris  ,  ou  roüillurcde  cuivre,  cft  des  lames  de  cuivre 
rouge ,  &  des  raffes  de  raifins  imbibez  de  bon  vin ,  &  mis  cnfemble  dans  un 
grand  pot  de tent ^  jîratum  fuptr  jîratum,  on  lit  fur  lit,  c’eft  \  dire  que  l’on  met 
une  poignée  de  raffes  au  fond  d’un  pot  ÿ  &  defliison  y  met  des  lames  de  cuivre, 
&  enfuite  des  raffes  &  après  du  cuivre,  &  l’on  continué  ainfi  jufqu’à  ce  que  le  pot 
foit  plein ,  on  le  porte  à  la  cave,  &  au  bout  de  quelques  jours  on  retire  ces  lames 
de  cuivre  ,  qui  font  chargez  d’une  rouille  verte  que  les  Latins  appellent  aru^o^ 
&  apres  avoir  ratifte  cette  roüillc  ,  ils  remettent  les  plaques  tout  de  nouveau 
dans  fes  pots  avec  des  raffes ,  &  continué  de  la  même  manière  jufqu’à  ce  que  le 
cuivre  fort  confommé  ,  ou  rendu  fi  mince  qu’ft  foit  en  état  d’être  m’élange 


des  Drogues  >  Livre  I.  3  i 

avec  le  Verdet,  comme  il  leurs  arrive  trop  fouvent.  Laplufpart  de  ceux  qui  ont 
écrit  du  Vert-de-gris,  nous  difent  qu’il  fe  fait  avec  du  vinaigre,  ce  qui  n’eftpas 
vray ,  car  le  meilleur  vin  n’y  eft  pas  trop  bon  ,  la  chofe  eft  ü  véritable  qu  il 
n’y  a  prefquc  que  le  vin  de  Languedoc  qui  foit  capable  de  faire  du  bon  Ver¬ 
det,  c’ eft  ce  qui  fait  que  la  plus  grande  partie  du  Verd-dc-gris  qui  fe  confomme 
en  France,  &  meme  dans  les  païs  etrangers,  fe  fait  dedans  &  autour  de  Mont¬ 
pellier  ,&  c’eft  une  marcliandife  fort  difficile  à  faire  &  à  bien  reuffir,  quoy  qu’il 
fcmble  d’abord  qu’il  n’y  aye  rien  de  fi  aifé  ÿ  car  pour  le  peu  que  l’on  le  manqué 
on  l’engrailTe  &  on  le  perd  en  ce  qu’il  noircit ,  on  ne  luy  peut  plus  faire  prendre 
corps.  Sans  le  vol  qui  m’a  été  fait  j’aurois  donné  au  public  la  véritable  maniéré  de 
faire  le  Verd-de-gris^  ainfique  jcl’avois  veu  faire  à  Montpellier,  &  toutes  les  cir- 
confianées  que  l’on  y  apporte  ;  mais  ne  pouvant  mieux  faire  pour  le  prefent ,  ce 
fera  Dieu  aidant  pour  la  féconde  Edition,  en  cas  que  jel’aye  pû  recouvrir. 

Il  y  a  quelques  Auteurs  qui  difent  que  l’on  peut  faire  du  Verd-de-gris  en  met¬ 
tant  des  lames  de  cuivre  dans  un  creufet  avec  du  fel ,  du  foufre  &:  du  tartre ,  &:  après 
avoir  été  calciné  &  refroidi  j  ces  lames  de  cuivre  font  converties  en  untres-beau 
Verd-de-gris  jmais  comme  ces  fa<^ons  ,  fuppofez  quelles  foient  véritables ,  ne 
font  prefentement  d^aucun  ufagé^  en  ce  que  tout  le  Verdet  que  nous  vendons 
eft  fait  &  fabriqué  de  la  maniéré  que  j’ay  cy-devant  dit. 

Nous  tirons  de  Montpellier  de  deux  fortes  de  Verdet  j  fçavoir  en  poudre  ôcen 
pain,  lequel  pour  être  de  la  bonne  qualité  il  faut  qu’il  foit  fec,d’un  beau  verd 
Foncé ,  &  le  moins  rempli  de  taches  blanches  qu’il  fera  poffible.  Le  Verd-dc- 
gri's  cfi:  la  marchandife  la  plus  ingratte ,  &  celle  oïlil  y  a  le  plus  à  perdre  de  l’Epi¬ 
cerie  ic’eft  ce  qui  fait  que  ceux  qui  le  fabriquent  font  obligez  d’y  mélanger  des 
Drogues  qu’il  n’cft  pas  befoin  de  nommer  ,  &  de  le  rendre  fi  humide  que  les 
Marchands  qui  le  reçoivent  y  perdent  beaucoup  à  caufe  du  gros  déchet  qu’il  fait, 
fans  comprendrcla  peau  quil  envelope,quiefl:  comptée  aux  d’Etaillcurs  comme  le 
Verdet.ll  feroit  beaucoup  plus  à  propos  que  ceux  quil’employent  l’achetaflcnt  plus 
cher ,  ôc  qu’il  fut  de  la  qualité  rcquifc  j  car  je  foûtiens  qu’il  n’y  a  point  de  pains 
de  Verdet  du  poids  de  vingt-cinq  livres  ,  telle  que  l’on  nous  envoyé  dé  Mont¬ 
pellier,  qui  après  avoir  été  feché  ne  foit  déchu  d’un  grand  tiers  ,ainfi  du  Verd- 
dc-giis  qui  aura  coûté  vingt  fols  mol, reviendra  à  prés  de  vingt-huit  fols 
étant  fec. 

Le  Verd-de-gris  eft  une  drogue  des  plus  ùfitées  que  nous  ayons  ,  &  c’eft  une 
chofe  prefque  incroyable  de  la  quantité  qui  s’en  employé  ,  non  pas  pour  la 
mcdecine ,  mais  par  les  Teinturiers ,  pelletiers ,  Chapeliers ,  Maréchaux  &  les  Pein¬ 
tres  *,  mais  cequil  y  a  à  remarquer  c’eft  que  l’on  ne  fi^auroit  employer  le  Verd-dc- 
gris  feul  broyé  à  l’huile,  il  faut  de  neceffité  abfoluë  y  mêler  pour  la  peinture  de 
la  cerufe  ,  car  au  lieu  de  faire  verd  il  feroit  noir.A  l’égard  des  proprietez  Verd- 
de-gris  on  l’eftime  propre  pour  manger  les  chairs.  Les  Apoticaires  en  employent 
dans  quelques  onguents  &  emplâtres,  comme  l'Æ^ypfùc,  V Jpofolorum ^  l'Em¬ 
plâtre  divin  &  autres.  Ceux  qui  colorent  le  papier  en  vcrd,fc  fervent  du  Verd- 
dc-gris  du  Tartre  blanc  pour  luy  donner  cette  couleur,  mais  depuis  quelque 
temps  il  ne  fe  fervent  plus  que  du  fuc  de  noirprun.  • 

Les  Apoticaires  ou  autres  perfonnes  qui  auront  befoin  de  Verd-de-gris,  pour 
employer  dans  les  compofitions  cy-demis  nommées  ou  autres  ,  au  lieu  de  le 
mettre  en  poudre,  pourront  le  dilToudre  dans  le  vinaigre,  &  le  palTer  par  un 
tamis  de  crain,&par  ce  moyen  éviteront  la  méchante  qualité  du  Verdet  qu’ils 
fcîoient  obligez  de  fouffrir  en  le  mettant  en  poudre. 

J  IL  Partie.  S  ij 


Hiftoire  generale 


32- 


CHAPITRE  LUI. 

T)u  Verd-de-gris  criftalife. 

LEVerd-de-gris  criftalifé  ou  criftaux  de  Verdcc,&ruivant  les  Marchands 
&  les  Peintres  verd  calciné  ou  diftillé ,  efl;  du  Verd-de-gris  dilToud  dans  du 
vinaigre  diftillé  ,  &:  enfuite  filtré ,  évaporé  fiicriftalifé  à  la  cave  i  ces  criftaux  de 
Verdet  ont  quelque  peu  d’ufages  dans  la  medecine  pour  manger  les  chairs  j  ils 
font  aulïi  employez  par  les  Peintres  pour  peindre  en  verd ,  fur  tout  pour  la  mi- 
gnature. 

Tous  les  Criftaux  de  Verdet  que  nous  vendons  à  Paris ,  viennent  d’Hollande 
ou  de  Lion,  &  ne  différé  en  rien  fi  ce  n’eft  en  couleur ,  au  fucre  candy ,  fur  tout 
à  celuy  qui  eft  fur  des  bâtons  j  &  pour  qu’il  foit  de  la  quatité  requife  ,  il  doit 
être  en  baux  criftaux  ,  clairs  &  tranfparents ,  bien  fecs  &  les  moins  chargez  de 
bois  qu*il  fe  pourra.  On  remarquera  icy  que  les  criftaux  de  Verdet  que  les  Apo- 
ticaires  font ,  font  mis  en  criftaux  par  le  moyen  de  la  cave ,  qui  eft  contraire  de 
ceux  que  nous  faifons  venir  ,  qui  font  faits  de  la  même  maniéré  que  le  fucre 
candy,  ainfi  que  quelques  perfonnes  me  Tout  affuré. 

Je  ne  fi^ay  ce  qui  a  porté  les  Marchands  à  appeller  ces  criftaux  de  Verdet, 
verd  diftillé  ou  verd  calciné  ,  en  ce  qu’il  n’eft  ny  diftillé  ny  calciné ,  puifqu’il 
eft  préparé  comme  je  l’ay  marqué  cy-delfus. 

L’on  peut  faire  encore  des  criftaux  de  Verdet ,  en  faifant  diftbudre  du  cuivre 
en  grenaille  dans  l’efprit  de  nitre ,  enfuite  évaporé  jufqu’à  pelicule ,  &  porté  â  la 
cave  pour  le  réduire  en  criftaux.  Si  on  veut  réduire  ces  criftaux  en  liqueur ,  apres 
avoir  été  fechés  on  les  reporte  à  la  cave  où  ils  fe  refondent  en  eau*,  &  cette  li-. 
SHauxck  appellée  des  Apoticaires  ouChimiftes,  liqueur  de  cuivre  ou  deVenus^ 

Venus.  &  les  criftaux  vitriol  de  Vertus  ou  de  Cuivre. 


CHAPITRE  II  V. 

Y) U  Verd  de  Montagne  ou  de  mer. 

Le.  Verd  de  Montagne  J  ou  Verd  d’Hongrie ,  eft  une  maniéré  de  poudre  vci*- 
datre  en  petits  grains  comme  du  fable ,  qui  fe  trouve  dans  les  Montagnes  de 
Kernaufen  en  Hongrie,qui  vont  depuis  Prclbourg  jufqu’en Pologne.  Il  s’en  trouve 
aufli  dans  les  Montagnes  de  la  Moravie ,  &  d’autres  veulent  que  ce  que  les  anciens 
ont  appelle  fleur  d’airain, qui  fe  fait  en  jettant  de  l’eaUjOU  plûtôt  du  vin  fur  le  cuivre 
de  rofette  encore  rouge ,  c’eft  à  dire  comme  il  fort  du  fourneau ,  &  que  cette  fleur 
OU  verd  de  n^ntagne  fe  reejoit  &  fe  trouve  attaché  à  d’autres  plaques  de  cuivre 
froid ,  que  l’on  expofe  deffus  en  petits  grains  comme  ceux  du  fable ,  &  que  cela 
fefait  par  les  vapeurs  qui  s’élèvent  quand  on  jette  l’eau  ou  le  vin  fur  ce  cuivre 
chaud  ,  &  c’eft  ce  qui  fait  que  le  cuivre  de  rofette  que  nous  avons ,  eft  fi  mal  uni  de 
fi  rempli  de  petites  figures  i  &  d’autres  qui  m’ont  affuré  que  le  verd  de  montagne 
ctoit  des  lames  de  cuivre  diffoud  dans  le  vin ,  qui  fe  faifoit  à  peu  prés  comme 
le  Verd-dc-gris  ;mais  commejen’ay  pu  enfl^avoir  davantage,  je  diray  qu’on  le 


des  Drogues ,  Livre  Premier.  3  3 

doit  choifir  fcc ,  haut  en  couleur ,  bien  grenu ,  c  eft  à  dire  fableux ,  qui  eft  la  mar¬ 
que  du  verd  de  montagne  naturel ,  &  le  diftcrencicr  d  avec  l'artificiel,  que  quel¬ 
ques-uns  font  en^pulverifant  du  verd-de-gris ,  &  en  y  mettant  quelque  peu  de 
blanc  de  ccrufe  parmy. 

Le  Verd  de  montagne  n’a  autre  ufage  que  pour  la  peinture  ,  principalement 
pour  peindre  en  verd  d'herbe ,  c’eft  pourquoy  prefquc  toute  la  peinture  verte 
que  l’on  void  dans  les  jardins ,  eft  fait  de  verd  de  montagne. 

Comme  le  ver  de  montagne  eft  une  marchandife  aflez  cherc,  &  qu’il  en  vient 
de  differens  endroits ,  c’eft  le  fujet  pour  lequel  on  en  voit  de  plufieurs  fortes  & 
à  difterens  prix  j  ceux  qui  en  auro*nt  befoin  ne  s’attacheront  pas  au  bon  marché;, 
mais  qu’il  foit  de  la  qualité  cy-delTus. 


CHAPITRE  LV. 

la  Brori'j^. 

La  Bronze  eft ,  fuivant  Monficur  deFurcticrc,  un  alliage  de  métaux,  dont  le 
principal  eft  le  cuivre  fondu  avec  quelque  partie  d’étain  ou  de  Téton .  Q^l- 
ques-uns  par  épargne  y  mettent  du  plomb,  parce  qu’on  ne  fçauroit  fondre  du 
cuivre  dans  un  fourneau  de  reverbere  ,  qu’on  ne  le  trouve  percé  &plcin  de  trous 
comme  une  éponge  il  y  a  encore  un  autre  cuivre  compofe  qu’on  appelle  mé- 
tail,qui  n’cft  pourtant  en  effet  que  delà  bronze,  &  on  luy  donne  ce  nom  fe- 
Ion  la  plus  grande  ou  la  plus  petite  quantité  qu’on  y  mêle  d’étain ,  qui  eft  de 
douze  jufqu’à  vingt-cinq  pour  cent  :  la  lie  ou  marc  de  bronze  appelle  Dyphry- 
ges ,  &  eft  en  ufage  en  Médecine.  La  fleur  de  bronze  fe  fait  quand  on  jette  de 
Veau  pure  fur  de  la  bronze  fondue  j  lorfqu’clle  s’écoule  par  les  canaux ,  on  met 
une  platine  de  fer  au  deffus  de  la  fumée ,  &:dans  ce  congclcment  il  s’y  forme 
des  petits  grains  en  forme  de  millet ,  qui  font  luifant  &  rougeâtre  ,  &  c’eft  ce 
qu’on  appelle  fleurs  de  Bronze  :  écailles  de  Bronze  ,  eft  ce  qui  tombe  de  Tairain  «cursac 
quand  on  le  bat ,  &  que  Ton  le  met  en  oeuvre.  icùWts  de 

A  Tégard  de  la  brônze  &  dumétail,  nous  nous  en  fervons  pour  faire  des 
gures,  des  cloches  &  des  mortiers  ,  ou  autres  ouvrages.  Le  meilleur  métail  eft 
celuy  qui  eft  blanc  ôdqui  fonne  comme  de  l’argent.  Je  n’aurois  pas  parlé  delà 
bronze  ny  du  métail  ,  fi  ce  n’avoit  été  à  caufe  de  la  Tutie  qui  en  fort ,  dont 
cy-aprés  eft  la  defcription. 


chapitre  ivi. 

Di?  /a  Tutie. 

La  Tutie  furnomméc  d*Alexandrie  ou  Spode  des  Grecs,  eft  une  efpece  de 
métallique  fait  en  écailles  &  en  goutiercs ,  de  differentes  grandeurs  &  épaif. 
feur,  uni  au  dedans  &  chagriné  au  deffus ,  oùfe  trouve  des  grains  de  la  groffeur 
des  têtes  d’épingles  ;  ce  qui  a  donné  occafion  aux  anciens  de  Tappcller  Tutie, 
ou  Spode  en  grappe.  La  Tutie  que  nous  vendons  en  France  vient  d’Allema¬ 
gne,  &  de  quelques  autres  endroits  où  fe  fait  de  la  bronze  ou  le  métail.  On 

S  iij 


Tutic 

i’Oilea»». 


M’.fi,  Mc- 
lanteiia  & 
Soi'i, 


3  4  Hifloire  generale 

doit  être  dcfabufé  de  croire  comme  ie  marque  prcfque  tous  les  Auteurs  tant 
vicuK  que  nouveaux,  que  la  Tutie  fe  fait  &  fe  tire  du  cuivre  jaune ,  &  qu  elle  fe 
fait  en  même  temps  que  le  Pompholix  -,  ce  qui  eft  bien  faux  ,  puifquc  la  Tutic 
fe  trouve  attachée  à  des  rouleaux  de  terre  qui  font  fufpcnduës  &c  mis  exprès  au 
haut  des  fourneaux  des  Fondeurs  en  bronze  ou  en  métail ,  pour  retenir  la  va¬ 
peur  du  métail  comme  fait  la  fuye  aux  cheminées  -,  ôc  par  le  moyen  de  fes 
rouleaux  cette  vapeur  eft  retenue  &  réduite  en  écaille  de  la  figure  de  ces  rou¬ 
leaux  de  terre ,  ainfi  que  nous  le  voyons ,  &  la  chofe  eft  fi  réelle  que  l’on  n’a 
qu  a  chercher  dans  la  Tutie  on  en  trouvera  encore  attaché  à  la  terre ,  &  non 
pas  'que  la  Tutie  fe  falTe  au  bas  &  au  tour  des  fournaifes  où  elles  fe  trouve  en- 
talTées  de  répailfeur  quelle  eft  ordinairement  5  &  ce  qui  marque  de  plus  que 
c’eft  une  fuppofition,  c’eftque  toute  la  Tutic  que  nous  avons  eft  toûj ours  faite 
en  goutiere,  &  toûjours  à  demy  rondes ,  &ceux  qui  la  font  appellent  cette  ma¬ 
niéré  de  faire  brazer  laTutie. 

La  Tutie  doit  être  en  belles  écailles ,  épailTes,  gtenées  d’un  beau  gris  de  fou- 
ris  au  deflus  ,  Se  d’un  blanc  jaunâtre  au  dedans ,  difficile  a  cafTcr,  ôc  la  moins 
remplie  de  menu  ôe  d’ordures  qu’il  fera  poffible.  La  Tutie  n’a  autre  ufage  que 
je  fqachc  pour  employer  en  medecine ,  on  ne  s’en  fert  qu’aprés  qu’elle  a  été 
bien  broyée.  D’autres  la  brûlent,  &  enfuitela  lavent  Sien  fôrment  destrochif- 
ques  dont  ils  fè  fervent  pour  guérir  les  maux  des  yeux ,  méla-ngéc  avec  du  beur¬ 
re  frai^  ,  ou  délayé  dans  de  l’eau  roze,  ou  de  l’eau  de  plantin.  La  Tutie  bien 
préparée, incorporée  dans  dû  beurre  frais  ,  eft  un  excellent  &  un  feur  remede 
pour  guérir  les  hémorroïdes.  On  doit  preferer  celle  que  nous  faifons  venir  d’Or- 
leans ,  foit  parce  qu’il  la  préparé  mieux ,  ou  que  ce  foit  par  la  vogue  quelle  a  eu 
de  tout  temps. 


CHAPITRE  LVII. 

T)e  la  Chalàtis^ 

La  Chalcitis ,  ou  Chalcite ,  ou  Colcothar ,  eft  un  vitriol  naturel  rubifié  par 
les  feux  foûterrains  dans  les  entrailles  de  la  terre  ,  c’eft  ce  qui  fait  que  la 
Chalcite  eft  une  pierre  de  couleur  rougeâtre.  Je  ne  m’arréteray  point  à  vouloir 
d’écrire  ce  que  les  anciens  ont  dit  touchant  les  differens  changement  qui  arri¬ 
vent  à  la  Chalcite ,  non  plus  qu’à  vouloir  expliquer  ce  que  c’eil  que  le  Mifi ,  le 
Melanteria,  &leSori,  m’ayant  été  impolfible  de  pouvoir  fi^avoir  ce  que  c’eft  &ou 
fc  trouve  ces  trois  derniers.  Mathiole  fur  Diofeoride  à  la  page  719.  dit  que  le 
Mifi  eft  dur  &  femblable  à  l’or ,  &  qu’il  reluit  comme  une  étoile ,  &  qu’il  fe  trou¬ 
ve  en  Chipre.  Le  Melanteria  fe  trouve  de  deux  fortes  :  l’un  fe  trouve  &  croit  com¬ 
me  le  fel  à  l’entrée  des  mines  du  cuivre  j  &  l’autre  fc  trouve  tout  congelé  au 
haut  de  fes  mines  :  il  veut  que  le  meilleur  Melanteria  foit  celuy  qui  eft  poly ,  net, 
vni  &  d’une  couleur.de  foufre,  &  que  auffi-tôt  que  l’on  y  verfe  deffus  une  goûte 
d’eau  il  devienne  noir.  A  l’égard  du  Sory  ,  il  dit  qu’il  eft  noir  ,  troüc  &  d’un 
goût  aftringent ,  &  d’une  très  méchante  odeur ,  &  qu’il  s’en  trouve  beaucoup  en 
-Ægypte ,  dans  la  Lybie ,  en  Efpagne  &  en  Chypre.  Pline  tout  au  cpntrairc  dit 
que  la  Chalcite,  le  Mify,  le  Melanteria,  le  Sory,  eft  la  même  chofe,  &  que  l’un 
fe  change  en  l’autre  par  fucceffion  de  temps ,  c’eft  adiré  que  la  Chalcite  devien¬ 
dra  en  Mify,  de  Mify  en  Melanteria  ,  &  de  Melanteria  en  Sory,  ce  que  je  n’ay 


Des  Drogues.  Livre  premier.  3  5 

jamais  pu  reconnoître,  quoy  qu’il  y  aye  plus  de  dix-huit  ans  que  j’en  ay  un  mor^ 
ceau  ,  lequel  je  n’ay  jamais  reconnu  avoir  changé  de  nature  ny  de  couleur ^ 
quoyque  j  y  aye  pris  garde  ;  il  cft  bien  vray  qu’il  y  a  de  la  Chalcite  qui  dans  un 
même  morceau  fe  trouve  de  differentes  couleurs, mais  comme  je  ny  ay  remar¬ 
qué  aucun  cbangement ,  tout  le  temps  que  jcl’ay  gardé  ,  c’eft  ce  qui  m’a  fait 
croire  qu’elle  fe  trouvoit  ainfi  naturellement. 

Qi^y  qu’il  en  foit ,  on  doit  choihr  la  Chalcite  en  beaux  morceaux ,  d’un  rouge 
brun,  d'un  goût  de  vitriol,  &  qu’étant  mifes  dans  un  peu  d’eau  elle  fonde  faci¬ 
lement  ,  &c  qu’étant  caflé  foit  d’une  couleur  de  cuivre  ,  6c  tant  foit  peu  bril¬ 
lante. 

La  Chalcite  ou  Colcothar  naturel ,  nous  eft  apportée  de  differents  endroits, 
comme  de  la  Suede  6c  de  l’Allemagne.  C’eff  une  drogue  fort  peu  ufitée  en 
Médecine,  à  caufedefa  rareté  i  écfi  ce  n’étoit  que  c’eft  un  des  ir.grediens  de  la 
Theriaque ,  l’on  s’en  ferviroit  que  tres-peu.  La  chertéAla  rareté  de  cette  pierre  a 
donné  occafïon  à  plufîeurs  de  le  contrefaire  ,  6c  de  luy  chercher  des  Subftituts  , 
comrne  le  Calcanthum  ou  vitriol  rubifié ,  la  Comproze  blanche  calcinée,  la  pierre 
calaminaire ,  à  caufe  de  fa  reffcmblancc ,  ainfi  d’autres  chofes  femblablcs ,  ce  qui 
fera  que  ceux  qui  auront  befoin  de  vray  Chalcite  ,  s’attacheront  à  d’hijnnêtes 
gens,  &n’y  plaindront  point  l’argent. 


CHAPITRE  L  VIII. 

Du  Vitriol  Romain^ 

m 

Le  Vitriol  romain  cft  auffi-bien  que  tous  les  autres  Vitriols  oü  Compfo^ 
fes,une  criftalifation  que  l’on  tire  d’une  efpece  de  marcafite  qui  fe  trou¬ 
ve  dans  les  mines  de  cuivre  par  le  moyen  de  l’eau,  â  qui  les  anciens  ont  donné 
le  nom  de  Pyrites  ou  de  Quis.  On  trouve  de  ce  Qms  ou  Pyrites  deffous  nos  ter¬ 
res  glaiflés  de  Pafli ,  â  une  licué  de  Pans,  ôi  duquel  on  fait  plufîeurs  operations-, 
6c  l’on  m’a  affuré  que  c’étoit  de  ce  Qms  qu’un  certain  Abbé  faifoit  fon  re¬ 
mède  univcrfel.  Le  Pyrites  dequoy  on  tire  le  vitriol  Romain,  fe  trouve  en 
plufîeurs  endroits  d’Italie  i  pour  réduire  cette  marcafite  en  vitriol  ,  on  l’expo- 
fc  quelques  mois  aux  injures  du  temps  ,  afin  que  l’air  s’infinuc  en  dedans, 
qu’elle  fe  calcine  6c  fe  convertiffe  toute  en  chaux  d’une  couleur  verdâtre.  Lorfl 
que  le  Pyrites  cft  en  état  de  travailler  on  le  jette  dans  de  l’eau,  6c  enfuite  par  le 
moyen  du  feu  6c  des  caiffes  de  bois ,  cft  réduit  en  criftaux  de  la  maniéré  que 
nous  le  recevons  d’Italie.  En  un  mot,  tous  les  Vitriols  ou  Comprofes ,  fe  fabri¬ 
quent  comme  on  fait  en  Angleterre  l’allun ,  6c  icy  le  Salpêtre  j  6c  toutes  les  dif¬ 
férences  qü’il  y  a  entre  les  comprofes ,  ne  provient  que  des  differens  endroits 
où  fe  trouve  lamine,  &;dece  que  les  uns  participent  du  cuivre  &  les  autres  du 
fer.  Ceux  qui  tiennent  du  Cuivre  font  les  Vitriols  de  Cypre  &  d’Allemagne  :  ôi 
du  Fer ,  le  Vitriol  Romain ,  &la  Comprofe  de  Pife  6c  d’Angleterre.  Cette  differente 
qualité  cft  la  caufe  que  lorfque  l’on  frotte  du  Vitriol  de  Chypre  ou  d’Allema¬ 
gne  fut  une  allumellcdc  couteau  frottée  de  falive,ils  la  font  rougir  j  ce  qui  cft 
contraire  au  Vitriol  Romain  ,  de  Pife  &  d’Angleterre  ,  qui  ne  Font  changer 
nullement  de  couleur  cette  allumelle  de  coûteau  ,  &  comme  la  Compro¬ 
fe  de  Pife  ou  d’Angleterre,  ne  colore  pas  plus  que  le  Vitriol  Romain  ,  cela  a 
donné  occafon  a  de  certaines  perfonnes  qu’il  n’eft  pas  befoin  de  nommer  de 


3  6  Hifioire  generale 

'COBTre-faire  le  Vitriol  Romain  avec  laComprofe  d’An'glcrerrc,  ce  qui  font  en 
lavant  tant  foit  peu  ccitc  comprofe ,  Se  la  laifl'ant  quelques  jours  à  l’air  pour  ren- 
‘dre  fa  couleur  verte  en  grilàtre  ,  ce  qui  lcra  aflez  facile  à  connoître  ,  en  ce  que 
le  vray  Vitriol  Romain  ell  en  gros  morceaux  longs,  d’un  vert  faladon.  Se  aflez 
^ilïkik  à  fondre ,  &e  étant  cafle  eft  tranfparant  comme  du  verre ,  dont  on  pré¬ 
tend  qu’eft  venu  fon  nom,  &  d’autres  veulent  que  le  nom  de  Vitriol  foit  tout 
myftcrtcux ,  en  ce  que  chaque  lettre  lignifie  un  mot  ,  Se  que  le  mot  de  Vitriol 
vouloit  autant  dire  que,  inurma  ierrj: ,  reâifcando  invenics  oçcultum  /4- 

Ÿtdem  medrânam. 

Le  véritable  Vitriol  Romain  cft  prefentement  fort  recherché  ,  tant  a  •eau- 
•fc  de  fa  grande  rareté  que  parce  qu’il  eft  le  plus  propre  pour  faire  une  poudre 
rm-;iic<ie  blanche  que  l’on  appelle  poudre  de  fimpathie  ,  qui  n’eft  que  du  Vitriol  Romain 
çxpofé  à  l’air  pendant  le  beau  temps ,  Se  la  grande  chaleur  le  long  de  la  canicule , 
Se  lorfqu’il  eft  devenu  extrêmement  blanc  par  la  calcination  que  le  Soleil  en  a 
fait,  on  s’en  fert  pour  guérir  les  play  es,  &  pour  arrêter  le  fang.  ■Quelques-uns 
mettent  avec  le  Vitriol  Romain  de  la  gomme  adrangant.On  nous  apporte  en¬ 
core  d’îtalie  un  autre  vimol  alTez  approchant  en  couleur  au  Romain. ,  à  la  rc- 
forve  qu’il  dh  plus  verdâtre  &  plus  menu,  qui  eft  ce  que  nous  appelions  Vitriol 
comproiè  t)u  Coiiiprofe  dePife,  Sc  dont  lé  fervent  les  Teinturiers, 

acPize.  Le troificme vitriol  qui  tient  du  fer,  &le  plus  ainfi  le  moins  cher, 

Cotiprofc  eftla  Comprofe  ou  Couprofe  d’Angleterre,  laquelle  eft  fort  en  ufage  ,  tant  par 
a^Aiigic-  les  Teinturiers,  Chapeliers,  &  autres  qui  teingnenr  en  noir,&  l’on  prétend  que 
ce  qui  fait  que  la  comprofe  teint  en  noir ,  c’eft  â  caufe  qu  elle  participe  du  fer  j 
Se  d’autres  qui  veulent  que  c  eft  â  caufe  que  ceux  qui  la  fabriquent  jettent  dedans 
lorfqu’ellc  eft  en  liqueur  du  vieux  fer. 

LaComprofe  d'Angleterre  pour  être  de  la  qualité  requife,  il  faut  qu’elle  fojf 
fechcjd’un  verd  clair  &  tranfparent  ,  &la  moins  chargée  de  mcnu&  de  mor¬ 
ceaux  blanchâtres  que  faire  fe  pourra. 


CPÎAPITRE  LIX. 

Vtriûl  de  Cypre  ou  de  Hongrie. 

Quelque  foin  que  j’aye  pu  prendre  pour  découvrir  ce  que  ce  pouvoir 
être  que  le  Vitriol  de  Cypre  que  nous  vendons  ,  il  m’a  été  impolTi- 
ble  de  le  pouvoir  fi^avoir.  Les  Anciens  Se  quelques  Modernes  ont  préten¬ 
du  que  CG  vitriol  écoic  une  criftalifation  faite  avec  une  eau  bleue  que  l’on 
trouve  dans  des  lieux  foûterrains  en  Cypre  d’où  eft  venu  fon  furnom.  Ec 
une  perfonne  de  probité  de  mérité  m’a  alTuré  ,  que  le  vitriol  de  Cy- 
pre  étoit  fait  de  cuivre  de  rofette  diflfoud  dans  dcl’efprit  de  vitriol ,  Se  enfuitc 
criftalifé.  Et  un  autre  m’a  certifié  que  le  vitriol  de  Cypre  étoit  fait  avec  la 
comprofe  d’Allemagne  \  mais  ne  fçaehant  lequel  des  trois  parties  prendre  n’y 
ayant  rien  de  certain  ;  je  diray  que  l’on  nous  apporte  de  deux  fortes  de  vitriol  de 
Y, trio!  <ic  Cypre  :  S^avoir ,  l’un  en  gros  morceaux  que  nous  appelions  vitriol  de  Cypre  de 
la  Compagnie,  en  ce  que  c’eft  ordinairement  Mcflicurs  delà  Compagnie  des  în- 
des  qui  l’apportent  en  France  -,  Se  l’autre  vitriol  de  Cypre  eft:  le  taillé ,  en  ce  qu’il  eft 
taillé  exprès  par  petits  morceaux,  &  toujours  en  pointe  de  diamans,  tant  pout 
le  rendre  plus  beau  que  pour  ca  faciliter  la  vente. 

Oa 


des  Drogues ,  Livre  Premier.  3  7 

On  doit  choifir  le  vitriol  de  Cypre  ou  de  Hongrie ,  d’un  beau  bleu  cclcftc, 
principalement  lorfqu’il  eft  calTé  j  car  comme  c’eft  une  marchandife  que  l’air 
pénétre  aflfez  facilement ,  elle  eft  fujette  à  être  d’un  blanc  grifatre  par  deffus ,  ce 
qui  ne  luy  diminue  aucunement  fa  qualité  j  mais  luy  ôte  feulement  roeil  de  la 
vente  ,  &  marque  qu’il  n’y  a  que  la  fuperficie  qui  eft  endommagée  ,  on  a 
qu’à  l’approcher  de  k  langue ,  la  moindre  humidité  le  fait  revenir  à  fa  première 
couleur.  Q^lqucs  perfonneS  m’ont  aflhré  que  l’on  tiroit  du  vitriol  de  Cypre 
un  efprit  ft  pénétrant  qu’il  calToit  tous  les  vailTeaux  de  verre  quelques  épais 
qu’ils  fulTent,  &  que  cet  efprit ,  quoyquc  fi  pénétrant ,  étant  mis  avec  égale 
partie  d’eau  étoit  un  remede  fouverain  pour  confolider  toutes  fortes  de  playes 
fraîches ,  &  en  arrêter  le  fang  >  ce  qui  eft  alféz  probable ,  en  ce  que  nous  n’avons 
point  de  drogues  plus  aftringentes ,  qui  arrête  plûtôt  le  fang  que  le  vitriol  de 
Cypre. 

Le  Vitriol  de  Cypre  eft  aufti  fort  enufage  par  plufieurs  Corps  de  Métiers  qui 
s’en  fervent,  que  pour  plufieurs  particuliers  qui  en  portent  fur  eux  pour  fe  gué¬ 
rir  les  bubons  qu’ils  ont  au  vifage.  On  fc  fert  aulTi  du  vitriol  de  Cypre  au  lieu 
de  Romain,  pour  faire  la  poudre  de  fimpatie. 


C  ]^A  P  I  T  R  E  L  X. 

JDe  la  Couprofe  d Allemagne, 

La  Comprofe  d’Allemagne  eft  un  vitriol  d’un  vert  bluatrc  ,  clair  &  tranf- 
parent ,  qui  eft  fait  &  criftalifé  à  Golfelar  en  Saxe  ;  c’eft  ce  qui  fait  que 
quelques-uns  appellent  Comprofe  d’Allemagne ,  Vitriol ,  bu  Comprofe  de  Gof- 
Iclar  ou  de  Saxe.  On  la  doit  choifir  en  gros  morceaux ,  clairs  &:  tranfparant ,  la 
plus  fechc&la  moins  remplie  de  menu  qu’il  lcra  poflîble. 

La  Comprofe  d’Allemagne  eft  beaucoup  en  ufage  dans  la  Médecine,  c’eft  à 
dire  que  c’eft  d’elle  que  la  plûpart  des  Chimiftes  en  tirent  plufieurs  préparations, 
comme  il  fe  verra  cy-aprés  ;  les  Teinturiers  s’en  fervent  aufti. 

Cette  Comprofe  peut  fervir  en  cas  de  befoin  à  arrêter  le  fang  comme  le  vi¬ 
triol  de  Cypre  ,  mais  elle  n’agit  pas  avec  tant  de  force. 


CHAPITRÉ  LXI. 

Delà  Couprofe  blanche, 

Le  Vitriol  blanc  que  nous  tirons  d’Allemagne ,  eft  de  la  Couprofe  de  Gofle- 
krdontj’ay  cy-devant  parlé ,  calcinée  en  blancheur ,  &enfuitemife  dans  de 
l’eau  &  filtrée ,  &  réduit  en  fel ,  &  lorfqu’clle  commence  à  fc  coaguler ,  les  Allemans 
en  forment  des  pains  de  quarante  à  cinquante  livres  ^ de  la  forme  &  figure  que 
nous  la  voyons.  On  fera  donc  defabufé  de  croire  comme  un  Auteur  nouveau 
la  écrit ,  que  la  comprofe  blanche  fe  trouve  proche  des  fontaines ,  &  que  c’eft 
le  plus  dépuré  de  fubftancc  métallique. 

On  doit  choifir  cette  Comprofe  bien  ferme ,  la  plus  blanche  &  la  plus  appro¬ 
chante  à  de  beau  fucre  que  faire  fe  pourra.  On  fera  averty  de  ne  jamais  laifter  la 
///.  T 


Comprofe 
de  Goflélar 
eu  de  Saxe. 


Gilla  Vi- 
tiioli. 


l»s  MaiÊ- 
chaux  ap"- 
pcllcnt  cet 
efpric  de 
vitriol  eau 
fécondé  de 
laquelle  ils 
fe  lérvent 
fort  com¬ 
munément. 


3  8  Hiftoire  generale 

comprofe  blanche  à  l’air,  en  ce  qué  aufli-tôt  que  l’air  donne  deiTus  elle  jaunit 
&  devient  hors  de  vente. 

Cette  Comprofe  a  quelque  peu  d ’ufage  en  médecine  ,  en  ce  que  quel  qu’uns 
s’en  fervent  pour  mettre  dans  de  l’eau  rofe  ou  de  plantin,avec  de  l’iris  &  del’a- 
loës  cicotin  ,  pour  guérir  les  maux  des  yeux.  Les  Peintres  s’en  fervent  après 
l’avoir  calciné  pour  mettre  dans  leurs  couleurs  pour  les  rendre  ficcatives  j  mais 
fon  plus  grand  ufage  cft  pour  les  Maréchaux. 

On  tire  de  la  Comprofe  blanche  par  le  moyen  de  l’efprit  de  vitriol  des  crif- 
taux ,  qui  cft  ce  que  nous  appelions  Gilla  Vhriolï  >  ou  vitriol  vomitif ,  à,  caufe 
qu’étant  pris  depuis  douze  grains  jufqu’à  une  dragme  dans  un  boüillon  ou  au¬ 
tre  liqueur ,  il  excite  un  doux  vomilfcment. 


CHAPITRE  LXII. 

De  l Ef prit  &  huile  de  vitriol. 

ON  tire  du  Vitriol  d’Allemagne  ou  d’Angleterre ,  calciné  en  blancheur ,  par 
le  moyen  d’une  cornue  &  du  feu  ,  un  flegme ,  un  efpric ,  &  une  huile  j  mais 
comme  cette  operation  eft  d’une  longue  haleine  &:  fort  pénible ,  je  ne  confeiHç 
à  perfonne  de  s’y  amufer  ^  &  de  plus  c’eft  que  l'Efprit  &  l’Huile  de  vitriol  que 
nos  Apoticaires  &  Diftillateurs  font,  ne  font  pas  d’une  ü  bonne  qualité,  &nc 
les  peuvent  établir  à  fi  bon  marché  que  ceux  que  nous  tirons  d’Hollande,  ou 
d’Angleterre.  On  fera  averti  que  ce  que  Nous ,  les  Apoticaires  &  les  Diftillateurs, 
appellent  huile  de  vitriol ,  n’eft  qu’un  efprit  bien  de  flegme  i  car  on  doit  entendre 
en  cet  article  comme  dans  les  autres,  que  ce  qui  eft  huile  doit  être  gras  &  nager 
fur  l’eau ,  &  c’eft  ce  qui  n’arrive  pas  en  l’huile  de  vitriol,  puifque  elles  fe  mêlent 
fort  facilement  dans  les  liqueurs  aqueufes. 

Ce  qui  eft  appdlé  Efprit  de  vitriol  ,  cft  la  liqueur  qui  fort  immédiatement 
après  le  flegme  ,  lequel  pour  être  bon  doit  être  clair  comme  de  l*cau  ,  d’un 
goût  aigrelet  ,  &  qui  étant  mis  fur  un  papier  blanc  &  prefenté  au  feu  ,  de¬ 
viennent  noir.  On  fe  fert  de  l’Efprit  de  vitriol  fort  communément  en 
Medecine  pour  rafraîchir ,  &  à  beaucoup  d'autres  ufages  ou  l’efprit  de  vi¬ 
triol  cft  requis.  L’Efpritde  Vitriol  bien  deflegmé ,  eft  ce  que  nous  appelions  im¬ 
proprement  huile ,  doit  être  d’une  couleur  fombre,  d’mn  goût  fi  pcnctrant  &  fi 
cauftique  ,  qu’il  eft  impoflible  d’en  mettre  fur  la  langue  ;  c’eft  un  abus  de  croire 
qu’il  ne  faille  point  boucher  les  efprits  acides ,  en  ce  que  quelques-uns  préten¬ 
dent  qu’ils  ne  s’évaporent  point  :  ce  qui  cft  bien  vray  ,mais  il  arrive  que  comme 
cet  efprit  bien  de  flegme  cft  dénué  de  Ion  flegme  i  fi  vous  le  laiffez  dans  une 
bouteille  débouchée  ,  l’air  s’infinuë  dedans  luy  ,  augmente  fon  volume  &c  fon 
pois,  &  deviendra  enfin  incipide  comme  de  l’eau. 

L’Huile  de  vitriol  eft  un  fort  cauftique ,  c  eft  pourquoy  l’on  s’en  fe'rt  pour  diC 
foudre  les  métaux.  On  en  ufe  aufti  pris  intérieurement  aux  mêmes  maladies  que 
l’Efprit  j  mais  il  faut  s’en  fervir  avec  plus  de  modération  ,  en  ce  qu’il  agit  avec 
beaucoup  plus  de  force.  On  ne  doit  acheter  de  l’Efprit  de  vitriol  que  d’honnê¬ 
tes  gens,  en  ce  qu’il  y  en  a  qui  font  de  l’Efprit  de  vitriol  en  mêlant  de  l’eau 
forte  dans  de  l’eau ,  6c  ce  qui  fait  qu’ils  la  peuvent  donner  à  fi  bon  marché  j  de 
cet  efprit  de  vitriol  fait  avec  Icau  forte,  eft  appelle  Efprit  de  vitriol  Phüofophi- 
que ,  à  quoy  il  faut  bien  prendre  garde. 


des  Drogues ,  Livre  I.  39 

A  l’égard  de  l’eau  ou  phclgmc  de  vitriol  dont  j’ay  parlé  cy-devant  ,  il  n’çil: 
d'aucun  ulagc  ,  en  ce  qu’il  cil:  mcipidc.  Qùclqu’uns  neanmoins  s’en  l'crvcnt  pour 
ic  laver  les  yeux.  ‘ 

M.  Lcmery  dit  que  l’on  doit  fc  fervir  du  vitriol  ou  comprofe  d’Angleterre, 
pour  faire  les  operations  cy-deifus,  en  ce  qu’il  n’cll:  pas  fi  acre  que  celuy  d’Al^ 
lemagne  ;  neanmoins  prefqiie  tous  ceux  qui  travaillent  fur  le  vitriol  ,  fc  lervcnt 
de  celuy  d’Allemagne  ,  ce  que  je  laiiTe  à  décider  à  ceux  qui  font  plus  capa¬ 
ble  que  moy  ;  ce  qui  refte  dans  la  cornue  apres  la  diftillation  ,  qui  cil  une  ter¬ 
re  rougeâtre  que  les  Chimiftes  appellent  Tête  morte  de  vitriol  ,  Coîeo- 
thar  artificiel ,  ou  vitriol  rübifié  ,  on  en  peut  tirer  un  fel  par  le  moyen  de  l'caii 
&dufeu,qui  eft  ce  que  l’on  appelle  fel  de  vitriol,  &  duquel  on  fe  fert  comme 
de  Gilla  Vitrioli,àIa  referve  que  l’on  en  prend  pas  en  fi  grande  doze.  Le  fel  de 
vitriol  doit  être  blanc  &  fidclement  fait ,  en  ce  qu’il  y  en  a  qui  vendent  duGilla 
Vitrioli ,  ou  du  Vitriol  vert  calciné  en  blancheur  pour  le  fel  de  vitriol.  ^  Vî- 

Le  Colcotliar  a  quelque  peu  d’ufage  dans  la  médecine  ,  en  ce  que  quelques-  ’ 
uns  s’en  fervent  au  lieu  de  Chalcite  ,  tant  à  caufe  de  Ton  bon  marché  qu'àcau- 
fc  qu’il  a  les  mêmes  qualitez.  Quelques  Apoticaires  mettent  leColcothar  dans 
leDiapalme,  tant  pour  le  rougir  que  pour  fe  conformer  à  l’humeur  des  Chi¬ 
rurgiens  ,  qui  font  bien  aife  que  le  public  ne  connoifTe  pas  que  ce  n’eil  que  du 
Diapalmc  ,  &  pour  le  mieux  déguifer  on  a  donné  le  nom  à  cet  emplâtre  de 
Diachalcitcos. 

On  fait  avec  le  Colcothar,  l’alun  brûlé ,  le  fucre  candy,  l’urine  &  l’eau  rozè, 
une  eau  fort  aftringcnte ,  &  fort  propre  à  arrêter  le  fang  ,  ainfi  que  le  m^que 
M.  Lemcry ,  oli  le  Leâ:eur  pourra  avoir  recours. 

Il  y  a  encore  l’eau  ftipitic  de  la  faveur,  décrit  dans  M.Charas. 

On  doit  être  averti  que  l’on  appelle  mal  à  propos  le  Colcothar  Calcan^ium, 
puifque  le  mot  de  Calcanthum  ne  lignifie  autre  chofe  que  vitriol. 


CHAPITRE  LXIII. 

Dâ  la  Pierre  Medecinale  ou  Mediçamemeufe 
de  CroLius. 

La  Pierre  de  Crolius  eft  de  la  Comprofe  d’Angleterre, de  la  Comprofe  blanche, 
de  l’allun ,  de  la  fonde  blanche ,  ou  natrum  d’Ægypte ,  du  fel  commun ,  du 
fcl  de  tartre, du  fel  d’ablinthe ,  du  fel  d’armoife ,  du  fel  de  chicorée,  du  fel  de 
plantin  &  du  fel  de  perficaire ,  de  la  cerufe ,  du  bol  du  levant ,  de  la  mirrhe ,  de 
l’encens ,  du  vinaigre  rozarj  toutes  ces  drogues  bien  dozées  comme  il  eft  mar¬ 
qué  dans  Crolius  à  la  page  441.  on  en  fait  par  le  moyen  du  feu  une  pierre  rou¬ 
geâtre  doiié  de  grandes  proprictez ,  ainfi  qu’il  eft  marqué  par  le  même  Auteur, 
qui  feroient  trop  longues  à  vouloir  icy  les  décrire.  Comme  cette  pierre  eft  aR 
fez  de  confequence,  tanta  caufe  qu’elle  revient  à  de  l’argent ,  que  parce  que 
peu  de  perfonnçs  n’ont  aucune  connoiffance  de  cette  pierre,  la  plufpart  des 
Apoticaires  luy  fubftitue  la  Pierre  Medicamenteufe  décrite  dans  Meftieurs  Cha- 
1  as  Lcmery ,  ce  qui  caufe  qu’ils  en  font  beaucoup  meilleur  marché  que  ceux 
qui  ne  vendent  que  de  la  véritable  Pierre  de  Crolius,  en  ce  que  la  Pierre  Mcdi^ 
camenteufe  n’eft  compoféc  que  de  drogues  de  bas  prix ,  comme  il  fc  verra  cy- 
apres. 

T  ïy 


III.  Partie, 


40  Hiftoire  generale 


CHAPITRE.  LXIV. 


■Dtf  la  Pierre  Medicamenteufe, 

MOnficur  Çharas  décrit  dans  fa  Pharmacopée  à  la  page  1041.  une  Pierre 
Medicamenteufe, compofée  avec  le  vitriol  de  Cypre  ,1e  Ici  de  nitre,  la 
ccrufe,  Tallun,  le  bol ,  le  Tel  de  verre,  le  fel  armoniac,  &  le  vinaigre  commun. 
Et  Monficur  Lcmcry  compofe  Fa  ficnne  de  colcothar  ou  vitriol  rouge  ,  de  li- 
targe ,  d’allun ,  de  bol ,  de  falpêtre ,  de  fel  armoniac  &  de  vinaigre  j  ainfi  Ton 
peut  voir  par  ces  deux  dcfcriptions  qu’il  y  a  bien  de  la  différence  de  cette  pierre 
d’avec  celle  de  crolius ,  &  ne  pas  s’étonner  s’il  y  a  des  Marchands  ou  des  Apo- 
ticaircs  qui  en  font  meilleur  marché  les  uns  que  les  autres. 


CHAPITRE  LXV. 


Da  Lapis  Mirabilis. 

Le  Lal>is  Mirahiîis ,  aînfî  appellé  à  caufe  de  fes  grandes  proptictez  ,  furtout 
par  la  gucrifon  des  tayes,  &c  des  maux  qui  furviennent  aux  yeux  des  chevaux* 
Cette  pierre  fc  fait  en  mettant  dans  un  pot  de  terre  la  quantité  de  comprofe 
blanche ,  d’allun ,  de  bol ,  de  litarge  >  &  d’eau  commune  »  ainfi  qu’il  eft  marqué 
dans  le  livre  de  M.  dcSoUeyfcl  à  la  page  85.  où  ceux  qui  en  auront  befoin  pour¬ 
ront  avoir  recours ,  tant  pour  en  fijavoir  la  doze  que  pour  en  connoitre  les  bel¬ 
les  qualitez  que  cet  Auteur  attribue  à  cette  pierre ,  ainfi  qu’elle  en  porte  le  nom* 
A  l’égard  de  fon  choix  elle  n’en  a  point  d'autres  qued’etre  bien  &  fidèlement 
faite. 


CHAPITRE  LXVL 

Du  Mendiquè, 

Le  Mondique  que  quclques-ühS  appellent  Qms  ou  Pyrites ,  clf  une  cfpccc  dé 
Marcafitc  de  cuivre  dont  fe  fabriquent  les  coitiprofçs  ou  vitriols.  Cette  Mar- 
cafite  eft  pefante,  d’un  gris  de  fouris  j  rempli  de  petites  taches  jaunes  &  brillantes. 
Nous  avons  en  France  quaiuité  de  ce  Quis ,  &  il  s’en  pourroit  tirer  beau¬ 
coup  de  deffous  la  terre  glaife  de  Pafli  proche  Paris* 

On^ne  doit  pas  être  furpris  fi  j’appelle  le  Vitriol  ôu  Couprofe  3  Comprolc  * 
quoy  que  cefoit  mal  parlé ,  mais  c’elt  que  tous  les  Marchands  l’appellent  ainfi* 
Ceux  qui  vaudront  l’appellcr  par  fon  propre  nom, l’appelleront Coupetofe ,  qui 
vient  du  mot  Latin  Cttprum  ,  qui  fignihe  Cuivre  ,  ou  de  Ctipri  rofa  ,  qui  veut 
autant  dite  que  cuivre  de  rofette. 

Nous  vendons  de  plus  du  fil  de  letton  qui  eft  du  cuivre  jaune  pafle  par  la  fi[-. 
lierre  comme  le  fer.  Cet  article  deyroit  avoir  été  mife  après  le  cuivre  jaune» 


des  Drogues ,  Livre  Premier.  4î 


CHAPITRE  LXVIl. 


X)u  Plomb  Minerai. 

NOusavonsdctrois  fortes  de  Plômb  minerai qui  ne  different  les  uns  des 
autres  qùe  fuivant  ce  qu’ils  ont  reijû  de  cuilTon  dans  les  entrailles  de  la 
terre.  Le  premier  ,  c’eft  à  dire,  celuy  qui  a  reçu  le  moins  de  chaleur, &  par 
confequent  le  plus  pefant  j  eft  celuy  qui  porte  le  nom  de  plomb  njineral ,  en  ce 
que  c  eft  de  luy  dequoy  on  fait  le  plomb  en  faumon^ 

Ce  Plomb  minerai  appelle  de  quelques-uns  alquifoux,  eft  un  métail  pefant, 
facile  a  mettre  en  poudre  &  difficile  à  fondre  ,  qui  fe  tire  de  la  mine  en  mor¬ 
ceaux  de  difterentes  groffeurs  ,  quelquefois  pur  &  net,  quelquefois  aufli  mé¬ 
langé  de  roches ,  femblables  à  du  marbre  que  les  mineraliftes  appellent  la  Gaa-  • 
guc. 

Ce  plomb  étant  calTc  eft  en  écaillé  luifante ,  d’un  blanc  tirant  fur  le  npir ,  alTez 
approchant  de  la  couleur  des  éguilles  d’antimoine. 

Les  Anglois  fondent  ce  plomb ,  &  enfuite  le  jettent  dans  dés  moules  pour  \& 
mettreenfaumons,  de  differentes  groffeurs&pefanteur  tel  que  nous  le  voyons^ 
Le  plomb  minerai  n’a  autre  ufageen  France  que  par  les  Potiers  de  terre  ,  qui 
8  en  fervent  apres  1  avoir  palvcrifc,pour  vernir  d’une  couleur  vérce  leurs  vaiflcaux 
de  terre. 

Quoyque  cette  matchandife  ne  foit  pàs  d’une  grande  Cônfcqucnce ,  nous  n’en 
avons  point  a  qui  on  doive  prendre  garde  de  plus  prés ,  en  ce  que  s’il  fc  ren- 
controit  dedans  quelque-autre  métail,  comme  il  ne  fe  trouve  que  trop  fouvent, 
cela  feroit  capable  de  faire  gâtér  tous  les  Ouvrages  des  Potiers  de  terre ,  &  de  cau- 
fer  du  chagrin  à  celuy  qui  auroit  Vendu  la  marchandife  ;  c’eft  pour  ce  fujet  que 
l’on  ne  doitjam^s  vendre  d’alquifoux  aux  Potiers  de  terre,  que  l'on  ne  Icurfaffc 
voir  morceaux  apres  autres ,  &  leurs  faire  donner  un  billet  comme  ils  en  font 
contents  pour  éviter  à  procez. 

1Lc  Plomb  minerai  pour  être  de  la  belle  qualité,  doit  êtré-eh  gros  morceaux, 
pefant,  en  belles  écaillés  ,  brillantes  ,  comme  gras ,  c’eft  à  dire  doux  à  le  marticr.' 
En  un  mot  ,1e  plus  approchant  en  figure  a  Pétain  dé  glace  que  Faire  fc  pourra, 
éc  rejetter  celuy  qui  eft  rempli  de  gangue,  ou  roches  &  de  pouflicrcs,  n’étant 
propre  à  rien^  aufli-bicn  que  celuy  qui  eft  mélangé  de  plomb  minerai  de  la  fé¬ 
conde  forte  comme  je  le  Vais  faite  connoitre. 

Le  Plomb  minetal  de  la  fécondé  forté^  eft  un  plomb  niineral  moini  pefant  & 
beaucoup  plus  dur  que  celuy  cy^deffus ,  &  qui  étant  caffe  eft  d'un  gris  de  fou-i 
ris,  &  d’un  grain  fort  aigre,  &le  deffus  eft  doux,  &  rcffemble  en  quelque  ma¬ 
niéré  au  crayon  noir ,  ce  qui  fait  voir  qu’il  n’a  pas  reçu  affez  de  chaleur  pouf 
être  converti  en  mine  de  plomb  noif .  Cette  qualité  de  plomb  minerai  eft  en¬ 
tièrement  à  rejetter  n’étant  d’aucun  ufage ,  &  c’eft  cette  qualité  de  plomb  qui 
fc  trouvent  affez  fouveiit  dans  l’alqùifouxi  &  ce  qui  caufe  tant  de  chagrin  aux  Ou^- 
vriers ,  en  ce  qu’ils  hefond  au  feu  non  plus  que  du  marbre ,  &  leurs  fait  gâter 
tous  leurs  ouvrages  i  quoyque  je  marque  icy  qu’il  faut  entiereménf  rfcjetier  ce 
plomb,  je  juge  à  propos  de  dire  qu’il  y  a  quelques  Akhimiftes  qui  en  cher¬ 
chent  pour  én  tirer  le  plomb ,  en  ce  qu’ils  prétendent  que  le  plomb  que  l’on  ert 
peut  tirer  eft  plus  doux  &plus  ferme  queleplonib  ordinaire-.  Et  d’autres  vculenf 

T 


H 


4^  Hifloire  generale 

qu’il  abonde  quelque  peu  en  argent  ,  ce  que  je  lailTc  à  décider  ;  mais  comme 
fes  uiages  font  peu  de  chofes ,  je  ne  confeille  à  perfonne  d’en  faire  de  grofles 

provifrons. 

Le  troifiéme  Plomb  minerai  eft  tout  au  contraire  fort  ufité  ,&cftcc  que  nous 
appelions  Mine  de  Plomb  noire.  Plomb  de  mine,  ou  crayon,  parce  que  le  plus 
parfiit  iert  à  defigner.  Les  Anciens  luy  ont  donné  le  nom  de  Plombagine  6c  de 
Plomb  de  mer ,  en  ce  qu’ils  ont  prétendu  qu’il  fe  tiroit  du  fond  de  la  mer  -,  les 
jEcrangers  le  nomment  Potelot, 

Nous  avons  à  Paris  de  deux  fortes  de  Mine  de  Plomb  noire -,  fc^avoir  la  fine  & 
la  commune.  La  fine  pour  être  parfaite ,  c’eft  à  dire  de  la  belle  qualité ,  doit  être 
legere,  d’un  noir  argenté,  luifante,  ny  trop  dure  ny  trop  molle ,  fc  feiant  aifement, 
6c  qu’en  la  coupant  foit  unie  6c  non  graveuleufe,  d’un  grain  ferré  6c  fin,  en  moyens 
morceaux  ,  c’eft  à  dire  longs  ,  bien-faits  &  propre  à  couper,  &  celle  qui  cfi: 
propre  à  faire  ces  crayons  longs  eft  la  plus  clbmce  ^  6c  la  mine  de  plomb  de 
cette  qualité  n’a  point  de  prix ,  6c  le  Marchand  la  peut  vendre  ce  qu’il  veut , 
étant  fort  recherchée  des  Architeftes  ,  6c  autres  perfonnes  qui  defignent.  Ce 
plomb  de  mine  vient  ordinairement  d’Angleterre  j  car  pour  le  commun  la  plus 
grande  partie  vient  d’Hollande ,  6c  n’a  autre  ufage  que  pour  frotter  les  planches, 
ou  pour  les  Chauderonniers  qui  s’en  fervent  pour  frotter  le  vieux  fer,  afin  de  le 
faire  pafier  pour  neuf,  ce  qui  fera  facile  à  connoitren’y  ayant  qu’à  jetter  de  l’eau 
delTus ,  ou  y  pafler  les  doigts  i  s’il  eft  frotté  de  crayon  l’eau  le  fera  en  aller ,  6c  ne 
manquera  de  baiboüillcr  les  doigts ,  en  ce  qu’il  n’y  a  point  de  marchandifes  qui 
appréhendé  plus  l’eau  que  le  plomb  de  mer. 

Pour  le  plomb  de  mer  commun,  il  n’importe  qu’il  foit  dur  ou  tendre  ,  d’un 
grain  gros  ou  fin  ,  pourveu  qu’il  foit  en  morceaux ,  6c  qü’d  ne  foit  pas  rempli 
de  mâche  fer  ou  de  pierre  ou  de  menu.  Celuy  qui  n’cft  que  du  mâche  fer  eft  fa¬ 
cile  à  connoître  étant  caifé  ;  car  quand  il  s’y  trouve  de  la  roüille ,  qui  eft  une 
matière  dure  6c  ferrugineufe ,  que  nous  appelions  mâche  fer ,  il  n’cft  propre  à  rien, 
6c  c’eft  ce  qui  eft  alTez  difficile  à  connoître  à  moins  que  de  le  cafîcr,  car  tout  ce 
qui  tombe  dans  le  crayon  fe  baiboüille  d’une  manière  à  ne  1^  pouvoir  diffé¬ 
rencier  à  la  vue  d’avec  la  mine  de  plomb  noir. 

A  l’égard  du  crayon  en  poudre  on  ne  doit  l’acheter  que  d’honnêtiS  Marchands 
en  ce  qu’il  eft  facile  de  mélanger  dedans  des  drogues  qu’il  n’cft  pas  befoin  de 
nommer,  (^elques  perfonnes  s’attachent  à  le  pafler  fur  la  main  ,  pour  voir  s’il 
eft  d’un  noir  bien  argente,  mais  l’épreuve  n’en  eft  pas  jufté. 

Monfieur  Morin  Médecin  &Mincrahfte,  m’a  affuré  qu’il  y  avoit  quantité  de 
Minières  de  plomb  en  France  ,  fur  tout  en  Auvergne  d’où  l’on  pourroit  tirer 
beaucoup  de  ces  trois  fortes  de  plomb,  &  c’eft  furquoy  on  peut  conter,  n’étant 
pas  un  homme  à  dire  une  chofe  qui  ne  feroit  pas.  vray. 


CHAPITRE  LXVIII.' 

Plomb  en  Saumous. 

ON  appelle  Plomb  en  faumons  du  plomb  minerai  fondu  &  purifié  de  (à 
roche ,  &  autres  impuretez ,  qui  après  avoir  été  bien  purifié ,  foit  en  l’écii- 
mant  ou  en  y  jettant  dedans  du  fuif  6c  autres  graiffes ,  on  le  verfe  dans  des  mou¬ 
les  pour  en  faire  des  faumons  de  differentes  groffeurs  6c  pefg;ifc\irs  ,  comm* 

j’ay  déjà  dit.  ' 


des  Drogues,  Livre  Premier.  4^ 

Ce  plomb  ainfi  fondu  pour  être  de  la  bonne  qualité ,  doit  être  doux ,  c’eft  â 
dire  facile  à  couper ,  plyant ,  &  le  plus  blanc  &  luifant  qu  il  fera  pofllblc.  Les 
differens  ufages  que  nous  tirons  du  plomb,  tant  pour  plufîeurs  corps  de  métiers 
qui  s’en  fervent  que  pour  en  faire  plufieurs  operatiî>ns  de  chimie  ,  eft  la  caufe 
qu’il  s’en  confomme  un  grand  nombre,  tant  en  Europe  qu’en  plufîeurs  autres 
parties  du  monde. 


CHAPITRE  LXIX. 

Du  Plomb  en  poudre. 


La  première  préparation  que  l’on  fait  au  plomb  eft  de  le  mettre  çn  poiidfe^ 
non  pas  de  la  manière  que  font  beaucoup  d’ Apoticaires,  qui  pou-P  le  réduire 
en  poudre, le  fo#t  limer  &  le  battre  dans  un  mortier,  non  plus  comme  difent 
quelques  Auteurs,  de  fe  fervir  de  plomb  fondu  jette  dans  une  boëte  ronde  frot¬ 
tée  de  blanc,  en  ce  que  le  jeu  n’en  vaut  pas  la  chandeïe,  &  que  la  peine  en  oafîe 
le  plaifîr  5  mais  bien  de  faire  fondre  du  plomb  dans  un  vaiiTcau  de  terre  ou  de 
fer ,  Ôilorfqu’il  fera  fondu  y  jetter  en  le  remuant  du  charbon  pillé  i  Sc  de  cette 
manière  l’on  aura  plutôt  mis  un  millier  de  plomb  en  poudre  ,  que  l’on  en  au- 
roit  mis  une  gnee  dans  un  mortier,  &:  dix  livres  dans  une  boëte  pour  netoycr 
le  plomb  ,  c  eft  a  dire ,  pour  en  feparer  le  charbon  ,  on  a  ’  qu’à  le  laver  dans  de 
l’eau  &  le  faire  fecher.  Le  plomb  en  poudre  eft  fort  peu  en  ufâge,  fî  ce  n'eft  par 
les  Potiers  de  terre  qui  s’en  fervent  comme  de  plomb  minerai  à  vernir  leurs  po¬ 
terie. 

Le  plomb  en  poudre  furtout  celuy  qui  eft  en  poudre  impalpable ,  a  quelque 
peu  d’ufage  dans  la  medecine ,  en  ce  qu*il  entre  dans  quelques  onguents  com¬ 
me  le  Pompholix,  &  autres.  Ceux  qui  purifient  le  plomb  ,  ou  ceux  qui  le  fon¬ 
dent  pour  en  faire  des  balles  de  moufquet ,  ou  autres  dragée  ,  nous  envoyent 
leurs  écumes  que  nous  vendons  aux  Potiers  de  terre ,  Ôc  c’eft  ce  que  nous  appelions 
écume  ou  cendre  de  plomb. 


Cendre  ^ 
riomb. 


chapitre  lxx. 

Du  Plomb  brûle. 

Le  plomb  btûlé  que  les  Latins  appeUent  (lumhum  uflum ,  eft  des  lames  de  plomb 
en  faumonsmifes^dans  un  pot  avec  du  foufre  3  &  par  le  moyen  du  feu  oii 
retire  le  plomb  en  poudre  brune. 

Le  Plomb  brûlé  a  quelque  peu  d’ufage  dans  la  médecine ,  en  ce  qu’il  dcfTeicl-tc 
&  entre  dans  la  compofition  de  quelques  onguents  &  emplâtres.  A  l’égard  de 
fon  choix  il  n’en  a  point  d’autre  que  d  être  bien  brûlé  &  bien  net.  Q^lques- 
uns  le  lavent  pour  en  feparer  les  ordures  ,  ou  le  foufre  qui  pourroit  y  être 
refté. 


44 


Hifloire  generale 


Mercure  ^ 
Plomb. 


C  H,A  PITRE  LXXI. 

"Delà  Mine  de  Tlomh  rouoe. 

La  mine  de  Plomb  rouge  que  nous  appelions  Minium,  cik  de  l’alquifoux,  ou 
plomb  minerai ,  mis  en  poudre  &  calciné  au  feu ,  &  réduit  en  poudre  rou¬ 
ge  ,  tel  que  nous  la  voyons  ^  c’eft  un  abus  de  croire  que  la  mine  de  plomb  rou¬ 
ge  que  nous  faifons  venir  d’Angleterre  foit  faite  de  plomb  en  faumons  ,  en  cc 
que  le  bon  marché  que  l’on  nous  en  fait ,  fait  affez  connoître  quelle  ne  peut 
être  faite  que  du  plomb  tel  qu’il  fort  de  la  mine.  Et  de  plus ,  c’eft  que  le  Plomb 
en  faumons  ne  rougit  jamais  tant  au  feu  que  le  Plomb  minerai  quelque  feu  qu’on 
leurs  falfc  fouftrir. 

OndoitchoifirleÂ/i«/«w  haut  en  couleur,  le  plus  en  poudi^  &  le  moins  fale 
qu’il  fe  pourra ,  &  prendre  garde  qu’il  n’aye  été  lavé ,  ce  qui  fe  connoitra  en  la 
couleur  blanchâtre  ,&  qu'il  eft  ordinairement  par  petits  plottons.  On  peut  tirer 
de  du  mirûum  avec  de  la  chaux  ou  de  la  limaille  un  mercure ,  mais  en  lî  petite  quan¬ 
tité  que  cela  ne  vaut  pas  la  peine  d’en  parler; 

La  mine  de  plomb  eft  quelque  peu  ufttéc  eii  médecine ,  à  caufe  qu’elle  eft 
ftccative ,  &  qu’elle  donne  du  corps  à  quelques  onguents  &  emplâtres.  Les  Peintres 
s’en  fervent  aulli  tant  pour  peindre  en  rouge  que  pour  mélanger  avec  d’autres  cou¬ 
leurs  ,  à  celle  fin  de  les  faire  fecher.Lcs  Potiers  de  terre  en  employeur  quantité  pour 
vernir  leurs  poteries  en  couleurs  rougcâtre,&s’en  fervent  comme  de  plomb  minerai 
ou  d’autres  plomb ,  aufli-bicn  que  plufieurs  autres  Corps  de  Métiers  qui  en  ufent. 


CHAPITRE  LXXII. 

JD  U  Bl(tnc  de  plomb, 

Le  Blanc  de  Plomb  eft  du  plomb  en  faumons  mis  en  feüillc,  &  enfuitc  rou¬ 
le  comme  on  roule  une  feuille  de  papier  j  enforte  quecc  plomb  roulé  nefe 
touche  point  l’un  à  l’autre.  Ce  plomb  ainfi  roulé  eft  mis  fur  des  petits  bâtons 
qui  font  pofez  dans  des  pots  au  fond  dcfqucls  il  y  a  du  vinaigre.  Ayant 
rempli  ces  pots  de  plomb  roulé  ,  on  les  bouche  de  telle  maniéré  que  l’air  n’y 
puiffe entrer,  &  enfuite  on  les  enterre  dans  du  fumier, &  on  les  y laiffe pendant 
trente  jours,  au  bout  duquel  temps  on  débouché  ces  pots,  &  on  trouve  dedans 
le  plomb  qui  eft  devenu  caftant  &  d’une  couleur  blanche  telle  qu’eft  le  blanc  de 
plomb  J  ayant  retiré  ces  lames  de  plomb  on  les  brife  par  morceaux ,  &  enfuite 
on  les  expofe  â  l’air  pour  les  faire  fecher. 

On  doit  choifir  le  blanc  de  plomb  tendre,  blanc  deftus  dedans ,  en  belles 
écailles ,  le  moins  remply  d’écaiîles  noirâtres ,  d’ordures  &  menu  qu’il  fera  pof- 
fible. 

Le  blanc  de  plomb  n’a  autre  ufage  que  je  fjache  pour  les  Peintres ,  étant 
broyé  â  l’huile  ou  â  l’eau,  d’autant  que  c’eft  le  plus  beau  blanc  que  nous  ayons, 
bi  qui  dure  le  plus  long-temps ,  mais  en  rccompenfc  eft  une  tres-dangeureufe 
drogue ,  tant  à  mettre  en  poudre  qu’a  broyer. 

De 


Des  Drogues.  Livre  premier.  4^ 


chapitre  lxxiii. 

De  la  Cerufe. 

La  véritable  cerufe  ou  chaux  de  plomb  cft  du  blanc  de  plomb  en  poudre 
&  broyé  à  l’eau ,  ôc  enfuite  mis  dans  des  moules  pour  en  faire  des  petits 
pains  que  l’on  fait  fecher  ,  &  que  l’on  cnvclopc  de  papier  bleu  ,  de  la  ma¬ 
niéré  que  l’on  nous  l’envoye.  Cette  cerufe  ainfi  préparée  eft  ce  que  l’on 
peut  appeller  chaux  de  plomb ,  &  non  pas  celle  que  nous  vendons  prefentc- 
ment  qui  vient  d’Hollande  ou  d’Angleterre,  n’étant  prefque  que  de  la  craye, 
ainli  que  je  le  vay  décrire. 

La  véritable  Cerufe  eft  celle  que  nous  furnommons  de  Venife,  en  ce  que  les 
Vénitiens  ont  été  ceux  qui  en  ont  fait  les  premiers  j  mais  comme  cette  Cerufe 
eft  extrêmement  rare  à  caufe  de  fa  cherté  ,  nous  ne  faifons  venir  que  de  celle 
d’Hollande  ,  parce  que  les  Peintres  l’eftiment  autant  que  la  véritable  Venife  , 
quoyque  tres-mal à  propos,  puifque  la  cerufe  d’Hollande  broyée  à  l’huile  ou  à 
l’eau  ,  eft  un  blanc  qui  ne  dure  que  tres-peu  de  temps  à  caufe  de  îa  craye  qui  cft 
dedans  i  ce  qui  n’arrive  pas  à  la  cerufede  Venife  véritable,  n’étant  que  du  blanc 
de  plomb  broyé,  ainfi  fi  on  avoir  de  véritable  cerufe  de  Venife ,  on  pourroit  fc 
pafl'er  de  blanc  de  plomb  broyé ,  ôc  par  cc  moyen  on  éviteroit  le  danger  qu'il  y 
a  de  le  faire  broyer  par  des  hommes  ,&  on  leurs  fauveroit  bien  des  maladies,  & 
même  quelquefois  laMnort.  Lesperfonnes  qui  auront  befoin  de  cerufe  pour  em¬ 
ployer  en  médecine,  ou  pour  faire  du  Sel  Saturne  ,  fe  ferviront  de  véritable  ce- 
nife  de  Venife  ,  &c  leurs  operations  en  feront  plus  parfaites.  Et  au  lieu 
de  prendre  de  la  cerufe  en  pain ,  ils  n’auront  qu’à  ufer  de  blanc  de  plomb 
broyé ,  ôc  s’en  fervir  à  toutes  fortes  d’ufages  j  mais  ce  qu’il  y  a  à  remarquer 
cft  qu’il  ne  faut  pas  acheter  ce  blanc  de  plomb  broyé  que  d’honnêtes  Mar¬ 
chands  ,  en  cc  qu’il  n  y  a  que  ceux  qui  l’ont  broyé  qui  en  puilTent  répondre  ; 
neanmoins  le  véritable  blanc  de  plomb  broyé  eft  extrêmement  blanc,  doux,  tendre 
&  fryablc. 

!l  cft  à  remarquer  que  les  Hollandois  pour  faire  leur  cerufe  ne  fe  fervent 
que  de  la  pouflierc  qui  fe  fait  en  -  brifant  le  blanc  de  plomb  ,  &  comme  cette 
poufflere  ne  pourroit  pas  fuffire  à  une  fi  grande  quantité  de  cerufe  qui  fc  con- 
fomme  tant  en  france  que  dans  les  pays  étrangers  ,  &  qu’ils  ne  la  pourroient 
point  établir  à  fi  bon  marché  ,  ils  y  mêlent  une  cfpcce  de  marne  ou  craye 
blanche.  A  l’égard  de  celle  qui  vient  d’Angleterre,  elle  eft  encore  pire  que  celle 
d’Hollande,  parce  qu’il  y  mêlent  plus  de  ce  blanc  &  qu’il  n’cft  pas  fi  beau.  Ceux 
qui  broyé  le  blanc  de  plomb  pour  en  faire  de  la  Cerufe  ont  des  moulins  à  l’eau, 
&  enfuite  avec  de  l’eau  il  en  font  une  pâte  qu’ils  mettent  dans  des  petits  moules 
pour  la  former  en  pain ,  laquelle  pour  être  de  la  qualité  requifc  ,  doit  être  ex¬ 
trêmement  blanche  ,  douce  ,  fryable  ,  &  feche  ,  &  la  moins  brifée  &  remplie 
de  menu  qu’il  fera  pollible  ,  furtout  quand  c’eft  pour  vendre  on  doit  rejetter 
celle  qui  n’a  point  de  corps ,  &  qui  eft  li  tendre  qu’en  la  maniant  elle  s’écrafe  j 
ce  qui  ne  provient  que  d’avoir  été  enfermée  avant  que  d’avoir  été  bien  fechéc , 
ou  avoir  fouffert  de  l’humidité. 


Chaax 

plomb. 


III.  Punie. 


T 


46 


Hifloire  generale 


Molibdxna 


CHAPITRE  LXXIV. 

Hu  Sandix. 

Le  Sandix  cft  de  laCeifufc  rougic  doucement  aù  feu  5  mais  comme  ce  Sandix 
ou  Cerufe  rougic  eft  peu  en  ufageence  que  ce  ne  peut  être  qu  un  Mïnmm^ 
c  eft  pour  ce  fujet  que  l’on  ne  s’en  fort  que  très -peu.  Quelques  modernes  ont 
écrit  que  la  mine  de  plomb  rouge  étok  faite  de  Cerufe  rougie  au  feu  ;  mais  com¬ 
me  il  n’y  a  rien  de  plus  faux ,  &  que  ce  font  des  gens  qui  ont  écrit  fur  des  ouy 
dire,  comme  il  eft  facile  de  le  prouver,  puifque  la  Cerufe  vient  d’Hollande 
la  mine  de  plomb  vient  d’Angleterre  j  &  de  plus ,  c’eft  que  la  Cerufe  eft  toûjours 
plus  chere  que  la  mine  de  plomb. 


CHAPITRE  LXXV. 

Des  Majficots. 

O  us  faifons  venir  d’Hollande  de  trois  fortes  de  Mafllcots  j  fçavoir ,  le  blanc> 
ie  jaunes  le  doré.  Ces  differentes  couleurs  ne  proviennent  que  fuivant  les 
degrez  du  feu  que  l’on  a  donné  au  menu  du  blanc  de  plomb,  dont  on  fe  fert 
pour  faire  les  Maflicors ,  quoyque  l’on  appelle  le  premier  Maflicot ,  c’eft  à  dire 
celuy  qui  a  fouffert  moins  de  feu  ,  Maflicot  blanc  s  il  ne  s’enfuit  pas  pour  cela 
qu’il foit  de  couleur  blanche,  mais  bien  d’un  blanc  jaunâtre.  Le  deuxième  eft  le 
jaune,  qui  a-fouffert  plus  de  feu  que  le  premier.  Le  troifiéme  eft  le  doré,  qui  a  eu 
plus  de  feu  que  le  jaune.  Ünpourroit  faire  un  quatrième  Maflicot  en  le  calci¬ 
nant  jufqu’à  ce  qu’il  devint  rouge,  qui  feroit  un  véritable  Sandix  ou  Cerufe  ru- 
bific,  ou  vermillon  commun.  Al’égard  du  choix  des  Mafllcots  ils  doivent  être 
pefant  en  poudre  impalpable  &  haut  en  couleur,  fuivant  le  nom  qu’il  porte  U 
véritables  Mafllcots.  Pour  ce  faire  il  faut  s’attacher  à  d’honnetes  Marchands. 

Les  Maflicots  n’ont  autre  ufage  que  pour  la  peinture. 


chapitre  lxxvi. 


De  la  Litarge  naturelle. 


La  Litarge  naturelle  à  qui  les  anciens  ont  donné  le  nom  de  Molibdæna  j  eit- 
uneefpecede  métallique  ou  minerai  par  écaille  de  l’épaifleur&  de  la  figure 
du  blanc  de  plomb,  d’une  couleur  rougeâtre,  facile  â  caffer  qui  fe  trouvent  dans  les 
mines  de  plomb ,  mais  comme  cette  Litarge  n’cft  connue  que  de  très  peu  de  per- 
fonnes ,  &  quelle  cft  fort  rare  â  trouver  ,  c’eft  le  fujet  pourquoy  l’on  ne  fc  ferc 
de  la  Litarge  artificielle ,  comme  il  fc  verra  au  Chapitre  fuivant. 


des  Drogues ,  Livre  Premier 


47 


CHAPITRE  LXXVII. 

Delà.  Litarge  artificielle. 

ON  appelle  mal  à  propos  laLitarge  que  nous  vendons ,  Litarge  d’or 

gent ,  en  ce  que  les  anciens  &  même  les  modernes  ont  prétendu  que  cette 
Litargc  avoiffervi  à  purifier  l’or  &  l’argent ,  ce  qui  eft  bien  éloigné  de  la  raifonj 
püifque  toute  laLitarge  que  nous  tirons  de  Pologne,  d*Angletcrre,ou  d’autres  en¬ 
droits  ,  comme  d’Allemagne ,  de  Suede  &  de  DannemarK ,  eft  le  plomb  qui  a  fervi 
à  purifier  le  Cuivre  fortant  de  la  ininepourlc  mettre  en  rofette  j  je  ne  difcon- 
viens  neanmoins  pas  que  ceux  qui  purifient  l’or  &  l’argent ,  ne  puifTcnt  faire  de 
la  Litarge  \  mais  cette  Litarge  n’eft  nullement  vendue ,  en  ce  que  les  Monnoyeurs 
la  refondent  &  la  remettent  en  plomb  pour  s’eii  feWir  de  nouveau ,  &  pour  en 
retirer  fi  peu  d’or  ou  d’argent  qu’il  pourroit  y  avoir  refté.  On  fera  donc  defabufe 
de  croire  que  nôtre  Litarge  aye  fervi  à  purifier  l’or  &  l’argent ,  ainfi  ne  doit  plus 
être  appellée  Litarge  d’or  ou  d’argent ,  mais  doit  porté  feulement  le  nom  de  Li¬ 
targe.  On  doit  être  aufli  defabufé  de  croire  comme  quelques  modernes  ont 
écrit ,  que  la  Litarge  eft  la  fumée  du  plomb  évaporée  dans  l’affinement  de  l’or 
de  l’argent ,  &  que  c  eft  comme  une  fu)^  qui  s’attache  à  la  cheminée  du  four¬ 
neau,  non  plus  qu’à  quantité  d’autres  Hiftoires  fabuleufes  ,  donc  les  Livres  qui 
ont  traité  desLitarges  4ont  remplis.  On  fera  encore  defabufé  de  croire  qu’il  y 
ait  de  la  différence  entre  la  Litarge  qui  eft  d’une  couleur  jaune  rougeâtre ,  à  celle 
qui  eft  plus  blanche,  ces  differentes  couleurs  ne  provenant  que  fuivant  la  vio¬ 
lence  du  feu  que  le  plomb  à  fouffert  dans  fa  fonte. 

On  doit  choifir  la  Litarge  haute  en  couleur ,  véritable  Dantzic ,  étant  beaucoup 
plus  belle  que  celle  qui  vient  d’Angleterre ,  en  ce  quelle  eft  bien  moins  terreufe 
^  eft  d’une  plus  belle  couleur.  On  doit  preferer  aufli  celle  qui  eft  menue  à  la 
groffe,  en  ce  qu’elle  eft  plus  calcinée  &  eft  d’une  couleur  plus  vive  ,  ainfi  plus 
propre  &  plus  facile  à  difloudre  dans  les  liqueurs  ondueufes  dans  lefquelles  on 
employé  ordinairement  la  Litarge. 

Cette  marchandiffc  a  beaucoup  d’ufage  en  France  ,  tant  àcaufe  que  l’on  f  em¬ 
ployé  afléz  en  Médecine ,  étant  la  bazeoupour  mieux  dire  le  corps  de  la  plul- 
part  des  emplâtres  ,&  d’une  bonne  partie  des  onguents.  Les  potiers  déterre  eii 
employent  quantité  pour  donner  à  leur  poterie.  Ce  verni  de  couleur  de  bronze, 
les  Teinturiers,  les  Pelletiers,  les  Peintres ,  les  faifeurs  de  toile  cirée  s’en  fervent 
aufli ,  &  cette  drogue  eft  devenue  fi  en  ufage  qu’il  y  a  jufqu’aux  Cabaretiers  qui 
s’en  fervent,  quoyqucaffez  mal  à  propos,  puifque  la  Litarge  eft  un  poifon,  ainfi 
que  quantité  d’Auteurs  l’onllfort  bien  reniarqué  ,  ce  qui  n’eft  pas  fort  difficile 
à  croire ,  puifque  l’experience  &  la  raifon  nous  font  voir  que  nos  Litarges  no 
'font  que  du  plomb  mélange  de  la  craffe  &:des  ordures  de  cuivre. 


Il l.  Partie, 


V  ÿ 


48 


Hifloire  generale 


CHAPITRE  LXXVIII. 

D«  Sel  Saturne. 

Le  Sel  ou  Sucre  de  Saturne,  ell  du  blanc  de  plomb  &:  de  la  véritable  Cerule 
^de  Venife,&  du  vinaigre  diftillé  infufe  enfemble,  &  enfuitc  filtré  &  éva¬ 
poré  ,  &  réduit  en  une  mafi'e  legere  ,  blanche  &  par  éguillc ,  &  d’un  goût  doux 
&  fucré  ,  neanmoins  aflez  defagreable.  La  plufpart  de  ceux  qui  font  du  Sel  Sa¬ 
turne,  fe  fer^critdela  Cerufe  d’Hollande  telle  que  nous  la  vendons  ,  c’eft  ce 
qui  fait  qu’ils  ne  peuvent  établir  du  Sel  Saturne  à  fi  bon  marché  que  ceux  qui  fc 
fervent  du  blanc  de  plomb  ou  de  la  cerufe  de  Venife,en  ce  que  la  cerufe  d’Hollande 
comme  j’ay  dit  cy-devant ,  n’eft  prefque  que  de  la  crayequi  ne  rend  aucun  Sel, 
aufli-bien  que  ceux  qui  fe  fervent  du  plomb  en  poudre  ,  du  Minium  ou  de  la 
Litarge,  en  ce  que  ces  trois  dernieres  préparations  étant  moins  ouvertes  que  le 
blanc  de  plomb  ou  la  cerufe,  ils  ne  peuvent  rendre  tant  de  fel. 

On  doit  choifir  le  Sel  Saturne  du  goût  cy-delîus,  blanc  &  en  petites'  éguilles 
brillantes  ,  le  plus  leger  qu’il  fera  poflible ,  éc  qu’en  en  diffolvant  dans  de  bonne 
eau  de  plantin  ,il  la  faite  devenir  comme  du  petit  lait ,  &  cette  expérience  peut 
fervir  àdeux  ufages,  qui  eft  de  fi^avoir  fi  le  Sel  Saturne  eft  de  la  qualité  rcquife, 
Â:  fl  l’eau  de  plantin  eft  véritable. 

L’ufage  du  Sel  Saturne  eft  pour  rafraichir  étant  pris  taiTt  intérieurement  qu’ex- 
terieurement ,  c’eft  pourquoy  on  l’eftime  fort  propre  pour  arrêter  le  cours  de 
ventre,  &mêmc  pour  guérir  les  maux  de  gorge  pris  dans  de  l’eau  de  plantin  ou 
de  trainafle ,  depuis  deux  grains  jufqu’à  quatre. 

La  plufpart  de  ceux  qui  font  le  Sel  Saturne  le  rendent  pefant  &  grifatre ,  ce  qui  ne 
vient  que  de  n’avoir  pas  été  alTez  purifié  ou  de  n’avoir  été  fait  avec  du  bon  vinaigre; 
car  ce  Sel  popr  être  beau  ôc  leger, doit  avoir  été  purifié  au  moins  quatre  fois,&  pour 
ce  faire  on  fc  doit  fervir  d’eau  commune  &:  de  vinaigre  diftillé,ainfi  que  l’a  fort  bien 
remarqué  M.Lemery.  Je  ne  m’arréteray  point  à  décider  icy  fi  ce  que  nous  ap¬ 
pelions  Sel  Saturne  eft  un  véritable  fel  de  plomb,  je  diray  feulement  que  l’expe- 
rience  nous  fait  voir  que  ce  n’eft  qu’un  fel  de  vinaigre  emprint  des  qualitez  du 
plomb ,  ce  qui  le  rend  d’un  goût  doux  &  fucré ,  pour  dire  que  ce  même  Auteur 
en  a  fait  une  dilTertation  jufte  ou  le  Ledteur  pourra  avoir  recours. 


CHAPI  T  RE  LXXIX. 

•  ♦ 

Du  Beaume  ou  Huile  de  Saturne, 

ON  appelle  Beaume  ou  Huile  de  plomb ,  un  Sel  Saturne  dilToud  dans  l’huilc 
de  therebentine.  D’autres  fe  contentent  de  mettre  du  Sel  Saturne  à  la  cave 
pour  le  mettre  en  liqueur.  Ce  premier  Beaume  ou  Huile  de  Saturne,,  doit  être  pré¬ 
féré  au  fécond ,  en  ce  qu’il  eft  plus  propre  à  netoyer  &  ficatrifer  les  ulcères , 
parce  qu’il  rclifte  plus  à  la  pourriture. 

D’autres  font  une  Huile  de  plomb  en  tirant  l’efprit  ardent  de  Saturne  qui  fe 
fait  en  rcmplilfantles  deux  tiers  d’une  cornu'd  de  Sel  Saturne  ,  &  par  le  moyen 


des  Drogues ,  Livre  I.  49 

du  feu  ils  en  tirent  un  efprit  qui  prend  feu  comme  1  eau  de  vie  j  mais  comme 
cette  huile  n  eft  pas  lî  violente  que  celle  <][ui  cft  faite  avec  l’huile  de  thereben- 
tine ,  l’on  s’en  fert  pour  nettoyer  les  yeux ,  furtout  des  chevaux  ou  autres  ani^ 
maux.  L’Efprit  de  Saturne  cft  un  remède  excellent  pour  rcûfter  à  la  putrefadion  ^ 

des  humeurs.  Satume, 


CHAPITRE  LXXX. 

Du  Magifier  de  Saturne. 

Le  Magifter  de  Saturne  eft  du  Sel  Saturne  delà  qualité  requife  ,  diftbud  dans  dû 
vinaigre,  diftillé  ,  mélangé  d’eau  commune,  &  par  le  moycai  de  l’huile  de 
tartre  par  défaillance ,  on  en  retire  une  poudre  très  blanche ,  qui  apres  avoir  été 
lavée  &:feichée,  cft  fort  propre  pour  guérir  des  «dartres ,  étant  mélangé  dans 
quelque  pomade  j  on  fe  peut  îervir  de  l’imprégnation  de  Saturne ,  c’eft  à  dire  le 
vinaigre  &  l’eau  dans  lefquelles'-i’on  a  difloud  du  Sel  Saturne  comme  de  lait  vir¬ 
ginal  ,  non  pas  pur ,  mais  en  verfant  quelque  goûte  dans  de  l’eau  ,  tant  pour  la 
faire  devenir  blanche  que  parce  que  cette  eau  blanc*hie  a  la  propriété  d’appai- 
fer  les  inflamations ,  &  de  guérir  les  bourgeons  qui  viennent  au  vifage.  Quoyquc 
le  Magifter  de  Saturne  foit  une  poudre  extrêmement  blanche,  on  ne  doit  jamais 
s’en  fervir  aulïi-bien  que  des  autres  blancs  tirez  des  métaux ,  en  ce  qu’au  lieu 
de  blanchir  la  chair  ils  la  noircifl'ent. 


CHAPITRE  LXXXI. 

Du  Vinaigre  de  faturne, 

Le  Vinaigre  de  plomb  ou  de  Saturne,  eft  un  vinaigre  diftillé,  mis  en  digef- 
don  fur  de  la  ccrufe  &  autres  préparations  de  plomb ,  duquel  on  fe  peut  fer¬ 
vir  pour  la  guerifon  des  dartres ,  ou  bien  pour  incorporer  avec  de  l’huile  rozar 
pour  en  faire  une  cfpeee  d’onguent  que  nous  appelions  beuirc  de  faturne^  Beurre  da 


CHAPITRE  LXXXII. 

Du  Zinc  naturel  ou  minerai,  . 

IL  n’en  eft  pas  du  Zinc  comme  de  l’étain  de  glace,  en  ce  qu’il  cft  probable, 

&  que  c’eft  une  chofe  feure  qu’il  y  a  du  Zinc  naturel ,  qui  eft  ce  que  les  Aile- 
mans  appellent  ficrfarrr,  &  les  Flamands  Speauter.  Ce  Zinc  minerai  fe  trouve 
en  grande  quantité  dans  les  mines  de  GolTelar  en  Saxe ,  d’où  nous  vient  la  coni- 
profe  d’Allemagne.  Ce  Zinc  eft  prefentement  aftez  rare  en  France  ,  ceft  pour- 
quoy  il  eft  fort  recherché  de  quelques  particuliers. 

Ce  métail  cft  une  maniéré  de  plomb  minerai ,  à  la  referve  qu  il  cft  plus  dur ,  • 
plus  blaijc  &  plus  brillant.  Q^lqucs  perfonnes  m’ont  voulu  alfurer  que  ce  Ziuc 

•  '  V  lij 


50  Hiftoire  generale 

en  gros  pains  quan'é  épais  que  nous  vendons ,  eft  du  Zinc  minerai  fondu  ,  & 
après  avoir  été  purifié  elt  jette  dans  de%raoules  de  la  maniéré  que  nous  le  voyons; 
ce  que  je  pourrois  croire  facilement,  m’ayant  été  impoflible  de  pouvoir  faire  du 
Zinc  avec  duplomb.,dcrarfenic,du  tartre  &  du  falpêtre  ,  ainfi  que  le  marque 
M.  Charas.  Qimy  qu’il  en  foit ,  le  Zinc  que  quelques-uns  ont  appellé ,  fort  mal 
à  propos ,  Antimoine  femelle,  doit  être  blanc,  en  belles  écailles ,  le  moins  aigre 
ôc  le  plus  difficile  à  caifer  qui  fe  pourra  ;  car  plus  il  a  fouffert  le  feu  &plus  les 
écailles  en  font  belles  &  larges,plus  il  eft  cftimcz  des  Ouvriers  qui  l’cmployent,  fur- 
tout  des  Fondeurs.Ce  qui  le  pourra  connoître  facilement  parles  petites  étoiles  qui 
paroiflent  principalement  fur  celuy  qui  a  été  refondu  &  mis  en  petites  barres 
ou  Lingots. 

Le  Zinc  eft  prefentement  fort  en  ufage  depuis  que  le  Potiers  d’Etain  ont  re¬ 
connu  qu’il  étoit  plus  propre  à  décrafer  leurs  étains  que  les  limeures  d’épingle  ôi 
lapoix  refinc.  O’cft  tin  abus  de  croire  que  le  Zinc  que  l’on  met  dans  1  étain  foie 
pour  en  augmenter  le  poid  ;  car  fur  une  fonte  de  cinq  à  fix  cens  livres  d’étain ,  il 
n’y  mettent  pas  une  livre  Zinc.,  &  c’ eft  une  chofe  admirable  que  ce  Zinc  ait  la 
qualité  de  decrafer&  blanchir  l’étain,  &  agir  comme  le  plomb  fur  l’or,  fur  l’ar¬ 
gent  &  fur  le  cuivre.  Le  Zinc  fert  aux  Fondeurs  &  à  ceux  qui  font  la  foudu- 
re ,  mais  il  faut  bien  prendre  garde  qu’il  foit  de  la  bonne  qualité ,  car  autrement 
il  gâteroittout.  LcZinc  fert  aufli  à  rendre  le  cuivre  de  couleur  d’or  ,  principale¬ 
ment  quand  on  y  a  mêlé  du  Terra  mérita  ,  &  agit  fur  le  cuivre  comme  l’ar- 
fenic  fait  fur  le  cuivre  pour  le  rendre  d’une  couleur  d’argent  ;  la  calamine  pour 
du  cuivre  rouge  en  faire  du  jaune  ;  fiinalemcnt  du  vitriol  d’FFongrie  pour  rendre 
le  fer  en  couleur  de  cuivre,  ainû  que  le  marque  l’Hiftoire  de  la  Société  de  Lon¬ 
dres  à  la  page  345?.  ' 


des  Drogues ,  Livre  fécond.  5 1 


HISTOIRE 

generale 

DES  DROGUES 


LIVRE  SECOND. 

Des  Minéraux. 

PREFACE- 

N  enttnà  par  minerai  tout  ce  qui  tient  quelque  chofe  des  mines  »  ou  qui  croit 
dans  les  ruines  •,  ou  qui  a  pajj'é  par  les  mines. 

i  On  prétend  que  les  Minéraux  [oient  des  corps  fixes  ^  folides  »  engendre':^^ 

- des  exhalaifons  ^  vapeurs  enclofes  dans  les  entrailles  de  la  terre  >  de  même 

aue  les  Meteores  dans  les  Régions  de  Pair.  Et  d'autres  que  ce  [oit  un  corps  [oible  que 
fon  trouve  dans  U  terre»  qui  s'engendrent  par  une  coagulation ^  s'augmentent  par 
me  addition  extérieure  de  parties  fenfthles,  qui  fort  fouvent  efi  U  matière  dont  avec 
le  temps  fe  forme  le  metail  j  ainfi  je  comprendray  fous  le  nom  de  Minerai  tout  ce  qui  par.: 
ticipe  du  metail  »  ^  qui  ne  di^ere  qu'en  ce  qu'il  ne  peut  fouffirir  le  marteau  ^  CP"  en  cè 
quilyen  a  qui  ne  peuvent  fe  fondre ,  comme  Payman  ^  autres  femblablei  ,pour  com.. 
mencerpar  PJntimoine ,  qui  efi  celuy  qui  approche  le  plus  du  metail ,  &  qui  nen  différé 
que  parce  quil  nefi  pas  duéîtlle. 

M.  de  Furttiere  dit  que  P  Antimoine  efi  un  Minerai  qui  approche  de  la  nature  des 
Métaux ,  &  quelques-uns  croyent  en  contenir  tous  les  principes  ,  parce  qu'il  fe  trouve 
prés  des  mines  des.  uns  ^  des  autres  ,  (ÿ*  furtout  dans  celle  d'argent  de  plomb  , 
qu'il  efi  compoféd'un  double  foufre  minerai ,  l’un  métallique  a,pprochant  de  la  pureté  ^  de 
îa  couleur  de  celuy  de  l'or  ;  ^  l'autre  terre fire  0*  combufiible  ,  femblable  prefque  au  foufre 
commun»  d’un  mercure  fuüigineux  &  mal  digéré  participant  de  la  nature  du  plomb  ,  ^ 
(Pun  peu  defel  terreflre.  Il  dit  aujfi qu'avant  le  doU':fiême  Siecle  l'Antimoine  nefioit  connu 
que  pour  entrer  dans  la  compofition  du  fard  ;  mais  en  ce  temps,  là  un  CMoine  nommé 
Bafile  Valentin ,  fit  un  Livre  intir«/eCurrus  Antimonii  Triumphalis  ,  oit  H  foütint 
o^e  c'émt  un  remede  à  toutes  fortes  de  maux.  T/ois  cens  ans  après  H^aracelle  le 


Antimoine 
de  Siam. 


52  Hiftoire  generale 

mit  en  'vogue  »  mais  on  en  condamna  Nfagepar  Jrrejî  du  Parlement  de  l'an  ijéé.  auquel 
fin  Médecin  nommé  ’Befnier  ayant  contrevenu  en  l6op.  fut  exclu  de  la  J^aculté, 
L'i^ntimoine  fut  reçu  par  autorité  puhlie^ue  au  nombre  des  remedes  pnrgatifs  en  i6^y.0* 
en  l’an  l6çq.  on  cajfa  l'Arref  de  iç66.  la  Faculté  le  ft  mettre  au  rang  des  remedes  purga¬ 
tifs  dans  l’Antidotaire  imprimé  par  fon  ordre  en  l6^"j.fuivant  l’opinion  de  Mathioles  & 
enfin  elle  a  fait  donner  un  t^rrejî  du  xp.  Mars  i66S.  qui  a  donné  permijfion  aux  Doc¬ 
teurs  de  Medecine  de  s’enfervir*  avec  défenfes  aux  autres  per fonne s  d’en  employer  que 
par  leurs  avis.  Ce  mot  d' Antimoine  vient  félon  quelquuns  de  ce  qu’un  Moine  Alle¬ 
mand  y  ejl  ce  mefme  Valentin  qui  cherchoitla  Pierre  Philofophale  ,  ayant  jette  aux  Pour¬ 
ceaux  de  l’tyintimoine  dont  il  Je  fervoit  pour  avancer  la  fonte  des  Métaux  >  reconnut  que 
les  Pourceaux  qui  en  avoient  mangé  ,  apres  en  avoir  efié purge^  tres-violemment  >  en 
€  fiaient  devenu  bien  plus  gras",  ce  qui  luy  fitpenfer  quen  purgeant  de  la  mefme  forte  fs 
Conférés  ils  s’en  porteraient  beaucoup  mieux  ,  mais  cet  ejfay  luy  reujfit  fi  mal  qu’ils  en 
moururent  tous.  Cela  fut  caufe  que  l’on  appella  ce  Jl/Jineral  xyintimoine  y  comme  qui 
dirait  contraire  aux  Moines. 

L'Antimoine  tel  qu’il  fe  tire  de  fa  mine  efi  en  pierres  de  differentes  grojfeurs  ,  affcT^  ap¬ 
prochant  en  figure  au  plomb  minerai ,  à  la  referve  qu’il  efi  plus  leger  plus  dur ,  ^  à 
cauf  de  cette  reffemblance  quelques-uns  l’appellent  Plomb  noir  ou  Mafcafite  de  plomb  ; 
d’autres  loup  ou  Saturne  des  Phtlofophes  iparce  qu’il  dévoré  les  autres  Métaux  ,  &  les 
confomme  tous  à  la  referve  de  l’or  j  il  l’appelle  aujfi  Prothée  à  caufe  de  la  diverfité  des 
couleurs  qu’il  prend  par  le  moyen  du  feu  ;  mais  fon  nom  vulgaire  efi  Antimoine  Minerait 
des  plus  habiles  t^ntimoines  crud  >  puifquil  n’a  jamais  foufrt  lefu. 


CHAPITRE  1. 

De  ï Antimoine  minerai. 


Autrefois  la  Hongrie  étoitle  fcul  endroit  où  il  fe  trouvoit-des  Minières 
d’ Antimoine,  mais  prefentement  il  ne  nous  en  vient  plus  depuis  qu’on  d 
trouvé  des  mines  d’antimoine  en  France.  Le  meilleur  &  le  plus  bel  Antimoine 
cft  ccluy  des  Minières  de  Poitou  &  de  la  Bretagne. 

L’Antimoine  minerai  fe  rencontre  quelquefois  net  quelquefois  rempli  de  ro¬ 
ches,  que  les  Mineraliftes  appellent  la  Gangue,  il  y  en  a  qui  cft  tout  garny  d’é- 
guillcs  ,  d’autres  aufti  tout  mat  d’un  noir  grifatre.  Cet  Antimoine  eft  fort  peu 
en  ufage  dans  la  Medecine ,  à  moins  qu’il  n’ayc  été  fondu  ,  comme  il  fe  verra 
cy-aprés.  Les  Alchimiftes  s’en  fervent  pour  leurs  préparations  particulières. 

Onchoifira  l’Antimoine  minerai  bien  pur,  c’eft  à  dire  le  moins  rcmply  déro¬ 
chés  que  faire  ce  pourra ,  il  n’importe  d'ou  vienne  l’Antimoine  minerai ,  pour- 
veu  qu’il  foit  net  i  quoy  qu’il  y  en  a  qui  prétendent  que  ccluy  d’Auvergne  foit 
beaucoup  plus  rempli  de  Ibufre. 

Les  Gens  de  la  fuite  des  Ambafladeurs  de  Siam  ont  apporte  quantité  d’ An¬ 
timoine  Minerai,  mais  fon  ufage  n’cft  pas  encore  connu.  Cet  Antimoine  cft 
blanc  &  par  petites  éguillcs  ,  &  autant  que  jç  l’ay  pû  connoître  fort  propre 
pour  employer  aux  mêmes  ufages  que  l’Antimoine  Minerai  de  France.  Pour  ce 
<5ui  eft  de  l’Antimoine  de  Hongrie  je  n’en  diray  rien ,  en  ce  que  je  n'en  ay  ja¬ 
mais  vcu. 

De 


des  Drogues  ^  Livre  Second. 


Si 


CHAPITRE  II. 

Dâ  r  Antimoine  fondu. 

L^Antimoine  fondu»  que  nous  appelions  mal- a-propos  Antimoine 
crud ,  puifqu’il  a  foufferc  le  feu  pour  le  rendre  en  pain  &  en  éeuillcs ,  de  la 
maniéré  que  nous  le  voyons.  Pour  fondre  l’Antimoine  minerai  les  Mineraliftes 
ont  deux  pots  de  terre  dont  ils  en  rempliflent  und’Antimoine  minerai  en  pou¬ 
dre  ,  &  ayant  placé  le  pot  vuideau  milieu  d’un  grand  feu  ils  le  couvrent  d’une 
cfpece  d’écumoire  de  fer  fur  laquelle  ils  renverlcnt  le  pot  plein  de  poudre,  &: 
les  ayant  tous  deux  entourez  de  feu  ,  l’Antimoine  fc  fond  ,  pafle  au  travers  des 
trous,  &  tombent  dans  le  pot  de  deifous  qui  eft  vuide,&:  fc  forme  en  pain  tel 
que  l’on  nous  l’envoyc. 

L’cfpece  d’écumoire  ou  de  plaque  troiiéc  que  Ton  met  entre  les  deux  pots 
fertà  retenir  la  gangue  ou  roche  qui  fc  trouve  avec  l’Antimoine  minerai.  Lors 
que  1  Antimoine  eft  fondu  on  le  retire  du  feu,  &  après  être  refroidi  &:  avoir 
cafte  le  pot  qui  le  contient,  il  eft  envoyé  où  l’on  fouhaite. 

On  voyoit  autrefois  en  France  de  l’Antimoine  d’Hongrie  qui  étoit  en  pain  Antimoiné 
de  trois  à  quatre  livres  en  petites  éguillcs  cntrc-lacées  l’une  dans  l’autre,  d’une 
couleur  jaune  tirant  fur  le  doré  ,  fur  un  fond  blanc  comme  de  l’argent.  Cet  An¬ 
timoine  fc  trouve  dans  les  mines  des  montagnes  qui  dépendent  de  Preibouro-j 
ville  capitale  de  la  BaftTe  Hongrie,  où  il  eft  fondu  &  réduit  de  la  forme  &  fi¬ 
gure  qu’on  le  voyoit.  Cet  Antimoine  eft  devenu  ft  rare,  qu’il  eft  prcfquc  im- 
poftibled’cn  pouvoir  recouvrer.  Ceux  qui  ont  travaillé  fur  cet  Antimoine  m’ont 
aftTuré  qu’il  étoit  beaucoup  plus  propre  à  en  tirer  ce  que  nous  tirons  ordinaire¬ 
ment  des  Antimoines  de  France:  &  de  plus,  c’eft  qu’on  en  peut  tirer  de  chaque 
livre  deux  onces  de  Mercure  plus  beau  que  ccluy  d’Efpagne. 

Nous  avons  en  France  pluficurs  fortes  d’Antimoinc-,  qui  ne  different  que  fui- 
vant  que  les  gens  le  fçavent  bien  purifier ,  &  fondre:  Et  le  plus  parfait,  après  le 
Hongrie,  eft  ccluy  que  nous  faifons  venir  de  Saumur  en  Anjou ,  ou  il  eft  ap¬ 
porté  tout  fondu  du  Poitou. 

L’Antimoine  de  Poitou  doit  c^rc  en  belles  éguillcs,  droites,  longues,  larges ,  Antimoiniê 
blanches,  brillantes,  léger,  facile  à  cafter,  &  le  moins  rempli  d’une  cfpece  d’An- 
timoine  à  demi  fondu  qui  eft  comme  du  mafehefer,  &  qui  fc  trouve  au  deffus 
des  pains  en  manière  de  feories  que  l’on  appelle  Pied  ou  Tefted’Antimoine.  Cet¬ 
te  défcétuofité  ne  fe  trouve  guère  à  l’Antimoine  de  Poitou,  en  ce  qu’ils  le  fça¬ 
vent  fort  bien  fondre  :  Et  c’eft  de  cet  Antimoine  dont  on  doit  fc  fervir  pour 
toutes  les  Operations  qui  fc  trouveront  cy-aprés  décrites,  en  ce  qu’il  eft  moins  Antimoine 
foufreux ,  &  en  ce  qu’il  donne  beaucoup  plus  de  régulé  depuis  quelque  temps.  ' 

L’on  nous  envoyé  de  Bretagne  un  Antimoine  en  petites  éguillcs  fort  pures,  ^ 
tres-propres  aux  memes  ufages  que  ccluy  de  Poitou  j  mais  comme  il  n’cft  pas 
encore  fort  connu ,  on  s’en  tiendra  à  celuy  du  Poitou.  Le  troifiéme  eft  ccluy  Anrimoin» 
d’Auvergne,  qui  en  un  mot  n’cft  propre  à  rien ,  jufqu’à  ce  que  ceux  qui  le  tra- 
vaillent  ayent  appris  aie  bien  purifier  &  le  bien  fondre;  car  tout  l’Antinioinc 
qui  nous  vient  d’Auvergne  eft  extrêmement  dur,  rempli  de  feories  en  petites 
éguillcs,  d’un  jaune  bleuâtre,  qui  font  affez  connoître  qu’il  n’cft:  pas  â  moitié 
purifié ,  ni  privé  de  fon  fou  fre  puant  &  malin  \  cc  qui  caufe  beaucoup  de  peine 
â  ceux  qui  le  veulent  travailler, 


X 


Hiftoire  generale 

Outre  le  grand  nombre  de  rcmedes  Chimiques  que  l’on  tire  de  l’Antimoi¬ 
ne,  quantité  d’Ouvricrs  s’en  fervent  tant  pour  aider  à  fondre  les  métaux  ,  que 
pour  employer  a  en  tirer  le  régule  j  fur  tout  en  Angleterre, où  nous  en  envoyons 
de  grolTes  parties  pour  mettre  dans  Ictain,  afin  de  le  rendre  plus  dur  ,  plus 
blanc,  &  plus  fonant.  Je  diray  neanmoins  que  depuis  quelques  années  les  An- 
glois  ne  s’en  fervent  pas  tant,  en  ce  qu’au  lieu  de  régule  d  Antimoine  ils  fc  fer¬ 
vent  d  étain  de  glace.  Les  Fondeurs  en  Lettres  d’imprimerie  fe  fervent  d 'Anti¬ 
moine  ,  afin  de  rendre  le  plomb  plus  dur.  L’Antimoine  fondu  &  boüilli  dans  une 
tifanne  de  falcc  pareille,  efquinc,  &  gayac,&  un  remedealTurc  pour  guérir  les  ma¬ 
ladies  fccretccs  ;  £t  autant  que  cette  drogue  a  été  en  horreur  par  le  palTé,  au¬ 
tant  l’ufagcen  cil  commun  prefentement.  Pour  fe  fervir  de  l’Antimoine  on  le 
concalfe  par  petits  more  aux ,  ou  bien  on  le  réduit  en  poudre  groUIerc,  &  on 
la  met  dans  un  petit  linge  boüillir  avec  les  hutres  Drogues.  Quelques  perfonnes 
fc  fervent  de  1  Antimoine  en  poudre  pour  donner  à  leurs  chevaux,  au  lieu  de 
Foyc  d  Antimoine,  &  prétendent  qu’il  a  le  meme  effet. 

je  ne  m’arrêteray  point  à  vouloir  entrer  dans  la  difeution  defçavoir  s’il  y  a 
de  l’Antimoine  mâle  &c  femelle,  comme  la  plupart  des  Auteurs  le  difent,  que 
le  mâle  eft  plus  grofîicr ,  fablonncux  ,  écailleux  &  moins  pcfant,&  par  confe- 
quent  de  moindre  qualité  que  la  femelle ,  qui  eft  pefante ,  brillante,  &  plus  frya- 
blci  car  j’ay  bien  travaillé  &  vendu  de  l’Antimoine,  &  je  n’y  ay  jamais  reconnu 
autre  différence  finon  fa  purification  ,  &  que  lors  qu’il  eft  d’une  bonne  qualité 
il  peut  fervir  en  toutes  chofes  également  j  ainfî  il  ne  peut  y  en  avoir  de  deux 
fortes. 


CHAPITRE  II  I. 

Du  Requle  d  Antimoine. 

O 

IE  Régulé  d’ Antimoine  ordinaire, c’eft  adiré  fans  mars,  eft  de  l’Antimoi¬ 
ne  du  falpêtrcôe  du  tatre  fondu  enfemblc,&  jetté  dans  un  petit  mortier 
graiffé,  &  par  le  moyen  d’un  coup  de  marteau  on  en  fait  tomber  le  Régulé  au 
fond,  qui  pour  être  beau  doit  être  blanc  en  belles  écailles  tout-â-fait  fembla- 
ble  a  l’ctain  de  glace.  Si  ce  Régulé  n’eft  pas  beau  de  la  première  fois,  on  peut 
le  faire  refondre  &  le  purifier  avec  un  peu  de  falpétrc.  Plus  on  le  fera  fondre 
plus  il  diminuera,  plus  il  fera  beau. 

On  fe  fert  de  ce  Régulé  pour  faire  des  goblets,dcs  pillulcs,&  autres  opera¬ 
tions  de  Cbymic,  comme  il  fc  verra  cy-aprés. 


chapitre  IV. 

T)u  Régulé  d  Antimoine  avec  le  mars, 

T  E  Régulé  d’Antimoine  avec  le  mars  eft  de  l’Antimoine, du  faipcrre  &dcs 

J[ _ ^pointes  de  clouds  de  Maréchal,  ou  des  petits  clouds  fondus  enfcmblc,  & 

par  le  moyen  du  feu, en  y  procédant  de  la  meme  manière  qu  au  precedent, eft 
réduit  en  Régule. 

Ce  Régule  pour  être  beau  doit-être  comme  l’autre,  &  doit  avoir  de  plus  une 
étoile  au  deffus.  jc  ne  m’arreteray  pas  à  dire  tous  les  contes  que  les  Anciens 


des  Drogues,  Livre  Second.  sS 

ont  fait  aj^ujet  de  cet  étoile,  &  d’où  elle  provenoit  ;  mais  feulement  cju’cllc 
ne  provicnTque  fuivant  lesdcgrc  du  feu  que  le  Régule  a  foufferti  car  plus  il  a 
eu  de  feu ,  plus  l’étoile  eft  grande  &  belle. 

On  fe  fert  de  ces  Régules  p^pur  rendre  le  vin  purgatif,  ou  plutôt  émétique; 

&  on  fera  averti  de  jetter  Icsinois  ou  quatre  premiers  vins  que  l’on  aura  lailTc 
tremper  dans  les  goblets  ,  en  ce  qu’ils  pourroit  caufer  quelque  accident. 

Comme  la  plupart  de  ceux,  qu^  ont  befoin  de  goblets  de  Régule  ont  de  la 
peine  à  en  venir  à  bout,  iis  n’auront  qu’à  s'adrelTer  à  un  Fondeur, qui  leur  en  cobicts. 
fera  de  telle  grandeur  ôc  figure  qu’ils  fouhaiteront ,  &  à  fort  bon  marché ,  fans 
s’amufcràdcs  moules  que  plufieurs  particuliers  ont  qui  caufent  bien  de  la  pei¬ 
ne,  beaucoup  de  déchet,  &  fi  le  plus  fouvent  on  eft  obligé  d’y  renoncer  ,  ne 
pouvant  faire  CCS  goblets  fans  trou,  ou  autres  défauts.  On  pourra  aulfi  leur 
faire  faire  des  pilullcs  perpétuelles,  ou  bien  les  faire  foy  même  avec  des  mou¬ 
les  de  baies  de  moufquet,  étant  uncchofc  fort  facile  à  faire.  , 

Les  pilulles  fervent  à  faire  prendre  à  ceux  qui  ont  les  boyaux  noücz  ou  co-  p"" 
liques  de  Mifcrcrc,  &  on  les  lavent  lors  qu’ils  font  forties  du  corps  &  peuvent 
fervir  toujours ,  d’où  eft  venu  leurs  noms.  On  peut  les  mettre  infufer,  aufti-bien 
que  le  Régule,  dans  du  vin  pendant  douze  heures  à  froid ,  &:  l’on  prétend  que 
c’eft  une  bonne  mcdecinc  pour  les  gens  robuftes. 

chapitre  V. 

Du  Verre  d’ Ântimome, 

• 

Le  Verre  d’Antimoinc,ou  Antimoine  Vitré  eft  un  Antimoine  feparc  de  fes 
fouphres,  qui  font  un  poifon  mortel.  C’eft  pourquoy  on  le  doit  tra- 
r  fous  une  cheminée  pour  en  éviter  les  cxhalailons ,  &  enfuitc  eft  Vitri¬ 
fié  ou  fondu  en  huile  dans  un  creufet  &  jetté  fur  un  marbre  chaud  pour  le  ren¬ 
dre  de  la  manière  que  nous  le  voyons,  &  tel  qu’il  nous  vient  d’Hollande. 

C’eft  une  operation  que  je  ne  confcille  à  perfonne  de  faire,  tant  à  caufe  de  la 
grande  peine  qu’il  y  a  &  du  rifque,  que  parce  que  nous  ne  pouvons  l’établir 
fur  le  même  pied  que  les  Hdllandois. 

On  choifira  l’Antimoine  en  Verre,  plat,  d’un  beau  rouge  clair,  &  tranfpa- 
rent,  le  moins  rempli  de  menu,  &  de  morceaux  épais  noirs  &  gris,  qu’il 
fc  pourra.  On  m’a  dit  que  les  Hollandois  y  mcloicnt  moitié  ver  cafte  dans 
la  fonte  pour  le  décharger  de  fa  couleur  noire,  &  pour  le  rendre  d’une  aufti 
belle  couleur  que  nous  le  voyons  ;  ce  que  je  nefçay  pas.  Au  lieu  de  jetter  l’An¬ 
timoine  fur  un  marbre,  on  le  peut  jetter  dans  un  moule  de  Fondeur ,  &  on  en 
fera  des  goblets;  mais  ce  qui  ne  peut  être  que  pour  les  curieux,  n’ayant  pas  de 
dcmandc.On  fc  fcrtdcccVerred’Antimoine  pour  faire  vomir,  pris  depuis  deux 
jufqucs  à  fix  grains.  Les.  Apoticaircs  en  font  un  Sirop,  &  le  Vin  Emétique. 

chapitre  VL 

^  Du  F(^e  d Antimoine, 

Le  Foyc  d’Antimoine,  appcllé  mal  à  propos  Crocus  mctallorum  eft  de 
l’Antimoine  &du  Salpêtre  commun  incorporé  ou  mêle  cnfcmble,  &  par 

X  ij 


Toiidic  Ttnpe- 
liak. 


Ciociis  métal- 
lorum. 


j8  Hiftoire  generale 

le  moyen  d’un  charbon  allumé  cfl:  réduit  en  pierre  de  la  manicr||^uc  nous  le 
voyons. 

On  doit  choifir  ce  Foyc  d’Antimoinc  en  beaux  morceaux  luifans,  étoillez, 
unis,  tendre,  &  qu’étant  écralé  ou  pulverifé  la  poudre  en  foie  rougeâtre  d’u¬ 
ne  couleur  de  Safran  ;  ce  qui  luy  a  donné  le  nom  de  Safran  des  métaux  ,  Ôc  en 
morceaux  de  couleur  de  foyc,  d’où  cft  venu  fon  nom  de  Foye  d’Antimoine. 

Ce  Foyc  cfl:  un  remède  univcrfcl  pour  guérir  les  chevaux  de  pluficurs  ma¬ 
ladies,  mais  fur  tout  pour  les  purger  &  leur  donner  un  embon  point  pris  dans 
du  fon  moüillé  depuis  une  once  jufqu’â  deux  ,  ainfi  que  l’cnfcignc  le  Livre 
de  Monficur  de  Soylefcl  ou  Parfait  Marcfchal.  Il  efl:  quelque  peu  uflté  en 
Mcdecine-,  mais  la  petite  quantité  qui  s’en  ufc  ne  mérité  pas  d’en  parler.  Ce  qui 
cfl;  bien  contraire  pour  les  chevaux ,  en  ce  qui  s'en  coniume  une  très  grande 
quantité,  tant  fous  les  noms  cy  dcITus  que  fur  ccluy  de  Poudre  Impériale. 

Ceux  qui  voudront  faire  cette  operation ,  qui  paroît  la  plus  facile  du  mon¬ 
de,  efl:  neanmoins  tics  mal  aifée  â  y  bien  réülTir,  fur  tout  quand  on  n’a  pas  de 
bon  Antimoine  &  de  bon  Salpêtre  ou  qu’il  cfl:  rempli  de  Sel,  comme  il  n’ar¬ 
rive  que  trop  fouvent  i  c’efl:  pourquoy  avant  que  de  faire  cette  operation  on 
doit  faire  fechcr  fon  Salpêtre  &  fc  fcrvir  d’Antimoinc  de  Poitou ,  Si  non  pas 
d’Auvergne, tant  â  eau fe  qu’il  cft:  trop  rempli  de foufre  qu’à  caufe  qu’il  n’cft  pas 
aflTcz  purifié.  Et  lors  qu’il  aura  été  quelque  temps  expofé,  étant  mêlé  enfem- 
blc  à  l’air  ,  on  en  mettra  une  quantité  raifonnablc  dans  un  mortier  ou  marmite 
de  fer  placez  fous  une  cheminée,  &  ayant  mis  le  feu  il  fc  fera  un  grand  bruit, 
que  les  Chymiftes  appellent  Détonation}  Si  lorsqu’elle  ferapaffée  &  le  vaifteau 
refroidi,  on  le  feparera  de  fes  fcorics  ou  écumes  qui  feront  blanches,  &  le  fond 
fera  en  pierre,  de  la  manière  que  je  l’ay  décrit.  On  ne  doit  pas  fc  fervir  d’un, 
mortier  de  fonte  de  peur  qu’il  ne  calTc,  comme  il  arrive  quelquefois,  ny  avoir 
peur  du  feu;  au  contraire,  il  n’y  a  rien  qui  ramone  les  cheminées  comme  cette 
operation,  feulement  il  faut  mettre  une  toile  devant  la  cheminée  de  peur  de  la 
vapeur  s’en  aller  d’auprès:  &  non  pas  le  faire  dans  des  places  publiques,  Sc 
faire  mille  figures  j  c’eft  une  operation  bien  fantaftique;  car  j’ay  veu  avoir  une 
grofle  quantité  de  Salpêtre  &  Antimoine  mêlé,  &  préparé  cnfcmble  ,  en  faire 
une  venue  tres-belle,  ôc  reprendre  la  même  matière  &  faire  de  même  &  être 
beaucoup  moins  belle,  &  la  manquer  quelquefois  tout-â  fait  j  ce  qui  fera  que 
ceux  qui  en  auront  bcloin  en  poudre  prendront  garde  qu’elle  foit  d’un  beau  rou¬ 
ge,  &  que  ce  ne  foit  ce  qui  s’attache  au  haut  &  au  coté  du  vailFcau  qui  cft  en 
petites  écailles  minces  &  brune,  ou  qu’il  n’aye  pas  été  manqué;  ce  qui  caufe 
qu’il  y  en  a  qui  en  font  meilleur  marché  l’un  que  l’autre,  à  quoy  il  faut  bien 
prendre  garde. 

Ceux  qui  voudront  avoir  un  Safran  des  métaux  ou  Crocus  metallorum  pro¬ 
pres  pour  prendre  par  la  bouche,  le  feront  avec  égales  parties  d’Antimoinc  &  de 
Salpêtre  rafiné ,  Sc  après  l’avo^  fait  ils  le  feront  réduire  en  fine  poudre ,  &  le  lave¬ 
ront  par  pluficurs  rois  dans  de  l’eau  chaude,  tant  poiy:  en  ôter  ce  qui  pourroit 
ctrcrcftédefalpêtrc,qucpourlc  rendre  un  peu  plus  emetique.  Plus  on  le  vou¬ 
dra  emetique,^  plus  on  y  mettra  de  falpctrc.  Mais  il  fait  de  grofles  diminu- 
tions^ôc  revient  â  beaucoup  plus,  mais  c’eft  à  quoy  il  ne  faut  pfcndre  garde,  en 
ce  que  cette  marchandifc  vendue  par  petits  poids  comme  elle  fe  vend  paye  bien 
fes  frais ,  &  les  peines  que  l’on  fc  donne. 

On  donne  telle  couleur  â  la  Poudre  Impériale  ou  au  Foye  d’Antimoinc 
que  l’on  veut,  fuivant  les  préparations  &  le  falpêtreque  l’on  y  employé:  &  fi 
c’eft  du  commun,  il  fera  un  peu  plus  de  couleur  tannée  ou  de  Foye  qu’avec  le  ra- 


des  Drogues, Livre  Second.  yp 

fine  :  Et  fi  on  y  ajoute  le  fcl  décrépite,  c’efl:  à  dire  fechc  &  à  moitié  calciné  juf- 
eju’à  ce  qu’il  ne  pétillé  plus  ,  on  le  rendra  d’un  aflez  beau  rouge  tirant  à  celle  de 
l’Opale  &  de  figure  de  Marcachifte  ;  ce  qui  a  été  caufe  qu  on  luy  a  donné  le 
nom  de  Ma^nefîa  Opalina,  ou  de  Rubine  d’ Antimoine. 

Quelques-uns  fc  fervent  des  fcorics  blanches,  tant  pour  faire  prendre  aux 
chevaux  que  pour  en  tirer  par  le  moyen  de  l’eau  un  fcl  ou  falpctre  fixe,  qui  eft 
un  très  bon  remedepour  les  chevaux,  &  à  qui  ils  ont  donné  le  nom  de  Poli- 
crete,  ou  remede  general  ou  univerfel.  On  fe  lcrt  du  Crocus  metallorum  lavé 
&  non  lavé  pour  faire  le  Vin  Emétique,  qui  fe  fait  en  mettant  du  Crocus  me¬ 
tallorum  ou  du  Foye  d’antimoine  dans  du  vin  blanc,  le  lailTant  tremper  pen¬ 
dant  24  heures. 


CHAPITRE  VIL 

Du  Diaphoreti^tie  d' Antimoine, 

•T*  E  Diaphoretique  d’Antimoinc,  ou  Antimoine  Diaphorctique,  ou  Chaux 
j| _ yd’Antimoine,  eft  de  l’Antimoine  de  Poitou  &  du  falpctre  rafiné  incorpo¬ 

ré  enfcmble,  &  par  le  moyen  du  feu  &  de  l’eau  chaude  on  en  fait  une  poudre, 
qui  étant  prefque  feche  on  en  forme  de  petits  trochifqucs  que  l’on  fait  fcchcr 
bien  proprement,  &  on  les  garde  pour  le  befoin.  Ce  remede  eft  quelque  peu  en 
ufage  pour  guérir  les  fièvres  malines,c’eft  pourquoy  quelques  uns  l’ordonnent 
contre  la  pefteou  maladies  contagieufes  en  ce  qu’il  eft  fudorifique,  &  chafTc  le 
venin  au  dehors.  Il  y  a  quantité  de  perfonnes  qui  n’y  ajoutent  pas  grande  foy, 
en  ce  qu’ils  prétendent  qu’il  n’a  aucune  vertu,  n’étant  qu’une  efpecc  de  crayc; 
ce  que  je  ne  fçay  pas,  &  ce  que  je  laifle  aux  Médecins.  Comme  ces  Meilleurs  là 
avec  cette  penfée  luy  fubftituënt  des  chofes  que  d’honnetes  gens  auroient  de  la 
peine  à  s’imaginer, comme  du  blanc  de  feve,  de  la  cerufe,  &  autres  femblablcs 
àquoy  il  faut  bien  prendre  garde;  ce  qui  fera  qu’on  1  achètera  toujours  d’hon- 
nctes  gens  :  car  je  ne  fçachc  pas  aucune  épreuve  pour  le  connoître  ,  finon  que 
le  véritable  Antimoine  Diaphorctique  doit  être  extrêmement  blanc,  velouté, 
fryablc,  d’aucun  gouft  ni  odeur,  étant  tout-à  fait  infipide.  Quelques  habiles 
çens  m’ont  alTu ré  que  le  temps  faifoit  changer  de  qualité  à  l’Antimoine  Diapho¬ 
retique;  car  au  lieu  qu’il  eft  fudorifique  nouvellement  fait,  lors  qu’il  eft  vieux 
il  devient  vomitif;  ce  que  je  n’ay  pas  expérimenté  :  mais  quoy  qu’il  en  foit,  le 
plus  nouveau  fait  doit  être  toujours  préféré. 

On  pourroit  tirer  des  lotions  deux  fortes  de  fels ,  mais  le  peu  que  l’on  en 
pourroit  retirer  fait  que  je  ne  confcille  à  perfonne  de  s’y  amufer.  • 


chapitre  VIII. 

Des  Fleurs  dJ Antimoine, 

LEs  Fleurs  d’Antimoinc  ne  font  que  de  l’Antimoine  que  l’on  brûle  dans  des 
pots  mis  les  uns  fur  les  autres  qui  font  appeliez  Aludels ,  &  par  le  moyen 
du  feu  on  fait  monter  une  vapeur  qui  fc  trouve  dans  les  pots  en  poudre  blan¬ 
che  ,  &  que  l’on  ramafte  avec  la  barbe  d’une  plume.  Si  on  fc  fert  d’une  Cornue 
de  grez  au  lieu  d’Aludcls,  on  aura  des  fleurs  rouges. 

X  iij 


Rubine  d’An- 
timoiiic. 


Policrefte. 


Vin  Eméti¬ 
que. 


j8  Hiftoire  generale 

Les  Fleurs  d’Antimoine  font  eftimées  propre  contre  l’épilepfie  &  contre  les 
fièvre  intermitantes.  La  doze  eft  depuis  deux  grains  jufqua  fix,  àc  des  rouges 
depuis  deux  grains  jufqua  quatre,  en  ce  qu’elles  font  plus  vomitives  pris  dans 
quelque  conferve  ou  tablettes ,  ou  dans  du  boüillon.  Je  diray  en  paifant  que  de 
toutes  fortes  de  remèdes  Chymiques  on  ne  s’en  doit  fervir  que  par  l’avis  d’ha¬ 
biles  &  honnêtes  gens,&  ne  pas  s’attacher  â  un  nombre  de  Charlatans  qui  font 
mourir  plus  de  monde  qu’il  ne  s’en  tue  à  l’armée  :  car  autant  que  tous  les  remè¬ 
des  de  Chymie  font  doüez  de  bonnes  qualitez  crans  pris  en  temps  &  lieu  ,  au¬ 
tant  font-ils  pernicieux  quand  ils  font  pris  dans  un  temps  contraire,  &  mal- 
a-propos. 


CHAPITRE  IX. 

Du  beurre  Ù-  Cimbre  d' Antimoine. 

Le  Beurre  &  Cinabre  d’Antimoinc  fortent  des  mêmes  matières,  n’y  ayant 
que  les  degrez  du  feu  qui  en  font  la  différence.  Et  ce  n’cfl;  que  de  l’ Antimbi-  * 
ne  &  du  Sublimé  corrofif  mêle  enfemblc,  &  mis  dans  une  Cornue.  Le  pnemier 
qui  fort  efl  une  huile  claire  ,  &  le  fécond  eft  une  huile  cpaifTc  comme  de  la  cire, 
qui  étant  bien  travaillée  eft  comme  du  candy  blanc  i  &  le  troifi.cme  qui  efl; 
venu  à  force  de  feu  ,  eft  une  matière  rougeâtre  en  petites  éguilles  aflez  appro¬ 
chant  en  figure  au  cinabre  minerai ,  d’où  eft  venu  foii  nom. 

Ce  Beurre  d’Antimoinc  eft  un  fort  cauftique  ,  mais  fbn  principal  ufage  eft 
pour  faire  la  poudre  angélique,  comme  il  fc  verra  cy-aprés  ,  &  le  Cinabre  eft 
fudorifique  ;  c’eft  pourquoy  on  l’ordonne  dans  la  veroic  du  depuis  fix  grains  juf- 
qu’à  quinze. 

On  doit  choifir  le  beurre  d’Antimoinc  bien  blanc,  &  tout-â-fait  fcmblable 
au  fucrc  candy  blanc  &  le  moins  liquéfié ,  c’eft  â  dire  le  plus  fec  qu’il  fera  poftl- 
blc,&  le  tenir  dans  une  bouteille  bien  bouchée. 

Le  Cinabre  fera  choifi  en  beaux  morceaux,  le  plus  cguillé  &  rouge  qu’il  fc 
pourra,  ôc  rejetter  celuy  qui  eft  noiraftre. 


CHAPITRE  X. 

De  D  Poudre  ^karot  ou  PMercure  de  vie, 

O 

La  Poudre  Algarot  ou  Emétique  ou  angélique,  eft  une  poudre  blanche  fai¬ 
te  avec  le  beurre  d’Antimpinc  liquifiez  &  jettez  dans  de  l’eau  tiedç ,  lave  par 
plulicurs  fois ,  fcchc  &  mis  dans  une  phiolc ,  &  gardé  pour  le  befoin.  _ 

Cette  poudre  eft  un  tres-bon  purgatif,  la  doze  eft  depuis  z  grains  jufqu’â  8 
dans  du  boüillon,  ou  autres  liqueurs,  cette  poudre  doit  eftrc  bien  blanche,  & 
faite  aucc  l’huile  glaciale  ou  beurre  d  Antimoine,  c’eft  adiré  celuy  qui  eft  iFaic 
avec  le  régulé,  comme  il  fe  verra  cy-apres  \  car  quand  la  poudre  émétique  eft 
faite  avec  le  beurre  d’Antimoinc  faite  d’Antimoinc  cru ,  clic  eft  bien  moins  blan¬ 
che  que  celle  qui  eft  faite  de  régule. 


des  Drogues  J  Livre  Second. 


S9 


CHAPITREXI. 

Du  Beipard  minerai. 

Le  Bczoard  minerai  eft  du  beurre  d’ Antimoine  prépare  avec  rcfprit  dcNi- 
tre ,  &  par  ce  moyen  réduite  en  poudre  blanche  5  on  luy  attribue  les  memes 
Çroprictez  qu’au  Diaphoretique  ,  c’eft  ce  qui  fait  que  la  plufpart  luy  fuppofe, 
a  quoy  il  faut  prendre  garde.  La  doze  eft  depuis  C  grains  juiqu  à  10. 


CHAPITRE  XII. 

De  fHuMe  Raciale  d' Antimoine. 

L’Huille  glaciale  ou  beurre  d’Antimoine  eft  du  régulé  d’ Antimoine,  &  du 
fublime  corrofif,  par  le  moyen  du  feu  font  réduit  en  huille  épaiflfe  comme 
la  précédente,  te  l’huille  eftant  fortie  en  pouffant  le  feu  te  ofter  le  récipient,  te 
en  mettre  une  autre  dans  quoy  il  y  aura  de  l’eau  froide ,  il  en  fortira  un  mercure 
courantquiefttres-beau  &;  bon. 

Cette  huille  cfl:  fort  cauftique  te  mange  les  chairs  baveufes  te  rupcrflucs, 
c’eft  de  cette  huille  que  l’on  doit  faire  la  poudre  Algarot  te  le  Bczoard  minerai. 


CHAPITRE  XIII. 

De  l’ Huille  d' Antimoine  Caujliejue. 

L’Kuillc  d’Antimoine  Cauftique  eft  de  l’Antimoine  en  poudre  de  l’efprit  de 
Sel  ,&  de  l’Huile  de  Vitriol  cauftique ,  te  du  tout  on  en  en  tire  par  le  moyen 
du  feu  une  liqueur  blanchcâtre  que  l’on  doit  garder  pour  le  befoin  ,  on  s’en  ferc 
pour  la  carie  des  os,  étant  un  forte  fearotique,  &  pour  la  gangrenne  &  pour  net¬ 
toyer  les  vieilles  ulcérés. 

Cette  liqueur  n’eft  pas  proprement  une  Huille,  en  ce  quelle  n’eft  pasgraccj 
on  peut  encore  tirer  une  autre  liqueur  de  l’Antimoine ,  par  le  moyen  de  l’Anti^ 
moine  &  du  fucre  candy. 


CHAPITRE  XIV. 

De  In  Teinture  d' Antimoine» 

La  Teinture d’Antimoine eft  du  fcl  détartré,  &  de  l’Antimoine  fondu  en- 
fcmble,  te  par  le  moyen  de  l’Efprit  de  Vin  on  en  tire  une  liqueur  rouge 
qui  eft  tres-bonne  pour  le  Scorbut,  pour  les  vapeurs  des  femmes  ,&:pourguc, 
rir  la  galle.  La  doze  eft  depuis  4  goûtes  jufqu’aio. 


6o 


Hiftoire  generale 


CHAPITRE  XV. 

Du  ^agtjler  Ù'  Précipité  d’ Antimoine. 

r^E  Précipite  cfl:  de  rAntimoinc  en  poudre  fubtilc,  &  de  l’eau  regale  mclcc 
jcnfcmblc,  enfuite  jettée  dans  une  terrine  remplie  d’eau,  &  la  poudre  qui  fera 
au  fond  il  l’a  faut  laver  i  &  c’eft  proprement  le  foulfre  d’Antimoinc  en  ce  qu’il 
prend  feu  comme  le  fouifre  ordinaire,  on  s’en  ferc  pour  l’Apoplexie  &  Paraliific. 
La  doze  cft  depuis  z  grains  jufqu’à  n  ,  dans  une  liqueur  convenable  à  la  ma¬ 
ladie.  Outre  ce  Soufre  d’Antimoinc  il  y  en  a  encore  un  autre  que  nous  appcl- 
souficdoté.  Ions  Soufre  doré  d’Antimoine,  qui  cft  fait  des  fcorics  de  régulé  d’antimoi¬ 
ne  ordinaire, c’eft  à  dire  fans  mars,  &  les  ayant  fait  bouillir  dans  de  leau  fil¬ 
trée  &  précipite  la  poudre  avec  du  vinaigre  on  en  tirera  une  poudre  rouge,  qui 
après  avoir  été  fechéc  on  s’en  fert  pour  faire  vomir.  La  doze  cft  de  quatre  grains 
jufqu’a  fix  dans  du  boüillon,  ou  en  pilulle.  On  ne  doit  pas  trouver  étrange  fi 
je  ne  me  fuis  pas  étendu  davantage  fur  le  fait  de  la  Chymic,  c’eft  qu’il  n’eft  pas 
permis  aux  Marchands  de  travailler;  &  de  plus ,  c’eft  que  Mefticurs  Charas, 
Glacer  &  l’Emcry  en  ont  fort  amplement  traité. 


CHAPITRE  XVI. 

De  l'Aimam. 

L’Aimant,  fuiyant  quelques  Autheurs,  cft  une  pierre  minérale  noire  qui  a 
des  mervcilleufcs  proprietez,  entre  autres  d’attirer  le  fer,  &  de  tourner  ces 
pôles  vers  le  Nord  &  le  Midy,  &  meme  de  communiquer  fa  vertu  au  fer  qui 
la  touche  :  on  la  trouve  dans  toutes  les  mines ,  &  furtout  en  celles  de  cuivre  ôc 
fer,  de  la  nature  defquclles  elle  participe.  Le  bon  Aimant  cft  fort  folide  ^  peu 
poreux  &  peu  pcfanc,  homogène,  de  couleur  d’eau  ou  d’un  noir  lu  liant,  & 
quelquefois  d’une  couleur  perfe  ou  bleu  obfcure  ou  tirant  furie  roux:  la  vertu 
que  l’Aimant  a  communique  au  fer  fe  perd  fi  on  luy  fait  changer  de  figure, 
foit  avec  le  marteau,  foit  avec  les  doigts,  comme  une  aiguille  droite  fi  on  la 
couvre  ,  ou  quand  elle  cft  courbée  fi  on  la  rcdrelTc,  ainfi  l’aflurele  Pcrc  Fran¬ 
çois  Maria  Grimaldi  dans  fa  Phyfique.  On  appelle  un  Aimant  généreux  ccluy 
qui  attire  fortement  le  fer;  l’Aimant  fc  conferve  en  lieu  fec  &  entouré  d’efear- 
late;  mais  pour  luy  faire  bien  conferver  fa  vigueur,  il  faut  l’armer  ôdefufpcn- 
dre  par  fon  équateur  avec  une  corde  de  boyau  pour  luy  lailTcr  prendre  fa  fitua- 
tion  au  Midy  :  s’il  vient  a  tomber  il  perd  fa  force  pour  quelque- temps.  On 
trouve  fes  pôles  en  luy  appliquant  un  morceau  d’aiguille  à  coudre;  car  les  deux 
endroits  où  les  deux  aiguilles  demeurerons  doites,  ce  font  les  deux  pôles.  On 
tient  que  l’Aimant  rend  fouxeeux  qui  en  ont  pris,  &  que  fon  contrepoifon  cft 
l’or  où  la  pierre  d’emeraude.  Mathiolc  dit  que  l’Aimant  fondu  avec  de  la  bronze 
roufle  le  fait  devenir  de  couleur  d’argent,  comme  la  Calamine  donne  la  cou¬ 
leur  d’or  au  cuivre.  Pline  dit  que  Dinocrates  Alexandrin  avoit  commence  d 
voûter  d’Aimant  le  Temple  d’Alfinoé  ,  afin  d  y  faire  tenir  fon  image  fufpcn- 
duc  en  l’air  qui  éoit  toute  de  fer,  on  a  fait  accroire  au  peuple  la  même  chofe 
delà  Voûte  du  Sepulchrc  de  Mahomet  ;  mais  fe  font  toutes  fables.  Galfendi  & 


des  Drogues ,  Livre  Second.  6l 

le  Pcrc  Fournier  derivént  ce  mot  dcr.lmour  que  l’Aimant  a  pour  le  fer  &  pour 
le  pôle,  quis.  nil  Ammt'm  quamut  atrahere  O* rctinere.  Ménage  le  dérive  de  Addmantr 
ablatif  dd Adamus  dont  on  a  ufe  en  cette  fig'nifîcation,  on  l’appclleen  latin  Ma¬ 
gnes  ,  lapis  Lidjus^  ou  Heraclm ,  parce  qu’on  le  tfouvoit  dans  Hcraclcc  qui  cft  une 
ville  de  Magnclîe ,  qui  fait  partie  de  la  Lydie  ou  du  nom  d’un  Berge  nommé  Ma¬ 
gnes,  qui  le  premier  le  découvrit  avec  le  fer  de  fa  houlette  au  Mont  Ida,  com¬ 
me  témoigne  Nicander  ;  on  l’appelle, aulfi  pierre  Herculienne  a  caiife  qu’elle 
montre  les  chemins  dont  Hercule  étoit  lcl>icu  &  le  Guide  ;  c'efl:  ain fi  qu’elle  efl 
nommée  dans  Euripides,  on  l’appelle  aufiî  Sideritis  à  caüfe  qu’il  attire  le  fer ,  que 
les  Grecs  nomment  SideroSy  &  en  vieux  françois  Olamitc. 

Outre  l’Aimant  cy-dclfus ,  on  en  a  trouvé  en  au  haut  du  Clocher  de 

Chartres,  fur quoyMonficur  l’Abbé  de  Vallemont  a/aitun  Traitté.,  où  ila  re¬ 
marqué  parles  cxpfcriences^u’il  ena  faites ,  qu’il  attire  le  fer  ,  dirige  fes  pôles 
vers  le  Nord  &  le  Sud  en  décliné  comme  fait  l’Aimant  ordinaire.  Il  feroit  à 
fouhaitter  qu’il  fc  trouvât  fouvent  de  cet  aimant  5  &  il  en  faudroit  faire  recherche 
dans  les  ruÿies  des  vieux  édifices  que  l’on  démolit.  Car  il  eft  certain  qu’il  ed  d’une 
vertu  tout'à'fait  extraordinaire.  Monfieyr  de’Vallemont  m’en  a  fait  voir  d’une 
vigueur  furprenantc,&quilevoit  un  poids  de  fer  tres-confiderablc.  ]em  etendrois 
davantage  fur  cet  Aimant  s’il  efioit  plus  commun  ;  mais  il  ell  tres-rare  :  &  depuis 
que  l’on  en  a  prefenté  au  Roy ,  on  le  recherche  avec  bcaucuup  de  foin.  Pour  le  pla¬ 
cer  dans  le  cabinet  dès  curieux  ,&  des  fçavans.  Comme  Monficur  de  Vallemont  a 
fait  la  defeription  de  cet  Aimant,  ^®’il  explique,  comme  la  nature  l’a  formé  au 
haut  du  clocher  de  Chartres.  LcLcitftcur  peut  y  avoir  recours  pourvoir  tout  cc 
qu’il  en  dit  de  curieux.  Il  y  en  a  un  troificme  ,  mais  fort  rare  ,  qui  eft  ce 
que  nous  appelions  Calamite  blanche  ou  Aimant  blanc.  Il  y  en  a  encore  un  qua¬ 
trième  quieft  très-commun,  n’étant  prefque  que  du  mafehefer,  qui  efl;  ccluy 
que  nous  vendons  ordinairement,  tant  parce  que  le.vcritable  Aimant  noir  d’Er- 
thiôpiccft  fort  recherché  â  caufe  de  fes  hautes  proprictez,  dont  on  auroit  bien 
de  la  peine  â  fc  palTcr ,  principalement  pour  ceux  qui  vont  fur  mer ,  en  ce  qu’il  ti*. 
rc  toujours  vers  le  Nord  &  fait  connoître  aux  Pilotes  où  ils  font.  A  l’égard  de 
r^^imant  blanc  fa  grande  rareté  ôc  les  hautes  proprietez  qu’il  n’eft  pas  befoin  de 
nommer  que  l’on  luy  attribue,  font  la  caufe  qu’il  cft  fort  recherché,  &  que  la 
plupart  luy  fubftituë  la  Marne  ou  terre  blanclrc  qui  fe  trouve  attachez  â  l’Ai¬ 
mant  commun,  &  nclailTent  pas  de  vendre  une  drogue, bien  chcrc,  qui  en  un 
mot  ne  vaut  rien ,  n’étant  que  de  la  terre  ;  ce  qui  fera  facile  â  connoître ,  en  ce 
quele  véritable  Aimant  blanc  eft  d’un  blanc  grisâtre  pefant ,  attirant  le  fer  com¬ 
me  l’aimant  noir  d’Ethiopie  ,  ce  qui  ne  fe  trouve  en  aucune  façon  dans  celuy 
que  quelques-uns  vendent  de  plus ,  c’eft  que  le  bon  marché  que  l’on  le  vend 
fait  aftez  connoître  qu’il  n’eft  pas  véritable.  Nous  fommes  donc  obligez  de  nous 
contentenrer  dcccluy  que  nous  faifons  venir  de  pluficurs  endroits ,  entr’autres 
d’Auvergne  6c  de  le  vendre  â  ceux  qui  ont  bien  de  la  peine  â  l’achepter  quarante 
fols  la  livre ,  qui  par  confequent  ne  pouvoient  pas  fe  réfoudre  de  l’achepter  des 
fommes  confidérablcs,  ainfi  que  fe  vend  le  véritable  aimant  noire  d’Ethiopie  , 
puifqu’il  y  en  a  que  l’on  troqueroit  volontiers  pour  autant  pefant  d’or,  quoy- 
que  je  blâme  beaucoup  l’aimant  que  nous  vendons,  il  n’eft  pas  qu’il  ne  s’en  rem 
contre  quelquefois  du  bon  5  mais  la  chofe  eft  fi  rare,  que  fur  un  1000,  il  n’y 
en  a  pas  dix  livres.  Mais  pour*  donner  un  milieu  ,  ceux  qui  auront  befoin  d'ai¬ 
mant  pour  l’ufagc  de  la  Médecine,  fc  contenteront  de  ccluy  qui  fc  trouve  dans 
l’aimant  que  nous  vendons,  qui  a  la  propriété  d’enlever  de  petites  éguillcs  ,  ou 
de  faire  aller  de  la  limaille  de  fer  fur  une  aftiette,  en  palTant  l’aimant  par  deflbus 


■Aimant  dé 
Chartre  en 
Beaufl  c. 

Calamine 
blanche  où 
Aimant 
blanc. 


éz  Hiftoire  generale 

Taffiectc  fans  y  toucher ,  ou  en  jettant  de  la  limaille  de  fer  deflus ,  fi  elle  fc  dref- 
fe  &  s’attache  à  l’aimant  ,  c ’eft  une  marque  qu’il  y  en  a  quelque  peu  de  bon 
parmy,  &  qu’il  peut  être  employé  dans  l’emplâcre  divin,  quieft  fon  plus  grand 
ufage. 


chapitre  XVII. 

JDâ  la  Cadmie  ou  Calaminé. 

• 

La  pierre  Calamine  ou  Calaminaire  ou  Cadmie  eft  un  minerai,  donc  il  y  en 
a  de  deux  fortes ,  fçavoir ,  l’une  grife  &  l’autre  rouge. 

La  première  qui  cft  grife,  eft  aflez  approchant  erf" figure  Ai  Bol  gris ,  à  la  re- 
ferve  qu’elle  eft  plus  dure  j  elle  fe  trouve  en  Allemagne ,  en  Angleterre  proche  les 
Minières  de  plomb  ,  &  meme  auprès  de  Licge. 

Lacleuxicme  qui  eft  la  rouge,  eft  auftî  une  pierre  rougeâtre  parfemée  de  vei¬ 
nes  blanches,  dures  &  pefantes ,  remplies  de  grains  durs  Ôc  ronds,  de  la  grofleur 
du  poivre,  ces  pierres  croiflent  en  abondance  dans  le  Berry  proche  dcBourge  ôi 
Saumur,  où  il  s’en  trouve  une  fi  grande  quarKitc,  qu’il  y  en  a  des  carrières 
toutes  remplies  ,  ôc  elle  y  eft  â  fi  bon  marché ,  qu’elle  ne  coûte  qu’à  tirer.  H 
en  vient  aufli  en  plufieurs  endroits,  mais  comme  celle  qui  fe  trouve  en  Berry 
eft  aufii  bonne  que  celles  des  autres  endroits ,  il  n’eft  pas  ncceflaire  d’en  faire 
venir  de  plus  loin. 

Cette  pierre  eft  quelque  peu  ufité  dans  la  Médecine  en  ce  qu’elle  entre  dans 
quelques  compofitions  galéniques,  ôc  pour  ce  fujetldoit  eftre  préparée  fur  un 
marbre  &  réduite  en  trochifques  avec  de  l’eau  roze,  &c’eftceque  lesApotfcai- 
caiamine  appellent  Calamine  préparée. 

piepa*™”  Pour  ce  qui  eft  de  la  prqmierc  ,  quoyque  ce  foit  de  la  véritable  elle  eft  peu 
en  ufage  dans  la  Médecine  ,  mais  ion  plus  grand  ufage  eft  pour  convertir  le 
cuivre  rouge  en  jaune  que  l’on  appelle  Letton. 


CHAPITRE  XVIII. 

Feret  d'Efpagne. 

La  pierre  Hématite  que  nous  appelions  ordinairement  Fercr  d’Efpagnc  eft 
un  minerai  de  couleur  rougeâtre,  dur,  pefant&par  éguilles  longucs^oin- 
tues  &  fort  dangereufes,  principalement  quand  onenaefté  piqué. 

Cette  pieçre  nous  eft  apporté  de  plufieurs  endroits,  en  ce  qu’il  n’y  a  point 
de  miniers  de  fer  où  il  ne  s’y  rencontre  du  Feret  d’Efpagne. 

On  doit  choifir  la  pierre  hematique  haute  en  couleur  en  belles  éguilles ,  & 
la  plus  approchante  au  Cinabre  que  faire  fe  pourra. 

Ce  minerai  a  quelque  peu  d’ufage  en  Medecine  ,  &  meme  Monfieur  Cha- 
ras  dit  dans  fa  Pharmacope  chimique  â  la  page  8x3  ,  qu’eftant  poulTé  par  la 
Cornue  avec  du  Sel  Armoniac  on  en  tire  des  Fleurs  de  la  couleur  Ôc  de  l’odeur 
du  Safran,  c’eft  ce  qui  fait  que  l’on  appelle  ces  Fleurs  aromats  des  Philofo- 
Aromats  des  phes  ,  &  de  plus  OU  en  fait  un  efprit  martial  ,  acide  ,  &  avec  de  l’cf- 
piuiofophej.  pj.j[  jjç  teinture  &  des  Fleurs  ,  &  qui  ont  chacun  â  parc  de  gran¬ 

des  proprietez ,  ainfi  que  le  marque  le  meme  Auteur  où.le  Le(fteur  aura  recours. 


des  Drogues ,  Livre  fécond. 

On  prcceiid  que  ecctc  pierre  cft  fouveraine  pour  arrcRcr  Icfang,  d’où  eft 
venu  le  nom  d’hematitc  du  mot  grec  haima  qui  fîgnific  fang  ,  ôc  de  pierre 
fanguine  à  caufe  qu’elle  cft  de  couleur  de  fang,  &  Ferec  à  caufe  qui  fc  trouve 
dans  les  mines  de  fer. 

Cette  pierre  eftant  broyée  comme  l’aimant  ,  entre  dans  quelques  compoll- 
tions  galéniques,  ceux  qui  travaillent  à  la  Métallique  ou  a  la  pierre  Philofo- 
phique  fc  fervent  de  cette  pierre. 

Les  Doreurs  &  Orfèvres  s’en  fervent  pour  polir  l’or  en  feuilles  apres  qu’il  efl 
applique  fur  quelques  ouvrages  que  ce  foit,  comme  argent,  cuivre,  fer,  bois  sanguirtc 
&  autres. 

Il  y  a  encore  une  autre  forte  de  Sanguine  dont  ceux  qui  deffio-nent  fe  fer¬ 
vent,  que  nous  appelions  crayon  rouge  qui  eft  alTez  femblablc  au  Ferec  d’Lf- 
pàgne,  a  la  referve  qu’il  n’ell:  pas  par  cguilles ,  mais  marte  comme  de  la  terre. 

On  nous  apporte  cette  Sanguine  ou  crayon  d’Angleterre  de  deux  differen¬ 
tes  qualiteZj  la  plus  parfaite  eft*  celle  qui  eft  moyennement  tendre,  douce  ,  fa¬ 
cile  àfeier  ou  à  couper  pour  faire  des  crayons,  la  commune  cft  dure,  gravclcufcj 
difficile  a  feier,  6c  en  un  mot  du  tout  a  rejetter. 


CHAPITRE  IX. 
lEmery  dEfpag?2è, 

LEmery  d’Èpagnc  eft  un  minerai  rempli  de  roche  6c  de  quelques  petites 
veines  d’or  qui  fe  trouve  da  is  les  mines  d’or  du  Pérou  Ôc  d’aillcuis  ,  ôc 
comme  ce  n’eft  qu’une  marcafifte  ou  pierre  dure  comme  marbre ,  parfemé 
de  veines  d’or  ,  c’eft  ce  qui  le  fait  tant  cftimer  de  ceux  qui  recherchent  la  pierre 
Philofophalc,  elle  cft  fi  requifcprcfcntcmcnt ,  que  quiconque  en  auroit  la  ven- 
droit  au  poids  de  l’or  j  &  comme  cette  pierre  ou  marcafifte  abonde  affez  en 
or,  le  Roy  d’Efpagnc  en  a  interdit  la  fortic  hors  defon  Royaume,  c’eft  le  fu- 
jet  pour  lequel  on  en  voit  que  tres-rarement,  cetEmery  n’a  aucun  ufage  dans 
la  Médecine,  quoyquc  Monfteur  Demeuve  dife  qu’il  eft  corroftf  &  cauftique. 

Il  y  a  encore  de  deux  fortes  d’Enicry ,  dont  le  premier  cft  rougeâtre,  ôc  c'eft  E-ncryidüge. 
ccluy  qui  fc  trouve  dans  les  mines  de  cuivre,  tant  dans  la  Suède  quâux  autres 
endroits ,  &  c’eft  cet  Emcry  que  quelques-uns  vendent  pour  Emery  d  Efpagne  , 
ce  qui  fera  facile  âconnoîcre  ,  en  ce  qu’il  cft  matte  ,  uni,  dure  ,  d'un  allez 
beau  rouge  &  nullement  parfemé  de  veines  d  or. 

Le  troifiéme  cft  le  commun  qui  cft  ccluy  dont  on  fc  ferr,  fur  tout  les  Ar¬ 
muriers  6c  Coutclliers,  ôc  gcncrallement  tous  ceux  qui  travaillent  en  fer  ou 
en  acier,  n  y  ayant  rien  qui  Icpoliffcnt ,  comme  1  Emery  battu ,  &  memépour 
polir  les  glaces  des  miroirs  dackr  6c  à  quantité  d’autres  ouvrages,  on  s’en  fert 
aufli  â  polir  les  pierres. 

Cet  Emery  nous  cft  apporté  de  plusieurs  endroits  où  il  y  a  des  mines  de  ferj 
Sc  même  d’Angleterre,  Ôc  il  n’y  a  que  les  Anglois  quis’amufent  à  le  battre  par 
le  moyen  des  mouhns  qui  ne  fervent  qu’à  cela  ou  à  pulvcrifcr  d’autre  pierre  de 
pareille  nature,  car  1  Emery  commun  cft  fi  dure ,  que  quiconque  le  voudroit 
battre  ou  faire  battre  dans  un  mortier,  il  feroit  des  trous  au  pillon  à  y  fourcr 
le  pouce,  ôc  comme  ce  minerai  eft  allez  employé,  fur  tout  en  poudre  ,  on  le 
choifira  en  fine  poudre,  c  eft-à-dire,  comme  le  poivre  pur  ôc  net,  ôc  ccluy  en 
pierre  le  plus  haut  en  couleur  ôc  le  moins  rempli  de  roches  que  faire  fc  pourra. 


Hiftoire  generale 

L’Emcrv  coupe  le  verre  comme  le  Diamant ,  &  ne  peut  mordre  fur  un  Dia- 
mant  comme  fur  les  autres  pierres  précieufes,  on  prétend  qu  cftant  fondu  avec 
avec  du  plomb  &  du  fer  il  en  augmente  le  poids,  les  durcit  &  les  fait  deve- 
nir  rouges ,  ce  que  je  n’ay  pas  expérimenté ,  on  en  mclc  aulTi  avec  l  or  de  Ma- 
dagafear  C  mais  c’eft  du  deuxième  Emery  qui  cftccluy  qui  fe  tire  des  mines  de 

cuivre)  qui  efl un  or  mol  &  pale.  ^ 

On  s’en  fert  aiilTi  à  couper  &  à  tailler  le  marbre,  on  prétend  aufTi  que  dans 
l’eau  de  vie  ou  l’efprit  de  vin ,  il  fc  réduit  en  poudre  imperceptible  ,  ce  que  je 
n’ay  pas  encore  éprouvé,  ce  qui  tombe  des  meules  des  Lapidaires  qui  eft  com- 
de  la  boue,  on  en  fait  des  boules  qu’ils  vendent  à  divers  particuliers  fous  le 
Pothec  d’E-  nom  de  pothéc  d’Emery. 

mtry.  *  _ | _ _ 

CHAPITRE  XX. 


De  la  Magalaije. 

La  Magalaife  ,  Mcganaife,  Magne  ou  Magnefe  eft  un  minerai  aftèz  ap¬ 
prochant  à  l’Antimoine,  à  la  referve  qu’il  eft  plus  tendre,  fc  caftant  com¬ 
me  du  grais,  &  qu’au  lieu  d’icelles  font  de  petits  brillants. 

11  y  a  de  deux  fortes  de  Magalaife,  fçavoir  la  grife  &  la  noire,  la  grifeeft 
fort  rare  ainfi  peu  ufité,  mais  la  noire  eft  fort  en  ufage,  tant  par  les  Email- 
leurs  que  par  les  Potiers  de  terre,  &  meme  les  Verriers  s’en  fervent  pour  pu¬ 
rifier  &  blanchir  le  verre  mife  en  petite  quantité,  car  fi  on  en  mettoit  trop  , 
elle  feroit  bleue  &  de  couleur  de  pourpre. 

Nous  ferons  venir  la  Magalaife  de  plufieurs  endroits  du  Piedmont  où  on 
la  trouve  dans  les  carrières  en  morceaux  de  differentes  grofleurs  ,&  figurée  à 
l’égard  du  choix ,  elle  doit  eftre  tendre ,  la  plus  brillante  ôc  la  moins  remplie 
de  roche  ôc  menue  que  faire  ce  pourra. 

-  On  fera  defabufe  de  croire,  comme  dit  Monfieur  de  Furticre,  que  la  Ma¬ 
galaife  ou  Maganaifc  foit  la  meme  chofe  que  le  Safre  &  le  Perigueur  ,  ainfi 
que  je  viens  de  dire,  &  comme  il  fe  verra  dans  l’article  du  Safre. 

CHAPITRE  XXL 
Du  Perigueur. 

Le  perigueur  ou  Perigueux  eft  un  minerai  ou  pierre  noire  fcmblable  à  du 
charbon  pefant,  dur  ainfi  difficile  à  mettre  en  poudre. 

Les  Emailleurs  &  Potiers  de  terre  fc  fervent  du  Perigueux  ,  &  n’a  au¬ 
tre  choix  que  d’eftre  pur  &  net  ;  car  pour  le  peu  qu’il  fc  rencontre  quelque  autre 
minerai  parmi  ,  cela  feroit  capable  de  tout  gâter  ,  c’eft  ce  qui  fait  que  ceux  qui 
en  vendront  aux  ouvriers  prendront  les  memes  précautions  qu’au  plomb  minerai. 

Le  Perigueur  que  nous  vendons  à  Paris  nous  vient  du  Dauphiné  ôc  d’An¬ 
gleterre. 

0^^ 


des  Drogues,  Livre  Second. 


6^; 

CHAPITRE  XXII. 

Du  Safre. 

Le  Safre  ouZafreeft  un  minerai  de  couleur  d’œil  de  perdrix,  rue  les  Ham- 
bourquois,  Hollandois  &  Anglois  nous  apportent  des  grai.de.>  Indes  fur- 
tout  de  Surate. 

La  plus  grande  partie  du  Safre  que  nous  avons  nous  cfi:  envoyé  en  poudre 
grife  comme  de  la  cendre  à  laquelle  on  y  peut  rien  connoître  ,  c’eft  pour  ce 
iujet  que  nous  Tommes  obligez  d’en  ftire  faire  les  épreuves  par  dr  ouvriers 
pour  fçavoir  d’eux  s’ils  en  font  contents ,  &  s’il  cfl:  de  la  qiiàlir'  ..quife. 

Nous  vendons  de  deux  fortes  de  Safre,  fçavoir  le  fin  &lecr,nmun,  on  en¬ 
tend  ordinairement  par  Safre  fin  celui  qui  cfl:  en  pierre  d’une  couleur  bluâtre, 
ou  d’œil  de  perdrix,  &  par  le  commun  celuy  qui  nous  cfl:  envoyé  en  poudre, 
qui  le  plus  I^uvent  efi:  fi  commun  ,  qu’il  n’efl  propre  à  rien  ,  il  cfl:  d’une  nc- 
cclïité  abfoluc  que  ce  Safre  en  poudre  Toit  mélangé  de  la  gangue- ou  roche 
qui  fe  rencontre  ordinairement  de  dans  les  minéraux ,  en  ce  que  le  Safre  en  pou¬ 
dre  eft  extrêmement  pefant  qui  efl:  le  contraire  de  celuy  en  pierre  qui  l’eftbien 
moins. 

Le  Safre  cfl:  fort  en  ulàgc  par  les  Fayenciers  &  Verriers  pour  donner  une 
couleur  bleue  aux  verres  ôc  a  la  faycuce,  c’efl:  aufli  avec  le  Safre  que  Ton  co¬ 
lore  Tétain  calciné  pour  en  faire  du  faux  Lapis  ,  ainfi  que  je  1  ay  marqué  au 
Chapirr'c  des  Emaux,  c’eft  encore  avec  le  Safre  que  1  oii  colore  le  verre  pour 
en  fiiirc  Tazur  ,  comme  je  luy  marque  cy-devant,  &  de  quoy  on  fait  les  faux 
Saphirs  d’où  cfl:  venu  fon  nom  de  Saphre. 


CHAPITRE  XXII. 

Du  Bufma. 

Le  Rufma  cfl  une  cfpccc  de  minerai  fcmblablc  en  couleur  &  en  figure  à  du 
mâchefer  qui  fc  trouve  en  grande  abondance  dans  la  Galatic  appcilée  au- 
jourd  huy  changer  ,  ce  minerai  cfl  fi  en  ufage  parmi  les  Turcs  pour  Te  faire 
tomber  le  poil,  qu’il  n’y  a  fi  petit  ni  fi  grand  qui  ne  s’tn  fervent,  c’efl  ce  qui 
fait  que  le  Grand  Scign  ur  retire  de  ce  minerai  plus  de  trente  mille  Ducats 
par  an,  ce  Dépilatoire  cfl  fort  peu  en  ufage  en  France, quoyque  s’il  y  cfloit  connu, 
je  fuis  fur  que  Ton  le  préfereroit  à  la  chaux  &  â  TOrpiment  en  ce  que  ce  mine¬ 
rai  a  plus  de  force ,  ainfi  plus  de  vertu  ,  &  s’il  n’y  a  aucun  danger. 


chapitre  XXIII. 

ï)e  l'Orfiment. 

L’Orpin  ou  Orpiment  cfl  un  minerai  qui  fc  trouve  ordinairement  dans  le* 
mines  de  cuivre  en  pierres  de  differentes  groffeurs,  couleurs  &  figures,  y 
en  ayant  de  jaünc  doré ,  de  jaune  rougeâtre  &  de  jaune  verdâtre  quclquc- 

Yiij 


66  Hiftoire  generale 

foisaufïi  prcfquc  de  tout  rouge,  cette  dernière  couleur  vient  du  plus  ou  du 
moins  de  chaleurs  qu’il  a  reçu  dans  les  entrailles  de  la  terre  &  les  mines  de 
cuivre  où  fe  trouve  i’Orpin  ne  manque  d’abonder  quelque  peu  en  or,  c’eft  ce 
qui  fait  que  les  ouvriers  prennent  foin  d’en  faire  la  féparation  par  les  voyes 
ordinaires. 

L’Orpin  jaune  fe  trouve  de  differentes  couleurs ,  c’eft  pour  ce  fujet  que  les 
Hollandois  ee  Anglois  nous  en  envoyent  de  tant  de  formes  &  figures  ,  mais 
le  plus  beau  Ôc  le  plus  recherché ,  cil  ccluy  qui  cil  en  gros  morceaux,  &  en  bel¬ 
les  écailles  luifantes  d’un  jaune  doré  ,  Sc  qui  s’écaille  facilement  ,  c’eft-à-dire 
qui  fc  levé  par  petites  écailles  minces  &  luifantes  comme  de  l’or. 

La  deuxieme  qualité  d’Orpin  jaune  eft  au lîi  ccluy  qui  cllengros  morceaux, 
moitié  jaune  &  moitié  rouge,  ou  qui  eft  rempli  de  veines  rougeâtres ^  &  on 
doit  abfolumcnt  rejetter  celuy  qui  efl  en  petites  pierres  d’un  jaune  verdâtre  ^ 
n’ellant  que  de  la  terre  auffi  bien  que  celuy  qui  n  eft  que  de  la  poulficrc. 

L’Orpin  ou  l’Orpiment  cil  fort  en  ufage  pour  plufieurs  Profcllions ,  fur-tout 
â  Roüen  pour  jaunir  le  bois  de  quoy  on  fait  les  peignes  afin  de  les  vendre  pour 
du  buis,  les  Maréchaux  s’en  fervent  â  plufieurs  ufages  ,  c’cll  encore  un  des 
grands  poifons  que  nous  ayons,  c’ell  pourquoy  on  n’en  doit  vendre  qu  â ceux 
qui  en  ont  befoin  pour  leur  Profeffion  ,  ôc  â  qui  l’ordonnance  permet  d’en 
donner.  Les  Peintres  s’en  fervent  apres  avoir  ellé  broyé. 

C’eft  cet  Orpin  rougeâtre  naturel  que  lôn  doit  appellet  Sandarache  des 
Grecs  &C  non  pas  le  fuivant,  comme  la  plupart  des  Auteurs  ont  écrit,  puifquc 
rOrpin  rouge  aruficiel  eft  fait  de  celuy- cy  comme  je  le  vais  faire  voir. 


CHAPITRE  XXV. 

jD(?  i Orpin  rouge. 

L’Orpin  rouge  que  nous  appelions  ordinairement  Arfcnic  rouge  eft  fui* 
vanc  ce  que  m’en  a  affuré  Monfieur  Morin  Médecin  de  la  Faculté  de 
Montpellier  de  l’Orpin  jaune  tel  qu’il  fort  de  fa  mine,  mis  au  feu  jufqu’â  ce 
qu’il  ait. acquis  une  couleur  rouge  &  enfuite  mis  dans  un  creiifec  avec  de 
l’huille  de  chenevis,  d’olive,  ou  de  noix,  &  lors  que  l’huille  eft  évaporée,  on 
en  met  d’autres  en  réitérant  toujours  de  la  meme  maniéré  jufqu’â  ce  que  l’Or¬ 
pin  foit  vitrifié  &:  en  état  d’eftre  jetté  dans  des  moules  pour  en  faire  des  pains 
&  les  réduire  en  pierre  de  la  forme  que  nous  le  voyons,  cette  manière  de  fai¬ 
re  m’ayant  paru  affez  faifable,  j’ay  voulu  effayer  d’en  faire,  mais  je  n’y  ay  pu 
réüflir  en  ce  que  1  Orpin  au  lieu  de  rougir  c’eft  calciné  &  eft  devenu  blanc, 
tout  fcmblable  à  du  plâtre ,  je  ne  veux  neanmoins  pas  dire  que  quoyquc  je 
paye  manqué  ,  que  la  chofc  ne  foit  pas  failablc  ,  en  ce  que  je  croy  Mon¬ 
fieur;  Morin  trop  honnefte  homme  pour  dire  nne  chofe  dont  il  ne  feroit  pas 
certain. 

Quoyqu’il  en  foit  je  diray  que  l’on  doit  choir  l’Orpin  ou  Arfcnic  rouge  en 
gros  morceaux  pefants ,  luifants,  &  le  plus  haut  en  couleur  qu’il  fera  pollible. 

L’Orpin  rouge  n’cft  guerres  employé  que  par  les  Peintres  qui  s  en  fervent  â 
peindre  apres  avoir  efté  broyez  en  fcüiiles-mortes. 


des  Drogues  J  Livre  Second.  67 


chapitre  xxvl 

De  r Arfenic  hlanc  naturel. 

L’Arfcnic  Uanc  naturel  cft  un  minerai  blanc  qui  approche  alTcz  de’ l’ A rfc- 
nic  blanc  ordinaire,  c’eft  à-dire,  de  l’artificiel,  à  la  referve  qu  il  eft  plus 
blanc,  plus  éclatant  &  moins  écailleux.  Cet  Arfenic  blanc  minerai  &  naturel  fc 
trouve  aulfi  dans  les  mines  de  cuivre ,  &  lors  que  les  mineurs  rencontrent  ccc 
Arfenic  j  c’eft  un  indice  le  plus  certain  pour  eux  qu’il  y  ait  pour  y  trouver  dil 
cuivre ,  on  trouve  ordinairement  cet  Arfenic  dans  les  commiflures  qui  font 
entre  la  vraye  gangue  &  la  terre  gralfe ,  &  quelquefois  on  en  trouve  des  mor¬ 
ceaux  détachez  dans  le  philon  de  la  terre  glaifc  fcche,  cct  Arfenic  eft  tres-peu 
connu  &:  fort  peu  ufité.  ^ 


CHAPITRE  XX  VIL  ‘ 

De  L  Arfenic  blanc  artificiel. 

« 

QÜelquc  foin  que  j’aye  pris  pour  pouvoir  découvrir  cc  que  pouvoir  cftté 
que  1  Arfenic  blanc  que  nous  vendons,  il  n’a  pas  cflé  en  mon  pouvoir  de 
le  pouvoir  apprendre,  c’efl:  ce  qui  fait  quoyquc  contre  mon  fentiment  je  fuis 
obligé  de  dire  comme  les  autres  ,  que  l’arfcnic  eft  une  compedition  faite  d  Or¬ 
piment  &  de  fcl  commun  fublimé  enfemblc,  mais  cc  fenyment  me  paroît  fi 
éloigné  de  la  raifon  ,  que  je  ne  puis  croire  que  fi  l’ Arfenic  cftoit  compofé  de 
Sel  &  d’Orpin  que  les  Hollandois  pourroient  nous  l’établir  au  prix  qu’ils  nous 
^  l’établiflcnt ,  puifquc  l’Arfcnic  ne  vaut  à  Parisien  temps  de  paix  au  plus  que  dix 
livres  le  cent,  qui  marque  qu’il  faut  que  l’Arfcnic  ne  revienne  pas  à  deux  liards 
la  livre ,  ôc  ccluy  qui  le  compofe  ;  comme  je  n’ay  pu  décider  cet  article ,  je  dL 
ray  que  l’on  le  doit  choifir  en  gros  morceaux  blancs  dehors  &  de  dans, la  plu¬ 
part  de  l’Arfcnic  que  nous  tirons  d’Hollande  &  d’un  blanc  matte  deffus,  ÔC 
cftant  calTc  en  tranfparant  comme  le  vc^rc ,  ce  qui  a  donné  fujee  aux  Anciens 
de  1  ’appeller  Arfenic  criftalin  qui  eft  fort  recherché  des  uns  &  rejetté  des  au¬ 
tres,  c’eft-à-dirc  que  les  uns  eftiment  celuy  qui  eft  matte ,  &  lcs  autres  ccluy  qui 
eft  criftalin. 

L’Arfcnic;  a  quelque  peu  dufage  dans  la  Médecine  pour  en  tirer  quelques  ope¬ 
rations,  comme  il  fe  verra  cy- après ,  mais  beaucoup  par  les  Teinturiers  Ôc 
par  les  gens  de  la  campagne  pour  faire  mourir  la  vermine  comme  rats  fouris , 
&  autres. 

On  fera  averti  comme  l’Arfenic  eft  un  dangereux  poifon ,  de  nen  vendre 
qu’à  ceiï\  à  qui  on  eft  obligé  d’en  vendre,  comrme  Teinturiers,  Maréchaux  Sc 
autres. 


« 

Arftnic  criC* 
talio' 


Hiftoirc  generale 


CHAPITRE  XX:VII  I. 


Du  Régulé  d'Arfinic. 

1E  Rcgulc  d’Arfcnic  cfl:  de  l’Arfenic  de  la  cendre  gravelée,&  du  favon 

_ yque  l’on  met  dans  un  crcufcc  &  par  le  moyen  du  feu  d’un  culot  ou 

d’un  mortier  graifle,  on  en  tire  un  Régulé  quia  beaucoup  moins  de  force  que 
1  Arfcnic  des  fcorics  du  Régulé  d’Arfcnic  boüillie  dans  l’eau  &  filtrée  8c  fur 
cette  liqueur  fi  on  y  jette  du  vinaigre  jOn  fera  précipiter  une  poudre  jaune  que 
’AuSc.  appelle  foufre  d’Arfenic,  qui  agit  ayee  plus  de  violence  que  l’Arfcnic 

même. 


•  CHAPITREXXIX. 

De  l’Arfenic  Caujlie^ue. 

L’Arfenic  CauftiqUe  eft  de  l’Arfcnic  du  Salpêtre  Ôc  du  foufre  que  l’on  met 
dans  u\^  mortier  pour  y  mettre  le  fetr  comme  au  Crocus ,  ôc  lors  que  la  dé¬ 
tonation  en  eft  faite  ,  ôc  que  le  tout  eft  brûlé  ôc  refroidi,  on  met  la  malTc  en 
poudre,  on  la  remet  derechef  dans  un  creufet  pour  la  calciner  ,ceux  qui  veu¬ 
lent  réduire  cet  Arfenic  Cauftique  en  liqueur ,  n’ont  qu’à  l’expofer  à  la  cave 
pendant  quelque^  jours.  • 

On  peut  tirer  de  l’Arfcnic  par  le  moyen  du  Sublimé  un  beurre  ou  huilic 
corrofive,  cet  huille  ou  beurre  d’Arfenic  eft  un  très  fort  Cauftique  pour  faire 
.  des  écarts ,  mais  comme  tous  les  remedes  que  l’on  peut  tirer  de  l’Arfenic  ne 
peuvent  eftre  que  pernicieux ,  l’tJn  ne  ne  s’en  doit  fervir  qu’avec  bien  de  la  mo-  ' 
deration  ôc  par  l’avis  d’habiles  gens.  • 

On  fublimc  l’Arfenic  calciné  avec  1er  Sel  maïin  de  crépite  ,  &  c’eft  de  ce  Su¬ 
blimé  que  quelques-uns  veulent  que  l’on  contrefalTe  le  Sublimé  de  Venife, 
qui  eft  ce  que  nous  appelions  Sublimé  de  Smirne ,  ce  que  je  ne  puis  afturer  pour 
n’en  eftre  pas  certain,  ainfi  que  je l’ay  marque  à  l’Article  du  Sublimé  corrofif. 


CHAPITRE  XXX. 

l-  Aimant  Arfenic  al. 

L’Aimant  Arfenical  eft  de  l’Antimoine  de  Poitou,  du  foufre,  8c  de  l’Arfc¬ 
nic  criftalin  pulverifc  ôc  mis.  dans  un  vaifteau  propre  à  refifter  au  feu 
pour  rendre  le  tout  en  une  matière  aftez  tranfparente  telle  que  doit  eftre  l’Ai¬ 
mant  Arfenical. 

Qn  prétend  que  l’Aim'ant  Arfenical  eft  un  Cauftique  fort  doux,  &  quefon 
operation  fe  fait  avec  beaucoup  de  facilité  ,  il  eft  un  des  ingrediens  de  l’em-  ' 
plâtre  Magnétique,  d’Angclus ,  Sala  décrite  dans  plufieurs  Pharmacopées,  com¬ 
me  de  Meflieurs  ZVvelfcr  8c  Charas. 


CHAPITRE  XXXI: 


des  Drogues,  Livre  Second. 


CHAPITRE  XXXL 

Du  Sel  Gemme. 

Le  Sel  Gefmc  ou  Gemme  eft  un  Sel  naturel  ainlî  appelle,  à  caufe  qu’il 
eft  clair  ôc  tranfparenc  comme  une  pierre  précieufeque  les  Latins  appellent 
Gemma  ,  ce  Sel  fe  trouve  naturellement  dans  les  entrailles  de  la  terre  en 
plullciirs  endroits  de  l’Europe,  mais  principalement  en  Pologne  &  en  Catalo¬ 
gne,  ôc  comme  je  n’ay  pas  clic  fur  les  lieux  pour  confirmer  ce  que  jedis,j'ay 
trouvé  à  propos  de  rapporter  icy  ce  que  Monfieur  du  Pérou  Docteur  en  Mé¬ 
decine  de  la  Faculté  de  Montpellier  a  bien  voulu  me  donner  par  écrit  ôc  fio-né 
de  famain,quidit  qu’eftant  en  Pologne  au  mois  de  Mars  iCy^,  avecMonfci- 
gneur  le  Cardinal  Janfon  de  Forbin  que  fon  Eminence  eut  la  curiofité  de  voir 
les  Sallines  de  Vvilifca  proche  Cracovie  ,  que  pour  cet  effet  elle  fit  faire  une 
cfpecc  de  brancar  pour  y  defeendre,  le  fîeur  du  Pérou  fon  Médecin  ne  pût 
pas  fc  difpenfer  d’eilre  de  la  partie  ,  quelques  Pages  6c  Valets  de  pied  de  fon 
Eminence  firent  l’cpreuve  de  la  machine,  6c  portèrent  avec  eux  pluficurs  flam¬ 
beaux  allumez  pour  éclairer  ces  lieux  fouterrains  ,  dont  la  profondeur  eftoit 
extraordinaire,  ôc  IcSahe  Kegina  que  les  enfans  du  Village  chantent  lors  qu’on 
y  dccend,  leur  donna  beaucoup d’apprehenfion  pendant  une  demie  heure  lors 
que  la  machine  fut  remontée,  fon  Eminence  defeendit  ôc  fut  reçue  en  bas  par 
les  anciens  Habitansde  ces  lieux  qui  y  demeurent  avec  leur  famille,  c’eft  pour- 
quoy  ils  ont  le  vifage  extrêmement  pâle,  ces  pauvres  gens  prefenterent  à  fon 
Eminence  des  Chapelets  6c  Crucifix,  il  les  donna  au  fleur  du  Pérou  pour  exa¬ 
miner  la  qualité  de  cette  matière,  de  laquelle  il  approcha  fa  langue,  6c  dit  â 
fon  Eminence  que  ceftoit  un  Sel  qui  avoit  le  même  goût  que  celuy  que  les 
Droguiftes  appellent  Sel  Gemme,  cependant  on  conduifoit  fon  Eminence  au 
lieu  où  eftoient  les  ouvriers  qui  avec  dcscifcauxôc  marteaux  tiroient  cette  ma¬ 
tière  falée,  de  la  même  manière  que  l’on  tire  les  pierres  des  carrières ,  ces  ou¬ 
vriers  trouvoient  dans  ces  mêmes  veines  un  Sel  plus  tranfparent  6c  plus  pur 
que  l’autre,  lequel  ils  feparent  de  celuy  dont  les  Polonnois  ôc  autres  peuples  du 
Nord  fe  fervent  dans  leurs  cuifincs  ôc  fur  leurs  tables,  ce  qui  fit  connoître  au 
Sieur  du  Pérou  que  les  ouvrages  qu’on  avoit  prefenté  à  fon  Eminence  eftoient 
faites  de  ce  Sel  plus  pur  ôc  d’un  goût  plus  âcre,  6c  que  c’eftoit  le  véritable  Sel 
Gemme  dont  les  Teinturiers  du  grand  teint  fe  fervent  â  l’égard  de  celuy  de  Ca¬ 
talogne  ,  voila  ce  que  Monfieur  de  Tornefort  m’en  a  donné  par  écrit ,  comme  stUGcCmea 
ayant  efté  fur  les  lieux.  On  trouve  quatre  fortes  de  Sels  dans  les  montagnes  de  «lecauiogn* 
Cardonc  qui  eft  une  Vill^aflcz  confidcrable  en  Catalogne,  le  premier  ôc  le  ^üIcuÎs' 
plus  commun  eft  le  Sel  foftille  qui  eft  blanc  6c affez femblable au  Sel  marin, 
mais  il  n’eft  pas  grainé,  on  le  coupe  en  gros  carriers  comme  le  raoilon  dans 
nos  carrières.  Le  fécond  eft  le  Sel  gris  de  fer  ou  couleur  d’ardoife  qui  ne  différé 
du  foftille  que  par  le  mélange  de  quelques  terres  noirâtres.  Le  troifiéme  eft  le 
Sel  rouge  qui  approche  par  fa  couleur  à  la  conferve  de  roze,  6c  qui  ne  diffère 
des  autres  que  par  le  mélange  du  bol  ou  de  la  roüillurcde  fer.  Le  quatrième  eft 
le  Sel  Gemme  qui  eft  le  plus  pur  de  tous  ôc  tranfparent  comme  le  Criftal  de 
roche.  Tous  ces  Sels  font  placez  par  couches  dans  cette  montagne,  ils  font  tres- 
]^ropres  pour  l’ufagede  la  vie  ,  6c  pénètrent  mieux  la  viande  que  le  Sel  marin  , 
i  caufe  qu’ils  font  moins  fixc,ÔC  qu’ils  approchent  du  Salpêtre,  on  travaille  le 


Sel  Gemme, 


-70  Hiftoirc  generale 

Sel  Gemme  afTcz  facilement,  &  on  en  fait  de  petits  coffres,  des  Croix,  des  Cha¬ 
pelets  &  autres  petits  ouvrages ,  mais  rien  n’approche  de  la  beauté  d’une  caverne 
c[ui  eft  dans  cette  montagne,  Ôc  qui  cfl:  rcveftuë  de  congélations  admirables  que 
le  Sel  diffout  par  leur  forme  par  differentes  couches  ,  les  gens  du  pays  affurenc 
que  le  Sel  vejetc  dans  fes  quartiers  ôc  que  les  foflez  que  l’on  a  vuidez  fc  rcm- 
pliffcntdc  nouveau  Sel  par  fucceflion  de  temps,  mais  cette obfervation  deman¬ 
de  beaucoup  d’exaétitude,  &  l’on  ncl’affure  que  fur  le  rapport  d’autruy. 

De  toutes  ces  differentes  fortes  de  Sels  Gemmes  que  j’ay  cy-devant  décrits, 
nous  ne  vendons  que  celuy  qui  nous  eft  apporté  en  gros  morceaux  ,  clairs  & 
tranfparcnts  dont  les  Teinturiers  fc  fervent.  Ce  Sel  eft  admirable  dans  fa  natu¬ 
re  en  ce  qu’il  rougit  5c  fignific  au  feu  comme  le  Fer,  en  ce  qu’il  ne  pétille  que 
tres-pcii  ,  mais  en  récompenfe  fort  facile  â  fe  diffoudre  à  l’air.  Il  doit  eftre  en 
gros  morceaux  facile  â  fc  caffer,  5c  qu’en  fe  caftant  il  fe  mette  par  petits  pains 
quarre,  clair  &  tranfparcnt,  quoyquc  je  difeque  ce  Sel  foit  facile  à  fe  diffou¬ 
dre  ,  on  le  peut  neanmoins  laver  lors  qu’il  eft  falc,  en  ne  le  laiffant  gucrcs  dans 
l’eau,  5c  le  faifant  fcchcr  aufti-toft.  Le  Sel  Gcfme  que  quelques-uns  appellent 
Sel  foflille  nous  eft  apporté  de  pluficurs  endroits,  mais  la  plus  grande  quantité 
vient  de  Pologne,  Monfieur  de  Furtierc  5c  quelques  autres  Auteurs  difent  qu’il 
envient  des  grandes  Indes,  5c  qu’il  y  a  un  Royaume  appelle'  Dancal  qui  fgni- 
fic  pays  de  Sel  qui  en  forme  tous  les  ans  la  charge  de  fix  cens  chameaux, 
que  dans  l’Ethiopie  il  fert  de  monnoyc  courante,  je  ne  m’arreteray  point  à  dire 
comme  Pline  5c  autres  qui  difent  qu’en  la  Ville  de  Carrhos  en  Arabie  que  l’on 

bafti  les  maifons  de  ccSel,ÔC  quepour  mortier  on  fcferr  d’eau  commune,  non 
plus  que  de  croire  comme  quelques  Auteurs  le  marque,  que  le  Sel  Gefmceft  cc- 
luy  qui  fournit  5c  qui  falc  l’eau  de  la  mer,  ainfî  d  autres  particularitcz  dont  je 
ne  fuis  pas  certain ,  &  qui  paroiftent  même  hors  de  bon  fens. 

Je  ne  puis  m  empêcher  de  rapporter  icy  que  ce  Sel  vejette  d’une  telle  maniè¬ 
re  dans  fa  mine,  que  Monfieur  de  Tornefort  a  une  végétation  de  Sel  foftilc, 
c’eft-  à- dire ,  de  celuy  qui  eft  blanc  comme  du  fucre  de  prés,  plus  de  deux  pieds  de 
haut  fait  en  manière  d’arbriffeau  qui  a  pris  naiftancc  fur  un  pied  de  fcfeli  de  Mar- 
fcille ,  qui  fans  contredit  eft  une  dçs  pièces  des  plus  curieufes  que  nous  ayons  en 
Europe. 


CHAPITRE  XXXII. 

Du  Sel  Mann. 

Le  Sel  Marin  eft  une  criftalifation  faite  de  l’eau  de  la  mer  par  le  moyen  du 
Soleil  &  réduit  en  grains  de  figure  cubique  ,  jinfi  que  l’a  fait  voir  Mon- 
fieur  Defeartes,  à  1  égard  de  fon  origine  ,  quelques-uns  veulent  qu’elle  vien¬ 
ne  du  Sel  Foflille  ou  Gefme  ,  mais  comme  je  ne  puis  décider  cette  affaire 
là,  je  diray  que  le  Sel  marin  dont  nous  nous  fervons  5c  duquel  on  tire  quel¬ 
que  operation  de  Chymie  vient  5c  fe  fait  à  Broüagc  &  autres  lieux,  j’ay  ju¬ 
gé  à  propos  de  rapporter  icy  ce  qu’en  a  écrit  Monfieur  l’Emery  à  la  page  34)-. 

On  fait  le  Sel  Marin  à  la  Rochelle  dans  les  marefts  Salans  ,  ce  font  des 
lieux  qui  doivent  eftre  plus  bas  que  la  Mer,  &  d’une  terre  argillcufc,car 
autrement  il  ne  pourroit  point  retenir  Peau  faléc  qu’on  y  fait  couler,  ainfi 
tous  les  lieux  voifinsde  la  Mer  ne  font  pas  propres  pour  faire  les  marefts  Salans. 

Lors  que  l’on  fent  que  le  temps  commence  à  s’échauffer,  ce  qui  arrive  ordi¬ 
nairement  vers  le  mois  de  May ,  on  épuife  l’eau  qui  ayoit  efte  mife  dans  les  ma- 


des  Drogues, Livre  Second.  71 

tais  pendant  l’hyver  pour  la  conferver ,  puis  on  lâche  les  bondes  pour  laifler 
couler  telle  quantité  d’eau  falce  qu’on  veut,  on  la  fait  pafler  par  beaucoup  de 
dilFcrens  canaux  où  elle  fe  purifie  &  s’échauffe  enfuite  ,  on  l’introduit  dans  les 
aires  qui  font  des  lieux  plats,  polis  &  propres  à  faire  crefmer  le  Sel.  Ce  Sel  ne 
fe  forme  que  pendant  les  grandes  chaleurs  ,  le  Soleil  fait  premièrement  éva¬ 
porer  une  partie  de  l’humidité,  &  comme  il  vient  fort  fouvent  après  la  gran¬ 
de  chaleur  un  petit  vent  principalement  aux  etivirons  dc  la  Mer,  la  frâicheut 
de  ce  vent  fait  condenfer  &  criftalifer  le  Sel. 

Mais  s’il  pleuvoir  feulement  deux  heures  pendant  ce  temps  lâ,  on  ne  pour- 
roit  faire  dc  Sel  dc  quinze  jours,  parce  qu’il  faudroit  nettoyer  le  marais  &  en 
ôter  toute  l’eau  pour  en  introduire  d’autre  en  place  ,  de  forte  que  s’il  plcuvoit 
tous  les  quinze  jours  une  fois ,  on  ne  feroit  jamais  de  Sel  dc  cette  maniéré. 

Outre  le  Sel  marin  cy-devant  décrit ,  il  y  a  encore  le  fcl  blanc  dc  Norman-  Sel  blanc 
die  qui  fe  tire  par  le  moyen  dc  l’eau  d’une  cfpece  dc  limon  ou  fable  que  la  Mer 
apporte  en  Eté  fur  lequel  le  Soleil  a  donné,  &  lots  que  l'eau  cfl  affez  chargée 
de  fcl  ce  que  l’on  connoît  en  jettant  un  œuf  dedans ,  s’il  nage  c’eft  une  marque 
que  l’eau  cfl:  aflfez  chargée  dc  fel  &;  quelle  n’en  peut  plus  diflbudre,  car  chacun 
fçait  que  l’eau  ne  fe  charge  dc  fcl  ou  dc  fucre  que  ce  qu’elle  en  peut  porter  , 
alors  on  filtre  cette  eau  avec  dc  la  paille,  &  lors  qu’il  cfl  bien  clair  on  la  fait 
boüillir  fur  le  feu  jufqu’â  pcliculc,  &  enfuitc  cfl  jettée  dans  des  paniers  pour 
le  réduire  tel  que  nous  voyons ,  plus  ce  fel  eft  bien  travaillé  ,  plus  il  cfl  blanc , 

&  plus  il  cfl:  doux  &  d’une  bonne  qualité,  la  nature  dc  ce  fel  cfl:  particulière  en 
cc qu’il  cfl;  toujours  molct,  &  que  plus  il  vieillit,  plus  il  devient  infipidc.  Il  y 
a  encore  d’autres  fcls  en  France  ,  comme  ccluy  dc  Lorraine  qui  fe  fait  par  le 
moyen  des  eaux  falées  que  l’on  jette  fur  des  plaques  dc  fer  chaudes  ,  celuy  de 
Comtéainh  des  autres  dont  je  ncparlcray  point,  n’en  faifant  aucun  commerce,  càmté/* 


CHAPITRE  XXXII L 

VurifxaüM'du  Sel  Marin. 

Pour  purifier  le  Sel ,  on  le  fait  fondre  dans  l’eau,  l’on  filtre  par  tin  papier 
gris  la  diflblution  ,  puis  on  en  fait  évaporer  toute  rhumiditc  dans  une 
terrine,  il  relie  un  Sel  fort  blanc  ,  mais  il  fera  encore  plus  pur  ,  fi  au  lieu  dc 
faire  évaporer  toute  l’humidité  on  en  laifle  une  partie  pour  la  faire  criftalifer 
en  un  lieu  frais ,  car  on  trouvera  au  fond  du  vaifleau  le  plus  net  du  Sel  que 
l’on  pourra  fcparer  de  l’humidité  &  le  faire  fechcr  ,  il  faut  encore  faire  éva¬ 
porer  une  partie  dc  la  liqueur  falée  ,  6c  ayant  mis  le  vaifleau  à  la  cave  le  faire 
criflalifer  6c  continuer  ces  évaporations  6c  ces  crillalifations ,  mais  fur  la  fin  on 
fera  évaporer  la  liqueur  jufqu’â  confommation  de  toute  humidité,  parce  qu’il 
ne  fe  criftaliferoit  plus  rien ,  la  raifon  ell  que  le  Sel  qui  relie  rempli  d  une  graif- 
fe  bitumineufe,  qui  ell  comme  infcparablc  ôc  celle  qüi  empêche  la  crillalifa^ 
tion.  Ceux  qui  voudront  mettre  le  Sel  en  pain  dc  fucre  pourront  le  jetter  dans 
des  moules,  lors  qu’il  fera  un  peu  plus  qu  à  pcliculc,  6c  après  l’avoir  lailTé  congeler 
on  le  mettra  dans  une  étuve  pour  l’achever  de  fechcr.  Ce  Ici  bien  purifié  ne  dilFerc 
âlavcuëcn  aucune  maniéré  au  fucre  demi-royal. 

On  appelle  Sel  Décrépite  un  Sel  marin  qui  a  cllé  calcine  au  feu  duquel 
on  fe  fert  pour  divers  ufages. 


Hiftoire  generale 


V- 


CHAPITRE  XXXIV. 

De  l'ej'pit  de  Sel. 

’Efprit  de  Sel  cfl:  une  liqueur  jaune  tirant  à  la  couleur  d’ambre  jaune  que 
l’on  tire  du  Sel  marin  dclTcché  par  le  moyen  de  la  terre  glaife  feenée 
Cornue  &  du  feu.  Lebon  elprit  de  Sel  nous  vient  ordinairement  d’Ah- 
^Iccerrc,  &  pour  qu’il  foit  de  la  bonne  qualité  il  doit  eftrc  bien  deflegmé ,  c’eft, 
a-dire  bien  travaillé  &  fidcllemenc  fait ,  il  doit  eftrc  d’une  belle  couleur  d’am¬ 
bre  jaune  Ôc  d’un  gouft  fort  acide  &  pénétrant.  Je  ne  m’arrefteray  point  à  vou¬ 
loir  écrire  toutes  les  particularitcz  &  les  differentes  fortes  d’cfprits  cIcScl,Mon- 
fieurrEmery  en  ayant  parlé  fort  au  long,  je  diray  feulement  que  le  bon  cfprit 
de  Sel  eft  fort  en  ufage  pour  guérir  ceux  qui  ont  des  defeentes  ainfi  que  l’on  l’a 
pu  remarquer  par  le  fecret  du  Pere  de  Cabrier  que  fa  Majefté  a  donné  au  Pu¬ 
blic,  il  eft  auffi  uficé  pour  foulager  ceux  qui  font  tombez  en  apoplexie,  en  leur 
faifant  prendre  tant  foit  peu,  foit  avec  de  l’eau  ou  tout  pur ,  on  s’en  fert  auffi 
mélangé  avec  du  miel  rofat  clarifié  pour  fe  nettoyer  les  dents ,  ceux  qui  trou¬ 
veront  l’cfprit  de  Sel  trop  acre,  pourront  le  dulcifiér  ainfi  qu’il  eff:  marqué  dans 
Bafilc  Valantin  cn'y  mêlant  égale  partie  de  bon  Efprit  de  Vin ,  en  les  faifant  di¬ 
gérer  cnfemblc  pendant  trois  jours  fur  un  petit  feu  de  fable  ,  on  fe  fert  de  cet 
Efprit  de  fci  cfprit  dc  Scl  dulcifié  en  plus  grande  dofe  que  ccluy  cy-deffus  effant  moins  fort 
dulcifie.  ^  moins  corrofif  à  l’égard  de  la  dofe, on  en  met  dans  les  liqueurs  jufqu  a  une 
agréable  acidité,  quoyquc  je  dife  que  le  bon  efprit  de  Scl  vienne  d’Angleterre, 
cela  n’empêche  pas  que  l’on  n’en  puifle  faire  dc  bon  en  France,  mais  c’eff;  qu’il 
revient  à  davantage. 


d’une 


CHAPITRE  XXXV. 

Dît  Mitre  oit^  Salpêtre, 

T  E  Salpêtre  que  les  Chyniiffcs  appellent  Dragon,  Cerbère,  ou  Sel  d’Enfcr, 
I _ ;cff  un  Scl  artificiel  que  l’on  tire  de  pluficurs  materaux,  comme  des  vieil¬ 

les  pierres  ,  d’où  eff:  venu  fon  nom  dc  la  terre,  delà  cendre  &  même  de  lafian- 
tc  de  pigeon  ,  je  ne  m’arrcflcray  point  à  décrire  toutes  les  differentes  prépara¬ 
tions  que  l’on  fait  pour  tirer  le  Salpêtre  en  ce  que  la  livre  de  la  focicté  dc  Lon¬ 
dres  en  a  fait  un  traitté  fort  ample,  &  en  ce  qu’il  cfl  facile  dc  le  voir  faire  en 
plufieurs  endroits  dc  France,  &  même  en  l’Arfcnal  de  Paris  où  il  s’en  fut  dc 
groffe  quantité,  où  il  eft  diftingué  fous  fix  noms  qui  font  fous  ccluy  dc  Sal- 
s.iipêtre  de  pêttc  dc  Houfigc  ,  qui  eft  ccluy  qui  eft  fait  des  ratiffures  des  murailles  &  paf- 
SîîSde  fe  par  le  vinaigre,  le  Salpêtre  qui  eft  tiré  de  la  terre  dont  l’ufagc  eft  défendu  , 
le  troifiéme  eft  le  Salpêtre  commun  qui  eft  tiré  des  pierres  &  des  cendres, qui 
munou  de  U  eft  appcllc  dcs  ouvricts  balpetrc  de  la  première  cuittc  ou  de  la  première  eau  , 
s,UpTue  3-  quatrième  eft  le  Salpêtre  rafiné  qui  eft  auffi  appcllé  dc  la  fécondé  cuite  ou 
eau.  Le  cinquième  encore  eft  ccluy  qui  eft  appc  lé  dc  la  troifiéme  cuit¬ 
tc  ou  eau.  Le  fixiéme  Salpêtre  qui  eft  Icplus  beau  &  fi  fin  qu’il  a  bien  de  la  pei¬ 
ne  à  fc  fondre  dans  l’eau,  ce  Salpêtre  fin  eft  du  Salpêtre  de  a  troifiéme  eau  que  l’on 
fond  fans  aucune  humidité,  ôc  après  eftrc  fondu  6c  refroidi  on  le  met  dans  des 


des  Drogues,  Livre  Second.  75 

tonneaux  pour  envoyer  fur  les  frontières  ce  Salpêtre  en  quelque  endroit  que  l’on 
le  mette  ne  fait  plus  aucun  .déchet ,  ce  dernier  Salpêtre  ne  fc  vend  point. 

Ainfi  tous  les  Salpêtres  font  plus  ou  moins  beaux  fuivant  quils  ont  elle 
plusou  moins  rafinez,  &  fuivant  leur  qualité  fontpropresà  divers  ufages  &  en 
tirer  ce  qu’ils  ont  de  meilleur,  comme  il  fc  verra  par  la  fuite. 

Outre  les  Salpêtres  artificiels  que  l’on  fabrique  en  Europe,  on  en  apporte  de 
grofles  parties  des  grandcslndes  quelquefois  brutte  quelquefois  aulTi  rafiné,qui  cft 
un  Salpêtre  tres-bcau  &  tres-pur ,  il  y  a  encore  d’autres  fortes  de  Salpêtre  qui  font 
naturcls,c’efl:-à-dire  qui  fe  trouve  naturellement  comme  font  ceux  qui  fe  trouvent 
attachez  à  des  rochers  aux  vieilles  murailles  en  petits  criftaux  blancs  qui  cil  ce  que 
les  anciens  ont  appelle  Aphronitre,  on  en  fait  en  Egipte  de  l’eau  du  Nil  de  la  mê¬ 
me  manière  que  l’on  fait  le  Sel  commun  à  Broüageou  à  la  Rochelle,  &;  ce  Salpê¬ 
tre  fait  d’eau  du  Nil ,  efl:  ce  qui  eftoit  fi  commun  il  y  a  une  vingtaine  d’années  en 
France,  ôc  que  nous  vendions  à  fort  bas  prix  aux  blanchifleufes  pour  blanchir  le 
linge  fous  les  noms  de  fonde  blanche ,  de  Natrum  ou  d’Anatrum ,  nous  n’avons 
gueres  de  drogues  qui  ait  plus  embaralTé  les  Anciens  &c  les  Modernes  que  le  Na¬ 
trum  d’Egipte  pendant  qu’il  cftoit  aufli  commun  que chofe  du  monde,  puifqu’à 
Paris  feul  il  s’enconfommoit  tous  les  ans  plus  de  dix  millions  dclivres,fans  ce  que 
lesBouchers  employent  pour  faler  leurs  cuirs  qui  efl;  lefujet  pour  lequel  l’ufage de 
la  fonde  blanche  ou  natrum  d’Egipte  a  efté  défendu,  &  efl:  devenu  fi  rare  que  pour 
le  prefent  elle  efl:  au  poids  de  l’argent  cftant  même  défendu  fous  peine  de  grofles 
amandes  aux  Marchands  d’en  vendre  ,  on  fera  donc  defabufé  de  croire  que  le  Na¬ 
trum  d’Egipte  ou  foude  blanche  foit  ou  le  Borax  naturel  ou  un  Sel  tiré  naturelle¬ 
ment  de  la  terre  en  mafles  grifes  compadlcs,  quoyque  ces  deux  comparaifons  ap- 
prochcroient  plus  delà  vérité  que  ceux  qui  en  afliurcnt,&  ont  écrit  que  le  l’Ana- 
trum  cft  ce  Sel  volatil  &:  l’écume  de  la  compofition  du  verre  que  l’on  tire  des  creu- 
fets  dans  les  fourneaux  des  Verriers,  &  qu’il  cft  gris,  blanc,  brun  &bluâtre,&: 
qu’il  cft  inutile  à  la  vitrification ,  &  n’eft  bon  qu’à  donner  aux  brebis  ou  aux  pi¬ 
geons.  Rien  de  plus  faux ,  puifque  le  Sel  de  verre  véritable  cft  encore  fi  commun 
que  nous  ne  le  vendons  que  quatre  à  cinq  fols  la  livre,  &  la  foude  blanche  on 
n’en  fçauroit  avoir  à  quelque  prix  que  ce  foit  pour  les  raifons  que  j’ay  cy-deflus 
déclarées, &  de  plus  c’eft  que  ce  Sel  de  verre  n’eft  nullement  ufité  pour  les  beftiaux, 
mais  par  les  Fayanciers  qui  s’en  fervent  pour  aider  à  fondre  le  fable  dont  ils  fc 
fervent  pour  faire  le  blanc  qu’ils  vernilFcnt  leurs  fayanccs,  &  déplus  c’eft  qu’il 
y  a  autant  de  différence  entre  le  Sel  de  verre  ou  le  Natrum  comme  du  jour  à  la 
nuit  ,  en  ce  que  le  Sel  de  verre  cft  en  pa'in  ou  quartier  extrêmement  pefant  &c  en 
un  mot  femblablc  à  du  marbre,  &  qui  ncs’humeûc  nullement  à  l’air, &  le  Natrum 
cft  un  Sel  blanc  engroffe  maffe  comme  criftalilé,  auffi  pefant ,  d’un  gouft  falé 
&  puant ,  ce  qui  n’empêchoit  pas  qucles  pauvres  gens  nes’en  ferviffent  dans  le 
temps  qu  il  fervoit  à  blanchir  le  linge  au  lieu  de  Sel ,  5c  de  plus  c’eft  que  ce  Na¬ 
trum  eft  fi  facile  à  feliquificr  à  l’air  qu'il  fc  refout  en  peu  de  tems  tout  en  liqueur. 
Le  Natrum  d’Egipte  a  quelque  pèü  d’ufage  dans  la  Médecine  en  ce  qu’il  cft  un 
des  ingrediens  de  la  pierre  de  Crollius ,  ainfi  ceux  qui  auront  befoin  de  Natrum 
d’Egipte  fc  donneront  bien  de  garde  d’employer  du  Sel  de  verre  en  fa  place  comme 
cftant  bien  different  ,  l’un  cftant  un  Sel  pur  ,  5c  l’autre  une  écume  ôc  ces 
derniers  Salpêtres  ne  nous  cftant  d’aucun  ufaçc  en  ce  que  nous  n'en  avons 
que  très- peu  ,  5c  que  nous  ne  nous  fervons" que  du  Salpêtre  artificiel  ,  je 
diray  que  l’on  le  doit  choifir  bon  5c  bien  travaillé  fuivant  fa  qualité,  mais  tou¬ 
jours  fcc  ôc  le  moins  rempli  de  fel  qu’il  fera  poffiblc,  5c  pour  ce  faire  ôc  pour 
cftre  fur  qu’il  foit  bon,  ceux  de  Paris  ou  d’autour  le  doivent  achepterà  l’Arfe- 

Z  iij 


Apliro-nitrc» 


Natrum  d’E¬ 
gipte  ou  fou-» 
de  blanche. 


74  Hiftoire  generale 

i\ai  en  ce  qu’ils  font  incapables  de  le  frauder  fans  s'amufer  à  l’acheter  à  un  nom^ 
bre  d’ouvriers  qui  le  colportent, outre  qu’il  eft  défendu  de  l  actwcpter  de  fes  ou¬ 
vriers  ,  c’eft  qu’ils  ne  vendent  le  plus  fouvent  rien  qui  vaille. 

Le  commun  doit  eftrc  le  plus  blanc,  le  plus  fcc  &  le  moins  chargé  de  Sel 
qu’il  fe  pourra,  le  rafinc  plus  il  eft  fcc  ,  blanc  ,  de  en  beaux  criftaux  longs  de 
larges,  &  plus  il  eft  cftimé. 

L’ufagcdu  Salpêtre  eft  fort  grand,  tant  a  caufe  des  groftes  quantité!  qui  s’en 
employent  pour  la  poudre ,  que  pour  quantité  d’ouvriers  qui  s’en  fervent ,  de 
que  l’on  en  tire  diverfes  préparations  de  Chymic  ,  ce  grand  ufage  eft  la  caufe 
qu’il  a  efté  défendu  aux  Marchands  Epiciers  de  autres  d’en  vendre,  de  ceux  de 
Paris  ou  d’autour  qui  l’cmploycnt  ne  peuvent  employer  que  ccluy  qu’ils  au¬ 
ront  acheptez  à  l’Arfenal  fur  peine  de  confifeation  de  d  en  payer  l  amcndc  qui 
eft  de  dix  francs  par  livre  de  Salpêtre  que  l’on  aura  faifi ,  il  eft  défendu  aufti 
de  fe  fervir  du  fel  de  Salpêtre  quoyquc  quelques  uns  prétendent  qu^  |Oitbon 
pour  alTaifonncr  le  manger  ainu  que  l’aflurcMonfteurl’Emcry.  .  ^1 

CHAPITRE  XXXVI. 

Du  Salpêtre  fondu ,  ou  Sel  Mitre. 

ON  appelle  Sel  Nitre  un  Salpêtre  rafiné  fondu  au  feu  de  jette  dans  un  poê^ 
Ion ,  de  par  ce  moyen  réduit  en  pain  de  trois  ou  quatre  doigts  d’épaifleur- 
Le  Sel  Nitre  de  cette  façon  a  tres-peu  d  ufage ,  mais  en  récompenfe  on  fe  fert 
beaucoup  du  Salpêtre  fondu  fur  lequel  on  a  jette  tant  foit  peu  de  fleur  de  fou- 
fre  qui  eft  ce  que  nous  appelions  criftal  minerai. 

On  fixe  le  Sel  Nitre  ou  Salpêtre  avec  le  charbon,  &  l’on  prétend  queecSah 
Sai  être  petre  fixé  ayc  les  mêmes  propriété!  que  le  Sel  de  Tartre,  de  que  l’on  en  peuE 
tirer  avec  l’Efprit  de  Vin  une  teinture  rouge  comme  du  Sel  de  Tartre. 

CHAPITRE  XXXVII. 

De  l’ej'pii  de  Mitre, 

ON  tire  du  Salpêtre  de  Houflage  ou  d’autres  par  le  moyen  de  l’argillc  fc-* 
che  d’une  Cornue  &  du  feu ,  un  efprit  extrêmement  fort  de  violent  de  pro¬ 
pre  à  toutes  fortes  d’ufage  où  il  eft  requis. 

L’efprit  de  Nitre  pour  eftrc  de  la  bonne  qualité,  il  faut  qu’il  foit  clair  com¬ 
me  de  l’eau  de  qu’il  fume  perpétuellement  lors  qu’il  eft  débouché,  de  prendre 
garde  que  ce  ne  foit  de  l’eau  forte  que  quelques  canailles  vendent  pour  I  efprit 
de  Nitre,  ce  qui  fe  pourra  connoître  facilement,  tant  parce  que  je  viens  de  di¬ 
re,  que  parce  qu’ils  ne  la  peuvent  gueres  établir  à  moins  de  quatre  francs  ou 
cent  fols  la  livre. 

Le  peu  d’ufage  qu’a  l’efprit  de  Nitre,  ou  plûtoft  l’avarice  des  ouvriers  eft  la 
caufe  que  nous  n’en  faifons  venir  que  tres-peu  d’Hollande  ,  de  c’eft  ce  qui  fait 
que  toutes  les  operations  qui  devroient  eftrc  faits  avec  de  l’cfprit  de  Nitre, 
n  eftant  fait  qu’avec  de  l’eau  forte,  ne  font  jamais  ni  fi  bon  ,ni  fi  bientravaiU 
lées. 

Comme  l’efprit  de  Nitre  eft  un  puiflant  cotrofif  il  a  fort  peu  d’ufage  pour 


des  Drogues,,  Livre  Second.  75" 

î’intericur,  on  le  dulcifie  ou  adoucie  avec  autant  d’Efprit  de  Vin,  mais  ce  qu’il 
y  a  à  remarquer  ,  c’eft  qu'il  n’y  faut  point  de  feu  en  ce  que  ces  deux  cfprits 
cftant  mêlez  enfemble  bouillent  aufïi  forts  que  s’ils  cftoient  fur  un  bon  feu  , 
il  en  faut  éviter  les  vapeurs  ellant  fort  nuifiblc  ,  ces  deux  cfprits  unis  enfem- 
ble  &  devenus  clairs  font  cllimcz  un  tres-bon  remède  pour  guérir  les  coliques 
venteufes  &  nefretiques  ,  la  doze  efl;  depuis  quatre  jufqu  à  huit  goûtes  dans 
quelque  liqueur  convenable, fi  on  dilToud  dans  l’elprit  de  Nitredu  Sel  Armo- 
niac  fefera  un  tres-bon  dilTolvant  pour  dilToudre  1  or  ,  &  c’eft  ce  qui  fait  que 
l’on  appelle  cette  eau ,  eau  royale ,  àcaufe  qu’elle  dilTout  l’or  qui  cil:  le  roy  des  mé¬ 
taux. 


CHAPITRE  XXXVIlr. 

De  t Eau  forte. 

ON  appelle  eau  forte  un  efprit  tire  du  Sàlpctrc  &  du  Vitriol  d’Allemagne, 
ou  d'Angleterre  calcinée  en  blancheur  par  le  moyen  de  la  terre  ou  argille 
fechec  d’une  Cornue  &  du  feu. 

L’eau  forte  ainfi  appellce  à  caufe  de  fa  force  qui  n’cft  néanmoins  pas  fi  violent 
te  que  l’cfprit  de  Nitre  eft  fort  en  ufage  par  quantité  d’ouvriers  qui  s’en  fer¬ 
vent  ,  comme  font  Monnoycurs,  Orfèvres ,  Graveurs,  Fourbilléurs ,  &  quanti¬ 
té  d’autres  ,  &  meme  par  les  ouvriers  du  grand  teint. 

La  meilleure  eau  forte  que  nous  ayons  en  France  vient  d’HoIIandc,  ce  n’eft 
pas  que  l’on  ne  la  puilTc  faire  aufii  bonne  en  France  ,  mais  c’eft  que  pour  en 
faire  meilleur  marché,  on  ne  la  deflegment  qu’à  moitié,  on  prétend  que  l’é¬ 
preuve  de  l’eau  efl:  d’en  jetter  quelques  goûtes  fur  du  bois ,  &  mettre  deflTus  deux 
ou  trois  doubles  fi  l’eau  forte  les  fait  marcher,  c’efl:  une  marque  qu’elle  efl:  bon¬ 
ne, au  contraire  fi  elle  n’en  enleve  que  lacrafle,  &:  qu’elle  ne  les  fafle  marcher  , 
c’eft  une  marque  qu’elle  eft  foiblc,ainfi  mélangée  de  fon  phlcgme. 

Avec  l’eau  forte  de  l’eau  &  des  logncurcs  de  cuivre,  on  en  fait  une  eau  fé¬ 
condé  qui  eft  d’une  couleur  bleu  dont  fc  fervent  les  Maréchaux,  ou  bien  ils  fe 
fervent  de  celles  que  les  ouvriers  en  argent  font,  ou  pour  avoir  plûtoft  fait, 
ils  acheptent  du  phlcgme  de  Vitriol  ou  de  l’cfprit  de  vitriol  fait  avec  l’eau  for¬ 
te  à  qui  ils  ont  donné  le  nom  d’eau  féconde. 

On  ne  doit  pas  appréhender  que  l’on  vende  des  autres  cfprits  pour  de  l’eau 
forte,  n’y  en  ayant  point  de  plus  bas  prix,  aufli  quand  il  eft  bien  de  phlcgme 
on  pourra  cftrc  fur  qu’il  eft  bon  &  naturel. 


CHAPITRE  XXXIX. 

Du  Crijlal  minerai 

Le  Criftal  minerai  que  quelques-uns  appUcnt  Sel  anodin  ou  minerai,  pierre 
ou  Sel  de  Prunelle, eft  un  Salpêtre  rafinc  fondu  dans  une  marmite  de  fer  bien 
nette,  &  lors  qu’il  eft  en  fufion  on  y  jette  tant  foit  peu  de  fleur  de  Soufre,  & 
&  lors  que  la  matière  eft  toute  fondue  le  foufre  brûle,  &  qu’elle  a  cfté  rcpofé 
quelque  temps,  on  tire  l’écume  d’un  côté  ,  &  on  tire  le  Salpêtre  à  clair  avec 
une  cucillcrc  aufli  de  fer  bien  nette ,  on  verfe  ce  Salpêtre  dans  un  poêlon  aufti 


Efprir  de  Nli 
cre  dukiSé. 


F.3a  regaîo» 
royale. 


Ead  fccondc. 


Tel  de  P.'uncl. 
le. 


y6  Hiftoire  generale 

de  fer  pour  le  rendre  mince  5c  en  écuclle  de  la  manière  que  nous  le  voyons  , 
nous  faifons  venir  d’Hollande  du  Criftal  minerai  trcs^blanc  5c  tres-bon  ,  mais 
à  caufe  qu’ils  nous  Icnvoycnt  en  petits  pains  épais  ,  nous  n’en  trouvons  pas 
grand  débit ,  n’eftant  propre  que  pour  vendre  au  poids  5c  à  ceux  qui  l'cm- 
ployenc. 

On  doit  choifir  le  Criftal  minerai  bien  blanc,  nouveau  fait&  mince,  quand 
c’eft  pour  détailler  le  plus  fcc  5c  le  moins  piqué  que  faire  ce  pourra,  5c  préfé¬ 
rer  celuy  qui  cft  fait  de  Salpêtre  rafinc  a  ccluy  qui  cft  fait  avec  leSalpctrc  commun, 
ce  qui  feconnoîtra  facilement  à  fa  grande  blancheur  5c  à  fa  garde.  C’eft  un  abus 
de  croire  comme  un  Auteur  nouveau  marque  que  les  gens  qui  vendent  par  les 
rues  du  Criftal  minerai  le  falfifient  avec  de  l’Alun,  avec  le  refpeél  que  je  luy  dois, 
il  fe  trompe  ou  il  eft  mal  informé  ,  car  il  eft  prefquc  impoOiblc  de  pouvoir 
faire  entrer  de  l’Alun  dans  du  Salpêtre  (  car  quand  on  y  en  jettroit,  il  s’en  iroic 
en  écume)  non  plus  que  dans  du  fucre  ,  ainfi  que  quelques  uns  ont  marqué  que 
l’on  faifoit  entrer  de  l’Alun  dans  le  fucre  pour  le  rendre  blanc,  mais  trop  bien 
que  ceux  qui  veulent  établir  du  Criftal  à  bon  marché  ,  fe  fervent  de  Salpêtre 
commun,  5c  après  l’avoir  fondu  deux  fois  le  rendent  aufli  blanc,  fur  tout  quand 
ils  fçavcnt  leurs  métiers,  que  s’il  avoit  efté  fait  de  Salpêtre  rafinc,  la  différen¬ 
ce  qu’il  y  a  c’eft  qu’il  ne  le  garde  que  tres-peu  de  tems,  comme  il  n’arrive  que 
trop  fouventa  ccluy  que  l’onaachepté  de  fes  coureurs,  &  ce  qui  caufe  bien  de 
la  perte  à  ceux  qui  en  font  de  groffes  provifions.  On  fera  averti  aufti  de  ne  ja¬ 
mais  l’envelopper  de  papier,  en  ce  que  le  papier  eftant  fpongieux  attire  l’humi¬ 
dité  5c  humeéle  le  Criftal  minerai  5c  lercndhorsdc  vente,  ondoitauftl  le  met¬ 
tre  dans  des  lieux  fecs  en  ce  que  l’humidité  5c  la  poudre  font  bien  contraires  à 
cette  marchandife,  5c  la  plus  grande  connoiffanec  quej’cn  puis  donner, c’eft  de 
le  faire  faire  devant  foy. 

Le  Criftal  minerai  cft  fort  en  ufage  dans  la  Médecine,  &  cft  fi  tellement  à  la 
mode  qu’au  lieu  de  Chypre  ou  fucre  rouge  dont  on  fefervoit  autrefois,  on  ne  fe 
fert  plus  que  de  Criftal  minerai ,  on  prétend  que  l’on  luy  a  donné  le  nom  de 
Sel  de  prunelle,  à  caufe  qu’il  eft  fort  propre  pour  la  guerifon  du  gozicr  ôc  de 
l’cfquinancic  que  quelques-uns  nomment  prunam  ou pruneüam  ,  &  d’autres  parce 
que  le  Sel  efTcnticl  que  l’on  tire  des  prunelles  cft  à  peu  prés  femblalble  au  Criftal 
minerai ,  ou  à  caufe  que  l’on  s’en  fert  dans  les  fièvres  chaudes  que  l’on  com¬ 
pare  à  un  feu  que  l’on  appelle  en  Latin  prma,  5c  d’autres  c’eft  parce  que  les  AI- 
Icmans  luy  donnent  la  figure  d’une  prunelle. 


CHAPITRE  XL. 

Du  Sel  Polycrejle. 


Le  Sel  Polycrcftc  ainfi  appcllé  à  caufe  de  fes  grandes  proprictez ,  cft  du  Sal¬ 
pêtre  rafinc  &  du  Soufre  d’Hollande  pulvcrifécnfemble,  &  par  le  moyen 
d’un  petit  feu  on  en  fait  un  Sel  très- blanc  5c  très -léger. 

Cette  façon  cft  bien  differente  de  tous  les  Auteurs  qui  en  ont  trait- 
té,  en  ce  qu’ils  recommandent  tous  de  faire  rougir  un  camion  ou  creufet  5c 
d’entretenir  pendant  trois  ou  quatre  heures  le  feu  au  tour,  je  ne  veux  pas  dire 
que  cette  manière  de  faire  ne  loit  bonne  ,  mais  l’impoftibilitc  qu’il  y  a  de  le 
vendre  ce  qu’il  cft  pefant  5c  de  diverfes  couleurs  ,  fait  que  l’on  «c  peut 
s’en  défaire  ,  ainfi  je  crois  que  l’on  préférera  ma  manière  à  celJc-cy  en  cc 

que 


des  Drogues ,  Livre  fécond.  77 

que  par  îc  moyen  de  deux  charbons  allumez  &  une  heure  de  tems,  oii  fera  un 
Sel  blanc  &  foie  léger  qui  fera  d’une  aulïi  bonne  qualité,  beaucoup  plus  de 
vente  &  coûtera  bien  moins  de  frais  que  ccluy  cy-deflus  ,  &  comme  je  rc;- 
fute  icy  la  façon  de  faire  le  Sel  Policrefte  de  tous  ceux  qui  en  ont  écrit,  ilcfl:  a 
propos  que  je  dife  la  maniéré  qu’il  faut  s’y  prendre  pour  y  bien  réülïir,i’on  prendra 
égale  partie  de  fou fre  &  de  Salpêtre  fin,ôcayant  fait  chauffer  un  camion  non  verni 
au  dedans  ,  &  l’ayant  place  fur  cinq  ou  fîx  charbons  allumez  ,  en  forte  qiril 
puiffe  faire  rougir  le  cul  du  pot,  6e  lors  qu’il  fera  rouge  on  y  jettera  une  cuil¬ 
lerée  de  Soufre  &  de  Salpêtre  mêlez  enfemb’Ic ,  &  lors  que  la  détonation  en  fe¬ 
ra  faite  &  que  le  Soufre  ôc  le  Salpêtre  feront  brûlez  on  y  jettera  une  autre  cuil¬ 
lerée  de  la  même  matière,  jufqua  ce  que  le  tout  foit  brûlé,  alors  on  retirera  le 
pot  dedeffus  le  feu  ,  6c  l’ayant  laiffé  refroidir  on  le  caffera  6c  on  trouvera  de¬ 
dans  unfcl  Policrefte, blanc,  léger  6c d’une  trcs-bcllc  vente,  il  n’eft  pas  diffici¬ 
le  de  croire  ce  que  je  dis ,  puifqu’il  cfl:  facile  déjuger  qu’il  n’y  a  que  la  gran¬ 
de  violence  du  feu  qui  le  réduit  en  mafficôcd’un  petit  volume  6c  fort  pefant  , 
ceux  qui  voudront  avoir  encore  un  fel  policrefte  plus  pur  6c  plus  beau,  c’eft- à- di¬ 
re  criftalifé  le  diffioudront  dans  l’eau,  6c  apres  l’avoir  filtré  6c  évaporé  jufqu  a 
pelicule  le  mettront  à  la  cave  ou  autres  lieux  frais  pour  le  rendre  en  criftaux, 
ôc  apres  eftre  fcchez  doit  cftrc  en  petites  plaques  moyennement  épailTcs  en 
petits  br  liants  comme  des  Diamans ,  6c  d’un  blanc  clair  6c  folide,  c’eft-à-dire 
aftez  difficile  à  cafficr.  Car  celuy  qui  fc  réduit  en  farine  facilement, c’eft  une 
marque  qu’il  n’a  pas  elle  bien  travaille.  su  Poiyc«- 

Cc  fel  policrefte  criftalife  cft  ccluy  donc  on  doit  fc  fèrvir  préférablement  ‘ 

au  premier  quelque  bien  fait  qu’il  foie  ,  en  ce  qu’il  ne  fepeue  qu’il  n’y  ait  encore 
du  fou  fre  dedans  quiluy  donne  un  mauvais  goût  6c  une  méchante  qualité. 

C’eft  fur  cette  marchandife  où  les  Colporteurs  font  de  grofles  friponneries, 
en  ce  qu’ils  ne  colportent  dans  les  boutiques  autre  chofe  que  du  falpêtre  qu’ils 
ont  fondu  6c  mis  en  pierre  ,  mais  la  fourberie  fera  facile  à  connoître  en  ce 
que  le  véritable  fel  policrefte  ne  pétille  point  au  feu ,  au  contraire  il  rougir,  qui 
cft  le  contraire  de  ce  faux  fel  policrefte  qui  brûle  Ôcqui  pétille  commc\lu  fal¬ 
pêtre  ,on  Icconnoîtra  aufti  à  fa  grandeblanchcur  6c  au  bon  marché  qu’ils  en  font. 

Le  fel  policrefte  en  roche,  c’eft-a-dirc  comme  il  fort  du  creufet,  ou  criftalifé 
eftoie  il  y  a  quelques  années  fore  en  ufage  en  Médecine,  mais  prefentement 
que  la  mode  en  cft  paffiéc,  l’on  ne  s’en  fert  que  tres-pcu  ,  âc  le  fel  policrefte  a 
cfté  du  nombre  des  Drogues  qui  d  ms  leurs  nouveaucezont  eu  de  grandes  pro- 
prictez  ,  6c  qui  d’abord  que  la  mode  fc  paffic,  il  fcmblc  que  les  vertus  s’évanouift 
fent  avec  ,  ou  pour  mieux  dire  ,  c’eft  que  les  François  n’aiment  que  la  nouveauté. 

On  a  donne  à  ce  Sel  le  nom  de  fou  fre  fufiblc  ou  de  Nitre  fixc,ainfi  qu’il  cft  plus  Wrc  fas. 
amplement  décrit  dansPenotus  à  portu ,  ce  qui  fait  aflez  connoître  que  la  corn-  u'c 
pobtiondece  Sel  n’cft  pas  tout-à  fait  nouvelle,  6c  qu’il  y  a  long-temps  qu’il  cft 
connu  fous  le  nom  de  Nitre  fixe. 

chapitre  XL. 

Z)//  Sel  Anti’Fehrilâ. 

IE  fel  Antifebrilc  ou  fel  contre  les  fièvres  cft  compofe  de  falpêtre  rafiné  de 
^Fleurs  de  foufre  6c  d’urine  diftiüéc,  le  tout  mis  cnfcmblc,  ôc  cm.y  procé¬ 
dant  de  la  meme  manière  qu’il  cft  marqué  dans  la  Chymic,  de  glacer  à  la  pa- 

Aa 


78  Hiftoire  generale 

gc  2,13.  OÙ  le  Lecftcùr  pourra  avoir  recours ,  ce  fcl  Antifcbrile  ou  fébrifuge  cÆ  uft 
excellent  remède  pour  laguerifon  des  fièvres  dans  le  commencement  des  accez  oU 
des  redoublcmens,  on  le  prend  depuis  huit  jufqu’à  trente  grains  dans  qucl(jue  li¬ 
queur  convenable. 


CHAPITRE  XLL 

Hu  Nhre  Vitriole. 

LENitrcVitriolcefldu  felNitre  que  Ton  difibüd  dans  l’efprit  de  Vitriol  le¬ 
quel  on  préparé  &:  auquel  on  attribue  les  mêmes  qualitcz  qu’au  tartre  vi¬ 
triolé,  il  doit  eftre  blanc,  léger  &  en  petites  éguillcs  comme  le  fcl  Saturne. 

^  ^  On  tire  encore  du  Nitre  uneefpccc  de  beurre  par  le  moyen  du  tartre  donc 
Nitrc.  *  la  maniéré  de  préparer  ce  beurre  furnomme  de  Nitre  ou  de  pierre  Jean  Fabre 
fc  trouvera  décrite  dans  la  Chymie  deMonficur  Charas  à  la  page  853,  où  ceux: 
qui  le  voudront  faire  pourront  avoir  recours. 

CHAPITRE  XLII. 

Du  Borax  naturel. 

Le  Borax  naturel  à  qui  les  Anciens  ont  donné  le  nom  de  Chryfocolle,  efi 
un  fel  minerai  de  la  figure  du  fcl  Gemme  ordinaire  qui  fc  trouve  dans  les 
entrailles  de  la  terre  en  pluficurs  endroits  delà  Perfc,&  au  fond  d’un  torrent 
dans  les  montagnes  de  Purbeth  dans  les  terres  Radziaribron  qui  vont  jufqu  aux 
confins  de  la  Tartarie  blanche  ,  lors  que  l’on  a  retiré  ce  minerai  de  la  terre  , 
on  l’expofe  à  l’air  afin  qu’il  acquerre  une  maniéré  de  grailTe  rougeâtre  qui  luy 
fert  de  nourriture  ôc  qui  empcchc  que  l’air  ne  le  calcine  ,  &  lors  que  ce  Bo¬ 
rax  eft  comme  il  doit  cftre,lcs  Perfans  l’cnvoycnt  pour  l’ordinaire  en  un  lieu, 
appelle  Amadabat,  d’où  les  Anglois ,  Hollandois  &  nous  le  faifons  venir,  fie 
c’efl:  ce  que  nous  appelions  Borax  naturel ,  Borax  brutte,  ou  Borax  gras  Ôc 
kÏu«c  ou  duquel  quelques  ouvriers  fc  fervent  comme  de  Borax  rafiné. 

Il  nous  vient  une  autre  forte  de  Borax  naturel  qui  ne  diffère  de  ccluy  cy* 
deffus  qu’en  ce  qu’il  cfl  plus  fec,  ôc  qu’il  efl  d’une  couleur  grife ,  ce  qui  ne  pro^ 
vient  que  d’avoir  cflé  un  long-temps  à  l’air  ,  ôc  fa  graiffe  rouge  dont  il  choit 
chargé  s’eft  dcffechée  ôc  eft  devenue  fcmblablc  â  de  la  couprofe  d’Angleterre 
qui  a  demeuré  long  tems  â  l’air.  Comme  ces  deux  fortes  de  Borax  ont  quelque 
peu  de  demande ,  ceux  qui  en  achèteront  ou  qui  en  feront  venir  ,  prendront 
garde  qu’il  ne  foit  rempli  de  pierres  ou  autres  corps  étranges  ,  â  quoy  il  cfl:  af- 
fez  fujet.  C’efl  ce  Borax  gras  ou  fcc  que  les  Vénitiens  &  Hollandois  puri¬ 
fient  ôc  en  font  ce  qu’ils  nous  envoyent  fous  le  nom  de  Borax  rafiné  ,  comme 
il  fc  verra  cy-aprés. 

Les  Anciens  ne  fc  font  point  trompez  quand  ils  ont  dit  qu’il  y  avoir  du 
Borax  naturel  verdâtre  de  la  couleur  du  poireau  ,  non  plus  qu’Agricola 
qui  a  dit  fort  â  propos  qu’il  fe  trouvoit  du  Nitre  fofille,  dur  Ôc  épais  comme 
une  pierre  dont  on  fait  le  Borax  â  V enife ,  mais  le  meme  Auteur  c’efl:  bien  trom- 
Nitre foGi-  quand  il  marque  dans  fa  même  phrafe  que  l’on  ne  fe  fert  â  prefent  que  du 

Borax  artificiel  qui  cfl  fait  de  l’urine  des  jeunes  garçons  beuvant  vin  ,  laquelle 
on  bac  dans  un  mortier  de  bronze  jufqu’â  ce  quelle  ait  acquife  une confillancc 


des  Drogués  J  Livre  Second.  7P 

d’onguent ,  &  que  l’on  y  ajoute  de  la  roüillc  d’airain  &  quelquefois  du  Nitre  i 
ce  qui  cft  bien  éloigné  delà  vérité , puifquc  le  Borax  n’eft  que  le  Borax  graspii- 
rific  &  mis  en  criftaux. 


CHAPITRE  XLIII. 

JDu  Borax  rafine. 

f^Omnie  le  Borax  naturel  fc  trouve  de  differentes  couleurs,  tantôt  verdâ- 
jtre  &  tantôt  jaunâtre,  les  Vénitiens  qui  ont  efté  les  premiers  qui  ont  mis 
le  Borax  en  ufage  voyant  qu’il  faifoit  de  la  peine  â  employer  avec  fa  graifle  ils  fc 
font  avifez  dele  purifier  en  le  faifantdifToudre  dans  l’eau  ,  le  filtrant  &  le  crifta'i- 
fant,  &  pour  le  réduire  en  criftaux  ,  ils  fe  fervoient  de  meches  de  cotton  fur 
laquelle  le  Borax  fe  criftalifoit  de  la  même  maniéré  que  les  criftaux  de  verd 
de  gris  ou  le  fiicre  candi  fe  criftalife  fur  le  bois. 

D’autres  qui  nefe  fervoient  point  de  cotton,  réduifoient  le  Borax  en  petites 
pierres  de  la  forme  &  figure  d’un  feret  d’éguillettc,  mais  comme  cette  forte  de 
Borax  avoit  un  œil  verdâtre,  les  Hollandois  y  ont  travaillé, &  l’ont  fait  d’un 
oeil  plus  blanc  ôc  plus  de  vente  &  en  plus  gros  morceaux  qui  cft  ccluy  que  nous 
vendons  prefentement. 

On  doit  choifir  ]c  Borax ,  foit  de  Venife  ou  de  Hollande  clair  ôc  tranfpa- 
rant ,  d’un  goufl:  prefquc  infipidc,  prenant  garde  qu’il  ne  foit  mélangé  d’Aluri 
d’Angleterre  ,  ce  qui  cft  affez  d  fiîciic  â  connoître  quand  l’Alun  a  efté  trempé 
dans  une  liqueur,  qu’il  n’eft  pas  befoin  de  nommer,  ôc  apres  qu’il  a  efté  retiré, 
que  l’on  l’a  expofé  quelque  jour  â  l’air  afin  de  luy  donner  un  certain  œil  mar¬ 
te  que  le  Borax  a  ordinairement ,  mai^  la  fourberie  fera  facile  â  connoître,  tant 
parce  que  cet  Alun  ne  braze  aucunement  les  métaux ,  ôc  de  plus  c’eft  que  l’A¬ 
lun  mis  fur  du  charbon  allumé  ne  boufle  pas  tant  que  le  Borax,  Ôc  n’eft  jamafs 
jfî  blanc  ni  fi  Icger ,  ainfi  on  peut  voir  par  là  qu’il  n’y  a  que  les  ouvriers  ôc  le 
feu  qui  le  puiflent  faire  connoître  â  fond. 

Le  Borax  rafiné  cil  fort  en  ufage  par  quantité  d’ouvriers  qui  s’en  fervent 
pour  fouder  ôc  fondre  les  métaux ,  quelques  perfonnes  s’en  fervent  aulfi  pour 
mettre  dans  leurs  compolîtions  dont  ils  fdnt  des  fards,  il  cft  aulfi  quelque  peu 
ufité  dans  la  Médecine  *  en  ce  qu’il  cft  un  des  ingrediens  de  l’onguent  ci- 
trin. 


chapitre  XLI V. 

jDâ  [Alun, 

L'Alun  cil  une  efpcce  de  fcl  folîlle  qui  fe  trouve  en  pierre  de  dilFcrcntes 
grofleurs  Ôc  couleurs  en  pluficurs  endroits  de  l’Europe  ,  mais  principale¬ 
ment  en  Italie,  en  Angleterre  Ôc  en  France  après  que  l’Alun  a  efté  tiré  de  fa 
caricrc  ni  plus  ni  moins  que  l’on  tire  les  pierres  a  Montmatrc,on  brûle  ces  perres 
dans  des  fours  faits  exprès ,  comme  de  la  chaux ,  ôc  lors  qu  elles  font  calcinées ,  on 
en  retire  le  fcl  qui  cft  l’Alun  avec  de  l’eau  en  y  procédant  de  la  meme  ma¬ 
nière  que  l’on  fait  icy  le  falpêtrc ,  un  certain  particulier  m’a  voulu  foûtenif 
çn  prcfcncc  d’une  perfonne  de  probité  que  l’on  ne  fe  favoit  point  d’eau  pour 


Alun  Scidic. 


nicche  pcrpc- 
tiKlle* 


A'bcfton 

Albeftcs. 


8o  Hifloire  generale 

faire  l’AIun ,  &  qu’au  lieu  d’eau  on  fc  fervoit  d’urine  ,  mais  comme  c’efl;  une 
p^rfonne  peu  connue  dans  le  monde  &  fur  laquelle  je  n’ay  pii  ajouter  foy  > 
j’ay  mieux  aimé  m’en  tenir  àeequ’ena  écrit  Mathiolc fur Diofeoride, comme 
témoin  oculaire  qui  en  a  fait  une  fort  ample  defeription  dans  fon  livre  à  la  page 
733.  où  le  Leéleur  pourra  avoir  recours. 

Nous  vendons  ordinairement  de  fx  fortes  d’A’un  ,  fçavoir  l’Alun  de  plume, 
l’Alun  de  Rome,  l’Alun  d’Angleterre,  l’Alun  de  Liège ,  l’Alun  brûlé,  ôc  1  Alun 
fuccarin.  A  l’égard  de  l’Alun  rond ,  liquide  ôe  noir,  je  ne  fçay  ce  qucc’cft. 


CHAPITRE  XLV. 

De  [Alun  de  pliune, 

I’Alun  de  plume  eft  un  minerai  qui  fe  trouve  dans  le  Negrepont,  que 
_ ^quelques-uns  veulent  que  ce  foit  cette  pierre  à  qui  les  Anciens  ont  don¬ 
ne  le  nom  de  lapis  amiantus,  mais  comme  je  ne  fuis  pas  certain  de  la  chofe  , 
je  diray  que  l’Alun  de  plume  que  nous  vendons  eft  une  efpccc  de  pierre  flan- 
dreufede  differentes  couleurs ,  mais  le  plus  fouvent  d’un  blanc  verdâtre  appro¬ 
chant  affez  de  la  figure  du  talc  de  Vcnife,â  la  referve  qu’elle  n’eft  pas  fi  verte, 
ni  fi  luifante ,  ôc  qu’au  lieu  de  fe  mettre  par  écailles ,  elle  fe  levé  par  fi'ets  blancs 
&  doux  femblable  â  la  barbe  d’une  plume ,  d’où  efi:  venu  fon  nom.  C’efi:  pour 
ce  fujct  que  la  plupart  de  l’Alun  de  plume  eft  tout  par  petits  filets  ,  Ôc  qu’il 
s’en  rencontre  peu  en  pierre  &  propre  â  filer  &  à  faire  des  mcclies  perpétuelles. 
L’Alun  de  plume  à  qui  quelques-uns  ont  donné  le  hom  d’Alun  Scicillc  a  t res- 
peu  d’ufage  dans  la  Médecine  ôc  pour  le  prefent  on  ne  s’en  fert  prefque  plus,  du 
depuis  que  le  fecret  de  le  filer  en  a  cfté  perdu,  &  la  toillc  que  l’on  faifoit  avec 
l’Alun  de  plume  lors  qu’elle  efloit  fale,  on  n’avoit  qu’â  la  jetter  dans  le  feu  &: 
on  la  retiroit  blanche  comme  de  la  neige,  c’eft  de  la  toillc  faite  de  ce  minerai 
dont  les  anciens  Romains  fc  font  fervi  pour  conferver  les  cendres  des  Empe¬ 
reurs  ôc  les  féparer  d’avec  celles  des  bois  aromatiques  dont  on  s’efioit  fervi  pour 
brûler  les  corps.  Quelques  perfonnes  fe  fervent  encore  aujourd’huy  de  l’Alun 
de  plume  en  guife  de  cottoii  pour  faire  des  mèches,  &  pour  cet  ufige  il  faut  qu'il 
foit  en  longues  meches  &  les  plus  douces  qu’il  fera  poffible.  Cet  Alun  cflun  puif. 
faut  corrofif,  car  en  quelques  endroits  du  corps  que  l’on  en  mette,  il  fait  des 
ampoulles  caufe  des  demangeaifons  infuportables ,  &  il  n’y  a  autre  remede  que  je 
fâche  finon  de  frotter  la  partie  avec  de  l’huile  d'olive  ôe  aufîi-tofl:  la  demen- 
geaifon  ceffe.  Outre  l’Alun  de  plume  nous  commençons  â  vendre  d’une  cer¬ 
taine  pierre  minérale  ,pcfantc,  blanche  &  cottoneufe,  en  un  mot  fort  fcmbla- 
ble  en  tout  &  par  tout  â  l’Alun  de  plume  &  incombuftiblc  de  même,  ce  qui  a 
donné  occafion  de  l’appellcr  du  mot  grec  alhtfion  qui  fignific  incombufli- 
blc,  6c  par  corruption  nous  l’appelions  albefies.  Cette  pierre  minérale  Q:  trouve 
en  plufieurs  endroits  de  France,  mais  principalement  dans  la  Comté  de  Foycen 
Gafeogne,  &  il  y  a  des  carrières  où  il  s’en  trouve  des  pierres  d’une  groffeur  fur- 
prenante,  &  defquellcs  on  peut  tirer  de  beaux  brins  de  cotton  propre  â  faire 
delà  toillc  qui  fc  pourroit  blanchir  au  feu  comme  la  toille  d’Alun  de  plume. 
Outre  cet  albeftcs  on  trouve  en  France  notamment  fur  les  Pirenées  dans  la 
vallée  de  Campan  fur  des  marbriers  â  trois  lieues  de  Grippe  de  certaines  plan¬ 
tes  d’environ  deux  piedsde  haut ,  qui  ont  leurs  tiges  toute  argentées  &:  les  feuil¬ 
les  aftez  approchantes  de  celles  de  l’ortie  â  la  referve  qu'elles  font  blanches 


des  Drogués ,  Livre  Second.  8r 

defTous  3  d'un  verd  brundefTus  &  comme  chagrinées.  Cette  tige  blanche  apres 
avoir  efte  roüie dans  l’eau  comme  le  chanvre,  on  en  retire  une  cfpece  de  filace 
longue  ôc  large  de  laquelle  on  pourroit  fort  à  propos  faire  de  bonne  toille  & 
qui refiftero  t  au  feu  comme  i’Alün  déplume,  à  la  referve  que  cette  toille  ne 
le  blanchiroit  pas  fi  bien.  11  eft  à  remarquer  que  lors  que  I  on  approche  cette  fi¬ 
lace  du  feu  elle  rougit  d’abord  &  Ce  noircit  principalement  à  la  chandelle  ,  on 
aura  neut-eftre  peine  à  croire  ce  que  j’avance  ,  mais  comme  j’en  ay  pour  faire 
voir  a  ceux  qui  ne  voudront  pas  me  croire  de  que  la  perfonne  qui  l’a  cueilli 
fur  les  lieux  qui  me  l’a  donne  eft  encore  plein  de  vie  qui  eft  un  homme  digne 
de  foy ,  j’ay  trouve  à  propos  de  faire  connoître  au  Publie  que  l’Alun  de  plu¬ 
me  &  l’albcftes  n’eftoient  pas  les  feules  drogues  capables  de  refifter  au  feu. 

Cette  plante  incombuftible  peut  eftre  appelle  albefton  &  la  filace  qui  en  pro¬ 
vient  lin  incombuftible,  en  ce  que  cette  filace  eft  longue,  large  ôc  douce  com¬ 
me  du  Lin. 


CHAPITRE  XLVL 

•  ï)e  l'Alun  de  Rome. 

L’Alun  de  Rome  que  nous  appelions  aulTi  Alun  de  Civitavcfclic  à  caul(i 
que  la  plus  grande  quantité  fe  fabrique  autour  de  cette  ville  eft,  un  Alun 
en  pierre  de  moyenne  grofteur  rougeâtre  au  deflus  ,  Se  au  dedans  claire  &  af- 
fez  tranfparent  ,  d’un  gouft  acide  &  aftez  defagreabîc.  Cet  Alun  eft  d’une  cou¬ 
leur  rougeâtre  en  ce  que  la  mine  ou  pierre  dont  il  eft  tiré,  eft  de  cette  couleur. 

On  doicchoifir  l’Alun  de  Rome  véritablement  rougeâtre  tant  au  deflus  qu’en 
dedans  en  ce  qu’il  y  en  a  qui  rougiflent  de  l’Alun  d’Angleterre  ou  de  Licge 
avec  du  brun  rouge,  mais  la  fourberie  fera  facile  â  connoître,  car  s’i' n’eft  pas 
aufli  rouge  dedans  que  defliis,  c’eft  une  marque  qu’il  a  efte  contrefait ,  il  doit 
eftre  le  moins  rempli  de  menu  que  faire  ce  pourra,  ce  qui  ne  peut  préjudicier 
neanmoins  qu’â  ceux  qui  je  vendent  par  le  détail ,  car  pour  ceux  qui  l’cmployent , 
il  n’importe  pourvu  qu’il  foit  pur  &  net. 

L’Alun  de  Rome  eft  fort  en  ufage  par  les  Teinturiers,  McgiÛiers  &  autres, 
ceux  qui  contrefont  les  perles  s’en  fervent  aulfi.  Mais  il  faut  qu’illbittrcs-parfiir. 


chapitre  xlvil 

De  t  Alun  d Angleterre. 

O 

L’Alun  d’Angleterre  â  qui  les  Anciens  ont  donné  les  noms  d’Alun  de  Ro¬ 
che  ,  d’Alun  blanc ,  &  d’Alun  de  glace ,  eft  un  Alun  clair  &  tranfparent 
comme  du  criftal  que  l’on  nous  envoyé  d’Angleterre  en  pierres  de  differentes 
grofleurs  &  figures, en  ce  qu’il  s’en  rericontre  quelquefois  des  morceaux  de  la 
grofleur  du  corps, quelquefois  clair  &  blanc  comme  du  criftal  te  quelquefois  aufli 
de  differentes  couleurs  comme  de  noirâtre  &  d’humide,  en  un  mot  l’Alun  de 
g’acecft  p’us  ou  moins  beau  fuivant  qu’il  a  efte  plus  ou  moins  purifié. 

Comme  cet  Alun  eft  beaucoup  en  ufage  par  plufieurs  corps  de  métiers  qui 
s’en  fervent  j  entr’autres  les  Monnoycurs  ,  Teinturiers  &  meme  en  Médecin® 

A  a  ii; 


Pline  ne  s’efl 
pas  tout-i- 
f'ait  trompé 
tjuand  il  a  Jir 
qu’il  y  avoit 
du  lin  incom. 
buft rbJe  ,  té 
que  Matbio- 
le  tiairc  de 
fable  fort 
mal-à-pro¬ 
pos  au  chapi¬ 
tre  du  Lafh 
mientus. 


Lin  incôtii'» 
bullible. 


82  Hiftoirc  generale 

pour  pluficurs  préparations  qui  fe  trouveront  décrite  cy-apres,  on  le  doitchoi- 
fir  blanc,  clair  &  tranfparcnt,  le  plus  fec  ôc  le  moins  rempli  de  menu  ôc  de  pied 
qu’il  fera  polTible,  on  prendra  garde  que  ce  ne  foit  de  l’Alun  de  Liège  ou  de 
Mczierc  qui  ne  diftere  de  l’Angleterre  qu’en  ce  qu’il  ell  plus  gras,  ainfi  moins 
Mczicre.  convcnablc  aux  T cinturiers  &  qu’i's  ne  s’en  fervent  que  faute  d’avoir  de  véritable 
Alun  d’Angleterre.  Nous  voyons  depuis  peu  un  certain  Alun  verdâtre  femblable 
en  figure  à  du  Salpêtre  qui  fe  fait  d’une  pierre  qui  fe  tire  d'une  carrière  prés  de  Soif- 
fons  en  Picardie,  mais  comme  cet  Alun  n’eft  encore  d’aucun  ufage,  tant  a  caufe 
de  fa  ma!  façon  que  parce  que  l’on  n’en  connoît  pas  encore  les  proprietez,  c’eft  pour 
Eau&  cfprit  cc  fujct  qucje  n’cn  d?ray  rien.  On  tiredel’Alun  d’Angleterre  par  Icmoyen  d’une 
alambic  une  eau  claire  &  acide  que  nous  appelions  eau  d’Alun  dont  on  fe  fert 
pour  mettre  aux  yeux,  après  le  flegme  fort  un  cfprit  acide  dont  on  peut  fe  fer- 
vir  dans  les  fievres  continues  &  tierces,  il  efl;  encore  proprepour  guérir  les  pe¬ 
tits  chancres  qui  viennent  dans  la  bouche  ,  la  doze  efl:  depuis  quatre  jufqu’à 
huit  goûtes  ,  ce  qui  refte  dans  le  vaifleau  qui  efl;  une  mafle  blanche  &  Icgcre 
efl  ce  que  nous  appelions  Alun  brûle  ,  mais  comme  l’eau  &  1  cfprit  d’Alun 
Alun  btûlj.  font  peu  en  ufage,  ceux  qui  ont  befoin  d’Alun  brûlé  ne  s’amuferont  pas  à  le 
diflilicr  ,  mais  mettront  de  l’Alun  de  glace  dans  un  pot  qu’ils  placeront  au 
milieu  d’un  bon  feu  ,  àc  lors  que  J’Alun  fera  devenu  extrêmement  léger  &c 
blanc,  on  le  retirera  &  on  le  gardera  pour  le  befoin.  L’Alun  calciné  ou 
brûlé  doit  cflrc  léger,  fryablc  ,  c’eft  à-dire  facile  à  mettre  en  poudre  &  pren¬ 
dre  garde  que  ce  ne  foit  de  l’Alun  pafle  par  un  tamis  de  foyc  que  l’on  aura 
^  faux  Alun  cnfctmé  dans  un  fac  bien  lié  pour  le  faire  venir  en  pierre  ou  en  morceaux. 

Cette  fourberie  fera  facile  à  connoître  en  ce  que  ce  faux  Alun  efl  lourd,  ex¬ 
trêmement  blanc,  plâtreux  &  d’un  goufl  acide. 

Le  véritable  Alun  brûlé  efl  fort  propre  pour  manger  les  chairs,  les  perfon- 
ncs  de  qualité  s’en  mettent  des  petits  fachets  fur  les  aiflcllcs  &  fur  la  plante  des 
pieds  pour  empêcher  la  fucur,mais  il  faut  que  l’Alun  brûlé  foit  extrêmement  fin* 


CHAPITRE  XLVIIL 

De  l'Âlun  fuccarin, 

L’Alun  Succarin  ou  Zaccarin  en  ce  qui  rcffemble  à  du  fucrc  efl  de  l’Alun  de  gk~ 
ce,  de  l’eau  roze  &  des  blancs  d’œufs  cuits  cnfemble  jufqu’âune  confiflancc 
folidc  ,  &  cet  Alun  cftant  cuit  te  réduit  en  pâte,  on  le  met  de  telle  figure  que 
l’on  fouhaitte,  te  apres  cflrc  refroidi,  efl  dur  comme  de  la  pierre. 

On  fe  fert  d’Alun  fuccarin  ,  pour  mettre  dans  les  fards. 

Il  y  a  encore  d’autres  fortes  d’Alun  ,  fçavoir  cette  pierre  blanche  &  tranf- 
parente  femblablc  prefque  en  tout  au  criflal  de  roche  à  qui  l’on  a  donné  le 
Viimi  sca,  nom  d’Alun  Scayolle  ou  de  pierre  fpeculairc  ou  miroir  d’âne  ,  qui  fe  trouve 
dans  les  carrières  de  Paffi  avec  le  (^is  ,  &  qui  après  avoir  cflé  brûlé  & 
calciné  efl  d’un  très  beau  blanc,  mais  cc  qu’il  y  a  de  fâcheux,  c’efl  que  c’efl  un 
blanc  de  plâtre,  depuis  peu  on  trouve  quantité  de  cette  Alun  dans  la  terre  glai- 
fc  de  Pafli  avec  le  Quis  dont  j’ay  cy-devant  parlé ,  d’autres  fe  fervent  d’une  au¬ 
tre  pierre  fpeculairc  que  nous  appelions  gip  ou  plâtre  ,  on  a  aufli  donné  le 
îAïunCatin,  d’Aluu  catin  â  la  fonde  ,  comme  je  l’ay  marqué  en  fon  lieu  &  place  ^ 

quelques-uns  difent  que  le  mot  d’Alun  dérive  du  mot  Latin  lumen^  qui  %n]fic 
lumière ,  en  ce  que  l’Alun  donne  la  lumière  ou  éclat  aux  teintures  ,  que 
fans  Alun  on  ne  peut  guercs  teindre  ni  enluminer. 


HISTOIRE 

gener'ale 

DES  DROGUES 


LIVRE  TROISIEME 

PREFACE, 

Des  Bitumes, 


È  mot  âe  hitume  k  proprement  •péirlerjignifie  une  mdtiere  infldmMe  y  gra/Je , 
Cb  ouBueufe  qui  fe  trouve  de  differentes  couleurs  conffldnce  ,  tdnt  dans 
les  entrailles  que  fur  la  Jùperficie  de  la  terre  ou  nageant  fur  i  eau ,  cefl  pour  ce 
fujet  que  nous  avons  de  plufieurs  fortes  de  bitumes  ,  Les  uns  durs  ,  les  autres 
mois  y  les  autres  coulant  comme  de  l'huille ,  les  bitumes  épais  que  nous  Ven¬ 
dons  y  font  l’ambre  jaune,  le  gejl  y  le  bitume  de  Judée  ,  le  Pif-ajphaltum  y  le  charbon  de  terre  ^ 
la  P  erre  noire  O'  les  fouphres ,  les  mois  font  le  Maltha ,  le  bitume  de  Colao ,  de  Sirnam  &  le 
hitume  copal ,  les  liquides  font  le  Naptha  d'Italie  CP  le  Petroleum  dont  la  defeription  fe  trotta 
vera  çy  apres  décrite  les  unes  après  les  autres. 


CHAPITRE  PREMIER* 

De  î  Ambre  jaune». 

L’Amtîrc  jaune  à  qui  les  Anciens  ont  donne  le  nom  Succin  ou  de  Kara-» 
bc  eft  un  bitume  de  difFcrcntcs  couleurs ,  y  en  ayant  de  blanc  &  de  jau¬ 
ne.  Ce  bitume  eftant  dans  Ton  centre  ou  lieu  natal  eft  liquide,  mais  a  mefuré 
ou’il  en  fort,  il  le  durcit  &  devient  telle  que  nous  l’avons,  comme  ce  bitume 
fort  liquide  des  entrailles  de  la  terre  &  qu’il  ne  manque  pas  de  fc  venir  ren¬ 
dre  fur  des  eaux  courantes ,  il  entraîne  avec  luy  tout  ce  qu’il  rencontre  ,  c’cit 
pour  ce  fujet  qu’il  fc  trouve  dans  noftrc  Karabc  plufieurs  corps  ctraiigc«^ 


KâiiW- 


foui  Kuabé, 


Trochifqucs 
de  K  subi. 


84  Hifioire  generale 

ou  bien  comme  ce  bitume  ne  fc  durcit  pas  tout  d’un  coup  ,  quantité  d’ani¬ 
maux  s’y  attachent  y  meurent  5  la  plus  grande  partie  de  l’ambre  jaune  que 
nous  voyons  fc  trouve  au  rivage  de  certaines  petites  rivières  qui  font  fituez 
proche  la  mer  Baltique  dans  la  PrufTc  Ducale ,  il  s’en  trouve  aufli  lur  le  fable  qui 
a  cfté  jettec  par  le  moyen  des  vents  ,  &;  cette  marchandife  n  eft  pas  celle  qui 
rapporte  le  moins  de  profit  au  Duc  de  Brandebourg,  puifqu  il  retire  des  lieux  où 
fc  trouve  l’ambre  jaune  plus  de  vingt  mille  cens  tous  les  ans,  fans  conter  la  dc- 
penfe  que  ceux  qui  l’afferment  font  obligez  de  faire  pour  y  entretenir  du  mon¬ 
de,  pour  empêcher  que  des  particuliers  n’en  prennent,  fi  bien  qu’il  eft  de  nc- 
cefticéabfoluë,  que  l’ambre  jaune  ou  Karabé  rapporte  plus  de  cent  mille  livres  de 
rente. 

;  Ce  que  je  dis  fcmbicra  peut-eftre  étrange  à  ceux  qui  ne  fçavcnt  pas  le  grand 
ufage  que  l'on  fait  de  l’ambre  dans  la  Chine  2c  parmi  les  Sauvages  ôc  meme 
en  huropc,  mais  la  plus  grancj^  confommation  s’en  fait  en  Autriche,  en  Al¬ 
lemagne,  en  Pologne  &:  autour  de  Venife,  Se  ç’a  efte  les  Vénitiens  quil’ont  mis 
en  vogue,  en  forte  qu'il  y  a  fprt  peu  de  perfonnes  dans  la  Lombardie  &  me¬ 
me  le  long  du  Po  qui  ne  porte  des  colliers  d’ambre,  en  ce  qii’ils  croyent  que 
l’ambre  eft  propre  à  guérir  les  maux  de  gorge  àquoy  ils  font  fort  fujctsàcau- 
fc  des  méchantes  eaux  qu'ils  boivent.  Se  i’Hiftoire  nous  apprend  que  les  Ro¬ 
mains  en  tenoient  tant  de  compte  ,  que  Néron  en  fie  venir  une  grofle  quantité. 
Il  n’y  a  gucres  d  endroits  où  l’ambre  fe  travaille  mieux  qu’en  Pologne  &  dans 
la  baffe  Hongrie ,  &  de  la  chereté  qu’il  s’y  vend ,  car  lors  que  ces  peuples  rencon¬ 
trent  un  morceau  d’ambre  d  une  grofteur  raifonnablc  fans  aucun  defaut ,  ils 
l’eftiment  &  le  préfèrent  à  for,  &  lors  que  cet  ambre  eft  d’une  grofteur  raifon¬ 
nablc  ou  extraordinaire,  celuy  à  qui  il  appartient  le  vend  ce  qu  il  veut,  &  ces 
peuples  font  fi  amateurs  de  cette  marchandife,  que  rien  ne  leur  fcmble  plus  beau. 
Pour  en  France  il  n’y  eft  pas  tant  eftimé,  quoyqu’il  n’y  ait  pas  long-temps  que 
l’ambre  cftoit  tellement  en  vogue  ,  que  tout  ce  qu’il  y  avoit  de  gens  de  qualité 
portoient  des  colliers  d’ambre ,  mais  à  prefent  il  eft  fi  commun ,  qu’il  n  y  a  plus 
que  ies  fervantes  qui  en  portent.  Outre  le  grand  ufage  qu’a  l  ambre  jaune  pour 
faire  des  bijoux  ,  il  eft  quelque  peu  d’ufagedans  la  Médecine ,  tant  pour  le  broyer 
que  pour  en  tirer  une  teinture, un  efprit,un  fcl  volatil,  2:  une  huillc,&pour 
en  faire  du  verni  d’Efprit  de  Vin. 

Le  Karabé  doit  eftre  clair  &  tranfparcnt  ,  attirant  à  foy  la  paille  d’où  eft 
venu  fon  nom  de  Karabé  qui  fignifie  en  Langue  Perfanne  tire  paille ,  il  doit 
eftre  blanc  ,  lors  que  c’eft  pour  faire  quelques  ouvrages  ou  pour  broyer,  mais 
lors  que  c’eft  pour  pafler  par  le  feu,  il  n’importe  de  quelle  couleur  il  foit,  pour¬ 
vu  qu’il  foit  véritable  Karabé,  en  ce  qu’il  y  en  a  beaucoup  qui  ne  vendent 
que  de  la  gomme  copal  de  l’Amérique  dont  j’ay  cy-devant  parlé ,  ce  qui  ne  fe¬ 
ra  pas  difficile  à  connoître,  en  ce  que  la  gomme  copal  eft  en  morceaux  de  la  grof- 
feur  &  figure  de  la  gomme  Arabique,  &c  le  Karabé  eft  ordinairement  en  gros 
morceaux,  &  meme  le  plus  fouvent  enveloppé  d’une  manière  de  peau  qui  luy 
fert  comme  de  matrice  i  c’eft  que  lors  que  l’ambre  jaune  eft  brûlé  à  la  chandelle, 
il  put  extrêmement  i  &  de  plus ,  c’eft  qu’il  doit  enlever  la  paille,  ecque  la  gomme 
copal  ne  fait  point.  Quelques  perfonnes  m’ont  affuré  que  l’on  contrefaifoit  l’am¬ 
bre  jaune  avec  de  la  therebentine  &  du  coton,  ou  bien  avec  des  jaunes  d’œufs 
&  U  gomme  Arabique ,  mais  tomme  je  crois  que  ce  prétendu  Karabé  ne  vau- 
droit  pas  grande  chofe,  je  crois  que  1  on  ne  doit  pas  appréhender  qu’il  foit  con¬ 
trefait  avec  fes  Drogues. 

On  broyc  ce  Karabé  fur  une  pierre  Se  on  en  fait  des  trochifqucs  qui  ont 

quelque 


des  Drogues, Livre Troifiéme.  % 

quelque  peu  d’ufagc  dans  la  Médecine,  principalement  pour  arrcfterlc  crache¬ 
ment  de  fang ,  les  diflcnterics  &  autres  maladies  de  meme  nature.  Sa  dofe  cft  de¬ 
puis  dix  grains  jufqu’à  trente  fix  dans  une  liqueur  convenable  à  la  maladie,  on 
tire  de  ce  Karabc  broyé  par  le  moyen  de  lElprit  de  vin  une  ceinture  jaune  doücc  ^ 

detres-bonnes  qualicez,  fur  tout  pour  l’apoplexie,  paralyfie  &  répilepfic,efl:anc  Karabé. 
prife  depuis  i  o  goûtes  jufqu’à  une  dragme  dans  quelque  liqueur  approprié  à  la 
maladie.  Quelques-uns  diüolvent  dans  cette  teinture  du  Camphre  rafiné  en 
font  ce  qucMonfieurdc  Solayfel appelle beaume  ardent  qui  dicedre  un  remède 
pour  les  playes,mcurtriffurcs  &  humeurs  froides  ,  tant  pour  les  hommes  que  pour 
les  chevaux,  ainfi  qu’il  eft  décrit  dans  fon  livre  à  la  page  274  &  où  le  Le-  Stanmcir- 
<^cur  pourra  avoir  recours. 


CHAPITRE  II. 

De  îefprit  &  huille  de  Karabe. 

OM  tire  du  ÎCarabé  grofTicremcnt  pilé  par  le  moyen  d’une  Cornue  de  Ver- 
re  ou  déterré,  un  cfprit  rougeâtre  &  une  huille  verdâtre  &  fort  puante. 

L’cfprit  de  Karabé  eft  un  excellent  apéritif  &  fort  propre  pour  la  gueiifon 
du  feorbut  eftant  pris  dans  quelques  liqueurs  depuis  lo  jufqu  à  14  goûtes. 

A  l’égard  de  l’huille  elle  n’cft  guercs  en  ufage  que  pour  appaifer  les  vapeurs, 
eftant  porté  fur  foy  pour  la  fleurer  de  temps  en  temps  ou  en  frottant  le 
poignet  &  le  nez  ;  ft  on  veut  rendre  cette  huille  d’une  belle  couleur  claire  &;  rou-  rî^caifié.' 
geâtre,  il  n’y  aura  quala  mélanger  avec  de  la  terre  ou  du  fable  &  la  rediftiller. 

Ceux  qui  dcfircront  avoir  un  fel  volatil,  un  efpritôc  une  huille  de  Karabé  blan- 
chc,  n’auront  qu’a  fc  fervir  d’une  Cornue  de  verre  au  reu  de  labié,  &  par  ce  moyen  le  Ae  Karabé 
on  fera  trois  belles  operations  &  qui  feront  doüées  de  bonnes  qualitcz  pour  la 
guerifon  des  maladies  dont  j’ay  cy  devant  parlé  ,  â  1  égard  du  fcl  volatil  ,  ft 
on  ne  le  trouve. pas  aflez  beau  ,  on  n’aura  qu’â  le  mgttrc  dans  une  petite  phio- 
le  &  le  faire  fublimcr  fur  un  petit  feu  &  eftrc  foigneux  de  le  tenir  bien  bou¬ 
ché,  car  c’eft  une  marchandife  qui  fe  diflipe  &  fc  pert  a  l’air  ce  qui  le  trou¬ 
vera  dans  la  Cornue  eft  d’un  tres-beau  noir  luifant  fcmblabic  au  bitume  de  Ju¬ 
dée. 


CHAPITRE  III. 

Du  Geejl  ou  Jayet, 

Le  Gccft  que  l’on  peut  appeller  avec  jufte  raifon  Karabé, fuccin  ou  am¬ 
bre  noir,  eft  auflî  une  efpecc  de  bitume  qui  fe  rencontre  dans  les  entrailles 
de  la  terre,  &  fort  peu  proche  des  caux,le  jayet  eft  un  bitume  fort  dur  ôc  d’un  noir 
luifant  qui  fe  trouve  en  pluficurs  endroits  de  l’Europe,  tant  en  Allemagne  , 
Suède,  qu’en  Irlande  &  même  en  France,  l’endroit  de  France  où  il  fe  trouve 
le  plus  de  Jayet,  eft  entre  la  faintc  Beaume  &  Toulon,  ôi  il  eft  fi  commun  en 
Irlande  ,  que  l’on  le  voit  quelquefois  qui  pafle  au  travers  des  pierres  &  des  ro¬ 
chers.  QLielcjues  Autheurs  veulent  que  le  Gccft  foit  de  l’ambre  jaune  donc  l’huil- 
le  en  a  cfté  tirée  par  les  feux  fouterrains,  &  que  c  eft  de  luy  doù  provient  le 
Naphtaôc  le  Petroleum,  ce  qui  n’cft  pas  tout-à- fait  hors  de  bon  fens. 

Bb 


86  Hiftoire  generale 

Le  Gecfl:  a  les  memes  ufages  pour  la  parure  que  l’ambre  jaune,  mais  pour  la 
Médecine  on  ne  s  en  fert  gucres  que  pour  en  tirer  l’buille,  &  de  laquelle  on  fc 
fert  pour  les  memes  maladies  quel’huillc  d’ambre  jaune. 

A  l’egard  de  fon  choix  il  n’en  a  point  d’autres  que  d’eftre  bien  dur  &  d’un  tres- 
bcau  noir  luifant,  ainli  que  nous  le  dit  le  Proverbe. 


CHAPITRE  IV. 

Du  Bitume  de  Judée, 

Le  Bitume  de  Judée  ou  Afphaltum  efl;  un  bitume  qui  Ce  trouve  nageant 
fur  la  fupcrficie  des  eaux  du  Lac  où  cftoienc  autrefois  les  villes  de  Sodo- 
me  &  de  Gomore,  &  le  nom  d’afphaltum  luy  vient  du  Lac  ou  de  la  Mcral- 
phaltique  qui  fignifie  mer  d’alTurance  en  ce  qu’elle  cft  extrêmement  forte,  & 
tout  ce  qu’on  y  jette  nage  deflTus ,  elle  eft  aulîi  appclléc  mer  morte  dautant  qu’el¬ 
le  ne  nourrit  aucun  poiflon  ni  autres  belles  vivantes,  a  caufe  qu  elle  ell  extrê¬ 
mement  Talée  &  amercôc  de  fa  puante  odeur,  mais  en  récompenfe  il  s’y  trou¬ 
ve  delius  quantité  de  ce  bitume  qui  y  nage  comme  de  la  graifle  dont  les  habi- 
tans  des  lieux  qui  font  Arabes  retirent  de  gros  profits,  en  ce  qu’ils  s’en  fervent 
pour  gaudronner  leurs  vaificaux ,  ni  plus  ni  moins  que  les  Septentrionaux  ÔC 
nous  le  fervent  de  la  poix ,  c’cfl  une  chofeadmirable  que  lors  que  ce  Lac  cft  af. 
fez  charge  de  bitume,  il  s’élève  une  puanteur  lî  grande  en  l’air,  que  les  habi- 
tans  font  contraints  de  le  recueillir  &  de  le  mettre  à  terre,  &  la  puanteur  en  eft 
lî  grande  que  tous  les  oifeaux  qui  palTentau  deflus  tombent  morts  dedans,  ôc 
ce  qui  caufe  que  les  habitans  des  lieux  ne  vivent  que  très  peu  de  temps. 

Le  bitume  de  Judée  ou  afphafte  cft  fi  femblableà  la  belle  poix  noire  de  Sto- 
cholm  ,  que  fi  ce  neftoit  l’odeur  puante  de  la  poix  &  que  le  bitume  de  Judée 
cft  plus  dur,  il  n’y  a  perfonne  qui  en  puifle  faire  la  dilîcrence,  5c  cette  gran¬ 
de  ümilitude  a  donné  fujet  au  Prophète  Efdras  de  l’appcllcr  poix  comme  il  eft: 
marqué  en  ce  p^iiCage  gens  i»iaU  memorare  quid  fecerim^Sodoma  O*  Gomora,  quorum  ter¬ 
ra  jacet  in  f  iceis  glebis  agerribus  cinetum. 

L’ufagc  du  bitume  de  Judée  cft  de  faire  ces  beaux  noirs  luifants  de  la  Chi¬ 
ne,  il  a  quelque  peu  d’ufage  en  Médecine  en  ce  qu’il  cft  un  des  ingrediens  de  la 
Thériaque  où  il  n’a  befoin  d’autre  préparation  que  d'eftre  véritable  ,  d’un  tres- 
beau  noir  luifant ,  faifant  le  Soleil  5c  de  nulle  odeur,  &  prendre  garde  qu’il  ne 
pis-âfphaitu  ne  foit  mélangé  de  poix  noire  qui  eft  ce  que  l’on  appelle  pifafphaltum  artificiel , 
ainficici,  difficile  à  connoître  en  ce  que  ce  bitume  artificiel  cft  d’un  vi¬ 

lain  noir  5c  d’une  odeur  puante  ,  c’eft  une  erreur  de  croire  comme  le  mar¬ 
quent  quelques  Auteurs ,  entr’autres  Monfieur  de  Furtiere,  qui  dit  que  l’on  n’ap¬ 
porte  plus  du  bitume  de  Judée  ,  5c  que  celuy  que  les  Apoticaircs  vendent  efl 
une  compofition  qu’ils  font  de  poix  &  d  huille  de  petrollc,  chofe  autant  éloi¬ 
gnée  de  la  raifon ,  que  je  ne  crois  pas  qu’il  y  ait  des  Apoticaircs  affiez  fripons 
5c  aflez  ignorants  pour  faire  une  telle  dompofition ,  cependant  que  nous  vendons 
du  véritable  bitume  de  Judée  à  un  prix  affez  railonnable ,  5c  il  auroit  mieux 
fait  de  fc  taire  auffi  bien  que  quantité  d’autres  qui  fc  font  mêlez  d’écrire  des 
L>rogucs  qui  n’y  entendoient  que  le  haut  Allemand,  ce  quiacaulé  &  qui  cau¬ 
fe  encore  aujourd’huy  des  erreurs  5c  des  quid pro  quo  épouvantables  ,  cc  qui  re¬ 
garde  la  perfonne  du  Roy  5c  1  intereft  publique. 


des  Drogues,,  Livre  Troifiéme.  87 


CHAPITRE  V. 

Du  charbon  de  terre. 

X  E  Charbon  de  terre  efl;  une  crpccc  de  bitume  dont  les  Serruriers  &  Maref- 
I _ ^chauxfc  fervent  pour  chaufer  le  f.r,  ccluy  d’Angleterre  eft  eftime  le  meil¬ 

leur,  quoyqu’il  y  en  a  quiaflurent  queceluy  delafoflcen  Auvergne  ne  luy  cede 
de  gueres,  ceftune  marchandife  qui  fc  confomme  beaucoup  en  France  &  dont 
nous  faifons  un  fort  gros  négoce  ,  on  prétend  que  le  meilleur  efl:  celuy  qui  efl:  le 
moins  foufreux,  qui  chauffe  &  qui  dure  le  plus  long  temps  au  feu  ,  quelques- 
uns  veulent  que  le  Charbon  de  terre  foit  le  refidu  de  l’huile  depetrollc  quis’cfl: 
fait  dans  les  entrailles  de  la  terre, ce  qui  efl:  aflez  probable,  en  ce  que  l’on  peut 
tirer  du  charbon  de  terre  une  huile  toute  femblable  a  l’huile  de  pctrolle. 


CHAPITRE  VL 

De  la  terre  Ampelite. 

La  terre  Ampelite  ou  pierre  noire  efl:  un  bitume  fec  &  rempli  de  fouphre^ 
facile  a  mettre  en  poudre  5e  â  fc  lever  en  écailles ,  qui  fc  trouve  dans  les  en¬ 
trailles  de  la  terre  en  plufieurs  endroits  de  la  France ,  nous  avons  de  deux  for¬ 
tes  de  pierre  noire  ,  l’une  tendre  &  l’autre  dure  que  nous  faifons  venir  d’au¬ 
près  d’Alençon  pays  du  Maine  ,  l’ouverture  de  la  carrière  dont  on  tire  cette 
pierre  noire  appartient  à  un  Curé  de  Paroifle  qui  en  retire  tous  les  ans  fept  à 
huit  cens  livres  de  rente,  &  la  carrière  d’où  elle  fe  tire  a  bien  quarante  à  cin¬ 
quante  pieds  de  profondeur,  quoy  que  cette  pierre  foit  une  marchandife  de  bas 
prix  ,  on  ne  laiffe  pas  d’en  faire  un  affez  gros  débit  ,  en  ce  qu’il  n’y  a  gueres 
d’ouvriers,  foit  en  pierre, foit  en  bois  qui  ne  s’en  fervent ,  &  pour  eftre bonne, 
elle  doit  eftre  nouvelle  tirée  de  la  mine,  en  ce  que  lors  qu’elle  efl  vieille,  elle 
fc  convertit  en  poudre  &  devient  en  Salpêtre  ,  elle  doit  eftre  Icgcrc  ,  ni  trop 
molle ,  ni  trop  dure  &  bien  feiche,  quelques-uns  ont  donnez  à  cette  pierre  le 
nom  de  terre  a-vigne,  en  ce  qu’elle  empêche  &  tuëlcs  vers  qui  montent  aux  vi¬ 
gnes  ,  &  pharmacitis  parce  qu’elle  eft  mcdecinale. 


CHAPITRE  VII. 

Du  Soufre  vif. 

Le  Soufre  vif  eft  une  glaifc  facile  à  brûler,  &  en  brûlant  jette  une  odeur 
de  Soufre  qui  nous  eft  apporté  de  la  Sicile  &  autres  endroits. 

On  doit  choifirle  Soufre  vif  ainfi  appellé  à  caufe  qu’il  fe  vend  &  employé 
comme  il  fort  de  la  terre,  tendre  ,  facile  àcafler ,  fryablc  ,  uni  ,  doux  ,  lui- 
fant  tant  au  dehors  qu’au  dedans ,  &  d’un  gris  de  fouris ,  ce  qui  le  fait  appel- 
lcr  de  quelques-uns  Soufre  gris  ,  il  doit  eftre  le  moins  graveleux,  &  le  moins 
rempli  de  menu  qu’il  fc  pourra. 

Bbij 


Huile  decbafS 
bon  de  tette. 


88  Hilloire  generale 

Ce  Soufre  eft  fort  peu  en  ufage,  n’efl  pour  quelques  operations  particü-i 
lietes&:  pour  quelques  compofitions  galcniqueoù  il  entre,  mais  beaucoup  plus 
par  les  Cabarctiers  qui  l’employent  avec  la  fleur  de  Soufre,  Sucre,  Anis  ,  Ca¬ 
ndie,  Mufeade,  Gerofle  &  autres ,  dont  ils  fe  fervent  pourfoufrer  les  tonneaux 
où  ils  mettent  du  vin,  tant  pour  le  tranfporter  que  pour  empêcher  qu’il  ne  fc 
gâte. 

Quelques  Apoticaires  s’en  fervent  pour  battre  avec  de  la  Scamonéc  qu’ils 
appellent  Scamonce  préparée  ou  diagrede  ,  &  par  ce  moyen  en  peuvent  faire 
meilleur  marché  que  leurs  voifins  qui  apportent  tous  leurs  foins  à  la  préparer 
comme  il  faut ,  ce  qui  eft  très  mal  fait. 


CHAPITRE  V  I  I L 

JOu  ^uphre  minerai 

Le  Souphre  minerai  eft  un  bitume  dur  &  terreux,  d’une  couleur  jaune  a{- 
fez  luifant ,  d’une  odeur  de  Souphre  Sc  puante,  facile  â  fondre  &  à  bru-* 
1er  ,  &cft  plus  ou  moins  beau  fuivant  les  impurctez  dont  il  eft  chargé,  &  qu’il 
a  rencontré  dans  la  mine.  Le  Souphre  minerai  vient  du  Mont  Vefuvc. 

On  doit  choifir  ce  Souphre  quoyquc  fort  peu  de  demande,  â  caufe  du  peu 
d’ufage  qu’il  a,  neanmoins  comme  on  en  cherche  quelquefois  pour  des  par¬ 
ticuliers  qui  en  ont  befoin ,  il  faut  qu’il  foit  en  beaux  morceaux  d’un  jaune  do-’ 
ré,  luifant,  le  moins  rempli  de  terre  &  de  menu  qu’il  fera  poflible. 

A  l’égard  de  fes  ufages  &  qualitcz  je  n’en  fçache  pas  d’autres  que  de  pareil¬ 
les  à  ceux  de  celuy  que  nous  appelions  Souphres  en  Canons ,  qui  n’cft  que  ce 
Souphre  icy  purifié,  comme  il  fe  verra  cy-aprés. 


CHAPITRE  IX. 

Z)«  Souphre  en  Canon. 

Le  Souphre  en  Canon  eft  du  Souphre  minerai,  jaune  ,  fondu,  &  par  le 
moyen  de  l’huillc  véritable  baleine  &  des  moules  eft  rendu  de  la  manié¬ 
ré  que  nous  le  voyons  ,  ce  Souphre  eft  plus  ou  riioins  beau  &  doüé  de  bon¬ 
nes  qualitez  ,  fuivant  qu’il  a  cfté  bien  purifié  &  fuivant  les  endroits  où  il  a  cfté 
travaillé  comme  celuy  d’Hollande  eft  beaucoup  plus  beau  que  celuy  de  Veni- 
fe  &  que  celuy  de  Marfeillc  qui  font  les  trois  endroits  d’où  nous  tirons  des  Sou- 
phres  &  où  il  fcrafinc,Mcmeurs  dcTArfcnalcn  font  fabriquer  quantité,  mai» 
ils  l’employent. 

On  choifira  le  Souphre  en  Canon  véritable.  Hollande  en  gros  Canons  & 
longs ,  non  pas  parce  qu’il  eft  dune  meilleure  qualité  ,  mais  d’une  plus  belle 
vente  &  d  un  jaune  doré  ,  léger,  facile  à  cafter ,  &  qu’eftant  ferré  dans  la  main 
&  prefente  à  l’oreille  ,  pétille  &  fafte  du  bruit  &  le  caife  ,  &  qu  cftant  cafte  , 


des  Drogués,  Livre  Troifiémè.  89 

{)âroiflrc  comme  criftiiliré ,  qui  font  les  mârqiies  de  celuy  d’Hollande  oii  deVe- 
nife  &  celuy  qui  doit  eftre  employCjSc  rejettcrcndercmenclc  Souphrede  Mar- 
feillc  qui  cfi;  ordinairement  en  petits  ou  gros  Canons  d’une  figure  malbaftie, 
&  d’une  couleur  grisâtre  n’eftant  prcfquc  que  delà  terredediray  neanmoins  que 
depuis  deux  ou  trois  ans  qu’il  ne  vient  plus  de  Souphre  d’Hollande,  les  Mar- 
fcillois  n’ont  pas  fait  mentir  le  proverbe  ,  car  ils  ont  tant  cherché,  qu  ils  ont 
trouvé  le  moyen  de  le  rendre  prefque  auffi  beau  que  les  deux  précédente  ,  &c 
prefentement  les  plus  habiles  y  font  trompez  ,  &:  il  efi:  probable  que  fi  nous 
voulions  nous  donner  la  peine  de  travailler,  nous  ne  ferions  pas  obligez  d  a- 
Voir  recours  aux  étrangers  qui  fe  moquent  de  nous  &  qui  ont  nofire  argent  j 
car  la  France  produit  tout  ce  que  I  on  puis  fouhaitter  fans  aller  courir  fi  loin  , 
&  fi  nous  avons  vécu  dans  l’ignorance  ,  c’efi:  que  jamais  aucun  négociant  nd 
s’efi:  mêlé  d’écrire  ni  de  s  enquefter  comme  venoit  &  fe  fabriquoit  la  marchan- 
dife,  &  comme  il  n’y  a  jamais  eu  que  des  Médecins  &  quelques  Apoticaires 
ou  quelques  particuliers  qui  ont  voyagé  qui  n’entendoient  rien  aunegocCjqui 
ont  mis  la  main  à  la  plume,  c’eft  le  fujet  pour  lequel  les  étrangers,  fur  tout 
les  Hollandois  ont  profité  de  noftre  ignorance  &  nonchallance  ,  ce  que  nous 
ne  ferons  plus  Dieu  aidant,  au  moins  pour  rtlon  particulier  je  fetay  en  forte  que 
mes  Confrères  me  fuivront ,  tant  pour  n’avoir  pas  les  peines  &  les  rifques  dd 
•faire  venir  des  marchandifes^dc  fi  loin  que  nous  pouvons  établir  en  France  , 
au  moins  ou  â  aufii  bon  marché,  &  que  le  Public  ne  fera  pas  trompé  comme 
il  eft,  comme  on  le  pourra  voir  dans  tout  le  cours  de  ce  prelent  ouvrage,  &: 
comme  je  ne  puis  faire  connoîcrc  ce  que  j’avance  que  je  ne  fafle  voir  l’erreur 
des  Anciens  dont  Dieu  me  preferve  d’en  mal  parler,  en  ce  qu’il  ne  faut  jamais 
médire  des  morts,  ils  n’y  font  plus  pour  fe  défendre  ,  mais  des  vivans  quand  il 
y  en  a  &  qui  peuvent  vous  répondre,  c’eft  le  fujet  pour  lequel  je  ne  puis  m’em¬ 
pêcher  de  faire  connoître  l’imprudence  ,  ou  fi  j’ofe  dire  l’ignorance  de  cer¬ 
tains  Auteurs  nouveaux  qui  ont  écrit  touchant  les  Drogues  des  faufiTctez  qui 
n’ont  jamais  cfté  &  jamais  ne  feront,  &  ils  auroient  bien  mieux  fait  de  n’en 
rien  dire,  qued’écrire  ce  qu’ils  n’ont  jamais  vu  ni  connu, &  qui  font  cauTe  que  cha¬ 
cun  vit  dans  l'ignorance  comme  eux ,  &  que  quelques  habiles  gens  qui  ont  écrit 
depuis  eux,  comme  eft  Monfieur  de  Furticrc  qui  les  a  cru  fort  habiles  gens  a  tom¬ 
bé  dans  les  mêmes  erreurs ,  je  n’aurois  pas  le  front  de  diretout  ce  que  j’avance,  fi  je 
n’avois  les  preuves  â  la  main  &  de  faire  voir  ce  que  j’écris  au  doigt  &  à  l’ccil ,  re¬ 
venons  donc  à  nos  nouveaux  Auteurs ,  qui  difent  que  le  Souphre  en  Ca. 
non  ou  ordinaire  qu’ils  appellent  en  Magdalenns  eft  fait  de  Souphre  vif  ^ 
belle  difeuftion,  fe  leroit  changer  de  l’étain  en  plomb  ,  en  ce  que  le  Soüphrc 
vif  eft  beaucoup  plus  cher  que  celuy  en  Canon  ,  &  s’il  eft  naturel  &  le  Canon 
eft  travaillé,  fi  ces  Mefiieurs  I  cuflcnt  examiné  de  prés  &  qu  ils  fe  fuflent  donne 
la  peine  de  le  fondre  &  de  le  purifier ,  ils  auroient  vu  s’ils  auroient  pu  le  rendre  tel 
qu’ils  difent  qu  il  vient  quand  il  eft  rafiné ,  ils  ont  fort  bien  fait ,  car  ils  auroient 
rcflemblé  â  celuy  qui  avoir  entrepris  de  laver  latcftcd’un  More  &  delà  faire  deve¬ 
nir  blanche,  neanmoins  quoyquc  je  dife  ,  nous  leur  avons  toujours  obligation 
aufti  bien  qu’à  ceux  qui  lonc  morts  en  ce  qu  il  n  y  a  point  de  fi  méchant  li¬ 
vre  où  il  ne  fe  trouve  quelque  chofe  de  bon,  mais  ce  que  je  trouve  mauvais  ^ 
c’eft  d’écrire  fur  des  matières  aufquellcs  ils  n’ont  aucune  connoiffance,  on  fera 
donedefabufé  de  croire  que  le  Souphre  jaune,  commun,  ou  en  Canons  foit  fait 
de  Souphre  vif,  mais  bien  du  minerai  qui  eft  naturellement  jaune ,  &  quicon¬ 
que  ne  voudra  me  croire  je  leur  feray  voir  le  naturel ,  &  celuy  que  j’ay  fau,  &  en 


po  Hiftoire  generale 

fcray  devant  eux  ,  me  faifant  un  plaifir  fingulicr^de  corrompre  ces  abus  &  faire 
voir  la  vérité ,  &  le  tout  fans  aucun  lucre  ni  profit. 

Il  y  a  quantité  d’autres  Souphres  artificiels  comme  j’ay  déjà  dit  qui  ne  pro¬ 
vient  que  fuivant  les  dilFcrcns  pays  Semoules  dansquoy  ils  ont  efté  jette, &  les 
préparations  que  Ton  leur  a  donné,  comme  eft  celuy  de  Marfeillc  en  petits  Ca- 
soufrevettdc  nons  ,1e  vert  en  gros  &  petits  canons  que  l’on  cftime  meilleur  pour  la  diftilla- 
Matfciiic.  comme  il  fe  verra  cy- apres. 

Il  y  en  a  quantité  d’autres  naturels  outre  les  deux  dont  nous  nous  fervons 
ordinairement,  mais  ils  ne  nous  font  pas  fort  communs,  tant  parce  qu’ils  vien¬ 
nent  de  loin  ,  que  parce  que  l’on  n’en  a  pas  quantité. 

Le  premier  &  le  plus  beau  eft  celuy  de  Quittoqui  cft  de  couleur  d’or  &  de 
la  figure  du  Karabé  jaune  qui  fc  trouve  en  quantité  auprès  des  mines  d’or. 
soufrcdcNi-  Le  fécond  cft  celuy  de  Nicaragua  qui  cft  en  mafle,  d’un  gris  jaunâtre  &  tout- 
h  à-fait  fcmblableàceluy  qui  s  cft  trouvé  les  années  dernières  dans  cette  butte  de 

Martin  à  Pa-  fcrtc  qui  fut  abatuc  à  la  porte  faint  Martin  où  ilcftoit  cru  naturellement  ain- 
fi  que  quelques  perfonnes  en  pourront  rendre  témoignage  pour  en  avoir  amafle 
eux- mêmes. 

Le  troifiéme  cft  celuy  de  Suifle  qui  cft  aflez  femblable  à  celuy  de  Quitto, 
suSU*^  '  ainfi  d’autres  fortes  dont  je  palTeray  fous  fîlence ,  n’en  faifant  aucun  négoce. 

L’ufage  du  Souphre  en  Canon  cft  fi  connu  de  tout  le  monde  ,  que  je  n’en 
diray  rien ,  finon  que  c  eft  un  des  ingrediens  de  la  poudre  à  Canon  ,  ce  qui  fera 
que  ceux  qui  en  vendront  de  grofles  parties  à  1  Aricnal  avertiront  s’il  y  fçavoic 
quelque  défeduofité,  en  ce  qu’il  ne  faut  jamais  fc  joüer  a  fon  Maître,  &  c’eft 
pour  ce  fujetquelcs  Epiciers  ne  fourniflent  plus  gucrcs  de  Souphre  â  caufe  du 
rifquc  qu’il  y  a  &  que  Meilleurs  de  l’Arfcnal  le  font  venir  eux  mêmes, &  en 
font  purifier  en  divers  endroits  comme  â  Eflbne.  Les  Bonnetiers  en  blanchif- 
fent  des  gazes  ôc  en  employent  pour  blanchir  leurs  ouvrages,  car  il  n’y  a  rien 
qui  blanchit  tant  la  laine  que  la  vapeur  du  Souphre  qui  cft  bien  le  contraire 
de  l’argent,  car  il  le  noircit  beaucoup. 

Il  cft  quelque  peu  ufité  en  Médecine,  tant  pour  entrer  en  pluficurs  remèdes, 
que  pour  en  tirer  quantité  d’operations  chymiques  comme  il  fc  verra  cy-apres. 

Il  cft  fouverain  pour  guérir  la  galle  ,  mais  il  faut  fçavoir  s’en  fervir  en  ce 
qu’il  l’empêche  quelquefois  dcfortir,ôc  caufe  de  grandes  maladies  &  même  la 
mort. 


CH’APITRE  X. 

De  la  Fleur  de  Souphre, 

La  Fleur  de  Souphre  cft  du  Souphre  brûlé  dans  des  pots  faits  exprès  &  ré¬ 
duite  en  fleur  comme  nous  la  voyons  ,  la  plus  belle  &  la  meilleure  fleur 
de  Souphre  vient  d’Hollande,  mais  rareicy  depuis  que  l’on  en  fait  â  Marfeillc 
&  â  Roüen  &  même  à  Paris  ,  la  véritable  fleur  de  Souphre  d’Hollande  nous 
cftoit  apportée  en  pain  comme  le ftil  de  grain  fort  legcrc,  douce,  fryable&  plû- 
toft  blanche  que  jaunc,mais  commcl’avaricc  règne  de  plus  en  plus  &  que  les  guer¬ 
res  font  furvcQUcs,  c’eft  ce  qui  fait  que  nous  n’en  voyons  plus  du  tout,  fi  bien  que 
plus  belle  que  nous  avons  prefentement  cft  celle  dcMarfcillc,quoyque  trcs-bclle, 
n’approche  pas  de  celle  d’Hollande,  laquelle  pour  cftrc  de  la  qualité  rcquifcdoic 


des  Drogues ,  Livre  Troifiéme.  pt 

cftrc  extrêmement  fine,  c’eft- à-dire  en  poudre  impalpable,  leger,d’un  jaune  dore 
ôcd’ungoufi;  afl'ez  agréable. 

La  troifiéme  ed  celle  qui  fe  fait  à  Roüen  qui  cfi:  ordinairement  d’un  jaune 
blancheàtre  qui  n’cft  autre  chofe  que  du  Souphre  poufle-  à  grand  feu  dans  le¬ 
quel  on  additionne  de  la  farine  ou  amidon  en  fine  poudre,  ainfi  elle  doit  eftre 
rejettée  aulfi  bien  que  toutes  celles  que  quantité  de  perfonnes  portent  dans 
Paris  de  maifons  en  maifons,  qui  n’cfl:  autre  chofe  quede  la  pouffiere  de  Sou¬ 
phre  d’Hollande  battu  &  paifé  par  un  taffetas  ou  foyc  extrêmement  fin,  &  d’au¬ 
tres  qui  la  broyenc  comme  on  faifoit  le  temps  paffé  à  Charanron ,  afin  qu’elle 
foie  plus  fine,  ainfi  pour  obvier  à  tous  ces  abus  qui  feront  faciles  àconnoître, 
car  c’efl:  une  règle  generale  que  tous  ceux  qui  en  auront  befoin  &  qui  la  trou¬ 
veront  à  des  fept  ou  huit  fols  la  livre  pendant  que  le  Souphre  vaut  quatre  fols, 
c’eft  une  marque  generale  qu’elle  eft  falfifiée,  &  qu’elle  n‘eft  pas  faite  dans  les 
règles,  &il  cft  impoffiblede  faire  de  bonne  fleur  de  Souphre  en  morceaux  épais, 
légers  &  criftalifé  d’un  blanc  doré  comme  elle  doit  cftrc  pour  cftrc  de  la  quali¬ 
té  requife,  quelle  ne  revienne  au  moins  à  trente  fols  la  livre,  &  fi  il  ne  faut  pas 
que  le  Souphre  valle  plus  de  quinze  francs  le  cent. 

On  fera  donc  averti  de  préférer  les  fleurs  de  Souphre  d’Hollande  à  tous  au¬ 
tres  ,  &:  après  elles  celles  de  Marfcillc  ;  &  rejerter  entièrement  celles  de  Roüen 
&  de  Paris cftant  incapables  d’entrer. dans  le  corps  humain,  j’entends  la  fauffe 
ou  celle  que  les  Colporteurs  vendent. 

La  véritable  fleur  de  Souphre  eft  un  heaume  naturel  pour  les  poulmons  Si 
cft  doiiée  de  tant  de  belles  qualitcz  qucjc  n'aurois  jamais  fait  fi  je  voulois  entre¬ 
prendre  de  les  écrire  toutes. 

On  fait  quelquefois  de  la  fleur  de  Souphre  d’une  autre  maniéré  en  y  ajou¬ 
tant  du  Salpêtre  fi^ou  Sel  polycrcftcqui  eft  la  manière  dont  nous  nous  fer- 
vons  à  faire  la  blanche  ,  mais  elle  eft  fort  peu  de  demande,  c’eft  le  fujet  pour 
lequel  on  n’en  fait  que  fort  rarement  quoyqu’ellc  foit  doüée  de  trcs-belles  Si 
bonnes  qualitcz,  eftant  même  plus  agréable  à  prendre  qucccllccy-dcffus. 


C  H  A  P  I  T  R  E  XI. 

Du  Sel  de  Souphre, 

Le  Sel  de  Souphre  fe  peut  faire  en  pluficurs  manières,  mais  la  plus  aiféc  &  celle 
que  l’on  doit  toujours  préférer ,  fur  tout  quand  elle  ne  diftcrc  en  rien,  car 
c’eft  rcg'C.  generale  qu’il  ne  faut  pas  plaindre  fes  peines  pour  faire  quelque  cho- 
fc  de  bien  &  utile  au  Public,  ainfi  ce  Sel  doit  eftre  compofe  ainfi  que  l’enfci- 
gne  Monficur  MoyfcCharas  dans  fa  Pharmacopée  à  la  page  887  ou  le  Lccfteur 
pourra  avoir  recours.  Ce  Sel  eft  compofé  de  Salpêtre  rafiné  &  de  l’cfprit  de 
Souphre  &:  par  le  moyen  d’une  Cornue  &  du  feu  de  fable  ,on  retire  une  maffe 
blanche  doüée  de  très  ~  bonnes  qualitcz  ,  on  peut  faire  du  Sel  de  Souphre  avec 
le  Sel  Polycrefte  comme  il  fort  du  creufeç  &  autres  maniérés  que  l’on  pourra 
voir  dans  quantité  de  cours  de  Chymie  qui  en  traitent  ,  ce  qui  fera  que  l’on 
doit  fe  tenir  à  cette  préparation  dautant  plus  quelle  eft  la  plus  faifablc&  qu’elle 
cft  décrite  par  une  perlonnc  qui  ne  l’auroic  pas  mis  au  jour ,  s’il  ne  l’avoic  ex¬ 
périmenté. 


FIfur  de 
Souphre. 


pi  Hiftoire  generale 

Le  Tel  <ic  Souplirc  cft  fort  en  ufage  pour  tempérer  l'ardeur  des  fièvres  difToüs 
dans  la  boifTon  ordinaire,  la  doze  neft  pas  fixée  en  ce  cjue  l’on  en  mec  jufqu’à 
un  acidité  agréable. 

On  donne  telle  figure  à  ce  Tel  que  l’on  veut  ,  les  uns  le  font  en  mafie,  les  au-, 
très  en  criflaux  ,  les  autres  en  grenailles,  en  poudres  &  finalement  en  canon  ou 
magdaleon  &  ce  dernier  eft  afiez  curieux  &  connu  de  peu  de  perfonnes. 


CHAPITRE  XI 1. 

Du  Magijler  ou  Lait  de  Souphre, 

Le  Magiftcr  ou  Lait  de  Souphre  eft  des  fleurs  de  Souphre  &  du  Tel  de  tar^ 
tre  boüillie  dans  de  l’eau, &  par  le  moyen  du  vinaigre  diflillc,  on  en  fait 
précipiter  une  poudre  qui  eftant  fechée  fera  d’une  couleur  b'ancheque  l’on  ef- 
time  eftre  fort  propre  pour  les  poulmons  &  pour  guérir  les  afmatiques. 


CHAPITRE  XIII. 
De  l Efprit  de  Souphre^ 


Huile  de 
Souphre  ou 
efprit  de  Sou¬ 
phre  reûifid. 


LTfprit  de  Souphre  cfl:  une  liqueur  que  l’on  tire  du  Souphre  verd  par  le 
moyen  du  feu  &  des  pots, comme  l’enfcigne  Meflieurs Charas , Lemery  &: 
autres  &  à  qui  on  a  donné  deux  difterens  noms  fuivant  la  couleur  &  fuivanc 
qui  l’a  efléde  phlcfme  ,  comme  par  exemple  ccluy  qui  c^comme  il  fort  des 
pots  efl:  appellée  efprit  de  Souphre,  lequel  pour  cflrc  de  la  bonne  qualité  doit 
eftre  clair  comme  de  l’eau  &  d’une  acidité  agréable  ,  &  qu’eftant  mis  fur  du 
papier  bleu  il  le  faffe  devenir  rouge  ,  mais  la  meilleure  épreuve  c’eft  dcl’ache- 
pter  d’honneftes  gens. 

Le  deuxième  eft  ccluy  qui  a  cfté  feparé  de  fon  phlcgmc  ou  humidité  fuper- 
fluc  &  quia  acquis  une  couleur  d’un  jaune  doré,  d’une  force  infupportable,  a 
n’en  pouvoir  pas  durer  fur  la  langue ,  &  c  eft  à  cette  liqueur  a  qui  on  a  donné  le 
nom  aflez  improprement  d’hui’c  de  Souphre. 

Depuis  quelques  années  un  foldac  invalide  s’eftant  émancipé  de  faire  de  ccrtc 
huile  de  Souphre  qu’il  vendoit  de  boutique  en  boutique  ,  &:  dans  des  temps  il 
en  apportoit  de  tres-bonnes,  mais  comme  c’eftoie  un  drôlle  qui  aimoit  mieux 
une  bouteille  de  vin  que  l’acquit  de  fa  confcicncc  ,  il  en  vendoit  quelquefois 
que  ce  n’eftoit  que  du  vinaigre  mêlé  de  phlegmc  de  vitriol  ou  d’eau  à  quantité  de 
perfonnes  peu  connoiffans ,  entr’autres  aux  Cabarctiers  qui  en  ufenc  une  aflez 
bonne  quantité. 

Ôn  fera  donc  averti  de  ne  jamais  achepter  de  l’efprit  de  Souphre  que  d’hon¬ 
neftes  gcns,&  prendre  garde  qu  il  ne  foit  pas  contrefait  avccdcrefpritou  plutoft 
avec  du  phlcgmc  de  vitriol  ,  du  vinaigre  ou  avec  de  l’eau  fur  laquelle  on 
y  a  jetté  quelque  goûte  d’eau  forte,  ainfi  que  quelques  broüillons  ou  Colpor¬ 
teurs  le  pratiquent,  mais  plutoft  y  mçttrclc  prix  &  l’achcptcr  des  gens  connoif¬ 
fans  &  de  confciencc. 

Oti  donne  de  grandes  proprictez  à  l’cfprit  &  huile  de  Souphre ,  comme  d’eftre 
propre  pour  ^ppajfcr  l’ardeur  des  fièvres  ôc  pour  les  maladies  du  poulmon. 

On  a  découvert  depuis  peu  qu’il  n’y  avoir  que  l’cfpric  de  Souphre  ou  plu-' 

tofl: 


(Jes  Drogues  3  Livre  TroifiémCi 

toft  l’huile  qui  avoir  le  pouvoir  de  donner  le  luftre  au  perido  ,  comme  il  fc 
verra  au  chapitre  des  pierres  prccicufcs ,  on  s’en  fert  auffi  pour  colorer  1«  fleurf 
que  nous  appelions  immortelles; 


CHAPITRE  XIV; 

Des  Beamnes  de  Souphre. 

IEs  Beaumes  de  Souphre  fe  font  de  deux  maniérés ,  dont  la  première  fc  fait 
_jâvcc  de  rhuilc  d’anis  verte  ôc  la  véritable  fleur  de  Souphre  que  l’on  fait 
dilToudrcenfemblc,  &  eft  appelle  Beaume  de  Souphre  anifé,  aquilon  attribue 
de  grandes  proprictez  comme  ilfc  verra  par  la  fuite. 

Monfieur  Charas  dit  dans  fon  livre  a  la  page  470  j  que  quelques- uns  croyent 
que  les  qualitez  de  ce  Beaume  approchent  fort  des  qualitcz  du  Beaume  natu¬ 
rel,  parce  qu’il  échauffé  &  defTechc  modérément, &  preferve  de  corruption, 
il  cfl:  aufli  fort  recommandé  dans  toutes  les  maladies  de  la  poitrine,  &  princi¬ 
palement  contre  la  toux ,  l’afmc,  la  pleurefic  ôc  les  ulcérés  du  poulmon  ,  il  efl 
fort  propre  contre  les  foiblcffes  ôc  les  indigeftions  d’eftomac  ôc  redonne  l’ap- 
petit  >  chafle  les  vents,  appaife  toutes  fortes  de  coliques  ,  on  le  loiie aufli  beau-; 
coup  contre  lapefte  ôc  contre  les  maladies  epidimiques  ,  les  maladies  vénérien¬ 
nes,  les  fievres  continues  ôc  intermittentes  &  l’cpilcpfie,  on  le  prend  intérieu¬ 
rement  dans  des  liqueurs  convenables  depuis  trois  jufqu’à  10  ou  iz  goûtes,  oiv 

Î>cut  aufli  s’en  fervir  en  onétion  fur  l’eftomac  ou  fur  le  nombril  pour  les  ma- 
adics  de  l’eftomac  ou  pour  les  coliques. 

On  pourroit  bien  employer  l’huile  diftilléc  d’anis  à  la  compofition  de  co 
Beaume,  mais  parce  qu’elle  cfl:  volatillc  ôc  plus  fujette  à  la  diflipation  quen’eft 
l’huile  verte  ôc  qu’à  peine  boucheroit-on  fi  bien  le  matras  ,  que  e  Beaume 
ne  foufFrit  une  diminution  confidcrable  dans  fa  quantité ,  on  y  employé  l  hui¬ 
le  par  expreflion. 

Le  fécond  cfl  le  Beaume  de  Souphre  commun  qui  cfl  de  l’huile  de  noix  ti¬ 
rée  fans  feu ,  de  la  fleur  de  Souphre,  du  Sel  de  tartre  ôc  du  vin  blanc  mêlé  cn- 
femble,  ôc  par  le  moyen  du  feu  on  en  fait  un  Beaume  aflez  beau  &  douée  de 
bonnes  qualitez  ôc  fort  eflimé  pour  digerer,difcuter  ôc  refoudre  les  matières 
crues  découlces  Ôc  amaflees  en  quelque  partie  du  corps,  on  l’employé  en  onc¬ 
tion  extérieure  ,  il  fert  de  baze  à  l’emplatre  de  Souphre. 

Il  y  en  a  qui  employeur  les  huiles  d’amande  douce,  de  femencc  de  pavot  blanc 
Sc  de  therebentine  à  la  place  de  celle  de  noix, dans  la  compofition  de  ce  Beaume,  ce 
changement  n’cmpcche  pas  les  bons  effets  &  chacun  en  peut  ufer  à  fa  volonté. 

Il  y  en  a  qui  ajoutent  à  ce  Beaume  de  la  Mirrhc,  de  l’Aocs ,  du  Safran  ,  ôc 
autres  fcmblab'es. 

Outre  les  Souphres  on  nous  apporte  de  Naple  une  Terre  ou  pierre  jaune 
que  le  mont  Êtna  jette  ,  qui  efl  ce  que  nous  appelions  jaune  de  Naple  ,  ^ 
duquel  les  Peintres  (e  fervent.  Cette  terre  cfl  allez  rare  ,  ôc  pour  qu  elle  foit 
de  la  qualité  requife  ,  elle  doit  eflrc  fablcufc  &  la  plus  haute  en  couleur  que 
faire  ce  pourra;  cette  terre  efl  un  Souphre  recuit  dans  les  entrailles  de  la  terre, 
ce  qui  le  rend  fec  ôc  fryablc; 


Hiftoire  generale 


'P4 


CHAPITRE  XV. 

Du  Bitume  limoneux. 

IE  Naphta  ou  Bitume  limoneux  cft  un  bitume  ou  limon  qui  fe  trouve  ea 
^plufieurs  endroits  de  l’Europe,  &  le  nom  de  maitlm  a  cfté  premièrement 
donné  à  un  bitume  qui  fe  trouve  preft  de  Comogene  en  Suric  ,  &  Pline  dit 
que  ce  bitume  cft  fi  gluant  qu’il  s’attache  à  tout  ce  qu’il  rencontre;  d’où  luy 
cft  venu  le  nom  de  maltha  y  &  duquel  il  fait  des  contes,  en  difant  qu’il  fût  d’un 
grand  fccours  à  ceux  de  Samozata  au  fiege  que  Luculus  tint  devant  ;  car  dés 
que  le  limon  touchoit  un  foldat  ,  il  briiloit  dans  fes  armes  ,  qu’il  n’y  avoit 
autre  moyen  de  l’éteindre  qu’en  jettant  delà  terre  dclTus,  en  ce  qu’il  eft  du  na¬ 
turel  des  autres  bitumes,  plus  on  y  jette  de  l’eau  ôc  plus  il  s’allume;  il  fe  trou¬ 
ve  encore  une  autre  forte  de  bitume  proche  de  Ragufe  en  Grece,  quia  l’odeur 
&  dont  on  fe  fert  comme  de  poix ,  a  qui  on  a  donné  le  nom  de  maltha  ou  pf- 
naturel  ou  poix  de  terre,  mais  comme  ces  deux  fortes  de  maltha  nous 
poix  de  terre,  font  inconnus ,  &:  que  nous  n’en  voyons  point  en  France  ,  je  ne  jparleray  que 
de  ccluy  qui  fe  trouve  en  Auvergne.  % 

Le  bitume  d’Auvergne  eft  une  cfpcce  de  poix  d’une  aftez  mauvaife  odeur  , 
que  l’on  trouve  entre  Clermont,  Montferrant  &  Rion  en  un  endroit  appelle  le 
puis  de  Pege,  Sc  il  y  en  a  une  fi  grande  quantité ,  qu’elle  fort  hors  de  terre ,• 
ce  qui  caulc  bien  de  la  fatigue  aux  paflans  ,  qui  ont  bien  de  la  peine  de  fe  re¬ 
tirer  de  cet  endroit  par  la  force  qu’il  tient  aux  pieds  ,  &  que  les  voyageurs  font 
quelquefois  contrains  d’y  lailTcr  leurs  fouli'crs  ,  c’eft  de  cette  illuftre  drogue 
que  quelques  Colporteurs  font  fechcr  ôc  vendent  cnfuitcaux  Epiciers  ,  Apo- 
tiquaires  ôc  autres  qui  n’ont  pas  grande  connoilTance  des  Drogues  pour  du  vé¬ 
ritable  bitume  de  Judée,  quoyqu’il  foit  facile  à  connoître  par  fa  puante  odeur 
qui  cft  le  contraire  du  véritable  bitume  qui  ne  fcncprelquc  ricn,&  c’eft  à  cau- 
fc  de  fa  puante  odeur  que  quelques-uns  le  nomment  comme  la^a  feetida  fieicm 
diaholiy  c’eft  à-dire  merde  du  diablc.il  y  a  encore  quantité  d’autres  fortes  de 
bitumes  qui  fortent  des  entrailles  de  la  terre,  mais  comme  nous  n’en  fàifons 
aucun  commerce,  en  ce  que  nous  n’en  avons  point,  c’eft  le  fujet  pour  lequel 
je  n’en  diray  rien. 


CHAPITRE  XVI. 

Du  Blaptha  cC Italie. 

Le  Naphta  d’Italie  cft  une  huile  de  differentes  couleurs  qui  découle  d’une 
jroche  fituée  en  la  vallée  de  Montfeftin  dans  le  Duché  de  Modcnc  ,  ôc 
Comme  cette  huile  ne  nous  cft  connue  que  depuis  quelques  années  par  le  moyen 
d’un  nommé  Roque  Foura  natif  &  habitant  d’un  Village  nommé  Prat  pro¬ 
che  de  Briançon  dans  le  haut  Daufiné  de  qui  je  tiens  la  relation  cy-aprés  dé¬ 
crite,  qui  m’a  vendu  les  differentes  fortes  de  Naptha  que  j’ay. 

Le  Naptha  d  Italie  ou  de  Monfeftin  fort  d’une  roche  qui  cft  fur  une  mon¬ 
tagne  où  clic  cft  conduite  par  des  veines  fouterraines ,  &  cft  recueillie  en  hui¬ 
le  de  diff-rentes  couleurs  par  le  moyen  de  certains  cannaux  2c  de  chaudières 


des  Drogues,  Livre  Troifiéme.  gs 

qui  la  feparent,  ou  pour  mieux  faire  entendre  le  Duc  de  Sara  &Darcc  &  Mar¬ 
quis  d'Arpia  dans  le  Duché  de  Modene  à  qui  appartient  ladite  roche  j  a  fait 
faire  des  rigoles  ou  tuyaux  de  cuivre  qui  font  placez  immédiatement  pour  re¬ 
cevoir  l’huile  qui  fort  de  la  roche,  &  par  le  moyen  de  ces  tuyaux  l’huile  tom¬ 
be  dans  ces  chaudières  de  cuivre  d’où  on  laramalfc,  cette  hui'e  change  de  cou¬ 
leur  fuivant  qu’elle  eft  plus  ou  moins  éloignée  de  l’afp,  d  du  Soleil,  car  celle  qui 
fort  du  collé  du  Soleil  cil  blanche  comme  de  l’eau  &  eft  eftimée  la  meilleure, 
celle  d’à-cofté  eft  claire  &  rouge  comme  du  vin  ,  celle  d’après  eft  jaune  ,  cn- 
fuite  verte,  &  lînallcment  celle  qui  eft  de  l’autre  collé  de  la  roche  à  l’oppofitc 
de  la  blanche  ,  eft  noire. 

Le  Naphta  blanc  que  nous  appelions  ordinairement  huile  de  petrollc  blan¬ 
che,  tant  par  fa  blancheur,  claireté  &  beauté  ,  que  parce  qu’elle  ne  fe  peut  me- 
lagncr  avec  chofedu  monde,  cftant  pluslegere  que  tout  ce  que  Ton  y  peut  me- 
lcr,  gagnant  toujours  le  dellùs  ,que  parfonodeur  forte  &  pénétrante,  tirant  â 
celle  de  Souphre,  ce  qui  la  rend  extrêmement  volatile  &  facile  a  prendre  feu  , 
ce  qui  doit  fervir  d’avis  pour  ceux  qui  en  débitent  &  de  fc  défier  de  cette  huL 
le  comme  fi  c  eftoit  de  la  poudre. 

Les  grandes  proprietez  de  cette  huile  font  eaufe  que  n’en  puis  rien  dire 
icy,  renvoyant  le  Leéleur  aux  imprimez  qu’en  a  fait  faire  ledit  Roque  Foura  , 
où  ceux  qui  délireront  les  fçavoir ,  pourront  avoir  recours*  A  l’égard  du 
Naphta  rouge,  jaune,  verd  ,  ils  font  fi  peu  d’ufage  ,  que  nous  n  en  voyons 
point  du  tout  y  &  de  plus  c  eft  que  Jes  Italiens  les  mêlent  dans  la  noire  avant 
que  de  nous  l’envoyer ,  &  c’eft  ce  qui  fait  que  l’huile  de  petrollc  que  nous  ti¬ 
rons  d’Italie  au  lieu  d’eftre  noire  &  épaifle  comme  elle  fort  de  la  roche,  elle  eft 
d’un  rouge  claire  &  jaunâtre  ,  ôc  d’une  odeur  de  Souphre  alTcz  fuportable  , 
comme  cette  huile  cftalTcz  chere ,  quelques-uns  luy  fuppofent  une  huile  de  pc- 
trollc  falfifiéc,  comme  il  fe  verra  au  chapitre  fuivant. 

CHAPITRE  XVII. 

De  l  Huile  de  Petrollc  uoire  de  Cahia?2» 

Le  Petrollcum  ou  huile  noire  de  Gabian  cil  un  bitume  liquide  qui  fort  des 
entrailles  de  la  terre ,  ôc  qui  par  des  canots  fouterrains  vient  le  jetter  fur 
l’cau  d’un  petit  ruilTcau  qui  eft  preft  d’un  petit  Village  appc'Ic  Gabian,  fitué 
dans  l’Evefché  de  Bezier  en  Languedoc  ,  autrefois  cette  huile  cftoit  fi  abon¬ 
dante  ôc  fi  commune,  que  l’on  n’en  tenoic  pas  grand  compte  ,  &  on  en  pou- 
roit  ramalTcr  tous  les  jours  une  alTcz  bonne  quantité,  mais  pour  le  prefent  cl¬ 
ic  ne  fc  ramalTc  que  tous  les  Lundis,  &  l’endroit  où  clic  fc  recueille  eft  clos  de 
murailles  &  gardé  par  un  hommes  &  l’on  m’a  alTuré  à  Gabian  que  Monfieuf 
l’Evcfquc  de  Beziers  en  retiroit  de  gros  revenus,  qui  n’cft  pas  neanmoins  fi  con». 
fiderabic  que  le  temps  pafte. 

Cette  huile  doit  eftrc  d’une  confiftance  moyenne,  d’une  odeur  forte  &puan-* 
te  ,  &  d’une  couleur  noire. 

On  prendra  garde  que  ce  ne  foit  de  l’huile  de  thcrcbcntinc  épaifle  &  colo¬ 
rée  avec  du  tarque  &:  la  poix  noire,  &  la  meilleure  connoiflàncc  que  j’en  puis 
donner ,  ceft  de  l’achcptcr  d’honneftes  Marchands  incapables  de  vendre  l’un 
pour  l’autre,  5c  ne  point  s’attacher  au  bon  marché. 

C  c  i; 


tJivers  fortes 
de  Citunies. 


^6  Hiiloire  generale 

Les  huiles  dcpetrollc  noires  d’Italie  ou  de  Gabian  ont  quelque  peu  d’ufage 
en  Médecine  ,  mais  la  plus  grande  quantité  s’employe  par  les  Marefehaux 
par  ceux  qui  font  des  feux  d’artifice. 

H  y  a  encore  d’autres  fortes  d’huiles  de  petrollc  ou  bitumes  qui  fe  trouvent 
dans  plufieurs  endroits  du  monde,  comme  font  les  bitumes  de  Colao  ,  de  Sir- 
nam  &  de  Copal ,  mais  comme  nous  n’en  avons  point,  &  que  nous  n’en  fai- 
fons  aucun  négoce,  c’efl  le  fujet  pour  lequel  je  n’en  ay  rien  dit. 


CHAPITRE  XVIIL 

De  t ancre  de  la  Chine» 

L ‘Ancre  de  la  Chine  cfl:  une  pafte  dure  &  folide,  que  les  Chinois  compo- 
fent  ainfi  que  le  marquent  quelques  Auteurs  ,  avec  une  terre  noire  bitu- 
niineufe  qu’ils  pulvcrifent  &  avec  de  la  gomme  adragant,  ils  en  forment  une 
pâte  qu’ils  mettent  enfuite  par  petits  bâtons  ,  &  apres  y  avoir  emprint  quel¬ 
que  caraélere  Chinois,  ils  la  font  fecher  &  la  vendent  telle  que  nous  la  voyons} 
d’autres  veulent  qu’elle  foit  faite  d’un  noir  fait  de  la  fumée  de  l’huile  d’olive 
brûlé  j  mais  comme  il  m’a  efté  impoflible  defçavoii  au  jufledc  quoy  cllccftoit 
compofsc,  je  diray  que  l’on  l’a  doit  choifir  véritable  ancre  de  la  Chine,  en  ce 
qu’elle  cft  bien  meilleure  que  celle  qui  efî:  faite  en  Hollande  ,  U  qui  ne  fera 
pas  difficile  â  connoître ,  d’autant  que  celle  qui  eft  faite  en  Hollande  eft  par  mor¬ 
ceaux  plats  &  d’un  noir  grisâtre,  ce  qui  cfl:  contraire  â  celle  de  la  Chine  qui 
cfl  en  petits  pains  quarrez  de  l’épaifl'eur  &  de  la  longueur  du  doigt  ,  Ôc  d’un 
très  beau  noir  de  Gceft. 

L’ancre  de  la  Chine  fert  â  écrire  fur  les  Cartes  de  Géographie  ,  en  un  mot 
elle  eft  fort  en  ufige  pour  ceux  qui  ont  befoin  de  marquer  en  noir  cflant  une 
ancre  portative. 


CHAPITRE  XIX. 

De  la  poudre  à  Canon* 

La  poudre  à  Canon  cfl;  une  compofition  de  Salpêtre ,  de  Souphre  &:  de  char¬ 
bon  de  Saule  ou  autre  bois  blanc  te  léger  &  avec  du  vinaigre  te  des  tamis 
ou  autres  inflrumens  percez,  on  la  fait  Ci  grofle  te  fi  petite  que  l’on  veut.  Je  ne 
m’arrefleray  pas  â  en  parler  plus  au  long,  ne  fçaehant  pas  tout  a- fait  la  véri¬ 
table  manière  de  la  bien  faire,  te  déplus  c’efl:  que  je  ne  confeillc  â  aucun  Mar¬ 
chand  d’en  vendre  â  moins  que  ce  ne  foie  fa  véritable  profeffion ,  y  ayant  trop 
de  rifquc. 


fin  des  Bitumes^ 


HISTOIRE 

GENERALE 

DES  DROGUES 

LIVRE  QUATRIEME 


PREFACE. 

Des  Pierres, 

'Entem  par  le  mot  de  pierre  un  corps  Jolide  O*  dur  ,  qui  ne  fe  peut  jondré 
au  feu  ni  s'étendre  fous  le  marteau  àr  qui  s'efl  formé  dans  la  terre  par  juc^ 
cefjion  de  temps ,  èr  qui  efi  une  efpcce  de  minerai.  Je  dmferay  ce  Chapi¬ 
tre  en  d.ux  clajjes ,  fçanjoir  ^  en  pierres  précieufe S  O"  en  communes  ^  f  entem 
par  pierres  précieufes  celles  qui  Jont  cheres  f  fit  f^our  ejire  rares  ou  fait  quel¬ 
les  viennent  de  loin  ,  O'  parcelles  qui  Jont  très  dures , petites  CT  brillantes  s  ür>par  tes  com¬ 
munes  j  celles  qui  nous  font  communes  &  de  peu  de  valeur,  ainji  je  commenceray  par  les  hya¬ 
cinthes,  comme  efiant  les  plus  belles  de  toutes  celles  que  nous  vendons  defquelks  nous  tirorti 
plus  d’ufàge.  On  fera  averti  que  je  ne  parleray  que  de  celles  qi.e  nous  vendons,  ne  voulant  point 
entrer  dans  le  détail  des  pierres  fines  que  les  Joailliers  ou  Lapidaires  vendent,  nj  connoijfant  rierti 


CHAPITRE  premier. 

De  la  Hyacinthe, 

La  Hyacinthe  dont  ôn  fe  fert  en  Medecine  eft  une  pierre  dont  il  y  a  de 
trois  fortes,  fçavoir  la  hyacinte  fouple  de  lait  qui  eft  une  petite  pierre 
de  la  groifeur  &:  figure  d’un  moyen  grain  de  fel  ,  aiTcz  tendre ,  de  couleuf 
cy-deiTiis  d’où  eft  venu  Ton  nom. 

La  féconde  eft  une  pierre  rougeâtre  deiTus  &  dedans  taillce  naturcllcwcr^t 
en  pointe  de  Dumant  qui  fe  trouve  fors  communément  dans  la  Pologne ,  dans 

C  c  iij 


98  Hiftoire  generale 

la  Boè’mc ,  dans  la  Siîc/îc, &-mcmcen  Italie  j  de  cette  même  pierre  ou  hyacin¬ 
the  il  s  en  rencontre  quelquefois  de  blanche  mêlée  de  rouge  ou  de  jaune  ainfi 
d’autres  couleurs;  mais  comme  ces  differentes  fortes  de  hyacinthes  ne  font  em¬ 
ployez  que  par  les  Apoticaires  ou  Colporteurs  qui  cherchent  le  bon  marche 
ou  qui  n’en  connoifl'ent  point  d’autres,  ils  doivent  cflre  entièrement  rejettez  , 
n’eftanc  que  du  fable  aulfi-bicn  qu’une  autre  forte  de  fau (Tes  hyacinthes  qui  font 
en  petites  pierres  de  la  grolTeur  d’une  telle  d épingle,  d  un  rouge  brillant  qui 
fc  trouve  fort  communément  en  divers  endroits  de  la  France,  mais  principa¬ 
lement  en  Auvergne  qui  efl  ce  que  nous  appelions  jargons  ou  faulTcs  hyacin- 
jargons.  thcs,  ainfi  ceux  qui  auront  befoin  d’hyacinthe  pour  la  confedlion  qui  en  por¬ 
te  le  nom,  qui  le  trouvera  cy- apres  décrite  ,  ne  fc  ferviront  que  d’hyacin¬ 
thes  fouplc  de  lait  en  ce  qu’elles  font  véritables  &  oricntallcs,  ôepour  s’enfer- 
vir  en  Médecine,  ils  n’ont  befoin  d’autre  préparation  que  délire  broyez c’ell- 
à-dirc  en  poudre  impalpable. 


CHAPITRE  II. 

Be  la  Confection  £  Hyacinthe. 

La  Confedion  d’Hyacinthe  cil  un  cleduairc  liquide  &  cordial,  compofe 
d’hyacinthe,  de  Corail  rouge,  de  bol  de  Levant, de  terre  lîgc'léede  cha¬ 
cun  quatre  onces  &  demie,  de  graine  d  cfcarlatte,  de  didlamc  de  Candie  ,  de 
racine  de  tormcntille,  de  femencede  citron  mondé, de  Safran, de  Mirrhtryéc, 
de  rozes  de  Provins,  de  Santaux,d’os  d  Cœur  de  Cerf,  de  raclures  de  cor¬ 
ne  de  Cerf  &  d’y  voire,  de  femcncc  dofeillc  ,  &  de  pourpier,  de  chacun  dix 
gros  &  deux  fcrupules  de  Saphir  rouge  ,  d  Emeraude  ,  de  Topaze,  de  Perles 
fines,  de  Soye  crue,  de  Fcüilles  d’or  &c  d’argent,  de  chacun  fcrupules  qui 
valent  cinq  gros  &  un  fcrupule  de  mufc,&d'ambrc  gris  de  chacun  quarantegrains 
qui  font  un  demi  gros  &  quatre  grains,  toutes  les  Drogues  bien  pulverifécs  , 
éc  les  pierres  ou  fragmens  bien  broyez  fur  un  porphir  du  tout  cnfcmblc,  on  en 
compofera  un  eledluaire  liquide  avec  le  Sirop  de  limon  ou  d’œillet  ,  ainfi 
qu’il  cil  marqué  a  la  Pharmacopée  de  Monfieur  Charas  &  Bauderon  où  ceux 
qui  la  délireront  préparer  pourront  avoir  recours. 

La  confeélion  d’hyacinthe  doit  élire  en  bonne  confillancc  ,  nouvelle  &  fi- 
dellcmcnt  faite  de  couleur  vermeil  tirant  fur  le  jaune ,  tous  ceux  qui  prépare¬ 
ront  la  confe6tion  d’hyacinthe  ,  ne  doivent  mettre  le  mufe  &  l’ambre  que  par 
l’avis  d’habiles  Médecins,  en  ce  que  la  plupart  de  ceux  qui  demandent  la  con- 
feélion  d’hyacinthe  veulent  qu’elle  foie  fans  mufe  ôc  fans  ambre  ,  cllant  fort 
contraire  aux  femmes ,  ou  s’ils  en  préparent ,  ils  la  mettront  à  part ,  c’ell-à-  dire , 
qu'ils  en  doivent  avoir  de  mufquée  &  de  non  mufquée. 

La  eonfedion  d’hyacinthe  faite  dans  les  formes  ell  fort  ufitée  dans  la  Mé¬ 
decine  à  caufe  defes  grandes  proprietez qui  font  de  fortifier  lccœur,de  refiler 
aux  venins,  &  on  luy  attribue  les  mêmes  vertus,  &  elle  fe  prend  de  la  même 
maniéré  quclaconfedion  d’alkcrmes,&  fonufage  cil  fi  frequent  dans  le  Lion- 
nois  ,  dans  la  Provence  &  dans  le  Languedoc ,  que  l’on  trouvera  peu  de  per- 
fonnes  qui  ne  portent  un  pot  de  cette  confcdlion  ou  d’alkermes  ou  de  la 
Thériaque^  &  qu  elles  n'en  prennent  tous  les  matins  au lîi-tofl  qu’elles  font  le-, 
ÿées. 

La  chcrctc  de  cette  confedion  &c  le  débit  qui  s’en  fait^ ,  a  donné  occalîort 


des  Drogues  ,  Livre  Quatrième.  99 

à  mille  broüillons  de  la  fophiftiquer  d’une  maniéré  fi  énorme ,  que  je  n’ofe  pres¬ 
que  dire  avec  quoy  les  uns  ne  fe  fervanc  que  de  miel  cuit,  de  poudre,  de  bol, 
de  mirrhe  &  de  feuilles  de  cuivre ,  &  d’autres  qui  ont  un  peu  plus  de  confcien- 
ce  y  mettent  du  Safran  d’orange  ou  du  Safranum  ou  du  batard  ,  c’eft  ce  qui  £aic 
que  nous  voyons  tous  ces  Colporteurs  eftrc  fi  âpre  à  porter  de  ces  confections  &: 
de  la  Thériaque,  car  fans  ces  trois  fortes  de  compofitions  ils  auroient  bien  de 
la  peine  d  fe  tirer  du  pair  j  il  n’y  a  prefque  que  fur  ces  confections  où  ils 
trouvent  du  gain  ,  ce  qu’ils  n’ont  pas  bien  de  la  peine  par  le  haut  prix  qu’ils 
vendent  ces  Drogues  qui  ne  leur  coûtent  prefque  rien,&  pendant  ce  temps-là 
un  honnefte  homme  qui  aura  bien  pris  delà  peine,  tant  à  la  compofer  qu’à 
la  conferver  dans  fa  couleur  naturelle,  ce  qui  n’eft  pas  facile  à  faire,  fur  tout 
quand  par  mégard  ou  autrement  on  y  trempe  du  fer  dedans  ,  ou  que  l’on  y  a 
employé  des  faphirs  noires  ,  avec  toutes  fes  peines  &  fa  dépenfe  il  fera  obli¬ 
gé  de  la  perdre,  pendant  que  ces  broüillons ,  ou  fi  j’olè  dire  ces  fripons  en  dé¬ 
biteront  plus  de  livres  qu’un  honnefte  homme  n’en  fera  de  gros  parle  bon  mar¬ 
ché  qu’ih  en  font.  ]c  crois  en  avoir  allez  dit  dans  la  confection  d’alkermcs  , 
dans  la  thériaque  ôc  dans  cclle-cy,  pour  empêcher  tous  les  pa  ticuliers  d’en 
achepter  de  ces  Colporteurs  &  même  des  Marchands  établis  qui  font  ce  petit 
négoce,  ce  qui  eft  alTcz  difficile  àconnoître,  en  ce  que  ceux  qui  font  ces  for¬ 
tes  de  compofitions  ne  font  pas  les  plus  méchans  artifles  ,  &  qu’il  y  a  plus 
de  fciencc  de  faire  une  belle  compofition  avec  des  méchantes  Drogues ,  que 
d’en  faire  une  bonne  avec  de  belle  marchandife  ;  car  je  pouirois  aflurcr  avoir 
vu  ôc  inani  de  ces  confections  d  hyacinthes  où  les  plus  habiles  s’y  leroient  trom¬ 
pez  ,  ainfi  la  plus  grande  connoiflance  que  j’en  puis  donner,  c’eft  de  l’achcpter 
d’honneftes  Marchands  &  d’y  mettre  le  prix. 


CHAPITRE  II  1. 

Des  Top  a  fes. 

LEs  Topafes  qui  font  en  ufage  en  Médecine  font  des  p'erres  de  differentes 
groffeurs,  extrêmement  pcfantcsjclaircs  &  tranfparcntcs ,  tout-à-fait  fcmbla- 
blcs  au  Gipe  ou  miroirs  qui  fe  trouvent  dans  noftrc  plâtre  de  Montmartre  , 
on  tient  que  cette  pierre  fe  trouve  dans  les  Indes  tant  Orientales  qu’Occiden- 
tales,  en  Boeme  &  en  Allemagne. 

LaTopafcn’a  befoin  d’autre  préparation  pour  la  Médecine, que  d’eftre  broyée 
à  l’eau  roze  comme  la  hyacinthe  &  autres  pierres  précieufes  qui  fc  trouveront 
cy-aprés  décritte. 


chapitre  IV. 

Des  Etneraudes. 

L’Emeraude  cfi:  une  pierre  verdâtre  qui  fe  trouve  en  differens  endroits  corn-» 
me  en  Ethiopie  ,  en  Egipte  ,  en  Perfe  ,  &  aux  Indes  tant  Oricntallcs 
qu’Occidcntalcs.  . 

Les  Emeraudes  les  plus  eftimées  font  celles  que  l’on  appelle  prime  d’Emc- 
raude  en  ce  qu’elles  font  ordinairement  pures  la  nettes,  c’cfl-a-dire, d’un  beau  Prima 


/ 


yetmeille. 


I  oo  Hiftoire  generale 

vert  tiraftt  für  le  bleu  fans  marbre  ou  roche ,  il  y  a  quelque  apparence  que  le# 
Emeraudes  fc  trouvent  dans  les  mines  de  fer ,  en  ce  que  j’en  ay  où  le  fer  y  eft  en-- 
core  attache. 

On  a  remarque  que  l’Emeraude  prend  fa  couleur  verte  dans  la  mine,  à  me- 
fure  quelle  vient  en  fa  perfedion  ,  comme  les  fruits  viennent  fur  les  arbres  j 
ce  que  je  ne  puis  aflurer  pour  ne  les  avoir  pas  veucs. 


CHAPITRE  V. 

Des  Saphirs*  ’ 

NOUS  vendons  de  deux  fortes  de  Saphirs,  fçavoirlcs  rouges  &  les  noirâ-^ 
très,  les  Saphirs  font  des  petites  pierres  de  la  grolTeur  d’une  tefte  d’epin- 
g’e  extrêmement  dure  ainfi  difficile  à  broyer  j  les  rouges  qui  font  ordinaire¬ 
ment  d’une  couleur  de  vin ,  doivent  eflrc  employez  pour  l’ufage  de  la  Méde¬ 
cine  ,  car  pour  ce  qui  eft  des  Saphirs  noires  ils  font  plutoft  Icmblablcs  à  du 
mâche  fer  qu’à  une  pierre  précieufe,  &  noirciflent  laconfedion  d’hyacinthe  ^ 
lors  que  l’on  les  y  fait  entrer.  Quelques-uns  fuppofent  à  la  place  des  Saphirs 
rouges  orientales  ces  petites  pierres  fort  communes  en  Hollande  que  nous  ap¬ 
pelions  vermeil,  ou  petits  grenats  ,  à  quoy  il  faut  prendre  garde,  ce  qui  ne  le- 
ra  pas  difficile  à  connoître,  parce  que  les  véritables  Saphirs  font  d’un  trcs-bcau 
rouge ,  clair  fie  tranfparent  ,  qui  cfl  le  contraire  des  vermeils  qui  font  d’ui\ 
rouge  fonce  fie  fort  compades. 


CHAPITRE  VL 

Dûs  Rubis. 

LEs  Rubis,  font  aufli  des  petites  pierres  rougeâtres  que  l’on  nous  envoyé  deâ 
grandes  Indes  qui  ont  très  peu  d’ufage  dans  la  Médecine,  c’cfl  pour  cefu- 
jet  que  je  n’en  parlcray  point  non  plus  que  de  quantité  d’autres  que  nous  pour¬ 
rions  vendre  s’ils  avoient  de  la  confommation,  dont  les  noms  fc  trouveront  li 
apres,  je  n’ay  voulu  groffir  ce  Volume  que  des  cinq  fortes  de  pierres  ou  frag- 
mens  précieux  qui  ont  quelque  ufage  en  Médecine,  renvoyant  le  Ledeur  à  un 
livre  intitule  le  parfait  joallicr ,  ou  THiftoire  des  pierreries  compofe  par  Anfcl- 
me  Bocce  de  Boot,  Médecin  de  l’Empereur  Rodolphe  Second,  ou  au  Mercu¬ 
re  Indien  fait  par  Rofnel  qui  en  ont  traitté  fort  amplement. 

Les  pierreries  que  nous  avons  outre  ceux  cy-devant  dccritte,  font  les  Dia- 
mans  d  Alençon,  les  Aimatiftes  d’Auvergne  6c  de  Cartagenne,  la  Girafole,  le 
Peridot ,  les  Agathes  ,  le  Bcrille  ,  les  Sardes  ,  les  Coralines ,  les  Grenats,  la 
Malaqiiitte,  fie  autres  differentes  fortes  de  marbre,  la  pierre  de  Florence,  ainfi 
du  reflc.  Et  comme  je  vois  une  fî  grande  différence  entre  les  pierres  que  nous 
vendons,  aux  pierres  fines  que  les  Lapidaires  employeur,  je  confcilleray  à  ceux 
qui  voudront  faire  laconfedion  d’hyacinthe  ,  d’achepter  plutoft  les  rogneurcs 
des  pierres  fines  ,  que  de  s’amufer  à  celles  que  nous  vendons  ,  en  ce  que  je 
crois  qu’elles  n  ont  pas  grandes  proprictez,  fie  que  ce  n’cft  que  de  la  roche,  ce 
n  eft  pas  qu’à  le  bien  prendre,  je  fuis  du  fentiment  de  ceux  qui  difent  que  tou¬ 
tes  les  pLtres  prccicufcs  tftanc  broyées,  n’ont  autre  proprictc  que  de  dévorer  les 
acides.  CH  AP.  VIL 


des  Drogues  i  Livre  Quatrième.  toi 


chapitre  VII. 

De  la  pierre  dazur. 

La  pierre  d’azur  que  nous  appelions  plus  communément  lapisla  zuii^& 
d’autres  lapis  Çyaneuson  lapis  StelUtus  cfl:  une  pierre pefan ce,  d’un  bleu  ccc- 
iefte,  quelquefois  remplie  de  gangue  ou  de  roche,  &  le  plus fouvent garnie  de 
veines  de  cuivre  que  les  Anciens  ôc  quelques  Modernes  ont  cru  eftre  de  l’or  j  la 
plus  grande  partie  du  lapis  que  nous  avons  vient  de  Perfe  &  des  grandes  In¬ 
des,  &  quelques  uns  alTurent  qu’il  fc  trouve  ordinairement  dans  les  mines  d’or , 

&  qu’elle  en  eft  fa  marcacifte.  Quoyqu’il  en  foit  il  cft  certain  que  le  lapis  que 
nous  vendons  fe  tire  des  carrières  comme  l’on  tire  icy  la  pierre  j  c’efl  ce  qui 
fait  que  nous  en  avons  de  differentes  groffeurs  i  le  lapis  la  zuli  pour  cflrc 
parfait  &  propre  à  faire  l’Outremer  qui  cft  Cbn  principal  ufage,  a  la  referve  des 
ouvrages  qui  s’en  fait ,  doit  eftre  pefant  ,  d’un  bleu  ronce  fcmblablc  à  de  bel¬ 
le  indc,  le  moins  rempiy  de  veine  cuivreufe  ou  fouphreufe  que  faire  ce  pour¬ 
ra  ,  on  prendra  garde  qu’il  n’ait  efte  frottée  avec  de  l’huile  d’olive  ,  afin  qu’il 
paroifte  d’un  bleu  plus  foncé  &  turquain  ;  mais  la  fourberie  ne  fêta  pas  dif¬ 
ficile  a  connoître  ,  en  ce  que  le  beau  lapis  doit  eftre  d’un  plus  beau  turquain 
dedans  que  deflus ,  on  rejettera  aufliccluy  qui  cft  plein  de  roches ,  ôt  de  fes  pré¬ 
tendues  veines  dor  ,  en  ce  que  lors  que  l’on  le  brûle  pour  en  faire  l’Outremer  , 
il  put  extrêmement,  ayant  l’odeur  du  Souphre  qui  marque  que  ce  n’eft  que  du 
cuivre  &  non  de  rôr>  &  parce  qu’on  le  pafle  par  un  paftcl  pour  le  feparer  dé 
fa  roche,  on  y  trouve  un  gros  déchet ,  ce  qui  n  cft  pas  d’une  petite  cbnfequen- 
ce, parce  que  la  marchandife  cft  cherc:  c’eft  encore  une  crrcurdc  croire  com¬ 
me  quelques-uns  le  marquent ,  que  le  beau  lapis  doit  augmenter  de  poids  an 
feu,  il  cft  bien  Vrai  que  plus  le  lapis  cft  beau  ,  moins  il  diminue,  &  qu’il  s’en 
trouve  quelquefois  qui  cft  déchu  de  H  peu,  que  cela  ne  vaut  pas  la  peine  d’en 
parler,  &  quelque  bon  qu’il  foit  ,  il  diminue  toujours, ce  qui  cft  bi^  éloigné 
d’augmenter,  on  le  doit  mettre  aufti  au  feu  comme  l’Outre-mer  pour  voir  s’il  cft 
bon.car  le  bon  lapis  nedoitpas  changer  de  couleur  après  avoir  cfté  rougi  ;  ce  choix 
de  lapis  cft  bien  different  de  tous  ceux  qui  en  ont  écrit,  en  cc  qu’ils  difent  que 
ccluy  qui  cft  le  plus  rempli  de  fes  veines  jaunâtres  ou  veines  d’or  doit  eftre  le 
plus  eftimé  ,  ce  que  je  foutiens  faux  ,  puifquc  plus  il  s’y  en  trouve  &  moins 
on  en  fait  d’eftime  ,  principalement  par  ceux  qui  fçavcnt  ce  que  c’eft  &  pour 
ceux  qui  en  veulent  faire  l’outremer,  on  prendra  garde  auffi  que  ce  ne  foit  du 
lapis  verdâtre  affez  commun  en  France ,  en  ce  (^u’il  s’en  trouve  proche  de  Tou-  Lapisla  zuu 
Ion  ,ou  quc'cc  ne  foit  du  faux  lapis  compofe  d’étain  ôc  de  iafre,  comme  je 
l’ay  marqué  au  Chapitre  des  émaux. 

Le  lapis  a  quelque  peu  d’ufage  dans  la  Médecine  en  ce  qu’il  entre  dans  plu-i 
fleurs  compofitions  galleniqucs  comme  la  confection  d’alKcrmcs  ôc  autres. 

Il  y  a  des  Auteurs  qui  attiibiicnt  beaucoup  de  proprietez  au  lapis  cntrcautrcs 
Monfîcur  Demeuve  où  le  LcCleur  pourra  avoir  recours  ,  &  il  y  a  quelques 
Auteurs  qui  difent  que  le  lapis,  la  zuli  &  la  pierre  Arménienne  font  prefqug 
fcmblablcs,  ce  qui  ne  fc  trouvera  pas  comme  il  fc  verra  â  la  page  fuivantc. 


Dd 


loî  Hifîoire  generale 


CHAPITRE  y  I II, 

De  l  Outre- Mer. 

L’Ontrc  Mer  eft  à  proprement  parler  un  précipité  que  l’on  tire  du  lapis  ,lâ 
zuli  par  le  moyen  d’un  paftelcompofédc  poix  gralTe^de  cire  jaune,  d'hui¬ 
le  de  lin  &  autres  fcmblables ,  quelques-uns  difent  que  Ion  a  donné  le  nom  à 
ce  précipité  d  Outre  mer  ,  en  ce  que  le  premier  Outre-mer  a  cfté  fait  en  Chi- 
pre,  &  d’autres  qui  veulent  que  ce  nom  luy  a  cllé  donné  parce  que  fon  bleu 
cil:  beaucoup  plus  beau  que  celuy  de  la  mer.  Un  de  mes  amis  m’a  afluréquele 
premier  Outre  mer  avoir  cfté  fait  en  Angleterre  par  un  homme  de  la  Compagnie 
ftes  Indes, mais  qu’ayant  eu  quelque  different  entr’eux  ,  il  ne  put  mieux  fc  vanger 
d’eux  qu’en  découvrant  ce  fecret  à  d’autres  perfonnes ,  mais  quoyqu  il  en  foit, 
on  doit  choifir  l’Outre  mer  haut  en  couleur  ,  bien  broyé,  ce  qui  fe  connoîtra 
en  la  mettant  entre  les  dents ,  s’il  cft  fablcux  c’eft  une  marque  qu’il  n’eft  pas  aflez 
broyé  &  pour  voir  s’il  cft  véritable  fans  aucune  falfffication  ,  on  en  mettra 
tant  foie  peu  dans  un  creufec  pour  le  faire  rougir,  ft  fa  couleur  ne  change  point 
au  feu  ,  c’eft  une  marque  qu’il  cft  pur ,  car  s’il  cft  mélangé  on  y  trouvera  de¬ 
dans  des  taches  noires.  Son  ufage  cft  pour  pindre  en  huile  &  en  mignature. 

La  maniéré  de  faire  l’Outre  mer  cft  décrite  dans  tant  de  livres, que  je  n’ay 
pas  juge  à  propoi  de  le  répéter  icy.  Je  diray  feulement  que  ceux  qui  le  prépa¬ 
rent  en  fontjufqu’à  quatre  fortes ,  ce  qui  ne  provient  que  de  differentes  lotions  ? 
&  que  la  première  cft  plus  belle  que  la  dcinicrc. 


CHAPITRE  IX. 

Be  la  pierre  Arménienne, 

La  pierre  Arménienne  rft  une  petite  pierre  de  la  grofteur  d’une  balle  de 
plomb,  d’un  bleu  verdâtre  au  dtffus  &  en  dedans,  garnies  de  petites  picr- 
rettes  blanches  ôc  luifantes  qui  fe  lèvent  deftus  en  manière  de  gangue  ou  de  pc. 
tits  Diamans. 

On  attribue  quantité  de  proprictez  â  cette  pierre  comme  d’eftre  bonne  pour 
guérir  le  mal  caduc  ,  la  mélancolie  Ôc  autres  femblablcs,clleeft  un  des  ingrediens 
des  pilliiles  furnommées  de  pierre  arménienne  ,  ainf  que  l’on  le  pourra  voir 
dans  quantité  d’Autcurs  qui  en  ont  traitezi  mais  comme  cet  ufage  cft  peu  de  cho- 
fe,  je  diray  que  c  cft  de  cette  pierre  qui  après  avoir  cfté  broyée  &  lavée  pour  en 
feparer  la  gangue  &  quantité  de  petits  brillants  ,  comme  iî  c’eftoit  des  pailles 
d’or  ,  quoyquc  ce  ne  foit  qu’un  fable  ,  on  la  fait  feeher  &  enfuitc  nous  cft  cn- 
Cenarc  rerte  Voyé  fous  Ic  nom  dc  ccndtc  verte  ou  de  vert  de  terre  &  de  Berglbleau  qui  cft  af- 
îcnT'  fez  en  ufage  dans  la  pinture  ,  principalement  par  ceux  qui  en  augmentent  le 
vert  de  montagne,  en  mettant  livre  fur  livre  afin  dc  luy  diminuer  fon  prix  &C 
d’en  faire  meilleur  marché  que  ceux  qui  ne  peuvent  pas  s’amuferâ  telle  fripon¬ 
nerie,  ce  qui  cft  aflez  difficile  â  connoîtrci  c’eft  pour  ce  fujet  que  l’on  ne  doit 
achepter  de  vert  de  montagne  que  d  honneftes  Marchands ,  qu’il  ne  foie  dc 


des  Drogues^  Livre  Quatriemé.  loj 

là  qualité  que  je  l  ay  marqué  en  fon  Chapitre  ,  &  de  plus  qu  en  en  mettant 
tant  Toit  peu  fur  du  papier  il  ne  Ce  craffe ,  mais  foie  comme  du  fablon,  ce  qui 
fera  une  marque  qu’il  n’efl:  pas  mélangé  dfc  cendre  verte. 

Nous  vendons  de  plufieurs  fortes  de  cendres  vertes  qui  ne  different  nean¬ 
moins  que  fuivant  la  préparation  qu  on  leurs  donnent  ,&  fuivant  que  le  plus 
fubtileencftofténi  plus  ni  moins  queTOutre-mer  j  Ôc  la  belle  cendre  verte  doit 
eftre feche  jbien  fine,  &  haute  en  couleur; 

Son  ufage  cft  pour  la  peinture 


CHAPITRE  X. 

Dâ  la  Cendre  bleue. 

La  Cendre  bleue  eff  une  compofition  ou  pierre  broyée  que  nous  tirons  d’Arî- 
gleterreou  dcRoücn,  où  elle  eft  apportée  parles  Suédois  ,Hambourgois 
&  Danois  ;  la  plus  grande  partie  de  la  Cendre  bleue  vient  de  Dantzic  en  Pologne 
aufïî  bien  que  quantité  d’autres  peintures,  &  même  le  Zinc  &  l’étain  de  glace  j 
mais  comme  c’eft  un  négoce  qui  n’cft  connu  que  de  peu  deperfonnes,  cefl:  ce 
qui  fait  que  ceux  qui  tirent  ces  forces  de  marchandifes  de  Dantzic  la  peuvent  é- 
tablir  à  beaucoup  meilleur  marché  que  ceux  qui  les  tirent  d’Hollande,  d’Angle¬ 
terre  ou  de  Roücn.  Quelque  diligence  que  j  aye  fait,  il  m’a  efté  impoffblc  de  fça- 
voir  ce  que  c  cftoit  que  la  cendre  bleue ,  les  uns  m’ont  alTuré  que  c’effoit  une  com- 
pofition  &  qu’il  s’en  faifoic  à  Roücn,  mais  comme  ceux  qui  lacompofenttien- 
^lentccla  pour  fecret,  je  n’ay  pu  fçavoir  de  quoy  elle  cftoit  faite. 

La  cendre  bleue  doit  eftre  fine,  haute  en  couleur,  la  plus  feche  &  la  plus 
approchante  des  qualitczde  l’Outre-mer  qu’il  fera  poffible.  Son  ufage  cft  pour 
la  peinture. 


CHAPITRE  XI L 
Du  jafpe, 

La  quantité  de  fortes  de  Jafpes  qu’il  y  a  ,  fera  que  je  ne  parlcray  que  de 
celuy  que  nous  vendons, qui  cft  le  Jafpe  vert  ,  &  fi  ce  n’avoit  cfté  qu’il 
cft  quelque  peu  ufité  en  Médecine,  je  n’enaurois  point  parlé  -,  ainfi  comme  le 
Jafpdfert  cft  une  marchandife  précieufe  ,  &  qu’il  cft  tu  jet  à  eftre  contrefait 
par  d^ vitrifications  que  l’on  luy  fuppofe';  on  le  doit  choifir  d’un  beau  vert 
foncé  i  uni  &  luifant  ,  rempli  de  taches  rouges  ,•  comme  fi  c’eftoit  de  petites 
goûtes  de  fang  ,  ôc  qu’en  paffant  la  pointe  d’une  épingle  par  deffus  elle  ne 
ne  faffe  aucune  impreffion,  qui  eft  la  marque  qu’il  cft  véritable  oriental ,  qucL 
ques-uns  affûtent  que  le  Jafpe  vert  cft  fort  propre  pour  guérir  l’épilcpfic  ,  ôc 
qu’il  cft  fort  cordial.  On  prépare  le  Jafpe  vert  comme  les  hyacinthes  Ôc  autre? 
pierres  précieufes* 


Odi; 


104 


Hiftoirc  generale 


CHAPITRE  XII. 

Du  Jade, 

Le  Jade  eft  une  pierre  verdâtre  tirant  furie  gris,  extrêmement  dur  &  ra¬ 
re.  Cette  pierre  eft  peu  ufitee  en  Mcdecine ,  mais  beaucoup  pour  en  faire 
diftcrents  ouvrages  qui  font  beaucoup  cflimcz  ,  âcaufe quelle  efl:  tres-difficilc à 
travailler.  Les  Turcs  &  les  Polonois  employent  beaucoup  de  Jade  pour  faire 
des  manches  de  couteaux ,  de  fabres ,  de  coutelas,  &  autres  qu  ils  garnilTent  de 
fil  d  or. 

Le  plus  beau  Jade  eft  l’oriental. 


CHAPITRE  XIII. 

De  la  pierre  nefretique, 

La  pierre  nefretique  eft  une  pierre  de  couleur  grife,  mêlée  tant  foit  peu  de 
bleu,  fi  bien  que  d’ordinaire  clic  eft  d’un  gris  blcüâtre,  graffe  &  oneftueufe 
comme  le  talc  de  Venife. 

Cette  pierre  eft  fort  eftimee  de  certaines  perfonnes  pour  la  guerifon  de  la 
gravcllej  c’eft  ce  qui  fait  qu’elle  eft  fi  rare&  fi  recherchée,  &  à  caufe  quelle 
a  la  qualité  de  guérir  eftant  pendue  à  la  cuifte  ,  ceux  qui  font  attaquez  de  la 
pierre  ou  de,  la  gravelle  qui  eft  dans  les  reins  luy  ont  donné  le  nom  de  pierre 
nefretique  qui  vient  du  mot  mfros  qui  fignifie  le  Rhein. 

La  chercté  &  la  rareté  de  cette  pierre  eft  la  caufe  que  les  uns  luy  fubftitucnt 
une  cfpece  de  marbre  vert  furnommé  malaquitte  ,  &  pour  ce  fujet  ils  la  tail¬ 
lent  de  tefte  d’oifeau,  â  caufe  que  les  Anciens  ont  cru  que  la  véritable  pierre 
nefretique  rcflembloic  â  des  teftes  d’oifGauxjOu  à  des  becs  de  Perroquets. 

La  vraye  pierre  nefretique  vient  delà  nouvelle  Efpagnej  &  qui  en  voudra 
fçavoir  davantage ,  life  Monfieur  V  Vormes  qui  en  a  fait  un  Traité  fort  ample  , 
qui  feroic  trop  long  â  rapporter  icy. 


CHAPITRE  XIV. 


Du  D  aie  de  Ve''nife, 


)r  E  Talc  de  Venife  eft  une  efpcce  de  pierre  verdâtre ,  écailleufc,  qui  en  la 

I _ jmaniant  femblc  eftre  grafte,  qui  neanmoins  eft  fort  fechc  &  pefante.  Le 

plus  beau  Talc  eft  ccluy  qui  fc  trouve  dans  les  carrières  feituées  proche  de  Ve¬ 
nife,  ce  qui  luy  a  fait  donner  le  nom.de  talc  de  Venife  ,  il  s  en  trouve  aufti 
quantité  en  Allemagne  ,  &:  aux  Alpes.  Le  plus  beau  talc  eft  celuy  qui  eft  en 
groftes  pierres  d’un  blanc  verdâtre  &  luifant  ,  &  eftant  cafles  reluit  com- 
des  pailletés  d’argent,  &  qui  eftant  mis  par  petites  fciiilles  foit  d’un  grand 
blanc  ,  clair  &  tranfparent  ;  on  prendra  garde  qu’il  foit  également  beau  par 
tout,  car  ccluy  qui  eft  en  grofles  pierres  eft  fort  fujet  à  fc  trouver  d’une  mé¬ 
chante  qualitc  par  quantité  de  veines  jaunâtres  ou  rougeâtres  qui  fc  trouvent 


des  Drogues ,  Livre  Quatrième.  lo y 

dedans,  accompagné  d’une  cfpcce  de  terre  qui  le  rend  défedueux  &  îiors  dcî 
vente,  &  meme  il  s’en  rencontre  quelquefois  ,  qui  au  lieu  d’eftre  d’un  blanc 
verdâtre  eft  d’un  jaune  rougeâtre  ,  ainiî  l’on  doit  préférer  ccluy  qui  cft  en 
moyens  morceaux  ôc  que  l’on  peut  connoître  à  la  veuë. 

L’ufagc  du  talc  cil:  fort  recherché  par  les  Dames  de  qualité  pour  faire  du 
fard  ,  &  comme  c’eft  une  pierre  extrêmement  difficile  â  mettre  en  poudre,  U 
même  à  calciner,  on  fe  contente  prefentement  de  le  râper  avec  une  peau  de  chien 
ôc  de  la  pafficr  par  un  tamis  de  loye  ou  de  taffetas ,  &  enfuite  ils  s’en  fervent 
pour  ce  qu’ils  ont  befoin,  &  c’ciî:  pour  ce  fujet  qu’il  n’y  a  plus  que  létale  en 
morceaux  dune  groffeur  raifonnable  à  le  pouvoir  tenir  qui  ioit  en  tiage. 

Les  Anciens  principalement  les  Arabes, ont  cru  que  l’on  pouvoir  tirer  du  talc 
un  remede  propre  â  entretenir  le  corps  toujours  dans  fon  em-  bon-point ,  ce  qui 
fait  qu’ils  donnèrent  â  cette  pierre  le  nom  de  talc  qui  veut  autant  dire  qu’une 
égale  difpofition  qui  entretient  le  corps  dans  une  parfaire  fanté  ,  apparem¬ 
ment  c’eft  de-lâ  qu’efl:  venu  l’erreur  populaire  touchant  l’huile  de  talc  â  quion 
donne  tant  de  loiianges  &  â  qui  on  attribue  de  fi  belles  proprietez  ,  &  cette 
erreur  a  cfté  fi  forte  &  l’cft  encore  aujourd’huy,  que  quiconque  pourroit  trou¬ 
ver  le  fccret  de  tirer  du  talc  une  huile  fans  addition  de  Tels  ou  d’acide  pour¬ 
roit  eftrc  certain  de  la  vendre  au  poids  de  l’or  ,  ou  fi  j’ofe  dire  ,  vingt  fois 
plus  J  mais  comme  je  crois  que  cette  haute  ellimc  &  fes  grandes  proprietez  ne 
viennent  que  de  ce  qu’il  cfl  impoffible  d’en  pouvoir  trouver  ^  c’efl:  le  lujct  pour 
lequel  je  n  en  parlcray  pas  davantage,  je  diray  feulement  que  quelques  perfon- 
ncs  qui  fc  font  flattées  de  la  fçavoir  faire,  aflurcnc  qu  il  n’y  a  rien  déplus  pro¬ 
pre  pour  blanchir  la  peau  &  dérider  le  vifage,  &  en  un  mot  de  faire  rajeunir 
les  veilles  gens. 

On  nous  apporte  encore  de  MofcovicSc  de  Perfe  une  autre  forte  de  talc  qui 
cfl:  furnommé  rouge,  à  caufe  qu  il  efl;  dune  couleur  rougeâtre  &  en  fcüilles, 
parce  qu’il  cfl:  facile  de  le  lever  en  fcüilles  fi  minces  que  Ion  fouhaitte.  Ce  talc 
rouge  ou  en  fcüilles  n’a  autre  ufage  que  je  fçache  ,  que  par  les  Religieux  , 
Religieufes  &  autres  pour  mettre  fur  les  Tableaux  ou  Agnus  en  guife  de  ver¬ 
re  ,  &  non  pas  qu’ils  fe  fervent  du  talc  de  Venife  comme  quelques  Auteurs 
l’ont  écrit  i  comme  ce  talc  n’a  autre  ufage  que  pour  ces  fortes  d’ouvrages,  on 
ne  fc  chargera  que  de  ccluy  qui  cft  en  grandes  fcüilles,  &  qui  apres  avoir  cfté 
taille  ou  levé  en  fcüilles  extrêmement  minces  foicnc  blanches  ,  claires  &:  fort 
tranfparcntesi  il  n’y  a  gucres  de  marchandife  plus  exquife  que  le  bon  talc  en 
fcüilles ,  â  caufe  que  ccluy  de  la  bonne  qualité  cft  très-difficile  â  trouver.  Ceu 
te  marchandife  cft  fi  difficile  â  connoître,  que  je  ncconfcillc  â  perfonne  des’en 
charger ,  que  ceux  qui  l’cmploycnt  ne  Payent  trouve  de  la  bonne  qualité,  celuy 
qui  eft  noü  eftanc  épais  ôc  qui  fc  taille  en  feuilles  extrêmement  minces,  eft 
cftimé  le  meilleur. 


chapitre  XV. 

De  la  Craye  de  Briançon. 

IA  Craye  de  Briançon  eft  une  manière  de  pierre  aflfez  approchante  de  h 
_ jnature  du  talc  ,  â  la  referve  qu’elle  n’cft  pas  fi  écaillcufc  &  qu’elle  cft 

Î)lus  dure,  il  y  a  de  deux  fortes  de  Craye  de  Briançon,  fçavoir  la  blanche  ^ 
a  verte. 


TalcrrlTgeou 
en  feuillè,. 


D  d  ii; 


io6  Hifloirc  generale 

Cette  Craye  n’a  autre  ufage  que  je  fçachc  que  par  les  Tailleurs  qui  s’en  1èr- 
vent  pour  marquer  lecoffe  au  lieu  de  Craye  blanche ,  ou  pour  dcgrailTer  les 
habits  i  ôc  pour  ces  fujets  les  uns  aiment  mieux  la  verte ,  c’eft- à- dire,  celle  qui 
eft  d’un  vert  noirâtre  femblable  â  de  la  corne  ,  d’autres  préfèrent  la  blanche 
qui  rcflcmble  âdu  méchant  talc  j  &  la  Craye  de  Briançon  blanche  &  verte  n’a 
autre  choix  que  d’eftre  véritable  craye,  le  moins  rempli  de  menu  &  d’une  au¬ 
tre  pierre  pefante  ,  dure  &  verdâtre  que  les  Latins  appellent  lapis  fifcilis,n’eftant 
propre  à  rien. 

On  a  donne  â  cette  Craye  le  furnom  de  Briançon,  en  ce  que  l’on  prétend 
que  certe  Craye  fc  trouve  dans  des  carrières  qui  font  autour  de  Biiançon 
dans  le  haut  Daufinc. 


CHAPITRE  XVII. 

I)u  Spalt. 

Le  Spalt  efl:  une  pierre  ccailleufc,  luifante ,  aflez  femblable  au  gip  ,  â  k 
referve  quelle  ell  plus  blanche,  On  trouve  quantité  de  fes  pierres  en  Al¬ 
lemagne  ,  principalement  auprès  d’Aufbourg  ,  il  y  en  a  aufli  en  Angleter¬ 
re,  mais  il  n’cft  pas  fi  bon  ,  il  fc  rencontre  quantité  de  ce  Spalt  dans  l’Oliban  j 
ce  qui  marque  qu’il  faut  qu’il  s’en  trouve  dans  les  endroits  d’où  on  nous  ap¬ 
porte  l’Oliban  5  il  doit  efire  en  longues  écailles  tcudrcs,cn  forte  qu’avec  l’onglc 
on  en  puilTc  faire  de  la  poudre,  qui  cft  le  contraire  de  celuy  d’Angleterre  qui 
c/l:  dur. 

L’ufage  du  Spalt  c/l  pour  plufieurs  particuliers  qui  s’en  fervent,  en  ce  que 
c’t/l  un  fondant  qui  a  le  pouvoir  d’aider  â  fondre  les  métaux  ,ce  que  je  n’ofe 
a/Turer  pour  n’en  avoir  jamais  e/Tayé. 


CHAPITRE  XVII. 

De  la  pierre  Judaïque. 

La  pierre  Judaïque  e/l  de  differentes  groffeurs  &  figures, mais  la  plusof-' 
dinairc  c/l  de  la  groffcur&  figure  d’une  olive  garnie  de  petites  lignes  qui  vont 
d’un  bout  â  l’autre ,  &  quelquefois  auffi  toute  unie  &  de  la  forme  &  /àgure  cy- 
deffus. 

Cette  pierre  c/l  poty;  l’ordinaire  grife,  &  quelquefois  d’un  gris  rougeâtre  &: 
luifant  /'cmblablc  â  nos  petits  cailloux  dont  je  crois  qucc’c/l  une  cfpecc. 
PierreaeSy,  Ccs  picttcs  nous  font  appottcz  de  differens  endroits  de  la  Judée  ,  ainfi 
oic^/  qu’elles  en  portent  le  nom  ,  on  les  appelle  au/îi  pierre  de  Syrie,  de  Phœnicic. 

Cette  pierre  quoyqu’cllc  /cmble  c/lre  comme  un  caillou  ,  elle  n’c/l  pas  ce¬ 
pendant  fort  dure,&  n’c/l  pasau/fi  tryable comme  quelques  Auteurs  l’ontmar- 
que,  c/lant  cafféc,  elle  c/l  d’un  blanc  grisâtre  &  luifante. 

Monficur  Charas  dans  fa  Chymic  à  la  page  8 ai,  dit  que  cette  pierre  brûlée 
stUe pierre  avcc  le  Souphrc  &  avcc  du  vinaigre  di/lillé  de  l’cfprit  de  Sel  &  de  l’cfprit  de 
miel,  on  en  retire  un  fcl  qui  e/l  admirable  pourcaffer  la  pierre  où  ceux  quidc- 
fircronc  en  préparer  pourront  avoir  recours. 


des  Drogues,  Livre  Quatrième. 


107 


CHAPITRE  XVIII. 

De  la  pierre  Belemnïte. 

La  pierre  Belcmnite  fauflTement  appcllcc  pierre  de  Linx  ,  eft  une  efpece  de 
pierre  ou  de  ca  llou  fait  en  forme  piramidalc  à  qui  les  Anciens  ont  don- 
îié  le  nom  dcBclemnites.  Sagitta  fie  diBus  cujus  refen  figuram  ,  &:  d’autres  daBillus 
ideus  quod  in  monte  ida  repemtitr  O*  digitum  reprefentet ,  à  caufe  qu’elle  rcfl'cmblc  à 
une  flèche  &  qu’elle  fe  trouve  au  mont  Ida,  ou  bien  qu’elle  eft  de  la  figure  d’un 
doigt  j  d’autres  difent ,  ce  qui  la  fait  appeller  lapis  Lincis ,  c’eft  que  l’on  a  cru  qu’elle 
fe  formoit  de  l’urine  des  Linx. 

Cette  bellemnite  cfl:  plus  dure  que  la  pierre  Judaïque,  nonobftant  on  luy  at¬ 
tribue  les  mêmes  qualitez  ,  &  Monfieur  Charas  m’a  dit  que  Ion  la  peut  pré¬ 
parer  de  même  &;  que  l’on  peut  s’enfervir  aux  mêmes  ufages  ,cctrc  pierre  eftant 
caflee  cfl:  d’une  couleur  de  corne  dans  la  concavité,  de  laquelle  il  s’y  trouve  une 
cfpece  de  terre  grife  ôc  fechc  ,  d’un  goufl:  incipidc,  ainfi  qui  ne  peut*efl:rc  pro¬ 
pre  arien,  il  paroît  aufli  au  bout  de  cette  pierre  comme  une  efpece  de  folcil. 

On  trouve  quantité  de  fes  pierres  aux  environs  de  Paris  en  croifant  ou  la¬ 
bourant  la  terre,  principalement  dans  les  fablcufcs. 


CHAPITRE  XIX. 

Dâ  la  pierre  de  Boulogne. 

IA  pierre  de  Boulogne  cfl:  une  pierre  pcfantcd’un  gris  argenté  &  luifant  „ 

_jaflcz  approchante  en  fi  ureà  la  pierre  nefretique  qui  fc  trouve  fort  com- 
inuncment  autour  de  Boulogne  en  Italie, d où  elle  aprisfon  nom. 

Cette  pierre  n’a  autre  ufage  ,  qu  apres  avoir  efte  calcinée  pour  en  faire  un 
phofphorc  dont  Monfieur  Lemery  en  a  fait  un  fort  grand  difeoursi  la  fin  de 
fon  livré  de  Chymic  qui  femblc  eftrc  plus  vray-fcmblabic  &  mieux  digéré 
que  tous  cucx  qui  en  ont  parle  avant  luy  ,quoyque  Monfieur  ’Vvormcs  en  ait 
fait  aufli  un  fort  grand  dilcours,  où  ceux  qui  defireront  faire  le  phofphorc 
pourront  avoir  recours. 

La  pi  rrede  Boulogne  n’cfl:  pas  encore  fort  connue,  ce  qui  fait  que  nous  n’en 
vendons  que  très- peu  ,  ce  qui  pourra  venir  par  la  fuite  des  temps. 

Quelques  uns  donnent  à  cette  pierre  calcinée  les  noms  d’éponge  du  Soleil  oiver-nm* 
ou  de  la  Lune,  de  pierre  illumincufe,  de  pierre  de  Lucifer,  de  pierre  de  Caflîo-  duphôfph"»* 
lolanus  ou  de  pholphore  de  Kirkerus. 


CHAPITRE  XXI. 

Z)es  Pierres  de  Ponce, 

LEs  pierres  de  ponce  que  les  Latins  appellent  font  des  pierres  de  dif¬ 
ferentes  couleurs,  figures  &  pcfantcurs,y  en  ayant  de  blanch«  »  gti” 


io8  Hiftoire  generale 

fes,  (îc  légères,  depefantes,  de  grofTeSjdc  petites,  de  rondes  te  de  plattcs,  cllei 
font  eftimees  plus  ou  moins  bonnes  fuivant  qu  elles  font  recherchées ,  car  les  uns 
cftiment  les  blanches,  les  autres  les  grifes ,  d’autres  Icslcgcres,  &  les  autres  ai¬ 
ment  mieux  les  pefantes  ,  je  diray  neanmoins  que  les  ponces  les  plus  eftimées 
font  les  grofles  &  les  légères ,  fur-tout ,  pour  les  Parchemeniers  &  Marbriers  qui 
en  confomment  beaucoup.  Se  les  petites  ne  font  gucres  employées  que  par  les 
Potiers  d’étain  àcaufe  qu’il  faut  qu’ils  les  mettent  en  poudre  j  à  l'égard  des  pier¬ 
res  de  ponce  plattcs  ,  elles  ne  font  employées  que  par  les  Corroycurs  ,  en  un 
mot  les  pierres  de  ponce  ont  tant  d’ulagc ,  que  nous  n’avons  gucres  de  mar- 
chandifes  dont  on  fait  plus  de  comfommation ,  en  ce  qu’il  y  a  quantité  d’ou¬ 
vriers  qui  s’en  fervent.  A  l’égard  de  la  Médecine,  le  peu  d’ufage  qui  s’en  fait  ne 
mérite  pas  d’en  parler,  finon  qu’aprés  avoir  efté  calcinez  &  broyez,  on  fc  fert 
de  la  poudre  pour  fc  nettoyer  les  dents. 

Pour  ce  qui  cft  de  la  nature  te  ce  que  c’eft  que  la  pierre  de  ponce,  il  m’a  efté 
impoftîble  de  fçavoir  ce  que  ce  pouvoir  eftre  au  vray  j  c’eft  ce  qui  fera  que  je 
me  contenteray  de  rapporter  ce  que  quantité  d’Autcurs  en  difent,  qui  cft  que 
c’eft  unc'pierre  qui  fort  du  Mont  Vcfuvc  ou  Etna  ,  te  qui  par  la  violence  des  vents 
cft  jettée  dans  la  Mer  où  elle  fc  trouve  nageante  fur  la  fuperficie  des  eaux  d’où 
on  laramafle,  &  d’autres  qui  difent  qu’elles  proviennent  des  pierres  des  monta¬ 
gnes  qui  ont  efté  embrafez  par  les  feux  fouterrains  ,  quoyqu’il  en  foit  il  cft 
certain  que  la  pierre  de  ponce  cft  une  pierre  calcinée, en  ce  qu’elle  cft  légère  , 
porreufe  te  troücc,  te  qu’elle  a  efté  dans  la  Mer  ou  quelle  cft  d’une  nature  fa- 
léc,  dautanc  que  toutes  les  pierres  de  ponce  que  nous  vendons  font  falées, 
ont  un  gouft  de  marécage  &  toutes  remplies  de  petites  cguillcs.  » 


C  H  A  P  I  T  R  E  X  X. 

De  la  pierre  d Aigle.  5. 

ON  appelle  pierre  d’Aigle  certaines  pierres  qui  font  crcufcs  Vers  leur  mL' 
lieu,  &  qui  renferment  un  noyau  pierreux  te  argilleux  qui  fait  du  bruit 
quand  on  fecouë  la  pierre. 

On  en  trouve  ordinairement  de  quatre  fortes ,  te  on  les  appelle  indifterem-; 
ment  en  Latin  ^  mais  le  noyau  s'appelle  ca//fmus.  La  première  cft  bru¬ 

ne,  ovale ,  ordinairement  longues  de  deux  a  trois  pouces  te  demi  de  large,  ra- 
boteufe,  te  qui  reçoit  un  aflez  beau  poli.  La  féconde  cft  un  peu  moindre  que 
l’autre  -,  il  femblc  qu’elle  foit  faite  par  couches  &  paroit  participer  beaucoup 
du  fer  ,  car  elle  cft  couverte  d’ocre  comme  les  marcaciftes  de  fer.  La  troifiéme 
cfpccc  cft  raboteufe  te  femblc  compofee  des  débris  de  petits  caillous  luifants. 
Se  de  differentes  groffeurs  ,  dont  les  uns  font  bruns  te  les  autres  rouffâtres,  te 
quelques-uns  comme  tranfparcnts ,  tous  ces  caillous  font  unis  fortement  par 
un  ciment  naturel ,  te  l’on  ne  trouve  le  plus  fouvent  que  des  grains  de  fable 
dans  fon  creux.  La  quatrième  cfpece  cft  blanc-cendrée  Se  renferme  de  l’argillc 
ou  de  la  marne,  cette  cfpece  vient  d’Allemagne.  La  première  te  la  féconde  fc 
trouvent  dans  les  fondrières  du  Cap  faint  Vincent  en  Portugal ,  Se  dans  les 
montagnes  proche  Trévoux  dans  la  principauté  de  Dombes ,  on  cft  defabufe 
aujourd’huy  qu’elle  fc  trouve  dans  les  nids  des  Aigles  i  il  feroit  à  fouhaitter 
que  les  vertus  que  l’on  attribue  à  la  pierre  d’Aigle  fuftent  bien  certaines  ;  les 
Auteurs  affurent  qu’elle  facilite  l’accouchement  fi  on  l’attache  à  la  cuifle  d’une 

femme 


des  Drogues ,  Livre  Quatrième.  lop 

femme  qui  cft  en  travail,  &  qu’elle  empêche  les  faufTcs  couches  fi  on  l’atta¬ 
che  au  bras,  on  croit  que  mife  en  poil  dre  &  mclcc  dans  un  Ccrat,  elle  dimi¬ 
nue  les  peroxifenes  de  l’cpileplie  fi  on  l’applique  fur  la  tefte,  on  prétend  que 
la  marne  ou  l’argille  qu’on  trouve  dans  Ion  creux  foit  fudprifique ,  5c  quelle 
arrefte  les  cours  de  ventre.  • 

On  fera  peut  eftre  furpris  de  ce  que  j  ay  dit  à  la  page  44  au  Chapitre  de 
l’Aigle ,  que  nous  vendons  les  pierres  que  ces  oifeaux  mettent  a  l’entrce  du  trou 
de  leur  nid  pour  garentir  leurs  petits  de  la  foudre  5c  des  injures  du  temps,  ce 
n’a  elle  que  parce  que  je  ne  fuis  pas  certain  que  la  chofe  foit  eftcdivcmcnc 
vraye  ;  mais  la  plus  faine  opinion  d’aujourd’huy  eft  que  ces  pierres  que  nous 
vendons  fous  le  nom  de  pierre  d’Aigle,  ne  font  autre  chofe  que  ce  que  je  viens 
de  marquer. 


CHAPITRE  XXL 

De  la  Crapaudine, 


La  Crapaudinc  qu’on  appelle  en  hufonites  ovibAtrachm une  pier¬ 
re  qui  fc  trouve  aufli  dans  les  montagnes  ou  dans  les  champs ,  on  a  cru 
e  fe  trouvoic  dans  la  tefte  des  vieux  crapaux  ,  ou  qu’elle  clloit  vuidéc 
par  la  bouche  de  cet  animal  lors  qu’on  la  mectoie  fur  un  drap  rouge  j  mais 
Boot  &  ceux  qui  en  ont  fait  des  recherches  exactes  ,  aflurent  que  cette  pierre 
fc  forme  dans  la  terre,  on  en  voit  ordinairement  deux  efpeccs,  fçavoir  la  ron¬ 
de  ÔC  la  longue  -,  la  Crapaudine  ronde  a  la  figure  d’une  petite  calotç  j  elle  cft  ronde 
dans  fa  circonférence ,  creufe  en  dedans ,  connexe  en  dehors,  &  fort  polie ,  lar¬ 
ge  d’environ  demi  pouce  à  fa  baze.  On  en  trouve  qui  font  gris  foncez,  tirans 
fur  le  bleu  ôc  quelques  autres  qui  tirent  fur  le  fauve  \  mais  les  unes  5c  les  au¬ 
tres  font  ordinairement  d’u^g  couleur  plus  Icgcre  à  leur  baze.  La  Crapaudine 
longue  a  le  plus  fouvent  un  pouce  de  long  fur  quatre  ou  cinq  lignes  de  large 
arondics  par  les  deux  bouts,  creufe  en  goutiercou  en  manière  d’auge  5c  voû¬ 
tée  au  deflfus.  On  en  trouve  qui  font  grisâtres  plus  ou  moins  foncées  ,  mar¬ 
brées  de  quelques  taches  roulTâtrcs  5c  polies  comrric  les  rondes  j  on  fait  mon¬ 
ter  la  Crapaudinc  fur-tout  la  ronde  fur  des  bagücsi  mais  c’eft  plutoft  pour  or¬ 
nement  que  pour  les  vertus  qu’on  luy  attribue,  car  clics  font  très- incertaines  , 
fur-tout  celle  qu’on  prétend  qu’elle  a  d’abbattre  l’inflammation  furvcnûc  â  l’oc- 
cafion  d’une  piqucurc  de  mouches  â  miel  ou  de  quelques  autres  animaux.  Il  cft 
faux  qu’elle  change  de  couleur  6c  qu’elle  fuë  quand  on  l’approche  du  gobicc 
où  il  y  ait  du  poifon,  quoyquc  Boot  5c  quelques  autres  aflurent  que  la  Cra¬ 
paudinc  fe  trouve  dans  la  terre,  je  ne  voudrois  pas  neanmoins  contefter  qu’il, 
jie  s’en  trouve  dans  la  tefte  des  vieux  crapaux  ,  mais  il  cft  certain  que  celle 
que  nous  vendons  ne  provient  point  de  ces  animaux  ,  mais  fc  trouve  dans  U 
terre  ainfi  que  je  le  viens  de  marquer  ,  ôc  cette  dcfcripcion  de  la  Crapaudû 
ne  de  terre  ôc  celle  du  Upii  atites  m’a  cfté  donné  par  Monfieur  de  Tourneforc 
qui  cft  une  perfonne  fur  laquelle  on  peut  s’afllirer.  * 


no 


Hiftoire  generale 


CHAPITRE  XXII. 

Du  Lapis  Amiamus. 

Le  Lapis  Amiantus  cft  une  pierre  diun  noir  verdâtre  dcflâis  &  defTous ,  afTez 
pefante,  laquelle  eftant  calTce  approche  de  l’alun  déplumé  ,  en  ce  quelle 
s’cicvc  par  filets  d’un  blanc  verdâtre,  ou  pour  mieux  dire  d’une  couleur  de  cor¬ 
ne.  Cette  pierre  efl:  incombuftiblc ,  &;  les  Anciens  ne  fe  font  point  trompez  quand 
ils  ont  écrit  que  le  Lapis  Amiantus  &  l’alun  de  plume  eftoit  la  même  chofe.  Il  y 
a  neanmoins  quelque  difFerenec,  parce  que  l’alun  de  plume  eft  par  filets  longs,  ôc 
le  Lapis  Amiantus  a  fes  filets  fort  courts ,  &  déplus  c’eft  que  le  deflus  &  le  def- 
fousjou  pour  mieux  dire ,  les  extremitez  de  l’alun  de  plume  ,  ne  font  pas  de 
la  couleur  de  ceux  du  Lapis  Amiantus,  quoyqu’ilen  foit  le  Lapis  Amiantus  fc 
trouveen  Turquie ,  car  tout  celiiy  que  nous  vendons  vient  de  Conftantinople.  A 
l’égard  de  fon  choix  ôc  de  fon  ufage  je  n’en  fçache  aucun. 


CHAPITRE  XXIII. 

Du  Cobalthum, 

I'  E  Cobalthum  ou  Kobaltum  eft  une  pierre  rougeâtre,  dure  ,  pefante  &  par 

_ jgra  ins,  de  la  groffeur  de  nos  poids, qu  i  font  attachez  pluficurs  enfcmble  â  une 

cfpcccde  gangue  ôc  dune  marcachifte  femblable  â  l’antimoine  minerai  ,  ce  Co- 
balchum  fc  trouve  ordinairement  dans  les  mines  d’argent,  &  eft  la  pefte aux  ou¬ 
vriers  eftant  un  dangereux  poifon,car  fi  par  malheur  il  en  tombe  dans  de  l’eau  ôc 
que  le  mineur  ou  Mincralifte  foient  obligez  d’aller  dans  cette  eau  ,  ils  font  feurs 
d’avoir  les  jambes  toutes  ulcérées.  Ce  Cobalthum  eft  bien  different  de  ccluy  de 
quelques  Auteurs  qui  marquent  quc  c’cft  laCadm.ieou  pierre  Calaminaire.  Mais 
ils  fc  font  lourdement  trompez,  comme  il  eft  facile  de  le  voir. 

A  l’égard  de  fes  ufagcs,il  me  font  inconnus,  fa  «arcté  fait  que  l’on  n’en  deman¬ 
de  que  très- peu. 

CHAPITRE  XXIV. 

De  lOjleocole, 

L’Ofteocolc  ou  pierre  d’os  rompus  eft  une  pierre  areneufe  trouée  comme  un  os 
jdont  nous  en  avons  de  deux  manières,  l’une  pefante,  grarclcufe  ,  inégale 
&  affez  ronde,  &  l’autre  lcgcrc,moins  raboteufe.  L’oftcocolc  ou  pierre  d’os  rompus 
fc  trouve  en  pluficurs  endroits  d’Allemagne  où  elle  eft  appclléc  benbru,  maÿ> 
principalement  proche  de  Spire,  d’Heidelberg  &  d’Armeftat  j  on  prétend  que 
cette  pierre  a  la  faculté  de  remettre  les  os  rompus  ,  tant  prife  intcrcurcmcnt 
qu’appliquée  fur  la  fradure. 

Nous  vendons  encore  quantité  d'autres  fortes  de  pierres  ,  comme  la  pierre 
d’Affo  ou  Afficnne  qui  eft  femblable  â  du  marbre,  la  Serpentine  &  la^Pkrrc 
de  Sang, qui  eft  une  efpcce  de  marbre  rempli  de  quelques  petites  taches  rou¬ 
ges  d’où  luy  eft  venu  le  nom  de  pierre  de  Sang  ,  parce  que  i’on  prétend  qu’el¬ 
le  a  le  pouvoir  d’arrefter  le  fang.  La  pierre  étoilléc  qui  a  la  faculté  de  remuer 
dans  le  vinaigre  ,  la  pierre  Amomites ,  Lalofopetra  ,  le  Criftal  de  roche ,  le 
Criftal  de  Madacafear  ,  l’Albâtre  ,ainfi  de  pluficurs  autres  pierres  dont  quan¬ 
tité  d’Auteurs  fqjat  mention. 


iîï 


HISTOIRE 


GENERALE 

DES  DROGUES 

LIVRE  CINQUIEME 


PREFACE. 

Des  Terres. 

E  comprenâuy  en  ce  Chapitré  non  feulerhent  les  terres  qui  ont  quelques 
ufages  en  Medecine  -,  mais  encore  celles  dont  les  Peintres  fe  fervent ^  en  un 
mot  tout  ce  qui  eft  tendre  (St  fryahle  j  (St  pour  ce Jujet  nom  pu  efîre  mts 
au  rang  dei  pierres  Je  comprendray  en  ce  Chapitre  tout  ce  que  l'on  tire  des 
terres  y  c  efi  à-dire  de  celles  qm  font  partie  de  nojlre  négoce,  jay  rnis  au  nom¬ 
bre  des  terres  le  Cachou  j  non  pa^  a  caufe  de  U  refjernblance  qu'il  a  de  la  terre,  mais  parce 
que  la  plupart  •veulent  que  s  en  fait  une,  ainfe  quil  en  porte  le  nom  ,  comme  il  fe  •verra  au 
Chapitre  fuivant. 


CHAPITRE  premier. 

Du  Cachou, 

LÈ  Cachou  fuivant  Monfieur  de  Caen  Dodeur  en  Médecine  de  la  Fa¬ 
culté  de  Paris  ,  &  félon  ce  que  luy  en  a  aflurc  un  de  fes  amis  ,cft  une  ter* 
re  qui  fe  trouve  dans  le  Levant  oùel'ceft  appcllée  mafquiqui ,  laquelle  fc  ren¬ 
contre  ordinairement  fur  les  Montagnes  les  plus  élevées  où  croifent  les  Cèdres 
fous  les  racines  dcfquels  fe  trouvent  cette  terre  qui  de  foy  cil  fort  dure  &  en 
malTe  ;  pour  ne  rien  perdre  de  cette  terre  les  Algonquains  en  ramaflcntle  tout 
qui  eft  fort  graveleux,  le  rendent  liquide  avec  1  eau  de  rivière  &  le  mettent  ci\ 


CacKou  pré¬ 
paré. 


112  Hidoire  generale 

manière  de  pafte  qu’ils  font  fechcr  au  Soleil  jufqu’à  ce  qu’ils  paroiffent  dans  k 
dureté  qu’il  cft  ,  ces  Algonquains  en  portent  toujours  üir  eux,  &  s'en  fervent 
pour  la  douleur  d’cftomac,  ils  l’appliquent  deflus  meme  en  manière  d’onguent. 

Quoyque  cette  defeription  de  Cachou  ne  paroilTe  pas  tout- à- fait  vray  fembla- 
ble  en  ce  qu  ’il  n’y  a  gueres  d’apparence  que  le  Cachou  foit  une  terre,  mais  comme 
laperfonne  qui  a  donne  cette  defeription  à  Monficur  de  Caèn  luy  a  afliiré  ,  & 
qu’il  eft  appelle  des  Latins  terra  'Japonicay  j’ay  cfté  obligé  déranger  le  Cachou  au 
rang  des  terres  &  de  lailTer  ladecifion  dcfçavoir  ce  quec’cfî:  à  ceux  qui  en  ont 
plus  de  connoiflancc  que  moy  ,  pour  dire  que  l’on  doit  choifirle  Cachou  d’un 
rouge  tanné  au  deffaç ,  &  d’un  rouge  clair  au  dedans ,  le  plus  luifant  &c  le  moins 
brûlé  qu’il  fera  polTible. 

Comme  le  Cachou  cfl:  une  Drogue  aflez  amere  &  d’un  gouft  defagreabic,  fî- 
toft  que  l’on  en  met  dans  la  bouche,  on  le  réduit  en  poudre  fubtilc  &  l’on  y 
incorpore  dedans  de  l’ambre  gris  &  avec  des  macilages  dégommé  adragant,on 
en  fait  une  pafte, de  laquelle  on  forme  des  petits  grains  fcmblablescn  couleur  ôc 
figure  aux  crottes  de  fouris  j  &  plus  on  peut  faire  ces  trofchifqucs  petits  ,  plus  ils 
font  eftimez. 

L’ufagc  du  Cachou  entier  ou  préparé  eft  pour  fortifier  l’cftomac,  pour  rendre 
l’halcinc  agréable  j  en  un  motc’eft  une  des  meilleures  Drogues  que  nous  ayons , 
&  aujourd’huy  la  moins  en  ufage  ,  ce  qui  n’cft  venu  que  depuis  que  le  Thé  Sc 
le  Cafté  font  devenus  communs  ;  quoyque  neanmoins  le  Cachou  ait  beaucoup 
plus  de  proprietez  que  ces  deux  dernières  Drogues. 

Comme  le  Cachou  a  un  gouft  fort  defagreabic  ,  fur  tout  d’abord  qu’on  le 
met  dans  la  bouche,  quelques  perfonnes  mêlent  avec  l’ambre  gris  du  fucrc. 


CHAPITRE  II. 

De  la  térre  Jigelèe. 

La  terre  fccllée  ou  figclée  eft  une  efpecc  de  bol  blanc  tant  foit  peu  rouge⬠
tre,  que  l’on  détrempe  dans  de  l’eau  ,  &  enfuitc  on  en  forme  des  petits 
pains  a  demi  ronds  de  la  grofteur  du  pouce,  fur  laquelle  on  y  a  empreint  di¬ 
vers  caradlercs.  La  diverfité  de  figures  ,  de  couleurs ,  &  les  differents  cachets 
qui  fe  trouvent  fur  la  terre  figclée,  me  fait  juger  que  chacun  la  fait  a  fa  fan- 
taifie  ,  ôc  que  ce  ne  peut-eftre  qu’une  terre  graffe  &  aftringente  plus  ou 
moins  colorée  &:  réduite  en  petits  pains  tels  que  nous  les  voyons.  Je  ne  m’ar- 
refteray  point  à  vouloir  décrire  toutes  les  Hiftoircs  foit  fabulcufes  ou  vérita¬ 
bles  que  les  Anciens  ont  fait  touchant  le  lieu  natal  de  cette  terre,  &  les  cere¬ 
monies  que  l’on  fait  lors  qu’on  la  ramaffe  ,  ni  comme  il  n’y  a  que  le  Grand 
Seigneur  qui  foit  feul  qui  puiffe  la  fcclcr  de  fon  cachet,  pour  dire  que  n’eftant 
partie  capable  d’en  autorifer  ou  blâmer  l’ufage,  je  diray  que  la  terre  figeléc  la 
plus  ufitée  &  qui  eft  eftimcc  la  meilleure,  eft  celle  quieft  en  petits  pains  rou¬ 
geâtre,  la  moins  graveleufc  &  la  plus  aftringente  qu'il  eft  poftiblc. 

Son  ufage  eft  par  la  Médecine  où  elle  eft  affez  îouvent  employée  a  caufede 
fa  vertu  aftringente  j  elle  eft  aufti  un  des  ingrediens  de  la  Thériaque  où  elle  n’a 
befoin  d’autres  préparations  que  d’eftre  véritables  ou  du  moins  des  qualité! 
cy-deflfus. 

A  l’égard  de  la  terre  de  Lemnos,  on  prétend  que  c’eft  la  terre  figelléc,  qui 
cfl:  comme  die  eft  tirée  de  terrre  fur  laquelle  on  n’a  fait  aucune  façon. 


des  Drogues ,  Livre  Cinquième. 


irj 

chapitre  iir. 

Du  BoL 

SI  nous  avons  de  differentes  fortes  de  terre  figelce ,  noùs  n’avons  guefes 
moins  de  fortes  de  bols,  dont  le  plus  cflimc  eft  ccluy  à  qui  l’on  a  don¬ 
né  le  furnom  de  Levant  ou  d’Armenic,  foit  qu’il  en  foit  venu  autrefois  de  ces 
quartiers-là  ou  qu’on  luy  ait  donné  ce  furnom  pour  mieux  le  vendre  j  mais 
comme  je  n’en  ay  jamais  vu  ,  &  que  tout  celuy  que  nous  vendons  fc  trouve 
en  divers  endroits  de  France,  je  diray  que  le  plus  cflimé  efi:  celuy  qui  nous 
vient  du  cofté  de  Blois  &  de  Saumur  ou  delà  Bourgogne,  &  defqucls  il  y  en  a  dé 
plufîeurs  couleurs,  fçavoir  de  gris ,  de  rouge  &  de  jaune,  le  jaune  cfl  ccluy  qui  eft 
le  plus  cflimc  ,  en  ce  que  c’efl  luy  que  1  on  fait  paffer  p'us  facilement  pour  bol 
du  Levant,  &  de  plus  c’cffquc  les  Doreurs  s’en  accommodent  mieux. 

Comme  ces  fortes  de  bols  coûtent  beaucoup  à  faire  venir  de  Blois  ou  de  Sau- 
ânur  icy,  nous  préférons  ccluy  de  Baville  &  d’autres  endroits  d’autour  Paris, 
en  ce  que  les  payfans  qui  nous  les  apportent  le  donnent  à  beaucoup  meilleur 
marché  que  celuy  que  nous  faifons  venir.  Toutes  fortes  de  bols,  pourcflrcdc 
la  bonne  qualité  ,  il  faut  qu’il  foit  doux  au  manier  ,  non  graveleux  ,  luifant 
&  fort  aftringcns,  c’efl- à-ûirc  qu’cH  les  approchant  delà  langue  ou  des  lè¬ 
vres  en  ait  de  la  peine  à  les  en  retirer  ,  toutes  les  fortes  de  bols  ont  beaucoup 
d’ufage  àcaufe  qu’ils  font  fort  aflringcns,  ceux  qui  tirent  le  bol  des  carrières 
le  lavent  pour  en  fcparer  le  gravier  ,  enfuite  en  font  une  pafle  dont  ils  for¬ 
ment  des  ballons  plats  de  la  groffeur  &  longueur  du  doigt ,  &  qui  cfl  ce  que 
nous  appelions  broüillamini  ou  bol  en  bille. 

Sroüilkmini 


CHAPITRE  IV. 

De  ÎOere. 

L’Ocre  jaune  &  rouge  n’efl  qu’une  meme  chofc,fon  naturel  efl  jaune  ,  & 
on  la  convertit  en  rouge  parle  moyen  d’un  fourneau  de  reverbere  dans  le¬ 
quel  on  la  met  pour  faire  rougir  par  la  force  du  feu.  Toutes  les  bonnes  mines 
d’Ocre  de  France  font  en  Berry,  &  entr’autres  celle  qui  cfl  au  lieu  appellé  faint 
■George  fur  la  Prée  fur  le  bord  de  la  rivicre  d’Uchcr  à  deux  lieux  de  la  'Ville 
dc'Vierzon  en  Berry  j  on  la  tire  de  la  même  maniéré  que  le  charbon  de  pier*- 
rc.  Cet  Ocre  fc  trouve  à  150  jufqu’à  200  pieds  de  profondeur  en  terre ,  de 
l’épailTcur  de  4  jufqu’à  8  pouces  feulement  au  deffous  de  cet  Ocre.  Il  fe  trou^ 
vc  un  fabîon  blanc  femblablc  à  ccluy  d’Eflampc,  &  au  deffus  dudit  Ocre ,  c’ef^ 
une  terre  jaune  ,  argillcufc,  qui  ne  vaut  rien. 

Il  vient  auffi  de  1  Ocre  jaune  &  rouge  d’Angleterre  d’un  endroit  qui  s’ap, 
pelle  Rue,  elle  efl  plus  brune  que  celle  de  France,  mais  moins  bonne,  parce 
que  de  fa  nature  elle  cfl  fechc  à  caufe  qu’elle  provient  d’une  terre  pierreufe  ocreRoaé' 
que  l’on  broyé  au  moulin  ,  au  lieu  que  celle  de  Berry  cfl  naturelle ,  a  plus  de 
corps ,  cfl  plus  graffe  &:  foifonne  davantage  ,  &  beaucoup  meilleur  à  l’huile, 
cela  cfl  tellement  vrai  que  les  Hollandois  en  demeurent  d’accord,  dautant  qu’ils 
ne  peuvent  employer  celle  d’Angleterre  à  moins  qu’ils  n’y  mettent  parmi  la 
moitié  de  celle  de  Berry,  E  c  iij 


Brfln  rouge. 


Pot^c. 


ri4  Hiftoire  generale 

L'Ocrc  jaune  8c  rouge  a  beaucoup  d’ufage  pour  la  peinture,  la  plus  eftime^ 
cfl:  celle  qui  efl:  fcche ,  tendre,  fryablc  &  haute  en  couleur  &  la  moins  gra- 
veleufc. 

Il  nous  vient  encore  d’Angleterre  un  Ocre  rouge  que  nous  appelions  ordi¬ 
nairement  brun  rouge  dont  on  fc  fert  pour  la  peinture,  &  le  brun  rouge  quj 
cft  d’une  couleur  bien  foncée  cft  appelle  potée,  dont  on  fc  fert  à  polir  les  glaces^ 


CHAPITRE  V. 

la  terre  vertè. 

Nous  vendons  de  deux  fortes  de  terre  verte,  fçavoîr  la  terre  verte  de  Vé¬ 
rone  que  l’on  nous  apporte  d’auprès  de  Vérone  en  Italie,  d’oùeft  venu 
fon  nom  &  la  terre  verte  ordinaire. 

La  terre  de  Veronne  doit  cftrc  pierreufe  &  la  plus  verte  qu’il  fc  pourra  ,  & 
prendre  garde  qu’il  n’y  ait  point  de  veines  de  terre  dedans. 

La  terre  verte  ordinaire  doit  cftrc  la  plus  verte  &  la  plus  approchante  de  U 
Veronne  qu’il  fc  pourra. 


CHAPITRE  VI. 

De  la  terré  de  Colog^e^ 

La  terre  de  Cologne  cft  une  terre  tout-àfait  fcmblable  a  la  terre  d’ombrëj 
a  la  referve  qu’elle  cft  plus  brune.  Cette  terre  à  quelque  ufage  dans  la 
peinture.  On  la  doit  choifir  tendre  &  fryable,la  plus  nette  ôc  la  moins  renvj 
plie  de  menu  qu’il  fera  poflible. 


CHAPITRE  VII. 

De  la  terre  d ombre. 

La  terre  d’ombre  cft  en  pierre  de  differentes  grofleurs  &  nous  vient  d’EgiptC 
&  autres  endroits  du  Levant. 

Le  choix  de  cette  terre  cft  d’eftre  tendre  ,  en  gros  morceaux, d’une  coulcuf 
minime  tirant  fur  le  rouge, en  ce  qu’elle  cft  mciricurcquc  lagrife. 

Son  ufage  cft  pour  la  peinture,  avant  que  de  broyer  la  terre  d’ombre,  on  la 
brûle  tant  pour  la  peinture  en  huile  que  pour  les  Gantiers ,  cftant  brûlée  de¬ 
vient  plus  rougeâtre. 

lien  faut  éviter  la  fumée  cftant  fort  puante  &  nuifiblc. 


^3 

ü 


des  Drogues  J  Livre  Cinquième.  ii^ 


CHAPITRE  VIII. 

Du  Tripoli. 

Le  Tripoliou  Alanacft  de  deux  fortes  en  France,  l’un  fc  tire  a  Poligny 
en  bafle  Bretagne  prés  de  Renne  ,  l’autre  fc  tire  du  lieu  appelle  le  petit 
Menna  en  Auvergne  proche  Riom. 

Ccluy  de  Bretagne  eft  le  plus  cllimé  &  le  meilleur,  plus  propre  aux  Lapi¬ 
daires  ,  Orfèvres,  Chaudronniers  &:  à  tous  autres  ouvrages,  il  le  tire  dans  une 
montagne  à  zo  ou  30  pieds  de  profondeur  ,  &  fe  trouve  par  lits  épais  d’un 
Çied  plus  ou  moins,  il  fc  tranfporte  à  Redon  où  il  s’embarque  ôc  de- la  vient 
à  Nantes. 

Ccluy  d’Auvergne  efi:  moins  eftimé  en  ce  qu’il  n’eft  pas  propre  aux  Lapi-» 
daires.  Orfèvres,  ni  Chaudronniers  à  caufe  qu’il  n’a  pas  de  corps  ,  &  qu’il  fc 
met  par  fcüilles  comme  un  livre  lors  qu’il  eft  fcc  ,  l’on  s’en  fert  feulement  à 
tripolir  dans  les  ménages ,  ce  Tripoli  fc  trouve  prcfqu’à  fleur  de  terre. 

L’on  prétend  que  le  Tripoli cfl:  une  pierre,  laquelle  eft  devenue  Icgercpar  le 
moyen  de  certaines  veines  de  terre  fouphrculc  qui  ont  brûlé  fous  ce  tripoli,  Se 
luy  a  donné  la  qualité  de  blanchir,  tripolir  ou  éclaircir  le  cuivre. 

Il  y  a  aufli  des  mines  de  Tripoli  en  Italie  &  ailleurs  ;  mais  comme  cette 
marchandife  cfl;  de  peu  de  valeur  &  de  confommation  ,  elle  n’efl  pas  beau¬ 
coup  recherchée  ,  &  de  plus  comme  nous  en  avons  aflez  en  France,  il  n’efl  pas 
befoin  d  en  faire  venir  des  aut  es  endroits. 


CHAPITRE  IX. 

Du  rouoe  dinde. 

O 

Le  rouge  d’Inde  ou  terre  de  Perfe  efl  ce  que  nous  appelions  mal-à-prhpos 
rouge  d’Angleterre.  Cette  terre  cfl  une  drogue  aflez  chère  ,.  principalement 
ccluy  qui  cfl  en  petites  pierres  moyennement  dures  &  hautes  en  couleur.  Ce 
rouge  n’efl  employé  que  par  les  Cordoniers  qui  s’en  fervent  détrempé  dans  du 
blanc  d’oeuf  pour  rougir  les  talons  des  fouliers. 

Nous  vendons  encore  quantité  d’autres  fortes  de  terres  comme  elles  vien¬ 
nent  des  carrières ,  comme  la  Marne  que  quelques-uns  vendent  fous  le  nom  MameouCoi 
de  bol  blanc.  ^  ^ 

Et  d’autres  qui  ont  cflé  lavés,  comme  le  blanc  de  Roiien ,  le  blanc  de  Seve, 
du  Porc  Ncüilli  ,  la  Craye  de  Champagne  &  d’autres  que  nous  ne  vendons 
point  en  ce  que  nous  avons  de  la  peine  à  en  recouvrer , comme  le  Smcélin  qui  smeain^ 
cfl  une  glaife  graflc  &  gluante ,  pefante  ,  tantôt  jaunâtre,  tantôt  noirâtre  5  cette 
terre  cfl  fort  en  ufage  en  Angleterre  par  les  Cardeurs  de  laine  qui  luy  ont  don¬ 
né  le  nom  de  Soletcrd  ,  &:  â  caufe  que  cette  terre  fait  prcfque  la  meme  chofe 
que  le  favon  ,  les  Latins  l’appellent  mro.  faponark  ,  ae  la  terre  de  Mexique 
qui  cfl  une  terre  extrêmement  blanche,  dont  les  Mexiquains  fc  fervent  pour 
blanchir  ,  &c  en  Médecine  comme  de  la  Ccrcufc ,  ils  s’en  fervent  aufli  à  polir 
l’argent. 


1 1 6  Hilloire  generale 

Le  Marga  qui  cfl:  une  cfpeccde  pierre  blanche  fort  fcmblablc  à  la  Craye  die 
Champagne. 

Agaric  mim-  Le  Lûhomarga  ou  Stcnomargaquiclî;  ce  que  nous  appelions  mocle  de  pierre 
ou  agaric  minerai  ou  lait  de  la  Lune,  cette  pierre  fc  trouve  dans  les  fentes  des 
rochers  dans  les  cffdroits  de  rAllcmagnc,  &  ces  differens  noms  ont  elle  don¬ 
nez  à  cette  pierre,  à  caufe  quelle  eft  extrêmement  blanche  &  fryable  ,  &  que 
cette  blancheur  ne  luy  vient  que  parce  qu’elle  fe  calcine  à  la  vapeur  des  métaux. 

Il  y  a  encore  quantité  d’autres  fortes  de  terres ,  comme  la  terre  Eretricnne , 
Divers  fortes  tctte  Samienue ,  la  terre  de  Ghio,  la  terre  Sclluficnnc ,  la  terre  Cimolicnne,  la 
déterres.  tcite  Atcncufe,  Ôf  de  quantité  d’autres  dont  pluficuis  Auteurs  j^pnt  mention. 
Pipes.  Nous  faifons  de  plus  un  fort  gros  négoce  de  pipes ,  tant  d’Hollande  que  de 

de  celles  qui  fefont  à  Roüen  Les  pipes  vraycs-Hollandcs  font  longues  &  tres- 
bcllcs  qui  eft  le  contraire  de  celles  de  Rouen  qui  font  courtes ,  &  faite  d’une 
terre  grisâtre  &  bien  plus  mal  baftic.  Je  ne  m'arrcllcray  pas  à  en  faire  aucune 
fclation  ,  la  marchandife  cftant  alTcz  connue ,  ôc  qu’il  n’y  a  point  d  autre  choix 
que  de  prendre  garde  ft  elles  ne  font  pas  caflccs ,  ôc  que  chaque  grolTc  contient 
4ouze  douzaines. 

A  l’égard  de  la  préparation  des  pierres  ou  des  terres ,  elle  fe  fait  pour  l’or^di- 
rc  arations  manietes ,  c’efl  â*dire  en  les  broyant  fur  un  porphire,ou  écaillé 

dfs  pierres  &  de  mer  comme  les  perles,  les  Jacintes,  les  Topafes ,  les  Emeraudes ,  le  Saphirs, 
des  terres,  Goraux  ,  l’Aimant ,  la  pierre  Calaminairc ,  la  Tutic  ,  ôc  autres  femblabics  j  ôc 
la  deuxième  en  la  triturant  dans  un  mortier  avec  de  l’eau  ,  afin  d’en  retirer  le 
plus  fubtil,  comme  laLitargc,  la  Cereufe,  le  Minium.  Les  premiers  après  avoir 
cfté  broyez  â  l’eau  rofe  font  mis  par  petits  trochifques ,  &  les  féconds  en  for* 
tant  de  l’eau  font  mis  par  tablettes  comme  des  conferves. 


majorem  Dei  gloriam. 


FIN. 


TABLE 

de  la  première  Partie  de  l’Hiftoire  generale 
des  Drogues. 

^Concernant  les  Végétaux  )  Sçavoir  les  Semences  ^  Graines  ou  Grains  \ 
Bulbes  ^  Oignons  ^  B<acmes ,  Ro féaux  ou  Cannes  ,  Ecorces  ^  BoiSi 
Feuilles  ,  Fleurs  ,  Fruits  ,  Gommes  -,  Sucs ,  Çÿ  autres  chofes  qui  en 
'dépendent  ^comnte  Hmles,  EJfences  ^  Efprits  ySels, 


ABcl-Mofc.  Voyez  Ambrctte.  zp 
Abfynthe  grande  &  petite.  ■  Ui 
\Acacia  G^rrnamca^oH  Gemanorum,  30Ï 
'iAcéciaVera..  ibidem 

'Acajoux  ou  Noix  Giitte.  zop 

Achiotl  ,  ou  VriiCH.  V.  Rocou,  zoy.^oi, 
Acomats.  iz3 

'tAconitum  PArdfilîenches.  V.Doronic.  71 
Aconitum  Pardalienches.V .  Thora.  74 

i_Aeonitum  ^a/wfi^rww^V.Anthora.  ibtd. 
Acorus  Verus.y,  Grand Galanga.  <^4 
Jcoms  VeruSi  O-W  'Kcoïc  sïzy.  pî 

Adiantum  Album  Canadenfe ,  ou  Adiantc 
blanc  de  Canada. 

Adiantum  Breftliayium  ,  OU  Adiante  du 

Brefd.V- Capillaires.  14g 

Adiantum  Album  Adontpelienfe.y .Sirop 
de  Capillaires  de  M  ontpellicr.  145^ 

A<^alochuni  d’Inde;  103 

Agaric.  S:xx.  i6t 

Agnus  Cafus.  *■  23 

Atgoceras.  V.  Fenugréè;  ko 

Aigre  de  Cedre.  232 

^AlcanayOuCj/prus.  .  I^o 

Alceaindica  Vtllofa,  Quymàuve  des  In¬ 
des  Indes  veloutée ,  qui  porte  l’Ani- 
•  brette,  ou  Graine  de  Mufe,  257 
Aloës.  V.  Bois  d’Aloës.  I03 

Aloës.  2577 

Aloës  Cabalin.  25757 

Aloës  Cicotrin  ,  ou  Sucotrin.  2578 
Aloës  Hépatique. 


Aloës  Rofat  &  Violât,  257S 

Alphœnix.  578 

Aljpen  Montis  feti,  ou  Turbit blanc. 147 
Amandes.  loô 

Amandes  d’Efpagnc  ,  Liffes  ,  pelées. 
.  V.  Dragées.  ihidtm 

A  mandes  Douces  &  Ameres.  zzçf 

Amandes  en  Coque.  ibidem 

iîmbre  Liquide.  V.  Ltquid-i^mbar.  zg  x 
Ambrette,  2.57 

Amidon, 

Ammi ,  ou  Ameos.  4 

Amomï.  V.  Amomum  '.  40 
Ammi.  V.  Fruit deBois  d’Inde.  ni 
\Amorni  j  ou  Poivre  de  Thevet.  1575 
K^momum  >  ou  Amome  de  Pline.  40 
^.Amomum  Bacemofum  ,  ou  Amome  en 
Grappe.  ibidem 

Amphiam.  V.  Opium.  257^ 

Anacardes.  ,  zio 

A  n  acardes  A  ntartiques  .V.  A  cajoux.  2057 
Anacardin.  zio 

Ananas.  bj.235 

Ses  Dilferences.  vj.  236 

Ananas  confit.  ibidem 

Aneth,  ou  Fcnoüil  Tortu.V.Mcon.  78 
Angélique ,  ou  Archangelique,  74 
Angélique  confite.  ibidem 

Angoure  de  Lin.  V*  Cufcute, 

Ami.  jjj 

Anis  Aigre.  V.  Cumin;  n 

Anis: 

Ff 


Table 


Anis  Couvert ,  Anis  Reync ,  Anis  Ver¬ 
dun.  14 

Anis  de  la  Chine.  V.  Semence  de  Brv- 
dian.  *  43 

Anis  de  la  Chine ,  ou  deSibery,  des 
iQcs  Philippines ,  ou  des  Indes.43.ii3 
Anifé.  V.  Eau  d’ Anis.  14 


Annuale.  V.  Mirabolans  £/»!>//>. 

Z23 

ydnthora. 

'74 

Antipates. 

Antolfe  de  Gcrofle. 

■iPP 

Arare.  V!  Mirabolans  Citrins.  zü.  Z13 

Arbre  de  Vie ,  ou  Thuia. 

105 

Arcani^On  ou  Poix  Noire. 

z88 

Areca. 

zzz 

^irifiolochia  Clernatitis  >  OU  Ariftolochc 

Clématite. 

81 

j^rtfiolochia  Pifîolochia. 

ibidem 

.Anjlolochi*  PolyrrhÎTyt. 

ibidem 

Ariftoloche  Longue. 

ibidem 

Ariftoloche  ronde. 

.  40 

Ariftoloche  Tenais  ^  ouLcgcrc. 

41 

Armoife,  ou  Herbe  de  S.  Jean. 

I6l 

Aum  ^  Minor  J  ou  grande  & 

petite  Serpentaire. 

^0 

Aundo  humilis  Clavata  radice  acri 

>  Plan- 

te  dont  la  racine  eft  le  Gingembre.^îi 

Afelcpi*^  OU  fontra-yerva  blanc. 

48 

Afpalath.- 

105^ 

Afplenium  ou  Caterac. 

161 

Afla  doux.  V.  Benjoini. 

J'oetida. 

2-54 

Avelines. 

loo 

Avelines  Laça  diercs. 

infrÀ 

Autour. 

135 

ou  Carive.  V.  Poivre  de  Gui- 

née. 

191 

88 

^_A^arma. 

ibidem 

Azerbes ,  ou  Mufeades  mâles. 

zoz 

Azur. 

170 

Azur  à  Poudrer. 

ibidem 

B 

Ï}  Acillc, ou 54m.  13 

Jiialauftes.  r8o 

Bananes.  xxxij.  164 


Barbe  de  Renard,  ou  Rame  de  Bouc, 
arbriffeau  c^üi  porte  la  Gomme  Adra- 
gan. 

Barbotinc.  V.  Semen  contra.  % 

Barils  de  Tamaris.  115 

Bernez.  z8j 

Barras. 

Bafilic.  i6i 

Baume  de  Copaü ,  Copaïf ,  ou  Cam- 
païf.  •  280 

Baume  d’Egypte  ou  du  Grand  Caire. lyy 
Baume  dejudée.  ibidem 

Baume  de  l’Amérique.  16^ 

Baume  de  la  Mecque.  iy6 

BaumedeLiquid  Ambar.  z%z 

Baume  de  M  .  le  Commandeur  de  Per- 
né.  infra 

Baume  artificiel  du  Pérou ,  la  ma¬ 
niéré  de  le  faire.  ijp 

Baume  de  Tolu.  zSï 

Baume  de  Vanille.  208 

Baume  blanc  du  Pérou  d’incifion.  ziy 
Baume  noir  du  Pérou,  ou  Baume  de 
Ebtion.  ibidem 

Baume  du  Pérou  en  Coque ,  ou  Baume 
fcc.  ibid.m 

Baume  noir  du  Pérou.  ^7^ 

Baume  nouveau.  281 

Baume  ou  Huile  de  Mille-pertuis.  z8i 
Baume  ou  Huile  de  Poix  noire.  %  88 
Bayes  de  Laurieç.  xiij.  245 

^a^endgr.  26].  xxix 

Bdelium.  1^0. 

Recula  BegUjuelU  ,  Beloculo.  V.  Ipeca^ 
cuanha. 

Bchen  blanc  &  rouge.  83 

Belle  de  nuit. 

Belleris  Colin.  Voyez  Mirabolans  Belle- 
ris.  Zii.&iZ3 

Ben  Blanc.  117 

Ben  dejudée,  ou  Benjoin  de  Boninas. 

V.  Benjoin.  245^ 

Benjoin  &:fcs  différences.  248 

Benoille ,  ou  CarypbyUata.  i(5f 

Bétel ,  ou  Tembul.  160 

Beroine.  k^i 

Bigarades  au  Chapitre  des  Oran¬ 
ges.  ij.  i34 


de  la  première  Partie, 


Bijon.  V-Tercbenchine  du  Bois  de  Pi- 


latre.  ^84 

Bifeuits  d’amandes  ameres.  231 

Bifnaguc  ou  Virnaguc,  188 

Bifeuits  Purgatifs.  54 

Biftorté.  75) 

Bijîorta  Major ,  V.  Biftorte.  ihidem 
"Btflorta  Sil'vefli'is.  ibidem 

Bixerere  Rubre.  V.  Tor'ncfol  fin.  3; 
Bois  d’Acajoux,  113 

Boisd’Aiglc.  104.105 

Bois  d’Alocs.  103. 104 

Bois  d’Anis ,  ou  d’Anit.  113 

Bois  d’Afpalath.  V.  Afpalatli.  J05 
Bois  de  Brefil.  iip 

Bois  de  Calambac ,  ou  de  Tambac.  104 
Bois  dcCalàmbouc.  tbidem 

Bois  de  Campefehe,  Voyez  Bois  din¬ 
de.  izo.fii 

Bois  de  Cannelle  ou  Saxafras,  1 13 

Bois  de  Chandelle*  i  o  8 

■  Bois  de  Citron.  ibidem 

Bois  de  Corail.  lo^ 

Bois  de  Couleuvre.  ,  T13.  zi6 

B  ns  de  Crabe.  V.  Cannelle  Gircflec.  131 
BOIS  de  F  r.  12.3 

Bois  de  Fernambouç.  V.  Bois  de  Brc- 


Bois,ou  Ecorce  Tentant  le  Girofle, 


Bois  rouge  ou  de  T  Amérique,  lop 

Bois  Saint.  V.  Gayac,,  114 

Bois  Violet,  ïzl 

Bougie  noire.  i8^ 

Bray  Liquide,  Tare  ouGoudran.  289 
B  ray  Sec ,  ou  A  rcanejon.  2. 88 

Brefil  de  Japon,  ouSapandc  Bimaës.  119 
Brefil  de  la  Baye  de  tous  ks  Saints , 
V .  Brefil  de  Lamon.  Jnfrà 

Brefil  de  Lamon.  up 

Brefil  de  Sainte-Marthe',  ibidem 

Brefillet.  ibidem 

Brugnolcs,  xxv.zjy 

Biyon.  V.  Coralinc.  1^5 

Bryonne  de  l’Ameriqüc,  ouMechoa- 
cam.  55 

Bryonne,  ou  Vigne  blanche.  56 

Bryonne  ,  ou  Vigne  noire.  ibidem 
Sucera.  V.  Fcnugrcc.  a  O 

B  glofe  Aîitartiquc.  V. Tabac,  158 
B'iis,  ou  Bouis.  115 

Buna ,  Bonca ,  Bonco,  Bunnu ,  ion,Ban, 
V.  CafFé.  io4 

Bunias. 


C 


fil.  ,  J19 

Bois  de  Fuflet ,  ou  FufteL  lit 

BOIS  de  Jalfcmin.  108 

Bois  dinde.  lii 

Bois  de  la  Chine.  113 

Bois  de  la  Jamaïque.  Voyez  Bois  din¬ 
de.  uo.  12I 

Bois  de  la  Palile.  zCo 

Bois  de  polyxandrc ,  du  gros  Bois  vio¬ 
let*  .  *•  .  izj 

BOIS  dcRhodes  ou  de  Rofes.  V.  Afpa- 
lath.  106 

BOIS  de  Rofes  ou  de  Cyprès.  ibidem 
Bois  de  Sainte- Lucie.  '  lit 


CÀbaret  ou  Nard  faüvagc. 
rum: 

Cacao.  zOf; 

Cacao  Caraque ,  &  des  Ifles,  206 


Cacao  en  Pain. 


ibidem 


Çaeavi.  V-  Cacao. 

Caterac  ou  y^fplenium.  iGi 

CafFé  en  coque  &  rhondé.  204 

CafFé  préparé.  iOj 

Çafo~  Sanga.  V.  hecdcuanhA,  4^ 

Cajoux.  V.Acajoux.  zop 

Calamahtc  de  Montagne.  ici 


Calàmus  t^romaticus.  V.  i^corus  Ve- 


BOIS  de  Tamaris. 

H3 

rus. 

Bois  de  Sapan.  V.  Bois  de  Brtfil. 

vp 

Çalamus  Verus  >  ou  ^yirnarus. 

ÿz 

Bois  des  Molucques. 

12.5 

Camomille. 

iCi 

Boii  Jaune-,  ou  Bois  d’Angleterre. 

iti 

Camphre. 

: 

Bois  Indien.  V.  Gayac. 

ii4 

Camphre  brute. 

ibidem 

Bois  Marbré. 

io6 

Qincamum. 

zji 

5>* 

B  ois  Néphrétique; 

iio 

Candi  blanc, Candi  rouge. 

p 

Ff  ij 


Table 


t^anncllc.  12.5 

Cannelle  blanche.  130 

Cannelle  coupée  ,  ou  Canblla  de  Mi¬ 
lan.  12-7 

Cannelle  Giroflée.  I31 

Cannelle  marte. 

Cannes  à  Sucre.  5)3 

Comme  l’on  rite  le  Sucre  des  Can¬ 
nes.  ?4 

Capelet.  V.  Canelle  Giroflée.  131 

Capillaires.  I48 

Capucines.  ■245*  xiij 

Caragne  blanche  &  grife.  iC  5 

Câppes.  14  5 .  xiij 

Cappes  Sauvagines  ,  ôu  d’Aiexan- 
diie.  ibidem 

'Cardamomum  MAjus ,  ou  grande  Car¬ 
damome.  40 

Cardamomum  Ma  jus  »  Medium  ,  Mi¬ 
nus.  42 

Cardaffe  ,  où  Raquette  ,  31 

Carive.  V.  Poivre  de  Guinée.  '15>7 
Carlma  Caulos ,  ôcc.  V.  Carlinc  blan¬ 
che.  ibidem 

Carline ,  ou  Caroline  blanche.  7  6 
Carline  noire.  ibidem 

Carmin.  i4 

Carjobalfamum  ,  Fruit  ou  Bayes  de  l’Àr- 
briflcàu  d'oû  pfocede  lc_Baume  de 
Judée  J  ou  d’Egypte.  i.’jyije; 

'Carui  tCarum^  ou  Caron.  5> 

Üaryophyllau  ,  ÔU  Bcnoiftc. 

Cafcavcl ,  ou  Serpent  à  Sonnettes.  4  ^ 
Cafle  Confite. 

Càfle  d’Egypte; 

Cafle  des  Iflcs. 

Cafle  du  Brcfil. 

Cafle  du  Levant. 

Cafle  Mondée. 

CaJ^ia  Li^nea. 

Caflbnnadc. 

Caflbnnade  de  Cayenne. 

Caflonnade  du  Brcfil. 

Carmen.  V.  ^a:^gendge. 

Cautere  de  Velours. 

Cedre  du  Liban. 

CeUria  y  on  Huile  deCade. 


al  8 
ibidem 
Zip 

zi8 

ZI7 

Zip 

izp 

.,.^5 

ibidem 

ibidem 

26U  XXIX 

xxiv. 

lu 
»7 


Cendres  de  Levant.  V.  Roquettes.  171 


Cendres  de  Dantzib.  ibidem 

Centaure  grande  &  petite.  idi 

Cha,ouThca,ouTfia,  V.Thé.  145 
Chamaras ,  ou  Scordium.  léTi 

Chamapytis y  on]nt'bAnÇçp^c.  ibidem 
Chamedris,  ouGermandré.  ibidem 
Chameleon  blanc,  ou  Chardonnerette, 
V.  Carline  blanche, 

Chameleon  noir.  Voyez  Carline  noi¬ 
re.  ibidem 

Chanvre  Ecru .  2,3  8 .  v  j 

Chepule  Jlreca.  V.  Mirabôlans  Che- 
pule,  2.22.  ZZ5 

Chefne ,  A  rbre  qui  porte  le  Gland ,  qui 
eft  fon  Fruit  ;  le  Guy  &  le  Poly- 
pode  ,  qui  font  des  cxcroiflanccs , 
&c.  Z5p.xxvij 

Chefne  de  Turquies  qui  porte  le 
Ba:^end^e.  ztfi.  xxix 

Chiai-Cathai.  Po 

Chiendent ,  ou  Grarrien.  ibidem  . 

Cliilli ,  ou  Carive ,  V.  Poivre  de  Gui¬ 
née. 

Chou  Marin ,  V.  Soldanellc.  i^o 
Choux-Fleurs.  ly 

Choux  Sauvages,  thidem 

Chocolat.  zo^ 

Chouan,  ou  Kouan,’  ^ 

Chypre,  *>7 

Cinamome ,  V.  Cannelle,  izj 

Cire  à  Cachetter.  z-j  ^ 

Cired’Efpagnc,  ibidem 

Cire  des  Indes ,  ibidem 

Citronnats,  133 

Citrons  Confits ,  232, 

Citrons  Doux  &  Àigfcs ,  231 

Citroüilles  noires  d’Italie,  43 

ClematU  Daphnoides  ,  bu  Pervan- 
che,  1^1 

Clou  Matrix, 

Coca,  16^0 

Coccus  Guidius  ,V.  Thymelée.  ^8 
(^occus  Infeâorius  ,  ou  Graine  d’Ecar- 
latte,  3^ 

Cochenille  Campefehane,  33 

Cochenille  Meftec ,  ibidem 

Cochenille  Trechalle  ,  ou  Tetrechal- 

Ic, 

Cochenille 


de  la  premîefe  Partie. 


Gochenille  Silvcftrc  ,  ou  de  Grai¬ 
ne  ,  ibidem 

Cochenille  Aninlal,  V.  g.  Lacque. 
Coco  &  fcs  différences ,  214 

Coffe ,  Coffi,  Caiiué ,  Chaube,  Caoua^ 
V.  Caffé .  204 

Coggygria  de  Theophrafle  ,  Arbiif- 
feau  dont  les  racines  &  le  tronc  font 
le  bois  de  Fultct  ou  Fuftel.  \zi 

Colocai ,  V.  Baume  de  Copaü.  2 8 1 
Colophane,  V.  Arcançon.  288 

Colophone ,  ou  Therebentinc  cui¬ 
te,  ■  ZpO 

Coloquinte  j  2Z4 

Colfa ,  •  17 

Confection  d’ AlKcrmes  j  37 

Confections  d’AlKcrmes  ,  d’Hyacin- 
tc,&c.  z63.xxxj 

Confection  Hamec  J  z6z.  xxx 

Confitures  j  loo 

Conferve  blanche  bc  rouge  de  Pro¬ 
vins  j  17^ 

Conferve  de  Romarin.  184 

Conferve  liquide  de  Capillaires.  1149 
Conferve  fcche  &  liquide  de  violet¬ 
te.  iSji 

Confeivcs  feches  &  liquides  de  plu- 
fîeurs  fortes ,  lOO 

Contra-y-erva,  t  48 

Contra-y-ervahX^nc ,  ibidem 

(^ûntra-j-er'va  de  la  Virginie,  V-  Vipé¬ 
rine,  45, 

^omolvultis  Indicus  3  &c.  Voyez  Tur- 
bich,  J7.58 

Copaïba ,  V.  Baume  de  Copaü.  281 
Copal  d’Orient,  V;  Gomme  Copal,  271 
Coque  du  Levant3  2.16 

Corail  blanc  &  rouge  ,  i6i.  163 

Corail  de  Jardin  ,  V.  Poivre  de  Gui¬ 
née,  1511 

Corail  noir,  parfait  ou  véritable,  16^ 
Corail  préparé  ,  ibidem 

Coraline,  Mouffe  Marine  ou  Bryon,  163 
Coraloidcs,  1^4 

Coriandre ,  ij 

Coriandre  fucrce ,  ou  en  dragée,  ibidem  ' 
Coru,  Arbre  dont  l’écorce  clf  médici¬ 
nale,  ,37 


Coftus  amer,  ou  (^vflus  Indicus^  isrà 
(^oflits  Ambicus ,  ou  Arabique,  5  p 
Cojius  blanc ,  ou  Cojîus  Corticus ,  ou  Cof 
tus  Corticofm  i  Voyez  Cannelle  blan¬ 
che-,  156 

blanc  faux  j  60 

Cojius  doux ,  ibidem 

Coflus  Indiens  >  oü  Colle  d’Inde,  13Ô 
Cotignat  d’Orléans ,  1  o  o 

Cotinus  de  Pline,  122 

Cotton,  Z37.  V 

Cotton  en  laine ,  &  Cotton  file ,  238.  vj 
Coulcvréc ,  V.  Bryonne ,  50 

Coa/f,  V.  Bois  Néphrétique^  iio 
Cravo  de  Marenhan ,  13I 

Crcfme ,  ou  Grillai  de  Tartre ,  Z51.  xix 
Creta  Marina  >  ou  Creta  Marine ,  13 

Criftal  de  Tartre  Chalibé  ,  V.  Tartre 
Chalibé,  zjz.xx 

Crillalin,  770 

Crocoma^pa,  V.Pallillcs ,  ou  Trochif- 
ques  de  Safran,  178 

Cubebes , 

CucuU  de  Levante  ,  V-  Coque  du  Le¬ 
vant,  xxc 

Cumin ,  n 

Cumin  d’Ethyopie ,  V.  Âmmi ,  <5- 

Curcumn)  V.  Terra^  Mérita  * 

Cufcute,  44.  1(^1 

Ses  différences. 

Cyclamen ,  ou  Pain  de  Pourceau ,  570 

Çynoglojfum  ,  ou  Langue  de  Chien,  i 
Cyptrus ,  ou  Souchet  long ,  6C 

,  ou  Souchet  rond,  ibidem 
Cjprus  on  Jlcana  i  160 


DArcheni,  Voyez  Cannelle  Mar¬ 
te,  1X6 

Dattes, 

Djucus  ,  8 

Dentelles  d’ Aloës ,  z^  8 

Diacodium  fimplc  ,  ou  Opium  nof- 
tras,  _  Z97 

Diacodium  compole,  ibidem 

Diagrcde,ou  Scamonéc Diagrcdc,  2^3 
Didame  blanc ,  7j 

G  ç 


T 

Didtamç  de  Crète ,  ou  Candie ,  135? 

Didtamc  de  la  Virginie  ,  V  Vipé¬ 
rine,  45) 

Dinn^ü  >  V.  oYüs  K rr«i  >  pl 

Diftillacion  du  Tartre  ,  153.  xxj 

Doronic  Romain ,  ou  Doro»i«w  Koma- 
num  ,  yo 

Doucette  ou  Sirop  de  Sucre  ,  517 

Draco,  Arbre  d’où  procédé  le  Sang- 
Dragon,  x6o 

Dragées  de  toutes  fortes ,  loo 

DràK  ,  ou  DraKcna,  48 

E  ' 

EAu  d’Anis,  14 

Eau  d’Anis  aniféi  ihidem 

Eau  de  Baume,  zyp 

Eau- de  Cannelle,  Iz8 


able 

Ecorce  d’Inde  ,  ou  Cannelle 

blan- 

che , 

130 

Ecorce  du  Pérou ,  V.  Kinquina. 

13Z 

Ecorcc  inconnue. 

iP4 

Ecorce,  ou  Bois  de  Girofle,  V-Can- 

nclle  blanche. 

13 1 

Elaterii^m  blanc. 

304 

ElKarie,  V.  Caffe. 

Z04 

Ellébore  blanc ,  ou  Ellehoras  i^lbus.  69 

Ellébore  noir,  ou  Elleborus  ni^er. 

70 

Email  en  tablettes  ,  ou  Inde 

com- 

mun. 

171 

Emaux  de  plulieurs  fortes ,  V.  Criftallin 
&  Azur.  170 

Emplâtre  de  Savon.  •*44*  ij 

Emplâtre  noir  du  Prieur  de  Cabrie- 
rc.  301 

Encens  blanc  ,  ou  Galipo  ,  V.  Bar¬ 
ras. 


Eau  de  Fcnoüil , 


li  Encens  commun  ,  ou  Encens  de  Vil- 


Eau  de -Genevre ,  118  lage.  ibidem 

Eau  delà  Rey ne  d’Hongrie,  183  Encens  de  Moca  des  Indes  )  ou  de  la 

Eau  de  Naphe,  ou  de  Fleurs  d’Oran-  Compagnie.  zyo 

gc,  234  Encens  des  Juifs.  Z4P 

Eau  de  Vie,  1451. xvij  Encens  du  Liban,  V.  Encens  mâle ,  ou 

Eau ,  &  Huile  de  Copaü ,  z8o  Ohban.  ibidem 

EauRofe,  i-j6  Encens  marbré  ou  Madré  ,  V.  Bar- 

Eaux  diftillécs  de  pluEcursfortcSixi>idfw  ras.  x%6 

Ebcinc  noire,  113  Encens  mâle  ou Oliban.  x6^ 

.Ebcinc  rouge,  ou  grcnadillcj  ilndem  SnuU  Cé^mpam-i.  s>o 

Ebeinc  verte,  ibtdem  Enulc  Cam pane ,  V.  Cojîwr  amer.  60 

Ecarlattc  dequoy  fc  fait  en  Tur-  Epenides ,  V.  Alphœnix.  5,8 

«juic,,  z<îi.xxix  Epices  blanches.  cz 

Ecorce  contre  les  Fievres  ,  V.  Km-  Epices  d’Auvergne. 

quina,  132  Epices  fines  ,&  leur  mélange.  1^4 

Ecorce  de Citton  confite,  232  Epine-Vinette  en  dragées.  zoo 

Ecorce  de  Citron  de  Tours,  ,100  Epithym,& fes  diftérences.  i8f 

Ecorce  de  Gayac,  iiy  Eponges. 

Ecorce  de  Gredade,  180  Eponges  calcinées.  ibidem 

Ecorce  de  Mandragore ,  134  Eponges  préparées.  ibidem 

Ecorce  de  Mulcadicr,  204  £ij;ù|£7«w.>  ou  Queue  de  Cheval, Voyez 

Ecorcc  d’Orange  confite ,  233.]  Prcfic.  z^.xxxij 

Ecorce  d’Orange  coupée  ,  ou  Oran-  Efcaviflbn.  izy 

geat,  ioo.  Z33.  j  Elprit  de  Buis.  115 

Ecorce  de  Thamaris,  nj  Efprit  de  Gayac.  infrk 

Ecorce  de  Winthcrus  ,  V.  Cannelle  '  Efprit  de  Genevre.  118 

blanche,  130  Efprit  de  Gomme  Ammoniac.  z/i> 

Ecorcc  de  Wintherus, V.Coy?«r  amcr,6o  Elprit  de  Myrrhe.  zyj 


cic  !a  prtmiere  Farcie. 


ije 
loi 
^63.  xxj 
ibidtm 


ECprit  cie  Rcifes , 

Efprit  de  Sucre , 

Efpnc  de  Tartre, 

Efprit  de  Tartre  redtifié , 
ElpritdeVin,  zyo.  vxii) 

Efprit ,  &  Eau  fpiritueufe  de  Manne,  238 
Efprit  ou  Effence  dcTcrcben'thine,  187 
Efprit  rouge  de  bois  de  rofe ,  106 

Efl'encc  d’Anis,  H 


Eflcncc  de  Cedre, 

232 

Eifcnce  de  Genevre-, 

ii8 

Eflence  d’Flypocràs  rouge  &  blan- 

che. 

119 

ElTence,  ou  (Tiinte-ElTcnce  de  Cannel- 

le ,  V.  Huile  de  Cannelle , 

118 

Elfence  ou  Quinte-Eflcnce  de  Roma- 

rin. 

183 

Etule  j 

67 

Euphorbe, 

z6S 

Extrait  de  Cannelle, 

a  9 

Extrait  d’Efulc, 

67 

Extrait  de  Gayàc,, 

Extrait  de  Genevre  3 

ibidem 

Extrait  dejalap. 

55 

Extrait  de  Kinquina , 

m 

Extrait  d’0;dum  ou  Laudanum  > 

196 

Extrait  de  Rhubarbe  3 

/i 

Extrait  de  Saffran , 

178 

Extrait  cie  Séné , 

Î47 

Extrait  &  Refîne  dcTurbith^ 

/8 

A  gara  d’Avicenne,!  17  .&  264.xxxi  j 

Faufel,ou Areca,  2^4. xxxij 

Faufle  Conferve  de  Grenade, 

j8o 

Faufl'e  Elfence  de  Romarin , 

183 

FaulTc  Gomme  Elemi , 

162. 

Faufl'e  Huile  de  Cade, 

zh 

Faufle  Teinture  de  Corail  ; 

164. 

Faux  Santal , 

108 

Fccule  de  Bryonne , 

5^ 

Fccule  d’iris , 

64 

Fccule ,  ou  Lait  de  Mechoacam . 

Fcnoüil , 

12 

Fcnoüil  de  Florence, 

Fcnoüil  Marin, 

ibidem 

Fcnoüil  Sauvage , 

ri 

Fenouil  Tortu  ,  ou  Àneth\  y  3 

Fcnoüil  T ortu ,  ou  J^unicuinm  Torturjum^ 
V.  Sefeli  de  Marfeillc,  / 

Fcniigrcc,  20 

Ftrula  Galbanij^ira  >  F.  Galbanumt 
Fèves, 

Feüilie  de  Coluteayùu.  Baguenàuticr. 
Feuilles  de  Laurier  des  Indes  ,  ou  de 
Larbre  du  bois  d’Inde ,  au  Chapitre 
du  bois  d’Inde  ,  12/ 

Feüille  Orientale ,  V.  Senne ,  145 

Ficelles  de  Roüen& de  Troyes.  239.  vij 
Figues ,  &  leurs  différences ,  ij/*  vxv 
Fil  de  Guibray ,  258.  vj 

FilalTe  de  plulieurs  fortes ,  ibidem 

Fiinpi  i,  Arbre  qui  porte  là  Cannelle 
blanche.  130 

Fleur  de  Càrthamc,V.  Safran  Batard.iyt) 
Fieu  r  de  Cha,  ou  de  Thé,  V.  Thé.  143 
Fleur  d’Efquinant ,  V.  Squenanthe.  17^ 
Fleur  d’Orjevala  ,  Qrogue  imaginaire, 
ou  inconnue.  207 

Fleur  de  Sihquc,  V.  CaiTc.  217 

Fleurs  de  Benjoin.  24^ 

Fleurs  de  la  Triuité,V.  Violes.  18  8.189 
Fleurs  d’Orange  confites.  n*  34 

Fleurs  de  Romarin.  184 

Fleurs  du  Grenadier  Sauvage,  V.  Ba- 
laufces.  180 

Fleurs  fcches  de  Millepertuis ,  de  Mu¬ 
guet  ,  de  Pavot  rouge  ,  de  petite  Cen¬ 
taure  ,  de  Pied  de  Chat  3  de  Tuflila- 
.  gc,&c.  1S9 

Florée  ‘d’Inde.  ifô 

Folicules  de  Senne,  i4<5 

Folium  Indum,  142 

Framboifes  J  V.  Dragées.  104 

Fraxinelle,  V.  Diétame  blanc.  yf 
FruEïui  Jnda  de  Pifon.  2<î4.xxxij 
Fruit  duBetel.  ibidem 

Fruit  du  Palihier ,  V-  Dattes'.  113 


CAlanga  Major,  Voyez  Grand  Ga- 

_  langa.  Infrà 

Galanga  Sauvagc,V.  Souchet  long.  66 
Galba  num'. 


Table 


Galjpot ,  V.  Barras. 

Galipot  de  l’ Amérique. 

Galles,  ou  Noix  de  Galles,  &  leurs  dif- 


fcrenccs. 

Galles  à  Tépine. 

Gamelo ,  V.  Baume  de  Copaü. 
Garance. 

Scs  diiïerenccs , 

Gaude  >  ou  Herbe  jaune. 
Gayac,  Gayacan. 

Gayac  de  France. 

Gencttc. 

Gentiane. 

Germandrc ,  ou  Cbam^dris. 
Gingembre  Confit. 
Gingembre  Sauvage 
beth. 


^1.  XXIX 

ibidem 
281 

if6 
114 

24/.xiij 

73 
61 
6t 

Voyez  Zerum- 
ihidem 


Ging-Ging  de  Tartarie,  ou  de  la  Chi¬ 
ne.  5>o 

Girofle.  15)8 

Girofle  Confit.  ^  200 

Girofle  en  Poudre.  ibidem 

G I  rofle  Royal .  ïhidem 

ÇUucium,  z6^ 

GUcyrriza ,  V.  RegliflTe.  8  9 

Glu  d’Alexandrie.  212 

Glu  ordinaire.  ibidem 

Goblcts  de  Tamaris.  115 

Gomme  Achantine  ,  ou  d’ Acacia  d’E¬ 
gypte  ,  V.  Gomme  Arabique.  Z4i 
Gomme  Adragan  ,  ou  Tra^acanth.  24/ 
Gomme  àfrifcr,V.  Gomme  d’Angle¬ 
terre.  242 

Gomme  Sagapenum,  ou  Séraphin,  z  5  6 
Gomme  Alouchi.  130 

Gomme  Ammoniac.  2  5  8 

Gomme  Animée.  V.Cancamum.  z-jz 
Gomme Animée.V. Gomme  Elemi.  zCz 
Gomme  Arabique ,  Thebaïque,  Sara- 
cene,&c.  241 

Gomme  Caragne ,  ou Caregne.  zc  5 
Gomme  Copal.  271 

Gomme  Copal  de  l’ Amérique,  ibidem 
Gomme  d’ Acacia  d’Egypte,  V.  Gom¬ 
me  Arabique.  241 

Gomme  d'Angleterre.  242 

Gomme  à  Babylone.  V.  Gomme  Ara¬ 
bique.  ,  24 1 


Gomme  de  Cedre ,  ou  Manne  Mafti- 
cinc.  jié^ 

Gomme  de  Gayac.  11  ^ 

comme  du  Pérou.  V-  comme  Cut- 
te.  240 

comme  du  Senega. 

comme  Ederæ,  ou  de  Lierre.  130.2^4 
comme  Elemi  en  Roieaux  &  autres  for¬ 
tes.  z<rz 

commc-cutte.  Z40 

comme  cutte-carnbe  ,  camboidc-ca- 
mandre,  cutte-cemou,  cutte- com¬ 
me.  V.  comme  cutte.  fuprà 

comme Lacque,  naturelle,  ou  en  b⬠
tons.  27  5 

comme  ,  ou  Refine  de  Pin.  V.  Bar¬ 
ras.  1Z6 

comme  de  cenevricr  ,  ou  Vernix 
fec  ,  ou  cri  larmes.  118 

comme  Saraccnc.  V.  comme  Arabi¬ 
que. 

Gomme  Séraphin,  ou  Sagapenum.  25 
comme  Tacamacha. 
comme  Tacamacha  Sublime  ,  ou  en 
Coque,en  Maflc,  &  en  Larmes,  ibidem 
comme  Thebaïque.  V.  comme  Arabi¬ 
que.  241 

comme  Turique,  ou  Turis.  242 

comme  Vcrmiculéc.  ibidem 

coûte,  ou  Angoure  de  Lin.  V.  Cufcu- 
te.  \S6 

Gotin.  V.  Mirabolans  Bclleris.  211. 225 
coudrai! ,  ou  Bray  Liquide.  iS  9 

Goudran ,  ZopilTa ,  ou  Poix  noire.  286 
courre  &courrcurs.  2^5 

crabeau  de  Poivre.  1^^ 

crabeau  de  Séné.  i4y 

crain  deTilli ,  V.  Pignons  d’Inde.  22  5 
Giaine  d’Avignon.  25 

Graine  de  Choux-Fleurs.  17 

Graine  d’écarlattc. 

Graine  d’épurges.  22(? 

Graine  de  ciroflc.  V.  Fruit  du  Bois 
d’Inde.  j2i 

Graine  de  Citroüillc,  craine  de  Con¬ 
combre,  Graine  de  Courges ,  te  craine 
de  Melon  ,  Voyez  les  quatre  femen- 
ces  froides.  43 

Graine 


de  la  première  Partie; 


Graine  jaune.  V.  Graine  d’Avignon.  15 
Graine  de  M  ufc ,  ou  Ambretce. 

Graine  de  Paradis.  V.  grande  Carda¬ 
mome.  40 

Grains  &  Legumes  que  les  Epiciers  peu¬ 
vent  vendre.  i5> 

Grainette.  V.  Graine  d’Avignon;  15 
Gramcn,  ou  Chiendent.  5?o 

GrAnn  Tinâorum.  V.  Graine  d’écarlat- 
tc. 

Grand  Galanga  ,  ou  Galanga  Ma¬ 
jor. 

Grand  Genevre.  117 

Grande  Cardamome;  40 

Grande  Valériane.  77 

Çrar.um  Gnidium  »  OU  (^occUs  GaUiui  ^ 
V.  Thymej^.  68 

Gratîola  >  ou  Gratta  Dei.  I47 

Gravelée,  ou  Cendre  Gravclée.  zjj.xxiij 
Gravelle  de  Lyon.  Z5i.xix 

Grenades.  180 

Gros  Bois  de  Sapan ,  ou  gros  Brcfil  de 
Japon.  iii) 

Gros  Pignons  de  Barbarie  ,  gros  Pi¬ 
gnons  d’Inde,  ou  de  P  Amérique.  xx6 
Gros  Pignons  d  Inde  de  deux  autres  el- 
peces.  ibidem 

Gros  Verdun.  V.  Dragées.  106 

GrofTcTerebcnrhine ,  ou  Térébenthi¬ 
ne  commune.  z86 

Gruau  &  autres  Grains.  19 

Guefde,  ouPallcl.  lyy 

Guy  de  Cherne.  xxviij.  x6o 

H 


HArame  ,  Arbre  d’où  découle  la 
Gomme  Tacamacha.  263 

Herbe  à  la Reync.V.  Tabac.  I/8 
Herbe  de  S.  Jean,  ou  Armoife  i<;i 
Herbe  jaune ,  ou  Gau  de.  1/6 

Herbe-Sainte ,  V.  Tabac.  1/8 

Hermodates.  ilo 

Hermariay  ouTurquctte;  I^I 

Hingt  ,  Arbrifleau  d’où  procédé  la 
Gomme  appellée  Affa  y^iida.  1/4 
Hirmdinaria ,  W .ContrA-yer'vah\?inc.  48 
Hivorahé,  arbre  dont  l’écorce  cft  me- 


decinale.  I37 

Huile  blanche  de  Genevre.  118 

Huile  blanche  de  Tartre  par  défaillan¬ 
ce.  253.  xxj 

Huile  d’ Amandes  ameres  tirée  fans  feu, 
&  plufieurs  autres  ;  comme  celles  de 
Noifettes  ,  d’ Avelines,  de  Noix,  de 
Ben  ,  de  Pignons  blancs ,  de  Palma 
Chrtjli ,  de  Pavot  blanc ,  des  quatre  fe- 
mcnces  ,de  Chenevis^  de  Graine  de 


Lin ,  &c.  130 

Huile  d’Amandes  de  gros  Pignons.ièiti. 
Huile  d  Amandes  douces  &  ame¬ 
res.  ibidem 

Huile  d’Amandes  douces  tirée  au 
feu.  ibidem 

Huile  d’Amandes  douces  tirée  fans 
feu.  ibidem 

Huile  d’ Anacardes.  iio 

Huile  d’Anis  blanche;  14 

Huile  d’Anis  verte.  ibidem 

Huile  d’Afpic.  184 

Huile  de  Baume;  z-j9 

Huile  de  Ben. 

Huile  de  Benjoin.  249 

Huile  de  Bois  de  Rofes;  lo€ 

Huile  de  Buis.  liy 

Huile  de  Cade  faulTe.  2, 8  ? 

Huile  de  Cade  ou  de  Cedriai  117 

Huilé  de  Cade  ou  de  Genevre,  11 8 
Huile  de  Cade  ou  de  Poix  ,V.  Huile  de 
Cade  faufle.  ibidem 

Huile  de  Camamilles.  z  8  z 

Huile  de  Camphre;  Z4J 

Huile  de  Canelle.  ixy 

Huile  de  Citron.  xjz 

Huile  de  Colfa. 

Huile  de  Copaü.  -280 

Huile  de  Semence  de  Cbtton.  vj.  138 
Huile  de  Cumin.  n 

Huile  de  Cyprus.  I6i 

Huile  Ethcrée,  Efpritou  Huile  de  Té¬ 
rébenthine;  i8y 

Huile  de  Fenoüil.  ii 

Huile  de  Figuier  d’Ènfcr.  V.  Huile  d’A¬ 
mandes  de  gros  Pignons.  230 

Huile  de  Gayac;  U  ^ 

Huile  de  Genevre  ou  de  Cade.  118 
Hh 


Table 


zoo 

2f9 

15J.  xxiij 
‘7 


Huile  de  Girofle. 

Huile  de  Gomme  Ammoniac. 

Huile  de  Gravcléc. 

Huile  d’Herbes. 

Huile  de  Lavande ,  Marjolaine ,  Thim  , 
Sauge,  &,autrcs  Huiles  diftillées.  14/ 
Huile  de  Laurier  ou  de  Laurin.  xiv.24<S' 
Huile  de  LivjHÎd-AmbdY.  z^z 

Huile  de  Macis.  zo4 

Huile  de  Mufeades  par  diftillation.  zoj 
Huile  de  Mufeades  par  expreflion.  ibid. 
Huile  de  Myrrhe  par  défaillance.  153 
Huile  de  Myrrhe  puante.  ibidem 

Huile  de  Navette,  ij 

Huile  de  Noifettes.  ^30 

Huile  de  Noix,  ibidem 

Huile  d’Olivc,  vüj.  140 

Scs  différences ,  24i.ix 

Huile  d’Oranges ,  4 

Huile  de  Palma  Chrifli  »  V.  Huile  de  Pi¬ 
gnons  de  Barbarie  ,  Injrà 

Huile  de  Palme  du  Pumicin ,  ou  de  Sc- 
nega,  ii4 

Huile  de  Pavot  blanc,  230 

Huile  de  Petit  Grain ,  ij.  134 

H  uile  de  Pignons  blancs ,  ixy 

Huile  de  Pignons  de  Barbarie,  ou  de 
Palma  Chrijîiy  130 

Huilede  Piflachcs,  2x8 

Huile  de  Rjhodium  >  ou  bois  de  Rho¬ 
des  , 

Huile  de  Romarin, 

Huile  de Rofes, 

Huile  de  Sucre, 

Huile  noire  de  Tabac, 

Huile  noire  de  Tartre. 

Hydragogue , 

Hy(>ochiJlis  J  ou  Hypochifte, 
Jdjpolapathitm , 


106 
iSz.iS  3 

loi 

ij8 
253.  XX j 

304 

300 


JAmacaru  ,  plante  de  l’Amérique  qui 
porte  la  Cochenille.  33 

Jalap,  /3 

Imperatoire ,  ,  72 

Impériale ,  V.  Imperatoire,  ibidem 

Inde  &  Indigo,  2/4 


Inde  commun  ,  V.  Email  en  Tablet¬ 
tes,  171 

Inde  cnMarrons, ou  Indigo  d’Agra,  134 
Inde  Flottant ,  Inde  Plat ,  ou  Inde  Ser- 
quiffe,  753.  1/4 

India  y  ou  Odia^y.  Gomme  GuttCy  14O 
Indigo  Gatimalo ,  154 

Indigo  de  la  Jamaïque,  ibidem 

Indigo  de  S.  Domingue ,  ibidem 

Indigo  des  Ifles ,  ibidem 

Jonc  Odorant,  V.  Squenanthe ,  J73 

Ipecacuanha  blanc,  46 

IpccacLianha, brun  &c  gris,  47 

Iris  de  Florence,  6^ 

Iris  Nofîras  i  64 

JueMufqué,  J6t 

Jujubes,  (p  zii 

K 

KAgnc,  !<) 

Kali ,  Herbe  dont  on  fait  la 
Soude ,  167 

Karabé ,  V.  Gomme  Copal  de  l’ Amé¬ 
rique,  zyi 

Kermen  ou  Kermès ,  V.  Graine  d’Ecar- 
lattc ,  36 

Kinquina,  13Z 

Kinquina  d’Europe,  74 

Koüan ,  ou  Choüan ,  3 


LAcque  Colombine  ou  Platte ,  34 

Lacque  en  Graine,  Z74 

Lacques  en  Oreilles,  ibidem 

Lacque  fine  ou  de  Venife,  34 

Lacque  Liquide ,  120 

Lacque  Platte ,  ou  Colombine ,  34.274 
Lait ,  ou  Fccule  de  Mechoacam ,  fC 
Lait  Virginal,  2/1 

Lamarie,  Herbe  dont  on  fait  la  Soude  , 
V.  au  chapitre  delà  Soude,  i6-j 
Laudanum  O^iatum  y 
Laudanum .  ou  Extrait  d’Opium  $  ibidem 
Laurier  Aromatique,  ou  des  Indes,  721 
Lcguine  queles  Epiciers  peuvent  ven¬ 
dre,  ip 


de  la  première  Partie. 


Lcntifquc,  lu 

Licyum ,  ArbrilTcau  qui  porte  la  Graine 
d’Avignon,  zj 

Licyum  des  Indes ,  de  Candie,  6c  au¬ 
tres,  304 

Liege,  13  <» 

Liège  blanc,  ibidem 

Liege  noir ,  ou  d’Efpagnc ,  ibidem 
L>ignum  Colubrinum  'Zjfil^nicum  t  Arbre 
qui  porte  les  Noix  Vomiques,  116 
Li^nflum  Æ^yptiaenm  »  ou  Troefne  d'E- 
gypte,  *1^1 

Liqueur  de  Syrie ,  zyj 

Liqueur  de  Tabac,  160 

Liqueur  ou  Térébenthine  deCedre,  116 
Licjuid-t^mbar  >  z8z 

Licjuiritia ,  85? 

Lit  Emanghits ,  Voyez  Gomme  Alou- 


chi , 

Lin  Ecru , 
Lumignon  i 
Luzerne. 


130. 131 
VJ.  138 
Z3P.  vij 
zl 


M 


’  Acaron ,  ip 

[  Maccr,  Arbre  dont  l’écorce  efl: 
medccinalc ,  I57 

Macis,  Z0Z.ZO3 

Magiftere  de  Corail ,  164 

M  agift ere ,  ou  Rchne  de  ] alap ,  54 

Mahalcp,  ou  Magalep,  14 

Mahalep  ,  dont  le  tronc  cft  le  bois  de 
fainte  Lucie,  I23 

M'ilabatrum  yV.  Folium  In  ditm  ^  141 

Manne  de  Briant^on,  238 

Manne  Cclefte ,  234 

Manne  du  Mont  faint  Ange,  Manne 
de  Sicillc,  Manne  de  la  Tolfc.  137 
Manne  d’Encens,  ^70 

Manne  Liquide,  z35? 

Manne  Mafticine  du  Levant  ou  de  Sy¬ 
rie  ,  Z38 

Manne  Mafticine,  ou  Comme  de  Cc- 
dre ,  i\6 

Maniguette  ,  ou  Graine  de  Paradis , 
V.  grande  Cardamome,  40 

Maniguette ,  ou  Mclaqucttc ,  40.  41 


Maroquins  ,  ou  Raifins  noirs ,.  V.  aii 
Chap. dcsRaifinsauxJubis,  249.xvij 
Marons.  xxvj.zjS 

Marons  glacez,  ibidem 

Marubc  blanc ,  où  Pratium  ^A'hum.  i6i 

<JH<iYum ,  141 

Maftic  en  Larmes,  iiz 

Mecaxuchitl  ,ou  Poivre  Long  de  l’A- 

Z39.  vij 


55 

z^^ 

ZI 


merique. 

Mcche  à  Moufquet, 

Mechoacum. 

Méconium  iY ~  Opiumt 
Medica  >  V.  Luzerne. 

Mehon  ,  Meum  »  ou  Meu. 

Melaquctte ,  Voyez  Fruit  du  Bois  d’In¬ 
de,  izi 

MclalTc  de  Sucre.  317 

Meleze  fur  lequel  croit  l’ Agaric. zôz.xxv 
Melilot.  161 

Melifle.  ibiàm 

Membroni  Cirii  >  ou  Racine  de  Membroni 
Cini.  1^0 

Mens ,  Mefle ,  ou  Mun^e.  4j 

Mentha  Hottenfs ,  Y-  Racine  du  Coq  de 
Jardin,  6û 

Menthe.  i^i 

Mcre  de  Girofle ,  ou  Clou  Matrix, 
Meflac  des  Turcs.  if>3- 

MetaquefunnauK ,  Plante  des  Indes.  3  3 
Mil,  ou  Millet.  ly 

Mille  Fanti.  ibidem 

Mille- Permis.  I61 

Mine  d’Or.  4(î 

Mirabilis  Peruvianat  ou  Belle  de  Nuit,  jj 
MirabolansBcllcris.  zzz 

Mirabolans  Emblis.  2x3 

Mirabolans  Chepules ,  ou  ^ibus.  zzz 
Mirabolans  Citrins.  zzt 

Mirabolans  Confits.  ibidem 

Mirabolans  Indiens.  zzz 

Mithridat  ,  l’une  des  quatre  grandes 
compofitions  que  les  Epiciers  ven¬ 
dent.  .^3.xxxj 

Morilles  fcches.  ibidem 

Mofe.  V.  Ambrctte. 

Mofeovade  Grifc. 

Moufle  Marine,  V.Coralinc. 


Moufterons  Confits. 


55 

6$ 

xxxj;z<î3 


Table 


Moyenne  Cardamome. 

4I 

Mufeade. 

Z  01 

Ses  différences. 

202 

Mufeades  Confites. 

Z  03 

Mjrrha  Stable  >  ou  ëleâa  Staéî'e^ 

Myrrhe  Abyfline. 

25Z 

Myrrhe  Animée. 

xyz 

Myrrhe  Onglée. 

X52 

Myrthille. 

N 

IV  7  A rd  Celtique, &c.  Voyez  Spic- 
nard.  187 

Nard  de  Montagne. 

ibidem 

Nard  Indique. 

186- 

Nard  Sauvage  ,  ou  Cabaret.  V. 

rum. 

88 

Naveau ,  ou  Navet  Sauvage. 

16 

Navrtte. 

ï7 

Neroli. 

ij.134 

Nicotiane,  V.  Tabac. 

Nielle  ou  Nigelle  Romaine. 

41 

AZ/y?,  ou  Racine  de  Nifi. 

91 

Noir  d’Allemagne.  xxiv.z/^r 

Noir  d'Efpagne. 

Ï37 

Noir  de  Fumée. 

t%9 

Noir  de  Troyes  &  autres  lieux,  z 

5  (j.xxiv 

Noifettes  Indiennes ,  ou  Ameriquai- 

lies. 

X07 

Noix  Aromatiques  ,V.  Mufeade.  xoi 

Scs  différences. 

XOZ 

Noix  Confites  dcRoüen. 

100 

Noix  de  Coco ,  ou  de  Maldives»  ZI5 
Noix  de  Girofle  ,  ou  de  Madagaf- 
car.  13/ 

Noix  d’Inde  ,  V.  Coco  ,  Areca ,  ou 
Mufeade.  zo/ 

Noix  Vomiques.  z/; 

Nomparcfllc.  c^-ioo 

isitix  Mofeata ,  MjriJlica ,  OU  Jromaîicai 
V.Muicade.  zoi 


O 

OÇ0Ç0I,  Arbre  d’où  découle  le 
Lio^îiid-Amhar.  z8z 

Odia  ou  Indu  »  V-  Gomme  Gutte.  Z40 


Oifelet  deCypre.  zyi 

Oleo  Saccarum  7  12.9 

Oleum  Rhodium  >ou  Huile  Rhodium,  lotr 
OUhan  7  ou  Encens  mâle.  269 

Oltban ,  ou  Encens  des  Indes ,  V.  En^ 
cens  de  Moca,  z-/o 

Olives  de  toutes  fortes.  i3j;-vij 

Olivier  Sauvage ,  d’où  procédé  la  Gom¬ 
me  Elemi.  i6z 

&  fes  différences.  19^.196 
de  Paris.  2 9  y 

Opôbalfdmum  >  ou  Baume  de  Judée,  xyy 
Opontium  Ma  jus  fpinofum  fruéîu  Sanguin 
neo.  31 

Opoponax  ,  ou  Opoponax.  %p 

Opoponax  Aplatci ,  ou  de  la  Compa¬ 
gnie.  Z58 

Opoponax  en  larmes.  zfj 

Opoponax  en  mafTejOu  contrefait,  ibidem 
Orangeat.  100.23  3  .j 

Orangclectes.  ij.  13^ 

Oranges  douces  &  aigres.  233.] 

Orcanette.  8  4 

Orcanette  du  Levant  ou  de  Conftanti- 
nople.  ibidem 

Oreilles  dejudas.  z^^.xxxj 

Orge  Mondé.  18 

Origan. 

Orifelj  ou  Sereque.  1^ 

Orlcane ,  V.  Rocou.  302 

Orfcille  d’Hoilandc.  ibidem 

Orfcille  de  Lyon. 

Oüate. 

Ourdon ,  ou  Grabcau  de  Séné  des  Col- 
I47 

170 

Oxycedre. 


57 
vi.Z3? 


porteurs. 

Outremer  d’Hollande. 


P  Ain  de  Pourceau’,  ou  Cycla¬ 
men.  5)0 

Pain  de  Rôles. 

Palay  de  Canada ,  5)1 

*Talma  Chrijli. 

Pafo  de  CalaniuraSy  ou  bois  des  Fièvres , 
qui  fc  prend  pour  l’Arbre  même  ,  ou 
pour  l’Ecorce ,  V.  Kinquma.  133 
Panaces 


de  la  première  Partie» 


Pdfiaces  Heracleptm  ,  plante  Pcmlacée 
d’où  découle  VOpoponax,  z  5  7 

Pancratium^V -ScAlcs.  \6  6 

Pao  d*Aquilla ,  ou  Bois  d’ Aigle.  I04 

Papier  de  toutes  fortes.  239. v ri 

Pareira  ‘Bra'ua  >  ou  Vigne  Sauvage,, 


&c. 

69 

Paflèpierre. 

13 

Paftel  d’Ecarlatte. 

37 

Paftel ,  ou  Guefde , 

MJ 

Paftilles. 

251 

Paftillcs  de  Portugal. 

99 

Pallilles  ou  Trochifqucs  de  Safran. 

178 

Pâte  d’Amandes. 

Z31 

Pâte  des  quatre  Semences  froides 

â  la- 

veiTes  mains. 

43 

Pâture  de  Chameau,  Voyez  Squenan- 

the. 

173 

Pavame ,  V.  Saxafras. 

113 

Pa'vma^ow  bois  desMolücques. 

Peintures  fines. 

64 

Penfée  ,  ou  menue  Penféc  ,  V. 

Vio- 

les.  188.  iSp 

CPentaphjllum. 

Pépins  de  Coloquinte  en  dragées. 

ZZf 

Peifil  de  Macedoine.  ' 

4 

Pervanchc  ,  ou  Clematis  Diaphnoi- 

des. 

ici 

i^etazites'. 

90 

Petit  Galanga. 

Petit  Genevre. 

118 

Petit  Verdun ,  V.  Anis  couvert. 

14 

Petit  Verdun. 

100 

pignons ,  pignolat  ,  ou  Amandes  dii 
pin ,  V.  Pignons  blancs ,  &c.  ihiàem 


pignons  blancs  ^  ou  doux.  zz 6 

pignons  d’Inde,  ii^ 

Pignons  en  Dragées.  loo.  zzy 

Pillules  Angéliques,  V.PiUulcs  de  Franc¬ 
fort.  ibidem 

pillules  de  Francfort  ,  ou  Gourman¬ 
des.  ^8 

Pillules  de  Térébenthine.  5>o 

Pirethre.  82 

Pirole ,  ou  Verdure  d’Hyver,  ïjo 

Pillaches  caffées .  zz  8 

Piftaches  en  cocque.  ibidem 

Piftaches  en  Dragées,  ibo.zzS 

pivoine  Mâle  Femelle.  5>o 

n^iieacantha  i  zy 

plantes  de  France  comprifes  a’ii  nombre 
des  Drogues, 

pois  vers  &iaunés.  i5> 

poivre  Ambré  ,  ou  â  la  Bergerac  ,  \^z 

poivre  â  Queue,  ou  Mufqué,  V.  Cu- 
bebeSi  •  13)  j- 

poivre  blanc. 

poivre  de  Guinée  ,  &  fes  diiferen- 
ces. 

Poivre  de  la  Jamaïque  ,  V.  Fruit  du 
Bois  d’Inde.  izi 


poivre  du  Mexique  ,  de  Tabaco  ,  de 
Brefil ,  d’Efpagne ,  Poivre  Long  rou¬ 
ge  des  Indes ,  poivre  de  France,  pi¬ 
ment  ,  &  poivre  de  1’ Amcrique,V oyez 
poivre  de  Guinée.  ibidem 


Petite  Cardamome.  41 

Petite  Valériane.  77 

Petites  Oranges  ou  Orangelettes.  1I.Z34 
Petits  Pignons  d’Inde; 

Petun,  V. Tabac.  Ij8 

phupontique.  78 

Picardans,  V.  au  Chapitre  des  Raifins 
auxjubis.  249.xvii 

Pichohnes  ,  &  Paulines ,  Voyez  Oli¬ 
ves.  viii.z40 

Pied  d’Alexandre.  8z 

Pierre  â  Cautere ,  ou  Ruptoire  poten¬ 
tiel  ,  &  leurs  dift'erenccs.  xxiv. 
Pierre  de  Contra  y- erva.  4  9 

Pierres  d’Eponges.  i6y 


Poivre  de  Thevet. 

Poivre  Long  de  l’ Amérique^  1 5)  c 

poivré  Long  des  Indes  j  ibidem 

poivre  long  noir  ^  19  j 

PoivreNoirj  ipt 

Poivre  Rond  blanc,  ou  noir,  V.  Poivre 
blanc  i  &  noir ,  ibidem 

poivre  Sauvage ,  ou  petit  poivre,  2  5 
poix  gralfe ,  Poix  blanche  ^  ou  de  Bour¬ 
gogne;  187 

poix  Navale  ,  Goudran  ,  ou  Zopif. 

fa,  z8  8 

Poix  Noire,  ibidem 

Poix  Refine,  ibidem 

Polium  Montamm, 


li 


Table 


pjlypodc.  5?o.xxviii.2(ro 

P  jcafTcjOU  VedafTcjOU  Gcudafle^xxiv.ijd' 
poudre  à  Vers,  contra. 

Poudre  Cordiale,  ii.134 

poudre  Cornachine  ou  de  Trois.  293 
poudre  Duc,  -zoj 

POUllOt  y  \Ci 

Poultot  de  la  V  irginic ,  4  p 

Pratium  Abum, ou.  Maruble blanc,  i6i 
pruneaux ,  V.  prunes ,  ibidem 

prunes  de  pluüeurs  forces.  157. xxv. 
xxvi.  158 

Pwwia»,  V. Huile  de  palme. 


j^Uatre  grandes  compofitions  que 
les  Epiciers  peuvent  ven¬ 
dre.  lé^.xxxj 

Q^trc  Mandiens ,  V.  Figues ,  Raifins , 
Amandes  &c  Avelines.  xxvj.i/8 
^inquefollium  ,  V.  Peniaphyllum.  G-j 
Qmnquina ,  Quinidna ,  Quina-Quina, 
&:c.  V.  Kinquina.  131 

Qmntc-Effcnccd’Anis.  14 

Quinte- Elfence  de  Romarin.  ibtd. 
Quinte- Effencc,  ou  Huile  de  Cannel¬ 
le.  I2C) 


RAcine  d't^^rio  Cinera  ,  V.  Cofîus 
t^mer.  Go 

Racine  contre  les  Meurtriflurcs.  p 

Racine  de  [hiai  Cathai  ,  e^o 

Kàcinc  de  MembroniCini  i  ibidem 

Racine  de  A/iy?,  5>  i 

Racine  de  Palay  de  Canada.  ibidem 
Racine  duBreiil,  Y .  Ipecacuanha  y  ^G.p 
Racine  du  Coq  de  Jardin,  V.  [ajini 
Amer  y  Go 

Racine  du  faint  Efprit ,  71 

Racine  Vierge,  V.  Bryonne  ou  Vigne 
noire,  ^G 

2{adtx  dulcis ,  V.  ReglilTe.  89 

Rafincment  de  Dieppe,  d’Orléans,  de 
Roüen ,  V.  Sucre ,  97 

Raifins  d*Arq  &  au  Soleil ,  au  Chapitre 


des  Raifins  aux  J ubis ,  ibidem 

Raifins  aux  Ju  bis.  249.  xvij 

Raifins  de  Calabre  ,  Efpagne  &  au¬ 
tres  ,  ibidem 

'Raihns  de  Corinthe,  xvj.  248 

Raifins  de  Damas ,  247.  xv 

Raihns  d’Efpagne  au  Chapitre  des  Rai¬ 
fins  aux  Jubis ,  ibidem 

Rame  de  Bouc,  ou  Barbe  de  Renard, 
Arbiifl'eau  qui  porte  la  Gomme  Adra- 
gan,  2^5 

Raquette  ou  Cardaffe ,  3? 

Ravendpira  ,  Arbre  qui  porte  les  Noix 
de  Girofle,  ou  de  Madagafcar,  iji 
Reghffe ,  8  9 

Regliffc  Scche ,  ibidem 

i\G 

ÎM 

293 
2/0 
/8 
28^- 

In- 


Rdine  de  Cedre,  ' 

Refine  de  Gayac, 

Refine  de  Scamonée, 

Rcfinc  de  Scorax , 

Rcfinc  ou  Extrait  de  Turbith  , 

Rcfinc  ou  Gomme  de  Pin. 

Rcfinc ,  ou  Magiflerc  de  Jalap , 
Rezanualc  ,  Voyez  Mirabolans 
diens ,  •  112.223 

Rha ,  Arbre  d’où  procédé  le  Sang-Dra¬ 
gon  des  Canaries ,  z6o 

Rnaponcic  de  Levant , 

Rhapontic  de  Montagne ,  ou  Rubarbe 
des  Moines,  -ibidem 

■  Rhapontic  de  Pays  ,  p 

Rhapontic  de  Profpcr  Albin ,  yo.  52 
Ricinus,  Arbre  qui  porte  le  grain  de 
Tilli ,  V.  Pignons  d’Inde ,  22/ 

Ris  en  Grain,  &  en  Poudre,  18 

Rocaille,  170 

Rocou ,  Roucou ,  ou  Rocourt,  302 
Romarin,  182 

Roquette,  17/ 

Rofette,  120 

Rofes  de  Provins ,  174 

Roux  ou  Rhu  s,  V.  Sumac,  i^G 

Rubarbe  de  Dodon  ,  de  Profper  Al¬ 
bin,  &c.  /o 

Rubarbe  de  l’Amérique,  52 

Rubarbe  de  Levant,  /i 

Rubarbe  des  Moines  ,  ou  Rhapontio 

de  Montagne,  •  ibidem 


de  la  première  Partie. 


KahU  Twiîorum  ^  V.  Garance,  8j 


Ç  Afran, 


*77 

V,  i  Ses  différences ,  178 

Safran  Bâtard,  17^ 

Safran  d’Allemagne ,  ou  Fleur  de  Car- 
thame ,  V.  Safran  Bâtard ,  ibidem 
Safran  d’Efpagne ,  178 

Safran  des  Indes  ,  de  Malabar  ,  ou  de 
Babylone ,  V.  Terra- Mérita ,  6^ 

Safran  en  Poudre ,  ibidem 

Sâfranurn ,  i75> 

Sagapenura  ^  ou  Serapitium  > 

Saljunca  de  Maples  >  5>I 

Salfeparcille  des  Indes  d’Efpagûe,  8  6 
Salfcpareille  de  Marcgnan,  ibid. 

Sambarame,  I13 

Sandarac  des  Grecs ,  li  8 

Sandarac  des  Arabes ,  ibidem 

Sandera  du  Pérou,  po 

Sang  de  Dragon  &  fes  différences, 
V.  Sang-Dragon  faux,  261 

Sang-Dragon  des  Canaries,  z6o 

Sang-Dragon  des  Indes , 

Sang-Drago*n  enMaffe,  i6o 

Sang-Dragon  en  Rofeaux  ,  ibidem 
Sang-Dragon  faux,  z^i 

Santal  Citrin ,  blanc  &  ronge ,  107 

Santal  en  Taffetas ,  I08 

Santal-Faux ,  V.  Faux-Santal ,  108 

Santoline ,  ou  Xantolinc  ,  Semen-Con- 
tra,  V.  2 

Sarcocolle ,  267 

Sariette,  t6i 

Satyrions  Confits ,  x  6^-  xxxj 

Savon,  -243* 

Ses  diffcrences.  xij.  244 

Savon  Liquide  ou  Savon  noir ,  ibidem 
Savon  verd Liquide,  ibidrm 

Saxafras ,  ou  bois  de  Cannelle ,  J13 

Saxifrage ,  10 

Scabieufe,  0 

Scamonée  d’Alcp,  ipz- 

Scamonéc  de  l’ Amérique ,  V.  Mcchoa- 
cam,  y; 


Scamonée  Diagredé, 

Scamonée  de  Smirne ,  Infrk 

Scamonée  des  Indes,  ou  de  la  Compa¬ 
gnie  ,  par  fuppofition  &  fraude,  25)4 
'S  cilles,  iC6 

Scordium  ou  Cfjamaras , 

Sebeftes,  zu 

Seigle ,  J 

Sel  AlKali,  I68 

Sel  d’Abfynthc, 

Sel  d’Armoife,  ibidem 

Sel  de  Cannelle, 

Sel  de  Chardon  bénit ,  ici 

Sel  de  Chicorée ,  ibidem 

Sel  de  Corail , 

Sel  de  Fèves, 

SeldeGayac,  iiy 

Sel  de  Genevre,  118 

Sel  deGravelée,  i/y.  xxiîj 

Sel  de  Grenades ,  118 

Sel  de  Kinquinà^  I33 

Sel  de  Meliffe, 

Sel  d’Ofcillc,  ibidem 

Sel  de  petite  Centaure ,  ibidem 

Sel  de  Romarin ,  184 

Sel  deRofes,  ijp, 

sel  de  Safran  ,  lyg 

sel  de  sauge,  *ici 

sel  de  séné ,  147 

sel  de  Tabac,  iSi 

sel  de  Tamaris,  11  j 

sel  de  Tartre,  iy3-xxj 

sel  de  Verre, 

sel  Fixe  de  Rubarbe,  jz 

sel  Fixe  ou  AlKali  de  Tartre,  2/3.  xxj 
sel  Vegctable,  xix 

sel  Volatile  de  Tartre ,  z/y.  xxiij 

Et  autres  sels  Fixes,  EÏcntiels  &  Vola¬ 
tiles  de  toutes  fortes  de  Plan¬ 
tes  , 

Semen-Contra  »  z 

Semen-Contra  en  Dragées ,  ^ 

Semen  Sanfium  >  Semen  SanElonkum  ^ 
s.  Semen-CÜntra  ,y.  fuprà 

semence d’Ache,  de  Badian  ,  ou  Anis 
de  la  Chine ,  &c.  de  Brufeu ,  oh  petit 
Houx,  de  Chicorée  ,  de  Fumeterre 


Table 


d’Hcrbcs  ,  de  Jufquiamme ,  de  Lai¬ 
tue  ,  de  Mauves ,  de  Solist 

d'Ofeille ,  de  Pourpié ,  de  PfilliHm  ,  ou 
Herbe  aux  Puces,  de  Raves  ,  de  So¬ 
phie,  ou  Tciliéîium  de  Violette  ,  43 

semence  de  Badian  .  113 

semence  de  Citrouille  noire  d  Ita¬ 
lie  ,  43.  ^4 

semence  de  Melon  en  Dragées,  100 
semence  de  Romarin ,  ,  ./84 

sentence  mufquée ,  V.  Ambrette ,  19 

semence  de  Melon  ,  de  Concombre, 
CitroüiUe  &  Courge.  V.  quatre  fe- 
mences  froides.  43 

scmcncine ,  V.  Smen-Contra.  v.  z 
semoule ,  19 

senega,  V.  Compagnie  de  senega,  243 
senegré  ,  V.  Fcnugrcc ,  zo 

senc  de  la  Pake ,  ou  d’Alexandrie,  146 
séné  de  Moca ,  ou  de  la  Pique ,  tbidem 
sené  du  Levant,  *  ibidem 

séné  de  Tripoli,  ou  de  Seide.  ibidem 
screque,  onOrilel.  ij6 

sermontain ,  V.  Scfeli  de  Marfeille.  / 
Serpent  à  Sonnettes ,  ou  Cafcavcl.  49 
serpentaire  ,  ou  Serpentine  delà  Virgi¬ 
nie,  V.  Vipérine.  tbidem 

serpentaire  grande  &  petite.  90 

serpentaire  Virginiennc ,  ou  Vipéri¬ 


ne,  49 

serpolet.  161 

scftli  de  Candie.  5 

scfeli  d’Ethiopie.  ibidem 

scfeli  de  Marfeille.  ibidem 

sefeli  des  Prés.  ibidem 

sefeli  du  Peloponefe  ,  ou  de  la  Mc- 
rée.  ibidem 

sirop  d’AlKermcs.  37 

sirop  de  Candie.  I29 

sirop  de  Capillaires  de  Canada.  149 
sirop  de  Capillaires  de  Montpellier,  tb. 
sirop  de  Citron  ou  de  Limon.  133.  j 
sirop  de  Diacodiam  P^vot  blanc,  & 
de  Pavot  rouge  ou  Coquelicoq.  197 
sirop  d’Hydragogue ,  ou  sirop  de  noir 
prun.  304 

sirop  de  scamonée.  193 

sirop  de  sucre.  97 


sirop  ou  fauffe  T einture  de  Corail.  16% 
sirop  de  Violettes.  189^ 

sirops  de  Pomme,  de  Cerife,  de  Noix  , 
de  Coing,  d’ Epine-Vinette  (  ou  Xer^ 
beris  ôi  Oxiacanihu  )  de  Grofeillcs  (  ou 
de  "Klbei  )  de  Grenade ,  de  Verjus ,  de 
Citron  ou  Limon,  d’Orange,  &  au¬ 
tres  sirops  limplcs  des  fruits.  100. loi 
sirops  de  Rôles  pâles  &  rouges ,  ou  fe- 
ches ,  de  Fleurs  de  Pcfché ,  de  Violet¬ 
tes  ,  ou  Violât ,  de  Pied-de-Chat ,  de 
Pas-d’Ane,  ou  deTiiflilage,  de  Né¬ 
nuphar  ,  &  autres  sirops  fimplcs  de 
Fleurs,  *  loi 

^S^/f/f^)^.V.  scfeli  de  Marfeillcjt  5 

Smilax  t^fpera.W .i>2iKcŸ3.rci\\c. 
solane  Orientale.  Voyez  Coque  du  Le¬ 
vant.  ii6 

Soltinum  Mexicantm  ,  &c.  Voyez  Ja- 
lap. 

soldanclle  ou  Chou  Marin.  ijo 

sorbcc  d’Alexandrie,  z,3.j 

souchet  d’Angleterre,  ou  de  Flandre. 

V.souchet  rond.  66 

souchet  des  Indes, de  Malabar,  ou  de 
Babylonc.  ^  65 

souchet  long,  ou  Cyperus.  66 

souchet  rond,  ou  Cypertts.  Infrà 

soude ,  &c  fes  différences.  1^7. 16S 
soude  de  Bourde  &  soude  de  Varccq, 
qui  font  de  méchantes  soudes. 
Ipecacuanha.  V.  Ipecacuanha. 
spienard. 
ses  différences, 
squenanthe. 
squine. 

staéilé  ou  staéfen. 
staéfé'en  Larmes, 
stadté  en  Onguent  ou  artificiel, 
stadé  ou  Myrrhe  Liquide, 
staphifagre. 

StercHs  Dlaboli.  V-  ^Jpi-Fœtidar 
stil  de  grain. 
stcEcas  Arabt^  ue. 
stoccas  Arabique  blanc, 
stœcas  Citrin.  ibidem 

suc  de  Medic  ,  ou  syriniac.  V* 
y^etida,  ’  -234 -Mi 

suc 


16S 

i8tf 

187 

175 

87 

zyz 

Infra 

z8 

V 

181 

i8z 


de  la  première  Partie, 

tue  de  Rcglifïc  blànc.  5>o 

suc  de  ReglifTe  de  Blois.  ibidem 

suc  de  ReglifTe  noir.  ibidem 

Succum  Concretum.  Voyez  Aloës  Cico- 
trin  ,ôu  sucotrin. 

sucre  J  Comment  il  fe  tire  des  Can- 


Teintuire  dcBrcfil. 

Teinture  de  Corail  vraye  S^fauffe.  1^4 
Teinture  de  Myrrhe. 

Teinture  de  Sel  de  Tartre.  xxij.  1/4 
Tembul  ou  Betel. 


Térébenthine. 


lies.  >94 

sucre  &  Tes  différences.  ^6 

Sucre  AlhaTur^  AlKafar^  .  pj 

sucre  Candi  blanc.  p  8 

sudre  Candi  roux.  ibidem 

sucre  de  Menbu  ou  Tabaxir.  p-j 

sucre  d’Orge.  pp 

sucre  d’Orge  blanc.  V.  Alphænix.  pS 
sucre  Rolar.  pp 

sucre  rouge,  ou Chiprci  p-/ 

sucre  Tors.  5>8 

suin  de  Verre.  icp 

sumac  de  Port-cn-Poit. 
sumac  rouge.  ibidem 

sVjyc  dTneenSi  *170 


’  Abac ,  ôifes  differenceSi  i;8 

_  Tabac  en  Corde  &  en  Poudre, 

de  toutes  fortes.  7/8.159 

Tabaxir  )  ou  Sucre  de  Menbu.  pj 
Tagliarini.-  ip 

Tamalapatra.  V .Folium  Indum.  141 
Tamarins.  ii» 

Tamarins  Confits.  ibidem 

Tamarins  du  Senega.  ibidem 

Tamaris,  ou  Tamanfc.  riz 

Tapfie,ouTapfia  blanche..  .  /8 

Tapfic  noire.  59 

Tare,  Goudian  ,  ou  Bray  Liquide.  zSp 
Tartre  blanc  &  Tartre  rouge,  xviij.zjo 
Tartre  Chalybé.  xx.  z  5  z 

Tartre  Hemetique.  ihidi  m 

Tartre  Martial ,  ou  Criftal  de  Tartre 
Chalybé.  ibidem 

Tartre  Martial  Soluble;  ibidem 

Tartre  Soluble.  z/î.xix 

Tartre  Vitriolé.  xxij.  z  5  4 

TafTes,  Barils,  &  Gobelets  de 'Tama¬ 
ris.  173 

Teinture  de  Benjoin; 


■^83 


Terebenthine  commune ,  ou  grofTe  Te- 
rebenthine. 

Térébenthine  cuite  ,  ou  Colopho- 
ne.  290 

Térébenthine  de  Bayonne,  ou  de  Bor¬ 
deaux.  z83.284.18j 

Terebenthine  de  Cedre.  11^ 

Terebenthine  de  Chio.  zSj 

Terebenthine  de  Venife.  Voyez  Tcrc-, 
benthine  du  bois  de  Pilatre  ,  ou  de 
Lyon  .  ibidem 

Terebenthine  fine  dubois  de  Pilatre  ou. 
dfc  Lyon ,  que  l’on  vend  fous  le  nom 
dcTercbenthine  de  Venife.  284 

Tereniabin ,  ou  Manne  Liquide.  23  9 

TtrŸa-Aienia. 

Terra- Mérita  ïou^Ci 


Thé. 


H5 


Theriaque  ,  une  des  quatre  grandes 
Compofitions  que  les  Epiciers  peu¬ 
vent  vendre.  14, 

Thinca-Radoi  .V  .Girofle  Royal. zoo. zoi 
Thlafpi.  y 

Thore ,  ou  Thora  Major.  74 

Thtts-Libanj  ou  Encens  du  Liban.Voyez 
Oliban.  z6p 

Thuya,  ou  Arbre  de  Vie.  10/ 

Thymeléc, ou  Thymclæâ. 
ThpaleyPathly.  Voyez  Bois  Néphréti¬ 
que.  110 

Tormeniitla  Sibefiris  ,  Voyez  Tormen- 
tille.  ibidem 

Tormentillc.  y  ^ 

Tornefol  de  Gonftantinople.  V.  Tour- 
nefol  fin  en  drapeau.  ^ y 

Tornefol  de  Portugal.  V.  Tornefol  en 
Cotton.  ibidem 

Tornefol  en  Crefpon.  ibidem 

Tournefol  cnDrapcau  commun.  i ^  y 
Tournefolenpain.  ibidem 


Tournefol 


en  pâte ,  ou  en  pierre. 


Tournefol  fin  en  Drapi 


Kf 


156 

53 


Table 


Trochifques ,  ou  paftilles  de  Safran.  ijS 
Truffes ,  ou  Tru  mes.  i6^.xxxj 

Tiina  jOiiOpontium  y  jx 

Turbith.  j7 

Turbith  gris.  V.  Tapfic  blanche.  j8 

V 

^  T tyéleriana  Adajar  ,  &c.  V.  grande 


\  Valériane. 

77 

Vandles. 

207 

Vao  ï{avendfartt  y  V.Noix  de  Girofle  de 

Madagafcar , 

13I 

Vedafle,  PotalTcou  GcndalTc, 

xxiv.2f<? 

Feratrum  ^y^lbum. 

69 

Verairum  Nigrum. 

70 

Verd  d’iris. 

64 

Verd  de  Veffic. 

304 

Verdun  gros  &  petit* 

100 

Veretre,  V. Ellébore  blanc  &  noir. 

70 

Véritable  Cire  à  Cacheter, 

Z74 

Vermicelli  >  V.  Vermichcl. 

ibidem 

Vermichel  blanc  &  jaune, 

If) 

Vernix  àlaBronze,  ou  delà  Chine,  loo 

vernix  blanc ,  ou  de  Venife. 

ibidem 

vernix  Commun, 

ibidem 

vernix  d’Efprit  de  Vin, 

ibidem 

vernix  Doré , 

ibidem 

vernix  Siccatif, 

ibidem 

vernix ,  ou  Gomme  de  Genévrier  ,118 

verre  foufflé ,  ou  brillant , 

1 70 

vertus  du  Baume  de  M.  le  Comman- 

deur  de  Perne, 

Z79 

vigne  blanche  ou  noire  ,  V.  "Bryon- 


ne. 

5^ 

vigne  Sauvage,  ou  Bâtarde 

,  V.Pareira 

Brava, , 

69 

vins  de  Liqueur ,  &  leurs  differen- 

ces. 

Z45i.xvij 

violes , 

1S8 

vipérine  ,  ou  Serpentaire 

Virginicn- 

ne. 

vifnague  ,  ou  Bifnague , 

188 

vitex,  V. Bifnague, 

188 

vitex ,  V.  kA^us  Cajîus , 

Urucu ,  ou  Àchiotl ,  V.  Roucou ,  305 

vray  Sandarac , 
vraycTcinture  de  Corail, 

217 

i(>4 

Ufnéc  deChefne, 

xCî.xxix 

X 

Antolinc  ,  Voyez  Semen-Cons 
vermes  >  2 

Xilo-Balfamum , 

276 

Y 

01i,v.  Tabac, 

150 

Z 

r  'W  Edoarc ,  V.  Coflus  lAmer  »  60 
^faZcrumbeth&Zcdoaire,  62. 

Zingi ,  ou  A  ms  des  Indes , 

123 

Zopiffa  ,  Goudran  ,  ou  Poix  Nava- 

le. 

z8 

pn  de  U  Table  de  la  Première  Partie,  ^ 


la  !•» 


de  la  Seconde  Partie  de  l’Hiftoire  generale 
des  Drogues. 

Concernant  les  Anïmmx  Terreflres ,  Volatiles  i  Aquatiques ,  Amphibie si^ 
Reptiles,  Jnfeéfes  Coquillages  ;  leurs  Parties  ,  Êxcroijfances , 
autres  chofes  qm  en  proviennent ,  comme  Soje ,  Laine ,  Poil ,  Plume^ 
Sang,  Axonge  ou  Graijfe-,  H  mie  i  Cire  j  Miel^  Ç^c. 


CAchalot ,  efpccc  de  Baleine.  74 
Caillé  de  Lievre.  41 

Camphur,  ou  Ane  Sauvage.  P 

Canthaiides.  4^ 

Cantharides  d’Italie.  ibidem 

Caret ,  efpcce  de  Tortu c .  83 

Caftor ,  ou  BieVre. 

Caftoreum.  ibidem 

Cavial. 

Cendres  d’EcrevilTc.  o . 

Cervelle  dt  Requiert, 

Chagrin.  • 

Chameau, &fes  cfpeces,  ou  difFcrenccsi7 
Chamois; 


BAleinc  &  fes  Efpcces  ^  7  ; 

Baume  noir  ,  ou  Labdanum  Li- 
c]uide. 

Bcchct ,  efpece  de  Chameau ,  27 

Bel-Zaar ,  ou  Maître  du  V eni»  j  V.  Bc- 
zoar.  v 

Bcher.  ^ 

Beurre ,  ou  Huile  de  Cire. 

Beurre  Salé.  4 

Bezoard  Animal.  é 

Bezoard  d’Allemagne.  5j 


Table 


Cheli-Cancrotm  iou  Pattes  d’EcrcvilTcs 


de  mer,  ^4. 

Cheval  Marin.  80 

Chien  de  Mer.  58 

Cierges  ,  &  autres  Ouvtagcs  de  Ci- 
re.^  54.55 

Cire  à  Gommef,  5^ 

Cire  blanche  &  fes  différences»  5  5 

Cire  jaune.  53 

Cire  Grenée.  55 

Cire  Molle  rouge  &  verte.  fC 

Cire  noire  des  Indes ,  ihUem 

Cire  Vierge,  V.  Propolis,  54 

Civette.  I7 

Civette  de  Guinée- où  de  Brefil,  18 
Civette  d’Hollande ,  ihïdem 

Civette  Occidentale,  iyidem 

Gœut  &  fôye  de  Vipères,  V-  Vipères  fc- 
elles ,  '61 

Colle  d’Angleterre ,  32 

Colle  de  Flandres,  ibidem 

Colle  Forte ,  ou  de  Taureau ,  ibidem 
Colle  de  Poiffon ,  7/ 

Corne  de  Cerf  préparée,  35 

Corne  de  Licorne  de  mer ,  Voyez  Nar- 
wal ,  8  O 

Ciapaudine ,  ou  Pierre  de  Crapaud,  72 
Crin  de  Bœuf,  3a 

Cuirs  de  Barbarie,  ibidem 

Cuirs  d’Hongrie,  ibidem 

'D 

DAuphins,  90 

Dantalé ,  104 

Dents  de  Cheval  Marin ,  81 

Dents  de  Sanglier ,  41 

Dragons  qui  tuent  les  Eléphants ,  25 

Drapier,  V.  Alcyon  de  France,  4<? 


Dromadaire ,  eEpccc  de  Chameau ,  z  7 
E 


F  Au  de  Miel,  53 

Eau  de  tête  de  Cerf,  ^  34 

EauTheriacalc ,  65 

Eau  T heriacale  de  M .  Charas ,  66 


EauThcriacale  de  Montpellier  dcBau- 


deron , 

ibidrm 

Ecailles  de  Caret ,  ou  Tortue , 

8/ 

Ecreviffes  de  Mer, 

5>4 

Ecreviffes  de  Rivière , 

ibidem 

Elan ,  ' 

H 

Eléphant, 

Z4 

Efearbot , 

3 

Efprit  Acide  de  Sel  Arinoniac» 

30 

Elpritde  Corne  de  Cerf, 

3S 

Elprit  de  Miel, 

S3 

Efprit  d’Yvoirc, 

Efpiit  Volatil  de  Sel  Armoniac^ 

30 

Effence  d’ Ambre  gris  , 

5^ 

Efturgeon, 

77 

F 


1^  Anons  de  Balaine, 

74 

J/  Fauffes  Mumics, 

6 

Flambeaux  de  Cire  blanche 

OU  jau- 

ne , 

55 

Foyes  &  Boyaux  de  Loup,' 

4ï 

Frégate , 

44 

Fromages  Etrangers  de  toutes  fortes,  41 
G 

Abbaras ,  Voyez  Mu  mies,  / 

Git'^ella  /««/ic4,V.Mufc, 


Graiffc  d’Auftruchc ,  44 

GrailTc  de  Blaireau ,  où  Taiffon ,  41 

Graiffe  d  Ours ,  ibidem 

Graiffe  de  Vautour,  é  44 

Graiffe  &  Huile  de  Vipère, 

Graiffe  &  Poulinons  de  Renard ,  41 


H 

H  Ayc  t  y  oyez  Requiem.  ^6 

Hcgin  ,  efpccc  de  Chameau ,  17 
Hiftoire  de  l’Efcarbot,  3 

Hommar  ,  ou  groffe  Ecreviffe  de 
mer,  5,4 

Huile  de  Balaine  ou  de  grande  baye,  74 
Huile  de  Caret,  85 

Huile  de  Clo-porte,  yz 

Huile  de  Crapaud,  ibidem 

Huile  d’Efearbot,  3 

Huile 


de  k  feeonde  Partie. 


Huile  deKaoiianné,  8/ 

Huile  de  MarfoüinarGmatiféej  &:  non 


Manière  de  prendre  IcÆhns. aùx  àd J. i  p 
Marc  de  Mouches  J 


aromatiféc  -, 

91 

Marroquin  noir  de  Barbarie , 

38 

Huile  de  Miel  3 

J3 

Maroquin  rouge  du  Levant, 

ibidem 

Huile  de  Perles , 

105 

Marfoüin  ou  Cochon  de  mer. 

91 

Huile  de  Scorpion  fimple  &  compo- 

Martinet  Pefeheur,  Voyez  Alcyon  de 

fée, 

France  3 

46 

Huile  de  Sel  Armoniac  3 

31 

Miel, 

Huile  de  Tortue  Franche, 

8/ 

Miel  blanc  de  Narbonne  j 

52. 

Huile  noire  de  Corne  de  Cerf, 

3; 

Miel  blanc  de  pays. 

ibidem 

Huile  ou  Beurre  de  Cire , 

;4 

Miel  blanc  de  Provence, 

ibidem 

Huile  ou  GrailTc  de-Fregate, 

4J 

Miel  jaune  de  Champagne  & 

autres 

H^ile  ou  GrailTe  de  Vipere , 

61 

lieux. 

ibidem 

Huitres  Calcinées, 

107 

Miroir  fur  les  Peaux  de  Chagrin,  ce 

que  c’eft. 

40 

I 


JAmbonsdcMayence,  de  Bayônnci 
&  autres ,  4r 

Imperudor ,  OU  Empereur  ^  Poiffon  de  la 
Mer  Mediterance  j  .  ^o 


K 


Aoüannc 

tue. 


eipcce  de 


Tor- 

84 


37 

Baume 


Ljhdanum  en  Tortis. 

Labdanum  liquide  , 
noir  j 

Lnhdanum  naturel  où  en  Barbe  j  ibidem 
Lai ncs,avcc  leurs  noms  &  diftcrcnces,  35 
Lamantin ,  ou  Vache  Marine ,  &  com¬ 
ment  fe  fait  la  pefche  de  ce  Poif¬ 
fon  ,  8  J 

Larmes  de  Cerf;  3C 

Licorne  de  Mer ,  ou  Harwal;  78 

Licorne,  &fes  cfpeces ,  9 

Luminaires ,  &  autres  Ouvrages  de  Cire 
de  toutes  fortes ,  y4. 


Mitridat ,  une  des  quatre  grandes  com- 
pofitions  que  les  Epiciers  peuvent 
vendre, 

Moelle  de  Cerf  j  3y 

Mortadelles  de  Provence  3  41 

Mouches  à  Miel,  V.  Abeilles,  47 
Môüches  Faiheantesi  V.  au  Chapitre 
des  Abeilles,  fi 

Mouton  ou  Belier,  31 

Muge  ou  Mujon,  dont  les  oeufs  font 
ce  qu’on  appelle  de  laBoutarquc. 
MumiCi  2* 

Mumie  blanche,  ^ 

Mumie  contrefaite ,  ou  faulTcj  ibidem 
Mufe.  14 


N 


N 

Acre  de  Perles;  104 

Narwal,  ou  Licorne  de  mer.78 
lo^ 
4T 
3S 
3*- 

loÿ 


Nerita. 

Nids  d’Oi féaux: 

Noir  de  Cerf. 

Noir  d’Os. 

Noir  d’Yvoirc ,  ou  de  Velours. 
Nombril  Marin. 

O 


M 


M 

J^Manati  ,  ou 
Voyez  Lamantin, 


Agiftere  de  Perles. 

Vache 


103 

Marine, 

8z 


OCuliCancri^  Ou  Pierres  d’Ecre- 
viffe. 

Oefipe.  33 

Oifeau  de  faint  Martin  ,  Voyez  Al- 

L1 


Table 

cyon  de  France. 

4<r 

Plumes  d’Auftruchc. 

44 

Ongle  odorant  ,  ou  'Blatta  Bi 

'%an- 

Plumes  de  Cigne. 

46 

lia. 

107 

Poil  de.  Chameau. 

z8 

Ongle,  ou  Pied  d’Elan.  a 

13.  24 

Porcelaine  en  Coquillage. 

I04 

Orviétan,  6<:fa  compofition. 

^7 

Poudre  de  Clo-porte. 

Os  d’Auftruchc, 

44 

Poudre  de  Crapaud. 

ibidem 

Os  de  Cœur  de  Bœuf. 

32- 

Poudre  de  Cervelle  de  Requiem. 

9(î 

Os  de  Cœur  de  Cerf, 

3J 

Poudre  de  Vipere. 

Os  de  Seiche. 

9^ 

Poulmons  de  Renard. 

41 

Ouvrages  de  Cire  de  toutes  fortes. 

54- 

Priape  de  Cerf. 

35 

5j.  //f 

Propolis,  ou  Cire  Vierge. 

54 

P 

Purification  de  Sel  Armoniac. 

30 

r  Paftillcs ,  ou  Trochifqucs  de  Vi- 
pcre.  (>i 

Pazan  ,  Voyez  Bezoard.  i  o 

Peaux  de  Bouc.  37*38 

Peaux  de  Callor.  ii 

Peaux  de  Chagrin,  &  leurs  différen¬ 
ces.  40 

Peaux  de  Chien  de  Mer ,  &  autres  Poîf- 
fons.  88 

Peaux  de  Vautour.  44 

peaux  fraîches.  38 

Perles ,  leurs  différences.  *>7 

Leur  formation  la  pefche  d’Iccl- 
les.  10  O*  loi 

Perles  à  l’Once,  à  Piler,  ou  a  Broyer, 
V.  Semence  de  Perles.  I03 

Perles  d’Ecoffe  &:  de  Bavière.  59 

Perles  fauffe  d’Ecoffe  &:  de  Bruxel¬ 
les.  103 

Pefcherics  des  Perles  Orientales  &  Oc¬ 
cidentales.  98.99 

Phiburon ,  V.  Requiem. 

Pied  d’Elan.  ^3*  2-4 

Pierre  d’Aiglc.  '  44 

Pierre  de  Fiel,  ou  Bezoard  de  Bœuf.  31 
Pierre  d’Hyrondellc.  46 

Pierres  d’Ecreviffes,  V.OcH/iCawcri.  94 
Pilons ,  ou  Rats  Mufquez.  4 1 

Pinceaux  de  Blaireau.  ihïLm 

Pinceaux  de  Cigne.  4(î 

Pinceaux  de  Sanglier.  41 

Piraffoupi.  10 

plume  6e  Duvet  d’Oye,  6e  autres  Vo¬ 
lailles.  46 


R 


R  A  pu  rc  de  Cor  ne  de  Cerf.  3  $ 

Rapurc  d’Yvoire.  25 

Rats  Mufquez ,  ou  Piloris.  41 

Requiem.  9^ 

Rhinocéros.  ii» 

Rhoar  ,  V.  Narwal.  78 

Rognons  de  Rats  Mufquez.  41 

Roufl'ettes ,  ou  Doucettes.  88 

S 

SAng  de  Bouc.  37 

Sang  de  Bouc-Eftain.  39 

Sangfucs.  7I 

Sardines.  90 

Sardines  Seches.  91 

Sauciffons  de  Bologne.  41 

Sel  Armoniac  artificiel.  29 

Sel  Armoniac  fixe.  31 

Sel  armoniac  naturel  de  deux  for- 
rcs.  z8 

Sel  de  Perles.  I03 

Sel  fixe  ^  volatil  de  Cheveux.  7 


Sel  fixe  S>L  volatil  de  Crâne  humain. 
ibidem. 

Sel  fixe  &  volatil  de  Sang  humain. 


ibidem. 

Sel  fixe  6<:  volatil  deVipere.  6i 

Sel  fixe  6<:  volatil  d’Urine.  7 

Sel  volatil  de  Clo-porte.  71 

Sel  volatil  de  Corne  de  Cerf.  3/ 

Sel  volatil  de  Crapaud-  72* 

Semence  de  perles.  103 


de  la  fécondé  Partie. 


Soldats ,  ou  Cancelles. 

Solen.  107 

Soyc  crue,  Soye  Grcgc  ,  ou  en  Mataf- 
fc.  71 

Spode.  id 

Sûmes  Marins.  68 

Suif  de  Boucs  ou  de  Chevre;  37 

Suif  de  Cerf.  3; 

Suif  d’Irlande;  33 

Suif  de  Mouton ,  ou  de  Marque. 

Suif  d’Ours.  41 

T 

TAureau;  31 

Theriaque.  6t 

Theriaque  d’Androttiaquc  commune 
&  compofée.  63 

Theriaque  des  Pauvres  ou  des  Alle¬ 
mands.  65 

Theriaque  Diatclfaron.  ihidem 

Theriaque  reformée  de  M.  d’Aquin. 
ibidem. 

Thon ,  ou  Thoninci  89 

Thons  defoflez.  90 

Tortue  6c  fes  cfpeccs.  84 

Tortue  Franche.  ihidem 

La  Pcfchc  des  Tortues;  ^ 


Trochifques  de  Ciphi. 

Trochifqucs  d’Hcdycroy.  64 

Trochifques  deScilles.  ihidem 

Trochifques  ou  Paftilles  de  Vipere.  6i 
THhiili  Marini.  10  r 


V 


VAchc  Marine  ,  VoyeSü  Laman¬ 
tin.  Sz 

Vautour.  44 

Veaux  d’Angleterre;  ^ 

Vers  i  Soye.  ,  yo 

Veflies  de  Cerf. 

Vinaigre  Thcriacal. 

Viperes.  co 

Viperes  feches;  ci 

Vmhelicus  Matinus,  V.  Nombril  Mai» 

rin.  106 

Vnguis  Odoratusi  Voyez  flatta  Bi:;(an> 

tia.  107 


Ufnéc  humaine. 


1 


YSard  ou  ChamoSs ,  Voyez  Cha¬ 
mois, 

Yvoire, ou  Ivoire.  a.j 


de  U  Table  de  la  fécondé  Partie» 


TABLE 


delà  Troifiéme  Partie  de IHilioiregenerale 
des  Drogues. 


Çoncernant  les  Foffilles  s  Sça^oir^  les  Ale'taux  3  demy-Métaux ,  Marca- 
Jites ,  Minéraux  J  Pierres  précieufes  ^  autres  ^  les  Bitumes  3  Terres, 
chofes  qui  en  procèdent,  comme  les  Crijiaux  Emaux,  Teintures , 
Couleurs  ,  Extraits  ,  Efprits  ,  Huiles  ,  Sels ,  Ejpnces  ,  Par¬ 
fums  ^  ^c. 

I  A 


A  Cier ,  &  la  différence  de  fa  trem- 

Alun  deRocho,  Alun  blanc,  ou  Alun 

pc.  ^ 

lo 

de  Glace  ^  Voyez  Alun  d'Anglctcr- 

Acier  à  la  Rofe. 

f  ihidem 

re. 

81 

Acier  de  Carme. 

ibidem 

Alun  de  Rome. 

ibidem 

Acier  de  Damas. 

ibidem 

Alun  Scayolle. 

82 

Æs  Vjlum ,  ou  Cuivre  brûlé. 

30 

Alun  Scicille,  V.  Alun  de  Plume.  80 

Æj  Vfîum  préparé. 

6 

AlunSuccarin  ouSaccarin. 

8z 

Agaric  Minerai. 

UC 

Ambre  jaune. 

83 

Agathes. 

loO 

Ambre  noir ,  V.  Jays  ou  Jayet* 

8j 

Aimant. 

Co 

Mnatfum,  V.  Natrum  d’Egypte. 

73 

Aimant  Arfenical. 

68 

Ancre  de  la  Chine. 

p6 

Aimant  blanc. 

61 

Angélique,  V.  Poudre  Al garot. 

J8 

Aimant  du  Clocher  de  N.  D.  de  Char- 

Antimoine  d’Auvergne. 

/i 

très. 

ibidem 

Antimoine  de  Bretagne. 

ibidem 

Aimatiftes  d’Ativergne  Sc  de  Cartha- 

Antimoine  d’Hongrie. 

ihidem 

gene. 

200 

Antimoine  de  Poitou. 

ibidem 

,  V.  Tripoli. 

Antimoine  deSiam. 

Albâtre. 

MO 

Antimoine  Diaphoretique  ^  ou 

Dia- 

>  ou  Albeftes. 

80 

phorctique  d’ Antimoine. 

/7 

i^ihumiV.  Pompholix. 

zp 

Antimoinefondu,  &  non  crud. 

53 

Alquifoux. 

41 

Antimoine  Minerai  ou  crud ,  Ton  ufap-c 

Alun. 

79 

&  fes  différences. 

fl.  fl 

Alun  brûlé. 

8z 

Antimoine  Vitré  ,  ou  Verre  d’Anti- 

Alun  Catin. 

ihidem 

moine. 

5f 

Alun  d’Angleterre. 

81 

Aphro-nitre. 

73 

Alun  de  Civitavefche ,  Voyez 

Alun  de 

Arcane  Coralin  ,  ou  Précipité 

rou- 

Rome.  * 

SI 

zi 

Alun  de  Liege  ou  cie  Mezicre. 

8z 

Argent. 

5 

Alun  de  Plume. 

80 

Argent  de  Coupelle. 

C 

Argent 


de  la  troifiéme  Partie. 


Argent- vif,  ou  Vif-Argent. 
l*i^pendix. 

Aromats  des  Philofophcs. 
Arfenic  blanc  artificiel. 
Arfenic  blanc  naturel. 
Arfenic  cauftique. 

Arfenic  Criftalin. 

Arfenic  rouge'. 

Avanturinc  artificielle. 
Avanturinc  naturelle. 
Auripeau. 


BAdreoled’Or.  3 

Baume  ardent.  8/ 

Baume  de  Saturne,  ou  Huile  de  J)lomb. 
^8 

Baume  de  Soufre.  53 

Baume  de  Soufre  anîfé.  ibidem 

Bcrillc.  100 

Beurré  d’ Antimoine: 

Beurre  de  Nitrc.  78 

Beurre  de  Saturne.  49 

Beurre  ou  Huile  d’ Arfenic.  d8 

Bczoârd  Jovial.  ^4 

Bezoard  Minerai.  59 

•Bifmuth ,  ou  Etain  de  glace:  25 

Bitumes  en  general.  83 

Bitume  de  Judée. 

Bitume  Limonneuv.  94 

Blanc  d’Efpagiic  ,  ou  Bezoard  Jo¬ 
vial.  24 

Blanc  d’Efpagne  j  ou  blanc  de  Per¬ 
les.  16 

Blanc  de  plomb.  44 

Blanc  de  plufieurs  fortes.  i  ij 

Bol  blanc,  ou  Marne.  ibidem 

Bol  du  Levant,  ôu  d’Arinenic,  &  au¬ 
tres.  îij 

Bol  en  Bille ,  ou  Broüillamihi .  ibidem 

Borax  naturel ,  brute ,  Ou  gras.  7  8 

Borax  fec ,  ou  rafiné .  78-  7  V 

Bronze.  29.33 

Broüillamini ,  ou  Bol  en  Bille.  113 

Brun  rouge.  114 


CAchou.  III.  ^  à  bi^^endîx 

Cachou  préparé*  112 

Cadmie  ou  Calamine. 

Calamine  blanche. 

Calamine  blanche ,  ou  Porhphôlix. 
Calamine  préparée,  cz 

Calcanthum,  ou  Vitriol  rubifié.  3^ 

Calchitis ,  ou  Calcitc.  34 

Cauftique  perpétuel. 

Cendre  blûe.  103 

Cendre  de  Bronze ,  Voyez  Pompho- 

lix.  2.  P 

Cendre  ou  Ecume  de  plomb.  43 

Cendre  verte  ,  ou  Verd  de  Terre,  lox 
Cerbère,  Dragon,  ou  Sel  d’Enfer,  Voyez 
Salpeftre.  yi, 

Cerufe  de  Venifé. 

Cerufe  ordinaire  i  où  d’Hollande  ,  ou 
d’Angleterre.  ibidem 

Cerufe  ou  Chaux  d’Etaiii  24 

Cerufe  rubifiée  ,  Voyez  Sandix  &  le 
quatrième  Maflicot. 

Charbon  de  Terre.  87 

Chaux  d’ Antimoine,  V.  Diaphoretique 
d’ Antimoine. 

Chaux  de  plomb  ,  Voyez  Cerufe  de 
Venife. 

Chryfocollc ,  V. Borax  naturel.  78 
Cinabre  artificiel.  17 

Cinabre  d’Antimoinc.  3  8 

Cinabre  minerai ,  ou  naturel.  id 

Cobakhum.  iio 

Colcothar  artificiel.  39 

Colcothar  naturel.  3^ 

Comperofe  d’Angletcrrè.  3^ 

Comperofe  de  Pifc.  ibidem 

Comperofe  de  Suede.  t^itx  t^idditions 
Comperofe  blanche.  37 

Comperofe  blanche  calcinée.  3y 

Comperofe  d’Allemagne.  37 

Comperofe ,  ou  Vitriol  de  GolTelar  ,.ou 
de  Saxe.  ibidem 

Confeétion  d’Hyacinthe.  jg 

Crapaudine. 

Crayé  de  Briançon.  loy 


Table 


Craye  de  Champagne,  Iij 

Crayon  en  poudre ,  41 

Crayon  ,  ou  Plomb  de  mine ,  il^idcm 

CriUal  Minerai ,  ;>y 

Crilb.l  de  Madagafcar,  iio 

Criftal  de  Roche , 

Criliaux  d’Argent,  6 

Ci'iftaUx  de  Mar? ,  it 

Crildaux  de  Verdet ,  32. 

OocHs  /V/tfmTV.  Safran  de  Mars.  ii 

Crocus  Mctallorum  t 

Crocus ,  ou  Safran  de  Cuivre ,  30 

Cuivre ,  i8 

Cuivre  de  Rofetxe,  ihtdem 

Cuivre  Jaune ,  ihidem 

D 

Dt  imant  d’Alcn(jon ,  ioo 

Diaphoretique  d’ Antimoine,  /p 
Diaphorctique  d  Etain, 

Dipnrygcs ,  3  3 

Dragon  ,  Cerbcrc  ,  ou  Sel  d’Enfcr, 
Voyez  Salpêtre  >  72- 

E 

F  Au  ou  Efprit  d’ Alun  ^  8 1 

Eau  forte,  7/ 

Eau  Rcgale ,  ou  Royale ,  ibidem 

Eau  Seconde,  ibidem 

Eau  féconde ,  ou  Efprit  de  Vitriol  Ph.38 
Eau  Scipiciquc,  3^ 

Ecailles  de  Bronze ,  33 

Ecume ,  ou  Cendre  de  Plomb  ,  43 

Emaux  &  leurs  différences ,  ij 

Emeraudes ,  5>P 

Emcril  commun  j  63 

Emeril  d’Efpagnc,  ibidem 

Emcril  rouge ,  ibidem 

Emctiqiie  ,  V.  Poudre  Algarot ,  5^ 

Efprit ,  ou  Eau  d’ Alun,  82, 

Efprit  de  Karabé  ,  8; 

Efprit  de  Nitix,  74 

Efprit  de  Nitre  dulcifié ,  75 

Efprit  de  Saturne,  4p 

EfptiC  de  Sel ,  72, 

Efprit  de  Sel  dulcifié ,  ibidem 


Bfprit  de  Souphre, 

Efprit  de  Souplire  redific  ,  ou  Huile 
de  Souphre,  ibidem 

Efpnt  de  Vitriol ,  .  ;  38 

Efprit  deVitrioljOU  Eau  Scconde.ii»/4/f/w 
Efprit  de  Vitriol  Philoiophique.  ibidem 
Efprit  Martial,  cz 

Efprit  ou  Huile  de  Vitriol ,  3J 

Etain  &c  fes  différences ,  22 

Etain  commun,  '  23 

Etain  de  Glace  naturel ,  z  j 

Etain  de  Glace  ordinaire ,  zj 

Etain  en  feüilles ,  25 

Etain  en  poudre  ,  24 

Etain  plané  d’Angleterre  ,  de  Cor- 
noüaiile  ,  Criitallin  ,  à  la  Rofe ,  ou 
d’ Antimoine,  c'ciUamêmechofe,  23 
Etain  foniiant ,  ibidem 


j' Auffes  Hyacinthes,  ou  Jargons.'^S 
'  Faux  Alun  brûlé  ,  82. 

Faux  Karabé,  84 

Faux  Lapis,  2-7 

Fer ,  ou  Mars  ;  &:  la  manière  de  tirer  le 
fer  de  la  Mme  pour  en  faire  du  fer  de 
fonte,  7.8* 

Fer  en  Barre,  8 

Fer  en  Verge,  ou  Fil  de  Fer,  ^ 

Fer  noir  &:  Fer  blanc  ibidem 

Fer  Ouvré  &  non  Ouvré,  aux  additions 
Fcret  d'Eljpagnc , 

Fleur  de  Souphre,  fes  différences ,  po 
Fleurs  d' Airain, ou  Pompholix,  zp  * 
Fleurs  d’ Antimoine,  57 

Fleurs  de  Bifmnth,  ,  ztf 

Fleurs  de  Bronze,  5j 

Fleurs  d’Etain  ou  de  Jupiter,  24 

Fleurs  de  Mars,  (;t 

Foflillcs  en  general ,  I 

Foyc  d’ Antimoine, 


Anguc  ,  cfpece  de  Marbre,  41 
f  Gccit,  ou  Geais ,  ou  plûtôt  Jays 
ou  Jayet,  8/ 


de  la  troifiéme  Partie. 


G  ilia  Vitrioli  >  ou  Vitriol  vomitif,  3  8 
Girafole,  100 

Glofopctra,  ïio 

Gobelets  de  Régule  d’ Antimoine  ordi¬ 
naire,  54 

Gobelets  de  Régule  d’Antimoine  avec 
le  Marc , 

Grenats, 


H 


5^ 
87 

ibidem 

ibidtm 


Huile  d’Antimoine  càuftiquc. 

Huile  de  charbon  de  terre , 

Huile  de  jaye  ou  Jayet> 

Huile  de  Karabé, 

Huile  de  Karabé  blanche  ^ 

Huile  de  Karabé  rcdifiée. 

Huile  de  Mars, 

Huile  de  Mercure, 

Huile  de  Petrole  blanche , 

Huile  de  Petrole  noire  de  Gabian, 
ibidem 

Huile  de  Saturne,  ou  Baume  de  plomb. 
.  48 

Huile  deSouphre  ,  ou  Efprit  de  Sou- 
phre  redifié,  5?z 

Huile  de  Vitriol,  38 

Huile  Glaciale  ,  ou  Beurre  d’AntimoU 
ne,  59 

Huile  ou  Beurre  d’Arfenic,  6% 

Hyacinthe, 


Adc, 

Jargons, 


Jafpc, 

103 

Jaune  de  Naples, 

Pi 

Jaye  Jais,  ou  Jayet, 

Juppiter,  V.  Eftain  j 

2t 

K 

Arabe, 

84 

ïs  Karabé ,  Succin ,  ou  Ambre  noir, 
V.  Geais  ,  Jaye  ,  ou  jayet ,  85 

Kobaltum,  ou  Cobalthum ,  11 0 


^2- 

10/ 


5; 

ioo 


LAit  ou  Magiftere  de  Soup: 

Lapis  f^miantus  > 

Lapis  CyaneHS  >  ou  Slellatus ,  V.  Lapis 
LaXyli  »  ibidem 

Lapis  La-zuli ,  ou  Pierre  d’Azur ,  ibidem 
Lapis  Lazuli  de  France  ,  ibidem 

Lapis  Mirabilis  > 

Letier , 

Lin  incombuftible. 

Liqueur  de  Cuivre  ou  de  Venus , 
Liqueur  de  Mercure  , 

Litarge  artificielle , 

Litarge  naturelle , 

Lithomarga ,  ou  Lait  de  la  Lurlc , 

Lune  cauibque  j 

M 


40 

4 

81 

32- 

2Z 

47 

4^ 


^7 


104 

i  faulTes  Hyacinthes,  9  g 


Agalaife,  Mcganefe,  Magne, 
ou  Magncfe ,  &  fes  dilFcrcn- 
,  ees,  64 

Magiftere  d’Antimoine,  60 

Magiftere  de  Bifmuth , 

Magiftere  d’Etaiii,  24 

Magiftere  de  Saturne ,  45^ 

Magiftere ,  ou  Lait  de  Souphre ,  92. 

Magnepa  Opalina,  V.  Rubine  d’Anti¬ 
moine,  57 

Malaquitte ,  100 

Marcafite  d’Or  ,  d’Argcnt ,  Si  de  Cui- 

4.  5 

m 

1-7 

4<s 
80 


vre, 

Marga  , 

Marne ,  ou  Bol  blanc , 

Mars,  V.  Fer, 

Mars  Diaphoretique , 

Mafficot  blanc,  jaune  &  doré, 

Meche  perpétuelle, 

Melanteria  j  au  Chapitre  de  la  Calchi- 

Mercure,  V.  Vif-Argent,  ou  Argcnt- 

,  H 

Mercure crud,  Mercure  coulant,  Hy- 

drargire ,  &c.  j. 

Mercure  de  plom  b ,  4  ^ 


Table 


Mercure  revivifié  de  Cinabre ,  i8 

Mercure  vierge,  I4 

Métail ,  ou  cuivre  compofé,  33 

Métaülx  en  general  >  leur  nombre  6c 
leurs  différences ,  1 

Mine  dé  Mercure, 

Mine  de  plomb  noire.  Voyez  Plomb  de 
mine,  41 

Mine  de  Plomb  rouge ,  ou  Miniumy  44 
Minéraux  en  general ,  jr 

Mines  d’Argent^  j 

Minière,  ou  Mme  de  Fer,  &  là  manière 
de  tirer  le  Fér  de  la  Mine  pour  en  faire 
du  Fer  de  fonte,  8 

Minières  d’Or,  &  les  differentes  voyes 
de  trouver  ce  prétieux  Métail ,  j. 
Miniitm»  44 

MtJtj  au  Chapitre  de  la  Chalcitc,  34 
Moelle  de  Pierre ,  ou  Lithomarga ,  ii6 
Moncii'|uc,  40 

K 

Aphta  blanc  ,  ou  Huile  de  Pe- 
treol  blanche,  5^5 

Naphta  de  differentes  couleurs ,  pj 
Naphta  d’Italie  ou  de  Montfeftin ,  p  4 
Naphta,  ou  Bitume Limonneux,  p4 
Natrum  d’Egypte  y  ou  Soude  blan¬ 
che  3 

Ntl  y  Nthil ,  Nihili  x^lhum  > 

Nitre  fixe  ,  ou  Souphre  fufilc  y 
Nitrc  Folîile , 

Nitre  ,  ou  Salpêtre ^ 

Nitre  Vitriolé. 

O 


73 

77 

78 
7i 
78 


OCrc ,  &  fes  différences ,  ii^ 

Ocre  jaune ,  O  cre  rouge ,  fuprà 
Or  ,  &  les  differentes  maniérés  de  le  pu¬ 
rifier,  Z 

Or  d’Allemagne  iS 

Or  d’Allemagne  en  Coquille ,  ihidtm 
Ordes  Akhimiftes,  z 

Or  en  Aurillct ,  ibidem 

Oren  Coquille,  ou  en  poudre,  5 

Or  en  Fcüilles  de  plufieurs  maniérés,  ib. 


Or  en  Poudre,ou  Moulu.  4.  ^  auxadd. 
Or  Fulminant  ou  Safran  d’Or ,  3 

Or  vierge,  ou  naturel.  2, 

Orpin  ou  Orpiment. 

Orpm  jaune.  CC 

Orpin  rouge,  ou  Arfenic rouge. ibidem 
Olteocolle.  110 

O  utremer ,  ou  verd  d’ Azur.  loz 


P  A  nacée  Mercurielle. 

Peridot.  lOo 

Perigueur,  ou  Perigueux. 

Petrolleum  ,  ou  Huile  noire  de  Ga- 
bian. 

Pharmacitis  >  V.  Terre  Ampclitc.  8  7 
Phofphore ,  &  fes  differcns  noms.  107 
V\ciiCi^momit<  s  iio 

Pierre  Arménienne.  loz 

Pierre  Bclemnite.  I07 

Pierre  Calamine,  ou  Calaminaire.  cz 
Pierre  d  Aigle.  108 

Pierre  d’ A  db ,  ou  Aflienne.  xio 

Pierre  d’Azur.  101 

Pierre  de  Boulogne.  107 

Pierre  de  Florence.  loo 

Pierre  de  Goa.  à  l'Jpendix 

Pierre  de  Lyn ,  V.  Pierre  Belemnite:  107 
Pierre  de  Phénicie  ,  V-  Pierre  Judaï¬ 
que.  locr 

Pierre  de  Ponce.  107 

Pierre  de  Sang.  iio 

Pierre  de  Syrie  ,V.  Pierre  Judaïque,  lo^ 
Pierre  Etoilée.  iio 

Pierre  Hématite.  ^2 

Pierre  Infernale.  c 

Pierre  Judaïque.  I06 

Pierre  Mcdicamcnteufc.  40 

Pierre  Médicinale,  ou  Medicamcntcufc 
de  Crolius,  3  9 

Pierre  Néphrétique.  104 

Pierre  noire, ou  Terre  Ampelite.  87 
Pierres  pretieufes  &  communes  en  ge¬ 
neral,  ce  que  c’eft.  97 

Pillulcs  perpétuelles. 

Pirafphalcum  artificiel. 

Pifafphaltum  naturcl,ouPoix  de  terre5)4 


de  la  ifecondè  Partie. 


Pipes  à  Tabac. 

plombagine  ,  ou  plomb  de  mer , 
V. plomb  déminé.  41 

plomb  brûlé.  43 

plomb  de  Mine  J  ou  Crayon,  41 

plomb  en  poudre.  43 

plomb  en  laumons.  42 

plomb  minerai.  41 

Polycrefte ,  V.  Sel  de  Polycreftci  37 
Pompholix.  ap 

Potéç  d’Emeril.  1^4 

pochée.  24 

Potelot ,  V.  Plomb  dé  mine.  4a 

Poudre  à  Canon.  96 

Poudre  Àlgarbt ,  ou  Mercure  de  Vie.  /  8 
Poudre  de  Sympathie.  36' 

Poudre  Impériale.  ^6 

Précipité  blanc.  ao 

Précipité  de  couleur  de  Rofe.  xi 

Précipité  jaune.  ibidem 

précipité  rouge.  20 

précipité  vert.  .  12 

préparations  des  pierres  &  des  Terres.  116 
purification  de  l’Argent. 
i>anfication  de  l'Or.  x 

purification  du  Sel  Marin.  yt 

purpunne.  2^ 

pyrites ,  ou  .  35 

Q. 


Q 


X;»,  OU  Pyrites;  35.40 

R 

Égule  d’Antimôirie  avec  le  Mars. 


Safran  de  Mars  aftringent.  ibidem 

Safran  d’Or ,  ou  Or  fulminant.  3 

Safran  des  Métaux.  j6 

Safrc,.ouZafrc.  6; 

Salpcftre ,  &  fes  différences.  yx 

Salpeftre  fixe.  74. 

Salpeft  refondu.  ibidem 

Sandarache  des  Grecs.  66 

Sandix  en  fon  Chapitre ,  ou  en  celuy  des 
Maflicots.  46 

Saphirs.  joo 

Sanguine  fine  &  blanche.  6^ 

Sardes.  ibidem 

Saturne ,  V.  plomb.  i.  41 

Scamonée  préparée,  ou  Diagrede,  ou 
Scamonée  mal  préparée. 

Sel  Arcifibrilc,  ou  Fébrifuge, 

Sel  blanc  de  Normandie. 

Sel  d'Enfer,V.  Salpêtre. 

Sel  d’Etain. 

Sel  de  Lorraine  &  de  Comté; 

Sel  de  Pierre  Judaïque. 

Sel  de  Prunelle. 

Sel  de  Soufre, 
sel  de  Vitriol; 

Sel  Fofiile. 

Sel  Gcfme,  ou  Gemme. 

Sel  Gemme  de  Catalogne  de  quatre  cou-’ 
leurs. 

Sel  Marin. 

Sel  Marin  décrépite. 

Sel  Nitre,  V.  Salpêtre  fondu. 

Sel,  ou  Vitriol  de  Mars, 


88 

77 

71 

7^ 

24 

71 

10^ 

7/ 

pi 

35» 

70 

6^ 


ibidem 

70 

71 

74 

II 


IX  74 

Sel  Polycrefte. 

7^ 

Régule  d’ Antimoine  ordinaire. 

ibidem 

Sel  Polycrefte  cryftalifé. 

77 

Rcsule  d’Arfcnic. 

6% 

Sel  Saturne,  ou  Sucre  de  Saturne. 

48 

Rceule  d’Etain,  V.  Etain  de  Glace  or- 

Sel  volatil  de  Karabé. 

8/ 

dinaire. 

16 

Smedin ,  ou  Solcter ,  au  Chapitre  du 

Régulé  d’Or. 

3 

rouge  d’Inde. 

11; 

Rouge  d’Angleterre ,  V.  Rouge 

:  d’In- 

Sirop  de  Mars  aftringent. 

»3 

de; 

Infra 

Sirop  de  Mars  avec  le  Tartre. 

ix 

Rouge  d’Indé. 

ni 

Sirop  de  Mars  épaifli. 

ibidem 

Roy  des  Métaux  ,V.  Or, 

X 

Sory ,  au  Chapitre  de  la  Chalcitis. 

34. 

Rübine  d’Antimoine. 

57 

Soude  blanche,  ou  JSfatrum  d’Egypte.  73 

Rubis. 

ioo 

Souphre  d’Antimoine  ,•  V.  Magifterc 

d’Antimoine. 

6  a 

S 

Soulfre  d’Arfenic, 

f6S 

^  Afran  de  Cuivre. 

30 

Soulfre  de  Nicaragua ,  de  la 

porte 

^  Safran  de  Mars  apéritif. 

n 

faint  Martin  à  Paris. 

Table  de  la  Troifiéme  Partie. 


Soulfüc  de  ibidem 

Soulfre  de  SuilTe.  •  ibidem 

Soulfre  doré  d’ Antimoine.  <;o 

Soulfre  en  Canon, ou  en  Magdalcons.88 
Soulfre  Fufîble,ou  Nitrc  fixe.  77 
Soulfre  gris ,  V.  Soulfre  vif.  8  7 

Soulfre  minerai.  8  8 

Soulfre  verd  de  Marfeille.  5)0 

Soulfre  Vif.  87 

Splc.  \06 

Spode  des  Grecs,  V.Tutie.  33 

Spode  en  grappe,  ou  Tutie.  ibidem 
Sccv;dmargay  ou  Liihomarga.  116 

Sublimé  contrefait.  '  68 

Sublimé  corrofif.  j8 

Sublimé  doux.  i5>  ■ 

Su-ccin ,  ou  Karabé.  83 

T 

AlcdeVenife.  104 

Talc  rouge ,  ou  en  feüilles.  105 
Teinture  d’Antimoinc. 

Teinture  d  Argent.  7 

Teinture  de  Karabé.  8j 

Teinture  de  Mars. 

Teinture  de  Mars  aftringent.  13 

Teinture  de  Mars  avec  le  Tartre.  u 
Teinture  ou  Sirop  de  Mars  épaifli,  ou 
Teinture  épailTe  de  Mars.  ibidem 
T  erre  Ampelitç ,  ou  Pierre  noire.  87 
Terre  Areneufe.  ild 

Terre  àVigne,V .Terre  Ampelite.  87.116 
Terre  Cimolicnne.  il6 

Terre  de  Chio.  ibidem 

Terre  de  Cologne.  114 

Terre  Eretienne.  116 

Terre  Lemnos ,  au  Chapitre  de  la  Terre 
li  gelée.  11  z 

Terre  de  Mexique.  iiy 

Terre  d’Ombre.  114 

Terre  de  Perfe  ou  rouge  d’Inde.  ii/ 
Terre  morte  de  Vitriol ,  V.  Colcothar 
artificiel.  39 

Terre  famienne.  116 

Terre  fcluficnnc.  ibidem 


Terre  figclée.  iii 

Terre  verte  ou  de  Veronne.  114 

Terres  en  general.  iii 

Tôle  grande  &  petite.  9 

Topalcs.  99 

T ripoli ,  &  fes  differen  ces .  115 

T rochifques  de  Karab  é .  84 

Turbith  minerai,  V.  Précipité  jaune.  2,1 
Tutie  d’Alexandrie  ,  ou  spode  des 
Grecs.  33 

Tutie  d  Orléans.  34 

Tutie  préparée.  ibidem 

V 

VEnus,V.  Cuivre.  /.  iS 

Verd  calciné  ,  ou  diftillé.  3^ 
Verd  d’ Azur,  ou  Outremer.  loi 

Verd  de  Griscnllalifé.  31 

Verd  de  Gris  naturel.  30 

Verd  de  Hongrie,  V.  Verd  de  Monta- 
gne.  30. 3z 

V erd  de  Montagne ,  ou  de  Mer.  ibidem 
Verd  de  terre ,  ou  Cendre  verte.  loi 
Verdet ,  ou  Verd  de  Gris.  3a 

Vermeil.  .  100 

Vermillon.  17 

Vermillon  commun.  46 

Vernix,d’Erprit  de  vin, ou  de  Karabé.84 
Verre  d’ Antimoine.  3/ 

Vif-Argent,  ou  Argent-Vif.  13 

Vinaigre  de  Saturne.  49 

VinEmetique.  ^  ^7 

Vitriol  de  Chypre  de  la  Compagnie.  36 
Vitriol  de  Chyprc,ou  de  Wou^nedbidem 
Vitriol  de  Lune.  c 

Vitriol  de  Mars.  il 

Vitriol  de  Venus  ou  de  Cuivre.  31 
Vitriol  Romain.  33 

Vitriol  rubifié.  V.  Colcothar  artifi¬ 
ciel.  39 

Vray  Précipité  rouge.  xi 

VrayeEauPhageudenique.  ibidem 
Z 

ZAfre ,  ou  Safre.  <^3 

Zinc  naturel ,  ou  Minerai.  49 


Fm  de  la  Fable  de  la  troifiéme  Partie, 


APENDIX  01)  ADDITIONS, 

de  la  première  P artie  J  avec  plufieurs  Phrafes  oh  Mots  c^ui  doivent 
être  changez^, 

P  Age  6.  ligne  4.  après  Ammi,  lifez  Cumin  d’E  thiopie  ou  Ethiopique. 

A  la  meme  page  ligne  5.  au  lieu  de  dire  que  l’Ammi  a  les  fcü.llcs  comme  l’Aneth,  il  faut  lire  petite 
&  dentelée. 

Page  I  3.  ligne  2i.au  lieu  de  lire  qu’il  vient  de  l’Anis  de  Chinon  ,  il faUt  dire  qu’il  vient  defaint  Genou 
proche  de  Tours. 

Page  lé.àlafin  de  l’article  du  Bunias^on  remarquera  que  M.  Tornefort  condamne  ceux  qui  difent  ou 
qui  cmployeritla  Semence  de  Bryonne  pour  celle  de  Naveau  Sauvage. 

Page  17.  après  la  ligne  pénultième,  ajoutez  qu’il  eft  bon  de  remarquer  que  les  Choux  Sauvages  Je  France 
&  de  Flandre  qui  font  de  même  efpcce,  ptoduifent  toutefois  une  graine  differente  en  qualité  aulli- 
bien  qu’en  groll'eur,  celle  de  Flandres  cft  plus  grolfe  j  mais  l’Huile  de  Colfa  qui  en  provient,  eft  in- 
•  fcrieurc  en  bonté  à  celle  de  Champagne ,  de  Brie  ,  ou  de  N’ormandie. 
page.  I  8.  ligne, 7.  au  lieu  de  Caffè  cft  en  party  ,  liiez  Caffe  a  été  mis  en  party. 

Page  18.  ligne  8.  apres  le  mot  d'Europe,  ajoutez  que  le  Ris  vient  ordinairement  dans  l’eau  ,  &  quel¬ 
ques- uns  difent  que  qaoyque  l’eau  croifle,  fon  épi  eft  toujours  au  dclTus  de  l’eau. 

Et  à  la  dernière  ligne  de  la  même  page ,  au  lieu  de  Legumes ,  liiez  G  rains. 

page  22.  lifez  que  la  Flcurde  laLuzerne  eft  fcmblable  à  celle  du  Melilot  bu  des  Truffes ,  &r  non  à  cel¬ 
les  des  Mauves. 

page  24..  lifez  que  les  feuilles  du  Mahalep  approchent  de  celles  du  Ceriller,  &  u,ônde  celles  des  Orties. 
Page  26.  liiez  que  les  Fleurs  des  Myrtes  (ont  en  ïloles  &  non  en  Clochettes, 

A  la  même  page  il  faut  ajoûter  qu  à  l’égard  des  Myrtilles  tpc  nous  vendons,  ne  font  point  les  Bayes  des 
Myrtes,  aiiîfi  que  M;  Charas  me  l’a  aS'uré  :  mais  font  félon  M.  de  Tornefort,  les  Bayes  du  rUisIdea , 
décrit  dans  tous  les  Auteurs,  &  fort  commun  dans  nos  bois. 

Page  38.  ligne  19.  après  le  mot  de  Sophifticper,  ajoutez  qu’ils  vendnt. 

Page  3  9,  comme  la  Rofe  de  Jerico  ii’eft  d'aucun  ufage  dans  la  Médecine  ,  &  que  je  n’en  ay  îait  gravet 
la  Figure  que  pour  faire  connoître  quelle  cft  bien  differente  d’avec  C  Amormm  Race  mofum  A  l’égard  des 
vertus  que  l  on  luy  attribue  de  s’cpanoiiir  dans  l’eau  la  veille  de  Noël,  ou  quand  une  Femme  veut  ac¬ 
coucher,  je  n’en  diray  nen  pour  n’en  être  pas  certain. 

Page  ^6.  J’ay  jugé  à  propos  de  rapporter  icy  ce  que  M.  de  Tornefort  m’a  donné  touchant  l’ipeca- 
cuanha. 

De  Mpecacuanha. 

ON  apporte  trois  fortes  d’Ipccacuanha  d’Amérique  :  SçaVoir  ,  la  blonde  ,  la  noirâtre  &  la  blanche. 

La  blonde  vient  du  Pérou  ,  &  nous  la  recevons  de  Cadiz.  Les  Efpagnols  l’appellent  Bcxugillo  ^ 
que  nous  prononçons  Becouguille.  Ses  plus  groffes  racines  ont  environ  trois  lignes  d’épaifleur.  Elles  font 
tortues,  ridées  par  anneaux-,  blondes,  traverfées  dans  leur  longueur  d’une  cordc  ou  nerf  plus  pâie  ,  5c 
cette  corde  cft  revetu'é  d’une  écorce  épailfc  d’une  ligue,  caftante  lors  qu’elle  cft fechc  ,  amere  ,  refineufc, 
&  dans  laquelle  fe  trouve  la  plus  grande  vertu.  Les  racines  qu’on  vend  ordinairement  font  épaillcs  de- 

fi'iis  une  ligne  &  demie  à  deux  ,  &  ne  laillent  pas  que  d’être  tres-bonnes.  Elles  guéri  lient  les  plus  viell¬ 
es  d  ffenteries ,  &  ce. les  même  oit  le  Reüum  cft  ulcéré  par  le  (ejour  des  matières.  Elle  fait  ordinaire¬ 
ment  vornir.  J  ay  pourtant  guéri  des  perfonnes  qui  n’érant  pas  difpofécs  nature  lemenr  à  vomir  ,  ont 
rendu  bca -.coup  des  matières  par  les  felles  ,  apres  avoir  foufferc  des  grandes  naufées  ;  &  j’ay  toujours  re¬ 
marqué  que  ceux  qui  n’avoient  pas  des  naulccs  ne  guerifoient  pas.  Ce  qui  me  fait  croire  que  non-fculc- 
ment  l’eftomac  eft  debarrafte  des  matières  étrangères  qui  en  corrompoicnt  le  levain  j  mais  que  la  maiîc 
du  fang  fc  décharge  par  les  glandes  qui  tapiffent  cette  partie,  5c  tout  ce  qu’on  appelle  les  premières 
voyes  de  quantité  de  ferofitcz  qui  emportent  les  fcls  heterogencs  qui  produifoient  cette  maladie  }  de  fa¬ 
çon  que  tontes  ces  humeurs  fc  ptecipitans  dans  les  inceftins  des  perfonnes  qui  ne  fçauroient  vomir  naturel¬ 
lement  ,  elles  les  délivroient  decette  facheiifc  maladie. Et  l’on  peut  affurcr  que  nous  n’avons  pas  de  remède 
qui  agilîe  lï  promptement  &  fi  lii rement.  La  doze  ordinaire  cft  de  demi  gros  ou  un  gros  dans  du  vin  , 
dans  du  boiiillon  ,  ou  dans  quelque  autre  liqueur.  Si  la  première  doze  ne  guérit  point  ,  il  faut  en  donner 
une  fécondé  ,  ^  puis  une  troificmc  s’il  eft  iiccellaire.  Mais  il  eft  bon  de  donner  la  potion  fuivantcou  une 
fcmblable  quand  le  vomiffement  cft  pallé  ,  afin  de  rétablir  l’cftomac  ,  5c  fortifier  les  inteftins. 

Rccip'e.  Acjuar.  Scab.  &  Cari.  Bened.urtc.tres.Confai.de  Hyacinth.  drag.unam.  Sal.  Abfynth.  CC.  Prepar. 
'&  Corail.  Ruhr.  Prep.fcrup.unnm.  Syrup  Flor.  Tunic.  vel  de  Abfynth.  une.  uriam.  Il  eft  des  occahons  ou  je 
me  fuis  fort  bien  trouvé  du  S'rop  de  Pavot  blanc  ,  ou  du  Laudanum. 

La  racine  d’Ipecacuànha  noirâtre  ,  nous  eft  apportée  du  Brefil  par  la  Flotte  qui  vient  du  Rio  Janairo 
&  nous  la  recevons  de  Lisbonne  ,  ou  de  Porto  en  Portugal  .  5c  je  fu/s  pcifuadé  que  c’eft  cette 
cfpcce  dont  parle  Pilon,  Elle  cft  noirâtre  ,  plus  grclc  que  celle  de  la  b'onde  ,  plus  ridée  5c  comme 
dentée,  plus  amere  5c  beaucoup  plus  violente.  Il  eft  vrai  qu’ou  en  peut  modérer  la  dofe.  Mais  elle  ne 
guérit  pus  fi  fûrement  quo  la  blonde: 


Apendix. 

l-î  rncine  d’ipccacuanha  blanche,  n’eft  point  amcrc  ,  ny  ridée  par  anneaux  comme  celle  des  autres  cf- 
pcces.  Les  pljs  grolïcs  racines  ont  deux  ou  trois  lignes  d'cpailTenr ,  Sc  les  plus  menues  environ  une  ligne. 
Llies  purgent  allez  bien  ;  mais  je  n’ay  encore  guen  aucune  didcntene  q  ic  par  leur  ufage  Elle  vient  aulïï 
du  Brelîl.  Pilon  avoue  qu’elle  cil  beaucoup  plus  douce  que  la  preccdcmc  ,  &  que  c'eft  un  bon  alexi- 
tairc. 

•page  5  !.  Ajoutez  à  l’article  du  Jalap  que  fon  fruit  eft  fort  fcmblablc  aux  Mirtilles. 

Page  5  J ,  ligne  pénultième ,  après  ces  mots  Notre-Dame  ,  on  l’appelle  à  Pans  Racine  Vierge. 

Page  6  3 .  au  lieu  de  dire  que  l’itis  de  Florence  cil  femblable  à  l’Iris  Nofiras  ,  c’cll  une  grofle  erreur,  puis 
qu'ils  font  tout  à  fait  differents. 

Page  (j  B.  ligne  15.  au  lieu  de  lire  que  les  feuilles  de  la  Thimelèc  font  fcmblablcs  à  celles  de  l’Olivier,  il 
faut  dire  à  celles  du  Lin. 

Page  69.  ligne  io.  àp  es  dix  Teftons  ajoutez  la  livre. 

Page  90.  ligne  i  j.  il  faut  lire  que  l’on  fait  un  débit  très  coiifidcrablc  à  Lyon  de  RegliiTe  en  poudre  ,  i 
caufe  de  plufieurs  particuliers  qui  s’ en  fervent. 

Page  IOI•ap^è^  l’art. ie  l’hiiilc  du  Sucre,  on  doit  ajouter  que  nous  faifons  encore  commerce  de  toutes  forte» 
de  Cannes  ou  R of.aux ,  foit  de  ceux  qui  s’employent  par  les  Ouvriers  de  divers  Métiers,  où  dont  le 
Public  ic  fort  ibûs  le  nom  de  Cannes  communes ,  Bamboches  ,  &c.  que  les  Tbrneurs  ,  Tabl.-tiers  ,  & 
a  itres  Artifans  mettent  en  Oeuvre,  &  en  état  de  porter  à  la  main  en  les  cnrichiifant  par  les  bouts  d’ Ar¬ 
gent  ,d  Yvoire  ,  d’Agathe,  de  Criûal,-&c. 

Page  10^.  ligne  lè.  zpréi  le  mot  d’Afpalach,  on  y  ajoutera  ce  que  j’ay  rècouvert  depuis  l’imprcllioii  de 
l’article  de  ce  Bois  ce  qui  fuit. 

ASP  4LÂTHV M  funt  a*i>oris  Chirtcnps  minoris  Calembx.  affinis  Fragmenta  liirnofa ,  ftlida  ,  ex  fufeo  r«f- 
fefeentia  ftriis  tnierdnm  Albicantibus  notata ,  fohda ,  bitumimfa  ,  ligna  aloés  laxiorn  &  crajfiors  ,  minus  fo- 
üda  ,fitporis  amaricantis  ,  pinptis ,  rejinoji  ,  adoris  debilio  -is. 

Frittex  AfpaUthi  fpmnfus  efl  ,  in  tmntibus  nafeens  ,  nannullis  venenatus  habetur. 

Plures  apudveteres  Afpalathifpecii’sdrfcribuntur,e]u(t,  apud  nos  non  p'-o(lant,  &  vlx  cfgnofcuntur.  Vete- 
rum  Ugr.um  AfpaUthum  ufit  'pat um  fuit  in  unguentis  adora' is.  Cosjuebant  fciLitst  lignum  in  aléa  ,  rejtna 
exiraâa  fuit ,  &  hoc  oleufn^ufurpa  unt.  , 

Afpalaihum  colUgltu'  eadem  modo  ac  lignum  Aloës  fatentibus  chinenfibus  colUguntur  etiamfelum  mod»  fra^ 
gmenta  adaratiora  &  rejinofia.-a. 

P.igc  i4<î.  ligne  5.  au  lieu  de  Scyde  lifez  d’Alexandrie. 

Aia  même  page  ligncio.au  lieu  de  Scyde  au  Levant, lifez  d’Alexandrie  d’Egypte, 

A  la  meme  page  ligne  xi.  au  lieu  de  Scyde  liiez  d’AKxandiic.  Et  à  l’Apoilil ,  Senc  de  la  Paire  ou  d’Ale¬ 
xandrie. 

A  !a  meme  page  ligne  ix.&  i  3 .  au  lieu  de  payent  Tribut  ou  Douane  au  Grand  Seigneur,  lifez  &  des  Tcr- 
rci  du  Grand  Seigneur  iont  en  party. 

A  la  n  ême  page  ligne  jo.  au  lieu  d  Alexandrie  ,  lifez  de  Seyde. 

Et  1  là  dernier:  I  gné, au  lieu  de  q  l'clles  ibnt ,  liiez  qu’elle  cil; 

Page  149.  lïg  e  ij  .  &  27.  au  liru  les  Cheve  x  de  Venus ,  liiez  le  Politric. 

Page  17  I.  Ajoûccz  à  la  fin  de  l’article  de  la  Roquette  &  de  la  Cendre  de  Fciigcrc  ,  que  nous  Vendons 

de  pins  des  Cendres  en  Tonne  ,  qui  viennent  d’a  iprés  de  Moncargisdu  Pays  de  Morvan  ,  c’eft  poiir- 
quoy  clics  font  app  liées  Cendres  noires  ou  de  Moi  van. 

Leurs  choix  cil  d’étre  noires,  les  moins  remplies  de  briques  &c  les  plus  acre  fur  la  langue  ,  c’eft  à  dire  les 
plus  Talée  que  faire  fc  pourra.  On  prendra  garde  auiïî  qu’elles  n’ay.nt  tté  alpeigée  d’eau. 

Son  ufage  eft  pour  les  Blanch.lleuies  ,  qui  s'en  fervent  avec  la  So  idc. 

Outre  ces  Cendres  de  Tonne ,  il  y  a  encore  les  Gendres  de  DantZiC  3  mais  le  peu  que  nous  en  voyons  fait 
q.ic  cela  ne  mrrire  pas  la  peine  d’en  parler. 

Nous  vendons  de  plusle  Grocfiii  ,  qui  eft  du  verre  calTé.  ou  rogneures  de  verre,  que  nous  faifons  venir 
de  différends  endroits,  pour  jetter  à  la  fonte  pour  en  fa  re  d’autres. 

Page  19 1.  ligne  dcrnicre,  ajoutez  qu’il  fe  rencontre  au  Brçi'l  des  aib'cs  qui  portent  des  petits  fruits  de  la 

gtofleur  du  Poivre  de  la  jamaiq  ic  .  ce  qui  ne  provient  que  du  terroir  ou  de  la  nature  de  l’arbre.  Et 
comme  je  n’en  ay  jamais  vû  ,  j’ay  jugé  d  propos  de  rapporter  ce  qu’uu  amy  a  bien  voulu  me 
donner, 

Cariophy  Ui  Plinii  funt  arboris  Americana  caun’nghà  hemandis  bc.rca  roittndt  exfufco  nîgricantes  p'tperis 
tna^nltudine  ,  Ô"  forma  In  fimmo  umbelica'a  includentes  fub  tenui  noUcu-a  &  fubf^^nria  fungofa  binas  atinos 
nieras  par  vos  tenus  membrana  vejlitot  faporis  &  odoris  ad  Cariophyllos  accedentis  fed  debilions  alias  vocatur 
amomum. 

Cortex  hujus  arboris  in  ojfcinis  noflris  ,  vocatur  caffia  carjophyllata  très  funt  fpecies  hkjus  arboris  dijfe- 
runt  tantum  frufl'icum  ma/^nitudine  vires  eaf le/n  habent  eum  Cariephy/lis  nimis  e  jus  funt  faporis  &  odoris. 
Oleum  exCariepbyllts  defeendh  adfundnm  fupernatat  opt.  Satum  ex  his,  Putat  el  Herm.  Hos  fruflus  ejfe  ve- 
ritm  veterum  amomum  '&  in  oficinis  germanicis  amomum  voCatur. 

Page  204-  ligue  25.  après  le  mot  d’arbre  ,  il  faut  y  ajouter  que  du  Caffé  en  coque  ayant  été  femé  par 
un  particulier  dans  un  Village  à  fix  lieues  de  Pans  appcllé  les  Roches  en  Gatinois ,  a  poulîédes  feuilles 
toutes^  femblables  d  nos  peftccs  Fèves  blanches  d’Aricot,  mais  malhcureulcment  la  racine  ayant  été 
manges  par  des  Taupes  ,  a  etc  la  caufe  que  ce  partie  iher  n’a  pas  réuflî  dans  fou  defîcin. 

Page  240.1  gne  15.  après  le  mot  de  quancicé  lifez  cecte  Phrafe  Latine,  qui  eft:  ce  que  j’ay  pû  apprcn- 


Cutta 


Apendix. 

Gutu  Garnha  ejt  fubfiafitia  gummofa  &  reftnofa  ,  in'dnrau  &  flavefcens  celUEla  ex  eirbore  Chïnenjt  Indis 
eodelamputU  feu  cantopuli  feu  canna  GhorKa  diEia  in  acfua  folat  &  calore  ignis  i»  uniformem  majfam  re- 
daü:afiponsacris,&  naufeofi  odoris  nnllius.  Arbor  fert  porna  rnblcanda  ,fipore  acida  ,  ex  cortice  vnlnerato 
ftillantes  gHtta  excipinntur  vatis  excepta  •’jentrlcuUs  ovinm  alior.ej.animalium  includnntHr  fie  ejue  in  mam  majfam 
coaEla  ad  nos  ferinr,^ua  tamen  gummi  gênas  non  ..ColleElum  fuecùm  indi  folvunt  aejuà.folutHrn  filtrant  injpijfant 
atque  in  cylindriacam  alij  aliam  formarn  configurant,  optime  corrigitar  fucco  citri  illo  folutum  exficcatur. 

V  ires  eft  calid.  pargans  feram  &  pituitam  nnde  convenir  hydropicis.  Dofis  ejta  x.  ad  gr,  xv.  Pt.  ufarpari  in 
pulvere  fed  plerumque  emn  aliis  ut  pulvereGtalappa ,  &e.  daturCorrigitur  cum  aceto  vel  potius.xiij.&  fie  fit 
extraSam.  q.ài  x.  féliciter  dari  potej}. 

Page  141.  Qaoyquejc  dife  au  Chap  crede  la  Gomme  Turiquc,qucc’eftdc  la  Gomme  Arabique  tombée 
en  temps  de  pluye  ,un  de  mes  Amis  m’a  afl’uré  que  ce  n’en  étoit  pas  ^  Sc  que  c’écoic  une  autre  Gomme 
ronge  que  l’on  nous  apportoit  d’Egypte. 

Page  14?.  ligne  3  i .  au  lieu  de  (c«au  liiez  fault. 

Page  145  ligne  ii.aprés  le  mot  de  Matlic  ,  ajoutez  il  en  vient  auiïî  quantité  de  la  Satalie  dans  le  Levant. 
Page  245- ligne  24.  lifez  tpc  les  Cappes  aplaties  Si  falées ,  font  de  la  grandeur  d’un  denier  ,  &  viçDncfit 
d’Alexandrie. 

Page  262.  ligne  4.  au  lieu  de  lire  que  la  Gomme  Elcmy  en  Rofeaux  que  nous  vendons  vient  d’Ethiopie 

tou  de  l’Arabie  heureufe  ,  on  doit  lire  qu’elle  cft  apportée  des  Indes  d’Efpagne. 

Page  91  ligne  2.  &  }■  lifez  que  le  Gingingêc  la  racine  de  IV/T»  font  la  même  chofe. 

Page  4  J.  ligne  19.  aulicudumot  Hollandoislifez  Chinois. 

Page  26  I.  xxix.  apres  lemn  de  point  qui  cft  à  la  dernière  ligne  ,  ajoutez  que  dans  les  Galles  il  fe  roncon- 
tre  allez  fou  vent  du  Badgcr.dge,  que  l’on  rebute  faute  de  connoi  (lance. 

Page  1153.  xxx).  Iigne46.  après  les  mots  qui  font  être  à  ce  que  i’on  m’aalîucles  Veffies  d’Ormes  fechc^, 
lifez  à  leurs  places  que  les  Oreilles  de  Judas  font  une  excroilîance  l'pongieufc  ,  legcrc-,  coriace  Sc  mem- 
braneufe  ,  de  la  figure  de  l’Oreille  d’où  eft  venu  leur  nom ,  d’une  couleur  changeante  ,  c  cft  à  dite  d’un 
rouge  velouté  ,  noirâtre,  qui-fe  trouve  fur  le  tronc  des  vieux  Sureau  avant  que  les  fcuïllcs  commencent  à. 
paroître,  &  comme  il  y  a  peu  de  perfonnes  qui  fçachcntcc  que  c’eft  ,  j’ay  jugé  à  propos  de  rapporter 
icy  cette  P hrafe  Latine.  ^ 

xiiiricula  fnda  eft  excrefeentia  in  imo  tronco  famhucl  fpongiofa  ,  lavis  iterîacea  &  membranea  infiar  AuricHla 
fhbtus-  Et  ctnerea  fuperna  parte  nigricans  faporis  humidi  &  odoris  nullius.  Focatur  Aurichla  quia 
figuram  habet  aufis.  Nafeitur  in  vetuJUorihus  fambucis  anfequam  folia  fua  emittant  fapor.  dénotât, 
frigiditatem  &  adjlringentiam.  Ftantur  Chirurgio  in  infiammatiombtis  faucium  &  côtàmella  optima.in  in- 
flarrmsationibus  adhibttur.  Raro  interne  ufarpatur  fed  non  nUlli  ad  hue  vi\n  fanguinem  fifitndi  &  incrajfàndi\, 
hitbere  autamant.  ^  •  • 

Page  295.  ligne,  5.  Ajoutez  que  le  véritable  eft  par  petites  larmes  conime  le  maftic  j  mais  d’une 

couleur  beaucoup  plus  Ibmbre  ,,  au  lieu  de  noirs  liiez  blancs. 

A  la  même  page  ligne  1 2.  après  le  mot  danger ,  lifez  :  Opium  eflr  fubflantia  partir/»  refinofa  ,  partim  gum- 
rnoft,  nigricans ,  dum  recens,  mollecula,  dim  inverata  diurufculà  ,coüeEia  ex  incifis  capitibus  papaverum  fenùnt- 
albo  &  in  majfam  eduüo  ,  fapor.  fub-acr.  amaric.  odor.  çnrav.moleJH  &  narcotici.  ■  - 

.Liquor  extilUns  ex  capitibus  incijis  ejt albtcans  ,  ex  ficcaiùs  autem  fit  nigricans.  l)ua  funtffecies  Theiaicttrit 
&  Indicum.  Sed  amba  funt  produEla  papaver.  fem.  alb.  &  diferunt  tantum  loc»  natali. 

In  Benlala  India  infula  crefeit  quod  indi  Thebaico  etiam  praferunt  noftrates  Thtbaicum  Indico  pluris  faciunt. 
Page  298.  ligne  iz.  apres  U  mot  Alocs,  ajouté  qui  ne  different  que 

-^ddiüoh  dé  la  féconde  Partie. 

PAge  s.ligne  2  2.  au  lieu  d’exterieur,  lifez  étoi't; 

A  la  même  page  ligne  3  j,  au  lieu  de  fifftin  ,  liiez  deftin. 

A  la  même  pagedignc  4  J.  lifez  çes  mots  ,  ou  Pagodes  dans  une  Paranthefé; 

Page  14.  ligne  9.  au  lieu  d’Occidental,  lifez  Oriental. 

Page  1 9.  ligne  1 7.  ôtez  le  premier  mot  de  qui. .  ;  >  ,  '•{ 

Page  22.  à  la  derniere  ligne  ,  ôtez  le  mot  de  gros. 

Page  2}.  ligne 22.  ôtez  les  mots  de  Jean  Lifez ,  cette  defetiption  fuivante  qui  m’a  été  écrire  StoliColni 
en  Suède. 

De  la  manière  que  l'on  châjje  0*  tue  les  Elans. 

•  -‘r? 

L’Elan  eft  un  Animal  d’environ  huit  à  neuf  pieds  de  haut ,  qui  a  la  tête  &  les  oreilles  fcpiblables 

âne,  le  corps  &  les  jambes  d’.un  Gerf ,  les  cornes  de  la  manière  que  je  les  ay  fait 'graver  ,  mais'plus 
lafges.  Lorfque  l’on  le  veut  prendre  ,  les  Lituaniens  fe  mettem  quatre  cnfemblc  ,  Sc  s’en  vont  dans  un 
bois  armé  d’un  bon  fabre ,  d’une  arquebufe  i  roiiet ,  Sc  d'uhe  bayonnette  ,  &  d’une  grolfe  cordc  ,  &  de 
chacun  une  échelle  de  trois  pieds  .pour  monter  chacun  fur, un  arbre,  aptes  en  avoir  ôte  la  'neige,  ft 
bien  qu’il  fe  tiennent  en  embufeade  fans  faire  aûcün  bruit,  Sc  lorfqu’il  commencent  à  jppercevoir  *les 
Elans  venir  toujours  d’un  nombre  impair  ,  c’eft  à  dire’?.  7.  9.  n,  13.  15.  17.  19.  julqu'à  21.  Sc  ces 
Animaux  ne  font  pas  û-t»t  forci  de  leurs  tanières ,  qu’aufTi-tôt  ils  toralbcnt  du  haut  mal.  Dans  ce  irio 

Oo 


Apendix. 

‘ment  CCS  quatre  perlbmies  qui  font  en  embufeade,  luy  lancent  chacun  un  coup  d’arquebufe ,  non  pas 
dans  le  corps ,  mais  dans  les  Bancs  ,  ou  dans  les  parties  les  plus  tendres  ,  &  fonc  toû)ours  cnfbrte  de  leurs 
calfcr  quelques  membres  ,  Sc  dcfccndent  &  attachent  les  quatre  membres  de  cet  animal  avec 
leurs  cordes ,  Sc  enfuite  pendant  que  l'Animal  le  débat,  ils  tachent  à  luy  couper  le  pied  gauche  de  der¬ 
rière  ,  qui  cft  rempli  d  une  moullc  verte  qui  s’y  eft  engendrée  pendant  que  cet  animal  fe  débatoit*  Apres 
que  le  pied  eft  co  jpc  .  ils  le  laifl’c  là  ,  &vont  quérir  des  paylans  avec  une  charrette  3c  des  bœufs  pour 
emmener  la  bête  ,  que  le  plus  fouvent  ils  trouvant  encore  envie  j  s’il  n’cft  pas  mort  ils  luy  callcntla  tet# 
avec  des  haches ,  8c  après  l’écorchent  &  en  font  de  bons  patez  ,  Sc  vivent  de  la  chair  de  cet  animal, 
qui  eft  un  tresbon  mangé.  Ce  qu’il  y  a  à  prendre  garde  ,  c’eft  que  les  autres  Elans  ne  viennent  pendant 
que  l’on  tue  ces  animaux,  car  il  y  auroit  tout  à  craindre  ,  c’eft  ^pourquoy  ils  tirent  de  temps  en  temps , 
font  du  bruit,  ou  remontent  fur  les  arbres  »  &  ont  toujours  leurs  armes  prêtes.  Il  eft  à  remarquer  que  ft 
on  donne  le  temps  à  ces  animaux  qui  tombent  du  haut  mai,  de  mettre  leurs  pieds  dans  leurs  bouche  & 
CHluice  dans  leurs  oreilles ,  ils  fe  relèvent  auflî-tôt  &  font  desbonts  Sc  font  fi  furieux  ,  qu’ils  tucroieiu  tout 
ce  qu’ils  pourtoienc  rencontrer. 

L'Elan  eft  garny  de  poil  fur  le  dos  d’im  très  beau  gris  de  fouti». 

Les  Elans  de  Canada  fonc  bâtards ,  ôc  font  beaucoup  plus  petits  que  ceux  de  la  Lithuanie  ,  meme  de  la 
Suède. 

P.ige  13. ligne  Z^.otez  Icmotdc  tant. 

Page  25.  l.gnc  22.  après  le  mot  d’Elcphant ,  ajoûtez  ou  morphil. 

P.rge  55 .  ligne  20.  après  le  mot  mdlleur -,  il  faut  lire  on  prendra  garde  aulfi  que  ce  ne  foît  de  la  cire 
broyée  ,  c  eft  à  dire  de  la  vieille  cire  blanche  refondue  8c  préparée,  8c  remuée  avec  une  grande  Ipatule  , 
puis  refondue  dans  de  l’eau,  &  enfuite  mife  en  pain,  mais  elle  fera  facile  à  connoître  ,  parce  que 
cette  cire  broyée  n’eft  jamais  d’un  blanc  clair,  mais  d’un  blanc  mat  ;  Sc  lotlqu’cllc  eft  fondue  &  Ouvra- 
gee,  elle  devient  aulli-tôt  jaune  comme  de  l’urine.  Ce  qui  n’arrive  pas  à  la  cire  blanche  qui  eft 
d’an  Manc  clair.  Voilà  Iclujet  pour  lequel  on  voit  des  Marchands  qui  établüTcnt  des  cires  à  meilleur 
comte  les  uns  qae  les  autres, 
ï^age  yé.  ligne  17.  au  lieu  de  par  lifez  chez. 

Page  60.  ligne  i  o.  apres  le  mot  de  poudre  alinea  ,  qu’outre  les  trois  fortes  d’ambres  dont  j’ay  traité ,  qui 
font  le  blanc  ,  le  gris  Se  le  noir  ,  il  y  en  a  un  quatrième  qui  eft  ordinairement  en  petites  boules  ron¬ 
des  ,  que  nous  appelions  ambre  de  Bayonne  j  mais  comme  il  eft  fiijet  à  être  contrefait ,  c’eft  ce  qui  fait 
qu’il  le  faut  couper  en  deux,  pour  voit  fi  le  dedans  eft  parfait ,  8c  s’il  approche  des  qualicez  de  l’am¬ 
bre  gris  ,  dont  j’ay  parlé  cy-devant. 

Page  é  i.lignç  3,  au  lieu  decrïce  que  des,  lifez  puifquc  aulli-tôc. 
ï^age  5.  ligne  1  9.  au  lieu  de  murublc  lifci  maruble. 

A^U  mêgic  page  Ijgniç  24.  art  Uçu  de  calcifte  lifez  calcite. 

Page  (Î5.  ligne  ji.au  lieu  de  d.atefTcron  lifez  diacefiaron. 

Pagc,(>j>;  ligne  fi.  aulieti  de  nulfi?  ,  lifez  macis. 

Caigç .^7 .  ligne  4, 8.  au  lieu  dcfçorfonairc.lifc*  de  fcorfoiinairc. 

A  la  meme  page  ligne  z  o.au  lieu  de  bitume  lifez  billortc. 

^age  ligne  4.  après  le  moc<  ttaicenc  ,il  faut  lire  ce  qu’un  de  mes  amis  m’a  dit  de  la  Baleine  comme 
témoin  oculaire. 

L’aa  1^7  r.  au  mois  de  Novembre,  il  échoua  à  Londres  fur  les  quatre  à  cinq  heures  du  foie  une 
jeune  Baleine  de  quatre  ans  ou  environ  ,  qui  avoir  monté  la  Tamife  avec  le  reflus  jufqu’auprés 
du  pont  ,&  quand  lereflis  s’en  retourna  elle  fut  engravée,  &  defeendit  du  côté  de  Grcwitche,  ou 
avant  de  mourir ,  faute  d’eau  ,  elle  fit  deux  ou  trois  cris  comme  boiiglcincns  de  bœufs  :  elle  avoit  cifi- 
qiante-cinq  pieds  de  R,oy  do  longueur ,  la  vulve  d’environ  cinq  d  fix  pouces,  8c  tous  joignans  du  côté 
de  la  tête  ,  à  deux  ou  crois  travers  de  doigt  deux  mammciles  comme  celle  d’une  femme  nourrice.  Je  me 
fuis  vil  avec  une  lanterne  moy  vingt  cinquième  fur  la  langue  ,  où  un  de  la  compagnie  tira  un  coup  de  pifto- 
Ict ,  qui  fit  bruit  comme  fi  fçûc  été  dans  une  chambre  bien  -fermée.  La  peau  étoit  approchante  de  celle 
de  l’Ëlephant.  On  pouvoic  marcher  trente  pat  fur  fon  dos  ,cn  longueur.  On  difoitâ  Londres  qu’ily  avoit 
quatre  vingt  ans  qu’il  en  étoit  autant  arrivé. 

Page  74.  ligne  3  j.  au  lieu  de  Phenifter  ,  lifez  Phinifter. 

Page  5J(>.  ligne  derniert,  ôté  le  mot  en  détail. 

au  lieu  de  viande  lifez  chair. 

Addittorjs  de  la  Troifiéme  Partie. 

EAge  2.  ligne  19.  êtez  le  mot  ors. 

Pâge  ^5.  Hgnejé.  au  heu  de  dur  lifez  doux. 

A.la  fin  de  U  page  9<  ajoutez  que  nous  faifons  on  gros  commerce  non- feulement  du  Fer  <  acier  ,  autres 
métaux  ,,en  fuhftancc  8c  non  ouvré  j  mais  encore  de  toutes  fortes  de  Fer  Sc  Acier  ouvré  ou  ouvragé  ,  Sc 
autres  chofes  qui.dcpendent  de  la  profeflion  de  deux  que  l’on  appelle  à  Paris  Marchands  Ferronniers  j  car 
ijeft  bon  de  remarquer  que  ces  forces  de  Marchands  ne  fonc  point  de  Corps  ou  Commuiuiitez  particulieres> 
les  uns  avec  les  autres,  nuis  qu’ils  font  tous  Marchands  Efpicicrs  ou  Marchands  Merciers,  parce  que 
Gc  commercej  cft  commun  aux  Efpiciers  Sc  aux  Merciers 
Page  1.4.  ligne  i8  après  le  mot  d’Efpagnc  ,  il  faut  lire  qu’il  fe  trouve  aufli  dans  Icspainitresdc  Friott 


Apendix. 

tpp.ittcnant  aux  Vénitiens  ,  prefquc  tout  le  Mercure  ou  le  vif-argent  que  nous  tirons  de  Marfcille. 

Un  de  mes  amis  qui  a  vu  les  lieux  dont  on  tire  le  Mercure  ,  m’a  ailuré  qu'ils  éioicnt  li  profonds  , 
qu’il  lalloit  plus  de  cinq  heures  pour  y  defeendre. 

A  la  meme  page  ligne  52.  au  lieu  de  carantau  prés  un  lieu  appelle  le  FolTc  ronge  ,  lifez  Carantan  dans 
la  ParoilFe  delà  Chapelle  en  Jugé,  dans  la  Seigneurie  du  Mclhil-do. 

Page  i<S.  ligne  37.  après  le  mot  expenmente,  lifez  il  cft  à  remarquer  que  la  mine  de  Cinabre  qui  s’eft 
trouvée  dans  la  ParoilFe  de  la  Chapelle  en  Jugé  ,  cft  dans  une  Terre  non  folide  ,  8c  pour  y  travailler  il 
faut  tout  déternorer  fans  pouvoir  carroyer.  Elle  cft  pleines  de  venules  d’eau,  fans  aucunes  grofles  veines. 
Elle  cft  premièrement  teinte  d’un  ocre  rouge  qui  s’attache  fortement  aux  mains  quand  on  la  manie  ,  cn- 
fuite  il  y  a  par  libages  des  Terres  toutes  differentes  ,  cOtr’autres  beaucoup  d’Ocrc  jaune  qui  aproche  des 
Marcaciccs  ,  qui  font  couvertes  d’une  matière  blanche  appclléc  favon  de  mine  qui  n’adhcïcnt  point  aux 
doigts  ;  env  ron  à  quarante  pieds  de  profondeur,  on  trouve  un  Lapis  bleu  fort  dur  8c  i  deux  à  trois  pieds 
plus  bas ,  on  trouve  du  Cinabre  en  pierre  ,  qüi  cft  dans  fon  commencement  un  peu  brun  ,  Sc  par  libage 
dont  le  banc  peut  avoir  vingt  cinq  à  trente  pied  de  longueur, fut  quatre  à  cinq  de  grolTcur  j  &  au  mi¬ 
lieu  de  tout  il  fc  trouve  du  Vermillon  en  poudre  d’iin  éclat  très  brillant. 

Page  17.  ligne  ao.  après  le  mot  voyons  que  l’on  remarquera  qu’il  eft  extrêmement  défendu  en  Hol¬ 
lande  de  faire  du  Cinabre  en  pierre  dans  les  Villes  ,  mais  feulement  dans  les  Villages  j  à  caufè  du  rif- 
que  du  feu  ,  Sc  de  la  puanteur  du  fouffre, 

A  la  même  page  17.  apres  la  puanteur  du  Soufre  à  l’article  du  Cinabre,  ajoutez  les  Payfans  d’Hollan¬ 
de,  ou  autres  qui  font  le  Cinabre,  mettent  ordinairement  fur  500.  livres  de  mercure  loo.  livies  de  fouf- 
fre,  &  comme  il  n’en  mettent  à  chaque  fois  qu  environ  15.  livres,  ils  ont  un  certain  bâton  qui  ferr  i 
boucher  le  trou  qui  cft  au  haut  du  vaifleau  ,  neanmoins  qui  peut  aller  ju (qu’au  fond  du  vaifîcau  }  enfortc 
qu’i  incfurc  que  ces  vii’gt-cinq  livres  fc  fublimcnt ,  il  fc  fait  une  peau  qu’il  çrevent  à  chaque  fois  avec, ce 
bâton',  afin  de  pouvoir  jetter  d’autre  matière  dedans  ,  ,&  de  voir  quand  il  eft  plein. 

Tout  le  fecret  de  faire  du  cinabre  en  pierre  ,  ne  confîftc  que  dans  la  compofition  de  la  terre  de  quoy  on 
fait  les  pots  pour  faire  le  Cinabre  ;  car  lî  par  malheur  le  vailîeau  yenoit  à  caller,  dans  la  quantité  qu’ils 
en  font ,  cela  leur  cauferoit  une  groffe  perte ,  &  même  en  rJfque  de  tout  perdre. 

A  la  même  page  ligne  3  8.  après  le  mot  d’eau  de  vie  ,  ajoûtez  ou  avec  de  l’eau  commune  ,  ou  avec  de 
l’eau  de  la  irer. 

Page  12.  ajouté  ce  qui  fuit. 

Terra  J:tponlcavel  Catechu  tfi fubftamîa ^Mrnmofa,  cÿ*  rejinofa  indurata,  ex  rufft  tiigrefcerrtis  «bfeuri  Ô‘''ebfoleti 
coloris  exprejft  ey.  fntSlib.  jireca  &  corticib.  immaturis  arbaris  Jpirrafk  Indicé  Cattehn  &  calore  ignis  im 

majfam  redabltt ,  faporis  primo  adfiringentis.  &  aitfieri,  pojtraodiim  dulcis  &  grati  ^  odoris  vel  rntllius  vel  </r- 
hilis. 

(dj'Oitd  vires,  eft  temperatA ,  nam  fApar  duleis  dubius  ménet ,  aufisrus  vero  cita  evanefeit ,  Amarities  aneji  ^hIa 
exfrittlib.  immatHris  cortficttur  .Convenit  in  affetiib.  pulmonum  y  tufft  &  rançedine  vocis  ,  ut  &  catarrhis 
CApitis  exficcAndis  in  eum(j.  finem  conficiuntur  piluU^  e  terra  hAc  in  aq.folut.  additis  fucco  Glycyrrhiz.  Ambra  & 
mofeho  ,  cjua  ore  dum  Uyuefcant  detinentur. 

Compojîtio  terra  JaponicAfecfHens  efl.Indi  fruSlus  oireK.diBos  cotjHunt,  coSlum  infpijfAnt  ad  mtllis  confrflemiam 
decoHo  ex  frnülbus  nigro.  adgratam  conciliandam  ruhtdinemfumunt  calcem  vivant  ilUm  cot^Hunt  decoHum  priori 
commifeent.  Tum  cortices  acafianigrA  deco^uunt  acitidemprioridecetlo  affundunt  tandem  Glycyrrhizam  déco- 
qmnt  &  priorlbus  admifcent ,  &  in  majfam  infpijfant ,  ac  fmm  ditlum  catechu  parant. 

Celle  relation  du  Cachou  me  paroiffanc  encore  forte  obfcure,  j’ay  été  bien  aife  de^faire  part  au  Pu¬ 
blic  d’une autredefeription  que  Monfieur  Boudelot  Confeiller  du  Roy  &  fon  Médecin  ordinaire,  a  cti  là 
bon'é  de  me  donner- 

Catechu  eft  fuceus  compofîtus  ut  Ji^pania  ad  nos  delatus  ne  plurimum  globafue  compatlue  ruffus  ex  fucco  ar¬ 
boras  cujufdam  cum  mifcella  pulverurn  ejnorumdam  vegetahilinm  briundus  (ÿ*  in  medieiha  multi  magni  que  ufuf. 
C’eft  la  définition  que  donne  du  Cachou  Hagendorn.  qui  en  a  fait  un  traité  exprès  intitulé  ,  TraÛatH» 
Phyfico  Medicus  de  Catechu  five  terra  Japonica  in  vulgus  fcditlajena  8'.  i6y9. 

il  pànche  allés  du  côté  de  ceux  qui  croyent  que  le  Cachou  n’eft  pas  une  fimplc  terre  minérale ,  mais 
iincompofé  dcfiic  d’Areca  d’extrait  de  (leglifle  ic  àtCalamtes  Afomatietts  y  Quclqu’uns  y  ajoutent  encofc 
la  graine  de  Bangue,  dont  parle  Clufius  Hiftor.  Arom.  cap.  54. 

Ci^mme  il  y  a^deux  fortes  d’Areca,  la  première  rougeâtre  mêlée  de  petites  veines  ,  tirirtcs  fur  le  blanc 
l’autre  plus  noirâtre  qui  teint  le  gofrer  d’un  rouge  brun  8c  qui  tny  vre  :  il  fait  auili  deux  cfpeccs  dç  Cal. 
ihou.la  première  &  la  plus  commune  cft  rougeâtre,  tirante  fur  le  noir,  avec  des  petites  rayes  blanchâtres 
plus  compare  &  plus  pefente  que  l’autre ,  qui  cft  moins  noire  ,  plus  poreufe  &  plus  paie,  à  moins  qup 
cette  difterence  ne  vienne  de  ce  qu’il  y  a  plus  ou  moins  de  ftic  d’Areca  dans  l’ijnc  que  dans  l’autre ,  8c 
que  la  plus  récente  foit  la  plus  noire  &  la  plus  pefinte ,  &  l’AutHcur  cft  de  ce  dernier  féntiment. 

Quoy  qu’il  en  Toit  >  il  cft  certain  que  le  Cachou  peut  être  d’une  grande  utilité  dans  la  Médecine  ^ 
c’eft  une  drogue  que  l’on  ne  cbunoifFoit  point  en  Europe  devant  Garcias  du  Jardin.,  qui  eft  le  premier 
<qui  en  ait  écrit. 

C’eft  avecjuftc  raifoii  que  Monfieur  Bourdclot  dit  que  le  Cachou  peur  êitc  d’urtff  grande  utilité  dans 
la  Médecine,  puisqu’il  cft  certain  que  nous  n’avons  point  de  dioguçs  qui  a,it  de  meilleur  qualité,  nonobftanç 
cela  ,  la  moins  connue  &:  la  moins  en  ufage  peut  être  q'ue-c’cll  à  caufe  du  mauvais  goût  quM  a  d’abord 
que  l’on  le  met  dans  la  bouche  ou  de  la  defteéiuofitc  de  la  plufpart  de  celuy  qui  fc  deb  re  ,  â  quoy  vlTera 


Apendix. 

facile'ie  retnedfcr  par  le  choix  que  l’on  en  doit  faire,  ainfi  que  je  l’ay  tnaïqiié  à  la  page  Hi‘.  de  la 
Troifiéme  Partie,  où  le  Lcdeiir  pourra  avoir  recours. 

Page  i8.  ligne  1 1-  après  le  mot  de  nouriicnre  ajoiité  ,  dans  un  canton  du  Royamme  de  Narfingue, 
die  Thangalor,  on  charge  une  grande  quantité  de  Navires  de  Riz  noir  pour  vendre  à  Malabar;  Ce  Riz 
eft  meilleur  &  plis  le  n  que  le  blanc  ,  lelon  le  raporc  d’Edouard  Barbofa  ,  dans  louvoyage  des  Indes, 
où  il  dit  qu’il  y  a  quatre  eipeces  de  Riz  blanc,  la  première  le  nomme  Giracalli,  qui  eft  la  meilleure,  la 
l'cconde  Eambucal  ,  la  croiriémc  Canacar ,  &  la  quatrième  Pacharil  :  Ces  quatre  l'ortesdc  Riz  font  difîe- 
rens  de  prix  Sc  de  bonté. 

On  fait  du  vin  de  Riz,  clair  comme  de  l’eau  ,  d’un  fort  bon  goût  Sc  qui  enyvrc  ,  ils  le  nomment 
Arach.  Voyage  de  P.gafcita. 

Le  Riz  eft  meilleur  à  Maça^ar qu’en  aucun  endroit  des  Indes  ,  il  y  en  a  de  blanc  &  de  noir ,  ce  dernier 
a  un  g  dit  de  noilette  rort  agréable  ,  que  l’autre  n’a  point  ;  il  crt  même  beaucoup  plus  léger,  plus  délicat 
&  plus  tendre,:  mais  la  bonté  de  l’un  Sc  de  l’autre  do  t  être  moins  attribuée  à  celle  du  terroir  qu’au  tra¬ 
vail  de  ceux  qui  les  cultivent  j  car  comme  le  Riz  ne  profite  point  fi  la  racine  h’cft  toujours  bien  hiimeftée, 
les  Rivières  du  Maçaçar  ne  fc  débordant  pas  dans  les  campagnes,  comme  celles  de  la  plus  grande  partie 
des  Indes  ,  ils  font  obi  gés  de  faire  d’elpace  en  elpace  des  foliés  pour  y  recevoir  &  conferver  les  eaux  de 
pluyes  dont  ils  les  arrofent  avec  une  peine  incroyable  une  fois  ou  deux  le  jour  pendant  le  feichcreffe  , 
de  là  vient  que  leur  Riz  ne  prenant  d’eau  que  ce  q  l’il  luy  en  faut  pour  entretenir  la  fraicheur  de  fa  racine 
il  eft  bien  plus  nourrilfant  que  celny  de  Siam  qui  en  a  trop:  Audi  voyons  nous  que  les  Macacarois  font 
ordinairement  plus  forts  &  plus  robuftes  que  ceux  de  Siam.  Defcriptioii  du  Royaume  de  Macacar,  page3o- 

Du  Kinquina  Fe?nclle. 

MÔnfieur  Bourdelot  m’a  fait  prefent  d’un  Kinquina  d’une  figure  de  Canclc  ,  ma'S  d’une  couleur  plus 
pâle ,  d’un  goût  dans  le  commencement  infipide  ;  mais  au  bout  d’un  petit  moment  il  donne  une 
amertume  allez  dcfagrcab'ie.  Ce  Kinquina  nous  a  etc  apporté  du  Pérou  en  1670.  par  Monfieur  Legras. 
Les  Indiens  en  ufent  infufé  dans  l’eau  froide  du  poids  de  deux  gros.  Et  pour  mon  particulier  je  croy 
que  c’eft  ce  que  les  Indiens  appellent  Falfa-KafKarina. 

Du  Ronas. 

Le  Ronas  eft  une  racine  qui  court  en  terre  comme  la  RcglilT'e  &  qui  n’cft  guerre  plus  grode  :  elle  ne 
c.ro  t  que  proche  Aftabac  Ville  de  Perfe  ,  elle  fert  à  teindre  en  rouge  ,  &  c’eft  ce  qui  donne  cette 
coiihnr  à  coûtes  les  toil  es  qui  viennent  du  Mogol  j  cette  racine  donne  une  forte  &  prompte  teinture  , 
une  Barque  d’indiens  qui  en  étoic  chargée  ayant  été  brftée  à  la  Rade  d’Ormus  ,  la  Mer  le  long  du 
rivage  parut  toute  rouge  durant  quelques  jours. 

.  ,  Ftn  de  Âpendix  ou  Additions. 

Affrohtion  de  Monfieur  Bourdelot  ,  Confeiller  du  Roy  ,  fin 
Médecin  Ordinaire. 

LE- peu  d’ Auteurs  qui  ont  écrit  jufqu’aprerent  des  Drogues  &  Epiceries,  l’avoient  fait 
, d’une  maniéré  li  imparfaite ,  qu’on  peut  dire  avec  raifon  qu’il  manquoit  en  Médecine 
un  bon  Traite  fur  cette  Matière ,  dont  la  connoilEtncc  ell  très -importante  pour  la  guerifon 
t^s  Maladies ,  Scia  confervaejou  de  la  lancé: Mon lîcur  Pomec  vicnr  de  lupplécr  à  ce  défaut 
par  fou  Histç!Ir.ç  Gener.aee  des  Drogues  j  C’ell  un  projet  immcnlc,dont  l’execution 
demandoic  tant  de  temps ,  de  foins ,  de  dépcnlc  de  de  dilccruemcnc  ,  qu’il  fcmblc  moins 
l’cnireprife  d'un'fimple  partkulicr ,  que  de  ces  faineufes  Socictez  ,  honorées  de  la  protection 
’-Sc -de  la  libéralité  des  plus  grands  Princes  de  l’Fairope,  pour  donner  au  Public  un  Corps 
\;ntier  d’Hifto-ire  naturelle  dont  le  Livre  de  Monfieur  Pomet  fera  toujours  un  morceau  très 
confalcrablc.  Jait  à, Paris  le  15. Décembre  165^3,  BOURDELOT. 

'■  A  rtmarejuir  que  t  Approbation  de  Monfieur  Bourdelot  devrait  être  mife  immédiatement  après  celle  de 


extrait  DV  ERIVILEG E  DV  ROT. 

LOUIS  PAR  LA  GRACE  DE  DIEU  ROY  DE  FRANCE  ET  DE  NAVARRE: 

A  nos  amcz  &  féaux  Confeillcn  les  Gens  tenans  nos  Cours  de  Parlement ,  Maîtres  des  Rk.qucccs 
ordinaires  de  nôtre  Hôtel ,  Grand  Confeil ,  Baillif,  Sénéchaux,  Prevofts,  leurs  Lieutenans ,  & 

1  tons  autres  nos  jufticiers  &  Officiers  qu’il  appartiendra ,  Salut.  Nôtre  bien  amé  Pierre  Potnet 
Marchand  Epicier  de  nôtre  bonne  Ville  de  Paris  ,  nous  a  fait  remontrer  qu’il  avoir  compofé  un  Livre 
üifioire generale  des  Drogua  d’ épiceries  concernant  les  marchandifes ,  où  il  tft  traite  des  Graines, 
Racines,  Bulbes,  Oignons  ,  Rofeaux,  Bois,  Ecorces,  Feuilles,  Fleurs  ,  Fruits,  Gommes,  Sucs, 
Animaux,  Simples,  Marins  ,  Bitumes,  folTilles,  Pierres  precicules.  Terres,  Ôc  de  quantité  de  Dro¬ 
gues  qui  fc  fabriquent  tant  en  France  qu’aux  Paî's  Etrangers  ,  avec  leurs  figures,  connoilîances.  Pais  où. 
ils  croiflent ,  leurs  différends  noms,  leurs  ufages,  la  maniéré  de  connoître  les  vcrirablts  d’avec  les  falcifices, 
le  tout  très-utile  au  public  ,  fur  tout  aux  Marchands  ,  lequel  Livre  il  dcfifcroit  faire  imprimer  ;  A  Ces 
Causes  ,  voulant  favorablement  traiter  l’Expofant,  Nous  luy  avons  permis  &  accordé  ,  permettons  ôc 
accordons  par  ces  Pr-ilcntes  ,  de  faire  imprimer  par  tel  Libraire  ou  Imprimeur  qu’il  voudra  choifir  ,  ledit 
Livre,  en  tel  marge  &  caraftetc  ,  &  autant  de  fois  que  bon  luy  fcmblcra  ,  le  vendre  &  débiter  en  tous 
les  lieux  de  nôtre  Royaume  durant  le  temps  de  douze  années  confecutives  ,  Ji  compter  du  jour  qu’il  fera 
achevé  d’imprimer  pour  la  première  fois  ;  pendant  lequel  temps  Nous  faifons  défenfes  à  tous  Imprimeurs, 
Libraires  &  .autres  ,  d’imprimer,  vendre  &  diftribucr  ledit  Livre  ,  à  peine  de  trois  mille  livres  d'amende 
payable  par  chacun  des  contrevenans ,  5c  applicable  un  tiers  à  Nous,  un  tiers  à  l’Hôpital  general  de 
nôtre  bonii.’  Ville  de  Paris  &  l’autre  tiers  audit  Expofant  ,  ou  à  ceux  qui  auront  droit  de  luy  i  de  con- 
fifcation  des  Exemplaires  contrefaits ,  &  de  tous  dépens  dommages  6c  intérêts  ,  1  condition  qu’il  fera 
mis  deux  Exemplaires  dudit  Livre  dans  nôtre  Bibliotequc  publique  ,  un  en  celle  du  Cabinet  de  nos 
Livres  eii  nôtre  Château  du  Louvre  ,  6c  un  en  celle  de  nôtre  tres-cher  6c  féal  le  Sieur  Bouchetat  Cheva¬ 
lier ,  ChancLllier  de  France  ,  avant  que  de  les  expofer  en  vente  :  à  U  charge  auffi  que  l’impreffion  en 
fera  faite  dans  le  Royaume  6c  non  ailleurs ,  &:  que  ledit  Livre  fera  imprimé  fur  de  beau  8c  bon  papier 
6c  ds  belle  impreffion  ,  8c  ce  fuivant  ce  qui  eft  porté  par  les  Rcglemens  faits  pour  la  Librairie  6c  Impri¬ 
merie,  à  peine  de  nullité  des  Prefentes,  lefquellcs  feront  rcgiftrées  dans  le  Rcgiftrc  delà  Communauté 
des  Imprimeurs  &  Libraires  de  nôtre  bonne  Ville  de  Paris.  Si  Vous  Mandons  &  enjoignons 
que  du  contenu  en  icelles  vous  faffiei  joiiir  pleinement  &  pailîblcment  ledit  Expofant  ou  ceux  qui  auront 
'droit  de  luy  ,  fans  foaffrir  qu’il  leurs  foit  fait  aucun  empêchement  :  Voulons  aulli  qu’cn  mettant  au  com- 
mencemeut  ou  i  la  fin  dudit  Livre  une  copie  des  Prefentes  ou  extrait  d’icelles,  elles  foient  tenues  pour 
bien  6c  deiicment  figuifiées ,  8c  que  foy  y  îoit  ajoutée  6c  aux  copies  collationnées  par  l’un  de  nos  amez  6c 
féaux  Confcillers  6c  Secrétaires  comme  à  l’original.  Et  Commandons  au  premier  Huiflicr  on 
Sergent  fur  ce  requis  de  faire  pour  l’execution  d’icelles  tons  Exploits,  Saifics  5c  aélcs  neccllaires,  fans 
demander  autre  permiffion  ,  nonobftant  toutes  oppoficions,  clameur  de  Haro,  Charte  Normande  6c 
Lettres  à  ce  contraires  ;  C  A  r  tel  eft  nôtre  plaifir.  Donne’  à  Verlâilles  le  vingt-feptiéme  lour  de 
Novembre  l’an  de  Grâce  mil  fix  cens  quatre-vingt-douze  ,  &  de  nôtre  Régné  le  cinquantième.  Signé 
Par  le  Roy  en  fon  Confeil.  H  A  R  L  A  N  ,  avec  Paraphe. 

Regifirè  fur  le  Livre  des  Libraires  &  Imprimeurs  de  Paris  ,  le  treiziéme  Décembre  lô  91.  Ledit  Sieur  fera 
averti  (jue  l’Edit  de  Sa  Ma]eft  du  mois  d'  Aouf  1 6  8  ô,  &  les  Aerêts  de  fon  Coufeil  concernant  les  Libraires^ 
ordonnent  que  le  débit  des  Livres  fe  fera  feulement  par  un  Libraire  ou  par  un  Imprimeur.  Signé  P.  AVBOVTN 
Sinàic. 

Achevé  d’imprimer  pour  la  première  fois  le  Sàmedy  fécond  jour  de  Janvier  1^94. 

Les  Exemplaires  ont  été  fournis. 


AVIS  AU  PUBLIC. 

Le  Sieur  PO  MET,  qui  demeure  rué  des  Lombards ,  a  la  Barbe  d'Or,- 
Avertit  le  Public  quil  a  chez,  luy  toutes  les  Matières  dont  üTraite , 
même  qu'il  en  fera  le  débit  [oit  en  gros  ou  en  détail  ^  à  la  referve  de  celles 
qui  font  rares  en  P  rance  Comme  auffi  le  Livre  ,  l  ayant  fait  imprimer  à 
fes  frais  dépens.  Le  prix  dudit  Livre  relié  en  veau  .,e fl  de  quatorz,e 
livres  en  blanc  de  douz^e  livres  dix  fols. 

Pp 


Maruere  de  purifier  LAr^erW'vifr- 


Tlanie^  de-ITij‘i 


Carne  dAmmon^ 


X  iccrrne  lümerale 


i 


REMARQJJES  T  RES-CURI EUSES  SUR  PLUSIEURS 
Végétaux ,  Animaux ,  Minéraux ,  &  autres ,  que  j  ai  oublié  d’inlerer  dans 
la  première  iniprelTion ,  ou  que  j  ai  découvert  du  depuis, 

S  V  R  Ü  A  R  G  E  N  T-ri  K 

OUtre  les  Mines  de  Mercure  d’Hongrie  &  d’Efpagnc ,  il  y  a  encore  celles  de  Friouiy ,  pays  (iijet  aa:d 
Vénitiens  ,  ce  qui  Fait  que  la  plul'part  du  Vit- Argent  que  nous  vendons  prefentement  nous  cft  ap¬ 
porté  de  CCS  quartiers  là ,  par  voyes  de  Marfcille. 

Les  Mines  de  Mercure  qui  font  dans  le  Frioul,  font  fituces  à  une  journée  &  demie  ou  environ  de  Cotin-' 
tia ,  en  tirant  vers  le  Nord.  La  Mine  où  nous  entrâmes ,  qui  cft  la  plus  riche  &  la  plus  grande  de  routes,  a 

{(lus  de  600.  pieds  de  profondeur.  On  ydefeend  avec  bien  de  la  peine  par  des  échelles  placées  perpcndicu- 
airement  :  mais  il  y  a  une  desdefeentes  où  l’on  trouve  d’efpacc  en  cfpace,  des  ais  de  travers  pourfe  pouvoir 
repofer.  Quand  nous  fûmes  au  fond  ,  nous  vîmes  la  Mine  ,  qu’on  tire  avec  des  pics ,  parce  qu’elle  eft  la  plus 
part  dure  comme  de  la  pierre.  Elle  eft  de  la  couleur  de  foye  ou  du  Crocus  MttÀliorum.  Il  fc  trouve  dans  ces 
Mines  une  terre  molle,  dans  laquelle  on  voit  le  Mercure  tout  par  petites  parcelles.  On  y  trouve  encore  des 
pierres  rondes  comme  des  cailloux  de  differente  grofl'  ur,  &  approchantes  de  ces  pelotons  de  poil  que  j’ai 
vu  plufieuis  fois  tiret  en  Angleterre  du  ventre  des  bœufs.  Voici  la  maniéré  dont  on  tire  le  Mercure.  On  ptend 
la  terre  qui  a  efté  tirée  du  fond  delà  Mine  &  portée  en  haut  dans  des  manequins ,  laquelle  on  met  dans  un 
fas  dont  le  fond  cft  de  fil  d’archal  ,  di^pofé  en  forte  qu’on  puifte  mettre  le  doigt  entre-deux.  De  là  on  la 
porte  en  un  ruiffeau  d’eau  courante  ,  où  on  la  lave  jufqu  à  ce  qu’il  ne  pafte  plus  rien  au  travers  du  fas.  La 
terre  qui  ne  pafle  pas  cft  mife  à  part  en  un  monceau,  &  celle  qui  a  pafl'c  au  travers  du  fas  eft  mife  dans  le 
trou  G  de  la  première  figure ,  d’où  un  fécond  homme  la  tire  &.  la  met  dans  un  autre  fas ,  &  de- là  dans  dix 
ou  douze  autres  qui  font  plus  ferrez  les  uns  que  les  autres.  Il  arrive  aftez  fouvent  qu’il  y  a  du  Mercure  au 
fond  du  premier  trou  ,  où  le  fécond  homme  tire  fa  terre.  Mais  à  l’endroit  où  les  fils  de  fer  des  fas  font  plus 
ferrez  ,  l’on  y  trouve  du  Mercure  en  plus  grande  quantité.  On  pile  la  terre  que  l'on  a  mife  à  part  ,  &  on  re¬ 
commence  la  même  operation.  La  terre  déliée  &  menue  qui  demeure  après  cela  ,  &  dont  on  ne  peut  plus 
réparer  le  Mercure  par  le  moyen  de  l’eau ,  cft  mife  dans  des  cornues  de  ftr  ,  aufquels  on  lu  te  dts  Récipients 
dans  Icfqucls  la  violence  du  feu  pouffe  le  Mercure.  L’Officier  qui  en  avoir  la  conduite  en  deluta  pluffiuis  en 
notre  prefence  pour  nous  les  faire  voir ,  &  je  remarquai  dans' tous,  qu’il  en  ibreoie  d’abord  du  Mercure  par¬ 
fait  &  coulant ,  &  enfuite  une  pouffiere  noire  ,  laquelle  étant  humeeftee  avec  de  l’eau ,  paroiffoii  n’etre  autre 
chofequedu  Mercure  comme  l’autre.  Ils  f  ilcndc  caput  wonuum ,  Sc  recommencent  l’operation  jufqu’à  ce  qu’ils 
n’en  tirent  plus  de  Mercure.  Pour  donner  q^aelquc  éclairciflèmcnt  à  cette  operation ,  j’en  ai  Fait  graver  la  fi¬ 
gure  ,  afin  de  faire  mieux  connoître  la  choie  ,  dont  voici  l’explication  ;  A  cft  l’eau,  C  B  un  vaifllau  dans 
lequel  elle  coule  ,  D  G  EH  F  I  font  des  vai  (féaux  qui  coulent  perpétuellement  de  ce  vailfau,  DEF  font 
trois  fas ,  dont  la  diftancc  des  fils  d’archal  qui  font  au  fond  appctillc  petit  à  petit  :  G  cft  le  lieu  où  eft  retenue 
la  terre  qui  a  paffé  par  le  fas  D  ,  d’où  le  fécond  homme  la  prend ,  6c  ce  qui  palTc  par  le  fas  E ,  cft  retenu  en 
H ,  &  ainfi  du  refte.  K  L  M  eft  de  l'eau  fallc  qui  cft  tellement  impreignéc  de  Mercure ,  qu’elle  guérit  la  galle 
&  les  ulcères  fordides. 

Voilà  la  maniéré  dont  on  tire  le  Mercure  qu’ils  appellent  Commun  s  car  celui  qu’ils  appellent  vierge  fo 
trouve  ou  tout  fait  dans  les  Mines ,  ou  cft  tiré  par  les  lotions  &  par  les  lavemens  de  la  terre.  On  eftime  bien 

filus  le  Mercure  vierge  que  l’autre.  Je  demandai  à  quelques-uns  des  Officictsde  la  Mine  quelle  vertu  particu-, 
ierc  il  avoir.  Ils  médirent  que  quand  on  almagamoitdc  l’or  avec  du  Mercure  vierge ,  cet  amalgame  étant  mis 
au  feu ,  le  Mercure  emporte  entièrement  l’or ,  ce  que  le  Mercure  commun  ne  fait  pas. 

Il  y  a  du  Mcraire  commun  en  beaucoup  plus  grande  quantité  que  du  Mercure  vierge.  Car  nous  vîmes  par  le 
compte  que  ces  Officiers  avoient  rendu  à  l’Empereur ,  que  de  ^953  J4  livres  de  Mercure  qu’on  avoir  tiré  de  ces 
Mines  pendant  les  années  i66i.  &  166^.  il  y  en  avoir  66y66i.  de  Mercure  commun ,  8c  feulement  x'j66i. 
de  Mercure  vierge. 

Les  Machines  dont  on  fc  fert  dans  ces  Mines  font  admirables.  Les  roues  font  les  plus  grandes  que  j’aye  vues 
de  ma  vie  >  &  font  toutes  mûës  par  la  force  de  l’eau ,  que  l’on  fait  venir  à  peu  de  frais,  d'une  montagne  qui  cft  à 
trois  mille  de  là.  L’eau  que  l’on  tire  de  la  Mine  par  le  moyen  de  51.  pompes,  ztf  de  chaque  côté ,  eft  employée  à 
faire  mouvoir  d’autres  roues,  qui  fervent  à  differens  ufages. 

Les  Ouvriers  ne  font  payez  qu’à  raifon  d’un  Julc  par  jour ,  8c  ne  durent  pas  long-tcms  àcc  travail.  Car  enJ 
cote  qu’il  n’y  en  ait  point  qui  foient  plus  de  fix  heures  fous  terre ,  ils  deviennent  tous  paralytiques ,  8c  meurent 
hétiques ,  lesuns plutôt ,  les  autres  plus  tard. 

Nous  vîmes  là  un  homme  qui  travailloit  à  ces  Mines  il  n’y  avoir  que  fix  mois  ,  fi  remply  de  Mercure,- 

Su’incontinent  après  qu’il  avoir  mis  un  morceau  de  cuivre  dans  fa  bouche ,  ou  qu’il  l’avoir  frotté  entre  fes 
oigts ,  il  devenoit  blanc  comme  de  l’argent  ,  8c  comme  s’il  l’cuft  frotté  de  Mercure  même.  Il  étoit  fi  for; 
paralytique,  qu'il  ne  pouvoir  pas  porter  à  fa  bouche  un  verre  à  demy  plein  de  vin  fans  le  répndrc.  J’ai  ap¬ 
pris  depuis  qu’à  Venife  ceux  qui  travailloicnt  au  derrière  des  Miroirs ,  font  aulfi  fujets  à  la  patalyfic.  Je  ne  re¬ 
marquai  point  que  ces  gcns  là  culfcnt  les  dents  noires ,  8c  peut-  être  aceufons-nous  mal  à  propos  le  Mercure 
de  gâter  les  d  nts ,  quand  on  le  donne  dans  les  maladies  Vcncricnncs.  Il  cft  vrai  que  je  ne  fis  pas  cette  ofi. 
fervation  fur  le  lieu  ;  Mais  comme  les  dents  noires  font  très-rares  en  ce  pays-là  ,li  elles  l’culTent  «é,  je  l’auroi^ 
fans  doute  remarqué. 

•À 


Sur  U  ires-preeieufe  Pierre  de  Porc  Sanglier  des  Indes  Orientales. 

La  Pierre  de  Porc  que  les  Hollandois  appellent  Pedro  de  Porco,  les  Portugais  qui  ont  apporté  les  premiers 
CCS  Pierres  en  Europe ,  appellent  Pedro  «t  ou  Pitdra  de  Pntrco  ,  tft  un  Bezoard  qui  fe  trouve  dans 

le  fiel  des  Sangliers  des  Indes.  Cette  Pierre  ou  Bezoard  de  Porc  tft  ordinaircimnt  de  la  giofliur  d’une  aveline 
ou  du  bout  du  doigt  J  de  differente  figure  &  couleur*,  mais  la  couleur  la  plus  ordinaire  tft  celle  du  Savon  de 
Toulon  ,  c’tft-à  dire ,  d’un  blanc  tant  foit  peu  verdâtre  &  affez  douce  quand  on  la  manie. 

Quoique  CCS  Pierres  foient  extrêmement  rares ,  j’en  ai  neanmoins  deux  que  je  conferve  dans  mon  Cabinet , 
pour  faire  voir  à  ceux  qui  dt fileront  les  connoître. 

L’on  ne  peut  s’imaginer  la  rareté  de  cette  Pierre ,  &  la  chofe  eû  fi  réelle ,  que  dans  la  plus  forte  vente  qui  fc 
fait  à  Amftcrdam  ou  à  Lifbonne  ,  des  Drogues  des  Indes  Orientales,  il  ne  s’y  rencontre  jamais  au  plus  que  trois 
ou  quatre  de  ces  Pierres  j  &c  l’année  dernicre  1694.  ‘iïins  la  corguaifonde  pli  fuurs  Vaiflcauxpartisdc  Batavia  le 
rroifiéme  Février  .  qui  fe  monte  à  plus  de  deux  millions,ils  n’ont  apporté  en  Hollande  que  deux  Pierres  de  Porc, 
qui  fe  doivent  vendre  au  printems  prochain ,  ainfi  que  leurs  imprimez  ou  corguaifon  porte. 

Les  Indiens  appellent  ces  Pierres  tn  leur  langue  Majtica  de  foho  ,  ils  en  font  une  cft'mc  firgulicrc  à  caufe 
de  fa  vertu  contre  les  venins  ^  &  les  peuples  du  Royaume  de  Malaca ,  où  elle  (c  trouve  plus  communément, 
la  préf  rentau  Bezoard  Oriental ,  quoi cju’il  paffe  dans  les  autres  parties  des  Indes  pour  le  meilleur  antidote 
qu’il  y  ait  dans  la  nature. 

La  Pierre  de  Porc  ié  trouve  très- rarement  ebez  les  Marchands  d’Hollande ,  &  encore  moins  chez  nous 
autres ,  foit  parce  qu’elle  cft  fort  rare  dans  les  Indes  m.ême,  foit  aufli  parce  que  Us  Indiens  la  confuvent ,  non 
feulement  comme  un  pniffant  préfervatif  contre  les  Venins  ;  mais  encore  comme  un  iouverain  remcde  contre 
unc.cfpice  de  tnaladie  qu’ils  nomment  Mordoxi ,  qui  leur  vient  d’une  bile  irritée ,  &  qui  leur  tft  ai.flî  dange- 
reufe  que  l’i  ft  la  pifte  dans  l’Europe. 

Lorlqu’il  arrive  des  Pierres  de  Porc  en  Hollande  ,  clics  fe  vendent  ordinairement  trois  ou  quatre  cens  francs 
la  pièce,  &  t]uelquefois  davantage  :  Mais  les  riches  Marchands  qui  en  connoiffi nt  toutes  les  proprktcz,  les 
conlervcnt  ptécieufement ,  ou  pour  en  faire  piéicnt  à  quelque  grand  Seigneur ,  ou  pour  s’en  fetvit  eux  memes 
dans  le  befoin.  Us  la  font  mettre  ou  enchaffer  dans  une  bec.e  d'or  toute  ronde,  percée  dcp!ufi«.urs  trous  à  la¬ 
quelle  cft  attachée  une  petite  chaîne  d’or  pour  la  (ulper.dte  lorsqu’on  veut  s’en  (ervir. 

Il  y  a  quelques  familles  &  gens  de  confideration  à  An  fterdr  m  ,  à  la  Haye  &  tn  d’autres  endroits  d’Hol¬ 
lande  ,qui  confervent  cette  Pierre  de  perc  en  fils,  depuis  plufieuts  années,  &  les  perfonnes  qui  font  de  leurs 
amis  ou  de  leur  connoiftancc  ,  y  ont  recours  dans  le  beiorn  ,  principalement  pour  gutiii  lestnfans  de  la  petite 
Ifcrolc. 

On  lui  attributs  encore  pluhcurs  autres  proprietez  contre  les  Ficyrc.e  &  contre  la  p’iipait  des  maladies  des 
Femmes  ,  celles  :  es  Indes  y  ont  tant  de  cor  fiaicc, qu’elles  croyent  qu’il  kur  fi  ffit  de  la  toucher  pour  en  rece¬ 
voir  du  foulagt  ment  dans  leurs  incommoditez  5  mais  celles  qtu  font  enceintes  n’ofct.t  pas  s’tn  feivir  de  crainte 
qu’elle  ne  leur  caufe  un  avortement. 

Lors  qu’on  veut  ufer  de  cette  Pierre,  il  faut  la  tenir  fufpenduc  pendant  un  peu  de  tems  dans  un  verre  d’eau 
ou  de  vin  ;  elle  lui  communique  fa  vertu  avec  une  petite  amertume  qui  n’cft  pis  tour-à-faitdefagreablc  ;  çnbeu» 
vant  ce  breuvage  le  matin  à  jeun ,  on  en  nçoit  les  avantages  marquez  cy-deffus. 
üii  peut  bicns’cn  fervit  à  toute  heure  dans  les  btfoins  preffans. 

Sur  les  Pierres  de  Malaca ,  ou  de  Porcs-Efics  des  Indes. 

OUtre  la  Pierre  de  Porc  ,  il  y  en  a  encore  deux  autres  que  l’on  appelle  ordinairement  Pierre  de  Atalaca, 
ou  de  Porc  Epies  des  Indes ,  à  caufe  qu’il  n’y  a  guerre  que  dans  ce  Rcyai  me  cù  ces  fortes  de  Pierres  fe 
troL  vent  i  la  plupart  confondent  la  Pierre  de  Porc  avec  celle  de  Malaca ,  à  caufe  de  leurs  grandes  rcflln  bianccs, 
ce  que  je  pounois  prouver  par  celles  que  j’ai,  qui  ne  different  qu’en  grefleur,  &  de  CC  qu’elles  font  i:n  peu  plus 
par  écaille,  comme  le  Bezoard  &  autres.  Ces  Pierres  fc  trouvent  aufti ,  mais  fort  rarement  dans  le  fiel  outfto- 
mach  &  dan.s  la  êtedes  Porcs-  Epies  des  Indes. 

La  Pierre  de  Malaca  ou  Bezoard  de  Fore  Epie  des  Indes  .anffi-bicn  que  la  Pierre  de  Pore,  fervent  fouvent 
dans  le  Royaume  de  Malaca  ou  autres  endroits  des  Indes,  à  faire  préfent  aux  Grands  du  Pays ,  &  meme  aux 
Ambaffadturs  des  Princes  Emangers  j  Gateias  horio  remarque  dans  fes  Relations,  que  defon  tems  le  Vice- 
Roy  de  Portugal  aux  Indes  conleryc  une  de  ces  Pierres  qui  lui  avoir  été  donnée  en  préfent  par  le  Roy  de  Mala¬ 
ca  ,  d’où  l’on  peut  conclure  l’tftime  que  les  Indiens  font  de  cette  Pierre. 

La  féconde  Pierre  de  Malaca  ,  eft  celle  qui  fe  trouve  dans  la  tête  de  fes  Animaux,  dont  fait  mention  Mon- 
ficut  Tavernier  dans  fon  fécond  Livreà  la  page  20.  Mais  comme  je  n’en  ai  jaraaisvû,  c’eft  le  fujet  pour  lequel 
je  n’en  fais  aucune  mention. 

De  U  Pierre  eu  Benoard  de  Singe. 

A  L’égard  de  cette  Pierre  ,  je  n’en  dirai  rien  ici ,  en  ayant  traité  affez  au  long  à  la  page  u.  chapitre  da 
Bezoaid  Oriental  j  je  dirai  neanmoins  que  depuis  l’impriflîon  de  mon  Livre,  j’ai  recouvert  deux  de  cej 
Pierres  ,  qui  font  de  la  groffeur  d’une  noifette  &  d’une  couleur  noirâtre  :  en  un  mot ,  les  deux  Pierres  de  Porc, 
les  deux  Pierres  de  Singe  &  la  Pierre  de  Malaca  que  j’ai  font  une  des  plus  grandes  curiofitez  &  richeffes  qu’il  ? 
ait  en  Europe,  principalement  furets  fortes  de  matiercs-là. 


? 

Sur  V Ambre  grisi 

ON  remarquera  que  j’ai  dit  au  Chapitre  de  l’Ambre  à  la  page  59.  que  l’on  doit  fejetter  l’Ambre  gris  quî 
paroît  moifi  deflus  &  dedans  -,  mais  Monfieur  le  Boiteux  très  habile  Parfumeur  &  homme  de  probité  ,  m’a 
certifié  le  contraire  ^  &  que  la  véritable  marque^d’un  bon  Ambre ,  c’eft  lotfqu’il  eft  gris  ,  qu’il  a  de  petites  ta¬ 
ches  en  yeux  de  Perdrix,  ôi  qu’ileft  fleuri  tant  cndchors  qu’en  dedans  ;c’(ft.  à  dire,  que  l’Ambre  qui  pan  îi  genfi 
ou  moifi  ,  doit  être  eftime  le  meilleur  -,  &  comme  cette  perfonne  a  une  longue  expérience  dans  la  connoi fiance 
des  parfums ,  c’tft  pour  ce  fujet  que  l’on  doit  fuivre  fon  fentiment,  &  rejetter  le  mien.  Etant  fur  le  Chapitre  do 
l’Ambre ,  j’ai  jugé  à  propos  de  rapporter  ici  que  Meflicurs  les  liircéfcursdela  Comp.-.gnic  des  Indes  Orientales 
des  Provinces  Unies ,  ont  reçu  des  Indes  cette  année  dernière  1694.  une  pieced’ Ambre  gris  très- parfaite  du  peids 
de  182.  liv.  ou  de  2911.  onces,  qui  cft  le  plus  précieux  &  riche  morceau  d’ Ambre  qui  fc  foitcncore  jamais  vu,  IC 
dont  la  vente  s’en  fera  au  printems  prochain  i  &  pour  confirmer  ce  que  j’ai  dit  que  l’Ambre  gris  ctOïC  dt  la  Cire, 
je  rapporterai  ce  que  j’ai  tiré  du  Journal  des  Sçavans. 

Les  Nacuraliftes  parlent  fort  diverfement  de  l’Ambre ,  &  leurs  fentimens  font  extrêmement  partagez  touchant 
fon  origine ,  &c  (a  nature ,  &  fes  proprictez.  Les  uns  difent  que  l  Ambrc  n’eft  que  le  Sperme  des  Baleines  j  les 
autres  croïcntt^uc  c’eft  une  écume  de  Mer,  qui  fc  cuit  &  s’endurcit  peu  à  peu.  Quelques-uns  foûtiennent  avec 
Cardan,  que  c  cft  une  écume  de  Veaux  marins  -,  &  quelques  autres  pvétendent  avec  Scrapion  que  c’eft  un  Baume 
qui  s’engendre  en  de  certains  rochers ,  5c  qui  tombe  enluite  dans  la  Mer.  Les  uns  afleurent  avec  Fermandez  Lo- 
pez ,  que  c’eft  un  amas  d’cxci-émcns que  font  quelques  Oy féaux ,  après  avoir  mangé  de  c  rtaincs  herbes  odorife» 
•rantes  qui  viennent  dans  les  Illcs  Maldives  ;  &  les  autres  enfin ,  veulent  que  ce  fbit  une  graifte  de  Terre  ,  qui  s’é¬ 
coule  dans  la  Mer  par  quelques  veines  ,  6c  qui  s’endurcit  infcnfiblemcnt. 

Mais  toutes  ces  opinions  ne  font  appu’iées  que  fur  quelques  légères  conjc(5i:ures ,  6c  elles  confondent  ma- 
nifflrment  des  chofes  qfii  ont  une  nature  ,  6c  des  qualitcz  bien  differentes.  Car  quoi  que  routes  les  cfpeces 
d’Ambrc  fe  trouvent  dans  la  Mer  ,  6c  qu’elles  foient  poufTées  fur  les  rivages  par  fes  flots  6c  par  fes  vagues  : 
neanmoins  les  Artiftes  tcconnoidcnt  facilement  en  les  préparant  ,  que  leur  matière  n’eft  pas  la  meme,  Sc  les 
Médecins  les  emploient  a  des  ufages  fi  contraires ,  qu’il  cft  aifé  de  juger  qu’elles  font  compofées  de  difterens 
principes.  ' 

Pour  ne  rien  confondre ,  il  faut  diftinguer  deux  fortes  d’Ambrc ,  donc  l’un  cft  gris  6c  l’autre  jaune.  Le  pre¬ 
mier  fe  trouve  en  divers  endroits  de  l’Occan ,  comme  aux  Côics  de  Mofeovie  6c  de  Ri  flic ,  6c  principalement 
fur  les  rivages  de  la  Mer  de 5  Indes.  Cet  Ambre  gris  eft  opaque  ,  6c  d’une  odeur  douce  6c  (iiavc  >  il  fe  liqurfie 
facilement  à  la  moindre  chaleur  •,  8c  fans  grande  préparation  il  produit ,  tel  qu’il  cft  au  fortit  de  h  Mer,  des  ef¬ 
fets  merveilleux,  tant  pour.jfqWificr  lecœur ,  l’eftomach  6c  lecciveau,  que  pour  recréer  les  efprits  vitaux  6c  ani¬ 
maux  ,  6c  rendre  iiicmclafemcnce  plus  féconde., 

Je  ne  trouve  point  de  fentiment  plus  raifonnable,  que  celui  qui  affûte  que  l’Ambre  gris  nVft  a-itre chofe 
qu’un  compofé  de  Cire  6c  de  Miel,  que  les  mouche*  font  fur  les  Arbre*  donc  les  Côres  de  Mofeovie  font 
remplies  ,  ou  dans  le  creux  des  rochers  qui  font  au  bord  de  la  Mer  des  Indes,  que  cette  matière  le  cuit  6c  s’e- 
b.iuchc  au  Soleil ,  6c  que  fc  détachant  enfuite ,  ou  par  l’cfott  des  vents  ,  ou  par  l’élévation  des  eaux  ,  ou  par 
fon  propre  poids ,  elle  tombe  dans  la  mer ,  8c  achevé  de  s’y  perfedionner ,  tant  par  l’agitation  de  fes  flots ,  que 
par  l’cfprit  falin  quelle  y  rcncort,rc.  Çar  on  voit  par  expérience  ,  qu’en  prenant  de  la  Cire  8c  du  meilleur 
Miel  ,  ôc  les  mettant  en  digeftion  pendant  quelque  tems ,  011  en  tire  un  Elixir  8c  unecffencc  ,  qui  eft  non 
feulement  d’une  odeur  (tes-agteable  ,  mais  qui  a  auffi  des  qualitcz  fort  approchantes  de  celles  de  l’Ambre 
gris.  Et  je  ne  doute  point  qu’on  ne  fit  un  Elixir  encore  plus  excellent ,  fi  on  fc  fervoit  du  Miel  des  Indes 
ou  de  Mofeovie ,  parce  que  les  mouches  qui  le  font ,  y  trouvent  des  fleurs  plus  aromatiques  6c  plus  odorifé¬ 
rantes. 

De  plus  ,  on  a  pêche  quelquefois  de  greffes  pièces  d’Ambrc  gris  ,  qui  n’avoient  pas  encore  toute  leur 
perfedion  }  Ôc  en  les  rompant  ,  on  a  trouvé  des  raïons  de  Cire  6c  de  Miel  dans  le  milieu  de  leur  fub- 
ftance. 

Enfin ,  quand  on  fait  la  diflblution  de  l’Ambre  gris  avec  de  l’efpritdc  vin  paffé  fur  le  Tartre  ,  il  refte  tou¬ 
jours  à  la  fin  une  matière  épaiffe ,  qui  cft  fore  femblabic  au  Miel. 

Sur  U  Baume  de  JPerou  ,  blanc  &  noir. 

A  L’égard  de  la  deferiptiondes  trois  fortes  de  Baume  du  Pérou,  je  n’en  parlerai  pas  ici ,  en  ayant  traité 
affez  au  long  à  la  page  273.  de  mon  Livre ,  où  on  pourra  avoir  recours  *,  neanmoins  j’avertirai  que  des  trois 
fortes  de  Baume  du  Pérou,  il  n’y  a  guere  que  le  noir  qui  foit  en  ufage ,  tant  à  caiifc  de  fes  grandes  vertus ,  que 
parce  qu’il  cft  plus  odorant  i  l’Arbre  qui  produit  ces  Baumes  cft  appcllé  des  Indiens  de  la  Nouvelle  Elpagne  , 

JCiliogomoraiito. 

On  en  ufe  en  trois  manières ,  premièrement  on  le  prend  par  la  bouche  ,  fccondement  on  l’apliqiic  par 
le  dehors  comme  un  onguent  dont  on  frotc  la  partie  affligée  -,  enfin  on  le  mêle  avec  les  médecines  6c  com- 
pofitions. 

premièrement ,  pris  à  jeun  par  la  bouche  dans  le  jaune  d’un  œuf .  dans  une  cuillicr  avec  du  bouillon ,  ou  dan» 
du  vin  ,  quatre  ou  cinq  gouttes  diftil ces  :  Il  foulage  les  perfonnes  attaquées  de  courte  halcitic ,  ou  des  douleurs  de 
la  vcffic  ;  il  fait  cefler  les  vieilles  douleurs  d’cftomach,  il  foulage  les  phtyfiques  6c  poulmoniqucs  :  Il  cft  très- 
bon  au  mal  de  fbye ,  ouvrant  fes  obftnuftions  8c  fes  opilations ,  il  affermit  ôc  fait  la  couleur  du  vifage  plus  belle 
l’halcine  plus  forte  -,  il  chaffe  les  douleurs  des  Fièvres  quotidiennes  en  prenant  cinq  ou  fix  goûtes ,  comme  die 
eft ,  demie  heure  devant  l’accrz ,  8c  s’en  frétant  un  peu  l’épine  du  dos  :  enfin ,  pris  par  U  bouche  en  cette  façon 
ilala  vertudcchaffcrôc  de  réfifter  au  mauvais  air  8c  au  venin,  de  conferver  les  parties  nobles  :  6c  de  plus  eft  ua 
remede  éprouvé  8c  infaillible  contre  la  ptfte  ôc  contre  la  dyfentcric. 

La  féconde  façon  de  fc  fetvir  du  Baume,  cft  pat  forme  d’onétion  5  II  cft  fouverain  pour  les  playes  réeen» 


I 

'tes  en  quelque  partie  du  corps  que  ce  foit ,  fpecialemcnt  à  la  tctc ,  pourvu  que  la  tete  ne  foie  pas  offenfee: 
car  il  les  rc|oüit  6c  guérit  dés  le  premier  appareil  ,  mis  chaud  dans  l’ouverture  de  laplaycavcc  unccompref- 
fe  ou  ligature  qui  le  tienne  fur  la  playe  ,  &  qui  l’cmpcche  qu’elle  ne  prenne  vent.  Il  eft  encore  fort  bon  pour 
les  playes  dont  les  raeurtrilTurcs  empêchent  la  glutinationi  car  il  les  dire  loudaincmcnt  6c  aide  à  ht  faire 
g’utmcr  en  ce  qu’il  cftbefoin.  Entre  tous  les  autres  Médicaments,  il  nettoye  les  vieilles  ulcères  de  chancres, 
6c  amené  à  cicatrice  les  playes  des  nerfs  &  des  jointures,  principah ment  de  la  Sciatique ,  failant  réfoudre 
toute  dureté  ôc  tumeur  qui  pouvoir  refter  i  il^ôte  toutes  douleurs  provenances  de  caufes  froides ,  en  oignant  ôc 
frorant  l’endroit  douloureux  j  il  ôte  toute  tumeur  venteufe  caufee  par  le  froid ,  5c  fortifie  toutes  les  parties  du 
corps  qui  en  font  frotees  :  Il  conforte  &  entretient  le  cerveau  ,  Ôc  oiffipe  toutes  humeurs  nnifantes  6c  les  dou¬ 
leurs  qui  l’attaquent,  s’en  frotant  les  tempes  ôc  le  derrière  de  la  tete.  Il  guérit  la  Paralyfic  ,  oignant  le  cer¬ 
veau  ,  la  nuque  du  col ,  l’épine  du  dos ,  ôc  la  partie  malade.  On  fortifie  î’iftomach  le  frotant  de  Baume .  ÔC 
on  le  délivre  des  vents  ÔC  obftrudfions  ,  quand  il  cil  bouché  ou  dévoyé  j  11  amolit  la  ratte  mis  chaud  fur  le  lieu 
douloureux  i  il  appaife  aulTi  le  mal  de  la  pierre ,  gravclle ,  ÔC  douleurs  du  ventre  -,  principalement  s  il  cft  ap¬ 
plique  fur  le  mal  avec  du  pain  chaud  :  Il  loulage  la  douleur  des  dents  ,  .frotant  le  derrière  de  la  tete  du  côté 
douloureux  j  6c  guérit  les  tranchées  des  petits  enfans  ôcautres  j  Se  les  douleurs  des  coliques  venreufes  6c  gra- 
vclcufcs  ,  s’en  frotant  le  nombril  :  Comme  aulfi  il  guérit  6c  emporte  les  Dartres  ,  Feu  volage  ,  ôc  fembhbles, 
les  frotant  dudit  Baume-,  il  loulage  aulfi  le  fexcicmiain  dans  les  mifcrcs,'foiblefl’cs,  incommoditez  naturelles, 
ôc  accidents  aulquels  il  cft  fujet. 

Il  faut  remarquer  qu’en  toutes  les  ondlions  8c  applications ,  il  faut  que  le  Baume  foit  chaud  ,  foir  en  échauf¬ 
fant  le  vafe  où  il  tft  avant  que  .le  diftilct,  ou  bien  en  ayant  diftilé  ce  qui  cft  ncccflàirc  fur  une  alfiette  ,  ou  dans 
une  cuillier  ôc  l’y  faire  chauffer. 

Toutes  ces  proprictez  conviennent  egalement  à  ces  deux  fortes  de  Baumes,  blanc  ôc  noir  j  le  blanc  n’cft  pas 
odoriférant  comme  l’autre  ,  mais  il  cft  plus  précieux,  rare  ôc  a  plus  d’tff  t,  étant  plus  naturel  ôc  exprimé  de  l’ar¬ 
bre  par  l’ardeur  du  folcil  j  de  jjIus  ,  le  blanc  tft  fouverain  ôc  admirable  pour  ôter  les  rougeurs  ôc  taches  qui  vien¬ 
nent  au  vifage  ou  ailleurs  aptes  la  petite  vérole,  ou  par  quelque  fluxion  ou  maladie,  notant  ce  mal  de  Baume 
blanc  mêlé  avec  du  blanc  d’œuf,  ou  avec  de  l’eau  claire  :  Voilà  les  qualitez  du  Baume  tiré  de  1  imprimé  duMe- 
decin  Arabe  ,  dont  la  plupart  ont  etc  éprouvées  ôc  expérimentées  dans  les  occafions. 

Sur  le  B4ume  de  Cafdu, 

OUrre  les  grandes  vertus  du  Baume  du  Pérou  ,  on  nous  en  apporte  tin  prcfcntcmcnt  des  endroits  ci  dc- 
noramtz  ,  dont  j’ai  fait  L  dtfeription  dans  mon  Livre  à  la  p  .gt  i8o.  fous  le  nom  de  Baume  de  Capau  , 
ce  qui  f^ra  que  je  ne  parlerai  ici  que  de  fes  proprictez.  Sa  vertu  tft  admirable ,  il  ftippléc  à  une  Boutique  de 
remtdcs  humain»  .  U  rcl'out  ,  digère  ,  ÔC  fortifie  par  intcnfion  chaude  ÔC  fciche,  deux  gouttes  prifes  à  jeun  paC 
la  bouch  ,  (..ilfipc  1  .aftmc  &  icscruditcz  du  ventre ,  ôc  fortifie  les  er.tiailles ,  étant  tiède,  ôc  s'en  fotant  Pc- 
ftoroach  ,  défait  les  opiiaâons  froides ,  s  en  fiotant  la  tete  ôc  le  col  ,  il  fortifie  le  cerveau  ,  il  garde  de  l’A- 
poplexi.^  Ôc  de  la  paiiioilon  :  il  a  bcaiicoqp  de  vertu  pour  les  plaies  ÔC  les  morfurcs  des  bêtes  venimeufes-,  les 
bêtes  même  par  un  inftir.dl'natuicl,  quand  elles  font  bicflccs  ,  courent  à  cet  arbre,  ôc  mordans  dans  l’écorce, 
trouvent  le  remede  m  c  flaire  à  leur  mal.  Ces  arbres  croiflent  en  divers  endroits  du  Brtfil  ,  à  fçavoir  à  Rio 
de  Janeiro,  à  Saint  Vincent ,  &  à  Pcrnaniboug  :  Cependant  il  n’y  cft  pas  en  fi  grande  abondance  ,  ni  fi  ex¬ 
quis  comme  dans  le  terrain  du  Saint-  Efprit.  Ceux  de  Copaigba  appellent  l’autre  forte  de  l’huile  de  Copaigbaj 
ce.  font  auffi  de  grands  Arbres  de  couleur  de  cendre  ,  cependant  les  feuilles  en  font  plus  grandes  -,  on  ramaf- 
fe  du  tronc  ,  étant  ouvert  jufqu’à  la  moucllc  ,  grande  quantité  de  liqueur  ;  elle  s’appelle  du  nom  de  l’Arbre 
Copatg  'ja ,  ôc  quand  elle  ccfl'c  de  diftilcr  ,  fi  on  en  bouche  le  trou  pour  huit  jours  ou  quelque  peu  davan- 
tage  ,  quand  on  vient  à  le  déboucher  il  fort  de  ce  trou  avec  la  meme  abondance  qu’auparavent ,  une  fentmr 
de  Baume  ,  qui  quoi  qu’rl  ne  foit  pas  fi  précieux  que  le  premier  ,  il  ne  laifle  pas  que  d’être  egalement  me - 
jdccinaU 

Sur  la  Racine  de  N  if. 

La  Plante  ou  Racine  que  les  Japonois  appellent  N[fi ,  les  Sauvages  Cama^Xu  Chinois  ou  M’wi- 

nn  - ,  cil  une  petite  Racine  blanchâtre ,  ôc  tout-à  fait  Icmblablc  a  la  Racine  de  Diptam  ou  de  B  i  $  :-h!anc  i 
Se  comme  cette  Racine  cft  peu  connue,  je  rapporterai  premièrement  ce  que  Monficur  Bourdclor,  Médecin  or¬ 
dinaire  de  Sa  Maj.ftc  ôc  de  Monficur  le  Chancelier,  m’en  a  donne  par  écrit. 

Le  cft  une  Plante  que  IcsChinois  nomment  ainfi ,  à  caulc  qu’elle  a  la  forme  d’un  homme  qui  ouvre 

les  j  imbcs  j  car  ils  appellent  un  homme  Gmg  elle  approche  allez  de  la  Maniragor;  par  fa  Racine ,  mais  elle  cft 

{)lus  petite ,  ôc  fes  feuilles  font  voir  qu’il  la  faut  mettre  fous  un  autre  genre  j  le  Pcrc  Martini  qui  n’avoit  vu  que 
a  Racine  en  fait  une  efpcce  de  Mandiagorc  dans  la  Defeription  qu’iî en  fait  de  fôn  Atlas  de  la  Chine  :  mais  il 
cft  tombe  dans  cette  erreur  pour  n’avoir  pû  voir  de  fes  fcuilfci,  comme  il  avoue  lui  meme  -,  fa  Ricinc  devient 
jaunâtre ,  loriqu’cllc  cft  fciche ,  elle  n’a  prcfquc  point  de  fibres  ni  de  filamens  par  lefquclscllc^utfTc  tirer  fa  nour- 
xiturc  ,  elle  tft  toute  parfemee  df  petites  veines  noires ,  comme  fi  on  les  avoir  fubtilcment  tirées  avec  de  l’ancre; 
quand  on  la  mâche  elle  cft  dclâgrcablc  à  caufe  de  fa  douceur  mêlée  d’un  peu  d’amertume ,  elle  augmente  beaucoup 
les  cfprits  vitaux ,  combien  que  fa  dofcnc  foir  tout  au  plusque  dedeux  fcrupulcs  ;  fi  on  en  prend  un  peu  davanta¬ 
ge  ,  elle  redonne  des  forces  aux  debils  ôc  excite  une  chaleur  agréable  dans  le  corps  ;  on  s’en  fert  quand  elle  cft 
paflec  par  le  Bain-marie  ;  car  elle  rend  cette  odeur  fuave  comme  les  fenteurs  aromatiques  ;  ceux  qui  font  d’une 
conflitution  plus  tobufte  ôc  plus  chaude  ,  font  en  danger  de  leurs  vies  s’ils  en  ufent  trop,  à  caufe  de  la  grande 
cftcrvencc  qu’elle  excite  dans  les  cfprits  ;  mais  elle  cflmiraculcufemcnt  pour  Icsdcbilcs  ôc  travaillez,  ôc  pour 
ceux  qu’une  longue  maladie  ou  quelque  autre  accident  a  epuifé  ;  elle  rcftituc  tellement  les  cfprits  vitaux  aux 
moribonds,  qu’ils  font  afTez  fou  vent  de  tems  pour  fc  fervir  d’autres  remèdes,  ÔC  recouvrer  leur  l'anté  ;  elle  vaut 
trois  fois  fon  poids  pefant  d’argenr. 

Dans  le  Cabinet  de  i’ Academie  de  Londres. 


La  Racine 


y 

La  Racine  de  Nijî  ,  (ft  comme  la  Panacée  des  Chinois ,  &  ceanmoins  n’efl:  que  très  pru  connue  e^ 
Prancc  ,  &c  meme  en  Hollande  ,  &  la  grande  larcté  fait  qu’elle  fe  vend  cxcicmtmçm  chcie  ;  lad.  mure  que  j'ai 
fait  venir  d’Hollande  m’a  coûté  25.  livres  l’once  à  Amfterdara  ,  &:  fi  il  ne  s’en  trouva  que  dans  une  xiJi  Bou¬ 
tique  j  quoi  qu’il  en  (oit ,  ceitc  Racine  étant  dans  terre  ,  pouffe  une  tige  de  U  hauteur  d’environ  un  p>ed, 
de  la  groffeur  de  celle  du  Bled  ,  d’eù  fortent  des  feuilles  affez  femblablcs  à  celles  du  Violier  }  ap  é%  lef- 
‘quelles  nailfent  des  fl.urs  par  boutons  d’une  couleur  rouge  /  mais  à  mefure  que  ces  boutons  s’épanouilLnt ,  il 
en  fort  fix  feuilles  difpoféts  par  crois  d  une  couleur  b  anche. 

Le  Journal  de  Siain  parlant  de  la  Racine  de  iV  ,  rapporte  que  le  Ginfertg  cft  une  petite  R  cine  qui  croît 
à  la  Chine  ,  dans  la  Province  de  hi  .nui, -h-  u^fch'>uari  ,  Sc  dans  celle  de  Coul:.  Il  n'y  en  a  ponce  en  aucun  au¬ 
tre  lieu  du  monde.  Son  principal  effet  tft  de  rcûifier  le  l’arg  ,  &c  de  rendre  les  forces  à  ceux  qui  les  ont  per¬ 
dues.  On  met  de  l’eau  dans  une  taflè  ,  on  la  fait  bouillir  à  gros  bouillons  j  on  jette  didaiis  Ls  Racines  de  •  '  »- 
ftng ,  qu’on  a  coupées  par  pcrits  morceaux  :  on  couvre  bien  la  tall'c ,  r  fin  de  f  urc  infulcr  le  lj  ,  r  y-  j  &  quand 
l’eau  eff  devenue  tiède  ,  on  l’avale  feule  dés  le  matin  avant  que  d’avoir  marge  On  garde  h  Ginltng  ;  Sc  le 
loir  6n  fait  bouillir  de  l’eau  encore  une  fois  ;  mais  on  n’en  met  que  la  moitiée  de  la  taffe  :  on  y  jette  le  n.cme 
Ginfeng,  on  couvre  la  taffe  ,  &  quand  l’eau  eft  alTez  froide,  011  la  boit  Enfuircon  fait  féchtr  le  Ginfeng 
au  foleil  &  fi  l’on  veut,  on  peut  encore  f  tire  infufer  dansduvinô:  en  ufer.  On  met  laq.iantité  de  Gipfeng 
à  proportion  de  l’âge  de  la  perfonne  qui  s’en  doit  fervir.  Depuis  dix  ans  jufqa’à  vi  igt ,  on  en  prend  chaque 
fois  le  poids  de  la  nioirié  d’un  foang  &  demi  :  depuis  trente  )ufqu’a  Ibixantc  &  dix  &  par  d.-là,  le  poids  û’un 
inayon  :  ôn  n’en  prend  jamais  davantage. 

Les  nids  d’oifeaux  fe  trouvent  principalement  en  Cochinchinc;  ils  font  admirables  pour  les  fai  fTs,  & 
bons  pour  la  fantc  .quand  on  y  mêle  du  Gintcng.  On  prend  une  poule,  dont  lachair  &  les  os  foi.  nt  noirs  , 
on  la  vuide  bien,  on  la  nettoyé.  Puis  on  prend  d.s  nids  d’oifeaux  ,  qu’on  amollit  avec  de  l’eau  ,  &  qu’on 
déchire  par  petits  filets.  On  coupe  auffi  du  Ginlcng  par  petits  morceaux  :  puis  on  met  le  tout  dans  le  corps 
de  la  poule  ,  dont  on  coût  le  fondement.  La  poule  cft  mile  cnUiite  dans  une  porcelaine  couverte,  qu’on  met 
dans  une  marmite  pleine  d’eau,  &  l’on  fan  bouillir  cette  eau  jufqu’à  ce  que  la  poule  foit  cuite  :  apres  quoi 
pn  laiffe  la  marmite  fur  la  braife  Sc  cendres  chaudes  pendant  toute  la  nuit.  Le  ma^in  on  mange  poule  ,  Gin¬ 
feng  Sc  nids  d’oifeaux  fans  fel  ni  vinaigre  ;  Sc  apres  avoir  m^ngé  le  tout ,  on  fe  couvre  bien  ,  &  quelquefois 
on  fuc. 

On  peut  auffi  manger  du  ris  cuit  à  l’c.iu  avec  les  nids  d’oifiaux  Çc  Ginfeng ,  accommodez  comme  ci-dtffus. 
Ou  mange  cela  a  la  pointe  du  jour ,  Sc  fi  l’on  peut  on  dort  là-dcll'us. 


Sur  l’Ambre  jaune. 

%  Yant  dit  très- peu  de  chofe  dans,  mon  premier  Livre  de  la  nature  de  l’Arnbre  jaune,  j’ai  crû  qu’il  ne 
feroic  pas  ho; s  de  propos  de  mettre  ici  ce  que  )’cn  ai  appris. 

L  Ambre  jaune  ou  K.i-Asi,  comme  j’ai  déjà  dit,  ne  le  çrouve  ordinairement  que  dans  la  Mer  Balrhique, 
fur  les  Cô.cs  de  la  Pruffe.  Quand  de  certains  vents  rognent ,  il  i  ft  jette  lur  les  rivag  s  ;  les  H.ibitans  qui 
craignent  que  la  meme  Mer  qui  le  jette  ne  le  rentraîne  ,  le  vont  ramafl'cr  au  plus  fort  de  la  tempête.  On 
en  trouve  des  morceaux  de  diverfs  figures  Sc  de  differente  grolLur  ,  5e  ce  qu  il  y  a  de  plus  furprcn..nt,  SC 
qui  embaraffe  davanc.ig-:  1.  s  Nacuraliftes ,  eft  qu’on  pêche  quelquefois  des  morceaux  de  c^t  Ambre ,  au  milica 
derqucls  on  voit  des  Feuilles  d  arbre ,  deS  Feftus.des  Araignées,  des  Mouches ,  des  Fourmi'  &  d’autres  infe¬ 
ctes  qui  ne  vivent  que  fur  la  Terre.  Ce  n’eft  pas  d’au jourd'hiiy  que  les  curieux  font  cas  de-  ces  morceaux, 
où  il  y  a  des  bcftioles  enfermets ,-  5c  qu’ils  les  regardent  comme  de  grandes  taretez.  Martial  a  fait  une  Epi- 
gramme  fur  une  Fotirmy  qu’on  lui  fit  voir  au  milieu  el’un  de  ces  racic.aux. 


Dun  Pha'êtomcâ  Formica  vagatur  in  ambra  , 

Implicuit  termem  Succina  giitta  feram. 

Sic  moio  ejitic  fuerat  efl  nunc  prêt  la  fa  fuis  , 

Funeribus  faüa  eft  nunc  pretiofa  /*>  f. 

En  effer  c’eft  une  chofe  affez  difficile  à  expliquer ,  comment  des  Fcftus  Sc  des-infeCtes ,  qui  nagent  toûjour» 
fur  l’eau  à  caufe  de  leur  Icgcrctc  ,  peuvent  fc  rencontrer  dans  des  morceaux  d’ Ambre  ,  qu’on  tire  du  fonds 
de  la  Mer-  Les  Philofophcs  n’en  ont  rendu  jufqu’à  préfent  aucune  railbn  pertinente,  Sc  iis  ont  crû  qu’cllc 
croit  auffi  cachée,  que  la  caufe  d’une  propriété  qu’on  remarque  dans  l’Ambre,  qui  tft  d’attirer  5c  d’enlever 
la  paille.  Effayons  neanmoins  d’expliquer  l’une  Sc  l’autre,  &  tâchons  d’en  découvrir  la  ve-ritablc  origine. 

Ceux  qui  ont  voyagé  fur  la  Mer  Balthiquc  .  remarquent  que  du  cô:é  de  la  Prufle  il  y  a  de  grands  rivages 
fur  Iclqucls  la  Mer  s’étend  tantôt  plus,  Sc  tantôt  moins  ;  Mais  que  du  côté  de  la  Suède  ,  cc  lont  de  hautes 
Falaizcs ,  ou  des  Terres  foûtcnuës ,  fur  le  bord  dcfquellcs  il  y  a  de  grandes  Forefts  remplies  de  Peupliers  Sc  de 
Sapins ,  qui  produifent  tous  les  Erez  quantité  de  Gomme  Sc  de  Raizinc. 

Cela  fuppofé  ,  il  cft  ailé  de  concevoir  qu’une  partie  de  cette  mati.re  vifqucufe  demeurant  attachée  aux  bran¬ 
ches  des  arbres,  les  neiges  la  couvrent  pendant  l’hyver  ,  les  froids  l’cndurciifent ,  Sc  la  rendent  caffantt ,  &; 
les  Vents  impétueux  en  fccouant  les  branches  ,  la  détachent  &  l’cnlevcnt  dans  la  Mer-,  clic  defeend  au  fonds 
par  fon  propre  poids ,  elle  s’y  cuit  peu  à  peu  ,  &  s'y  endurcit  par  l’acfticn  continuelle  rlcstlprits  falins  de  la 
Mer  ,  &  enfin  clic  devient  l’Ambre,  dont  nous  examinons  préfentement  la  nature.  Enfuite  de  quoi  la  Mec 
venant  à  s’agiter  extraordinairement ,  &  lèvent  pouffant  fes  flots  des  Côtes  de  la  Suède  vers  ccllesdt-  la  Prufle, 
c’eft  une  ncccffitcquc  l’Ambre  fuive  cc  mouvement ,  Sc  donne  aux  Pêcheurs  occafion  de  s’enrichir ,  &  de  profi, 
ter  de  cette  tempête. 

L’endroit  donc  de  la  Mer  Balthiquc  où  il  y  a  plus  d’ Ambre ,  doit  être  au  deffous  de  ces  Arbres ,  Sc  du  côte 
de  la  Suède  ,  fie  fi  la  Mer  n’y  étoit  pas  trop  profonde  ,  je  ne  doute  pas  qu’on  n’y  en  trouvât  en  tout  temps  une 
tres-grandc  quantité,  Sc  il  ne  faudroit  point  attendre  que  le  Vent  y  fut  favorable ,  comme  on  fait  aux  Côtes 
de  la  Ptuffe. 

B 


f  11  n’v  a  pas  toutcsfois  de  répugnances  qu’on  ne  puiffe  trouver  quelques  morceaux  d’Ambre  dans  d’autres 
endroits  de  la  Mer  Balthique  ,  &  meme  dans  l’Océan  ,  avec  lequel  elle  a  communication  :  car  l’eau  de  la  Mer 
csant  continuellement  agitée  ,  elle  peut  bien  en  enlever  quelques  uns ,  &  les  poufler  fur  des  rivages  fort  éloi¬ 
gnez  :  mais  cela  ne  fc  doit  pas  taire  fi  fréquemment  ,  ôc  en  fi  grande  abondance  ,  comme  fur  les  Côtes 
de  la’  Prufl’e. 

Au  relie  il  n’y  a  pas  de  difficulté  à  expliquer  dans  cefentiment ,  comment  des  mouches ,  des  fourmis  & 
d’autres  infidlcs  peuvent  quelquefois  fe  trouver  au  milieu  d’un  morceau  d’Ambre.  Car  s’il  arrive  qu’une  de 
ces  petites  bêtes ,  en  fe  promenant  fur  les  branches  d’un  Arbre  ,  rencontre  une  goutte  de  cette  matière  rai- 
Cneule  qui  coule  à  travers  l’écorce  ,  &  qui  eft  allez  liquide  en  fortant ,  elle  s’y  embaraffe  facilement ,  & 
n’ayant  pas  la  force  de  s’en  retirer  ,  elle  ell  bicn-tôt  enfevelie  par  d’autres  gouttes  ,  qui  fiiccedcnt  à  la  pre¬ 
mière  &  qui  la  groffilTcnt,  en  fc  répendant  tout  à  l’entour.  Cette  matière  ,  au  milieu  de  laquelle  il  y  a  des 
infedes  ,  venant  à  tomber  ,  comme  nous  avons  dit  ,  dans  la  mer,  elle  s’y  prépare  &  s’y  endurcir»  &  s’il  ar¬ 
rive  enfuite  quelle  foit  poulTéc  fur  un  rivage  ,  5c  q«  elle  tombe  entre  les  mains  de  quelque  Pêcheur  ,  elle 
fait  l’étonnement  &  l’admiration  de  tous  ceux  qui  n’en  fçavcnt  pas  la  caufe. 

PalTons  maintenant  à  la  propriété  qu’a  l’Ambre  d’enlever  la  paille,  &  voyons  ce  qu’en  pcnfcntles  Philo- 
fophes.  Les  Sedateurs  d’Aiillote  difent  que  l’Ambre  attire  la  paille  par  une  faculté  attradricc  ,  5c  ils  ajou¬ 
tent  que  cette  propriété  dépend  d’une  qualité  occulte  qui  fe  rencontre  en  lui ,  5c  qui  le  fait  fympatifer  avec  la 
paille  ,  plutôt  qu’avec  toute  autre  chofe.  Mais  premièrement  ,  qu’cft-cc  qu’avoir  une  faculté  attradricc  ï 
N’cft  ce  pas  avoir  la  puiffiincc  d’attirer  ou  pouvoir  attirer  î  Or  de  dire  que  I  Ambre  attire  la  paille  parccqu’il 
peut  l’attirer  ,  ce  n’cft  point  toucher  la  caufe  de  cet  effet  :  c’eft  expliquer ,  comme  on  dit  dans  l  école ,  une  chofe 
par  elle- même  ,  idtm  per  idem. 

Z,  De  dire  que  l’Ambre  a  fympathic  avec  la  paille  par  une  qualité  occulte ,  c’eft  dire  en  paroles  couvertes, 
que  la  chofe  eft  cachée ,  ÔC  qu’on  ne  la  connaît  point  i  car  qualité  occulte  ou  qualité  cachée  ,  ou  qualité  qu’on 
ne  connoît  point ,  font  une  meme  chofe. 

3.  Il  n’cft  point  vrai  que  l’Ambre  ait  fympathic  avec  la  paille,  plutôt  qff  avec  quclqu’ autre  chofe;  car  quand 
on  l’a  frotté  ,  il  attire  indifféremment  du  papier ,  de  la  paille  &  toutes  fortes  de  chofes  Icgcres.  Je  m’en  fuis 
même  fervi  dans  notre  AlUmbléc ,  pour  attirer  une  aiguille  de  Bouffole,  Sc  pour  la  faire  tourner  fur  fon  pii 
VGt,auffi  bien  que  fionluicût  préfciné  de  l’Aiman, 

.  4.  Comme  la  même  propriété  (c  rencontre  dans  le  jayet,  dans  la  Gomme,  dans  le  Verre,  dans  la  Cire 
d’Efpagnc ,  5e  dans  la  plupart  des  Pierres  précieufes ,  il  faut  chercher  une  raifon  generale ,  qui  puiffe  convenir 
également  à  toutes  ces  chofes. 

3’aimctois  donc  mieux  dire  que  ces  corps  contiennent  dans  leurs  pores  une  matière  fort  fubtilc,  qui  n’cft 
jamais  fans  mouvement ,  à  caufe  de  fa  fubtilité  ,  5c  que  faifant  effort  pour  fortir  de  ces  cellules  ,  clic  y  eft 
inceffamment  repoufféepar  la  réfiftanccAe  l’air  qu’elle  rencontre  à  la  furface.  Car  il  s’enfuit  de  là  ,  que 
fi  on  frotte  ces  memes  Corps ,  on  augmente  le  mouvement  de  la  maticic  qu’ils  contiennent ,  5c  on  lui  donne 
afftz  de  force  pour  vaincre  la  téfiftance  de  l’air ,  5c  pour  s  étendrç  un  peu  à  la  ronde  ,  enfuite  de  quoi  fou 
mouvement  diminuant,  elle  eft  repouffée  par  i’air  ,  ôc  eft  obligée  de  retourner  dans  les  pores  ,  dont  elle 
vient  de  fortir ,  parce  que  d’autre  matière  ne  fçauroit  s’y  placer  fi  cornmodément.  Or  cette  matière  ne  peut 
s’en  retourner ,  5c  être  ainfi  repouffée  pat  l’air  ,  que  les  chofes  Icgcres  qui  fc  trouvent  dans  fon  chemin  ^  ne 
foient  auffi  déterminées  à  fuivre  ce  mouvcmcnc ,  ôc  à  s’approcher  par  confequent  de  l’Ambre  ôc  des  autres 
corps  où  cette  matière  fait  effort  de  t’entrer. 

Cette  explication  fcmblc  d’autant  plus  vrai  fcmblable  ,  que  rcxpcricncc  nous  fait  voir  que  ni  l’Ambre 
ni  les  autres  corps  qui  lui  rcffcmblcnt ,  n’om  la  vertu  d’attirer  aucune  chofe,  fi  la  matière  qu’ils  contien¬ 
nent  dans  leurs  porcs  n’cft  auparavant  émue  5c  excitée  par  le  frottement.  Et  je  préfère  ce  fentiment  à  celui 
de  ceux  qui  veulent  que  ces  corps  envoyent  leurs  propres  parties  quand  ils  font  ainfi  frottez  ,  ôc  qui  difent 
que  ces  p.artie$  étant  graffes,  clics  s’attachent  facilement  aux  chofes  Icgcres  qu’elles  rencontrent ,  ôc  hes  en- 
tr,aîncnt  avec  elles  ;  car  quelle  maiffe  peut-on  imaginer  dans  les  Pierres  précicufcs  ,  8c  principalement  dans  Ic 
Verre  qui  fc  fait  avec  du  Sable  ôc  de  la  Cendre  ,  que  1  on  fait  fondre  dans  un  feu  trcs-violcnr. 

On  peut  former  quelques  difficultez  fur  l’c^inion  que  nous  venons  d’embraffer  ,  ôc  on  peut  demander 
en  premier  lieu,  pourquoi  cette  matière  qui  fort  de  l’Ambre  5c  des  autres  corps ,  quand  ils  font  frottez,  ne 
pouffe  pas  auffi  bien  la  paille  ôc  le  papier  en  fortant ,  comme  clic  les  poulie  ôc  les  entraîne  en  revenant }  Sur- 
quoi  il  eft  aifé  de  répondre,  que  cette  matière  en  fortant  compofe  plufieurs  petits  filets ,  qui  étant  affez  bien 
ordonnez  entr’eux,  trouvent  un  paflagc  libre  à  travers  les  porcs  des  chofes  légères  qu’ils  rencontrent  :  mais 
qu’en  revenant  ils  ne  ^aident  pas  les  mêmes  lignes,  ôc  ne  peuvent  pas  repafler  par  les  mêmes  endroits ,  tant 
parce  que  l’air  les  réfléchit  en  defordre  ôc  cnconfufion  ,  que  parce  que  les  poresde  ces  chofes  Icgcres  étant 
picfquc  tous  occupez  par  la  matière  qui  fort  encore  de  l’Ambre  ,  ôc  qui  eft  en  poffcffion  d’y  pafTcr  ,  il  faut 
ntceffaircmcnt  que  celle  qui  retourne  frappe  leurs  parties  folides.  D’où  il  s’enfuit  que  ces  chofes  doivent 
s’approcher  de  l’Arnbrc  &c  y  demeurer  même  attachées ,  tant  que  l’air  qui  fuit  la  matière  qui  rcrourne  ,  les 
foûtiendra  par  d.  flous. 

On  demande  encore  fi  l’Ambre  jaune  doit  paflèr  pour  une  Gomme ,  ou  pour  une  Raifinc?  Sur  quoi  il 
eft  aifé  de  fe  déterminer.  Car  comme  la  Gomme  fc  fond  à  l’eau  ,  &  que  la  Raifinc  ne  fc  fond  qu’au  feu ,  il 
femblc  que  l’Ambre  qui  ne  fc  fond  qu’en  cette  ^crnicte  maniéré ,  doive  être  mis  au  rang  des  Raifincs ,  plu¬ 
tôt  qu’en  celui  des  Gommes.  Ce  n’tft  pas  que  Monficur  Kcrkring  n’ait  un  fort  beau  fccret  de  ramolllic 
l’Ambre  autrement  que  par  le  feu.  Il  en  fait  comme  une  pâte  ,  à  laquelle  il  donne  telle  figure  qu'il  lui  plaît, 
il  a  même  enfermé  par  ce  moyen  un  petit  Fœtus  au  milieu  d’une  maffe  d’Ambre.  5c  illc  conferve  ainfi  à 
Utrecht  depuis  plufieurs  années.  Cette  maniéré  de  conferver  des  corps  morts ,  eft  la  plus  belle  qu’on  ait 
inventée  jufqu’à  préfent  ;  car  outre  qu’ils  y  demeurent  exempts  de  corruption ,  on  a  le  plaifir  d’en  confiderer 
tous  les  traits  à  travers  l’épaiffcur  de  l’Ambre,  à  caufe  de  la  tranfparcncc  de  fa  matière. 

Etant  fur  le  chapitre  de  l’Ambre,  j’ai  jugé  à  propos  de  donner  au  public  la  manière  de  faire  du  faux  Am¬ 
bre  qui  m’a  été  donnée  par  une  perfonne  qui  dit  l’avoir  fait  ;  car  pour  mon  particulier  je  ne  l’ai  jamais  expe- 
limcntc. 


Four  faire  Fierres  d' Ambre  cUires. 

Bouillez  de  la  TercbenÆine  en  une  Poefle  plombée  avec  un  peu  de  coton  ,  les  remuant  jufqu’à  ce  qu’ils 
deviennent  épais  comme  Papin  i  puis  le  verfertz  dans  ce  que  vous  voudrez,  &  le  mettant  au  Soleil  refpacc 
de  huit  jours  ,  lors  il  fera  clair  &c  dur  afltz  :  on  en  peut  faire  des  Patenôtes ,  manches  de  couteaux  ,  &  roue 
ce  que  l’on  veut. 

^utre  Fafû/t  de  faire  Fierres  d’ambre, 

• 

Ayez  feize  jaunes  d’œux  &  les  battez  bien  avec  une  cuillier,  prenez  puis  après  deux  onces  de  Gomme 
Arabique,  &  une  once  de  Gomme  de  Ceriziers  ,  léduifcz-lcs  en  poudre  &  les  mêlez  avec  les  j  runes  d'œufs , 
laiffjz  bien  fondre  les  Gommes  S>c  les  verfez  en  un  pot  plombé  ,  metrcz-les  fix  jours  au  iolcil ,  &  ils  de  vien¬ 
dront  durs  &  tranfparants  comme  le  verre  ,&  quand  on  les  frotte,  ils  tirent  à  loi  la  paille,  comme  les  autres 
Pierres  d’ Ambre. 

Sur  le  Caphe. 

Le  Caphé  cft  une  efpèce  de  Féve  qui  croî:  dans  l’Arabie  prés  la  Mecque.  Sa  forme  cft  qvalc  ,  &  fa 
grolfeur  égale  à  celle  des  olives,  ordinaires.  Le  débit  en  eft  fi  grand  en  Turquie, que  Icfcul  impoftque 
le  Grand-Seigneur  y  a  mis  monte  à  une  fomme  confiderable.  On  en  fait  un  breuvage  dont  on  commence  de 
fe  fervir  en  Europe ,  &  dans  Paris  il  y  a  pluficursiBouciques  où  I  on  en  vend.  Les  Arab.  s  font  cette  décedion 
de  deux  façons ,  ou  avec  la  peau  ou  écorce  de  ladite  graine ,  ou  avec  la  graine  même.  Celle  qui  tft  faite  avec 
la  graine  feule  ou  noyau  ,  n’eft  pas  fi  efficace  que  celle  qui  eft  faite  avec  l’écorce,  &  ils  remarquent  que  de  ces 
deux  fucs  differens ,  l’un  rafraîchit  &  l’autre  échauffe.  Ils  font  rôtir  ce  fruit  au  feu  ,  le  mettent  en  poudre 
&  le  laiffent  infufer  dans  l’eau  pendant  un  jour.  Les  Turcs  font  bouillir  l’eau  ,  &  après  y  jettent  la  poudre 
&  font  rebouilit  le  tout  julqu’a  ce  qu’il  n’y  ait  plus  d’amert.  me  ,  qui  s’y  trouveroit  toujours  fans  uneparfaitc 
coAion.  Ceux  qui  veulent  en  ufer  plus  dcücieufcment  mêlent  avec  cette  poudre  quantité  de  fucre,  de  ca- 
nelle  ,  &  un  peu  de  girofle  ,  ce  qui  lui  donne  une  pointe  agréable  &  la  rend  beaucoup  plus  nourriflantc.  Son 
ufage*  n’eft  pas  moins  fiéqucnt  dans  la  Turquie  que  celui  du  vin  dans  nos  Cabarets.  Les  plus  pauvres  en  boi¬ 
vent  pour  le  moins  deux  ou  trois  fois  tous  les  jous  -,  c’eft  une  des  choies  qu’un  mary  cft  obligé  de  fournit  à 

fa  femme  en  ce  pays  là.  ^  ^  r  -r  v  n  .a 

On  croit  communément  que  cette  boiffon  échauffé  Sc  fortifie  1  eftoraach ,  que  c  eft  un  puiflant  remede  pour 
guérir  les  obftrudions  des  entrailles  Sc  pour  les  humeurs  froides ,  du  foye  ,  &  de  la  ratte ,  &  les  expériences 
’  i  a  faites  en  Ant^leterre  ,  en  Suède  ,  en  Danemarc  ,  font  connoûrc  que  le  Caphé  n'eft  pas  moins  utile 
les  catharres  &  défluxions  q.  i  tombent  lur  la  poitrine  ,  dan^  les  fupprÆons  des  mois  &  d’urine ,  dans 
l’ébullition  du  fang,  &  dans  rabattement  des  foici.s,  que  contre  les  vents,  l’hydropifie  6c  l’abondancc  de  U 
bile  ,  la  corruption  du  fang  &  la  perte  de  l’appetit. 

M.  Vvillis  l’eftime  fur  tout  pour  la  vertu  qu’il  a  de  guérir  les  maux  de  tête  ,  &  il  s’en  cft  fervi  ft  Ibuvenc 
&  avec  tant  de  fucetz  ,  qu’il  avoue  qu’il  n’emploïe  plus  d’autre  rtmede  pour  o-s  fortes  de  maladies.  Il  ab- 
bat  les  vapeurs  qui  montent  au  cerveau  ,  &  fuppléc  fi  bien  au  fommeil ,  qu’en  prenant  un  verre  tous  les  foirs, 
on  peut  veiller  pluficurs  nuits  de  fuite  fans  en  être  incommodé.  M.  Vyillis  attribue  tous  ces  effets  merveil¬ 
leux^  à  la  facuté  de  ce  fruit ,  dont  l’écorce  eft  tha  de  au  premier  degré  ôc  feichc  au  fécond.  Le  noyau  en  eft 
tempéré  :  il  defleiche  pourtant  toûjou  s,  &  c’eft  dc-là  que  vient  cette  grande  maigrtur  dans  laq.i.lle  tom¬ 
bent  ceux  qui  en  ptennent  avec  excez  Mais  fi  l’excez  en  cft  vicieux  ,  l’expencncc  fait  voir  que  cette  boiffon 
prife  le  matin  à  jeun  avec  un  peu  de  lucre  &  bien  a  propos ,  eft  tres-uiilc  à  la  fantc. 

Sur  les  Fierres  de  Serpent. 


1 


La  Pierre  de  Serpent  ,  que  les  Portugais  appellent  Cobra  de  Capdos  ,  fe  trouve  d.rn$  la  tête  d’un  Ser- 
pent  ,  ainfi  appelle  parce  qu’il  a  fur  la  tête  une  petite  éminence  faite  en  forme  de  chapeau  :  On  dit 
qu’il  n’y  a  rien  de  fi  fouverain  contre  les  piqiiûeres  des  bêîcs  venimeufes.  Car  fi  on  la  met  fur  la  playe  , 
clic  s’y  attache  fortement  &  en  attire  le  venin.  Lors  qu’elle  en  cft  pleine ,  elle  tombe  d’cJIc  mêmen’ayanc 
plus  de  force  ;  mais  étant  jettée  dans  du  lait ,  elle  s’y  décharge  du  venin  qu’elle  avoir  pris  ,  &  recouvre 
fa  première  vertu.  Le  P.  Kircher  dit  qu’il  a  cfté  long-tcms  fans  le  vouloir  croire  ,  quoique  plufieurs  Au¬ 
teurs  dignes  de  ^y  en  parlaffent  comme  d’une  chofe  aflùrécj  mais  qu’enfin  il  a  efté  convaincu  par  l’expcrienco 
qu’il  en  a  lui-  meme  faite  en  prefencc  de  plufieurs  perfonnes  fur  un  Chien  mordu  par  une  vipère. 

Cette  hiftoirc  fe  trouve  confirmée  par  une  Relation  envoyée  depuis  peu  au  Prince  Jean  Frédéric  Duc  de 
Brunfvvik  &  de  Lunebourg  ,  à  qui  tous  les  Sçavans  rendent  compte  de  ce  qu’ils  apprennent  de  nouveau  ,  non 
feulement  parce  qu’il  en  eft  curieux  ,  mais  encore  parce  qu’il  eft  très- verfé  dans  la  plupart  des  Sciences.  M. 
Tachenius  ,  dans  une  lettre  qu’il  a  écrire  de  Venife  le  zy.  Avril  1668.  mande  à  ce  Prince  ,  que  voulant  faire 
l’experiencc  de  la  vertu  d’une  de  ces  Pierres  qui  avoir  efté  apportée  à  Venife  par  un  Arménien ,  il  fit  mordre 
un  Chien  à  la  jambe  par  une  Vipère',  demie  heure  après ,  comme  on  connut  par  les  hurlemens  que  cet  ani¬ 
mal  faifoic  ,  &  par  l’enflure  de  fa  jambe ,  que  le  venin  s’eftoit  répandu  dans  fes  veines  &  lui  caufoit  beau¬ 
coup  de  ‘douleur  j  le  Comte  de  Schlick  ,  chez  qui  fe  faifoit  cette  expérience ,  appliqua  la  Pierre  de  l’Arme- 
nien  fur  la  playe  .  &  auffi  tôt  cette  Pierre  s’y  attacha  fi  fortement  qu’on  ne  l’en  pouvoir  arracher  ,  &  l’ani¬ 
mal  ceffa  de  fe  plaindre.  Elle  y  demeura  attachée  l’efpace  de  deux  heures ,  au  bout  defquclles  cftant  tombée 
d-elle-même  ,  on  la  mit  tremper  dans  du  lait ,  qu’elle  empoifonna  de  telle  forte  ,  qu’un  Chien  qui  en  but 
mourut  la  nuit  fuivante. 

On  la  mit  une  fécondé  fois  fut  la  playe ,  &  elle  s’y  attacha  encore  ,  mais  elle  tomba  demie  heure  après-, 
&  ayant  efté  mile  dans  d’autre  lait ,  elle  lui  communiqua  moins  de  venin.  Car  quand  on  écrivit  cette  Rela¬ 
tion  ,  il  y  avoir  âéja  trois  jours  qu’un  autre  Chien  avoir  bû  de  ce  lait ,  &  neanmoins  il  vivoit  encore  ,  & 
meme  il  y  avoir  clperaace  qu’il  en  échaperoit. 


r  ^ 

la  ttoTicn'C  fois  qu  on  l’appliqua  fur  la  playc ,  elle  ne  s’y  attacha  point  ,  parce  qu’il  n’y  rcftoit  plus 
^e  venin. 

M,  Tachenius  ajoute  qÇc  cetre  Pienc  clloit  noire,  ronde ,  grande  comme  un  fol ,  5c  quatre  fois  plus 
cpaifle  * ’5c  que  l’AriBenicp  diloit  que  non  feulement  elle  guetiU'oit  de  meme  les  morfurcs  des  Chiens  en¬ 
ragez  5c  de  toutes,  les  Bê.cs  yenimeulcs ,  mais  qu’elle  eftoit  encore  fouveraire  contre  la  pelle. 

Il  y  a  de  deux  fortes  de  Pierres  de  Serpent ,  l’une  niturclle  6c  l’autre  fabriquée  ;  celle  qui  eft  naturelle 
fe  trouve  dans  la  te  c  d’un  gros  Serpent  fort  comme  aux  Côtes  de  ïklelindc  ;  6c  comme  je  n’ai  jamais  pû 
avoir  de  cetre  Pierre  de  Serpent  naturelle  j  je  rapporterai  ce  qu’en  a  écrit  M.  Tavernier,  qui  eft  Icfcul 
Auteur  flue  j’aye  ttouvé  qui  ait  traité  le  plus  au  long  de  cette  Pierre. 

Il  y  a  une  P  erre  qu’on  appelle  de  Serpent  au  chaperon  :  c’eft  une  cfpccc  de  Serpent  qui  a  en  effet  comme 
un  chaperon  qui  lui  pend  dcri-.crc  la  tête  ;  c’eft  derrière  ce  chaperon  qu’on  trouve  la  Pierre,  dont  la  moindre 
ell  de  la  grollcur  d’un,  œuf  dé  ppulc. 

On  ne  trouve  de  ces  P  erres  qu’aux  Serpens  qui  ont  au  moins  deux  pieds  de  long.  Si  cHcs'grt  III fient  à  pro¬ 
portion  de  l’animal ,  il  faut  qu’il  y  en  ait  de  bien  grofTes,  puilqu’il  le  trouve  en  AlFiique  6c  en  Aficdcces 
Serpens  qui  ont  vingt  cinq  pieds  de  long  ,  comme  clloit  celui  dont  on  garde  la  peau  à  Batavia  ,  qui  avoit 
avallê  une  fille  de  dix  huit  an.s. 

Ce  même  Auteur  dit  que  cetre  Pierre  n’eft  pas  dure  ,  6c  qu’eftant  broyée  contre  une  autre  Pierre,  clic 
rend  un  certain  limon  ,  lequel  eftant  détrempé  dans  un  peu  d’eau  ,  6c  bû  par  une  peiTonre  qui  a  quelque  poi- 
fon  dans  le  corps  ,  a  U  venu  de  le  challtr  dans  le  moment  ;  que  l’on  ne  peur  avoir  de  ces  Pierres  qi  c  par  le 
moyen  des  Matelots  5c  Soldats  Portugais ,  qui  reviennent  du  AioT^er/il/k/iie  :  Au  relie  ce  n’eft  pas  cette  forte  de 
Pierre  dont  j’efpcrc  faire  ici  un  grand  détail  ,mais  de  celle  qui  fait  tant  de  bruit  dans  le  monde  ,  6c  dont  on  vcn'c 
tant  les  propcietez ,  6c  que  la  plupart  croyent  cftic  natuicllc,  quoique  fabriquée  ainll  que  je  le  ferai  voir  par 
la  fuite.  • 

Ayant  fait  voir  la  haute  eftime  6c  les  differens  fentîmens  que  l’on  a  de  cene  Pierre  ,  je  dirai  que  l’on 
doit  abrolumient  croire  que  ccre  Pierre  n’eft  point  naturelle  mais  fabriquée  ;  6c  pour  preuve  de  mon  dire, 
je  rapporterai  ici  de  quoi  cl’e  eft  compofée  ,  afin  que  ceux  qui  en  voudront  avoir  la  puilTcnt  faite  :  j’en  ai 
pJuficuts  que  je  g-ude.  Prenez  Bezoard  Anirhal  de  Fiance  une  once ,  poudre  de  Crapaux 
d’Ecreviftè  ,  le  tour  préparé  dans  le  mois  de  Juin  ,  de  chacun  demie  once , 

Terre  figilléc  prcpaiéc  dans  la  décoélton  de  Racine  de  Scorfonairc  ,  6c  de  Contra  ycrv.t ,  une 
cfncc;  Licorne  minérale  une  once  :  ayant  réduit  le  tout  en  poudre  fubtile,  on  formera  une  pâte  a-ccla  gelée  de 
Vipcrc'!,  extraite  avec  la  décoél.on  lîc  la  Racine  de  Contra  yerva  ,  du  bois  de  Coulcvrc  ou  de  Contra- 
yerva  de  la  Viiginie  j  8c  en  ayant  fait  des  trocbifqnes  de  l’cpaiC^cur  &  grandeur  d’un  double  ,  plus  oti 
moins  ,  fc\on  <^ue  l’on  dcfitcra ,  on  les  fera  feieber  a  l’ombie  ,  6c  on  le.'-  gaid.ra  pour  le  befoin.  Les  Indiens 
la  f  )ht  ordinaiietnent  de  la  grandeur  &  cpaiftèurd’un  liard  ou  double  de  France. 

Voilà  ce  que  c  eft  cerx  tant  renommée  Pierre  de  Serpent. 

'Outre  les  deux  Relations ,  voilà  ce  que  Monficur  Tavernier  en  a  écrit. 

Je  ferai  enfin  mention  de  la  Pienc  de  5"  qui  eft  à  peu  ptés  de  laglardcur  d’un  double,  6c  quelques- 
unes  tirant  fur  l’ovale  ,  étant  épaiftes  au  milieu ,  6c  devenant  mince  fur  les  bords.  Les  Indiens  d  (ent  qu’elle  (c 
forme  fur  la  tcic  de  certains  Serpens  ;  mais  je  croirois  pliuô:  que  ce  font  les  Pteftres  des  Idolâ  tes  qui  le  leur 
font  accroire, 5c  que  cetre  Pierreeft  une  compofition  qu’ils  font  de  quclquesdrogucs.  Quoiqn’ilcn  füit,cllca 
une  excellente  vertu  pour  tirer  tout  le  venin  quai  d  on  a  cftémordu  d’un  animal  venimeux.  Si  la  pariretùs’cft 
faite  la  tnorfure  n’eft  pas  entamée  ,  il  faut  y  faire  une  incifion,  afin  que  le  fangen  forte  ,  6c  lorfquc  la  Perre  y 
a  efté  appliquée  ,  elle  ne  tombe  point  qu’elle  n’ait  tiré  tout  le  venin  qui  s’amafle  autour.  Pour  la  rerreyer  ,  on 
prend  du  lait  de  fe  nme  ,  ou  à  fon  defaut  du  laie  de  vache  ,  6c  apres  y  avoir  trempé  dix  ou  douze  heures , 
ce  lait  qui  a  attiré  tout  le  venin  ,  prend  une  couleur  d’apoftiimc.  Ayant  un  jour  dîné  avec  l’Arcbcvcquc  de 
Goa  ,  il  me  mena  dans  Ton  c.ibinct  de  tarctez,  où  il  y  avoit  pluficurs  pièces  curieufes.'Entr’auttcs  ebofes  il  me 
montra  une  de  ces  Pierres,  8c  m’en  difant  la  propriété ,  m'aflura  qu’il  n’y  avoit  que  trois  jours  qu’il  en  avoir 
£xit  l’expctience  ,  enluite  de  quoi  il  m’en  fit  prefent.  Comme  il  traverfoit  un  marais  de  l  lfle  de  Salfcteoùeft: 
Goa  pour  aller  a  une  M  «ifon  de  campagne  ,  un  de  ceux  qui  le  portoient  dans  fon  Pallexis ,  8c  qui  font  prcfque 
tout  nuds ,  fut  mordu  d  un  Serpent ,  6c  guéri  en  même  tems  par  cette  Pierre.  J’en  ai  acheté  pluficurs ,  6c  il 
n’y  a  que  les  Bramiiics  qui  les  vendent ,  ce  qui  me  fait  juger  que  ce  font  eux  qui  les  font.  On  fe  lcrt  de  deux 
moyens  pour  éprouver  fi  cetre  Pierre  de  Serpent  eft  bonne,  6c  s’il  n’y  a  point  oc  tromperie.  Le  premier  eft  , 
fi  l’on  met  la  Pierre  dans  la  bouche  -,  car  alors  la  Pierre  eftant  bonne,  elle  faute  6c  s’attache  incontinent  au  pa¬ 
lais.  L’autre  eft ,  de  la  mettre  dans  un  verre  plein  d’eau ,  6c  aiiflî  tôt  fi  elle  n’eft  point  falfifiée  ,  l’eau  fe  met  à 
bouillonner ,  de  petites  vcllies  montant  depuis  la  Pierre  qui  eft  au  fond  jufqucs  au  dcfl'us  de  l’eau. 

Sur  la  Licorne  Minérale. 

CE  n’eft  pas  fans  fujet  que  les  Indiens  font  entrer  cette  Pierre  dan^  la  compofition  de  la  Pierre  de  Ser¬ 
pent  J  8c  comme  c’eft  une  drogue  peu  connue  6c  dont  peu  d’Auiciits  traiicnt ,  je  r.ipporrcrai  ce  qu’en  a 
écrit  Monficur  Vvotme  dans  fon  Cabinet  à  la  page  54.  afin  que  les  Médecins  la  puifîcnt  mettre  en  ufage. 

CO  RNV  FOSSILE  ,  Gtfnro  Ceratitts  ,  Clujto  Ebur  fvJfiU  .  Cétfa’pno  Lapis  ^rabiens  ,  qfùhuf- 
Aam  dtns  Elrpha»ti  petrf.  B  is  ,  aliis  Lithcnu,r^a  atba.  Tamvaria  nomitia  ob  figura  vanetatm  confpicitur, 
flb  ithoribus  acetpit. 

Cum  Oftcecollis  rnagnarn  habet  affinitatern  ;  </uocirca  ai  lapides  molles  a  <^Hibnfâam  refertur.  Eft  autem  fitbftan- 
tia  lapiiofà,  colore  ,  IrJore  &  forma  cjuan-'oejne  Cornu  referens ,  ejuandoque  dur  tus  ,  (juandeejtte  mollius  ,  corcite 
txteriorc  duro  ,  fiaveficme  ,  nigro  aut  fhbcifieno  ,  tntdullà  molli ,  albâ  ,  levi ,  friabili ,  ahfi^tie  p^tis  compati â  ,ad- 
ftringente  ,  exficcante  ,  lingna  fi'miter  adharmte ,  oiore  qrato.  L,venitur  tarn  in  Italie  ,  (juarn  variis  Germania 
loch  J  prope  Elbingerodain  Sylva  Hcrcinia  ,prvpe  Heiddbu-ga?n ,  Hddesheimium/tn  Moraijiâ  ,Sdefiiâ  ,SaxOfiiâ. 

Mattria 


9 

MaterÏA  &  modus  gtntratïonïs  hifce  exprïmitur  ab  ^nshelmo  Bo'ètlco  i  Boèt  :  Mattriam  proximam  gentra- 
tionis  loamm  Comuum  ,  Margam  vcl  Marg<t  Jptcitm  ejfe  exiflimo  ,  dura  lapidtfccnte  ,  &  fubùrramà  aquâ 
fluentt  irrigatur  ,  folvitur  &  laBis  inflar  fiuit  per  terra  cavitates  ,  in  ^uibus  fi  'a  terra  adftante  ^tjaa  ferofior 
pars  abforhetar  aat  mbibimr  ,  vel  praterfiuit ,  tam  crajfior  pars  cavitates  impUnie  fiftitar  ,  &  abfumpto  omni  ku- 
more  co'aleficit ,  lapidefijne  firmam  &  corna  pra  fie  fert  ,  aat  Marga  tantum  ,  fi  fitccas  exiguam  vim  lapidificam 
habaerit.  Haccaufa  tjl  sfaodinterdum  ejaf/nodi  frufia  crajfa  j  interdam  exigua  &  tenuia  confpiciantar.  Verùm 
fi  laBtas  hamor  non  in  cavitatem  ,  fed  in  lignam  ali^aod  jam  vetaflate  arefaSlum  incidat  j  iUiufque  corpus  jarn 
leve  &  porofitrn  fiubeat  ,  &  exhalatâ  aqua  tcnuiore  portione  ,  crajfior  remaneat  ,  lignam  tranjmutat  ,  cjufque 
partes  Jibi  ajfimilat ,  ita  tamen  ut  fpecies  ligni  nofci ,  &  interdurn  odor  deprehendi  pojfit.  Qwd  ligno  contingit , 
id  etiam  cornubus  cervinis  dentique  Blephanti ,  aliifque  quadrupedum  partibus  »  fi  in  hujujmodi  loca  décidant , 
contingere  pottji, 

Hac  fententia  proxîme  ad  veritatem  accedere  videtur.  Vim  enim  eandetn  obtinent  hacce  cornua ,  quam  Mar- 
gis  ,  Bolis  f  &  Terris  figilaiis  adfcribunt.  Qupd  alii  de  cornihus  Monocerotum  dilavio  per  varia  loca  difperfis , 
bitumine  liquida  ,  fiuccino  aut  lapidibus  putrefaüis  philofophantur  ,  probabilitattm  habet  nullam ,  aut  valde  exi- 
guam. 

Cornmendatur  admorbos  omnes  malignos ,  pejltm ,  febres  malignas ,  ajfumpta  ventna  ,  Terra  Ltmnia  inflar  i 
cor  roborat  &  à  malignitate  prafervat  :  per  /adores ,  quicquid  maligni  in  corpore  eft  ,  potenter  expellit  défis  ad 
drag.  unam  in  a^uis  approprlatis  ,  aut  vino  ,  ad  fincopen  ,  cardiacam  pajfionem  ,  cordis  tremortm  ,  aliofiqut 
afftilus  cam  aqua  appropriatâ  fcrupuli  pondéré  \  fie  &  ad  puerorum  Epiltpfiam  eodem  modo,  V errnes  necare  , 
fiuxus  fijlere  volant  ,  alvi  ,  uteri  ,  narium  ,  hamorrhoidum  ,  oculis  lacrjmantibus  ,  fi  cam  laüe  in  pollinem 
tenuijfimum  redaSlum  injlillttur  ,  prodejfe  volant  :  vi  exficcante  &  adfiringente  ulcéra  ad  cicatrices  perducere  , 
intertri^ines  &  abujla  curare  obfirvatum. 

Verum  non  omnia  hujus  generis  hafee  facultates  obtinere  relie  Jlatuunt  quidam  ,  qui  magnam  in  hifce  obfer- 
varunt  diverfitatern  :  ut  enim  forma  ,  origine  ,  &  fubjlantiâ  inter  fe  diÿirunt  ,  ita  quoque  virihus  &  facultati- 
bus.  ,  .  ■ 

Qmeumque  lapidum  injlar  dura  funt ,  inodora  ,  neque  medullam  habent ,  vix  aliâ ,  quam  exficcandi  vipoUent. 

Tait  fruSlum  ego  pojfideo  ,  quod  durum  inflar  lapidis  ,  folidum  ,  ponderofum  ,  lignum  fraxini  pra  fe  fert  :  vena 
enim  ,  flria  &  lamina  ex  quibus  confiât  ,  nodis ,  nodofifque  foraminibus  infignitur ,  adeb  ut  figura  externa  plane 
fraxinum  reprafenttt  ;  quocirca  ad  vulgana  ligna  lapidefeentia  potiks  quam  ad  cornua  fioffUia  retulero  :  adflric- 
tionem  in  fe  habet  nullam ,  nec  odore  aliquo  praditurn, 

Qua  facile  in  pulverem  rediguntur  ,  lingua  ddharent  ,  molliaque  funt  ,  viribus  enumeratis  poUent  :  ilia  im- 
prirnis  ,  qua  gratum  fpirant  odorem  y  ad  cordis  commendantur  affèHus  :  cor  enim  roborarcy  &  a  malignitate  pra- 
fervare  animndverfum  efl.  Si  fubflantia  ipfa  ante  tranfmutatmem  fuerit  à  Cervo  ,  Elephante  ,  Fraxino  ,  Ju- 
glande  arbore  ,  aut  alla  rt  qH<t  venèms  adverfatHr ,  aO,  expellenda  &  fuperanda  venena  habfbit  efii- 

caciam  ,  eoque  majorem  ,  fi  odor  ipfius  arboris  ,  vel  prioris  corptris  adhuc  deprehendi  poffit.  Tum  epJm  quatita-, 
tes  iflas  adhuc  in  tranfmutato  corpore  remanfifft  y  ac  vires  y  qua  injubtiliorimaferiaharentynondumperiiffey  fed 
accedentt  nova  Ô'  fubterraneâ  hâc  materià  aullas  eJfe  ,  probahile  efl. 

Mihi  hujus  nota  funt  fragmenta  quadam.  Vnum  tfes  ,  brachii  crajfitie  y  trium  unciarum  longitudine  y  in  dia¬ 
mètre  uncias  duas  curn  femiffe  habens  :  cui  cortex  abrafus ,  ut  fubflantia  remanferit  nivea  j  albo  colore  manus  tin» 
gens  y  cui  per  longitudinem  vena  quadam  cœrulea  ^  fufca  inferuntur  y  folidum  alioquin  &  porofitrn  ,  lingua  adha- 
renS  ,  cornu  cervi  uflum  referons  pondéré  unciarum  quinque  :  quod  ,  ex  notis ,  metioris  generis  effe  eoUigo. 

Aliud  gênas  mihi  efl  cinereum  ,  magis  compaüum  ,  molle  tamen  &  odoris  grati  ,  comu  cervini  faciem  oflen- 
tans  y  valide  adflringens. 

T trtium  fufeum  efl ,  exteriori  corttee  ad  nigredinem  tendent ,  altéra  durius  aliquanto  ,  ita  tamen  ,  ut  cultello 
radi  poffit  y  leve  ,  adflringins ,  non  adeo  friabile  ut  alterum  ,  ebur  uflum  externe  referens. 

Fufeum  etiam  efl  aliud  ,  fed  venis  nigris  ,  albis  &  luteis  afperfum  fibris  per  longitudinem  excurrentibus ,  lon¬ 
gitudine  digiti  y  pondéré  drachmarum  quinque ,  fragile  ,  arenaceum  ,  ligni  alicujus  fcandulam  reprafentans ,  odore 
non  ingrato  ,  adflriüiont  valida  ,  quod  etiam  ad  nota  melioris  cornu  fvjfllt  refera. 

La  Licorne  minérale  me  donne  fujet  de  parler  d’une  Terre  blançhe  qui  fc  trouve  dans  un  côreau  de  la  Sei- 
gneurie  de  Mofeau  ,  appartenant  à  Monfieur  l’Eleûeur  de  Saxe ,  dont  les  habitans  des  lieux  fe  fervent  à  fai¬ 
re  du  pain ,  en  la  mêlant  avec  de  la  farine  ;  on  en  trouve  auffi  auprès  de  Gi  tonne  en  Catalogne  ;  c’eft  cette 
Terre  blanche- là  que  l’on  appelle  communément  Medullam  Saxorum  :  Il  eft  à  remarquer  que  l’on  ne  fe  fert 

Î)as  de  toute  la  Terre  blanche  pour  faire  du  pain,  mais  de  certaines  petites  bouletes  blanches  comme  de  la  *^'‘^“***** 
àrine,  qui  fortent  de  cette  Terre  d’abord  que  le  Soleil  l’a  cchaufice.  Saxotum. 

Sur  l'Oxi-fetra. 

L’On  trouve  dans  le  territoire  de  Rome  une  Terre  aigrellette  &  blanche  tirant  fur  le  jaune ,  fort  propre 
pour  guérir  de  Fièvres  ardentes  j  Monfieur  Pharifiani  premier  Médecin  du  Pape,  a  donné  à  cette  Terre  le 
nom  Oxi-petra  Romanorum  Pharifiani  y  à  caufe  qu’il  a  découvert  en  cette  Terre  la  propriété  d’appaifer  l’ardeur 
des  Fièvres. 

Sur  U  Racine  de  Britanique, 

JUfqu’à  prefent  tous  les  Droguiftes  &’moi-mêmc,  avons  vendu  pour  Britanique  la  Racine  de  Biftorte  aflez 

mal  à  propos ,  tant  parce  que  plufieurs  Auteurs  ont  écrt  que  la  Britanique  n’eftoit  autre  chofe  que  la  Bif- 
lottc  ,  &  d’autres  le  Cyclamen ,  la  Tormantile ,  la  Betoine ,  le  Plantain  aquatique  ,  ainfî  de  quelqu’autrcs  • 
mais  un  de  mes  amis  m’ayant  fait  voir  un  petit  Livre  latin,  imprime  en  Hollande,  fous  le  litre  de  Britanica 
jdnii'quorum  vera  y  où  il  eft  dit  que  la  vraye  &  ancienne  Britanique  n’eft  autre  chofêquc  la  Racine  du  Lapas 
fauvage  ou  Hydrodapas  noir  ^  ainft  appelle  à  caulè  qu’il  croît  aftez  fouvent  dans  l’eau  &  dans  les  maréca¬ 
ges. 


C 


10 

A'U  rcftc  ,  cette  Racine  cil  douce  de  très-grandes  proptietez  que  j'ai  efté  bien-aife  d’inferer  ici  j  le  petit 
Livre  qui  traite  de  cette  plante  n’eftapt  pas  connu  par  tout  :  On  lui  attribue  la  qualité  d’être  fpecifique  contre 
la  maladie  du  Scorbut ,  d’afFcrmir  les  Gencives  de  même  les  Dents ,  de  remédier  aux  maladies  des  nerfs  &  aux 
venins,  de  guérir  la  maigreur  &  flux  de  ventre,  qui  fonr  ordinairement  les  fympiômcs  du  Scorbut  j  on  veut 
quelle  guerifle  encore  les  Hemeroïdes  ,  l'Hydropific,r£fquinancic,  Dyrentcrie  ,  Dyarthée ,  Plcurefic , enfin 
de  quantité  d’autres  proprictez  dont  il  cft  traité  dans  ce  Livre:  à  l’égard  de  fon  ufage  ,  elle  fe  prend  diver- 
fement  ,  comme  en  poudre  ,  en  extrait  î  mais  fon  ufage  le  plus  ordinaire  cft  de  la  faire  cuire  dans  des  eaux 
communes  ou  diûilécs ,  &  d’en  boire  la  déccwftion ,  en  un  mot  fuivant  l’ordonnance  des  Médecins. 

Sur  la  Racine  d'Ejfayç. 

Le  Journal  des  Sçavans  fait  mention  d’tmc petite  Racined’un  goût  filé  &  d’une  couleur  rougc,qui  croît  fur 
la  Côte  de  Coromandeli  entre  Penna  &  Caleaturc  ,  dont  les  Indiens  fc  fervent  à  teindre  en  ccarlatte  ; 
Il  en  vient  auflr  de  Papapouli  proche  de  Maflulipathan  j  mais  les  Indiens  ne  l’cftimcnt  pas  tant  que  celle  de 
ci  deflus ,  à  caufeque  la  couleur  cft  trop  vive  :  en  mon  particulier  j’avouerai  n’avoir  jamais  vû  de  cette  Ra¬ 
cine  ,  aufli  bien  que  du  Ronas  que  je  croi  être  la  même  choie. 

Sur  U  Porcelaine  de  U  Chine. 

L’On  a  crû  jufqu’à  prefent  que  la  Porcelaine  de  la  Chine  cftoit  faite  de  petites  coquilles  de  mer  que  nous 
appelions  communément  Porcelaine  en  coquillage  ou  autres  fcmblables,  &  de  coquilles  d’cEufbroyé  après 
les  avoir  laiflces  dans  la  terre  pendant  des  cinquante  années  ,  &  que  c’eftoient  les  héritages  que  les  Chi¬ 
nois  laiflbient  à  leurs  enfans  \  mais  pour  le  prefent  on  doit  eftrc  dclabufé  de  cela ,  un  de  mes  amis  qui  a  cfté 
à  la  Chine  m’ayant afturé  que  ce  n’eftoit  autre  chofe  qu’une  terre  fcmblabic  à  du  fable ,  qui  fc  trouve  dans  la 
Province  de- Nankin,  proche  de  la  Rivière  de  Poyant ,  &  que  lorlque  l’on  veut  faire  la  Porcelaine,  on 
tamife  cette  Terre ,  &  avec  de  l’eau  du  village  dcSiruftêfimo  on  en  forme  des  vafes  de  telle  grandeur  fi¬ 
gure  qu’ils  foient  alors;  ils  les  font  fcicher  à  l’ombre  ou  au  Soleil,  &  en  après  les  pcignantavcc  l’indieo,  IcVcrd- 
dc-gris  fie  autres  couleurs ,  fie  enfuite  les  mettent  dans  des  fours  bien  clos  en  y  entretenant  du  fou  pendant 
quinze  jours ,  Sc  quinze  autres  jours  après  le  fou  fini ,  le  Prefidtnt  de  ce  métier  vient  déboucher  le  four  ôc  en 
prend  la  cinquième  partie  pour  l'Empereur  de  la  Chine  ou  du  Japon,  qui  font  les  deux  endroits  où  fc  fabrique 
la  vraye  Porcelaine-,  fie  pour  confirmer  ce  que  j’avance ,  on  n  aura  qu’à  lire  le  Journal  des  Sçavans  du  Lundi 
9-  Aouft  iSii.  qui  confirme  tout  ce  que  je  dis,  à  la  tcfetvc  qu’il  dit  que  la  peiotutedonr  les  Chinois  fie  Ja- 
ponois  fe  fervent  k  peindre  la  Porcelaine ,  c’eft  un  fccret  qu’ils  ne  difonr  qu’à  leurs  enfans  ou  proche- parens, 
fie  qu’il  n’y  a  que  les  eaux  du  village  de  Sindc  fimo ,  dont  j’ai  parlé  ci  dclTus ,  qui  puilTcnt  foire  de  U  Porcelaine, 
ce  que  routes  ks  autres  eaux  du  Japon  6:  de  la  Chine  ne  peuvent  foire. 

Sur  le  Moxa  de  U  chine. 

Le  Moxa  cft  «n  coton  ou  bourre  ,  que  l’on  tire  de  la  tige  fie  des  feuilles  minces  de  l’Armoifc  à  grandes 
fouilles ,  fcichécs  fie  broyées  entre  les  mains  pour  en  féparcr  le  bois ,  les  fibres  fie  filâmes  ;  la  bourre  qui  s’en 
répare  cft  le  vrai  Mjxa  t^i  a  tant  embarafle  d’cfprits. 

Les  Chinois ,  Japonois ,  même  les  Anglois  fe  fervent  de  ce  coton  pour  faire  des  mèches  dont  ils  fc  fervent 
à  les  guérir  des  Gouttes;  en  brûlant  fut  la  partie  affligée  auparavant  frotéede  falivc.on  prétend  que  ce  remede 
ne  fait  point  de  douleur ,  ce  coton  ayant  cette  propriété  là  ,  ce  que  je  ne  puis  aflurct  pour  ne  l’avoir  pas 
éprouvé. 

L’on  fait  ordinairement  ces  Mèches  de  la  grofleur  du  tuyau  d’une  plume  ;  je  ne  fçachc  pas  que  ce  re¬ 
mède  foie  encore  en  ufage  en  France  ,  Dieu  veuille  qu’il  foit  vctitablc  ,  ce  feroir  le  feul  remede  que  nous 
aurions  qui  gueriroit  de  ccite  maladie. 

Ceux  qui  en  auront  befoin  pourront  l’éprouver  ,  ayant  aufli- bien  de  l’Arinoife  en  France  que  dans  la 
Chine. 

Sur  le  Cerojîe  Royal, 

J’Ai  dit  dans  mon  Livre  à  l’article  du  Gerofle ,  à  la  page  que  je  n’avois  jamais  vû  de  Gerofle  Royal ,  5c 
que  ce  que  j’en  écrivois  ce  n’tftoit  que  for  le  rapport  d’autrui  ;  mais  à  prefent  je  puis  certifier  en  avoir 
quatre  qui  m’ont  cfté  donnez  pat  Monficur  Surian  Doêtcur  en  Médecine  :  Ce  Gerofle  eft  beaucoup  plus  petit 
fie  tout  different  du  Gerofle  ordinaire  ,  fie  les  quatre  que  j’ai  ne  pefent  pas  un  grain  ,  neanmoins  font  d’un 
gouft  fie  d’un  odeur  beaucoup  plus  fuave  5c  aromatique  ;  Ôc  pour  en  donner  une  plus  parfaite  connoiflancc  , 
j’en  ai  fait  graver  la  figure  à  l’Eftampc  de  l’Argent- vif  :  il  feroit  à  fouhaiter  que  nous  tuflions  de  ce  Gerofle  , 
nous  n’aurions  pas  grande  peine  à  nous  pfler  de  celui  des  Hollandois. 

Sur  l’Anis  de  la  Chine. 

L’Anis  de  la  Chine,  dont  l’explication  fc  trouve  à  la  page  4J.  cft  fort  jufte  ,  mais  pour  la  figure  que  jzy 
prife  dans  Bauhin  .  8c  que  j'ai  fait  graver  à  l’Eftampc  du  BoisTuflec ,  cft  faulle  ;  car  en  ayant  recouvré 
depuis  peu,  elle  cft  aufli  diftcrcntcdc  celle  de  Baubin  ,  comme  de  la  nuit  au  jour  ,  celle  de  Bauhin  cftant  faite 
comme  une  Molette  d’éperon,  8c  celle  que  j’ai  eft  fcmblabic  à  la  Figure  ci  devant  gravée  ;  fi  nous  pouvions 
avoir  de  cet  Anis ,  nous  nous  pafl’erions  ailément  de  celui  que  nous  vendons  ;  fie  pour  mon  particulier  j’ai- 
metois  mieux  une  livre  de  ect  Anis ,  que  dix  livres  du  nôtre  ,  principalement  l’amende  ayant  bien  plus  de 
gouft  fie  d’odeur. 


Sur  les  Cauris. 


LEs  Caurh  ou  Kaarls  fonr  de  petits  coquillages  qui  viennent  des  Maledives  ;  les  Cauris  font  ce  que  nous  ,  . 

appelions  Porcelaine  en  coquillage  :  leurs  plus  grands  ufages  cft  pour  la  Guinée  &  autres  endroits  où  on 
ne  fe  ferc  point  d’habits  ,  fc  fervant  de  ces  Cauris  pour  couvrir  leurs  plaftrons  de  quoi  ils  couvrent  leurs  nu- 
dttez. 

Sur  le  Câlin  de  U  Chine. 

Le  Câlin  de  la  Chine  eft  un  mctail  plus  beau  que  le  Plomb  ,  &  inferieur  à  l’Etain ,  forr  commun  dans  la 
Chine ,  Japon  ,  Cochinchine  &  Royaume  de  Siam  •,  c'eft  purquoi  les  Orientaux  en  font  plufieurs  uftan- 
ciies ,  &  même  en  couvrent  leurs  Mailbns ,  &  les  boetes  de  Thé  que  nous  avons  font  de  Câlin. 

Sur  l'Indigo  Cati-malo. 

Le  plus  parfait  Indigo  eft  celui  qui  prte  le  nom  èl  ftidiro  ,Guati  ouGati-malo  de  Gomi'Vtalle ,  à 
caufe  de  la  ville  de  Gonti-malle  où  il  tft  fabriqué  j  ce  font  les  B  iftimens  Efpagnols  qui  en  chirgent  au 
bord  de  ladite  Vülc  pour  le  tranfportcr  à  Cadix  &  autres  endroits  ;  j’ai  dit  dans  mon  Livre  à  la  page  154. 
au  Chapitre  de  l  ltidigo  ,  qu’il  venoit  des  Indes  Orientales ,  ce  qui  n’cft  pas  vrai  ;  car  la  ville  de  Gonti-malle 
cft  aux  Indes  Occidentales  *  fituée  dans  les  Handures  ,  Province  contiguë  à  la  Floride  à  vaux  ,  fe  vend  à  $.  ^ 

Domingue  i  ceux  qui  font  à  S.  Domingue  p  uvent  en  quatre  jours  aller  dans  les  Handures ,  à  caufe  que  d’Orirntalt 
le  vent  cft  toujours  à  l’Eft  en  ces  quarticrs-là  j  &  pur  revenir  à  S.  Domingue  :  il  faut  quatre  à  cinq  mois  à  été  mis  par 
caufe  des  vents  contraires  :  pour  ce  qui  regarde  l’Indigo ,  j’en  ai  traité  aflez  au  long  à  la  page  154-  je  rcpicrai  “'égard 
neanmoins  que  la  véritable  marque  ^n  bon  Indigo  tft  de  brûler  au  feu  comme  de  la  cire  ,  &  qu’il  ne  rtfte 
que  de  la  cendre.  ,*1. 

Sur  l'Ejfence  de  Bergamotte. 

L’Eftcnce  de  Bergamotte  fc  fait  des  Zeeftes  de  Cèdres  ou  poncircs  ou  gros  Citrons  qui  ont  efte  anrt  z  lut 
des  Poiriers  de  Bergamotte  -,  cette  Eflcncc  tft  plus  douce  que  celle  de  Cèdre  ou  Poncirc  ;  à  l’égard  de 
fon  choix,  c’eft  de  l’acheter  d’honnêtes  Marchands  ;  car  tftant  une  marchandife  précieufe,  elle  tft  bien  fujcttc 
à  eftrc  fophiftiquée ,  ou  que  Ton  fuppofe  rElTrncc  de  Cèdre  pour  celle  de  Bergamotte. 

Son  iilage  cft  propre  pur  parfumer  le  Tabac  &  autres  drogues. 

L’ElTence  dt  Lvmcttc  le  fait  de  même  ;  la  Limette  cft  un  fruit  doux,  ce  qui  fait  que  l’Eftlnce  cft  plus  ï^Teneede 
foible  ;  clic  fc  fait  ordinairement  en  Portugal  ou  à  Rome  j  celle  de  Rome  cft  blanche ,  &  celle  de  Portugal  cft  Limette, 
jaunâtre,  c’eft  à-dire  ,  tant  foît  peu  ambrée. 

Sur  les  Tir  âgées  dt  Saint  Roth. 

LEs  Dragées  de  Saint  Roch  Ibnt  ainfi  âppcllées  à  caufe  que  c’eft  un  remede  infaillible  contre  la  Pefte^ 
ces  Dragées  ne  font  proprement  que  la  graine  de  Genièvre  couverte  de  fucre.  Un  certain  Médecin  de 
Montpellier  veut  que  pur  faire  les  Dragés  de  Saint  Roch  on  les  fafle  en  cette  maniéré. 

Prenez  deux  onces  de  Racines  de  Contra  yerva,  quatre  onces  de  Racines  de  Scorfonaires ,  &  autant  de 
Racines  d’ Angélique  fcichcs ,  &  une  once  de  bon  Saffran  \  toutes  ces  chofeS  cftant  bien  pulvcrilécs ,  vous  les 
jetterez  dans  une  grande  courge  de  verre  ,  &  vcrlercz  pardeflus  une  pinre  de  fuc  de  limons ,  une  pinte  de  bon 
vin  Blanc ,  &  une  chopinc  d’eau  de  Scorfonaire.  Appliquez-y  un  alcmbic  aveugle ,  &  les  laiftez  ttemper  deux 
fois  vingt-quatte  heures,  pis  vous  y  appliquerez  ün  alcmbic  à  bec  ,  &  IcsdlftiUrtzau  bain-marie. 

Prenez  quatre  livres  de  cette  eau  ,  &  l’ayant  mife  dans  un  grand  matras ,  vous  y  ajouterez  quatre  onces  de 
bonne  poudre  de  Vipères,  quatre  onces  de  feuilles  de  rue  dcflcichcts  à  l’ombre  &  pulvcrifccs,  &  deux  onces 
de  bon  cfprit  de  fouphre.  Appliquez  y  un  vaiffeaude  rencontre,  bouchez  bien  Us  jointures  ,  &  les  faites 
circuler  au  Soleil  l  cfpacc  de  quatre  jours,  après  le  Iquels  vous  ouvrirez  Icvaiflcau  ,  &  filttercz  cette  eau  parle 
papier  gris. 

Prenez  enfuite  qüatrc  livres  de  fcmcncc  de  Genièvre  préparée  comme  ci-aptés,  &  l’ayant  jettée  dans  un 
grand  matras,  vous  verlcrez  de  cette  eau  pardeflus  autant  qu'il  en  faiit  pur  furpafler  la  fcmence  que  vous 
laiflcrc Z  digérer  au  bain  autant  de  tems  qu’il  en  faudra  pour  la  bien  nourrir ,  puis  ayant  'épaté  l’eau  par  incli¬ 
nation  ,  vous  tirerez  votre  femence  &  la  deflcichctcz  avec  le  fucre  Ro'ial  en  poudre ,  fi  vous  n'aimez  mieux  en 
former  de  véritables  Dragées  félon  l’art. 

ymus  des  Dragées  de  Saint  Roch.  Elles  échauffent  moins  que  les  grains  de  vie  ôc  de  famé  :  ccpndant  on 
les  ordonne  pour  les  memes  maux  avec  heureux  fiicccz. 

La  doje  cft  aufli  fcnablablc,  &  même  un  peu  plus  grande. 

f  réparation  des  Bayes  de  Genièvres. 

P  Renez  telle  quantité  qu’il  vous  plaira  de  fcmcncc  du  ptit  Genièvre,  bien  meure,  bien  choifie  &  feichée 
à  l’ombre  ,  lavez- la  dans  l’eau  de  fontaine  ,  la  frotant  tout  doucement  entre  vos  mains  ,  pour  en  ôter  la 
pouflicrc  &  les  ordures  -,  &  lotfqu’clle  fera  bien  nette  .  vous  l’expofcrcz  au  Sglcil  julqu’à  tant  qu’elle  foit 
/cichc  ,  &  lorfqu’cllc  fera  feichc ,  vous  la  mettrez  dans  une  terrine  vernie ,  &  verferez  pardeflus  de  l’eau 
d’Angelique  ou  de  Scorfonnairc  ,  ou  de  Chardon  bénit ,  ou  de  Scabieufe,  autant  qu’il  en  flUt  pour  couvrit 
toutes  vos  Bayes  ,  laiflèz  les  trempr  l’cfpaccdc  vingt-quatre  heures ,  pour  leur  faire  perdre  le  pu  qu’elles 
ont  d’amertume  ,  fans  détruite  leur  vertu  bezoardique -,  cela  fait,  vous  les  fiotercz  un  pu  entre  vos  mains 
fort  légèrement  de  pur  de  les  écrafer ,  &  en  ayant  ôté  l’eau ,  vous  les  ferez  fcicher  au  Soleil. 


Beroard 
Animal  de 
France. 


Bezoard 

compofé. 


Huile  d’A- 
floli. 


Sur  le  Bezjoard  Ammal. 

L’Embaras  où  fc  trouvent  la  plupart  des  Droguiftes  &  Apotiquaircs  lorfqu’on  leur  demande  du  Bezoard 
animal ,  fait  que  j’ai  crû  qu’il  eftoie  ncccflairc  de  leur  expliquer  ce  que  c’eftoitque  le  Bezoard  animalj 
ainfi  je  dirai  que  ce  que  nous  appelions  dü  nom  de  Bezoard  animal  font  : 

Le  Bezoard  Oriental  ,  le  Bezoard  Occidental ,  la  Pierre  de  Porc  ,  la  Pierre  de  Malaca,  la  Pierre  de  Fiel, 
le  Bezoard  de  Singe  ,  la  Poudre  de  Foye  &  Cœur  de  Vipères  à  qui  j’ai  donné  le  nom  de  Bezoard  de  France, 
la  Poudre  de  chair  de  Vipere ,  Huile  de  Vipère  ,  l’Huile  de  Scorpions,  de  Mathiolc  -,  de  plus  quelques-uns 
ont  donné  à  la  Theriaque  ,  au  Mythridat ,  à  l’Otvietan  ,  le  nom  de  Bezoard  compofé  ,  &  finalement  à  la 
graine  de  Genièvre  celui  de  Bezoard  Végétal ,  prétendant  que  tout  ce  qui  cft  propre  à  téfifter  aux  venins  peut 
eftre  appellé  Bezoard.  j  ainfi  il  fera  d’orenavant  de  la  prudence  des  Médecins  d’expliquer  dans  leur  Ordon¬ 
nances  ceux  qu’ils  défirent  &  celui  qui  convient  aux  malades;  je  ne  dirai  rien  ici  déroutes  ces  fortes  de  Bezoatds, 
en  ayant  traité  de  chacun  en  leur  particulier. 

Sur  U  Gomrue  d* Acajoux. 

La  Gomme  d’Acajoux  cft  une  Gomme  rougeâtre ,  claire  &  tranfparcnte ,  affez  fcmblable  à  la  Gomme  Tu- 
rique ,  &  même  pourroit  fervir  aux  memes  ufages ,  fi  elle  nous  eftoit  connue  ;  elle  vient  des  Ifles  & 
découle  des  Arbres  portans  les  Acajoux ,  ainfi  que  la  Gomme  qui  découle  des  Cetiziers  ,  &  autres  arbres 
fruitiers. 

Sur  la  Racine  d’Aninga. 

La  Racine  d’Aninga  eft  une  Racine  qui  croît  dans  les  Ifles  j  elle  eft  aflez  fcmblable  à  la  Squinc,  c’eft  dp 
la  décodion  de  cette  Racine  dont  les  Ameriquains  fc  fervent  poof’clarifier  les  Sucres  ,  au  lieu  de  Su¬ 
blimé  &  d’Arccnic  ,  dont  ils  fe  fervoient  autrefois  avant  qu’ils  euflent  la  connoiflàncc  de  cette  Racine  ;  je 
n’aurois  pas  avancé  que  les  Ameriquains  fc  fervent  de  Sublimé  &  d’Arccnic,  fi  Monficur  de  Sutianne  me 
l’avoir  alluré. 

Sur  l’Huile  d’ Ajfalife-fhoenix. 

L’Huile  d’Aflalifc-PhœnîX  cft  une  huile  rouflatre  que  l’on  tire  de  certains  Vers  que  l’on  trouve  dans  le 
bois  pourry  d’une  efpece  de  Palmiftc  ;  ces  Vers  ne  font  qu’en  petit  ploton  de  graifle  ,&  cft  fort  propre 
pour  les  Sciatiques ,  rctradions  de  nerfs  :  on  nous  apponc  auffi  des  Ifles  de  l’huile  d’Anoli  fort  propre  pour 
faire  croître  &  frifer  les  cheveux  »  ôc  Mur  réfoudre  les  loupes  -,  mais  comme  Monlîeur  Surian  efpere  en  don¬ 
ner  une  Hiftoite  generale  au  public  ,  c*^cft  pour  cc  fujetquc  je  n’en  dirai  rien  ici ,  auffî-bicn  que  de  tout  le  refte 
des  noms  qui  fc  trouveront  dans  mon  Catalogue. 

Les  Anolis  font  des  efpeces  de  Lézards  connus  dans  les  Ifles. 

Sur  le  Sel  Pelycrejle. 

Avant  traité  au  long  dans  mon  Livre  à  la  page7tf.  au  Chapitre  du  Sel  Polycrefte,  la  manière  de  faire 
&  connoître  le  vrai  Sel  Polycrefte  d’avec  le  contrefait  >  mais  comme  journellement  on  découvre  &  l’on 
apprend  les  malverfations  qui  fe  commettent  aux  faits  des  Drogues ,  je  me  fuis  trouvé  obligé  de  publier  un 
abus  qui  fc  fait  prefentement  au  fujet  du  Sel  de  Polycrefte  ,  qui  eft  que  certains  Diftilateuts  vendent  im¬ 
punément  dans  Paris  aux  Epiciers,  Apothiquaires ,  Chirurgiens  &  autres  ,  la  tête  morte,  de  l'eau  forte 
d’ Alun  pour  du  Sel  de  Polycrefte ,  ce  qui  cft  un  abus  bien  grand  auquel  on  doit  obvier  ;  &  comme  la  con- 
noiflancc  cft  difficile  &  que  je  fuis  las  de  publier  ces  abus ,  je  prie  ceux  qui  auront  befoin  de  Sel  Polycrefte  &  au¬ 
tres  Drogues  fujetes  à  être  fophiftiquées ,  de  ne  les  acheter  que  d’honneftes  Marchands. 

Sur  le  Foye  d' Antimoine. 

LEs  Auteurs  Chymiques  qui  ont  traité  du  Foye  d’Antimoine,  ont  tous  dit  qu’il  falloir  fc  fervir  d’ Anti¬ 
moine  bien  éguillé  pour  faire  cette  operation,  je  l’ai  dit  aufll-bien  qu’eux  :  Mais  ayant  depuis  re¬ 
marqué  &  éprouvé  que  l’Antimoine  mincral,c’cft  à- dire,  tel  qu’il  fort  de  la  Mine,  faifoit  de  plus  beau  Foye 
d’ Antimoine  que  l’Antimoine  fondu  ou  en  éguillc  ;  mais  ce  qu’il  y  a  de  fâcheux  ,  c’eft  qu’il  revient  â  davan¬ 
tage  ,  ainfi  cet  Antimoine  minerai  ne  peut  fervir  qu’aux  curieux  &  à  ceux  qui  préfèrent  la  bonne  marchan- 
difc  à  leur  interett  propre  ;  lorfquc  ce  Foye  d’ Antimoine  cft  bien  préparé  ,  il  cft  luifant  6c  la  poudre  d’un 
très-beau  rouge ,  &  li  l’on  n’eft  point  fujet  à  le  manquer ,  fur  tout  lorfquc  le  Salpcftre  a  efté  bien  feiché,  6c  l’An¬ 
timoine  bien  choifi.  Si  je  n’avois  fait  pluficurs  fois  du  Foye  d’ Antimoine  avec  de  l’Antimoine  minerai ,  jenc 
l’aurois  pas  avancé ,  &  j  en  ai  que  je  garde  pour  le  faire  voir  à  ceux  qui  auront  peine  à  me  croire  aufll-bien  que 
de  le  préparer  quand  on  le  trouvera  à  propos,  &  par  cc  moyen  on  évitera  de  le  faire  comme  du  Mâchefer,  com¬ 
me  il  cft  arrive  à  de  certains  Chimiftes  qu’il  n’eft  pas  befoin  de  nommer. 

Sur  le  Reagal  ou  Arcenic  jaune. 

Ayant  obmis  à  traiter  du  Reagal  ou  Rcifgar  ou  Arcenic  jaune  dans  mon  premier  livre,  cela  me  donne 
fujet  d’en  parler  ici. 

Le  Rc^al  eft  une  Pierre  jaune  tout- à- fait  fcmblable  à  l’ Arcenic  blanc ,  n’y  ayant  que  la  couleur  qui  en 
fait  la  différence  ,  cc  qui  a  donné  fujet  de  l’appellcr  Argcnic  jaune ,  en  mon  particulier  je  n’ai  pas  encore  pû 
fçavoir  cc  que  cc  pouvoir  eftre  non  plus  que  l’ Arcenic  blanc  ;  neanmoins  il  cft  facile  de  juger  que  c’eft  aufli 
une  compoution  :  au  refte  l’Arcenic  jaune  ou  Reagal  cft  fort  peu  ufité  pat  les  Chirurgiens  6c  les  Maréchaux, 

&  c’eft 


&  c  eft  une  Drogue  fi  peu  en  ufage ,  qu’il  fc  confuracra  un  millier  d’ Arcenic  blanc  contre  dix  livres  de  jaune  : 
l’avertirai  en  paffant  que  c’eft  un  poifon  auffi  dangereux  que  i’ Arccnic  blanc  ,  ce  qui  fera  que  ceux  qui  en  ven- 
dont ,  prendront  garde  à  qui  ils  le  donneront;  à  l’égard  de  fon  choix,  il  n’en  a  pas  d’autre  que  d’eftre  haut  en 
couleur ,  luifant  ic  en  gros  morceaux ,  le  menu  n’eftant  recherché  de  perfonne. 

Sur  U  Gomme  de  Chibeu  ou  de  Gommier  d' Amérique. 

La  Gomme  de  Chibou  eft  cette  même  Gomme  ou  Raifine  ,  dont  j’ai  traité  dans  mon  Livre  à  la  page 
i6i.  fous  le  nom  de  Galipot  d’ Amérique  :  Cette  Gomme  fort  d’un  grand  Arbic,  ainfi  que  je  l’ai  décrit, 
appelle  des  Ameriquains  Gommier ,  à  caufe  de  la  grande  abondance  de  Gomme  qu’il  jette  ,  ce  qui  m’a  donne 
occafion  d’appeller  cette  Raifine  ou  Gomme ,  Gomme  de  Gommier  des  Ifles  d’Amérique  -,  en  ayant  parlé  alfez  au 
long  ,  c’eft  eequi  fera  que  je  n’en  dirai  rien  ici ,  fiqon  que  les  feuilles  dont  j’ai  dit  n’en  fçavoir  pas  le  nom ,  font 
degrandes  &  larges  feuilles  d’un  Arbre  appelle  Cachibou  ,  dont  les  Ameriquains  &  Sauvages  fc  fervent  à  plu- 
fieurs  ouvrages  ,  principalement  pour  mettre  dans  leurs  paniers  d’ Aromats ,  pour  cmpccherque  l’eau  n’entre  de¬ 
dans  j  &  l’on  doit  eftre  encore  averti  de  n’acheter  cette  Gomme  pour  la  vraie  Gomme  Elcmi  des  Indes  d’Efpagnc, 
la  véritable  cftant  verdaftre,  mollaflc  &  odorante  ,  6c  ce  Galipot  eft  blanc  6c  fcc  ,  6c  auffi  aflez  aromatique. 

Outre  la  Gomme  ,  il  y  a  auffi  la  Raifine ,  qui  eft  claire  6c  tranfparantc ,  6c  tres-bellc  ,  mais  peu  connue  en 
France.  ‘ 

Sur  U  Lacque  fne. 


J’ Ay  dit  dans  mon  Livre  à  la  page  34.  que  la  Lacque  fine  de  Venize  cftoitune  Pâte  faite  du  ventre  des  os  de  Sé¬ 
ché  ôc  autres  }  mais  le  ficur  Langlois  le  plus  habile  homme  qu’il  y  ait  jamais  eu  pour  la  perfetftion  de  cette  ri¬ 
che  marchandife ,  m’a  avoué  qu’il  ne  fc  icrvoit  que  de  Cochenille  pour  faire  la  Lacque,  en  un  mot ,  qu’aprés 
avoir  tiré  de  la  Cochenille  Mcftec  le  premier  Carmin.du  refte  il  en  faifoit  de  la  Lacqucjc’cft  pourquoi  il  ne  faut 

Elus  s’étonner  fi  la  Lacque  fine  du  ficur  Langlois  furpaffe  en  tout  celle  deVcnizc,ôc  c’eft  à  lui  fcul  à  qui  on  a  l’o- 
ligation  de  fc  pouvoir  pafler  de  celle  de  Venize. 

Sur  P  Aidés  HefAtiqstt. 

Î’Ay  dit  dans  mon  Livre  à  la  page  aj  que  l’on  devoir  rejetter  de  la  Médecine  l’Alocs  Hépatique  ou  en  gour¬ 
de  ,  à  caufe  de  fon  odeur  puante  ;  mais  on  doit  encore  plus  le  rejetter  à  caufe  que  la  plupart  n’eft  qu’un  mélan¬ 
ge  de  Gotrimes  diffoures  dans  le  fuc  d’Aloës }  la  plûpart  de  ces  fortes  d’Alocs  viennent  des  Ifles ,  fur  tout  de  celle 
de  la  Batbade,  ce  qui  a  donné  occafion  à  quelques-uns  d’appcllcr  cette  drogue  Alocs  de  la  Barbade. 


Sur  U  Colchifle  de  Saint  Chrijlophe. 

La  Calchiftcde  faint  Chriftopheeft  toute  differente  de  celle  que  nous  vendons  ordinairement,  cftant  moins 
rouge ,  au  contraire  eft  verdâtre  comme  un  vitriol  à  demi  calciné  i  c’eft  cette  Calchiftc  que  l'on  commence  à 
vendre  en  differents  endroits  de  France ,  comme  à  Marfcille ,  Paris ,  Roüen  &  autres ,  au  lieu  de  la  vraie  Cal¬ 
chiftc. 

Sur  U  Cochenille. 

A  L’égard  de  la  Cochenille  Meftec ,  on  ne  fera  point  furpris  fi  je  n’en  parle  point  ici ,  n’ayant  tien  pu  fçavoir 
de  plus  pofitif  que  ce  que  le  ficur  Roufleau  m’en  a  écrit  ainfi.  Il  eft  neceflairc  d’attendre  que  le  R.  P.  Plu¬ 
mier  foit  revenu  de  fon  voyage ,  pour  fçavoir  s’il  pourra  confirmer  ce  qu’il  a  avancé ,  ou  fi  ce  que  le  fleur  Rouf- 
•feau  m’a  mandé  fera  autorifé  ;  6t  comme  il  n’y  a  eu  que  ce  feul  article  qui  m’aye  cfté  contefté  dans  tout  mon 
Ouvrage  ,  je  prie  ceux  qui  en  auront  quelque  nouvelle  certaine ,  fçavoir  fi  la  Cochenille  Meftec  eft  animal  ou 
graine,  de  me  le  faire  Içavoir ,  tant  pour  faire  part  au  public  ,  que  pour  que  je  puifle  fçavoir  ce  que  ce  puis  eftre 
que  cette  riche  6c  précieufe  Marchandife. 

Par  un  Livre  mis  au  jour  depuis  peu ,  il  eft  dit  que  le  mot  de  Cochenille  fignific  un  ver  gris  qui  vient  des  In¬ 
des  ;  cela  ne  fe  peut  foûtenir  .puifquc  le  mot  de  Cocquenille  ou  Cochenille  cftEfpagnole,  ôc  ne  fign  fie  autre 
chofe  que  petite  graine,  le  dérivant  AcCocchs  yt^ui  fignific  graine  ;  auffi-bien  que  de  dire  qu’elle  vient  des  Indes: 
Il  fembleroit  qu’il  y  auroit  de  la  Cochenille  Mcftec  dans  toutes  les  Indes,  ce  qui  n’eft  pas ,  puilque  cette  Coche¬ 
nille  ne  vient  que  de  la  Nouvelle  Efpagne. 

Le  meme  Auteur  fe  trompe  auffi ,  quand  il  dit  que  la  Cochenille  Campefehanne  6c  la  Silveftrc  eft  la  meme 
chofe ,  ce  que  je  ne  déciderai  ici  en  ayant  traité  aflez  au  long  au  Chapitre  de  la  Cochenille  Meftec. 

Sur  les  differentes  fortes  de  Cinabres. 

IL  y  a  tant  de  forte  de  Cinabres  naturels ,  que  j’autois  aflez  de  peine  à  les  pouvoir  tous  expliquer  *,  neanmoins 
je  dirai,  qu’outre  ceux  dont  j’ai  traité  dans  mon  Livre ,  ily  a  celui  de  Carinthe,d’ Arménie  ôc  de  Saint  Chri- 
ftophe ,  mais  tous  inferieurs  à  celui  d’Efpagne  :  c’eft  pourquoi  ceux  qui  auront  befoin  de  cette  riche  marchandife, 
s’attacheront  à  celui  d’Efpagnc ,  ayant  les  marques  que  j’ai  décrites  à  la  page  16.  Chapitre  XX  VIL  6c  non  à  tous 
les  autres ,  cftans  moindres. 

Sur  la  differente  quil  y  a  entre  l’eau  de  Nafie  &  teau  de  fleurs  d’orange. 

ON  remarquera  que  je  n’ai  fait  dans  mon  Livre  aucune  différence  entre  l’eau  de  Nafle  6c  l’eau  de  fleurs  d’O- 
range,  anfli  bien  que  tous  ceux  qui  en  ont  écrit  avant  moi  j  neanmoins  la  différence  en  eft  affez  grande, 
l’une  cftant  Vaite  des  fleurs  telles  quelles  font  cueillies  de  l’arbre ,  8c  l’caude  Nafle  n’eft  que  l’eau  tirée  des  fcuil- 
les  blanches  des  fleurs  d’Oranges  :  ainfi  la  vraie  eau  de  Nafle  eft  bien  plus  douce  6c  agréable  que  l’eau  de  fleur 
d’Orange  ordinaire ,  ainfi  plus  chere. 

Sur  l'Amidon. 

La  cherté  des  bleds  des  années  paflees  1^93.  8c  i<r^4.  nous  ayans  obligé  de  faire  venir  des  Amidons 
d’Hollande,  par  le  haut  prix  que  fc  vendoit  celui  de  Paris  i  neanmoins  de  quelque  cherté  que  fût  l’Ami- 

D 


don  de  Paris ,  on  le  préfetoit  à  celui  d’Hollande  &  autres  endroits ,  cftant  en  gros  pains  qui  fc  rédui  fent  d’abord 
que  l’on  lesmanieen  petites  éguillcs  fort  menues  &  dures  ,  qui  en  cela  cft  contraire  à  celui  de  Paris,  qui  cft 
blanc,  tendre,  friable  &  en  moyens  morceaux  ,  principalement  quand  ila  efte  feichéau  Soleil  ;  cet  avis  ne  peut 
fervir  que  poutr  confirmer  ce  que  j’ai  avancé ,  que  l’Amidon  de  Paris  futpaflbit  en  beauté  &  bonté  tous  ceux  des 
autres  endroits. 

Sur  U  Fleur  d' Air  Ain. 


La  Fleur  d’ Airain eft une  Drogue  fi  peu  enufageen  France, que  je  n’en  aurois  pas  parlé  fi  elle  n’eftoit  com- 
prife  dans  le  dernier  Tarif  des  Apothiquaires  ,  &  je  fuis  certain  que  l’on  feroit  bien  tous  les  Apothiquaires 
du  Royaume  fans  que  l’on  en  pût  trouver  de  la  véritable,  ainfi  que  Mathiole  la  demande,  &  je  ne  puis  com¬ 
prendre  comment  ceux  qui  ont  voulu  réformer  le  premier  Tarif  qui  a  efté  fait  en  prefenec  de  Monficur  le  Lieu¬ 
tenant  General  de  Police  ^  de  quatre  Médecins  de  la  Faculté ,  &  de  quatre  Apothiquaires ,  où  il  n’eft  fait  aucu¬ 
ne  mention  de  fleurs  d’Airain  ,  de  fleurs  de  Verdet ,  d’Huile  de  petit  Cuimin ,  &  autres  Drogues  inconnues , 
aufli  bien  que  de  plufieurs  articles  qui  font  à  des  prix  fi  hauts ,  que  les  deux  Livres  ne  vallent  pas  ce  qu’ils  met- 
mettent  l’once  j  par  exemple  ,  la  Cendre  gravelée  àquinze  fols  l’once  ,  ainfi  du  refte ,  à  quoi  il  feroit  en  quelque 
manière  neceflàire  de  remédier  ,  le  publicy  eftant  interefle,  &  la  confcicnce  engagée  de  ceux  qui  les  débitent  à 
ces  fortes  de  prix-là.  Pour  revenir  à  la  fleur  d’Airain,  Mathiole  dit  dans  fôn  Livre  à  la  page  707.  que  c’eftdes 
petits  boulets  qui  s’élevçnt  du  Cuivre  lorfque  l’on  le  fond ,  par  le  moyen  de  l’eau  froide  que  l’on  jette  deffiis  : 
mais  comme  je  croi  que  la  dépenfe  en  feroit  grande  &  de  peu  d’utilité  ,  c’eftpour  cefujet  que  je  n’en  ai  jamais 
^voulu  faire  ,  laiflant  cette  operation  à  ceux  qui  en  auront  befbin.  Ceux  qui  en  defireront  fçavoir  davantage , 
pourront  avoir  recours  audit  Livre  de  Mathiole  à  la  page  ci-deflus. 

A  l’égard  de  la  fleur  de  Verdet ,  je  ne  fçaice  que c’ eft,  &  fi  je  m’en  fuiienquis  à  des  perfonnesqui  le  devroient 
fçavoir ,  &  fi  jamais  je  nel  ai  pû  apprendre ,  aulfi  bien  que  l’Huile  de  petit  Cuimin ,  à  moins  que  ce  ne  foit  l’hui¬ 
le  de  la  femcnce  de  Sifeli ,  ou  d’Ammi  ou  autres  femblables. 

Sur  U  Graine  d’Ecarlate. 

AYant  traité  aflez  au  long  de  la  grair»»4'Ecarlatc  dans  mon  premier  Livre,  c  eft  ce  qui  fera  que  je  ne  par¬ 
lerai  ici  que  de  la  manière  doiu  on  la  'irepare  pour  la  garder ,  aufli- bien  que  fon  paftel  fi  peu  connu  dans  la 
Médecine.  Les  Portugais,  Eipagnois,  Provençaux,  Languedociens  8c  autres  qui  recueillent  cette  Marchan- 
^dife ,  ont  foin  de  la  pafler  dans  'e  v'.na. -.rc  pour  faire  mourir  nombre  de  petits  vers  prefque  imperceptibles ,  & 
cnfuitel'expofent  au  Soleil  juiq  i’a  cequ  elle  foit  bien  fciche,  car  fi  elle  n’eftoit  bien  paflee  dans  le  vinaigre  en 
feichant ,  il  en  fortiroit  une  figrar.de  quantité  de  Vers  ou  petits  Moucherons ,  que  cela  cft  prelque  incroyablej 
c’eftee  qui  fait  que  la  plupart  de  la  graine  d’ Ecarlate  que  nous  vendons  n’eft  que  des.  coques  vuides  &  trouées, 
ctrla  arrive  auffi  en  vieilliflant ,  d’autant  que  le  paftel  qui  eft  dedans  (  qui  n’eft,  comme  j’ai  déjà  dit,  que  de  pe¬ 
tits  vers  )  fe  mange  en  lui-même  &  devient  en  poudre  blanchâtre ,  Sc  enfuite  à  rien  du  tout  -,  voilà  les  deux  acci- 
dens  qui  rendent  la  graine  d’Ecarlate  défedueufe  &  hors  de  vente ,  l’une  pour  n’avoir  pas^été  bien  préparée  ,  & 
l’autre  pour  être  furannée.  Il  eft  à  remarquer  que  j’ai  dit  à  l’article  du  Paftel ,  que  l’on  devôit  rejetter  celui  qui 
étoit  humide  &  qui  fentoit  le^yinaigre ,  cela  cft  fort  jufte  pour  les  raifons  que  j’ai  citées ,  neanmoins  on  fera 
averti  qu’il  n’y  a  point  de  Paftel  qui  n’ait  été  afpergé  de  vinaigre  pour  tuer  les  vers ,  car  autrement  il  fc  converti- 
roit  en  petits  moucherons  j  mais  ce  qu’il  faut  remarquer ,  c'eft  qu’il  foit  bien  fcc  ôc  Tentant  très-  peu  le  vinaigre  , 
alors  ce  fera  une  marque  qu’il  aura  été  peu  chargé  de  vinaigre  &  bien  fciché  au  feu ,  car  l’on  ne  trempe  pas  le 
Paftel  dans  le  vinaigre  ,  ni  on  ne  le  fciche  au  Soleil  comme  la  graine  d’Ecarlate ,  mais  fur  un  feu  de  charbon ,  ÔC 
le  remuant  toûjours  ôc  le  plus  promptement  que  faire  fe  peur.  Etant  fur  le  chapitre  de  la  graine  d’Ecarlatc ,  il 
cft  bon  que  je  faflè  remarquer  l’abus  qu’il  y  a  d’appellcr  ces  petites  coques  du  nom  de  graine ,  puifquc  ce  ne  font 
que  des  petites  vclTics  qui  le  forment  fur  les  feuilles  ôc  écorces  des  petits  arbriffeaux  fort  connus  au  pays  ci-deffus; 
Sc  pour  preuve  de  ce  que  j’avance  ,  je  rapporterai  ce  que  Monfieur  le  premier  Médecin  m’en  a  écrit  le  22.  Dé¬ 
cembre  1654.  Le  Kermes  n’eft  point  une  graine  ,  mais  la  coque  d’un  vermifleau  qui  la  fair  naître  en  picquant 
l’écorce  de  ITlcx  fur  laquelle  elle  fc  trouve  ôc  s’enferme  dans  le  fuc  «ju»  en  fort ,  comme  les  vers  qui  font  paroî- 
tre  les  noix  de  Galles  fur  les  Rouvres ,  &  les  faufles  noix  dc  Galles  fiir  Ics  feuillcs  de  Chênc  :  la  graine  ou  fruit  de 
l’Ilcx  qui  porte  1  Ecarlate  n  cft  point  le  Kermes ,  mais  un  Gland  comme  aux  autres Ilcx,  cela  cft  inconteftablcj 
ainfi  on  ne  doit  plus  appcilcr  le  Kermes  du  nom  de  graine ,  mais  de  celui  de  coques  ou  de  vcflics. 

Sur  les  f  terres  d' Ecre'ciijfes. 

Î’ Ai  dit  dans  mon  Livre  à  la  page  95.  Chapitre  des  Ecreviflts ,  que  je  n’avois  pû  découvrir  ce  que  c’étoit  au  vrai 
que  les  Pierres  d’Ecrevifles  :  mais  à  prefent  on  peut  être  certain  que  ce  que  nous  vendons  fous  le  nom  d’yeux 
Ecrevifles ,  ou  ÔlOcuU  Cancri ,  n’eft  autre  chofe  que  les  Pierres  qui  fc  trouvent  dans  la  tête  des  Ecrevifles  des 
Indes  Orientales  ,  d’où  les  Hollandois  les  apportent  j  ôc  la  grande  quantité  que  nous  voyons  ne  doit  point  nous 
furprendre  ,  d’autant  qu’il  y  ades  tems  qu’il  fe  trouve  une  fi  fiiricufc  quantité  dc  ces  Pierres  au  bord  des  Riviè¬ 
res  ,  ôc  même  dc  la  Mer ,  qu’elles  y  font  auffi  frequentes  que  le  fable  ,  enfortc  que  l’on  les  y  ramafle  àpoignéc, 
ce  qui  provient  des  Ecrevifles  de  ces  quartiers ,  qui  font  fort  fujettes  à  ces  fortes  dc  Pierres  ,  où  elles  fe  déchar¬ 
gent  en  Décembre  ôc  Janvier ,  qui  cft  le  fort  de  l’Eté  des  Indes  :  Et  pour  prouver  ce  que  j’avance ,  Monficur  de 
Surian  Médecin  de  Marfeillc ,  dont  j’ai  ci-devant  parlé ,  m’a  afluré  en  avoir  fait  ramafler  dans  les  Iflcs  par  fon 
Ncgre,  plüsdc  cinquante  livres  en  une  journée  ;  &  toute  ladiflcrcnccqu’ily  a  des  OcuU  Cancri  des  Indes  Orien¬ 
tales  ,  d’avec  ceux  des  Indes  Occidentales ,  c’eft  que  ces  derniers  font  plus  gros. 

Sur  le  Zainc  en  gros  pain. 

DEpuis^  quelques  années  on  nous  envoyé  d’Hollande  ôc  même  d’Angleterre  ,  un  Zainc  en  gros  pain  , 
qui  n’eft  autre  chofe  que  ce  que  les  Allemands  appellent  Beauter  y  ôc  les  Flamands  Steamer  -,  ôc  ce 
Zainc  eft  du  Zainc  minerai  fondu  ôc  mis  en  pain  :  quoi  qu'il  en  foit ,  c’eft  une  Marchandife  qui  eft  extre- 


mement  contraire  aux  Ouvriers ,  comme  aux  Fondeurs ,  Potiers  d  ctain  &  autres  j'car  au  lieu  que  le  Zainc  en 
petit  pain  ou  en  barre  leur  cft  extrêmement  propre  &  neceflaire  ,  celui  en  gros  pain  leur  eft  préjudiciable , 
d’autant  qu’il  gâte  tous  leurs  ouvrages  :  AinCi  les  Marchands  feront  avertis  de  ne  point  faire  verîir ,  ni  achetter, 
ni  vendre  du  Zainc  en  gros  pain  ,  n’étant  propre  à  rien ,  fi  ce  n’eft  pour  ceux  qui  cherchent  la  Pierre  Philofo- 
phalc,qui  font  fort  curieux  du  Zainc  minerai,- ce  Zainc  eft  fi  inferieur ,  que  lorfque  vous  le  fondez  il  s’évapore 
un  fouphre  puant  &  dangereux  ,  fi  bien  que  fi  vous  mettez  une  livre  de  ce  Zainc  dans  un  creufet ,  vous  n’en  retirez 
pas  une  demie  livre ,  &  fi  il  eft  extrêmement  difficile  à  fondre. 

le  Blânc  de  Balaine. 

J’Ai  dit  dans  mon  Livre  à  la  page  75.  chapitre  de  la  Balaine ,  que  le  Blanc  de  Balaine  mal  à  propos  appellé 
Spenaa  Ceü  ,  ou  Nature  de  ,  étoit  fort  peu  ufité  en  Medecine ,  ce  qui  eft  contraire  des  Allemands 

qui  s’en  fervent  beaucoup  avec  heureux  fuccez  contre  plufieurs  maladies ,  principalement  pour  la  Plurefie  &  au¬ 
tres.  Voyez  Scroder  &  autres  Auteurs  Allemands  qui  en  traitent  alTez  au  long. 

Sur  la  Pierre  de  Verolle  &  autres  Pierres ,  dont  je  n'ai  fait  aucune  mention  ni  dans  mon  premier 
Livre ,  ni  dans  mon  fetit  Catalogue. 

La  Pierre  de  Verolle  eft  une  efpecc  de  Caillou  verdâtre  rempli  de  petites  bofles  aulfi  verdâtres ,  maïs  plus 
clair  &  difpofé  comme  des  grains  de  Verole ,  d’où  apparemment  lui  eft  venu  fon  nom ,  &  d’autres  veulent 
qu’il  lui  vienne  des  grandes  qualitez  que  l’on  lui  attribue,  d’être  extrêmement  propre  pour  empêcher  d’être  mar- 
qué  de  la  petite  Verole;  quoi  qu’il  en  (oit,  cette  Pierre  eft  fort  rare  &:  fort  eftimée  :  J’ai  encore  quantité  d’autres 
Pierres  de  differentes  figures  ^  couleurs ,  comme  le  Lapis  Conchites ,  Aftroïtes,  Obftracites,  la  Pierre  de  Croix 
de  ta  Tête  de  Balaine ,  la  Corne  d’Ammon ,  la  Pierre  d’iris ,  dont  M.  V vormes  &  autres  Auteurs  parlent ,  & 
dont  je  ne  ferai  aucune  mention ,  étant  peu  ufitée. 

Sur  U  Comme  de  Senega. 

J'Ai  fait  remarquer  dans  mon  Livre  à  la  page  243.  que  cette  Gomme  nous  étoir  apportée  au  Senega  par  les  Noirs 
ou  les  Bjancs  ,  qui  viennent  des  Montagnes ,  fans  autre  explication  :  mais  ayant  lû  le  Voyage  du  Sieur  le  Mai¬ 
re  ,  i’ai  crû  être  à  propos  de  rapporter  ce  qu’il  a  écrit  de  cette  Marchandife  à  la  page  tfy.  en  ces  termes. 

C’eft  de  ces  Maures  que  nousavons  la  Gomme  Arabique.  Us  la  cueillent  dans  les  Defertsde  la  inté¬ 
rieure.  Elle  croît  aux  Arbres  qui  la  portent ..^comme-oeile^i  vient  aux  Cetifiers  &  aux  Ptunicts  cn  France.  Ils 
la  viennent  vendre  un  mois  ou  fix  femaines  avant  l’inondation  du  Niger. 

On  leur  donne  en  échange  du  Drap  bleu ,  de  la  Toille  de  la  même  couleur .  «c  quelque  peu  de  Fer.  Us  vien¬ 
nent  de  cinq  &  fix  cens  lieues  dans  les  terres ,  pour  apporter  ,  l’un  un  demi  quintal  de  Gomme .  &  l’autre  plus 
ou  moins.  Us  font  tous  nuds  fur  leurs  Chameaux  &  Bœufs ,  dont  ils  fe  fervent  aufli  fouvent  à  apporter  leurs 
marchandifes.  Les  plus  confiderables  d’entr’eux  ont  une  efpece  de  Manteau  fait  de  peau  fource ,  qui  refièmble 
affez  à  la  Chappe  de  nos  Chantres.  Les  autres  n’ont  qu’une  méchante  piece  de  cuir  qui  cache  leur  nudité.  Us  ne 
fc  nourriffent  tous  que  de  lait  Sc  de  Gomme  qu’ils  font  diffoudre  dedans. 

On  a  accoutumé  de  les  nourrir  en  partie ,  lorfqu’ils  viennent  pour  trafiquer.  On  achette  leurs  bœufs  exprès, 
afin  de  les  en  nourrir:  mais  ils  les  égorgent  eux-mêmes,  autrement  ils  n’en  mangeroient  pas ,  &  ily  adesper- 
fonnes  entr’eux  deftinées  à  cela.  Qnoi  qu’ils  ayent  beaucoup  de  beftiaux  ,  ils  en  mangent  rarement ,  fi  ce  n’eft 
lorfqu’ils  les  voyent  prêts  à  mourir  de  maladie  ou  de  vieilleffc. 

C’eft  une  peine  incroyable  que  celle  de  négocier  avec  eux  ,  car  il  y  a  toûjours  de  leur  côté  ou  tromperie  ,  ou 
infuhe  ;  comme  le  trafic  fe  fait  fur  le  bord  de  la  Riviere,  ils  ne  fourbent  pas  fi  facilement,  parce  qu’on  embar¬ 
que  la  Marchandife  à  mefure  qu’on  la  reçoit  d’eux.  Le  commerce  fe  fait  au  mois  de  May  &  de  Juin  ,  à  trente 
lieues  au  deft'us  de  rHabitatîon, 

Lorfque  tout  eft  fini ,  ils  vous  chantent  mille  injures  ;  Sc  s’ils  attrapent  quelques  François  ou  d’autres  Blancs, 
ils  les  tuent  en  reprefailles  d’une  querelle  paffée  de  vingt  années.  Il  y  a  deux  mois  qu’ils  ont  pris  un  Matelot  qui 
fçait  l’Arabe &  qu’un  des  Capitaines  de  la  Compagnie  avoir  envoyé  à  Argu'm  ,  &  ils  ne  demandent  pas  moins 
que  de  cinquante  Efclaves  cn  Echange. 


EXPLIC.ATIONS  VE  ^EL^ES  NOMS  PEV  VSITEZ^  V  E’ C  R ITS 


dans  mon  Catalogue. 

Ab  R  U  s  Alpini ,  font  ces  petits  poids  rouges  qui  te  dans  Monfieur  l’Emery. 

viennent  de  l’Amerique.  Aujubin  font  ces  gros  Raifins  qui  viennent  de  Fronti- 

Aldabac  ,  eft  une  Gomme  qui  fe  rencontre  quelque-  gnanque  l’on  vend  pour  raifins  de  Damas. 

fois  dans  la  Raifine  de  la  Câline  rouge.  Antigorium ,  cft  l’Azur  ou  gros  email  dont  fc  fervent 

Alcebram  ,  eft  l’écorce  de  la  racine  d’Efule.  les  Fayanciers  pour  peindre  leur  fayance. 

Amurca ,  cft  ce  que  nous  appelions  fellè  ou  lie  d’Hui-  Aftburou ,  eft  le  boisd  Inde* 
le. 

Anthera ,  cft  le  jaune  qui  eft  dans  le  milieu  de  la  Rofe.  T)  Alfamum  Guilliadinfe ,  eft  félon  quelques-uns  le 
A  rnabo ,  cft  le  Zcdoarc.  Baume  de  Judée. 

Adarca,  cft  une  écume  falée  qui  n’eft  plus  cn  ufage.  Baume  du  terrain  du  Saint  Efprit ,  de  Pernambouc, 

Aquila  alba,  eft  le  Mercure  doux.  de  Rio,  de  Janeyro  ,  de  faint  Vincent  ,  de  faine 

Arbre  de  laine  Thomas  ou  Arbre  faint,  eft  le  Maccr.  Domingue  ,  des  Handurcs  ou  Hondures  eft  le 
Arbre  de  Dianne,  eft  une  operation  de  Chymic,  décri-  Baume  de  Capau.  * 


Bctingi  ou  Berungi,  cft  félon  quelques-uns  les  Cuhetcs , 
&  d’autres  la  Semence  de  Roquette. 

Bdcgar,  eft  l’épine  blanche, 

Biftre .  eft  la  fuye  luifante  &c  dure  des  cheminées  dont 
fc  fervent  les  Peintres. 

Bouchet ,  cft  l’Hipocras  d’eau. 

Bellcrici  ou  Bclliculi ,  cft  le  nombril  Marin. 

Blatta  bizantia ,  cft  Tongle  odorant. 

Bois  de  Caleatour ,  cft  une  forte  de  brefil. 

Bois  de  Lctte,  cft  un  bois  rougeâtre  &  dure  >  dont  les 
Sauvages  font  leurs  arcs. 

Bois  pétrifié,  cft  le  bois  de  faint  Machaire. 

Clre'de  Guinée ,  eft  une  cire  rougeâtre ,  peu  con¬ 
nue  en  France. 

Çyperus  du  Nil  >  eft  un  fouchet  de  la  moelle  duquel 
on  fc  forvoit  autrefois  à  faire  du  papier  ,  c’eft 
pourquoy  il  étoit  appellé  Papyrus ,  dont  eft  venu  le 
nom  de  Papier. 

Cyphi  Thymiama ,  font  les  Trochifques  de  Cyphi. 

EAu  de  Mille-  Fleurs ,  cft  l’eau  diftilée  de  la  fian- 
te  de  cheval  >  fuivant  le  rapport  de  Monfieur 
de  Suriam. 

Ecume  de  ver  ou  de  verrerie ,  cft  le  fel  de  verre. 

Eftènce  de  Cocai ,  cft  de  refprit  de  vin  aiKoolifé  du 
Baûme  du  Tolu  &  Copau  diftbut  cnfcmble. 

Fiel  de  Verre ,  cft  le  Sel  de  verre. 

Fruit  d’ Acacia  d’Egypte  ,  font  les  fruits  ou  gouf- 
fes,  qui  eft  de  ce  que  l’on  fait  l’Acatia  vera. 

Fruit  ou  grand  Gorganne  des  Ides. 

Fuft  de  Gerofle  des  Hollandois  >  cft  ce  que  nom  appel¬ 
ions  tctcdc,Gctoflc. 


GIp cft  le  Talc  de  plâtre. 

Gith,  eft  la  Nigelle  Romaine. 

Huile  de  Candie  fauvage ,  cft  l’huile  de  la  Ca¬ 
ndie  Mattc  ou  du  Calfia  lignca„ 
Hirculus,eftlc  Bouquain  cfpecc  de  Nard  celtique. 
Hydragire ,  eft  le  Vif- argent. 

Huile  petit  Cumaiti ,  voyt\)i  la  fleur  d’Airain. 

Huile  Punique,  cft  l’huile  de  Palme. 

INdigo  lauro  eft  l’Indigo  des  Iflcs. 

I(ftio-collc ,  eft  la  Colle  de  poiflbn. 

La  Serpitium  cft  félon  quelques-uns  le  Benjoin. 
Laudanum  liquide ,  eft  l’extrait  liquide  de  l’O¬ 
pium. 

MEKin ,  cft  le  Gingembre. 

Mellade  ,  cft  le  Tcreniabin. 

NOuga  blanc  &  rouge ,  cft  une  pâte  faite  d’amen¬ 
de  &  de  miel. 

Narcapthum  ,  eft  fclonquciques-uns  l’Encens  >  d’au¬ 
tre  le  Storax  ,  d’autre  le  Benjoin  &  autres. 

Piment  des  Hollandois ,  cft  la  fleur  de  Gerofle. 

Racine  d’Epecoanne ,  cft  l’Ipecacuauha. 

Tendrune,  eft  le  Ici  de  verre. 

Tourou  d’Alican ,  cft  une  Pâte  à  peu  prés  comme  Ic 
Nougaqui  vient  d'Efpagnc. 


C  E  RTIFICAT  de  MONSIEVR  façon  premier  MEDECIN 
de  Sa  Majejlé. 

NOw  s  Confcillcr  du  Roy  en  fes  Confoils  d’Etat  &  Privé,  Premier  Médecin  de  Sa  Majefté ,  ayant  été 
informé  ,  que  le  grand  nombre  &  la  beauté  des  Drogues  que  le  Sieur  Pom  et  Marchand  Epicier  & 
Droguifte  à  Paris,  avoir  apportée  &  fait  voir  dans  le  Jardin  Royal  pendant  les  Leçons  qui  y  ont  été  faites 
CCS  jours  paftez  ,  avoicnc  excite  la  curiofité  de  la  plupart  de  ceux  qui  s’y  étoient  trouvez ,  &  leur  faifoient 
fouhaiter ,  pour  en  être  plus  paniculicrement  inftruits ,  de  pouvoir  encore  recevoir  les  memes  Drogues  dans  la 
maifon  dudit  Sieur  Pomet }  Nous  avons  crû  qu’il  étoit  de  notre  devoir  d’autorifer  le  zelc  <^u’il  a  pour  le  bien 
public ,  &  de  lui  permettre  de  montrer  &  faire  connoître  fos  Drogues  à  cous  ceux  qui  fc  prefenteront  chez  lui 
pour  profiter  de  (a  bonne  volonté  &  s’inftruire  à  fond  de  la  matière  Medecînale  dont  la  connoiflàncc  parfai¬ 
te  cft  une  des  plus  neceffaircs  à  tous  ceux  qui  fe  préparent  à  l’cxcrcicc  dc  la  Mcdccinc  ;  En  foy  dc  quoy  Nous 
avons  figné  la  préfente  PermilTion ,  &  fait  appofer  le  cachet  dc  nos  Armes.  Fait  à  Trianon ,  le  Roy  y  étant ,  le 
huitième  jour  d’Aouft  mil  fix  cens  quatre-vingt-quatorze. 

Signé,  FAGON. 

A^frobation  de  Monfieur  de  S  aine- T  en  y  Dciteur  en  Medecine  de  la  Faculté  de  Farts  y  Médecin 
ordinaire  de  Sa  Majefié  y  &  Frofcjfeur  au  Jardin  Royal  a  Paris. 

AYant  été  prefent  à  la  Dcmonftration  dc  toutes  les  Drogues  que  le  Sieur  Pomet  a  fait  cette  année  au 
Jardin  du  Roy ,  je  puis  aflurer  que  rien  n’cft  plus  utile  au  Public  ,  que  l’imprcflion  dccc  Livre  ,  il  fera 
plaifit  aux  Sçavans ,  &  éclaircira  les  ignotans  *,  en  mon  particulier ,  je  puis  certifier  que  tien  ne  m’a  plus  tou¬ 
ché  que  cette  nouvelle  découverte.  Fait  à  Pais  ce  30.  Dcccmbcc  1694. 

Signe,  DE  SAINT-YON. 


EXTRAIT  DV  PRIVILEGE  DV  ROT. 

LOUIS  PAR  LA  GRACE  DE  DIEU  ROY  DE  FRANCE  ET  DE  NAVARRE: 

A  nos  amcz  &:  fcaux  Conicillcrs  les  Gens  tcnans  nos  Cours  de  Parlement,  Maîtres  des  Ruquêtcs 
ordinaires  de  nôtre  Hôtel ,  Grand  Confeil ,  Baillif,  Scne'chaux  ,  Prcvofts,  leurs  Lieutenaris,  ic 
à  tous  autres  nos  3  ufticiers  &  Officiers  qu’ii  appartiendra  ,  Salut.  Nôtre  bien  amé  Pierre  P  omet 
Marchand  Epicier  de  nôtre  bonne  Ville  de  Paris ,  nous  a  fait  remontrer  qu’il  avoir  compofé  un  Livre 
Hiftoïre getterÂle  des  Drogua  d’épiceries  concernant  les  marchandifes ,  où  il  eft  traite  des  Graines, 
Racines,  Bulbes,  Oignons  ,  Rofeaux,  Bois,  Ecorces,  Feuilles,  Fleurs  ,  Fruits,  Gommes,  Sucs, 
Animaux,  Simples,  Marins  ,  Bitumes,  foflilles,  Pierres  prccieul'es.  Terres,  &  de  quantité  de  Dro¬ 
gues  qui  (c  fabriquent  tant  en  France  qu’aux  Pais  Etrangers ,  avec  leurs  figures,  connoiflanccs,  Pais  où 
ils  croilîcnt ,  leurs  différends  noms,  leurs  ufages,  la  maniéré  de  connoître  les  véritables  d’avec  les  falcifiées, 
le  tout  tres-utilcau  public  ,  fur  tout  aux  Marchands  j  leqdcl  Livre  il  defireroit  faire  imprimer  :  A  Ces 
Causes  ,  voulant  favorablement  traiter  l’Expofant,  Nous  luy  avons  permis  3c  accordé  ,  permettons  3c 
accordons  par.ces  Prelences ,  de  faire  imprimer  par  tel  Libraire  ou  Imprimeur  qu’il  voudra  choifir ,  ledit 
Livre,  en  tel  marge  3c  caraftete  ,  3c  autant  de  fois  que  bon  luy  femblera  ,  le  vendre  ôc  débiter  en  tous 
les  lieux  dc^  tôcrc  Royaume  durant  le  temps  de  douze  années  confccutivcs  ,  à  compter  du  jour  qu’il  fera 
5ichcvé  d’imprimer  pour  la  ptemicre  fois  ;  pendant  lequel  temps  Nous  failons  défenfes  à  tous  Imprimeurs, 
Libiaires  3c  autres ,  d'imprimer,  vendre  3c  diftribuer  ledit  Livre  ,  à  peine  de  trois  mille  livres  d’amende 
payable  par  chacun  des  contrevenans ,  3c  applicable  un  tiers  à  Nous,  un  tiers  à  l’Hôpital  general  de 
nôtre  bonne  Ville  de  Paris  5c  l’autre  tiers  audit  Expofant,  ou  à  ceux  qui  auront  droit  de  luy  j  de  con- 
fifeationdes  Exemplaires  contrefaits ,  3c  de  tous  dépens  dommages  6c  interets,  à  condition  qu’il  fera 
mis  deux  Exemplaires  dudit  Livre  dans  nôtre  Bibliotcque  publique  ,  un  en  celle  du  Cabinet  de  nos 
Livres  en  nôtre  Château  du  Louvre  ,  6c  un  en  celle  de  nôtre  tres-cher  3c  féal  le  Sieur  Boucherai.  Cheva¬ 
lier  ,  Chancellier  de  France ,  avant  que  de  les  expofer  en  vente  :  à  la  charge  auffi  que  l’impreffion  en 
lera  faite  dans  le  Rôyaume  ôc  non  ailleurs ,  ôc  que  ledit  Livre  fera  imprimé  fur  de  beau  3c  ton  papier 
3c  de  belle  impreffion  ,  6c  ce  fuivant  ce  qui  eft  porté  par  les  Rcgiemens  faits  pour  la  Librairie  6c  Impri.- 
jnerie,  â  peine  de  nullité  des  Prefentes,  lcfquel|es  feront  regiftrées  dans  le  Regiftre  de  la  Communauté 
des  Imprimeurs  ôc  Libraires  dt  nôtre  bonne  Ville  de  Paris.  Si  Vous  Mandons  3c  enjoignons 
que  du  contenu  en  icelles  vous  faffiez  jouir  pleinement  3c  paifiblcmcnt  ledit  Expofani  ou  ceux  qui  auront 
droit  de  luy  ,  fans  foufftir  qu’il  leurs  foit  fait  aucun  empêchement  :  Voulons  auffi  qu’en  mettant  au  com- 
mencemeut  ou  à  la  fin  dudit  Livre  une  copie  des  Prefentes  ou  extrait  d’iccllcs,  elles  foient  tenues  pour 
bien  3c  deu’émcnt  lignifiées,  ôc  que  foy  y  toit  ajoûtéc  3c  aux  copies  collationnées  par  l’un  de  nos  amcz  3c 
fcaux  Confcillers  8c  Secrétaires  comme  à,  l’original.  Et  Commandons  au  premier  Huiffier  ou 
Sergent  fur  ce  requis  de  faire  pour  l’execution  d’icelles  tons  Exploits,  Saifics  8c  aéles  necclTàires,  fans 
demander  autre  permiflion  ,  nonobftant  toutes  oppoficions,  clameur  de  Haro,  Charte  Normande  3c 
Lettres  à  ce  contraires;  Car  tel  eft  nôtre  plaifir.  Donne’  à  Verlaillcs  le  vingt-feptiéme  iour  de 
Novembre  l’an  de  Grâce  mil  fix  cens  quatre-vingt-douze  ,  3c  de  nôtre  Régné  le  cinquantième.  Signe 
Par  le  Roy  en  fon  Confeil.  H  A  R  L  A  N  ,  avec  Paraphe. 

Rtgiftré  fur  le  Livre  des  Libraires  &  Imprimeurs  de  Paris,  le  treiziéme  Décembre  lô  91.  Ledit  Sieur  fera 
Averti  <jue  l'Edit  de  Sa.  Ma'jefté  du  mois  d'Aouf  léSô,  &  les  Aeréts  de  fonCoufeil  concernant  let  Libraires-, 
ordonnent  que  le  débit  des  Livres  Çe  fera  feulement  par  un  Libraire  ou  par  un  Imprimeur.  Signé  P.  AVBOVTPL 
Sindîc. 

Achevé  d’imprimer  pour  la  première  fois  le  Samedy  fécond  jour  de  Janvier  1^94. 

Les  Exemplaires  ont  été  fournis. 


A  V  I  S  A  U  P  U  B  L  I  C. 

Le  Sieur  PO  MET 3  qui  demeure  rué  des  Lombards  la  Barbe  dIOr  ^ 
Avertit  le  Public  quil  a  chez»  luy  toutes  les  Matières  dont  tlTraite  3  Çf 
meme  qVil  en  fera  le  débit  foit  en  gros  ou  en  détail ,  à  la  referme  de  celles 
qui  font  rares  en  France  Comme  auffi  le  Ligure  ,  I ayant  fait  imprimer  à 
fis  frais  Çf  dépens.  Le  prix  dudit  Livre  relié  en  veau  .,e fl  de  quatorZjC 
livres Çf  en  blanc  de  douZ>e  livres  dix  fols. 

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